Coup d'oeil sur le Sahara français. Simple esquisse - article ; n°14 ; vol.4, pg 61-75

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Annales de Géographie - Année 1894 - Volume 4 - Numéro 14 - Pages 61-75
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1894
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Fernand Foureau
Coup d'oeil sur le Sahara français. Simple esquisse
In: Annales de Géographie. 1894, t. 4, n°14. pp. 61-75.
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Foureau Fernand. Coup d'oeil sur le Sahara français. Simple esquisse. In: Annales de Géographie. 1894, t. 4, n°14. pp. 61-75.
doi : 10.3406/geo.1894.7749
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1894_num_4_14_7749COUP OEIL SUR LE SAHARA FRAN AIS
SIMPLE ESQUISSE
Ce que on est convenu appeler le Sahara est une région qui est
loin avoir uniformité on lui suppose généralement
Rien au contraire est plus varié suivant la ligne de pénétration
que on choisit pour atteindre Prenons plus spécialement le Sahara
algérien
Le voyageur qui poussé par le souvenir des récits du vieux temps
sur les Oulad-Sidi-Cheikh tente aborder le Sahara par la province
Oran traverse abord une immense région de hauts plateaux touche
Gery ville entouré un cirque de hautes montagnes que les mois hi
ver couvrent de glace et un manteau de neige Il lui faut ensuite
traverser 80 kilomètres de montagnes parsemées de quelques thuyas
et de quelques genévriers où des perdrix peu farouches se promènent
par bandes nombreuses jusque sous les pieds de son cheval franchit
une dernière chaîne par étonnant et sauvage dét lé rouge dit Kheneg-
el-Arouïa et domine tout coup le Sahara qui bordé par la bande
brillante des sables de ouad Seggueur découpe sur le ciel les si
lhouettes géométriques de ses innombrables gour énormes témoins
géologiques un plateau disparu qui dressent leurs arêtes rouges
pic et leurs sommets tabulaires très haut au-dessus de la plaine actuelle
couverte une végétation courte et grisâtre aspect est le même jus
au massif des grandes dunes de Ouest dont la lisière est aplus de
150 kilomètres dans la direction du Sud
est ici que éparpillent les quelques oasis du Sud-Oranais
zina les deux Arbâ les deux Moghar et El-Abiod-Sidi-Cheikh point
de départ des grandes caravanes annuelles qui se rendent au Gourara
et qui comptent parfois 12 ou 15000 chameaux et 1000 ou
500 hommes de nos tribus sahariennes
Le Sahara nord de cette province dememe que celui de la province
Alger se trouve une altitude assez grande entre 600 et 900 met.)
circonstance qui lui donne un climat hivernal relativement rigoureux
aussi bien pour ezina que pour Laghouat Entre ces deux villes
étend une plaine couverte de halfa presque sans interruption plaine
parsemée de ces cuvettes que les Arabes nomment dhaya et qui con
tiennent assez généralement de hauts pistachiers îlots de verdure
sombre au milieu de la teinte uniformément grisâtre du halfa 62 GEOGRAPHIE GIONALE
Cette région est le paradis des lièvres qui presque chaque pas
déboulent sous les pieds du passant Là aussi on rencontre des milliers
de moutons errant sans cesse sur ces plateaux qui parfois sont coupés
du grand sillon des Ouad desséchés Ouad Seggueur Ouad Meguerchi
Ouad Zergoun
Sur cette route on rencontre de petits villages arabes El-Maïa triste
et désolé auprès une mare sombre Tadjerouna ville enceinte fer
mée élevant au milieu de jardins où pas un seul arbre ne pousse
El-Haouïta posée coquettement sur le bord une admirable source
dans eau de laquelle se reflètent des palmiers immobile et lourd
feuillage
Laghouat semble abord une ville entièrement européenne et
tait son oasis où les palmiers sont enfermés entre de hautes murailles
grises en tourbes séchées au soleil on ne se croirait pas en Algérie ni
dans le Sahara Des deux extrémités de la ville qui sont situées sur
deux eminences on jouit une de ces vues merveilleuses qui font tou
jours regretter le Sahara on est venu reprendre sa place sous le
ciel brumeux et gris de Paris Là tout est clair et gai depuis les mon
tagnes rosés des premiers plans aux lointains bleus des der
niers lumière et soleil est un régal délicieux un tableau inoubliable
dans lequel poudroie le sable soulevé par la caravane qui lentement
passe et éloigne
une longue rivière qui alimente Laghouat Ouad-Mezi qui change
bientôt son nom pour prendre celui Ouad-Djedi rejoint le Sahara
Alger au Sahara de Constantine et va se perdre dans les chotts
une petite distance de Biskra
II
Si on aborde le Sahara par le département de Gonstantine tout
autre est le pays On arrive sans peines et sans fatigues la ma
gnifique et classique gorge El-Kantara puis Biskra terminus
actuel du chemin de fer
meme le Sahara commence et sa surface se tient partout des
altitudes très faibles Biskra est 125 mètres au-dessus du niveau
de la mer cette situation spéciale jointe au cirque de montagnes qui
préserve la ville du côté du Nord du Nord-Est et du Nord-Ouest explique
facilement la beauté et la douceur du climat de cette oasis pendant les
mois froids de année
Il serait superflu de décrire la reine des Ziban que tout le monde
connaît hui
Le caractère du Sahara constantinois est très différent de celui du
Sahara de lOuest La zone immédiatement au Sud de Biskra est parse
mée de très nombreuses oasis arrosées soit par des sources naturelles OEIL SUR LE SAHARA FRAN AIS 63 COUP
grand débit soit par des crues de rivières venant des derniers con
treforts de Aurès soit encore par une nappe ascendante très voisine
du sol Toute cette région qui porte le nom de Ziban étend au Nord
de Ouad Djedi et de la ligne septentrionale des grands chotts elle
compte admirables oasis parmi lesquelles il faut citer les Oulad-
Djellal aux jardins soigneusement cultivés Tolga grand centre com
mercial et religieux qui abrite la Zaouïa de Ali-ben-Othman et qui
abonde en coins charmants
Après cette zone émaillée oasis le Sahara des plateaux dont
altitude est constamment atténuée vient mourir sur le bord du
Meirigh et on se trouve alors réellement dans la région des grands
chotis ou lacs salés sec un mirage incessant couvre de ses bril
lantes et trompeuses images et qui présente aspect et donne illusion
absolue une mer aux eaux bleues et limpides
est de ce point Touggourt que se déroule le chapelet des
oasis delOuad Righ cette fameuse rivière dont les têtes innombrables
sont les unes dans les hautes vallées du Tademayt près Insalah
les autres au centre du Ahaggar autres presque sur la limite sud du
Tassili des Azdjer
est là le centre principal de la culture du palmier arrosent
des puits artésiens fournissant une eau limpide tiède et fortement
magnésienne Des jardins entourés de murs bas sont séparés par de
petits sentiers dans lesquels passent et repassent en chantant les
Rouagha populations autochtones de la région aux lèvres épaisses et
au ton chocolat Ces gens de race berbère ont une ressemblance étroite
et une origine commune avec les Harratine du Touat qui comme les
Rouagha cultivent les palmiers du reste leur avec les
Touareg quoique plus lointaine est pourtant indiscutable et leur langue
la plus grande similitude avec celle de ces Berbères du Sahara
Touggourt célèbre par les luttes auxquelles le désir de la possé
der donné lieu célèbre aussi par invasion du chérif Bou-Chou-
cha un hardi coup de main avait amené dans ses murs donnant lieu massacre resté fameux Touggourt est le terminus actuel de
notre occupation militaire et détache seulement au loin et comme en
avant garde bordjs fortifiés un Bir Berre of un autre Hassi
Mey et le troisième Hassi-bel-Haïrane bordjs qui quoique pourvus
actuellement de noms fran ais en continueront pas moins aussi
bien pour les géographes que pour la majeure partie des voyageurs
porter ceux des lieux où ils ont été construits
Dans Est de Touggourt une centaine de kilomètres se cache un
autre groupe oasis le massif El-Oued au milieu des grandes dunes
de sables de Erg qui se poursuit au loin dans la direction de la Tri-
politaine limitant au Sud la région des oasis palmiers du Djerid et
du Nefzaoua 64 OGRAPHIE GIONALE
El-Oued dans des maisons de forme touta fait différente de celle
des autres oasis habite une race très laborieuse et fort intelligente
très dense et très habile au commerce ce sont les Souafa Point
eau jaillissante dans cette région point de sources comme au Djerid
mais une nappe ascendante et continue sous le sable des dunes
existe une route directe qui traversant toute la zone des chotts
permet aller El Oued Biskra sans passer par Touggourt Là mi
rages incessants et beaux horizons fermés au Nord par la silhouette de
la pointe terminale de Aurès Amar Khaddou qui dresse près de
000 mètres son squelette de roche diaprée de mille couleurs suivant
les heures du jour bleu acier le matin elle passe par tous les tons
pour arriver au coucher du soleil cet admirable orange rosé qui
lui valu son nom arabe de la joue rosé Amar Khaddou est
visible quand on vient du Sud et que le ciel est pur de près de 150 kilo
mètres
III
Si on enfonce davantage dans le Sahara du Sud on arrive en
suivant des chapelets de petits chotts travers une région végétation
assez touffue Negoussa puis àOuargla ville fort ancienne qui abrite
au milieu une forêt verdoyante de prés un million de palmiers
qui lui forment comme une ceinture est là le dernier port de cette
immense mer qui étend au Soudan et dans la direction du
Sud nulle ville ne élève plus aux confins du pays des noirs
Plus que des puits des lieux dits des points célèbres par quelque
massacre ou sanctifiés par la prière ou simplement la halte de
marabout
La population de Ouarglaaune origine commune avec celle habitant
Touggourt Là aussi comme dans Ouad-Righ on retrouve les puits arté
siens indigènes et fran ais et de même aussi de grands chotts bordent
oasis mais après ceux-ci on en retrouve plus en marchant vers le
Sud et le pays prend un aspect tout fait différent
est Ouargla que se rattachent plusieurs fractions de la tribu des
Chambba ces nomades du Sahara excellents guides infatigables cou
reurs Méhari chasseurs expérimentés ont dans leurs fréquentes luttes
avec les Touareg appris connaître comme eux les routes du désert
et fournir sur leurs rapides montures des courses inouïes
Les Chambba ne viennent guère dans oasis au moment de la
récolte des palmiers dont ils possèdent un assez grand nombre Pendant
le reste de année ils vont au ur de été se ravitailler en blé sur
les marchés des villes du Sud du département de Constantine et vivent
de la vie nomade dans le Sahara aux limites Nord du parcours
des Touareg est-à-dire tout près de Ghdamès Est et au
ïademayt Ouest COUP OEIL SUR LE SAHARA FRAN AIS 65
IV
ün grand plateau crétacé dont les altitudes augmentent mesure
il éloigne vers le Sud et qui est orienté N.-E.-S.-W. sert de limite
occidentale tout le Sahara des chotts dont il vient être question il
se prolonge vers le Sud-Ouest suivant la rive gauche de Ouad
luifel ou peu près puis infléchissant dans Est il va se
terminer en éperon au de Messegguem et prenant une direction
franchement Ouest sous la dénomination de Baten il constitue ici la
limite Sud du Tademayt nom il porte dans sa portion méridionale
où les calcaires ont fait place aux grès rouges ou bruns La limite Ouest
est bordée abord et au moment où il se redresse vers le N-E par la
région des oasis du Touat et du Gourara puis ensuite par le massif
des grandes dunes de Ouest Un large passage lOuad Meguiden
reste plan et dépourvu obstacles entre ce Baten et Erg Dans cette
vallée le Gouvernement de Algérie vient de faire construire un fort
Hassi el Ahomeur
est dans les limites de ce vaste plateau que se trouvent les groupes
oasis du Mezab de Mettili et El-Goléa Autrefois il avait une popu
lation très dense habitant Sedrata et les environs du Gour Krima près
de Ouargla Ces Berbères fuyant devant invasion arabe venue de Est
sous le commandement de émir Mansour et désireux de conserver
leur indépendance cherchèrent un point où se fixer Ils trouvèrent au
milieu un affreux chaos de rochers un lit de rivière assez large for
mant dans le plateau une déchirure de 40 50 mètres de profondeur
et ils transportèrent leurs pénates est ce que nous appelons aujour
hui le Mezab pays déshérité où les habitants ont pu créer oasis
grands frais mais où ils ont des villes qui sont Ghardaya Melika
Bou-Noura Beni-Isguen et El Ateuf
Là encore point eaux jaillissantes mais des puits extrêmement
profonds où on extrait aide de bêtes de somme une eau mau
vaise mais qui suffit aux besoins de la vie et de la culture
Les jardins tous plantés dans le lit de Ouad Mezab bénéficient de
temps en temps des crues de cette rivière le plus souvent sec mais
coupée de barrages savamment combinés qui permettent de recueillir
et utiliser eau bienfaisante des pluies moins que la violence de la
crue ne vienne détruire les barrages tout noyer et déraciner les
arbres
Deux autres villes appartenant aussi aux Mozabites sont situées au
Nord et au Nord-Est une assez longue distance de Ghardaya la première
Berrian est sur Ouad Soudan la seconde Guerara sur Ouad Zeguerir
une autre ville située peu prés dans les mêmes conditions que
ANN DE GEO IXe ANN OGRAPHIE GIONALE 66
celles du Mezab mais qui appartient aux Chambba Berazga se rencon
tre une journée de marche au Sud de Ghardaya cette ville est Metlili
elle estia première étape sur la route El Golea
El Golea sorte de nid aigle perché sur une haute gara est plus
hui un monceau de ruines au milieu desquelles quelques
aisons servent encore de magasins Les Chambba-el-Mouadhi ontcons-
truit par petits groupes des maisons adossées aux jardins de palmiers
qui affectent la forme de bosquets séparés et qui éparpillent dans la
vallé qui est autre que celle Ouad Seggueur et qui va devenir plus
au ouadMeguiden Cette vallée est enserrée entre les falaises éle
vées du plateauet le massif des dunes de ouest qui étendent
OuadMessaoura Elle continue dans le Sud-Ouest aux chotis
du Gourara
Les diverses parties du Sahara algérien que nous venons de présen
ter au lecteur ne sont pas proprement parler le véritable Sahara
En effet les points ci-dessus entrevus sont occupés par nos troupes
administrés par nos officiers des affaires indigènes il entre eux des
convois des caravanes qui passent des voyageurs qui transitent des
négociants qui escortent leurs ballots de marchandises parfois même
pour certains entre eux des diligences attelées de maigres haridelles
la poste apporte des journaux et des lettres le télégraphe trans
met les nouvelles Ce est encore pour ainsi dire que extrême
banlieue de Algérie
Si on ab rdela région qui étend du Nord-Est au Sud-Ouest entre
El-Oued et El Golea ou mieux Hassi Inifel tout autre est aspect qui
se révèle au curieux pris du désir de parcourir ces solitudes
abord la plaine est coupée de cuvettes fond de gypse et dominée
et là de nombreux gour sortes de témoins de ancien niveau du
sol erode par les influences atmosphériques partout de la végétation
contrairement idée que on se fait généralement en Europe de ce
pays végétation bien entendu composée de petits arbustes spéciaux
aux teintes grisâtres que domine un peu partout le Rtem Retama divers
Dans les vallées où affleure le gypse ce sont alors les Tamarix le Belhal
Caroxi/lon tetragonum) le Zita Limoniastrum gur/onianwn ce dernier
ne étend que très peu an Sud) le Hanna Henophiton deserti le Sonid
Salsol vera dans les terrains de Sebkhapurs Sur les plateaux mêlés de
roche et un peu de sable apparaissent le Orimi Arthraterum pungens)
le Sffar Arthraterum plumosum le Dhamrane Traganum nudatum le
R.eguig Fagonia fridicans) le Semhari Helianthemum ssi li lorum) le
Goulglane Savignya longislyla] etc Dans les vallées on trouve fré- COUP OEIL SUR LE SAHARA FRAN AIS 67
quemment aussi le Harta Cailigonum comosum Ire forme et Alenda
Ephedra alata et fragilis)
Dans ces régions aux heures matinales surtout un mirage inouï
relève tous les objets éloignés et prête des formes fantastiques et des
proportions énormes aux plus modestes gourque on prendrait volon
tiers pour importantes montagnes est le pays des gazelles un véri
table paradis peur les chasseurs
Pen peu si on avance vers le Sud les gour changent de nature
et ils se recouvrent moitié desable orange ce enfin on
arrive dans la région des Oghroud ou dunes isolées Il semblerait que
le massif arénacé ait voulu couvrir la plaine de sentinelles avancées en
lan ant ces Oghroud éparpillés en éclaireurs et comme les gardiens du
grand Erg
abord ils sont fort espacés puis se rapprochant de plus en plus
ils finissent par se toucher pour former cette immense région des dunes
appelée par les Arabes El Erg Cela veut dire les veines et est
fort bien nommé car celui qui pourrait contempler ce pays en le domi
nant comme par exemple du haut de la nacelle un ballon constate
rait en effet toutes les dunes se rattachent les unes aux autres en
procédant comme les veines est-à-dire en seramifiantà infini autour
un piton central plus élevé que les autres
Toute la région des Steppes que nous venons plus haut de décrire
est le territoire de parcours de diverses tribus au Nord les Oulad-Sahia
et les Troud les Mkhadma plus au Sud et plus Ouest un peu par-
toutles Chambba El Oued de Ouargla et de Mellili
hiver comme été les troupeaux des Chambba paissent dans ces
vastes solitudes silencieuses et ensoleillées où la pluie vient rarement
troubler la pureté du ciel Sous la conduite de nègres car tout no
made riche possède des nègres et des négresses se développent et
croissent les troupeaux de chameaux et de moutons On change de
pâturages dès que les broussailles qui avoisinent un puits ont disparu
sous la dent des animaux ou ont cessé être vertes Le troupeau est
poussé un peu plus loin vers un lieu qui été désigné préalablement
par les éclaireurs Chouaf et qui est plus couvert de végétation Si
en ces nouveaux pâturages il point de pui on en creuse un dans
le fonds de quelque cuvette ou on nettoie celui autrefois comble
par le vent etle sable et délaissé depuis plusieurs années cause du
manque momentané de végétation dans le voisinage
En automne et pendant la première partie de hiver les hommes
et les tentes de la tribu restent près des villages et des palmiers pour
faire ou surveiller la récolte de leurs dattes mais dès que janvier
arrive tout le monde part pour rejoindre les troupeaux et pour passer
été avec eux dans le Sahara fuyant ainsi les mouches les moustiques
et les fièvres qui hantent les abords des chotts et des oasis arrosées 68 OGRAPHIE GIONALE
Quand on trouvé une zone bien verdoyante et bien fournie de
végétaux la fraction de tribu ordinairement est une agglomération
de tentes appartenant la même famille plus ou moins nombreuse
se dispose camper proximité de ces points et aux abords immédiats
un puits On se met construire les Zeribas gourbis en perches de
tamarix et azai reliées entre elles par des cordes grossières et recou
vertes une épaisse couche une grande graminée des sables le
Drinn qui préservent les locataires de ces huttes des ardeurs du soleil
et qui constituent des logements beaucoup plus frais que les tentes
Les nomades et leurs familles resteront là tout été Quelques
hommes cependant se détachent avec une partie de leurs chameau-x
pour aller dans les villes européennes les plus méridionales de Al
gérie faire leurs provisions de blé orge et étoffés
Cette période estivage est une époque de jeux de chasses de
plaisir en un mot pour les Chambba Le soir après le coucher du soleil
lorsque le crépuscule ramené sur terre un semblant de fraîcheur
par ces admirables et transparentes nuits sahariennes dont personne
quand on ne les pas vues ne peut se faire même une idée on entend
des concerts de flûtes accompagnées de tam-tam et de chants en mé
lopées traînantes où le ch ur parfois très nombreux reprend toujours
le refrain unisson le plus souvent ces chansons sont religieuses
ou bien instar des anciens troubadours elles célèbrent les hauts
faits de quelque fameux coureur du Sud
On assiste des luttes main plate des jeux de toutes sortes le
Chatt-el-Habari le Chouayïa qui ne sont proprement parler
une espèce adaptation un peu plus compliquée de notre jeu de
barres
Il ne faudrait pas croire au milieu de ces chants de ces jeux
de ce doux farniente de la vie de campement les tribus restent sans
sauvegarde et sans surveillance Un service de Chouaf éclaireurs
montés méhari ou éclaireurs pied est toujours organisé Le plus
souvent ces chouaf vont deux par deux fort loin des campements sur
veiller les routes et surtout les puits où pourraient passer des Razzias
venant du Sud ou de Ouest pour voler leurs troupeaux Ils restent
huit dix quinze jours dehors puis sont remplacés par deux hommes
nouveaux qui continuent le service éclaireurs Ordinaire ment chaque
fraction de tribu se charge de pourvoir la garde des points remar
quables les moins éloignés de ses propres campements souvent même
autorité militaire les fait occuper office et dans ce cas est que
on redoute un coup de main et le poste est alors composé de lo 20
et 50 hommes Ces gardes communiquent assez fré
quemment entre elles
Les hommes employés ce service sont tous des chasseurs et des
routiers du Sud habitués toutes les ruses Les traces fugitives lais- COUP OEIL SUR LE SAHARA FRAN AIS 69
sees autour des puits leur suffisent pour deviner ce qui se passe autour
eux et souvent un indice en apparence insignifiant pour un Euro
péen ils arrivent déduire des choses très importantes la sûreté
des leurs
Tous les hommes ne restent pas une fa on constante leurs
Zeribas été ils vont et viennent sans cesse et beaucoup profitent de
la saison favorable pour aller pendant de longues périodes faire des
déplacements de chasse la gazelle et antilope dont la chair et la
peau ont pour eux une grande valeur est généralement pendant leurs
excursions de chasse ils découvrent et désignent ensuite leur
fraction de tribu les pâturages exceptionnels une pluie partielle
fait naître et prospérer
Voilà la physionomie particulière de la région des Oghroud et la vie
spéciale que mènent les nomades qui vivent et qui en vivent Son
terrain est presque partout du sable soit en amas formant dunes soit
en nebka est-à-dire en couche ferme où le chameau enfonce très peu
en marchant et là quelques vallées de reg qui constituent ce que
on nomme des Gassis ou des Feidjs ou quelques lambeaux de plateaux
calcaires ou gréseux encore imparfaitements recouverts de leur linceul
arénacé ces trois natures de terrain ont leurs plantes favorites les
plateaux nourrissent du SiSsir Ar ïraterumplumosum etdvLf;lem.(/{etama
divers les feidjs etles gassis du Dhamrane Traganum du
Baguel Anabasis artic lala et du Neci Arthraterzim floccosum quant
aux sables la plante qui domine est le Had Cornulaca monacaniha)
avec de Azal Calligonum Comosum 2e forme) de Alenda Ephedra
alata) duDrinn Art kr pung ens et du Halma Plantage ovata)
La flore de la région des sables est donc généralement plus floris
sante ce genre de terrain plus meuble permettant aux racines de
tendre facilement et aller puiser profondément les réserves humi
dité il contient
VI
Devant nous étend maintenant le grand Erg massif énorme qui
de la frontière Tripolitaine au Nord de Ghdamès étend Hassi
Messegguem et qui de Hassi-Mey se prolonge au Sud El-Bïodh
Là plus même cette vie temporaire qui anime encore la région des
Oghroud lorsque les nomades répandent est une masse amon
celée de sable sans eau sans route sans points de repères désert
mouvementé comme un système montagneux troué en son milieu
une multitude de grands couloirs plats et nus les Gassis où tremble
un intense mirage bossue de pics croupes rondes ou aiguës qui se
couvrent une brume sombre aussitôt que le vent vient agiter les mo
lécules ténues du sable qui les forme En un mot est le vide qui

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