Les populations de l'Inde d'après les derniers recensements - article ; n°197 ; vol.35, pg 427-448

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Annales de Géographie - Année 1926 - Volume 35 - Numéro 197 - Pages 427-448
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1926
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Jules Sion
Les populations de l'Inde d'après les derniers recensements
In: Annales de Géographie. 1926, t. 35, n°197. pp. 427-448.
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Sion Jules. Les populations de l'Inde d'après les derniers recensements. In: Annales de Géographie. 1926, t. 35, n°197. pp.
427-448.
doi : 10.3406/geo.1926.8495
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1926_num_35_197_8495LES POPULATIONS DE INDE
APR LES DERNIERS RECENSEMENTS
Second article.
III MIGRATIONS INT RIEURES
Beaucoup Hindous surtout dans certaines régions se déplacent
pour quelques mois ou quelques années bien peu expatrient pour
toujours
Le séjour de quelques pays est possible que pendant une partie
de année Pendant la saison sèche le Teraï re oit un afflux assez consi
dérable des Provinces Unies tandis que les montagnards descendent
vers le Bhabar cette bande de cailloutis située un peu plus haut la base
des Siwaliks ou vers les cuvettes fécondes et malsaines des donn Dès
les premières pluies qui ramènent les fièvres tous ces villages tempo
raires sont abandonnés Lorsque la neige couvre Himalaya occidental
les montagnards émigrent vers le bas pays comme tâcherons commer
ants ou transhumants2
Nous retrouvons dans les régions accidentées ou arides les migra
tions ordinaires de la vie pastorale Sur la haute Satledjvers 3000 m.
les villages permanents ne conservent en été que les bras nécessaires
aux champs les femmes vont couper plus bas du foin pour hiver et
beaucoup hommes gardent les yaks les moutons les chèvres près
des chalets estivaux vers 3800 m.3 Sur Arun les troupeaux montent
de 400 en mai 200 en juillet Dans toute la zone alpine ils se
déplacent selon une transhumance parfois singulière Ainsi les gazons
du haut Sikkim sont broutés été par des moutons et des yaks qui lors
que les neiges commencent accumuler sur le versant méridionale
regagnent leurs pâturages hiver sur le plateau tibétain bien plus
élevé mais plus sec et libre de neiges4 La transhumance nous paraît
plus développée aux confins de Iran ceux de Himalaya celui-ci
est limité surtout Est par la barrière du Teraï il domine des plaine&
accaparées depuis longtemps par une culture intensive tandis que celles
de Indus sont restées ici presque vides Aussi voit-on encore de
grands troupeaux de chèvres et de moutons gagner été les pâtis au-
dessus de Pechaver et de Kohat et ceux de Afghanistan descendent
Census 1911 United Provinces 50 autres habitants de cette province vont
en saison chaude vers le Bundeikhand et le Malwa
Census 1921 India 42
JACQUEMONT Voyage dans Vlnàe II 213 III 265
SI Le Tibet méridional Annales de Géographie XVI 1907 31) 428 ANNALES DE OGRAPHIE
hiver vers Indus Un nomadisme plus complexe caractérise les
Powindahs population afghane mi-pastorale mi-commer ante Au dé
but de hiver ils se rassemblent dans le Khorassan avec leurs troupeaux
et leurs chameaux de bât Ils gagnent par les passes de Gomal et de
Zhob la vallée de lndus où les femmes et les enfants arrêtent pour
surveiller les troupeaux au pâturage les kirris installent alors grands
villages temporaires de tentes et de huttes en chaume Les hommes
en vont Calcutta et Bombay les pauvres comme man uvres
les autres pour vendre les soieries et les tapis ils ont achetés dans les
bazars de Kandahar et de Boukhara ce sont eux qui font presque tout
le commerce de ces régions avec Inde Quand les steppes de Indus
commencent se dessécher vers avril ils achètent une nouvelle paco
tille et se réunissent leur famille pour le retour dans Iran Afin in
timider les pillards des montagnes ils se groupent par milliers en cara
vanes armées marchant en ordre militaire comme celles que vit Gobi
neau en Perse Peut-être ce pittoresque va-t-il disparaître mesure
que la vallée de Indus se peuple la lutte éternelle du laboureur et du
pâtre refoule les transhumants afghans et hui ils sont plutôt
attirés par le Turkestan ou Asie Centrale1 Le Sindh re oit encore des
transhumants non seulement de la montagne mais des steppes déser
tiques du Thar Pendant les pluies les Sindhis vont avec leurs trou
peaux dans le Thar qui est alors capable et là de nourrir même des
bovidés la saison chaude ils reviennent vers les pâtis plus humides
du bas Indus ainsi que nombre de pâtres de Jaisalmer Au Pendjab
pendant été les pasteurs descendent des Doabs vers les plaines flu
vi tiles qui se couvrent herbes après inondation les régions arides
de Ouest attirent alors le bétail qui hiver revient vers les hauteurs
et les forêts de Est2 Ainsi se juxtaposent les transhumances monta
gnarde et semi-désertique
autres migrations saisonnières sont déterminées par la culture
abord parce que la mousson pluvieuse est loin de établir puis de
se retirer partout en même temps Puis certaines régions possèdent
un excédent de main-d uvre rurale ainsi celles qui se bornent une
seule récolte de saison humide les montagnes où écobuage laisse
beaucoup de temps libre et plus encore quelques parties des plaines où
les exploitations sont si morcelées elles ne suffisent plus occuper
le temps une famille autre part il des régions de faible densité
mais enrichies par les cultures exportation qui réclament beaucoup de
travail pour peu de semaines Ainsi se sont établies des migrations ana-
Census 1901 Punjab 73 North West Frontier Province 1911 45 1921 63 Rajpuiana chap III 1911 Punjab chap III Dans le Deccan il
des castes de pasteurs qui vont en saison chaude vers les montagnes et les forêts
Census 1911 Hyderabad 37)
Elle débute ordinaire le juin au Malabar le 15 au Radjpoutana et au Ben
gale le 25 Agra le 30 au Pendjab POPULATIONS DE INDE 429 LES
logues celles de nos Flamands On en constate même dans intérieur
de régions vouées une même culture Dans le pays Telougou les
cultivateurs ont pris habitude quand leurs réserves eau sont épui
sées après la moisson du riz hâtif aller dans les cantons mieux irrigués
où on peut semer des riz tardifs1 On voit comment les multiples
variétés de cette céréale entraînent des associations de régions pour le
travail La rizière birmane encore si peu habitée ne peut être mise en
valeur que par une foule de moissonneurs bengalis venus surtout de
Tchittagong les rizières de Coromandel malgré leur densité doivent
avoir recours aux gens du Deccan qui vont aussi déterrer les arachides
vers Pondichéry Telle elle est pratiquée près de la Narbada la cul
ture du blé demande peu de travail permanent mais elle exige un gros
effort au moment de la moisson alors se rencontrent sur ses guérets les
Aryens des Provinces Unies et les primitifs des massifs boisés La cueil
lette du coton doit se faire très rapidement autant plus elle est
souvent menacée par les pluies tardives Dans le Berar est affaire
de tous les voisins et même des populations éloignées comme celles de
la Wainganga le pays archéen du riz vient au secours du pays basal
tique du coton Même afflux temporaire vers les plantations Beaucoup
de Malabarais en saison sèche montent vers celles des Ghats Les
Nep sont employés dans les tea gardens himalayens pendant les
périodes de presse de même que les Hindis du Gange moyen2 Mais
les migrations saisonnières les plus importantes par leur ampleur sont
celles qui partent du Bihar et de Est des Provinces Unies vers le
Bengale surtout vers Est Malgré énorme densité de cette province
les récoltes de riz et de jute risqueraient de pourrir sur pied sans cet
appoint elles enrichissent assez le Bengali pour il puisse rémunérer
cette armée auxiliaires exode atteint son maximum en novembre-
décembre quand la moisson du riz est coupée au Bihar et quand elle
va commencer au Bengale beaucoup reviennent après janvier presque
tous sont de retour dès le début des pluies pour cultiver leur propre
champ3
côté de ces déplacements périodiques le Census distingue un type
de migrations semi-permanentes Dans ce cas homme en va pour
une durée indéterminée qui peut atteindre plusieurs années il laisse
sa famille au pays où il revient de temps autre et où il envoie ses
économies quand il gagné un pécule suffisant il retourne en
général Ici encore le courant principal va du Bihar vers le Bengale
composé de man uvres et principalement artisans ouvriers qua
lifiés employés dans les usines dans tous les métiers qui exigent de la
Census 1911 Hyderabad 38
Chap III des Census de 1911 et 1921 pour la Birmanie le Bengale Madras les
Provinces Centrales
Chap III des Census de 1911 pour le Bengale de 1921 pour le et le Bihar ANNALES DE OGRAPHIE 430
force physique et de la décision Le Bihari est vigoureux entreprenant
il hésite pas quitter quelque temps son foyer pour améliorer sa situa
tion toutes qualités refusées nombre de Bengalis Débilités par les
fièvres riches et paresseux beaucoup de paysans de classe moyenne
font venir des étrangers pour ne pas cultiver eux-mêmes Les dura tra
vaux sont laissés aux gens amont ou aux aborigènes du Deccan
petits et nerveux1 Ainsi se poursuit une véritable colonisation inter
mittente du delta par le haut pays On peut lui attribuer la plupart
des 228 000 originaires de Bihar et Orissa des 343 000 originaires des
Provinces Unies recensés au Bengale est par centaines de millions
de roupies que doivent se chiffrer les sommes envoyées dans le pays
amont émigration agit comme un correctif incertitude des sai
sons la moindre apparence de disette elle devient plus considérable
encore que ordinaire et est un fleuve humain qui descend vers la
contrée des hauts salaires Même en temps normal la région du Gange
moyen leur doit le meilleur remède la congestion qui la menace est
donc hors du milieu local il faut chercher une des raisons de ses
fortes densités
Les Madrassis sont aussi accoutumés emigration semi-perma
nente Cette immense présidence est si diverse de climats de races de
langues on déplace rarement de district district sauf pour les
récoltes émigre pas ou alors on hésite pas entreprendre de
longs voyages outre-mer immense majorité vient des deltas plétho
riques de la côte orientale beaucoup moins du Malabar qui essaime
plus près dans les plantations des Ghats Parmi les foules qui embar
quent Madras Negapatam ou Vizagapatam destination de Ceylan
de la Birmanie ou de la Malaisie la plupart ont intention de revenir
au pays Pour 000 hommes partant vers la Birmanie il que
208 femmes Les coolies des Straits Settlements ne louent en général
que pour deux ans et demi Il est vrai que beaucoup retournent
ensuite3 Autour du golfe du Bengale la migration temporaire aboutit
souvent exode définitif est la reprise de cette expansion qui vers
les premiers siècles de notre ère envoya tant aventuriers dravidiens
civiliser Indochine et Insulinde Elle recommence hui que
les pays tamoul et telougou ont recouvré la paix et amplifie considéra
blement grâce aux puissants moyens de transport modernes
Dans ses limites mêmes Empire des Indes est créé de véritables
colonies de peuplement qui absorbent le surplus de sa population
temps ou demeure la Birmanie et On recensé 887 000 Hin-
Census 1911 Bengal 166
Le Bengale compte 100 étrangers dont 66 100 viennent du Bihar et de
Orissa 18 des Provinces Unies On pas constaté que les districts où on émigré
le plus au Bengale soient les plus denses il semble que ce soient plutôt ceux qui ont la
moindre proportion de terres cultivées et de rizières
Chap III des Cer.svs de 1911 et 1921 pour Madras POPULATIONS DE INDE 431 LES
dous en Birmanie sur un total de 13 212 000 ils viennent du
Bengale et surtout du Sud-Est de la péninsule Bon nombre ne restent
que quelques mois pour la culture et le décortiquage du riz Beaucoup
aussi se fixent surtout dans les villes Rangoon en compte 190000)
mais aussi dans les campagnes le tiers cultive la terre et partout on
trouve le marchand hindou La multitude des immigrants dravidiens
parmi une population peu active crée en Birmanie un péril noir
En Assam presque le quart de la population est origine étrangère
Ici appeau fut abord le thé qui occupe près un million sur 990000
Il attira les populations les plus variées on ne parle pas moins de
quarante-huit langues dans les plantations Celles du Chota Nagpour
prédominent car les Junglis du Deccan sont mieux adaptés que les rive
rains du Gange au climat au travail dans ces forêts épaisses et fié
vreuses Un assez grand nombre de coolies se fixent au voisinage des
plantations En outre les vastes terres vierges qui avoisinent le fleuve
attirent depuis vingt-cinq ans les gens du Bengale et de Ia Surma
abord arrêtés par leur réputation insécurité et insalubrité Les
hommes viennent abord achètent un domaine bâtissent une mai
son selon leur type traditionnel puis ils appellent leur famille Les com
mer ants hindous forment avant-garde de ces défricheurs alluvions
qui très rares encore vers 1900 sont déjà près de 300 000 Leur expan
sion arrêtait Goalpara en 1911 en 1921 elle atteignait déjà Now-
gong Comme en Birmanie les anciens habitants du pays ne cèdent que
trop facilement la place aux nouveaux venus soit apathie soit répul
sion pour leurs usages2 Cet Assam qui isolait ici aux extrêmes
confins de Hindouisme incorpore lui en quelques décades est
la colonie de peuplement pour le delta gangétique comme la Birmanie
et Ceylan pour Inde dravidienne
Si nous revenons dans Inde proprement dite nous voyons com
bien les courants intérieurs de migrations permanentes se limitent
peu de régions Le plus important de beaucoup est celui qui vient du
Chota Nagpour3 Ses races de primitifs très prolifiques et laborieuses
fournissent la main-d uvre ses mines et son industrie métallur
gique qui créé des villes de fabriques jusque dans ce Singbhoum
considéré il cinquante ans comme le Tibet de la péninsule Mais
beaucoup continuent expatrier quelques-uns vers autres parties
du Deccan immense majorité vers les plaines du Nord-Est est là
un mouvement déjà ancien que les Santals auraient inauguré vers
1830 ou même plus tôt lorsque prospérait la culture de indigo dans
Census 1921 Burma 228 Assam 1901 33 1911 18 1921 chap III et XI
ampleur de ce mouvement apparaît la proportion des emigrants par rapport
la population dans les districts suivants Ranchi 261 000 Santal Parganas 165
Singbhoum 133 Hazaribagh 115 Monghyr 110 La proportion est aussi très forte
dans Orissa 124) où viennent nombre des ouvriers de Calcutta 432 ANNALES DE OGRAPHIE
le Bihar et le Bengale1 hui ils se répandent en grand nombre
au Bengale où ils font les travaux jugés pénibles ou dégradants par
les indigènes tout en préférant la vie au grand air celle des villes et
des usines Beaucoup retournent chez eux acheter de la terre mais beau
coup aussi se fixent Ainsi dans les plantations de thé himalayennes
La culture et la préparation du thé ont en effet cet avantage que beau
coup de besognes peuvent être confiées des femmes aussi vers le
Nord-Est de Inde comme vers le Sud-Ouest la proportion des femmes
parmi les coolies est beaucoup plus forte que ordinaire et les familles
se transplantent plus aisément Ainsi encore sur ces mauvaises terres
du Bengale disposées sa bordure ou en îlots dans intérieur que on
appelle communément des tertres latéritiques et qui paraissent des
terrasses alluvions grossières Elles étaient restées incultes presque
désertes malgré la proximité des fortes densités des rizières Or la
formation végétale qui les caractérise la forêt de sai est une des plus
répandues dans le Nord-Est du Deccan Les junglis trouvèrent appli
cation de leurs procédés habituels la fois moins perfectionnés et plus
laborieux que ceux des Bengalis cette similitude de milieu favorisa la
rapidité de leur expansion abord dans les régions voisines du plateau
puis dans le Barind et les jungles de Madhoupour au Nord de Dacca Ils
vont au Teraï où le Népal offre des terrés bas prix est une
armée essarteurs anaryens qui remplit dans le Bengale les derniers vides
de la carte des densités et cette population de vigoureux montagnards
fournit les man uvres indispensables aux campagnes du bas pays2
Celui-ci pourtant quelques populations de défricheurs mais une
division du travail se fait il agit pour elles de plaines alluviales et
non plus de collines peu fertiles Dans Est du delta les variations des
rivières abandonnent des laisses très riches les char elles sont immé
diatement occupées par des Musulmans bengalis qui en sont fait une
spécialité et remontant le long du Brahmapoutre ils envahissent
Assam Les Sounderbans sont assez rapidement conquis vers Bakar-
ganj3 tandis que Ouest bien mieux conservé ses forêts maréca
geuses autre part le centre du Bengale se vide vers le Nord
mesure que ses rivières et ses terres appauvrissent Il en effet la
Census 1901 Bengal 140 après le Census du Bengale de 1911 83) ces
déplacements sont dans les traditions des aborigènes et des castes semi-hindouisées
depuis la fin de leurs récoltes au début de la saison chaude aurait-il eu pas
sage de émigration saisonnière émigration permanente On peut aussi se demander
il existe pas un instinct nomade résumant de écobuage qui force chercher toujours
de nouvelles terres Sans doute une tribu ne se déplace en général que dans intérieur
de son territoire Mais quand celui-ci épuise ou ne suffit plus elle peut être entraînée
de vraies migrations Il semble que ce fut le cas pour les Oraons qui occupent aujour
hui divers Ranchi des villages de toponymie Mounda
Census 1921 Bengal chap III XI
Ce district progressé de 82 100 de 1911 1921 grâce cette colonisation
opèrent les gens du pays seuls capables de supporter le climat LES POPULATIONS DE INDE 433
lisière du Teraï assez vastes régions marécageuses et incultes où
pénètre la colonisation comme dans les districts de Champaran et de
Pournea au Bihar et Est dans cette zone des Douars littéralement
les Portes de la montagne cédée par le Bhoutan autre extré
mité de la Plaine le vieux Pendjab serré contre Himalaya se décon
gestionne par exode vers les canal settlements et accessoirement vers le
Sindh qui une fois irrigué deviendra sa colonie de peuplement Dans
les Provinces Centrales la partie occidentale et centrale attire des gens
de tout le pourtour Mais ici la majeure partie de immigration est
temporaire et occupation du sol par les étrangers ne se fait pas aussi
rapidement on aurait espéré Cependant il là beaucoup de
terres défricher et souvent fécondes
En somme la colonisation intérieure reste très localisée1 Dans
Inde proprement dite il relativement très peu de populations qui
se déplacent la recherche de terres nouvelles très peu aussi nous
allons le voir qui se fixent dans les villes est un des traits les plus
singuliers de la démographie hindoue que cette extrême stabilité une
population rurale pourtant réduite souvent des exploitations infimes
sur un sol labouré depuis si longtemps que certains agronomes redou
tent son épuisement Sans doute si les Biharis ne installent guère dans
les campagnes bengalies cela peut expliquer par énormité de leurs
densités mais pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux aller conqué
rir sur la brousse les bonnes terres du Deccan On pourrait invoquer les
différences de climat bien que souvent assez minimes les difficultés du
défrichement incapacité adapter la technique agricole un milieu
nouveau Mais la principale raison nous semble-t-il qui limite émi-
gration permanente serait dans état social2 Jadis certaines castes
interdisaient de dépasser une limite marquée parfois par le cours
une rivière même sans cette défense extraordinaire morcellement
des castes confine chacune dans un territoire assez restreint Si un de
ses membres va établir au loin il ne trouvera vraisemblablement pas
de famille de la même caste où il puisse se marier marier ses enfants Il
pourrait bien revenir prendre femme dans son pays mais outre la diffi
culté des voyages autrefois il est mal accueilli par ses congénères
sait-on jamais si échappé la surveillance de son groupe il en observé
les lois Ainsi émigré prend figure excommunié qui il devient bien
difficile de fonder une famille Sauf dans trois cas Ou bien il se résigne
cette déchéance et allie autres réprouvés Ou bien une même caste
envoyé assez des siens en une région pour ils puissent se marier
Dans ensemble des provinces anglaises qui comprennent pourtant la plupart
des bons pays 23 100 du sol est cultivable et non cultivé est la proportion même
pour le Goudjerat 25 et le delta de la Godaveri 23 100)
Voir dans ce sens Census 1901 Central Provinces 156 1901 Bengal 142
1911 Bombay 40
ANN DE OG XXXVe ANN 28 434 ANNALES DE OGRAPHIE
entre eux ainsi le peuplement se fait par essaims homogènes non par
individus et familles isolées comme celui du Nouveau Monde Ou bien
encore les émigrés appartiennent de basses castes tolérantes des tri
bus non converties Hindouisme Au Bengale ce sont les balayeurs
les tanneurs les gens des métiers méprisés qui établissent le plus
volontiers De même les montagnards animistes du Deccan doivent
leur facilité expansion ignorance des règles qui ligotent Hin-
douiste
On eût pu croire que les chemins de fer allaient provoquer des
exodes en masse bouleversant règles et traditions Bien au contraire
le paysan ne se trouve plus dans alternative de végéter chez lui ou de
expatrier pour devenir un déclassé Il peut en aller pour quelque
temps et revenir fréquemment dans son village auprès de sa famille
sans perdre de sa considération Les voyages devenant plus aisés et
moins coûteux individu échappe plus au contrôle du groupe qui
peut lui consentir plus de liberté Il en va pour des périodes plus
courtes et plus loin influence des voies ferrées été très considérable
mais est par impulsion elle donnée émigration temporaire
et souvent elle substitué celle-ci émigration définitive
IV POPULATION URBAINE3
Depuis un demi-siècle Inde créé une grande industrie développé
considérablement son commerce et son réseau ferré Et pourtant sa
physionomie de pays rural ne est pas sensiblement modifiée La pro
portion de la population urbaine est que de 102 100 Angleterre
79 Et elle ne accroît avec une extrême lenteur elle était
déjà en 1891 de 95 Au Bengale malgré les usines et le port de Calcutta
elle varié que de 535 en 1872 675 en 1921
Aucun doute cependant que Inde ne subisse une de ces transfor
mations qui aboutissent aux grandes agglomérations urbaines Elle pos
sède déjà trente-cinq cités ou villes de plus de 100 000 Seulement
tandis que quelques-unes rares ailleurs progressent américaine
autres sont en décadence et de même la plupart des petites villes
La décadence de celles-ci est très nette dans la province de Bombay
Remarquons également que la proportion des Musulmans est beaucoup rnoins
élevée dans ensemble de la province 55 100 que dans les districts de colonies irri
gations Celui de Montgomery qui progressé de 423 100 dans la dernière décade
compte 72 100 de Musulmans
Census 1911 Bengal 77 effet une ligne nouvelle est de soulager les dis
tricts congestionnés plutôt que attirer des colons vers les régions non développées
ce soulagement est dû ce elle étend le rayon de émigration temporaire de saison
froide Voir aussi Census 1921 Bengal chap III
Pour le Census la définition de la population urbaine est assez complexe en pra
tique elle ne comprend guère que les localités de plus de 000 habitants LES POPULATIONS DE INDE 435
Proportion la population totale sur 000 habitants
Localités 1872 1891 1921
Plus de 100 000 b................... 38 45 79
50 000 100 000.............. 12 12
20 000 50 000 ............ 25 29 36
10 000 20 000 37 42 35
000 10 000 213 188
500 000 ............. 891 441 417
Moins de 500 ................. 218 233
La catégorie supérieure plus que doublé en un demi-eiècle la
seconde et la troisième ont gagné relativement peu moins que la der
nière qui comprend la masse de la population rurale Ont perdu celles
qui vont de 500 20 000 b. les bourgs les marchés agricoles nombre
de villes anciennes Un peu partout dans lnde leur décadence com
pense peu près la croissance des cités et explique que la proportion de
la population urbaine reste quasi immuable On peut donc attribuer
évolution moderne de Inde ce double rôle une part avoir frappé
de déchéance beaucoup de vieilles cités de autre avoir développé
certaines entre elles et même de simples villages pour en faire de
puissantes agglomérations
Les villes qui déclinent Dire que la base de organisation sociale
de Inde est essentiellement anti-urbaine est oublier que Inde
eut des villes dont quelques-unes immenses dès le début de son his
toire Mais Vidai de la Blachê montré avec raison elles ont jamais
eu la constitution robuste qui distingue le village Beaucoup étaient
des créations purement artificielles anciennes capitales qui devaient
leur fondation des raisons militaires politiques oa même de simples
caprices de princes Jadis la présence une cour souvent somptueuse
et raffinée fixait une masse de vassaux avec leur clientèle artisans
et de marchands Mais en ce cas étaient les villes qui attiraient le
commerce et non le commerce les villes où leur fragilité La mul
titude des cités mortes de Inde évoque instabilité de ses empires
les constants déplacements des dominations politiques et de leurs sièges
la fréquence des invasions dévastatrices Ainsi au Bengale Nadia
capitale des rois hindous fut saccagée vers 1200 par les Musulmans qui
établirent Gaour Rajmahal devint la résidence des nababs puis
au xvne siècle ce fut Dacca quand ils voulurent surveiller de plus près
les raids des Assamais des Arrakanais et les entreprises des Portugais
ensuite la chute de empire mongol Mourshidabad plus cen
tral sur la voie militaire et commerciale de la Bhagirathi après
J.-A BAINES Report on the Census 1881 India 274
Le peuple de Inde Annales de Géographie XV 1906 375)
Census 1911 United Provinces 24

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