Remarques sur les timbres amphoriques de Sinope - article ; n°2 ; vol.134, pg 490-507

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1990 - Volume 134 - Numéro 2 - Pages 490-507
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Monsieur Yvon Garlan
Remarques sur les timbres amphoriques de Sinope
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 134e année, N. 2, 1990. pp. 490-
507.
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Garlan Yvon. Remarques sur les timbres amphoriques de Sinope. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, 134e année, N. 2, 1990. pp. 490-507.
doi : 10.3406/crai.1990.14865
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1990_num_134_2_14865COMMUNICATION
REMARQUES SUR LES TIMBRES AMPHORIQUES DE SINOPE,
PAR M. YVON GARLAN
Nous connaissons à ce jour une trentaine de cités grecques
d'époques classique ou hellénistique qui ont peu ou prou timbré
leurs amphores commerciales (généralement sur l'anse), et plus
rarement leurs tuiles, à l'aide de cachets apposés avant cuisson.
Deux à trois cent mille de ces timbres ont déjà été recueillis. Il s'agit
pour nous : premièrement de les déchiffrer (ce qui n'est pas toujours
facile à cause de leur fragmentation, de leur usure, voire de leur
mauvaise impression), de les regrouper en types sortis d'un même
cachet ou matrice, et d'en déduire le système de timbrage utilisé
dans les différentes cités concernées ; deuxièmement, de les dater
de façon relative, puis absolue (au mieux, à l'heure actuelle, à une
dizaine d'années près) ; troisièmement, d'en analyser la diffusion
spatiale — ce qui (compte tenu des amphores non timbrées) est le
seul moyen archéologique d'évaluer le commerce de produits de
première nécessité tels que l'huile et surtout le vin ; il s'agit enfin
d'en comprendre la signification historique dans l'organisation de
la production céramique et dans le fonctionnement général des
cités grecques. Ce sont là de " petits objets ", mais dont l'étude,
comparable à celle des monnaies, peut nous en apprendre très long.
Sinope figure, dans le monde grec, parmi les principaux centres
producteurs d'amphores timbrées. C'est vrai sur le plan quantitatif
où, avec une vingtaine de milliers de timbres découverts à ce jour
sur anses et aussi sur tuiles, elle se situe au même niveau
que Thasos et Cnide — assez loin derrière Rhodes. C'est vrai aussi
et surtout sur le plan pour ainsi dire qualitatif, dans la mesure où
les indications figurant sur ses timbres sont souvent plus complexes,
et donc plus riches d'enseignements, que celles qu'on rencontre
ailleurs. Ce serait donc grand dommage que cette belle document
ation ne soit pas pleinement intégrée à l'étude générale des amphores
et du timbrage amphorique qui connaît actuellement en Occident,
et tout particulièrement en France, un important renouveau1 fondé
1. Cf. J.-Y. Empereur et Y. Garlan (éd.), Recherches sur les amphores grecques,
Suppl. XIII BCH (1986) ; J.-Y. Empereur et Y. Garlan, « Bulletin archéolo
gique : Amphores et timbres amphoriques (1980-1986) », REG 100 (1987),
p. 58-109. TIMBRES AMPHORIQUES DE SINOPE 491
sur la prospection et la fouille des ateliers de fabrication (surtout à
Thasos et à Cnide).
Si cette intégration s'est mal faite dans le passé, ce fut pour des
raisons qui n'avaient rien de scientifique : à cause de certains obs
tacles d'ordre linguistique aussi bien que politique — obstacle
linguistique qui ne peut être considéré comme insurmontable ;
obstacle politique qui est fort heureusement en passe de disparaître.
On devine de quoi il s'agit : c'est que les spécialistes des amphores
sinopiennes ont été essentiellement des Soviétiques disposant, sur
leur propre territoire, de la plus grande partie du matériel. Car
celui-ci, mis à part quelques dizaines d'exemplaires recueillis à
Sinope même ou en Méditerranée2, n'est guère connu que par ses
exportations en mer Noire (on pourrait d'ailleurs en dire autant de
l'importante production amphorique attestée d'une part à Cher-
sonèse et de celle qui est attribuée d'autre part à Héraclée du Pont).
Sont ainsi restés méconnus en Occident les travaux remarquables
consacrés au timbrage sinopien par B. N. Grakov3 : notamment la
synthèse qu'il en présenta en 1928 (Les timbres céramiques à noms
d'astynomes en Grèce ancienne, en russe) et son corpus de quelque
9 000 timbres destiné à faire partie des IosPE III, c'est-à-dire du
tome III des Inscriptiones orae septentrionalis Ponti Euxini qui en
est malheureusement resté au stade manuscrit4. C'est à ce savant
soviétique, dont l'influence fut grande en son pays5, que remonte
en particulier la division, toujours utilisée, du timbrage sinopien en
six groupes chronologiquement ordonnés. Mais par la suite — sur
tout à partir du moment où, dans les années 1950, il se consacra
surtout à l'archéologie scythe — l'étude des timbres sinopiens,
cessant d'être en avance sur son temps, se développa moins vite que
2. A l'article de Fr. Alabe sur « Les timbres amphoriques de Sinope trouvés
en dehors du domaine pontique », dans Recherches..., p. 375-389, on ajoutera
V. Grâce, « The Middle Stoa Dated by Amphora Stamps », Hesperia 54 (1985),
p. 20-21 et le timbre d'Endèmos et Sinopion (ou Timoris ?) à l'aigle sur dauphin
trouvé dans le naufrage d'El Sec à Majorque (A. Arribas et al., El barco de El Sec
(1987), p. 472-473 ; D. Cerda, « El Sec : la ceramica atica de barniz negro y las
anforas », dans Grecs et Ibères au IVe siècle av. J.-C. (1989), p. 66 et 132.
3. Le timbrage sinopien y était essentiellement connu par D. M. Robinson,
« Greek and Latin inscriptions from Sinope and environs », AJA 9 (1905),
p. 294-333 et par E. M. Pridik, « Die Astynomennamen auf Amphoren- und
Ziegelstempeln aus Sûdrussland », Sitz. pr. Ak. Berlin, Hist.-phil. Kl. IV, 1928.
Cf. l'aveu très significatif de L. Robert dans Noms indigènes dans l'Asie Mineure
gréco-romaine (1963), p. 537, n. 7 : « Je dois signaler à ce sujet une de mes igno
rances. Les publications russes où Pridik et Grakov ont localisé à Sinope un
grand nombre de timbres ne me sont pas accessibles et je ne puis donc avoir
idée de la rigueur décisive de leurs arguments pour toutes les séries. »
4. Le manuscrit se trouve actuellement dans les archives de l'Institut archéo
logique de Moscou.
5. Voir la présentation de ses activités qui a été faite dans l'appendice de son
livre sur L'âge du fer ancien (en russe ; 1977). 492 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ne le faisait en Occident celle des matériels rhodien, cnidien et
thasien ou que ne le faisait, en Union Soviétique, celle du matériel
chersonésien6.
Cela ne veut évidemment pas dire qu'aucun progrès n'ait été
réalisé depuis. C'est ainsi qu'à la première chronologie absolue pro
posée par B. N. Grakov, qui allait de 300 à 70 environ avant notre
ère, la totalité des spécialistes en est progressivement venue à en
préférer d'autres, plus ou moins « hautes » : la plus couramment
admise à ce jour allant des années 370-360 à la prise de la ville par
Pharnace Ier du Pont en 183. Le classement, dans tel ou tel groupe
de B. N. Grakov, de certains astynomes faisant fonction d'éponymes
annuels a été d'autre part çà et là contesté et corrigé. L'étude for
melle du timbrage sinopien a été également reprise vers 1960 par
un savant trop tôt disparu, V. I. Cechmistrenko : cette remise en
question allait dans b bon sens, en attirant l'attention sur les regra
vures de cachet, sur las fabricants dotés de patronymes propices à
l'établissement de filiations, et surtout sur la distinction à établir
entre deux types d'emblèmes, emblèmes d'éponymes et emblèmes
de fabricants, qui apparaissent isolément ou simultanément sur les
timbres des différents groupes — le tout visant, en dernier ressort,
à une meilleure compréhension de l'organisation socio-économique
de l'industrie céramique.
Il n'empêche que notre connaissance des timbres amphoriques de
Sinope (ainsi que des amphores elles-mêmes) laisse encore à désirer
par rapport à celle que nous avons naguère acquise du matériel
rhodien, cnidien, thasien ou chersonésien : rareté et médiocrité des
publications illustrées postérieures à l'admirable catalogue des
timbres céramiques de l'Ermitage imprimé par E. M. Pridik à
Pétrograd en 1917, au beau milieu de la tourmente révolutionnaire7 ;
difficulté à bien élucider la combinaison des noms et des emblèmes,
surtout quand ceux-ci se rapportent aux fabricants ; d'où résultent
un grand flottement dans la datation absolue et même relative de
nombreux astynomes et trop d'approximation ou de fantaisie
dans la simple lecture des timbres (lecture qui est, il est vrai, rendue
particulièrement difficile par la grossièreté de la pâte et par les irré
gularités d'impression dues à la grandeur des cachets).
Toutes ces imperfections sont de mieux en mieux perçues par les
archéologues classiques de mer Noire, dont les recherches tiennent
traditionnellement le plus grand compte du matériel amphorique,
et tout spécialement du matériel d'origine sinopienne. Certains
6. Grâce surtout à de nombreux travaux de V. I. Kac et de S. Ju. Monachov.
7. Catalogue d'inventaire des timbres sur anses et cols d'amphores, ainsi que sur
tuiles, de la collection de l'Ermitage (en russe). TIMBRES AMPHORIQUES DE SINOPE 493
d'entre eux travaillent désormais activement à y porter remède :
soit par une étude d'ensemble de ce matériel, comme le Soviétique
N. F. Fedoseev8 ; soit par des améliorations partielles du système
existant, tel h Roumain N. Conovici9.
C'est parmi ces derniers que je me rangerai — toute ambition
supérieure m'étant pour le moment interdite par l'état de mon
fichier. Car malgré les grandes facilités d'accès au manuscrit de
B. N. Grakov et à quelques collections de musées qui m'ont géné
reusement été accordées au cours de mes dernières missions en
Union Soviétique10, et en dépit des nombreux compléments d'info
rmation qui m'ont amicalement été fournis par V. I. Kac, de l'Univers
ité de Saratov, qui est sans doute actuellement dans son pays le
meilleur connaisseur des timbres amphoriques grecs, ma document
ation n'a pas encore atteint le seuil critique qui m'autoriserait à me
prononcer sur le fonctionnement général du système sinopien. D'où
le caractère plus ou moins pointilliste des quelques remarques qui
vont suivre. Celles-ci ont cependant en commun d'attirer l'attention
des spécialistes du timbrage sinopien sur de nouvelles pistes de
recherche, analogues à celles dont j'ai de longue date éprouvé la
valeur heuristique dans mon étude du timbrage thasien.
La première d'entre elles concerne une regravure partielle de
légende, comme on en a trouvé bon nombre à Thasos.
En 1964, V. I. Cechmistrenko11 publia un timbre sinopien du
musée de Kerc (K 4459 : fig. 1), qui présentait comme emblème
un aigle sur un dauphin (type monétaire caractéristique de Sinope),
comme astynome ['IctJtiouo et comme fabricant [MJavsco visibl
ement regravé sur ['E7u]xpaTs(oç). Tirant argument du fait que les
matrices d'Épikratès et de Manès sont apparemment l'œuvre d'un
seul et même graveur (ce qui n'a rien d'étonnant, puisque le choix
de celui-ci dépendait à Sinope des fabricants), V. I. Cechmistrenko
expliquait la regravure de la façon suivante : plutôt que de confec
tionner un cachet au nom de Manès, le graveur se serait servi du
cachet d'Épikratès pour mouler un autre cachet où il aurait rem
placé ce nom par celui de Manès...
8. Il devrait sans tarder soutenir sa thèse sur ce sujet.
9. Cf. infra, n. 23.
10. Qu'il me soit permis de remercier ici tout particulièrement G. A. Kose-
lenko, A. B. Kolesnikov et A. Maslennikov de l'Institut archéologique de
Moscou, ainsi que V. P. Tolstikov, directeur de la section antique du musée des
Beaux-Arts Pouchkine de Moscou.
11. « Remarques sur les timbres de Sinope, I * (en russe), SA 1964, 1, p. 321,
avec fig. 1 et 2, 1. 494 COMPTES RENDUS DE L ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
Fig. 1. — Timbre regravé au nom de Manès.
Fig. 2. — Timbre de Phorbas et de Manès fils d'Épikratès.
En 1967, le même V. I. Cechmistrenko12 publia un autre timbre
sinopien du musée de Kerc (K 4490 : fig. 2) qui présentait également
comme emblème un aigle sur dauphin, avec cette fois comme asty-
nome <J>op(3à et comme fabricant Mavyjroç tou 'Emxpd^Tsoç)13.
Mais il ne tira aucun enseignement de la filiation de ces deux derniers
noms. Il remarqua simplement que le traitement de l'emblème y
était légèrement différent de celui qui caractérise l'ensemble du
groupe et que la légende offrait également l'originalité de présenter
le titre du magistrat pleinement développé et en première ligne,
ainsi qu'un nom de fabricant avec patronyme. A cela il voulait
trouver des analogies dans ce qu'il avait lui-même caractérisé
comme la 3e période du timbrage sinopien14, où il arrivait que le
nom du fabricant fût accompagné d'un patronyme et que le titre
du magistrat, pleinement développé, se situât à la première ligne
(comme dans le cas des éponymes Théarion, Aristoklès, Polycharmos
ou Poseidonios à la massue). Le Phorbas à l'aigle sur dauphin,
12. « Remarques sur les timbres de Sinope, V » (en russe), SA 1967, 1, p. 259-
261, avec fig. 2, 2.
13. M. O. Masson a bien voulu me signaler que le nom « asianique » Mavrçç
possède toute une série de génitifs montrant divers procédés d'adaptation :
Mavou, Maveou, Maveco, MavrçSoç, MavrjToç. Cf. L. Zgusta, Kleinasiat. Per-
sonennamen (1964), p. 288-290.
14. « Sur la question de la périodisation des timbres céramiques de Sinope »
(en russe), SA 1958, 1, p. 56-70. |
AMPHORIQUES DE SINOPE 495 TIMBRES
rangé par B. N. Grakov dans son groupe I (op. cit., p. 116-117),
ne se distinguerait donc pas du Phorbas au canthare que B. N. Gra
kov plaçait, avec les précédents, dans son groupe II (op. cit., p. 127).
Or il me semble que V. I. Cechmistrenko, usant unilatéral
ement d'un des modes de classement chronologique préconisés par
B. N. Grakov, a accordé ici une importance exagérée à la pré
sentation formelle de la légende (degré d'abréviation et place du
titre du magistrat, présence d'un patronyme). De cela on peut
certes tirer des enseignements chronologiques : mais à condition
d'admettre toutes sortes d'anomalies de détail dues au graveur et
surtout de tenir compte d'autres indices tels que les combinaisons
d'éponymes et de fabricants — qui, en l'occurrence, imposent de
distinguer nettement Phorbas I à l'aigle sur dauphin de Phorbas II
au canthare15.
S'il est vrai que V. I. Cechmistrenko ne nous fournit aucune raison
satisfaisante de dissocier ce timbre aux noms de Phorbas et de Manès
fils d'Épikratès du groupe I à l'aigle sur dauphin, on n'hésitera donc
plus à le rapprocher de la regravure mentionnée antérieurement.
Celle-ci ne s'expliquerait-elle pas tout simplement par le rempla
cement, sous l'astynomie d'Histiaios, du fabricant Épikratès par
son fils Manès ?
Cette hypothèse implique que l'un et l'autre nom ne se rencontrent
jamais par ailleurs avec les mêmes asty nomes. Or tel me paraît bien
être le cas. Ëpikratès est bien attesté avec Apollodoros (IosPE 93-
102), Apollonios (IosPE 142, où il faut corriger ['Icpijxpàxeo en
['EmjxpàTso), Dionysios (IosPE 173-177 et 179-18316), Endèmos
(IosPE 229-240), et sans doute aussi avec Ménalx (IosPE 468, sur
tuile) ; il semble même que l'on dispose de timbres imprimés à l'aide
du cachet d'Histiaios/Éprikratès avant sa regravure (IosPE 343-
346). Quant à Manès, il est bien attesté avec Aischinès I (IosPE
28-29), Histiaios Zo(— ) (IosPE 352-35717), Phorbas (IosPE 548-
550, sur tuiles, et supra), et sans doute aussi avec Ariston (IosPE
144-145, sur tuiles, également sous la forme Mavy)[Toç tou] 'Em-
xpàTs(oç)18), Hèphaistios (IosPE 304), Kyros (IosPE 450), Niko-
15. Selon V. I. Kac, Phorbas II serait à descendre chronologiquement au-delà
du groupe II de B. N. Grakov et d'une quarantaine d'années postérieur à
Phorbas I.
16. Y ajouter I. B. Bra§inskij, Les importations céramiques grecques sur le
Don inférieur au Ve-IVe siècle (en russe ; 1982), n° 552 ; V. I. Cechmistrenko,
« Les timbres céramiques de Sinope à noms de fabricants » (en russe), SA 1960,
3, p. 62, n° 22.
17. Y ajouter B. N. Grakov, op. cit., pi. III, 9 ; L. Buzoianu, « Considérations
sur les estampilles sinopéennes de l'édifice romain à mosaïque » (en roumain),
Pontica 14 (1981), p. 145.
18. Restituer 'EtcI 'AptaTfovoç.] | M<xvt)[toç tou] | 'ÈmxpàTefaç) au lieu de
'EtcI 'Api(TT[ <ù\ à[] 'Eà() 496 COMPTES RENDUS DE L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
mèdès (IosPE 494-495, sur tuiles, et 496-497) et Poseidonios (IosPE
528). Seul un exemplaire, très mal conservé, de ['Icmocjto Zw( — )
avec ['E7uxp]<xTo fait difficulté — à moins que la restitution du
fabricant ne soit fautive ou que, plus vraisemblablement, Histiaios
et Histiaios Zo( — ) ne soit qu'une seule et même personne19.
Il en résulte qu'à l'intérieur du groupe I à l'aigle sur dauphin
— reconnu comme le plus ancien du timbrage sinopien à noms
d'astynomes et de fabricants — on peut sur cette base distinguer
deux sous-groupes chronologiquement ordonnés l'un par rapport
à l'autre : le premier, contemporain d'Épikratès, comprenant (dans
l'ordre alphabétique) Apollodoros, Apollonios, Dionysios, Endèmos,
Ménalx et se terminant par Histiaios /Histiaios Zo( — ) ; le second,
contemporain de Manès, débutant avec ce même Histiaios /Histiaios
Zo( — ) et comprenant Aischinès I, Ariston, Hèphaistios, Kyros,
Nikomèdès, Poseidonios et Phorbas, ainsi sans doute que Prota-
goras, Protophanès et Philonikos (pour des raisons stylistiques).
Ce classement des éponymes à l'aigle sur dauphin s'accorde larg
ement avec celui que B. N. Grakov avait établi (op. cit., p. 119) en
se fondant sur les périodes d'activité des fabricants et sur la présen
tation formelle de la légende, puisqu'il plaçait en tête de son sous-
groupe I A les astynomes Apollodoros, Apollonios, Dionysios et
Endèmos suivis par *Aristomanès (en fait Ariston : cf. n. 18),
Bakkhios (?), Histiaios, *Ménandros (en fait Ménalx) et Philo
nikos — les autres étant rejetés dans le sous-groupe I B. En 1960,
V. I. Cechmistrenko20 se contentait de mettre au premier rang — à
juste titre — les astynomes Endèmos, Apollodoros et Histiaios.
Dans un article publié en 1979 et reposant sur une documentation
plus étendue, V. I. Kac21 serrait encore de plus près la réalité en
distinguant un premier sous-groupe composé d'Apollodoros, Dio
nysios, Endèmos, Histiaios et Nikomèdès (ce dernier étant le seul à
devoir être rétrogradé), suivis dans un second temps par Ariston,
Apollonios, Kyros, Ménalx, Poseidonios, Philonikos et Phorbas,
puis dans un troisième temps par Aischinès I et Hèphaistios.
L'interprétation proposée ici de la regravure de Manès sur Êpi-
kratès permet donc de fonder de façon irréfutable et aussi de corriger
marginalement les résultats déjà obtenus par d'autres méthodes.
Elle nous fournit aussi une preuve supplémentaire que les timbres
les plus anciens de fabricants sinopiens (avec l'aigle sur dauphin,
comme emblème et sans nom de magistrat) se situent bien, comme
19. Cf. B. N. Grakov, op. cit., p. 115. C'est également l'opinion de V. I. Kac.
20. Op. cit., p. 64-66.
21. « Les relations économiques de la Chersonèse hellénistique tardive » (en
russe), dans Monde antique et archéologie 4 (1979), p. 187. |
TIMBRES AMPHORIQUES DE SINOPE 497
l'avait soutenu V. I. Cechmistrenko22, au tout début de ce groupe
iconographique — puisqu'ils font mention d'Épikratès et non de
Manès.
D'un fabricant du nom d'Épikratès on n'entend apparemment
plus parler dans tout le reste du timbrage sinopien. Manès poursuit
au contraire son activité sous des astynomes que B. N. Grakov
(op. cit., p. 119) avait judicieusement placés à la fin de son sous-
groupe I B (Aischinès II, Diophantos à la grappe ou à l'oiseau,
Hèphaistios II, Protagoras II, Chabrias, Philon à l'épi ou à la grappe
sur canthare), ainsi qu'un peu plus tard avec six éponymes qui
seraient parmi les plus anciens du groupe II de B. N. Grakov
(Antimachos, Épielpos, Hèronymos, Isokritos, Mnèsis et Posei-
donios au trépied).
N. Conovici a naguère contribué à la révision nécessaire du cla
ssement des timbres sinopiens par un article consacré au groupe IV
de B. N. Grakov, où il fait entrer 23 astynomes qui dateraient de 282
à 260 environ23. Au terme d'une étude alimentée essentiellement par
les trouvailles d'Istria et de Callatis et fondée, nous dit-il, sur toute
une série de critères (caractéristiques formelles et grammaticales de
la légende, association des astynomes et des fabricants, intervention
de différents graveurs, etc.), il n'hésite pas à nous proposer une liste
chronologiquement ordonnée, année par année, de ces 23 astynomes
— ce dont on ne peut, pour le moment, que prendre acte, en atten
dant de connaître dans le détail la documentation et l'argumentation
sur lesquelles elle repose.
Il me paraît cependant d'ores et déjà possible, et nécessaire, de
modifier sur un point l'ordonnancement de cette liste : à savoir la
chronologie relative de Dionysios I (fils de Dèmètrios) à la grappe,
que N. Conovici place en huitième position, et de son homonyme
Dionysios II au canthare, qui ne vient qu'au dizième rang.
Si l'on compare en effet la matrice de KaXXia0év7)<;. JAcm>v6fiou |
Aiovuatou au canthare (fig. 3)24 et celle de KaXXtcjOévTjç. | 'Acttuv6-
Aiovuaiou à la grappe (fig. ô)26, on s'aperçoit que, mis à part
22. 1960, op. cit., p. 65.
23. « Problème der Chronologie der Gestempelten Sinope-Amphoren aus der
IV Gruppe (B. N. Grakov) » (en roumain), SCIV 40 (1989), p. 29-44.
24. Illustration de IosPE III, n» 2472. Cf. M. Gramatopol et Gh. Poenaru
Bordea, Amphora Stamps from Callatis and South Dobrudja (1970), n° 453.
25.de IosPE III, n° 2476. Cf. L. Buzoianu, « Nouveaux timbres
amphoriques découverts à Callatis » (en roumain), Pontica 12 (1979), n° 28 ;
IosPE, n°s 2474-2478. COMPTES RENDUS DE L ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 498
Fig. 3. Timbre de Kallisthénès et Dionysios au canthare.
Éch. 2 : 1.
Fig. 4. — Timbre de Philokratès Fig. 5. — Timbre de Philokratès
et Dionysios au canthare. et Dionysios à la grappe.
évidemment les emblèmes, elles sont strictement identiques — ce
qui veut dire que l'un des emblèmes a été regravé sur l'autre, dans
un ordre facile à établir puisque le volume de la grappe peut obli
térer celui du canthare, mais non l'inverse. Il ne l'oblitère d'ailleurs
pas totalement : car de la grappe débordent en bas et en haut à
gauche la partie inférieure du pied et la partie supérieure de l'anse
du canthare.
Une regravure analogue d'une grappe sur un canthare apparaît
également sur les photographies de deux timbres du fabricant Philo
kratès que m'a communiquées V. Kac (fig. 5 et 6)26.
Celui-ci m'a d'autre part signalé un timbre de Dionysios et du
fabricant Ergasion qui porte comme emblèmes à la fois un canthare
26. J'ignore la provenance du premier de ces timbres : cf. IosPE III, 2551-2
et 2554-8 ; M. Gramatopol et Gh. Poenaru Bordea, op. cit., n° 459. Le second
timbre est au Musée d'État de Chersonèse, n° 158/36481.

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