Les mémoriaux de délégations du sanctuaire oraculaire de Claros et leur chronologie - article ; n°2 ; vol.149, pg 719-765

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 2005 - Volume 149 - Numéro 2 - Pages 719-765
47 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 2005
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Monsieur Jean-Louis Ferrary
Les mémoriaux de délégations du sanctuaire oraculaire de
Claros et leur chronologie
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 149e année, N. 2, 2005. pp. 719-
765.
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Ferrary Jean-Louis. Les mémoriaux de délégations du sanctuaire oraculaire de Claros et leur chronologie. In: Comptes-rendus
des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 149e année, N. 2, 2005. pp. 719-765.
doi : 10.3406/crai.2005.22891
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_2005_num_149_2_22891COMMUNICATION
LES MÉMORIAUX DE DÉLÉGATIONS
DU SANCTUAIRE ORACULAIRE DE CLAROS ET LEUR CHRONOLOGIE,
PAR M. JEAN-LOUIS FERRARY, MEMBRE DE L'ACADÉMIE
Dans la séance du 4 décembre 1998, M. François Chamoux
faisait part de la « mise en dépôt à l'Académie des archives Louis
Robert », conformément à la volonté de Jeanne Robert1. Grâce à
la diligence de notre Secrétaire perpétuel, ce très riche fonds a pu
être rapidement et remarquablement installé dans des locaux de
l'Institut, et son classement est maintenant presque achevé,
donnant lieu à d'heureuses surprises, comme la découverte de
carnets de fouilles de Scarlat et Marcelle Lambrino à Istros, dont
M. Alexandru Avram nous a entretenus le 7 mai 20042. Actuelle
ment, tous les carnets et tous les dossiers ont déjà été numérotés
et classés par Mme Béatrice Meyer, et l'inventaire de la masse
considérable des estampages par MM. Denis Rousset et Alain
Bresson est très avancé3. Les documents concernant le sanctuaire
de Claros, que Jeanne et Louis Robert avaient fouillé de 1950 à
1961, constituent bien évidemment une importante partie du
fonds. Après la mort de son mari en 1985, Jeanne Robert publia
en 1989 les deux superbes décrets en l'honneur de Ménippos et
Polémaios4, et en 1992 le beau décret hellénistique en l'honneur
d'un chresmologue venu de Smyrne5. Elle me confia le dossier
des inscriptions en l'honneur de Romains, que j'ai publiées en
20006. Mais elle avait toujours conservé l'espoir de publier elle-
1. CRAI 1998, p. 1137-1138.
2.2004, p. 705-709.
3. Sur le matériel numismatique, d'autre part, voir la note d'information de François de
Callatay en date du 7 avril 2006.
4. Claros I. Décrets hellénistiques, fasc. 1, Paris, 1989.
5. « Décret de Colophon pour un chresmologue de Smyrne appelé à diriger l'oracle de
Claros », BCH 116 (1992), p. 279-291.
6. « Les Inscriptions du sanctuaire de Claros en l'honneur de Romains », BCH 124
(2000), p. 331-376. Publication précédée d'une communication faite en collaboration avec
St. Verger : « Contribution à l'histoire du sanctuaire de Claros à la fin du IIe et au Ier siècle
av. J.-C. : l'apport des inscriptions en l'honneur des Romains et des fouilles de 1994-1997 »,
CRAI 1999, p. 811-850. ,
COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 720
même l'impressionnant corpus des mémoriaux de délégations,
dont elle avait assuré en grande partie la copie, les estampages et
la préparation du texte7. A sa mort au début de l'année 2002, le
dossier, encore loin d'être prêt pour la publication, était pourtant
très avancé. Je rappellerai tout à l'heure l'importance de ce qui
avait déjà été publié, et je montrerai surtout que la nature et la
structure de ces documents, les principes de leur classement chro
nologique et les leçons à tirer de la distribution des cités qui com
mémoraient leur consultation de l'oracle, tout cela avait déjà été
solidement fondé alors même que les fouilles étaient encore en
cours, dans des travaux remarquables de 1953 et 1954. Ce n'est
pas tout. Les inscriptions n'avaient pas seulement été estampées,
photographiées et copiées pendant la fouille. Des textes transcrits
en minuscules, révisés et prêts pour l'édition existaient, consti
tuant un gros dossier ou plutôt deux gros dossiers. L'un, que
Jeanne Robert avait gardé auprès d'elle, contenait ces textes
regroupés cité par cité, tandis qu'un autre, qui en proposait un
classement essentiellement chronologique, avait été déposé par
elle auprès de l'Institute for Advanced Study de Princeton. Notre
confrère M. Glen Bowersock, que Jeanne Robert avait constitué
comme gérant du fonds déposé à l'Institut, décida d'y verser une
photocopie du dossier de Princeton, et me proposa de me charger
de la publication des mémoriaux. Ma première tâche fut, bien
entendu, de collationner les deux dossiers, dont chacun contenait,
par rapport à l'autre, à la fois des lacunes et des compléments8.
Aux 262 numéros résultant de cette collation, un dépouillement
systématique des carnets conservés9, puis, l'inventaire par
7. En 1969, dans Laodicée du Lycos, p. 298-299, L. Robert écrivait : « Je vais donner ici
la série des mentions du prophète laodicéen et de tout ce qui le concerne, d'après l'édition
préparée par Jeanne Robert » (c'est moi qui mets en italiques). ■
8. Le dossier de Paris ne contenait que des mémoriaux dont la cité consultante pouvait
être identifiée, au nombre de 238. Celui de Princeton (221 mémoriaux, avec un classement
chronologique pour les 188 premiers) incluait en revanche 21 textes de cités non identifiées,
mais y manquaient 38 des mémoriaux présents à Paris. Le nombre total de 262 mémoriaux
vient de ce que trois des textes préparés me paraissent en fait contenir deux dis
tincts, complets ou fragmentaires. D'autre part, et comme on devait s'y attendre, le dossier
de Paris est seul à garder trace du travail des dernières années de J. Robert, tant qu'elle
continua à préparer à l'édition de ces textes. Je dois enfin préciser que le dossier de Prin
ceton m'a été extrêmement précieux pour mon travail sur la chronologie des mémoriaux,
mais qu'il ne pouvait en aucun cas être considéré comme définitif.
9. Il y a trois catégories de carnets. D'une part, des petits carnets où était tenu le journal
de fouilles, et où de petits fragments sont copiés çà et là : manquent ceux des années 1954,
1956, 1957 et 1958. D'autre part des carnets de deux formats, entièrement consacrés à la
copie d'inscriptions : sept carnets de format moyen datent de 1950-1951, 1953, [? 1954], LES MÉMORIAUX DE DÉLÉGATIONS DE CLAROS 721
M.' Denis Rousset de l'ensemble des estampages de Claros10
m'ont permis d'ajouter un peu plus de 200 fragments, dont nous
sont parvenus la copie et/ou l'estampage, et qui peuvent être rap
portés au dossier des délégations. Certains ne mériteront sans
doute pas d'être publiés, mais nombre d'entre eux fournissent des
indications intéressantes, en particulier pour la chronologie des
mémoriaux et la distribution des cités consultantes. Le corpus des
textes est maintenant réuni, et je pense avoir pu dresser les
grandes lignes de leur classement chronologique. C'est ce travail
que je présenterai dans cette communication, et dont je publierai
les résultats dans le tableau donné en appendice11, après avoir
retracé l'histoire de la découverte des mémoriaux et rappelé l'i
mportance du travail de publication et d'analyse déjà réalisé par
Jeanne et Louis Robert.
L'Académie aura beaucoup entendu parler de Claros dans ces
quinze dernières années (pas moins de huit communications ou
notes d'information entre 1991 et 1999), que ce soit à propos des
découvertes faites par Jeanne et Louis Robert, ou de celles, plus
récentes, de Mme Juliette de La Genière pendant les nouvelles
fouilles qu'elle a conduites à Claros de 1988 à 1997. Ces dernières
ont beaucoup apporté à notre . connaissance du sanctuaire, de
l'époque archaïque à l'époque hellénistique ; mais, comme l'a
écrit Mme de La Genière elle-même, « pour l'époque impériale,
les fouilles de 1988-1997 n'ont que peu enrichi l'important
1955, 1956, 1957 et 1959 ; huit grands carnets datent de 1951, 1952 (deux carnets), 1953, 1954,
1956, 1958 et 1959. Il s'agit de copies en capitales. Lorsqu'une édition en minuscules avait
été faite, l'indication « préparé » était notée sur le carnet. Il n'y a qu'un texte indiqué
comme préparé dont je n'ai trouvé trace dans aucun des deux dossiers. Inversement, d'après
les éditions préparées, il apparaît qu'un certain nombre de copies faites en 1952 (notam
ment pour des inscriptions gravée le long de la voie sacrée) ne nous sont pas parvenues.
Mais c'est incontestablement pour les textes non préparés que la perte de certains carnets
est la plus dommageable. Elle est heureusement compensée par l'examen des estampages.
10. 1 173 estampages proviennent de Claros (y compris ceux que Charles Picard avait
mis à la disposition de Louis Robert), et 688 d'entre eux concernent des mémoriaux ou des
fragments de mémoriaux. Ce nombre élevé s'explique par le fait que les les plus
longs occupent plusieurs estampages, que les inscriptions estampées par Ch. Picard l'ont été
de nouveau par J. et L. Robert quand ils en ont retrouvé les pierres, et que certains mémor
iaux de lecture particulièrement difficile ont été estampés deux fois par J. et L. Robert. Dis
posant d'une première saisie informatique des mémoriaux, que j'avais faite à partir des
textes préparés et des copies contenues dans les carnets, D. Rousset a pu identifier les
estampages correspondants, et signaler à mon attention les textes qui ne figuraient pas dans
ma saisie. Je le remercie très vivement pour l'aide extrêmement précieuse qu'il m'a ainsi
fournie. Bien entendu, je suis en train de procéder à une collation systématique de tous les
estampages.
11. Voir Appendice I, p. 745-760. COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 722
dossier réuni par Louis Robert. Quelques inscriptions fragment
aires, trouvées dans des fosses tardives, proviennent de la krepis
du temple d'Apollon ; ce sont des mémoriaux de délégations
dont les estampages ont été confiés à Mme Jeanne Robert pour
compléter le dossier qu'elle s'apprête à publier »12.
Louis Robert a appelé « mémoriaux de délégations » ces
« listes dont chacune donne la composition des délégations
envoyées officiellement par des villes pour consulter l'oracle.
Chaque ville éternisait ainsi le souvenir de ses démarches ; les
membres de la délégation en étaient fiers, et le sanctuaire
d'Apollon voyait avec plaisir les inscriptions qui attestaient
l'étendue de sa renommée et la fidélité empressée de ses clients.
Ce sont des inscriptions officielles, gravées avec plus ou moins de
goût mais toujours en caractères profonds,, et nullement des
"proscynèmes", des actes d'adoration particuliers de pèlerins,
comme en Egypte, incisés en graffites »13.
Les premiers de ces mémoriaux furent publiés par Aristote
Fontrier dans le Mouseion de 1880 et par Joseph Chamonard et
Emile Legrand dans le Bulletin de correspondance hellénique de
1894. Ces inscriptions furent reprises en 1898 par Bernard Hauss
ouUier, dans un article qui fut la première véritable étude s'inté-
ressant à cette documentation comme source essentielle pour
notre connaissance du sanctuaire de Claros et de son oracle1.4.
Corrigeant une faute de lecture de Chamonard et Legrand pour
un mémorial d'Amisos daté de la 63e (et non 363e) prytanie
d'Apollon, mais restant victime, pour un mémorial d' Aphrodisias
qui date de sa 73e (et non de sa 3e) prytanie, d'une faute de Font
rier qui ne fut corrigée qu'en 1905 par Heberdey15, HaussouUier
attribuait quatre des cinq inscriptions alors connues au IIe siècle
de notre ère. Il nota justement qu'il s'agissait toujours d'inscrip
tions faites au nom de cités et non d'individus ; que le prytane
était le magistrat éponyme de Colophon ; et que le prêtre et le
thespiode étaient nommés à vie alors que le prophète et le(s)
secrétaire(s) étaient annuels. En revanche, dans le mémorial
12. « Claros. Bilan provisoire de dix campagnes de fouilles », REA 100 (1998), p. 250.
Les fouilles conduites de 1988 à 1997 ont permis de trouver le fragment manquant du
mémorial de Chios sous Apollon 86 (dont les deux autres fragments avaient été découverts
en 1953), et les fragments de cinq autres mémoriaux (Iconium sous Apollon 68, probable
ment Chios sous Apollon 70, Hadrianopolis de Thrace sous Apollon 98, Chios sous Apollon
99, une cité inconnue à une date inconnue).
13. OMS VI, p. 541.
14. B. HaussouUier, « L'Oracle d'Apollon à Claros », RPh 22 (1898), p. 257-273.
15. R. Heberdey, dans Th. Macridy, JÔAI, 1905, p. 171, n. 15. LES MÉMORIAUX DE DÉLÉGATIONS DE CLAROS 723
d'Amisos déjà mentionné, il ne vit pas que les mots irôv àno
'Apôwç 'HpaKÀeiSrôv naTpoyeviôriç se rapportaient au thespiode
Ti. Claudios Asclépidès, et supposa l'existence d'un Héraclide du
nom de Patroxénidès, un « grand dignitaire » qu'on n'aurait ment
ionné que « lorsqu'il avait rehaussé de sa présence l'éclat d'une
consultation solennelle ou d'une grande cérémonie ». Cette
erreur allait, pour l'essentiel, être rapidement corrigée par
Charles Picard16, mais deux autres allaient avoir une plus longue
fortune. Reprenant une idée de Chamonard et de Legrand, elle-
même en partie fondée sur le texte de Tacite relatif à la visite de
Germanicus en 18; selon lequel le sacerdos aurait été ignarusple-
rumque litterarum et carminum11 , il considéra le thespiode comme
un poète qui assistait le prophète et mettait en vers sa réponse
(une idée qui ne devait être réfutée qu'en 1967 par Louis
Robert). D'autre part, interprétant l'hymnographe d'un mémor
ial de Laodicée comme un fonctionnaire attaché à l'oracle, qui
« tenait à la disposition des fidèles un recueil d'hymnes qu'il avait
composés lui-même », il en déduisit que l'hymne était régulièr
ement « chanté par un chœur colophonien que formait le paido-
nome ».
En 1905, Théodore Macridy, conservateur des musées otto
mans, publia dans les Jahreshefte de l'Académie de Vienne une
série d'inscriptions mises au jour sur le site de Notion (Colophon-
sur-Mer) par le prêtre grec du village, qui était à la recherche de
marbres et de pierres antiques pour construire une nouvelle
église. Cet article, enrichi de précieuses observations de Rudolf
Heberdey (directeur des fouilles autrichiennes d'Éphèse), porta
à 13 le nombre des mémoriaux publiés ou republiés, et élargit la
distribution géographique des consultants de l'oracle18. Des son
dages faits en 1907 sur le site même de Claros, dans ce que
Macridy croyait être le temple d'Apollon mais qui n'était que les
propylées du sanctuaire, permirent la mise au jour de 25 nou
veaux mémoriaux, que Macridy publia en 1912, en même temps
16. Ch. Picard, Éphèse et Claros. Recherches sur les sanctuaires et les cultes de l'Ionie du
Nord, Paris, 1922, p. 211-212.
17. Tac, Ann., 2, 54, 5. Les indications de Tacite ne rencontrent aucune confirmation
dans les mémoriaux du IIe siècle. L'inscription hellénistique sur le chresmologue appelé de
Smyrne (n. 5) montre qu'elle décrit peut-être une situation plus fréquente à époque
ancienne : voir déjà L. Robert, OMS, IV, p. 222.
18. Th. Macridy, « Altertûmer von Notion », JÔAI, 1905, p. 155-173 (en français malgré
le titre). 724 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
que cinq autres fragments provenant de la basilique byzantine19.
Des fouilles menées conjointement en: 1913 par Théodore
Macridy et Charles Picard, alors secrétaire de l'Ecole française
d'Athènes, permirent de dégager presque complètement l'édi
fice, qui fut cette fois identifié comme les propylées, ainsi qu'une
exèdre annexe, mais la guerre obligea à s'en tenir là. Les princi
paux résultats de ces fouilles furent signalés dans un article de
191520, mais les nombreuses inscriptions alors mises au jour
(dont une cinquantaine de mémoriaux) restèrent inédites, bien
qu'elles fussent abondamment utilisées par Charles Picard dans
sa monographie sur Éphèse et Claros21, avec indication d'un
numéro d'inventaire. Si les mémoriaux alors connus (Charles
Picard les désignait sous le nom de proscynèmes) furent bien
placés dans le IIe siècle, les principes d'une chronologie plus fine
restaient absents : ainsi la nécessité de distinguer deux prêtres du
nom de Gaios Ioulios Zôtichos fut-elle ignorée, ou même niée22,
tandis qu'Ailios Caisar était confondu avec Antonin le Pieux23.
Sur deux points toutefois les progrès étaient notables. Même
si l'hymnographe continuait à être considéré comme un fonc
tionnaire attaché au sanctuaire, Charles Picard reconnut du
moins la nécessité d'atténuer les conclusions qu'en avait tirées
Haussoullier :
« II n'est guère douteux qu'en beaucoup de cas les chœurs aient été
fournis par les villes qui déléguaient les ambassades, plutôt que
recrutés à Claros même. Dans les proscynèmes d'une même année,
on ne retrouve jamais les mêmes noms de choristes ; on voit aussi un
chorège étranger, par exemple dans les inscriptions de Chios... On
peut tenir pour démontré que les ambassades venues à Claros
20.' 19. Th. Id., « Macridy Antiquités et Ch. de Notion Picard, II « Fouilles »,JÔAI, du 1912, hiéron p. 36-67. d'Apollon Clarios à Colophon »,
BCH 39 (1915), p. 33-52.'
21. En particulier dans les p. 197-220, 257-266 et 692-701. Ch. Picard mit à la disposition
de L. Robert le carnet où il avait copié les inscriptions conservées dans le dépôt, puis trou
vées au cours des fouilles de 1913. Je n'ai pas retrouvé ce carnet, mais seulement une partie
des photographies que L. Robert en avait faites (46 des numéros de Picard sur plus de 120).
Heureusement, 72 estampages faits par Picard d'inscriptions qu'il avait copiées sur le carnet
se trouvent aussi dans le fonds Robert. Photographies et estampages m'ont permis de
retrouver tous les mémoriaux et fragments de mémoriaux signalés par Picard en 1922, et un
certain nombre d'autres fragments, auxquels il n'avait pas fait allusion. Les fragments dont
Picard a noté qu'il les avait copiés et estampés dans le dépôt doivent être ceux dont Macridy
avait signalé la découverte lors des fouilles de 1907, mais dont il avait ajourné la publication
en attendant le dégagement complet du prétendu temple (JÔA1, 1912, p. 54).
22. Ch. Picard, op. cit. (n. 16), p. 210, n. 3.
23. /ta*., p. 203, n. 6. LES MÉMORIAUX DE DÉLÉGATIONS DE CLAROS 725
admettaient souvent un personnel de jeunes chanteurs des deux
sexes ; ce n'est donc pas dans la prosopographie colophonienne qu'il
faudrait compter ce personnel »24.
D'autre part, l'accroissement du nombre des cités consultantes
attestées * permettait de préciser la géographie des clients de
l'oracle : Charles Picard soulignait ainsi la quasi-absence de la
Grèce continentale (l'exception corinthienne étant expliquée par
l'importance qu'y exerçaient les influences orientales), et il ajout
ait :
« C'est surtout dans le monde oriental et, comme on le verra, dans
l'Europe "barbare" que se recrutait sa clientèle la plus pieuse »25.
Avant même de fouiller à Claros, Louis Robert avait à plu
sieurs reprises apporté des corrections importantes au dossier des
mémoriaux. En 1936, il montra que Patrogenidès n'était pas un
titre (Ch. Picard), mais « la mention de l'appartenance à un
genos »26 ; en 1937, il restitua en l'attribuant à Héraclée de la
Salbakè un fragment découvert à Éphèse, où il avait été réem
ployé dans la « double église », et publié par Josef Keil dans les
Jahreshefte de 1912, à la suite de l'article de Macridy27 ; en 1938, il
attribua à Iconion un mémorial daté de la prytanie d'Hadrien,
que Macridy avait publié en 1912 en restituant ô veoo[KÔpoç, au
lieu de [EiK]ovéoo[v KoA,(ûvg)v, et il data des années 136-138, par la
prytanie d'^Elius Caesar bien identifiée, un autre mémorial d'Ico-
nion qu'avait signalé Charles Picard28. Au vu des progrès réalisés
dès les années 1930 dans l'interprétation des textes déjà connus,
on comprend mieux que Louis Robert ait pu si rapidement tirer
le meilleur parti des découvertes des années 1950.
Onze campagnes de fouilles furent menées à Claros par Louis
Robert, Jeanne Robert et Roland Martin, de 1950 à 1961 avec
une interruption en 1960. Dès 1950, non seulement les propylées
furent totalement dégagées, mais encore l'emplacement du
temple fut localisé. En 1951 en fut dégagée la façade, et il apparut
que trois degrés de la krepis étaient couverts de mémoriaux.
24. /Z>ù£,p.265,n.5.
25. Ibid., p. 693-694.
26. « Études d'épigraphie grecque. XLVI Décrets de Kolophon », RPh, ser. 3, 10, 1936,
p. 163 (=OMS, II, p.1242).
27. Études anatoliennes, Paris, 1937, p. 328-330.
28.épigraphiques et philologiques, Paris, 1938, p. 147-150. 726 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
Dans les années suivantes, en même temps qu'étaient mises au
jour les structures de Yadyton et de la grotte oraculaire souter
raine (avec des difficultés considérables dues au niveau de la
nappe phréatique), des mémoriaux nouveaux ne cessaient d'ap
paraître : on en trouva sur les cannelures de certains tambours
des colonnes écroulées de la façade du temple (il en était déjà
apparu en 1907 et 1913 sur les colonnes des propylées), mais aussi
sur les degrés, les plaques d'orthostate et la table du grand autel
d'Apollon ; tout le long enfin de la voie sacrée qui conduisait des
propylées au temple d'Apollon, des stèles avaient été dressées
pour y graver des mémoriaux, tandis que d'autres l'étaient sur les
parties libres des exèdres, des bases, des piliers ou des colonnes
élevés à l'époque hellénistique ou pendant le dernier siècle de la
République romaine, et finissaient même, dans un cas, par recouv
rir une inscription augustéenne en l'honneur d'un magistrat
romain29.
Les rapports régulièrement fournis à propos de la fouille, et
commodément réunis en 1974 dans le tome IV des Opéra Minora
Selecta, ont signalé au fur et à mesure les découvertes de nou
veaux mémoriaux. Le 26 octobre 1953, au terme de la quatrième
campagne de fouilles, Louis Robert avait donné à Ankara une
conférence, publiée dès 1954, où l'on trouve en particulier un
exposé magistral sur les mémoriaux de délégations30. Y est définie
la nature de ces inscriptions (qui ont un caractère officiel et ne
sont pas de simples proscynèmes). Y est établie la distinction entre
les Colophoniens mentionnés (le prytane, magistrat éponyme ; le
prêtre et le thespiode, dont les charges sont viagères ; le prophète
et le [s] secrétaire [s], les sont annuelles) et les
membres des délégations envoyées par les cités (un ou deux
consultants, le plus souvent appelés . théopropes ; très fréquem
ment un chœur de garçons ou de garçons et de filles sous la
conduite d'un chorège ; éventuellement d'autres personnes). Est
enfin clairement précisée la géographie des cités qui ont consulté
l'oracle, certaines avec une remarquable fréquence. Louis Robert
soulignait en particulier la façon dont Claros, face à Delphes et à
29. En 172/3, sous la 89e prytanie d'Apollon, un mémorial de Chios fut regravé sur la
dédicace d'une statue de Q. jÈmilius Lepidus qu'on ne prit pas soin d'éraser.
30. Les Fouilles de Claros, Limoges, 1954 (texte repris en 1989 dans le tome VI des
Opéra Minora Selecta, p. 523-549), en particulier p. 20-28 = 540-548. LES MÉMORIAUX DE DÉLÉGATIONS DE CLAROS 727
Didymes, avait su trouver une clientèle nouvelle et importante
dans les cités plus récemment hellénisées du Nord de la péninsule
Balkanique et de l'Anatolie, mais aussi dans nombre de colonies
romaines fondées dans ces régions31. Après la conférence de 1953,
Louis Robert devait publier en 1967 un autre texte de synthèse sur
« L'Oracle de Claros »32. Il put cette fois tenir compte de l'e
nsemble des données fournies par les fouilles, en particulier par le
dégagement des salles souterraines de Vadyton, et ce fut l'occasion
de préciser le rôle du thespiode et de corriger l'interprétation
inexacte que Haussoullier avait rendue canonique :
« On a toujours admis que le prophète recevait l'inspiration et pro
phétisait, et que le thespiode mettait les oracles en vers. Il me paraît
plutôt maintenant - rien dans le mot thespiode n'indiquant une telle
activité et étant donné le caractère annuel des fonctions de prophète
- que le thespiode était l'inspiré qui buvait l'eau sacrée et qui "chant
ait les oracle", et que le prophète les rédigeait ; le secrétaire, mani
festement subalterne, devait s'occuper de toutes les relations avec les
consultants, demandes et réponses »33.
En 1954, peu après la conférence d'Ankara, la publication par
J. et L. Robert de La Carie IL Le plateau de Tabai et ses environs
avait fourni une autre contribution de toute première importance
à la connaissance des mémoriaux de délégations. Y furent publiés
(ou republiés et corrigés dans le cas d'inscriptions mises au jour
lors des fouilles du début du xxe siècle) 31 textes (13 de Tabai et
18 d'Héraclée de la Salbakè), dont 5 venaient d'être trouvés
pendant la campagne de 1953. D'autre part, à propos des mémor
iaux d'Héraclée, J. et L. Robert jetaient les bases d'une chronol
ogie des mémoriaux : numérotation continue des très
nombreuses prytanies du dieu ; autres indications contribuant à
établir une chronologie relative des mémoriaux (numérotation
des années d'exercice d'une fonction, rapprochements prosopo-
graphiques) ; éléments enfin permettant de transformer cette
chronologie relative en chronologie absolue (datations d'après
l'ère de la cité consultante, une ère provinciale ou un proconsul ;
cas exceptionnel de la prytanie d'iElius Caesar).
31. C'est par son statut de colonie romaine qu'il explique la consultation par Corinthe
de l'oracle clarien.
32. Dans Ch. Delvoye et G. Roux (éd.), La civilisation grecque de l'Antiquité à nos jours,
Bruxelles, 1967, p. 305-312.
33. Op. cit. (n. 14), p. 310.

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