Typologie des fronts de brise dans le Levant espagnol - article ; n°652 ; vol.115, pg 643-663

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Annales de Géographie - Année 2006 - Volume 115 - Numéro 652 - Pages 643-663
Midscale breeze flows have an important climatic impact on spaces already affected by this type of local wind. The thermoregulating effect on the coastal line, as well as on the pollution dynamics, are among the most well known phenomena. Between April and September the breeze that hits the Spain Eastern coast brings over a supra-mediterranean warm and humid air. It generates an atmospheric discontinuity created by the front line between this air, and the one from the hinterland. This article seeks to provide a new typology for the breeze fronts, based on the analysis of the atmospheric nature of the front phenomenon, as well as on pluviometric measures.
Les circulations mésoéchelles de brise ont une signification climatique très importante dans les espaces géographiques affectés par ce mécanisme de vents de nature locale. Outre l’effet thermorégulateur sur la frange côtière et dans la dynamique de polluants, le fonctionnement régulier du phénomène de brises, durant le semestre compris entre avril et septembre, est la cause de l’apport d’un «corps d’air» supra-méditerranéen, enrichi de chaleur et d’humidité originaire du bassin méditerranéen jusqu’au Levant espagnol. En étroite relation avec cela, la genèse des lignes de discontinuité atmosphérique se justifie, par affrontement entre ce corps d’air marin et un autre retenu à l’intérieur. Ce processus d’interaction atmosphère-mer aboutit à l’éclatement des fronts de brise, la Méditerranée occidentale étant une zone sensible pour sa formation. Cet article propose une nouvelle typologie de types de fonts de brise, une analyse des causes atmosphériques associées à ce mécanisme météorologique et souligne l’importance pluviométrique liée à l’apparition des fronts de brise instables dans le Levant espagnol.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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                10C_naotf. mP ga e46 3V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480Typologie des fronts de brise dans le Levant espagnolRésuméAbstractMots-clés Key-wordsBreeze front in Eastern Spain: a typologyARTICLESJorge Olcina-Cantos et Cesar Azorin-MolinaLaboratoire de Climatologie. Institut Universitaire de Géographie.Les circulations mésoéchelles de brise ont une signification climatique trèsimportante dans les espaces géographiques affectés par ce mécanisme de ventsde nature locale. Outre l’effet thermorégulateur sur la frange côtière et dans ladynamique de polluants, le fonctionnement régulier du phénomène de brises,durant le semestre compris entre avril et septembre, est la cause de l’apport d’un« corps d’air » supra-méditerranéen, enrichi de chaleur et d’humidité originairedu bassin méditerranéen jusqu’au Levant espagnol. En étroite relation avec cela,la genèse des lignes de discontinuité atmosphérique se justifie, par affrontemententre ce corps d’air marin et un autre retenu à l’intérieur. Ce processus d’inte-raction atmosphère-mer aboutit à l’éclatement des fronts de brise, la Méditer-ranée occidentale étant une zone sensible pour sa formation. Cet article proposeune nouvelle typologie de types de fonts de brise, une analyse des causes atmos-phériques associées à ce mécanisme météorologique et souligne l’importancepluviométrique liée à l’apparition des fronts de brise instables dans le Levantespagnol.Midscale breeze flows have an important climatic impact on spaces alreadyaffected by this type of local wind. The thermoregulating effect on the coastalline, as well as on the pollution dynamics, are among the most well known phe-nomena. Between April and September the breeze that hits the Spain Easterncoast brings over a supra-mediterranean warm and humid air. It generates anatmospheric discontinuity created by the front line between this air, and the onefrom the hinterland. This article seeks to provide a new typology for the breezefronts, based on the analysis of the atmospheric nature of the front phenomenon,as well as on pluviometric measures.Fronts de brise, typologie, causes atmosphériques, importance pluviométrique,Levant espagnol.Breeze fronts, typology, atmospheric causes, pluviometry, importance, EasternSpain.Ann. Géo., n° 652, 2006, pages 643-663, © Armand Colin
              0  1 _  C a n t  .o f   mP ga e46 4V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480644 • Jorge Olcina-Cantos, Cesar Azorin-MolinaANNALES DE GÉOGRAPHIE, N° 652 • 2006Définition théorique d’un front de briseUn front de brise est une ligne convergente qui sépare un « corps d’air » 1 super-ficiel, chaud et humide, qui avance à l’intérieur des terres, véhiculé par les circu-lations locales de brise marine et un « corps d’air » intérieur, de nature thermiqueet hygrométrique distincte. Il se forme, de cette façon, une discontinuité spatialeet atmosphérique mésoéchelle marquant un contraste thermodynamique (Damatoet al., 2003 b) de séparation entre le « corps d’air » chaud et humide méditer-ranéen, de développement superficiel, de peu d’épaisseur – entre 1 500 et 2 000mètres – (Fontseré, 1917), qui, de plus, se renouvelle constamment, grâce aufonctionnement diurne de la cellule de brise, et un autre « corps d’air » retenudans l’intérieur, dont le dénominateur est celui de partager une direction et despropriétés identiques à la masse atmosphérique sus-jacente dans les couchesmoyennes et hautes de la troposphère (Olcina et Miró, 1998).Il faut noter que ce reste d’air intérieur qui forme la ligne de convergence avecl’air de brise, partage aussi la mise en fonctionnement des brises de vallée et deversant, qui sont également induites par inertie thermique. Généralement, l’air del’intérieur, avec un très bas degré hygrométrique, se voit enrichi en humidité aumoment où la brise comblée à ras bord profitant des couloirs transversaux qui seforment entre les reliefs levantins, les bassins et les dépressions de l’intérieur(Olcina et Miró, 1998 ; Azorin, 2002), transmettant, ainsi, un apport supplémen-taire de pression de vapeur d’eau à l’air chaud intérieur. Un trait important quidéfinit le front de brise est le calendrier d’apparition, entre les mois d’avril etd’octobre. Logiquement, cette période d’affection, qui se développe durant lesmois chauds de l’année, n’est pas le résultat d’un caprice, puisqu’elle répond àune question dont il faut tenir compte pour comprendre le comportement de cephénomène atmosphérique : durant le semestre indiqué, lorsque la brise joue sonvéritable rôle, c’est là que la brise du large atteint sa plus grande force et intensitéde souffle et, le plus intéressant de tout, il acquiert un plus grand degré de péné-tration à l’intérieur des terres (Salvador et Millán, 2003), (cf. infra.).Tout cela joue en faveur du « corps d’air » superficiel qui a son originedans la région de la Méditerranée (air supra-méditerranéen, chaud, humideet avec d’abondantes particules de condensation) pour qu’il puisse entreren contact avec l’air de l’intérieur et, par conséquent, qu’il finisse par1Au moment danalyser les cellules de brise, dans le bassin occidental de la Méditerranée, lexpression« corps d’air » proposée au début du xxe siècle par les météorologues allemands Linke et Dinies, estparticulièrement appropriée. Il se définit comme l’ensemble des éléments climatiques observés dansles couches basses de l’atmosphère, en opposition à la « masse d’air » (Luftmassen) de Bergeron quinécessitait, pour son analyse, des connaissances sur la haute atmosphère. Utilisé par P. Kunow, dansson ouvrage sur El clima de Valencia y Baleares (1966), il eut peu d’effet sur la climatologie euro-péenne et espagnole. Les cellules de brise dans la Méditerranée occidentale, en formant un circuitqui reste limité sur les premiers 1,500 m d’altitude, en moyenne, s’alimentent d’un coussin d’airmarin dont les traits caractéristiques restent confinés dans les bas niveaux de la troposphère. Le pré-sent travail propose résolument l’emploi de l’expression « corps d’air », pour l’étude des circulationsde brise, dans ses différentes modalités (marine, de terre, de vallée, de versant et de montagne).
Localisation du Levant espagnol dans le contexte du bassin de la Méditer-ranée occidentale.Eastern Spain in the western Mediterranean basin.1 giFformer une ligne de convergence et de discontinuité qui reçoit la dénomi-nation, en terminologie météorologique et climatique de « front de brise ».La figure 2 illustre la formation de la cellule diurne de brise et ledéveloppement d’un front de brise comme ligne de discontinuité atmosphérique.Deux « corps d’air » participent au processus de frontogénèse qui forme un front de brise« Corps d’air » marin :Il a sa région d’origine dans les eaux chaudes de la Méditerranée. Il fautse rappeler qu’en face des côtes du Levant espagnol (mer d’Alger et merdes Baléares) se concentrent les valeurs les plus élevées de températureArticlesTypologie des fronts de brise dans le Levant espagnol • 64580 45:8  6002 erbmecéd .1 ,iderdneV  546 egaP  mf.otnaC_10        
10C_naotf. mP ga e6 4 6        V e  n rde id ,.1d cémerb e0260  :8450 8646 • Jorge Olcina-Cantos, Cesar Azorin-MolinaANNALES DE GÉOGRAPHIE, N° 652 • 2006On remarque que la barrière orographique plus élevée sert à absorber aumoment de séparer les deux « corps d’air » et, par conséquent, de former, parconvergence, le front de brise qui, finalement, reste ancré sur l’alignementdes reliefs intérieurs.Fig 2Schéma de formation de la cellule diurne de brise marine et du développe-ment d’un front de brise (frontogénèse) dû à l’affrontement entre le « corpsd’air » marin et le « corps d’air » intérieur.Diagram of the marine breeze diurnal cell formation, and of the developmentof a breeze front, due to the encounter between the maritime air mass andthe wind from the hinterland.superficielle en mer (Tsm) de tout le bassin de la Méditerranée occidentale(cf. Fig. 3), avec des isothermes moyens qui oscillent entre 26,5 °C en sep-tembre et 17,5 °C-18.5° de mai à octobre. Le « corps d’air » qui se situe,en été, sur cette mer d’eaux chaudes, reçoit un apport important d’humi-dité qui se transfère aux terres du littoral, par le circuit des brises. L’humi-dité relative de l’air, dans les principaux observatoires météorologiquescôtiers de la façade méditerranéenne péninsulaire ne descend pas de 60 %durant le semestre correspondant à la période de mai à octobre (cf. Fig. 4)La différence thermique et, en définitive, de pression atmosphérique, àl’échelle locale (terre-mer) active la cellule de brise (Quereda et al., 2004)qui présente les normes suivantes : 1. Souffle de la brise marine en surface ;2. Ascension ou convection de cet air dans l’intérieur, fusionnant avec lesbrises qui opèrent sur les versants ensoleillés ou se frictionnent contre lespremiers obstacles orographiques prélitoraux ; 3. Flux marin de retour enaltitude (contre-brise) et finalement, 4. Circuit fermé avec une descented’air dans la mer et union avec la brise marine qui souffle en surface.
    L’épaisseur du « corps d’air » marin, excède, rarement, les 1 500-2 000 m.Il s’agit par conséquent, d’un coussin d’air superficiel qui avance à l’intérieurdes terres et affronte le « corps d’air » situé dans les terres de l’intérieur.Du fait de la faible épaisseur de ce « corps d’air », le développementhorizontal de la cellule de brise marine diurne dépend en grande partie dela disposition du relief. Généralement, le front de brise (convergence oudiscontinuité entre l’air marin et celui de l’intérieur) reste ancré aux prin-cipales barrières montagneuses, puisque ces barrières délimitent parfaite-ment la séparation entre des cuvettes et d’autres plus intérieures (Olcina etMiró, 1998).Sur l’axe principal de la ligne de reliefs où se situe le front de brise, c’est-à-dire, là où convergent les brises de la mer, de la vallée et du versant, et, parSource : Fondation Centre d’Études de l’Environnement de la Méditerranée (Centro de EstudiosAmbientales del Mediterráneo, CEAM).Le degré élevé d’occurrence dans les processus de projection des crêtes del’air saharien (air tropical continental) durant l’été 2003, fut la cause, nonseulement des vagues d’intense chaleur vécues dans beaucoup de paysd’Europe, mais aussi de l’enregistrement de fortes anomalies thermiques dansla température superficielle de l’eau de la Méditerranée et de l´affaiblisse-ment de la brise marine (Palomares, 1996 ; Ramis et al., 1990). Le réservoirde chaleur latente accumulée dans les niveaux bas, constitue la matière pre-mière principale de la genèse de virulents processus convectifs, dans lesterritoires riverains de notre Mare Nostrum (Estrella et al., 2002), non exclu-sivement associés à la brise marine.Fig 3Thermographie des eaux du bassin méditerranéen occidental. 20 août 2003.Thermography of the waters in the western Mediterranean basin, August 20th,.3002ArticlesTypologie des fronts de brise dans le Levant espagnol • 64780 45:8  6002 erbmecéd .1 ,iderdneV  746 egaP  mf.otnaC_10 
Source : Élaboration personnelle. Atlas Climático de la Comunidad Valenciana (1961-1990).COPUT. Generalitat Valenciana.Fig 4Humidité relative moyenne (%). Alicante-Ciudad Jardín 1961-1990.Relative humidity averages (%), Alicante-Ciudad Jardín 1961-1990.ailleurs, là où ce corps d’air superficiel marin rencontre des difficultés d’accèsà d’autres cuvettes plus intérieures, se forment de virulents courants de ventrotationnels (montée-descente), qui surviennent dans la formation de nébulo-sité (Olcina et Miró, 1998). Les types de nuages produits, estratiformes oucumuliformes, dépendent des conditions atmosphériques existantes sur lacolonne atmosphérique ; les premiers dénotent une stabilité tandis que lesseconds se produisent dans des fronts de brise instables.Selon le degré de pénétration de ce « corps d’air » marin, le front debrise pourra se situer plus ou moins à l’intérieur des terres. Dans ce sens,si la circulation mésoéchelle est faible, le front de brise coïncide générale-ment avec les premières lignes des reliefs prélitoraux. Par contre, si la brisemarine est intense et parvient à dépasser les seuils montagneux qui séparentles cuvettes, les unes des autres, le front de brise restera ancré au cordonmontagneux plus intérieur.Ce matelas d’air marin superficiel, qui réduit, de plus, très nettement la visi-bilité, perd de son importance avec l’avancée du jour, puisque la différentiellethermique terre-mer se réduit significativement et le souffle de la brise marinecesse. De sorte que la genèse d’un « front de brise » est un phénomènematinal, alors que le processus de frontolisis (dissipation de la couverture nua-geuse générée) a lieu durant les dernières heures de l’après-midi.648 • Jorge Olcina-Cantos, Cesar Azorin-MolinaANNALES DE GÉOGRAPHIE, N° 652 • 2006            80 45:8  6002 erbmecéd .1 ,iderdneV  846 egaP  mf.otnaC_10   
10C_naotf. mP gaArticles e46 9V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480        Typologie des fronts de brise dans le Levant espagnol • 649Masse d’air intérieureElle se caractérise, surtout, par son degré limité d’humidité et par saplus haute température au milieu de la journée. Ce « corps d’air » intérieurest très sensible aux conditions de stabilité ou d’instabilité existantes dansles couches moyennes et hautes de la colonne troposphérique. C’est pourcette raison que se justifie la genèse de différents types de fronts de brise,– stable et instable –, analysés plus loin (cf. infra.). De sorte que si l’air desniveaux moyens et hauts de la troposphère est tropical et donc chaud etsubsidient, il se développe un « front de brise stable » ou inactif, tandis quesi ce « corps » est remplacé par la projection d’air polaire, l’exagération dugradient thermique statique sur la verticale (contraste thermique entre lacouche géographique, avec des températures élevées, et l’air frais dans lesniveaux supérieurs) se traduit par la formation d’un « front de brise ins-table » ou actif.Sur ce « corps d’air » situé sur les terres intérieures, les facteurs thermi-ques locaux jouent un rôle remarquable dans le mécanisme de décharge desbrises autonomes de vallée et de versant. En général, à vent synoptiquefaible (Estoque, 1962 ; Arrit, 1993), moins de 6 ou 8 m/s (Borne et al.,1998), il se place en direction opposée au sens vers lequel avance le matelasd’air chaud et humide superficiel transporté par les courants à échellemoyenne de brise marine (Mayecon, 1992). Quand le front de brise est ins-table et que sur lui se développe une nébulosité de convection, les nuages,associés à cette ligne de convergence, voyagent jusqu’à la côte, dirigés parle flux supérieur de l’ouest, contraire à la direction de la brise marine super-ficielle. Cet affrontement en direction des deux flux laminaires de vent,conduit à une progressive réalimentation de chaleur et d’humidité du frontde brise, bien que, généralement le caractère effectif pluviométrique se dis-sipe graduellement à mesure que les nuages avancent vers l’espace littoral.Les brises de vallée et de versant, qui opèrent au sein du « corps d’air » del’intérieur, peuvent augmenter leur charge hygrométrique si elles se conta-minent de l’apport de vapeur d’eau de la brise marine une fois que celle-ci a réussi à combler les cuvettes les plus isolées et continentalisées desterres intérieures.Comme il a été signalé, il y a deux types d’affrontement qui peuvent sedévelopper en rapport avec le souffle de la brise marine et sa pénétration àl’intérieur des terres, dans le littoral méditerranéen espagnol : le front debrise stable, d’été ou inactif et le front de brise instable, perturbé ou actif.Le premier configure une « ligne atmosphérique paysagère », puisqu’il pro-duit une ligne de nébulosité, d’évolution caractéristique des reliefs prélit-toraux, durant l’été ; le second agit comme « ligne de cisaillement » et sedissout avec des précipitations qui arrivent à être importantes.Au moment de nuancer le jeu des brises dans la formation de ces lignesde discontinuité et de convergence, il est important de pouvoir déterminerle comportement d’autres paramètres atmosphériques, tels que la structureverticale de la circulation de la brise, l’évolution temporaire et la structure
10C_naotf. mP ga e56 0V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480                    650 • Jorge Olcina-Cantos, Cesar Azorin-MolinaANNALES DE GÉOGRAPHIE, N° 652 • 2006spatiale de la couche limite interne thermique, etc., questions peu connuesjusqu’à maintenant, étant donné que cela exige la réalisation de campagnesexpérimentales et de simulations spécifiques réalisées avec des modèlesnumériques de mésoéchelle (Salvador et Millán, 1999). (Scorer, 1997).Cependant, au moment de reconnaître et de classer la ligne de convergenceformée dans un des deux types de brise, stable ou instable, inactif ou actif,il est suffisant de déchiffrer l’état de l’atmosphère en couches moyennes ethautes de la troposphère. Ainsi, si sur le matelas d’air chaud marin repose,en altitude, une masse d’air tropical, chaud et subsidient, le front de brisesera stable et inactif, puisque les ascensions se verront limitées. Par contre,si une masse polaire fait irruption, le front de brise résultera instable, étantdonné que la ligne d’inversion imposée par l’air tropical aura disparu etqu’il se sera produit une exagération du gradient dans la verticale. L’insta-bilité verticale de l´air favorise l´extension horizontale et verticale de labrise marine, ainsi que de l´intensité (Palomares, 1996)Front stable, instable, inactif ou front de brise « paysager »L’air tropical qui accède à la péninsule ibérique et au bassin de la Méditer-ranée occidentale prend de l’importance durant l’été astronomique, grâce àla dilatation de la ceinture des hautes pressions subtropicales. Étant donnéque la brise marine est un phénomène atmosphérique local qui opère avecun degré plus élevé d’occurrence durant les mois d’été (Azorin, 2004), laprépondérance d’apparition des fronts stables de brise ou inactifs 2, durantles mois de juillet et août se justifie (cf. Figure 5). En outre, la stabilité dufront de brise se renforce durant la période caniculaire, puisque durantcette époque, se produit une inflexion à la baisse, dans la durée, l’intensitéet la pénétration à l’intérieur de la brise (Ramis et al., 1990).Ainsi, la stabilité du front de brise se justifie, puisque même si l’air tropical,pour une partie, limite les ascensions thermiques effectuées dans l’intérieur etinhibe la formation de nuages énergiques, le parcours limité et le degré depénétration de la brise marine jusqu’aux cuvettes de l’intérieur empêchent, enoutre, l’apport supplémentaire d’humidité sous fusion de la brise marine aveccelle du versant, le développement explosif d’un front nuageux actif dans l’inté-rieur, réduisant les deux mécanismes atmosphériques.Avec des situations atmosphériques qui développent des fronts de brisestables, inactifs ou « paysagers », la scène synoptique qui gouverne la pénin-sule ibérique et le bassin de la Méditerranée occidentale, présente une cir-culation caractérisée par la domination de la circulation anticyclonique dansles couches moyennes et hautes de la troposphère et l’installation des cellules2On qualifie le front de brise dinactif en fonction de son incapacité à laisser des précipitations,que ce soit de caractère solide ou liquide. On dit, par conséquent, que le front de brise stable est,d’un point de vue pluviométrique, inactif.
10C_naotf. mP gaArticles e56 1V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480            Typologie des fronts de brise dans le Levant espagnol • 651Les champs de pression présents sont indiqués en superficie et en altitude.Altitude : A (Dorsale ou Crête anticyclonique). Surface : A/b (Anticyclone oubasses pressions relatives).Fig 5Schéma des éléments atmosphériques et des météores associés au dévelop-pement d’un front de brise stable, inactif ou « paysager ».Diagram of the atmospheric elements and the meteors associated to thedevelopment of a stable breeze front (inactive or “landscaped”).de brise – de mer, de versant ou de vallée – en surface. Néanmoins, leschamps de pression en surface peuvent présenter trois types essentiels :– Anticyclone des Acores prolongé en dorsale jusqu’à l’Europe occidentale et laMéditerranée occidentale. Dans les niveaux bas de la colonne atmosphérique,une configuration de haute pression (subtropicale haute des Açores) s’installeen englobant, sous son rayon d’action, une bonne partie d’Europe occidentaleet le bassin de la Méditerranée, traduisant les conditions stables d’altitude.– Baisse thermique sur le centre péninsulaire. La dépression thermiquepéninsulaire, connue comme « baja meseteña », dirige durant ces journées,la dynamique atmosphérique dans les niveaux bas. C’est une situation trèshabituelle durant les hivers ibériques et généralement, le petit noyau debasse pression est entouré d’un talweg barométrique qui s’étend depuis lenord de l’Afrique jusqu’au territoire ibérique. En outre, il ne faut pasoublier que la baisse thermique en surface se trouve inversée en altitude 3.Par conséquent, les champs de pression ne coïncident pas entre superficieet altitude, ce qui crée un niveau d’inversion entre eux, grâce aux hautespressions d’altitude, qui limitent, sous forme de couvercle, les ascensions et3Linversion de la baisse thermique coïncide, plus ou moins, avec le développement maximum,en altitude, du matelas d’air chaud marin, qui circule constamment, en vertu des mécanismes quigouvernent la cellule de brise. Par conséquent, sur les topographies absolues de 850 et 700 hPa,c’est-à-dire, entre 1 500 et 3 000 mètres, la baisse thermique cède la place à la dorsale deshautes pressions.
10C_naotf. mP ga e56 2V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480                           652 • Jorge Olcina-Cantos, Cesar Azorin-MolinaANNALES DE GÉOGRAPHIE, N° 652 • 2006inhibent la croissance des nuages. Dans ces cas, l’anticyclone des Açores,typique de l’été dans les latitudes ibériques, se retire jusqu’à l’Atlantiqueoriental, se situant face aux côtes du Portugal.– Marais barométrique ou marasme dans le bassin de la Méditerranéeoccidentale. Le trait saillant de cette configuration de superficie estl’absence d’isobares sur la scène synoptique comprise entre la péninsule ibé-rique et la péninsule italienne. Par conséquent, le gradient de pression surl’horizontale ou gradient barométrique résulte insignifiant – < 3 hectopas-cals/100 km– (Quereda et al., 2004) et, logiquement, les isobares présen-tent en surface des valeurs proches de la pression normale (1 016 hPa) etmanquent de direction définie. Durant ces journées, la hausse des Açoresse retire de l’Atlantique oriental, alors que toute la péninsule ibérique et lebassin de la Méditerranée occidental s’enveloppent dans un marasme baro-métrique, avec la présence d’une, ou, tout au plus, deux isobares qui par-courent les terres ibériques et le bassin occidental méditerranéen.Durant ces journées, la nébulosité se retire avec l’apparition de quelquesnuages qui interfèrent, de façon minimum, la valeur de la fraction d’inso-lation jounalière (Azorin et al., 2006). Essentiellement, deux familles denuages apparaissent représentées : nuages bas et nuages du genre Cumulus,de faible développement vertical, qui s’associent au souffle des circulationsmésoéchelle de brises, de mer et de versant, ainsi que l’affrontement sousla ligne de convergence, du propre front de brise stable.Le souffle de la brise marine favorise la condensation de vapeur d’eau d’ori-gine marine qui, en outre, enrichi par d’abondantes particules salines, agissantcomme des noyaux de condensation, donne lieu à l’apparition de nuages bas :Stratus fractus translucidus. Avec ces nuages qui alternent avec de grands espacesclairs sur un milieu atmosphérique extrêmement troublé, en raison du haut degréhygrométrique du corps d’air marin, la pénétration de la brise marine, à l’inté-rieur des terres, peut terminer par insuffler de l’humidité aux brises de versantqui fonctionnent sur les versants ensoleillés, dénués de végétation, des reliefs pré-littoraux et des barrières orographiques de l’intérieur. Ce supplément d’humiditéqu’apporte la brise marine aux circulations de brises de coteau, peut donner nais-sance à la formation de nuages bas, plus compacts, concrètement des bancs denuages, de Stratocumulus stratiformis, en forme de coiffe ou bonnet, adossés surles principaux obstacles montagneux prélittoraux et de l’intérieur. Dans la régionde Valence, les capells (chapeaux) estivaux sont caractéristiques. Ils s’ancrent surles principales chaînes de montagnes (Olcina et Miró).De même, il faut noter que le régime de brise marine, en plus de pou-voir fusionner avec les brises de l’intérieur et de provoquer la formation denébulosité estratiforme, se répercute de façon notable dans les vallées,cuvettes, dépressions et ravins de l’intérieur. Néanmoins, ce qui réalise unprocessus de condensation extrêmement abondant sur les terres de l’inté-rieur, durant les nuits de pleine canicule, a, comme cause atmosphériqueprincipale, le colmatage de la brise marine sur la cuvette intérieure, un jouravant sa formation. Par conséquent, grâce aux conditions de calme sur la
10C_naotf. mP gaArticles e56 3V nerdde,i1  .édecbmer2 00 68 5: 480         Typologie des fronts de brise dans le Levant espagnol • 653Photo : Cesar Azorin-MolinaFormés par irradiation nocturne dans les vallées et les dépressions de l’inté-rieur levantin, ils profitent de l’apport d’humidité insufflé par les circulationsde brise. Ils représentent, par conséquent, des hydrométéores caractéristi-ques qui accompagnent l’éclatement des fronts de brise stables. Villena (AltoVinalopó, Alicante), 13 septembre 2003, 9’30 heures (TMG).Fig 6Bancs de brouillard et de brumes.Patches of fog and mists.colonne troposphérique et en tenant compte que la brise de terre ou terralqui souffle en raison du refroidissement nocturne, perd de l’importance,tant en durée qu’en intensité, durant les nuits d’été, arrivant même à nepas souffler. La vapeur d’eau retenue dans les dépressions intérieures finitpar se condenser sous forme d’épais bancs de brouillard (Stratus nebulosus)(cf. Figure 7. quelques brumes et une rosée abondante formée sur lessuperficies froides 4 [Azorin, 2002]). Il convient d’indiquer que, à la diffé-rence des persistants brouillards de l’hiver, ces stratus bas qui couvrent lesdépressions de l’intérieur s’estompent et s’élèvent facilement du sol, avecles premiers rayons du soleil.4Dans la région du sud est ibérique, le processus de condensation produit sous forme de rosée,brumes et brouillards, peut arriver à représenter un sérieux soulagement pour les cultures et lavégétation, étant donné la rigoureuse sécheresse de l’été qui caractérise le milieu ambiant.   
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