Trois oracles de la Théosophie et un prophète d'Apollon - article ; n°4 ; vol.112, pg 568-599

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1968 - Volume 112 - Numéro 4 - Pages 568-599
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
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Monsieur Louis Robert
Trois oracles de la Théosophie et un prophète d'Apollon
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 112e année, N. 4, 1968. pp. 568-
599.
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Robert Louis. Trois oracles de la Théosophie et un prophète d'Apollon. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, 112e année, N. 4, 1968. pp. 568-599.
doi : 10.3406/crai.1968.1566
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1968_num_112_4_1566COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 568
M. Jacques Heurgon ayant obtenu la majorité absolue des suf
frages exprimés est proclamé élu. Son élection sera soumise à l'appro
bation du Président de la République Française.
M. Louis Robert présente une communication intitulée : « Trois
oracles de la Théosophie et un prophète d'Apollon ».
COMMUNICATION
TROIS ORACLES DE LA THÉOSOPHIE
ET UN PROPHÈTE D'APOLLON,
PAR M. LOUIS ROBERT, MEMBRE DE L' ACADÉMIE.
Dans la riche documentation relative aux oracles grecs, c'est une
bien curieuse collection qui était appelée « la Théosophie » et que
l'on nomme souvent « la Théosophie de Tubingen » d'après le manus
crit le plus étendu. Des manuscrits dans diverses bibliothèques
d'Europe ont conservé des morceaux plus ou moins fragmentaires de
cet ouvrage composé dans le dernier quart du vie siècle de notre
ère. Il était précédé d'un exposé en sept livres de la doctrine chré
tienne, de « la vraie foi », dont il n'est rien resté. Dans la Théosophie,
l'auteur s'appliquait à relever comment la sagesse païenne avait
connu déjà des vérités chrétiennes sur le Démiurge ou la Trinité.
Ces points de contact étaient établis d'après des philosophes ou
d'après des oracles, dont l'origine est rarement donnée, oracles de
grands sanctuaires, puis d'après les oracles sibyllins. Une édition
critique et complète en a été donnée en 1941 àHamburg parHartmut
Erbse sous le titre Fragmente griechischer Theosophien herausgegeben
und quellenkritisch untersucht1. Les oracles dont je traiterai se lisent
déjà sous la même forme à la fin de l'ouvrage de Karl Buresch publié
à Leipzig en 1889 et intitulé Klaros, Untersuchungen zum Orakel-
wesen des spàteren Altertums. Ce courageux et savant explorateur de
la Lydie, mort très jeune, avait découvert aux environs de Magnésie
du Sipyle un oracle d'Apollon Clarien à la ville de Kaisareia Troketta,
révélée par ce texte et pour son nom même et pour son site. Il publia
et commenta cet oracle en un livre2 où il étudiait les oracles de
Claros. Il y joignit un appendice intitulé Xpyjcr(xol tôv 'EXXrjvwcôiv
0e<ôv, pp. 87-126, où il publiait un manuscrit de Tubingen3 décou
vert par Neumann, la partie la plus importante des extraits de la
1. Volume IV des Hamburger Arbeiten zur Altertumswissenschaft, herausgegeben von
U. Knoche, H. Rudolph und B. Snell, 234 p. in-8°. Les trois oracles que j'étudie sont
édités aux pages 172-173, avec l'apparat critique. A la bibliographie de H. Erbse sur
cet ouvrage, p. 1, note 2, ajouter l'article de A. D. Nock, Rev. Et. Ane., 1928, 280-290 :
Oracles théologiques.
2. 134 p. in-8°, Teubner.
3. Exactement la copie d'un manuscrit, lequel fut brûlé à Strasbourg en 1870. TROIS ORACLES DE LA THÉOSOPHIE 569
Théosophie, qui donnait une belle série d'oracles, notamment les
trois nôtres1. Mais déjà ces derniers se lisaient dans le livre de Gustav
Wolff paru à Berlin en 1856, qui reconstituait d'après de multiples
sources un ouvrage de Porphyre en sa jeunesse : Porphyrii de philo-
sophia ex oraculis haurienda librorum reliquiae2, ouvrage resté class
ique comme il le mérite3. Peu auparavant, en 1853, N. Piccolos les
avait fait connaître avec d'autres d'après un manuscrit de Florence,
dont Francesco Del Furia lui avait communiqué la copie4.
L'oracle 22 est ainsi présenté : ôti Ilo7tXqc tm
el GU\L(pèç>ei rapt XPW^X(ÙV s^ «piXorifjiav ns[v\)ca npbç
àTcsxpivaTO oôtcoç. Le consultant avait interrogé au sujet d'une
ambassade à envoyer à l'empereur. La réponse est donnée en quatre
hexamètres.
Le même personnage avait demandé et obtenu l'oracle 23 :
Ôti àXXore Xuirou^évo) t<5 IIo7rXqc obç xai tcov 7rpay(i.àT(j>v èvavTtou(xé-
vcov aÛTto xai ttjç oÙgLglç (Asioufxsvyjç xai tou a-cojxaTOç oôx e5
xai (jiaGstv Çyjtouvti, roxp' oô SuvyjOsit) (3oY)0etaç xuyeïv,
oûtcoç ; « une autre fois, comme Poplas était affligé parce que les
affaires lui étaient contraires, que sa fortune allait diminuant et
que physiquement il n'allait pas bien, et comme il cherchait à savoir
auprès de qui il pourrait trouver secours, le dieu lui répondit ainsi ».
L'oracle tient cette fois en un vers : 'iXàcrxou Ztjvôç (3to<ïa>Topoç
àyXaov 6[X[xa, « Supplie l'œil éclatant de Zeus qui donne la vie ».
Le nom est accentué IIoTcXa dans les divers manuscrits. G. Wolff
a justement IIo7rXa et il a commenté en 1856 : « riouXàç
quidam Archelai familiaris apud Josephum, Bell. Iud. 2, 2, 1. Alias
hoc nomen non repperi ». On n'a rien dit depuis lors à ce sujet5.
Il y a quelques exemples du nom Poplas. A Épidaure, en 224 p. C,
un homme de ce nom, ayant été pyrphoros6, consacrait un autel
d'Artémis Agoraia dans le sanctuaire d'Apollon Maléatas : 'ApTéjxiSoç
'Ayopaiaç, 'IoûXtoç IIo7tXà<; 7cup<pop^<ya<; rb ap' stoç7. L'éditeur,
1. Pages 101-102. Là la numérotation des paragraphes, 21-23, conservée par H. Erbse.
2. 253 p. in-8°. Réimprimé photographiquement à Hildesheim (G. Olms) en 1962.
Nos trois oracles aux pages 238-239 avec les numéros 7, 8 et 9. G. Wolff utilisait un
manuscrit de Florence (copie de F. Del Furia) et un de Naples moins bon, lu par lui-
même.
3. J'en profite pour rappeler et recommander aussi l'ouvrage de G. Wolff, non réim
primé, De novissima oraculorum aetate (56 p. in-4°, Berlin, 1854).
4. Supplément à l'Anthologie grecque. Sur ce livre et sur N. Piccolos, voir ci-après.
Ces trois oracles aux pages 183-185 avec les numéros VII, VIII, IX. Pour Del Furia,
voir p. ix.
5. Le dictionnaire des noms propres de Pape et Benseler enregistrait le nom d'après
Josèphe et d'après une inscription, CIG, 3820 ; voir ci-après.
6. Sur cette fonction, voir Rev. Et. Gr. 1966, 746-748.
7. IG, IV, 405. Le texte était inédit. Pour la date notamment il est dommage qu'on
n'ait pas publié une photographie.
1968 38 COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 570
F. Hiller von Gaertringen, a commenté ainsi le nom : «
cf. Ios. B. Iud., 14 », évidemment d'après le dictionnaire de Pape
et Benseler.
Récemment on a publié une épitaphe de Rome qui donne deux
fois le nom, pour le père et pour le fils : IIotcXS i/iô> Tcar/jp IIo7rXàç
f/,VY)[jnr)<; x*Plv ^0 ÇfaavTi tj', fXYJveç1 rf. L'éditeur, L. Moretti,
explique : « Nomina hypochoristica quae dicuntur, ut IIo7rXàç,
Romae saepius reperiuntur (AyjjrrjTpaç, TefAivôcç, ZcocKfjwcç, etc.) d1.
Parmi les innombrables exemples des noms en -ôcç à l'époque
impériale2, et déjà auparavant, ce qu'il est bon de rapprocher
avant tout, ce sont des cas où cette terminaison hypocoristique
grecque s'ajoute à des noms latins. On a ainsi par exemple
'AvToovôcç, Aovytvàç, OùaXepàç, 'Poucpàç3, Aovyaç4, Ms\i\iciqb, etc.
Mais le rapprochement le plus obvie, c'est celui où la terminaison
s'applique à un prénom latin, à savoir le nom de l'évangéliste Luc,
Aouxaç, qui est attesté à Antioche de Pisidie6 comme à Tégée7.
Comme Aouxaç se place à côté de Aouxioç8, ÏIotcXoç est l'hypoco-
ristique de IloTcXtoç, et non de Ilo7tXi.x6Xaç9.
Le hasard me fait retrouver ce nom dans l'Isaurie avec cette
épitaphe : rio-rcXâç Ouav(oX[i] ôuyarpl aÛTou jx(vrj(X7jç') x(àptv)10. Au
gymnase de Chalcis en Eubée, une liste nomme un
1. Athenaeum 1961, p. 77, n. 17.
2. Par exemple la liste de M. Lambertz, Glotta, 4 (1913), 123.
3. Cf. notamment W. Schulze, Orthographica et Graeca Latina, p. 105 de la réimpression
à Rome 1958. Bons exemples de 'Povcpfiç à Termessos, TAM, III, 674 ; à Pizos en
Thrace, IG Bulg., III 2, 1690, e 19. W. Schulze citait une incription latine à Rome, Rufas.
4. Ainsi sur une monnaie de Téménothyrai : Mùnsterberg, Die Beamtennamen auf
den gr. Miinzen, p. 172.
5. A Antioche de Pisidie (D. M. Robinson, Trans. Am. Phil. Ass. 1926, 232, n. 64,
avec photographie ; SEG, VI, 577) : Meujiàç Meptiâv xdv èaxov JtaxéQa xal Tfjv
6. Le nom, connu par Ramsay (1915), fut commenté par A. Deissmann, Licht vont
Osten1 (1923), 372-377 : Lûkios-Lukas. Une des inscriptions nommait Aouxaç TtXXioç
KqItcov (c'est-à-dire Lucius Tillius Crito). Une autre porte MtjvI e^x^v Fdiioç 'APaoxdvTov
■ôôç xal Aovm&ç «al Ilo'up.no'O^X.ioç «al ECÔo|oç, alors que la même famille apparaît dans
une dédicace antérieure : MtjvI eôxT)v Tdjioç 'ApaaxdvTov netà Yt>va[ixôç], Aovxioç utdç,
IlovuJtotiXioç vlôç (SEG, VI, 659 et 658). Le nom du second fils n'est pas Pompi-
lius (Deissmann), mais Pompullius, bien attesté.
7. IG, V 2, 1. 57 : 'AepeoSâç Aouxâ ; 1. 65 : Aowxûç 'Eneixrâ. Bien avant les inscriptions
d' Antioche de Pisidie, la liste de Tégée, copiée par P. Foucart, était publiée dès 1878
avec sa ligne 55. Le Ao%m&ç de la ligne 65 n'y figurait pas, P. Foucart l'ayant omis par
un saut du même au même, car la ligne suivante se terminait aussi par 'EneunS.
A. Deissmann citait d'après W. Schulze un C. Iulius Lucas à Rome et deux Aowûç en
Egypte. L'exemple sur le colosse de Memnon est possible, mais non sûr (cf. A. et E. Ber-
nand, Les inscriptions du Colosse de (1960), n. 102 avec la planche LVII).
8. Comme le soutenait W. Schulze, loc. cit. : « a quibus uix seponi licet nomen quod
sine causa idonea ex Aovuavôç s. AouxUXio; contractum putant Aouxctç (Lepsius,
nr. 114; C. Iulius Lucas, CIL, VI, 17685) ». Voir la note précédente.
9. Dans le dictionnaire de Pape et Benseler : « = IIo3iXi.xoA.as ? ».
10. A. M. Ramsay, J. Hell. Stud. 1904, 278, n. 14. Rien sur le nom.
11. IG, XII 9, 920, 1. 6. TROIS ORACLES DE LA THÉOSOPHIE 571
II serait intéressant de suivre l'histoire des copies et des éditions
d'une inscription de Nacoleia en Phrygie1, encastrée dans le fameux
couvent des bektachis élevé auprès du tombeau de Seyit Batal Gazi.
Car le nom Poplas y fut d'abord reconnu, sinon expliqué, dans deux
éditions successives ; puis il disparut dans des éditions plus modernes
avant d'être rétabli par une nouvelle révision. Une copie avait été
prise en 1834 par le baron russe R. Wolff, qui la donna à J. Franz
lors d'un passage à Rome. Celui-ci la publia en 1840 dans une
brochure2, puis dans CI G, ni, 3820 ; il reconnaissait le nom du
défunt Fout») KaX7i;oupvud IIo7rXa <x[v]8pl y(X)uxut(<x)t<p, par une
très légère correction3, mais il ne l'expliquait pas et même, dans
CI G, il l'accompagnait d'un point d'interrogation. Cela fournissait
à Pape son second exemple de Poplas. Andréas David Mordtmann4
passait là en 1858 et 1859, identifiait le lieu avec Nacoleia5 et donnait
sur cette ville et son histoire au cours des temps une monographie
toujours utile6. Il lisait et publiait : Fcn^ KaXrcoupviq) IIo7rXa
àvSpl yXuxut<xt(o7. Une copie fut prise en 1921 par B. K. Skaphidas
lors de la guerre gréco-turque. Publiée dans un quotidien d'Athènes
à cette époque, elle fut reproduite dans BCH 1921, 558, n. 3, avec
cette transcription : Fatco KaXTCoupvio) tw8 7tàXat àvSpt yXuxut<xt<{>,
sans qu'on eût cherché s'il y avait une édition antérieure. Mais
c'est en comparant avec l'édition CI G, 3820, « da designo evi-
dentemente errato e inesatto », que B. Lavagnini, en 1925, préférait
le texte t[<o] 7ràXat àvSpl yXuxuTaTq)9. Rendant compte de cette
publication, F. Hiller von Gaertringen se demandait10 : « Peut-on
croire à râ TtàXat àvSpl y'kox.wztx.Tcp ou ne doit-on pas attendre
xtç> îSitj) àvSpi ? ». Ensuite de quoi le texte était publié dans SE G,
1. J'avais rédigé de ce point de vue des pages sous le titre : < Le nom Poplas à
Nacoleia, Lemmes et apparats dans les éditions critiques ». J'y étudiais l'ensemble de
l'inscription et le détail des diverses éditions.
2. Fùnf Inschriften und fùnf Stâdte in Kleinasien (Berlin, 1840), p. 4 sqq.
3. La copie donnait un lambda au lieu de V alpha ; à la fin de la ligne, une barre verticale
pour le mu ; un delta pour le lambda dans l'adjectif et un lambda pour l'alpha du même
mot ; toutes erreurs très légères.
4. Sur ce voyageur et savant, cf. le livre de F. Babinger, groupant ses articles en 1925
sous le titre Aus Anatolien ; cf. Journal des Savants 1961, 118-119 ; Comptes Rendus
Acad. Inscr. 1967, 491.
5. Trompé par une inscription honorifique érigée là, J. Franz avait cru que c'était
Prymnessos.
6. Gelehrte Anzeiger herausgegeben von Mitgliedern der K. bayer. Akad. Wiss., 50 (et
non pas 1), 1860, 260-295 : Seidi Gazi, Ein Beitrag zut vergleichenden Géographie und
zur osmanischen Geschichte (l'inscription p. 293, n. 2) ; aussi dans Hellenikos Philologikos
Syllogos Kl pi., 9 (1874-1875), IlaQàQT. àQ%awX., pp. xiv-xxviij : ZeCôi-ràÇi, avec
planche (dessin du tekke dans son cadre géographique) ; l'inscription pp. xxiv-xxv, n° 8.
7. Je ne traite pas du reste de l'inscription et du nom de la femme qui érigea le
monument funéraire.
8. Un omicron dans la copie.
9. Raccolta Lumbroso, 335-339 : Iscrizioni di Nacoleia.
10. Philol. Woch., 46 (1926), 329. Je traduis de l'allemand. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 572
vi (1932), 91, avec la formule : Fatco KaX7toopvup t($)
yXuxuràTO). Renvoyant à. CI G comme avait fait B. Lavagnini,
Hondius établissait cet apparat justificatif : « IIOIIAAAI Boeckh1,
TOIIAAAI Sk., corr. Hiller »2. Hiller avait bien raison de reculer
devant le iràXai <xv/)p, « l'ancien mari », qui ne saurait se justifier —
on ne l'a d'ailleurs pas cherché — par l'expression 7taXouaTpa-
twotyjç, « ancien soldat, vétéran »3. Mais sa « correction » tôfcj>
est trop loin de la copie ; plus encore il y avait deux copies et,
sans que Hiller l'ait vu, il y en avait même trois avec Mordtmann.
Le plus intéressant du point de vue onomastique, c'est que Hiller
avait recours à une correction aussi violente, alors que l'édition
de Franz (comme celle de Mordtmann) donnait avec Poplas un nom
irréprochable attesté par Josèphe et inséré à sa place dans Pape-
Benseler. En 1931, le texte était enfin revu par C. W. Cox et
A. Cameron, qui le publiaient dans MAMA, v (1937), 235, avec
une photographie ne laissant aucun doute pour la lecture ïloTzkôf.
àvSpl yXoxutoctû). Malheureusement il n'y avait pas d'apparat
critique qui eût permis de connaître cette histoire et d'en profiter4.
Surtout les éditeurs n'étaient pas encore au clair sur le nom Poplas5,
hypocoristique de Poplios. Il peut naturellement jouer le rôle
d'un cognomen ; cela n'indique aucun « manque de familiarité avec
la nomenclature romaine »6 ; nous verrons plus loin un AîXiavôç
IIoTCXâç dans un milieu où l'on n'ignore pas l'usage des noms
romains. La suggestion que Poplas pourrait être non un cognomen,
mais le praenomen du père et remplacer Publii filius était tout à
fait bizarre. Nous avons donc à Nacoleia un nom Poplas parfaitement
assuré et qui n'offre aucune difficulté de sens, de formation ni
d'emploi.
C'est la forme IIoùtcXioç, au lieu de ïlànkioç, qui fut utilisée dans
une inscription de Macédoine, à Serrés, où l'on a lu, 1. 10, 'Hp68o-
1. L'éditeur n'était pas Boeckh, mais Franz. D'ailleurs ce n'est ni l'un ni l'autre qui
devrait être cité ; l'auteur de la copie est le baron russe R. WolfI.
2. Ainsi Hondius ne faisait pas connaître l'interprétation de B. Lavagnini.
3. Sur cette tournure, cf. Études épigr. et philol., 157-158 ; Hellenica, II, 126-128.
4. Les éditeurs se bornent à dire après le lemme : « The published texts need much
correction », affirmation qui est inexacte pour Mordtmann. Le lemme ne nomme aucun
des trois copistes (Wolff, Mordtmann, Skaphidas), ni l'auteur de la note dans Phil.
Woch., Hiller von Gaertringen, pas plus que les éditeurs Mordtmann et Lavagnini.
5. « L. 3. IlojiXâç presumably for nôjtXioç, used hère either as a cognomen (cf. A. Koç-
vf|Uoç Mûqxoç A. KoQVTiHep IIojcHw AEM, 7 (1883), p. 180, n° 36, at Kaymaz) or perhaps,
as Sir W. Ramsay suggests, as the father's praenomen = P. f. ».
6. « Appe's [la femme du défunt] unfamiliarity with Roman nomenclature (cf. [IojiX&
in 1. 3) has led many astray ». Il n'y a aucune erreur ici, pas plus que dans la formule
pour la femme, 1. 1, "Ajijiti Oinxifiov, qui a fait ensuite ajouter au-dessus de la ligne
son second nom tf| x(ol) Aônva. Il est intéressant que ce nom usuel ait été latin, Domna,
remplaçant dans la maison Appè ; c'était bien naturel pour la femme de Gaius Cal-
purnius Poplas. ORACLES DE LA THÉOSOPHIE 573 TROIS
toç IIoiJTcXa1. On expliquait ce nom nouveau comme un nom sans
doute thrace2. Dans une nouvelle édition de cette liste, le a été
privé de tout accent pour signifier qu'il était en effet thrace8. Nous
écrirons IIouTcXa, génitif de IIoo7tXà<;.
Le nom Poplas est porté encore par un citoyen de Milet connu
par plusieurs inscriptions de Didymes4. Celui-ci s'appelait exacte
ment AîXiavèç E[o7T;Xàç5. Il appartenait à une famille riche et souvent
citée dans les inscriptions6. Sa carrière civique nous est connue en
détail par l'inscription d'une hydrophore du sanctuaire de Didymes,
où l'on rappelle que cette jeune fille était parente d' Ailianos Poplas,
n. 363, 1. 5-8. La pierre est au Louvre, où elle avait été rapportée
par Olivier Rayet ; je l'ai rééditée, après révision et avec photo
graphie, dans Hellenica, xi-xii7. On lit pour notre personnage :
auYyevyjç AîXiavoû Ilo7rX5c, rafAiou, à.pyiTcpMrâyiSoç, (3ouXàpxoo,
ày(ovo0sTou, Tcpocp^TOU, (7T£(pav/)cp6pou, 7rav/)Yupcàpxou, Sic àp^ispécoç
tûW 2e(3acraov. Il avait donc été trésorier, archiprytane, président
du conseil de la cité, agonothète (assurément des concours Didy-
meia), prophète, stéphanéphore (c'est-à-dire éponyme de la cité,
attaché au culte d'Apollon Delphinios), panégyriarque (c'est-à-dire
préposé à la partie commerciale de la fête, là aussi les Didymeia),
enfin deux fois grand-prêtre du culte des Augustes. Toutes ces
charges sont de premier plan et elles sont coûteuses.
Dans une autre inscription, un prophète, Titus Flavius Ulpianus,
se glorifie d'être le neveu de Poplas, qui fut prophète (n. 277) :
ànb 7cpoy6vci>v Tcpcxp-rçTÛv, 7tà7t7tou fxèv T. OX. «ÏHXotovou, 7rarp6ç
T. OX. OuXmavoO x(at) Gstou AiXiavoO IIo7cXà xal OûXmavou
'AvSpéa xtX. Deux fois Poplas apparaît comme prophète dans les in
scriptions de jeunes vainqueurs aux Didymeia. N. 169, Aurelius
Synegdémos avait vaincu aux Didymeia dans l'épreuve de lutte
pour « enfants ' ; cela eut lieu stuI 7rpocp7)Tou AîXiavoîi Ilo7rXâ.
Cette inscription avait été trouvée par notre confrère Bernard
Haussoullier dans ses fouilles en 1896. C'est pourquoi il en existe
1. Dimitsas, Makedonia (1896), n. 821.
2. Ibid. p. 668 : « xà <UXa%68ev àyvtaaxa ôvopaTa BovoetXa, UovnXa, ÂcendXa ai6a-
v<&T<xxa ©Qçxixfjç xaToya>YTiç »•
3. V. Besevliev et G. Mihailov, Bëlomorski Pregled, I (1942) (cf. Bull. Épigr. 1948,
106), p. 327, n. 20. Pour le nom de la ligne 19, KôkqvXXo;, et non, avec les éditeurs,
KoJiQuaXoç, voir Hellenica, I, 74, n. 3 ; Bull. Épigr. 1948, 106 ; Noms indigènes dans
l'Asie Mineure, 55.
4. /. Didyma, publiées par A. Rehm (1958), n. 169, 179, 241, 277, 363.
5. J'écrivais dans mon compte rendu des inscriptions de Didymes, Gnomon 1959,
672 : « Un nom qui attire l'attention parmi ceux des prophètes est celui de rionXâç ; car
c'est un très bel exemple des hypocoristiques en fiç où cette terminaison grecque s'ajoute
à une racine latine ».
6. A. Rehm a proposé un tableau généalogique de cette famille, p. 192, ad n. 277.
7. Pages 474-476 et planche X. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 574
un estampage dans la Bibliothèque de l'Institut et j'en donne ici
la photographie, fig. 1. Il y a en effet un détail intéressant. Sous
l'inscription on a gravé à gauche une couronne de laurier, emblème
de la victoire, au centre un vase, et à droite une feuille ornementale
qui équilibre la composition. Ce vase a été décrit simplement comme
une cruche à anse, « Henkelkanne ». Ce vase en métal1, avec un
col étroit, est exactement la « kalpis » de métal précieux dans lequel
chacun des athlètes concurrents plongeait la main pour retirer le
xXrjpoç qui, pour la lutte, la boxe ou le pancrace, l'appariait à un
adversaire, cette urne qui figure sur beaucoup de monnaies à types
agonistiques et sur des bas-reliefs2. L'inscription est postérieure
à 212, date de la Constitution Antoninienne3.
La base ronde n. 179 supportait la statue du jeune Aurelius Phila-
delphos, vainqueur à la boxe aux Didymeia. C'était un petit athlète
prodige qui avait été vainqueur au concours des Paneia dans sa
patrie, c'est-à-dire à Césarée Panias de Palestine3. La statue fut
élevée par trois prophètes héréditaires : àvaaryjaàvTcov aùrou
rèv àvSptàvTa tûv Stà yévouç 7rpo9Y)T<av OùXmavcov 'HyyjCTàvSpou xat
'AvSpéa xal AîXtavoo Ilo7rXà. Là encore nous sommes après 212.
Les trois parents se sont associés pour payer la statue du jeune
prodige5.
Il n'est resté qu'un débris de la stèle qui commémorait la pro
phétie de Poplas, n. 241. On a reconstitué cette mention :
2 [IIpoipYjnrjç
II]o7rXàç
Ainsi Poplas avait été volontaire pour cette charge. Ce Poplas,
j'ai pu dater sa carrière. Faisant une série de rapprochements entre
les monnaies et les inscriptions de Didymes, j'ai signalé6 une monnaie
de Milet à l'effigie de Julia Maesa, sous Élagabal, qui est datée
1. Le décor à côtes montre bien qu'il s'agit d'un vase en métal.
2. Je l'ai indiqué d'un mot Gnomon 1959, 664, où j'ai promis la photographie après
avoir regretté, p. 659, l'absence de reproduction dans I. Didyma. Sur cette urne, voir
provisoirement l'excellente étude de H. Gaebler, Z. fur Num. 39 (1929), 271-312 : Die
Losurne in der Agonistik, avec aussi mes observations Hellenica, VII, 95, 107-112 ;
XI-XII, 362-363 ; Monnaies grecques 107, n. 5.
3. Le vainqueur est un Aurelius, de même que le prophète Apphianos sous lequel
fut érigée plus tard la statue.
4. Je l'ai établi et j'ai commenté le texte dans Hellenica, XI-XII, 441 sqq. ; voir
aussi Bull. Épigr. 1961, 586, sur L. Moretti, Riv. Fil. 1959, 203-204.
5. J'ai reconnu sur des monnaies aussi le second de ces personnages, Ilo(nXCou)
OflX(juavov) 'Hyr\oàvbQov (Gnomon 1959, 672-673) ; il a donc été aussi archiprytane ;
sur cette fonction et sa mention sur les monnaies de Milet, voir Monnaies grecques,
40-41, 49-51.
6. Gnomon 1959, 672. TROIS ORACLES DE LA THÉOSOPHIE o / o
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Fig. 1. Inscription de Didynies.
S7ri àpy. Aïk. rioTTrXà1, On avait entendu AîX(îou). II faut èm àp-
X(î.7rpuTàvt.^oç) AtX(i,avoû) rio^Xà, et cela date rarchiprytanie
exercée par Poplas2. Les mêmes mentions se retrouvent sur deux
bronzes mal connus de St. Florian signalés par H. Miinsterberg ;
n. 1.2912. Sammlung Consul I-Jlnnnl Friedrich Wcber Uamburij (datai. Hirsch XXI 1908)
2. Pour l'abréviation résolue en « archiprytane ■■., voir une des notes précédentes. 576 COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ceux-là ont l'effigie de Caracalla. Ainsi les divers documents placent
Yakmè de la carrière de Poplas entre 212 et 222.
Ce magistrat si important de Milet, ce prophète d'Apollon Didy-
méen, c'est « l'homme du nom de Poplas », à qui furent rendus les
oracles 22 et 23 de la Théosophie1. La conséquence est que ces émanaient de Didymes, et non de Claros ou de Delphes2.
Naturellement ce rapprochement du prophète de Didymes, du
citoyen de Milet avec « un certain Poplas » assure l'authenticité de
ces deux oracles. D'ailleurs tout chez eux suait l'authenticité, et
d'abord le fait qu'ils ne peuvent rien prouver chez l'auteur de la
Théosophie ni chez quiconque. Ce sont des questions et des réponses
personnelles de la plus authentique saveur.
Reprenons d'abord l'oracle 23 et pour la question et pour la
réponse. La question est canonique dans les demandes : à qui sacrif
ier, qui supplier, pour avoir du secours ? La réponse tient en un
seul hexamètre. C'est une manière qui nous est attestée à Didymes.
Sur l'agora du Sud à Milet3, un nommé Karpos a posé une question :
il a l'intention de remplir un vœu, sera-ce agréable à Sarapis ?
Kàp7roç êpcoTÔc sî, xa0<oç 7tpof)py)T<xi, 7i:po<Kpi,Xéç scttiv tg> Sépara t/jv
eôjcrçv tsXsïv. Ce personnage est connu par d'autres inscriptions comme
OûXmoç Kàp7roç ; ce sont deux bases honorifiques trouvées non pas
à Didymes, mais dans la partie sud-ouest de la ville de Milet rem
ployées dans une église byzantine4 ; j'y reviens à la fin de cette étude.
Après la question suit, sans titre, la réponse en vers :
'ASdcvocTOt ycdpoxiGi PpoTcov z\izpyèci xi\icd<;.
« Les immortels se réjouissent des honneurs bienfaisants des mortels ».
De même le prophète Damianos, ayant interrogé le dieu pour
l'installation d'un autel de Korè, reçut cette réponse (ôs&ç
en un vers5 :
La prescription îXàaxoo trouve ses parallèles dans les oracles
gravés de Didymes. A l'époque hellénistique, un autel de Poséidon6
porte à la fois la dédicace de deux distiques faite par Andronicos,
1. J'y ai fait allusion dans mes Monnaies grecques, 39, n. 1.
2. Il est bien connu que, à cette époque, ces oracles sont rédigés en vers. Contre des
erreurs à ce sujet, voir mes observations Hellenica, XI-XII, 535, n. 2.
3. Th. Wiegand, V. Bericht Milet (Sitz. Ak. Berlin 1906), 257-258 ; A. Rehm, Milet,
I 7, SMmarkt (1924), n. 205 b.
4. Th. III Milet-Bericht, Sitz. Ak. Berlin 1904, 87 (W. Dittenberger, OGI,
755 et 756).
5. I. Didyma, 504. Pour les détails et pour le ton, voir ci-après.
6. I. 132.

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