Les échanges extérieurs de la France depuis 1980 - article ; n°1 ; vol.107, pg 105-117

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Économie & prévision - Année 1993 - Volume 107 - Numéro 1 - Pages 105-117
Les échanges extérieurs de la France depuis 1980,
par Hervé Bonnaz, Olivier Paquier.

Sur la décennie quatre-vingt, la contrainte extérieure a pesé sur la croissance. Les efforts de la politique économique ont permis de contenir l'endettement de la France vis-à-vis de l'extérieur, mais n'ont pu empêcher la dégradation du solde manufacturier entre 1984 et 1990. À l'inverse, le retour à l'équilibre des comptes extérieurs en 1991 et 1992 a été obtenu par l'amélioration de ce solde. La réunification allemande et les gains de compétitivité ont contribué à ce rétablissement.
Intercambios de Francia con el exterior desde 1980,
por Hervé Bonnaz y Olivier Paquier.

En el decenio de los 80, las sujetiones externas pesaron sobre el crecirniento. Los esfuerzos de la política económica permitieron contener el endeudamiento de Frantia respecto al exterior, pero no permitieron impedir la degradación del saldo manufacturero entre 1984 y 1990. Inversamente, el retorno al equiUbrio de las cuentas externas en 1991 y 1992 se obtuvo gracias a la mejora de este saldo. La reunificación alemana y la mejora de la competitividad contribuyeron a este restablecimiento.
France's Foreign Trade Since 1980,
by Hervé Bonnaz and Olivier Paquier.

The foreign constraint weighed heavy on growth during the 1980s. Economic policy actions helped to contain France's indebtedness in relation to other countries, but were not able to prevent the downturn in the manufacturing balance between 1984 and 1990. Conversely, the renewed balance in the foreign trade accounts in 1991 and 1992 was obtained by improving the manufacturing balance. German reunification and competitiveness gains have contributed to this recovery.
Der französische Außenhandel seit 1980,
von Hervé Bonnaz, Olivier Paquier.

In den 80er Jahren haben äußere Zwänge das Wachstum in Frankreich behindert. Dank der wirtschaftspolitischen Anstrengungen konnte zwar die Verschuldung Frankreichs gegenüber dem Ausland in Grenzen gehalten, eine Verschlechterung des Saldos des verarbeitenden Gewerbes zwischen 1984 und 1990 allerdings nicht verhindert werden. Die Verbesserung dieses Saldos ermöglichte umgekehrt die Wiederherstellung eines ausgeglichenen Außenbeitrags in den Jahren 1991 und 1992, wozu die deutsche Vereinigung und die Steigerung der Wettbewerbsfäbigkeit beigetragen haben.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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Hervé Bonnaz
Olivier Paquier
Les échanges extérieurs de la France depuis 1980
In: Économie & prévision. Numéro 107, 1993-1. Études internationales. pp. 105-117.
Citer ce document / Cite this document :
Bonnaz Hervé, Paquier Olivier. Les échanges extérieurs de la France depuis 1980. In: Économie & prévision. Numéro 107,
1993-1. Études internationales. pp. 105-117.
doi : 10.3406/ecop.1993.5601
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecop_0249-4744_1993_num_107_1_5601Résumé
Les échanges extérieurs de la France depuis 1980,
par Hervé Bonnaz, Olivier Paquier.
Sur la décennie quatre-vingt, la contrainte extérieure a pesé sur la croissance. Les efforts de la politique
économique ont permis de contenir l'endettement de la France vis-à-vis de l'extérieur, mais n'ont pu
empêcher la dégradation du solde manufacturier entre 1984 et 1990. À l'inverse, le retour à l'équilibre
des comptes extérieurs en 1991 et 1992 a été obtenu par l'amélioration de ce solde. La réunification
allemande et les gains de compétitivité ont contribué à ce rétablissement.
Resumen
Intercambios de Francia con el exterior desde 1980,
por Hervé Bonnaz y Olivier Paquier.
En el decenio de los 80, las sujetiones externas pesaron sobre el crecirniento. Los esfuerzos de la
política económica permitieron contener el endeudamiento de Frantia respecto al exterior, pero no
permitieron impedir la degradación del saldo manufacturero entre 1984 y 1990. Inversamente, el
retorno al equiUbrio de las cuentas externas en 1991 y 1992 se obtuvo gracias a la mejora de este
saldo. La reunificación alemana y la mejora de la competitividad contribuyeron a este restablecimiento.
Abstract
France's Foreign Trade Since 1980,
by Hervé Bonnaz and Olivier Paquier.
The foreign constraint weighed heavy on growth during the 1980s. Economic policy actions helped to
contain France's indebtedness in relation to other countries, but were not able to prevent the downturn
in the manufacturing balance between 1984 and 1990. Conversely, the renewed balance in the foreign
trade accounts in 1991 and 1992 was obtained by improving the manufacturing balance. German
reunification and competitiveness gains have contributed to this recovery.
Zusammenfassung
Der französische Außenhandel seit 1980,
von Hervé Bonnaz, Olivier Paquier.
In den 80er Jahren haben äußere Zwänge das Wachstum in Frankreich behindert. Dank der
wirtschaftspolitischen Anstrengungen konnte zwar die Verschuldung Frankreichs gegenüber dem
Ausland in Grenzen gehalten, eine Verschlechterung des Saldos des verarbeitenden Gewerbes
zwischen 1984 und 1990 allerdings nicht verhindert werden. Die Verbesserung dieses Saldos
ermöglichte umgekehrt die Wiederherstellung eines ausgeglichenen Außenbeitrags in den Jahren 1991
und 1992, wozu die deutsche Vereinigung und die Steigerung der Wettbewerbsfäbigkeit beigetragen
haben.Les échanges extérieurs de la France
depuis 1980
Hervé Bonnaz^ '
Olivier Paquier(**}
maintient ou accroît sa performance externe dans ce Traditionnellement, le commerce extérieur de la
France est l'objet d'analyses et de commentaires qui secteur.
insistent sur les faiblesses ou les handicaps des
entreprises françaises dans la compétition Dans cette optique, la dynamique des échanges de
internationale. Or, l'équilibre externe ne se limite pas biens et services, qui se traduit pour la France,
au solde des échanges de marchandises : c'est largement ouverte sur l'extérieur comme la plupart
l'ensemble des transactions courantes (ou opérations de ses partenaires industrialisés, par une progression
non financières suivant la terminologie de la tendancielle de son taux de pénétration au cours des
comptabilité nationale) qu'il faut considérer pour années quatre-vingt, n'a pas empêché que les
prendre la mesure de la contrainte extérieure qui est échanges de biens et services de la France restent
susceptible de limiter la croissance soutenable à proches de l'équilibre, et soient même le plus souvent
moyen terme. excédentaires.
Dans un environnement où les échanges de biens, de Ainsi, de 1980 à 1992, les importations ont progressé
services et de capitaux poursuivent une croissance à un rythme moyen de 4,1 % (en pourcentage par an
en volume), alors que, dans le même temps, la rapide, les flux commerciaux, et notamment les
échanges de produits manufacturés, ont pourtant un croissance moyenne du PIB s'est élevée à 2,5 % par
impact décisif. Cette situation tient non seulement an. Parallèlement, les exportations ont augmenté à
un rythme sensiblement équivalent à celui des au poids relatif de l'industrie dans les flux
d'échanges de biens et services, qui reste importations, soit 4,2 % par an.
prédominant, mais aussi à la crédibilité accordée à
la stratégie macro-économique d'un pays qui
Graphique 1 : taux de base 100 en 1980
pénétration de la France 125
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992
(*) Administrateur Insee.
(**) civil.
Économie et Prévision n° 107 1993-1
105 Milliards de francs Graphique 2 : les soldes
de la comptabilité nationale 150
Soldes des services (y c. tourisme)
100
50
Opération de répartition Capacité de financement de la nation
0
-50
- 100 Soldes des biens
-150
1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
* chiffre en partie estimé
Milliards de francs
Graphique 3 : soldes 100
extérieurs de la France
Soldes des biens et services
1 ' Capacité de
financement de
la nation
1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992*
* les chiffres de 1992 sont en partie estimés
Mais la contrainte extérieure a pourtant pesé sur la été que de faible ampleur, il faut remonter au début
des années soixante-dix pour trouver un résultat croissance dans la première moitié des années
quatre-vingt. La politique de relance mise en œuvre aussi favorable en termes de taux de couverture.
en 1982 a en effet entraîné une forte dégradation du Cette amélioration résulte en premier lieu du retour
solde commercial et un besoin de financement de la progressif à l'équilibre du solde des produits
nation accru. Grâce à la politique de rigueur qui s'est manufacturés.
ensuivie, la France a retrouvé peu à peu le chemin
de l'équilibre des comptes extérieurs, à un prix C'est pourquoi, après une présentation succincte de
cependant élevé en termes de croissance, et alors que l'évolution des transactions courantes, l'analyse des
les performances en matière d'échanges de produits mécanismes à l'œuvre sera centrée sur les
manufacturés se détérioraient. En 1986, la déterminants des échanges de produits
conjugaison des efforts de la politique économique manufacturés.
et de la chute des cours du pétrole permet à la France
de dégager une capacité de financement positive.
Par-delà les aléas, les progrès de la compétitivité Mais dès l'année suivante, les comptes extérieurs
accomplis par la France depuis plusieurs années sont amorcent une évolution défavorable : le déficit
désormais tangibles. En 1992, ils ont permis de commercial se creuse, le besoin de financement
concilier une croissance au moins aussi forte qu'à s'alourdit.
l'extérieur avec l'équilibre de la balance courante.
Toutefois, des mécanismes d'ajustement tels que le
Cette évolution est stoppée en 1990. Depuis, les réaménagement des parités entre monnaies du SME
échanges extérieurs de la France se sont rétablis de devraient ralentir le processus qui a permis à la
façon spectaculaire. En 1992, la balance France, dans un passé récent, de gagner des parts de
commerciale a été excédentaire de 30 milliards de marchés à l'exportation, sans toutefois remettre en
francs. Les excédents de 1978 puis de 1986 n'ayant cause fondamentalement les progrès réalisés.
106 de ses variations, a le plus contribué à la définition
Une contrainte extérieure largement de cette contrainte.
déterminée par les évolutions du solde
Cette constatation est d'ailleurs conforme à manufacturier
l'importance respective des flux des différents types
d'échanges. Si les échanges de services croissent
plus rapidement que ceux des biens, leur poids dans L'évolution de la capacité de financement de la
le total des échanges de biens et services reste un peu nation apparaît, sur l'ensemble de la période
en deçà de 20 % en 1991, contre 17 % en 1980. En 1981-1992, déterminée par les variations du solde
outre, les produits manufacturés ont une place des biens. Sur cette période en effet, l'accroissement
prépondérante dans les échanges de biens, puisqu'ils quasi continu de l'excédent enregistré au titre des
en représentaient 77 % en 1991 contre 70 % en 1980 services (y compris le tourisme) est plus que
(chiffre en volume de la comptabilité nationale). compensé par la dégradation du solde des opérations
de répartition.
Un excédent en progression constante des échanges De 1990 à 1992, en particulier, le redressement
de services spectaculaire de la capacité de financement de la
nation résulte principalement de l'amélioration du
Le tourisme est le premier facteur de progression du solde des biens comparable à celle observée de 1981
solde des services, puisque l'excédent est passé de à 1984. La principale différence entre ces deux
7,7 milliards de francs en 1981 à 50,6 milliards de phases de rétablissement est à chercher dans les
francs en 1991, tandis que, parallèlement, le solde moyens employés pour l'obtenir et les conséquences
des services (y compris le tourisme) passait d'un qui se sont ensuivies.
excédent de 56,6 milliards de francs en 1981 à 106
milliards de francs en 1991 (en comptabilité En 1984, la croissance de la France était de 1,3 %,
nationale, c'est-à-dire notamment hors revenu des contre 2,4 % pour l'ensemble de la CEE et 4,4 %
facteurs). Ce résultat tient essentiellement à la pour l'ensemble de l'OCDE : ce n'est qu'en
progression des recettes touristiques plus rapide que comprimant fortement la croissance de la demande
celle des dépenses des Français à l'étranger. interne que le rétablissement de l'équilibre externe
a pu s'opérer.
De 1985 à 1990, la part de la France dans les recettes
En 1992, la croissance de la France a atteint 1,2 % touristiques de l'OCDE en volume s'est accrue (de
soit un niveau comparable à celle de ses partenaires 11,2 % à 11,4 %). Tous les autres grands pays
de l'OCDE. européens ont en revanche vu leur part décliner
durant cette période du fait de la forte poussée des
Ainsi perçoit-on que même si des facteurs États-Unis, qui, grâce à la baisse du dollar, ont vu
conjoncturels ont permis le retour récent à un leur part passer de 16,8 % à 23,4 %.
équilibre externe, d'autres mécanismes ont joué en
faveur d'un tel résultat. Alors que le retour à Ces évolutions s'expliquent d'abord par les effets de l'équilibre des comptes extérieurs entre 1982 et 1986 la désinflation française, qui a renforcé la n'a été possible que par la mise en œuvre d'une compétitivité en termes de prix à la consommation politique de rigueur, l'excédent commercial de 1992 et permis aux parts de marché de progresser, au s'est accompagné d'une croissance plus forte en détriment, notamment, de l'Italie et de l'Espagne. France que dans les autres pays de l'OCDE.
On remarque par ailleurs un accroissement quasi Une dégradation assez nette du solde des opérations continu au cours de la même période de l'écart entre courantes sur l'ensemble de la période
le solde des biens et services (au sens de la
comptabilité nationale) et la capacité de financement Les principaux postes des opérations de répartition de la nation : le déficit des opérations de répartition concernant les relations de la France avec le reste du se creuse en effet par paliers, entre 1981 et 1984, puis monde sont d'une part les revenus du capital, et entre 1989 et 1991. Ainsi, en 1981, le solde des biens d'autre part les transferts unilatéraux du secteur
et services est très proche de la capacité de public. financement de la nation, alors qu'en 1991 l'écart
atteint 61 milliards de francs, et probablement plus La dégradation du solde des opérations de répartition encore en 1992.
au cours des années 1980 provient de l'évolution de
chacun de ces deux postes. Une étude de l'évolution des différents postes de la
balance courante est nécessaire pour une analyse
plus détaillée des déterminants de la contrainte Le solde des revenus du capital est affecté, dans les
extérieure. Par-delà l'excédent croissant des années 1981-1984, par l'augmentation des intérêts
échanges de services et la dégradation continue du versés, du fait, notamment, de l'endettement
solde des opérations de répartition, c'est le solde des extérieur de l'État et de certaines grandes entreprises
échanges de biens manufacturés qui, par l'ampleur publiques.
107 1
1
Milliards de francs Graphique 4 : soldes des
opérations de répartition
10
0
-10
-20
-30
-40
Soldes des opérations -50 de répartition
-60 Soldes des revenus
du capital -70
Soldes des transferts unilatéraux -80 du secteur public
-90
1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
* les chiffres de 1992 sont en partie estimés
Milliards de francs Graphique 5 : solde
commercial par groupe 100
de produits (CAF - FAB) Produits manufacturés
50 Agro-alimentaire
H 0
Total CAF-FAB -50
-200
1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
* les chiffres de 1992 sont en partie estimés
Sur la période la plus récente, l'attrait exercé par le économique mise en place. En 1986, le contre-choc
franc sur les marchés internationaux de capitaux est pétrolier permet à la balance commerciale de
le principal facteur d'augmentation des intérêts s'équilibrer, mais celle-ci se dégrade dès l'année
versés par des résidents (et par l'État en particulier) suivante, et jusqu'en 1990. Les années 1991 et 1992
à des non-résidents. En outre, le solde des dividendes marquent un retour rapide à l'équilibre.
devient négatif à partir de 1990 alors qu'il était
traditionnellement positif. Ce bilan recouvre des situations contrastées suivant
les produits échangés. Globalement, l'évolution
Les principaux "transferts unilatéraux du secteur favorable des soldes agro-alimentaire et énergétique
public" sont constitués par les flux financiers de la n'a pas permis de compenser la très nette
France avec la CEE d'une part et avec les pays en détérioration du solde manufacturier sur la période
développement d'autre part, à l'exclusion des 1984-1990.
transferts en capital.
La facture énergétique de la France a diminué
Au cours des années récentes, la croissance de la fortement en 1986 sous les effets conjugués du
contribution nette de la France à la Communauté contre-choc pétrolier et de la baisse du dollar : le
européenne s'est révélée non négligeable, passant de déficit des échanges de produits énergétiques s'est
- 5,8 milliards de francs en 1981 à - 20,2 milliards réduit de moitié de 1985 à 1986, passant de 180
de francs en 1991. milliards de francs à 90 milliards de francs, et est
resté quasi stable depuis cette date.
Une évolution du solde de la balance commerciale
L'excédent des échanges de produits largement déterminée par les échanges de biens
agro-alimentaires n'a cessé de progresser au cours manufacturés
des années quatre-vingt, passant de 11 milliards de
L'amélioration du solde des échanges de biens entre francs en 1980 à 50 milliards de francs en 1992. À
1982 et 1986 résulte des efforts de la politique partir de 1980 en effet, la France devient
108 structurellement excédentaire dans le secteur
agro-alimentaire. Elle tire parti de sa spécialisation De 1984 à 1990, une nette détérioration
notamment pour les céréales, les vins, les boissons du solde manufacturier
et les produits laitiers. Ce sont principalement les
exportations à destination de la Communauté qui ont
contribué à cette performance. Les équations de commerce extérieur utilisées dans
les modèles économétriques expliquent les échanges
Le solde des produits manufacturés (CAF-FAB), en fonction des facteurs prix et demande (se reporter
excédentaire jusqu'en 1986, devient déficitaire à à l'encadré). Ainsi, le volume des exportations y est
partir de 1987 et ne retrouve l'équilibre qu'en 1992. déterminé par la compétitivité-prix et par la demande
En fait, de 1984 à 1990, ce solde n'a cessé de se extérieure adressée à la France. À ces variables
dégrader de façon spectaculaire, passant de + 98 s'ajoute parfois un facteur qui traduit la plus ou
milliards de francs à - 57,4 milliards de francs, soit moins grande capacité de l'économie à répondre à la
un écart de 155 milliards de francs. Sauf en 1986, ni demande, usuellement mesuré par le taux
la croissance constante de l'excédent d'utilisation des capacités de production ( TUC ) en
agro- alimentaire ni la réduction de moitié de la France rapporté à un taux d'utilisation étranger.
facture énergétique n'ont compensé les effets de Enfin, des facteurs d'offre, en rapport avec la
cette dégradation sur l'évolution du solde différenciation des produits, peuvent intervenir sur
commercial. un plus long terme.
Le retour à l'équilibre des échanges de produits Dans le cas de la France, il semble que chacun de ces
manufacturés résulte non seulement de circonstances facteurs ait contribué à la dégradation du solde
favorables, mais aussi des efforts de la politique manufacturier.
économique mise en œuvre à partir de 1983. Avant
de déterminer les causes et les conséquences de cette
Une mauvaise spécialisation géographique amélioration, il convient d'analyser les raisons de la
détérioration du solde manufacturier sur toute la Un facteur souvent mis en avant se fonde sur le deuxième partie de la décennie quatre-vingt. constat que l'évolution du solde manufacturier
reflète celui du solde énergétique par un effet miroir.
Graphique 6 : évolution de 12% la structure des exportations
de la France 1980-1990 10%
Variation "volontaire" 8%
Variation "induite" 6%
4%
2%
0%
-2%
-4%
-6%
Total Afrique Europe Moyen Amérique NEI+ Asie (sauf
OCDE centrale Orient du Sud Chine OCDEetNEI)
et URSS
Graphique 7 : compétitivité-
115,00 prix et part de marché de la
France, par rapport à ses
huit principaux partenaires^ 110,00
Compétitivité
■ / 105,00
100,00
Prix et parts de marché
en volume
(*) II s'agit des pays suivants :
Allemagne, Royaume-Uni, Italie, 85,00 Pays-Bas, Belgique, Espagne, Japon, États-Unis. 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991
109 : équations du commerce extérieur Encadré
Les contributions des facteurs prix et demande à la crois biens nationaux. Une variation du prix de celles-ci a donc
sance des importations et des exportations de la France, un effet sur la valeur des importations, mais n'agit que très
présentées dans les graphiques 9a et 9b, ont été calculées à peu sur leur volume. Enfin, la présence du facteur temps,
qui contribue positivement à la croissance des importations, partir des équations de commerce extérieur du modèle Met
ric utilisé par la Direction de la Prévision. Ces équations traduit l'ouverture tendancielle des frontières. L'équation
de long terme indique une croissance spontanée des importsont les suivantes.
ations de 3,1% l'an du seul fait de cette tendance à
Importations l'ouverture.
L'équation d'importations s'écrit : Les exportations
Log{M/M_x) = - 0,87 + 1,3 Log{DI/DI_x) L'équation d'exportations s'écrit :
- 0,2 Log ( CPC / CPC_ l ) + 0,56 LogDI _ 1 LogX =2,77 + 0,74LogX_l + 0,18LogCP
- 0,4 Log CPC _ x- 0,56 Log M _: + 0,0044 T + 0,64 Log DM - 0,\lLog{DM_x)
où - 0,27 Log DM _2 - 0,0007 T
M : importation en volume de produits manufacturés où
DI : demande intérieure en produits (satisfaite X : volume des exportations en produits manufacturés
par la production intérieure)
CP : compétitivité-prix CPC : compétitivité-prix sur le marché intérieur, corrigée
du prix des matières premières DM : demande mondiale (adressée à la France)
T : facteur temps (incrémenté de 1 à chaque trimestre) T : facteur temps
Cette équation d'importations est trimestrielle et l'indice -1 Cette équation d'exportations est trimestrielle, et l'estima
désigne un retard d'un trimestre. tion a été effectuée sur la période 1970-3/1988-4.
Les exportations sont estimées directement en niveau, et L'estimation a été effectuée sur la période 1974-1/1988-4,
et elle est fondée sur un modèle à correction d'erreur : tout non selon un modèle à correction d'erreur. L'équation de
se passe comme si les importations s'ajustaient progress long terme s'écrit :
ivement sur une cible de long terme. Cette cible est LogX = 10,65 + Log DM déterminée par l'équation de long terme, calculée à partir
de l'équation précédente (dite de court terme) en écrivant + 0,7 Log CP - 0,0027 7
que toutes les variables qui y figurent sont stabilisées.
Comme pour l'équation d'importations, l'estimation est L'équation de long terme est donc :
calibrée de telle sorte que l'élasticité de long terme des
Log M = -1,55 + LogDI exportations à la demande mondiale soit égale à 1. La
demande mondiale est la demande adressée par l'extérieur - 0,7 Log CPC + 0,0078 T à la France, à parts de marchés constantes. L'indicateur de
Les paramètres estimés sont ajustés de sorte que l'élasticité compétitivité-prix est un ratio qui fait apparaître au déno
de long terme des importations par rapport à la demande minateur le prix des biens exportés et au numérateur un prix
intérieure soit égale à 1. La compétitivité-prix sur le marché étranger égal à une somme pondérée de prix, rapportés à
une monnaie commune, des principaux concurrents de la intérieur est définie comme le prix des biens importés
rapporté au prix de production. Une hausse de cet indicateur France. La pondération dépend de la part de chacun de ces
signale un gain de compétitivité des biens nationaux par concurrents dans les importations des pays où les industriels
français réalisent leurs ventes. Enfin, le facteur temps rapport aux biens étrangers, et donc une baisse des import
ations, toutes choses étant égales par ailleurs. Il est à noter contribue négativement à la croissance des exportations. Sa
que le prix des biens importés est corrigé de celui des présence, constatée plus que véritablement expliquée, tra
duit sans doute l'émergence de nouvelles puissances matières premières (industrielles) importées. En effet, la
France ne produit pratiquement pas de matières premières exportatrices au profit desquelles la France perd des parts
ou de produits substituables, de telle sorte que les matières de marché.
premières importées n'entrent pas en concurrence avec des
110 Les hausses du cours du pétrole, en 1974 puis en Il n'en reste pas moins vrai qu'il ne faut pas négliger
1980, ont provoqué des transferts massifs vers les le fait que la France a quelque peu souffert du
pays de l'OPEP qui ont utilisé une partie de cette mauvais positionnement géographique de ses
richesse pour importer des biens en provenance des exportations sur la période considérée, celles-ci
pays de l'OCDE. Le contre-choc de 1986 aurait eu ayant été relativement plus orientées que celles de
l'effet inverse, entraînant une moindre progression ses partenaires sur des marchés tels que l'Afrique du
de la demande adressée par l'OPEP aux pays Nord, le Moyen-Orient et la CEE, dynamiques dans
industrialisés, et en particulier à la France. Si les années soixante-dix, moins porteurs au début des
l'influence d'une telle évolution n'est pas à négliger, années quatre-vingt (surtout pour l'Afrique du Nord
elle ne suffit pas, à elle seule, pour tout expliquer. et le Moyen-Orient). Parallèlement, sa présence sur
les marchés asiatiques et nord-américain, en Ainsi, l'Allemagne, qui a subi la même contrainte,
n'a cessé d'accroître son excédent manufacturier expansion dans les années quatre-vingt, est restée
entre 1980 et 1989. "réduite". Ainsi, à part de marché constante les
exportations n'auraient pas progressé au rythme
base 100 en 1980 Graphique 8 : équilibre
extérieur et demande
Taux de couverture en volume comparée d'importations
Écart de demande d'importation*
derniers points 92.3
75
80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92
* il s'agit de la comparaison de la demande mondiale et de la croissance de la demande inténeure corrigée du trend
d'ouverture
Graphique 9a : contributions
des facteurs prix et demande
Contribution de lacompétitivité-pnx a l'exportation à la croissance [ ] de la demande mondiale des exportations -®- Exportations en volume
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
Graphique 9b : contributions
des facteurs prix et demande Contribution des matières premières de la compétitivité corrigée
à la croissance corrigée du trend de la demande intérieure □ des importations
—a- Importations en volume
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
111 qu'une meilleure orientation géographique initiale pente ascendante. L'incidence sur le commerce
aurait permis, alors que, dans le même temps, extérieur des variations du prix relatif à l'exportation
l'émergence de nouvelles puissances exportatrices, ressort clairement lorsqu'on les compare à celles des
notamment en Asie du Sud-Est, renforçait la parts de marché en volume de la France.
concurrence, tant sur le marché intérieur qu'à
l'extérieur. Ces facteurs défavorables ont été Les effets probables d'un investissement insuffisant atténués par les effets d'une réorientation
"volontaire" (c'est-à-dire qui résulte d'une variation Comme il a déjà été souligné, d'autres facteurs qui
de la part de marché) des exportations vers les zones ne sont liés ni à la demande ni au prix entrent en ligne
dynamiques, mais ce mouvement est resté d'une de compte. Difficiles à appréhender, regroupés sous
ampleur modeste. le vocable de compétitivité hors prix, ils désignent
la possibilité de conquérir des parts de marché par la
différenciation des produits, que ce soit par Une détérioration de la compétitivité-prix
l'innovation ou la réputation, ou encore par la
Une autre cause de la dégradation du solde spécificité qui résulte de l'usage qui en est fait. Il
manufacturier peut être recherchée dans l'évolution n'existe pas d'indicateur synthétique de
compétitivité-hors prix. Toutefois, dans certaines de la compétitivité-prix. De 1980 à 1984, les
dévaluations successives du franc, et surtout la forte études, on considère que l'effort relatif
d'investissement physique, défini par le rapport des hausse du dollar, ont permis une amélioration
progressive de la compétitivité-prix de la France par taux d'accumulation (à moyen terme) national et
rapport à ses principaux partenaires, sans pour autant étranger, est un indice, certes imparfait mais assez
que les performances à l'exportation s'améliorent révélateur, de la compétitivité-hors prix, dans la
mesure où l'effort d'accumulation n'a pas que des sensiblement sur cette période. À partir de 1985, les
effets de la baisse du dollar ont pesé sur la effets quantitatifs (augmentation de la capacité
d'offre), mais peut aussi contribuer à améliorer la compétitivité française d'autant plus que les
réaménagements de parité au sein du SME n'ont plus différenciation des produits. Sur la base
suffi à compenser une inflation encore élevée par d'estimations économétriques (Erkel Rousse, 1992),
rapport aux partenaires européens. Ce n'est qu'à il apparaîtrait que l'insuffisance de l'effort relatif
partir de 1987 que la compétitivité-prix retrouve une d'investissement en France au lendemain du choc
Graphique 10a : profitabilité
relative des exportations de la
France et de ses partenaires
(depuis 1979)
90,00
88,00
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
106,00 Graphique 10b : profitabilité
relative des exportations de la
France et de ses partenaires 104,00
(depuis 1987)
102,00
100,00
98,00
96,00
France — — Allemagne 94,00 - - - Royaume-Uni Italie
92,00
87 89 90 91 92
112

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