Problèmes et politiques démographiques dans le subcontinent indien - article ; n°443 ; vol.81, pg 25-47

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Annales de Géographie - Année 1972 - Volume 81 - Numéro 443 - Pages 25-47
Demographic problems and policies in the indian subcontinent.
The present Indian demographic pressure (the natural increase of 20 to 30 per 1 000 in a year can run over 30 per 1 000 between 1975 and 1980 because of the decay of mortality) stops any development and makes the growth rate of the individual share of the gross national product get down about 1,5 m each year. From 1901 to 1970 the population indice has gone from 100 to 225, the cultivated area one from 100 to 125, the food production one from 100 to 150. People crowd in the regions traditionally the most favourable to a garden-like subsistence agriculture and reach huge densities : 550 per square kilometre in the Kerala, 400 to 500 in the Bengal. The internal migrations, otherwise rare enough, occur more often from a country region to another than from the country to the towns, and so reduce the regional contrasts without solving the problem. Urbanization, though less brutal than in Africa or in Latin America, precedes far the development (26 million townspeople in 1901, about 100 million to-day). The percentage of not-housed townspeople increases every year. A statement of the com pared expectations of the demographic growth and the economic one remarks us the short — and middle — term necessity of a natality reduction which is systematically practised in India and in Pakistan from the diffusion of all means of contraception to sterilization. The expected aim is an annual decrease of 9 million births in the Indian Union, lowering the birth ratio to 25 per 1 000 or so. But it is doubtful this will be achieved, peculiarly in the hoped delays. And if the present rythms get along during the decade, the only Indian Union will have 630 million inhabitants in 1975.
La pression démographique actuellement enregistrée dans l'Inde (accroissement naturel de 20 à 30 pour 1 000 par an, susceptible de passer, par suite du recul de la mortalité au-dessus de 30 pour 1 000 entre 1975 et 1980) bloque tout développement et réduit le taux de croissance du quotient individuel de produit brut national aux environs de 1,5 pour 100 par an. De 1901 à 1970 l'indice de population est passé de 100 à 225, celui de la superficie cultivée de 100 à 125, celui des productions alimentaires de 100 à 150. La population s'entasse dans les régions traditionnellement les plus accueillantes à une agriculture jardinatoire de subsistance et y atteint des densités impressionnantes : 550 au km2 au Kerala, 400 à 500 au Bengale. Les migrations intérieures, d'ailleurs assez limitées, qui sont plus des migrations de région rurale à région rurale que de campagnes à villes, atténuent les contrastes régionaux sans résoudre le problème. L'urbanisation, sans être aussi brutale qu'en Afrique ou en Amérique latine, précède de loin le développement (26 millions de citadins en 1901, environ 100 millions aujourd'hui). La proportion des citadins sans logement augmente d'année en année. Un bilan des perspectives comparées de la croissance démographique et de la croissance économique fait apparaître la nécessité dans le court et le moyen terme d'une réduction de la natalité, qui fait l'objet d'une politique systématique, tant dans l'Inde qu'au Pakistan, allant de la diffusion de tous les moyens de contraception à la stérilisation. Le but est une diminution du nombre annuel de naissances de 9 millions pour l'Union indienne, abaissant le taux de natalité aux environs de 25 pour 1 000. Mais il est douteux qu'il soit atteint, surtout dans les délais souhaités. Et si les rythmes actuels persistent au cours de la décennie, la seule Union indienne aura 630 millions d'habitants en 1975.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1972
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M. Pierre George
Problèmes et politiques démographiques dans le subcontinent
indien
In: Annales de Géographie. 1972, t. 81, n°443. pp. 25-47.
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George Pierre. Problèmes et politiques démographiques dans le subcontinent indien. In: Annales de Géographie. 1972, t. 81,
n°443. pp. 25-47.
doi : 10.3406/geo.1972.18651
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1972_num_81_443_18651Abstract
Demographic problems and policies in the indian subcontinent.
The present Indian demographic pressure (the natural increase of 20 to 30 per 1 000 in a year can run
over 30 per 1 000 between 1975 and 1980 because of the decay of mortality) stops any development
and makes the growth rate of the individual share of the gross national product get down about 1,5 m
each year. From 1901 to 1970 the population indice has gone from 100 to 225, the cultivated area one
from 100 to 125, the food production one from 100 to 150. People crowd in the regions traditionally the
most favourable to a garden-like subsistence agriculture and reach huge densities : 550 per square
kilometre in the Kerala, 400 to 500 in the Bengal. The internal migrations, otherwise rare enough, occur
more often from a country region to another than from the country to the towns, and so reduce the
regional contrasts without solving the problem. Urbanization, though less brutal than in Africa or in Latin
America, precedes far the development (26 million townspeople in 1901, about 100 million to-day). The
percentage of not-housed townspeople increases every year. A statement of the com pared
expectations of the demographic growth and the economic one remarks us the short — and middle —
term necessity of a natality reduction which is systematically practised in India and in Pakistan from the
diffusion of all means of contraception to sterilization. The expected aim is an annual decrease of 9
million births in the Indian Union, lowering the birth ratio to 25 per 1 000 or so. But it is doubtful this will
be achieved, peculiarly in the hoped delays. And if the present rythms get along during the decade, the
only Indian Union will have 630 million inhabitants in 1975.
Résumé
La pression démographique actuellement enregistrée dans l'Inde (accroissement naturel de 20 à 30
pour 1 000 par an, susceptible de passer, par suite du recul de la mortalité au-dessus de 30 pour 1 000
entre 1975 et 1980) bloque tout développement et réduit le taux de croissance du quotient individuel de
produit brut national aux environs de 1,5 pour 100 par an. De 1901 à 1970 l'indice de population est
passé de 100 à 225, celui de la superficie cultivée de 100 à 125, celui des productions alimentaires de
100 à 150. La population s'entasse dans les régions traditionnellement les plus accueillantes à une
agriculture jardinatoire de subsistance et y atteint des densités impressionnantes : 550 au km2 au
Kerala, 400 à 500 au Bengale. Les migrations intérieures, d'ailleurs assez limitées, qui sont plus des
migrations de région rurale à région rurale que de campagnes à villes, atténuent les contrastes
régionaux sans résoudre le problème. L'urbanisation, sans être aussi brutale qu'en Afrique ou en
Amérique latine, précède de loin le développement (26 millions de citadins en 1901, environ 100
millions aujourd'hui). La proportion des citadins sans logement augmente d'année en année. Un bilan
des perspectives comparées de la croissance démographique et de la croissance économique fait
apparaître la nécessité dans le court et le moyen terme d'une réduction de la natalité, qui fait l'objet
d'une politique systématique, tant dans l'Inde qu'au Pakistan, allant de la diffusion de tous les moyens
de contraception à la stérilisation. Le but est une diminution du nombre annuel de naissances de 9
millions pour l'Union indienne, abaissant le taux de natalité aux environs de 25 pour 1 000. Mais il est
douteux qu'il soit atteint, surtout dans les délais souhaités. Et si les rythmes actuels persistent au cours
de la décennie, la seule Union indienne aura 630 millions d'habitants en 1975.et politiques démographiques Problèmes
dans le subcontinent indien
par Pierre George
Professeur à l'Université de Paris-l
L'histoire et la géographie de la population du subcontinent indien sont
dominées par les effets actuels d'une révolution démographique qui s'exprime
ici par le passage d'une très longue période de stagnation ou de crois
sance très lente à un rythme d'accroissement doublant les effectifs de popul
ation en moins d'une génération. Cette révolution est récente.
Elle a débuté au cours des décennies 1920-1930, de telle sorte qu'elle exerce
sa pleine pression sur la période présente. La population du subcontinent
est passée en cinquante ans de 305 millions (1921) à 680 millions (1970).
Les projections pour 1975 sont de 800 millions, le milliard devant être
dépassé entre 1980 et 1985. Les prévisions de croissance économique
ne permettent pas, compte tenu des nécessités d'« investissement démo
graphique », et dans les hypothèses les plus optimistes, d'accroître le quo
tient individuel de revenu de plus de 1,5 p. 100 par an en moyenne au cours des
vingt années à venir pour l'ensemble de l'Union indienne — encore les experts
considèrent-ils qu'après un taux maximal de 1,8 entre 1967 et 1971 l'accroi
ssement annuel de revenu individuel descendrait au-dessous de 1,4 entre
1981 et 1986.
Devant une situation aussi critique, trois séries d'actions ont semblé
s'imposer :
— accroître l'emploi et le revenu national (le quotient actuel individuel
de produit brut national est de 350 francs pour l'Union indienne et de moins
de 500 pour le Pakistan) par la création de nouveaux secteurs de production :
il s'agit de l'industrialisation que, sans d'importants investissements étran
gers, on ne peut mener qu'à un rythme lent ;
— accroître l'emploi et le revenu national par la conquête de nouveaux
espaces à l'agriculture, surtout par la réalisation de travaux d'irrigation ; 2* ANNALES DE GÉOGRAPHIE
— réduire la croissance démographique par une politique résolue de
régulation des naissances.
Les deux premières entreprises contribuent à une redistribution géogra
phique de la population. Le subcontinent indien est continuellement par
couru par d'importantes migrations intérieures — indépendamment de
celles que provoquent les conflits politiques et religieux. Celles-ci ont
pour moteur rationnel le glissement de la population des régions où
la pression démographique devient insupportable vers les fronts pionniers
représentés par les nouvelles zones irriguées et par les nouveaux centres
industriels. Mais elles n'échappent pas, bien que le mouvement soit rel
ativement moins important qu'en Afrique ou en Amérique latine, aux
phénomènes d'urbanisation particulièrement sensibles dans les grandes
agglomérations qui exercent, comme partout, un pouvoir d'attraction
préférentiel.
Une étude de la population du subcontinent indien appelle donc néces
sairement un essai de mesure et d'explication de la croissance démograp
hique, un examen de la répartition et de la mobilité interne de la popul
ation, un bilan des rapports entre croissance démographique et croissance
économique, et de la politique de régulation des naissances. Celle-ci apparaît
aujourd'hui comme une fragile chance de sauvetage d'une économie et
d'une société menacées de naufrage démographique en l'absence de pers
pectives concrètes d'une révolution économique, qui serait d'ailleurs incon
cevable dans un pareil contexte de pression démographique.
». LA CROISSANCE
Jusqu'au premier quart, ou même jusqu'au premier tiers du xxe siècle,
la population du subcontinent indien a augmenté très lentement. Les effets
de la fécondité naturelle, limitée par la morbidité générale et la surmortal
ité des femmes jeunes, étaient annulés par des traumatismes démogra
phiques survenant à intervalles irréguliers, mais relativement fréquents,
famines, épidémies, supprimant en quelques mois ou en une année le croît
de cinq ou dix ans. La peste fait deux millions de morts en 1907, la grippe
douze à treize millions en 1918. Le choléra est endémique au Bengale, et
la malaria a rongé la santé des populations de régions entières, notam
ment dans les plaines littorales de l'Inde du Sud, jusqu'à un passé très
récent. Elle demeure endémique dans une grande partie du Bengale. On a
compté vingt famines, avec leurs cortèges de maladies de carence et de
maladies infectieuses, au cours du xixe siècle. Pour la seule période 1860-1900,
la famine aurait causé trente millions de décès. L'effet de ces catastrophes
démographiques est variable suivant les régions ; certaines provinces ont
perdu un cinquième ou un quart de leur population en une seule crise
(ensemble famine et épidémies consécutives). Au demeurant, l'état sani
taire est mauvais, même dans l'intervalle des épidémies ; les maladies endé
miques érodent la population adulte, provoquent de véritables hécatombes DÉMOGRAPHIE DANS LE SUBCONTINENT INDIEN 27
parmi les enfants. Le taux de mortalité générale est supérieur à 40 p. 1000.
Parmi les causes de surmortalité, on attribue un rôle très important au
paludisme (malaria). « Le paludisme n'a pas été seulement une importante
cause directe de décès ; en amoindrissant la résistance de ses innombrables
victimes, il a accru également la mortalité imputable à d'autres maladies.
De plus, le paludisme, du fait qu'il mettait des millions de travailleurs
dans l'impossibilité de produire, a été, dans de nombreux cas, à l'origine de
la misère, et il a fait sérieusement obstacle au développement rural et au
peuplement agricole dans les régions qu'il menaçait.»1 L'espérance de vie à la
naissance est de l'ordre de vingt ans à la fin du xixe siècle. Et en 1930,
Jules Sion caractérisait la situation démographique de l'Inde en écrivant
que la mort y pullulait autant que la vie. On estime, dans ces conditions,
sans qu'il faille attribuer une grande confiance aux chiffres de population
avancés pour le xixe siècle, que la population du subcontinent est passée
de 250 millions au milieu du siècle à 300 au début du siècle suivant,
soit un accroissement de 20 p. 100 en un demi-siècle.
Elle augmente de plus de 100 p. 100 dans le même temps entre 1920
et 1970. La révolution démographique indienne, à la différence de la révolu
tion démographique européenne de la seconde moitié du xixe siècle, est
une révolution à sens unique : réduction de la mortalité constante, suppres
sion des accidents destructeurs de masses de population. Les actions déci
sives ont été la lutte contre les famines par l'organisation des transferts
de grain vers les régions en difficulté et par le recours à l'aide extérieure
(importation chronique de denrées alimentaires), l'éradication de la malaria
dans la majeure partie du pays, les vaccinations contre les maladies chro
niques, surtout dans les villes. Cependant, la situation sanitaire reste préoc
cupante. Les foyers d'infection, coïncidant avec les misères économiques et
physiologiques les plus grandes (Bengale), demeurant menaçants, et les
événements récents : typhons, troubles accompagnés de massacres et d'exodes,
augmentent dangereusement les risques de contagion et de propagation
généralisée de nouvelles épidémies. Au cours des trois dernières décennies,
le taux de mortalité générale est tombé de 40 à 20 ou 25 p. 1000. En même
temps, les cas de stérilité souvent imputables à la malaria et à des maladies
vénériennes dont la fréquence a été réduite par l'action médico-sociale
ont diminué. L'allongement de la durée moyenne de la vie, de 20 à 40 ans,
se répercute sur la fécondité des femmes, dont la vie est plus longue ; les
taux de natalité, en régime de fécondité naturelle, se trouvent accrus. Ils
sont difficiles à évaluer en raison de la. sous-estimation des agents recenseurs
et de l'interférence entre natalité et mortalité infantile (surtout mortalité
du premier mois) qui se traduit statistiquement par une sous -estimation
simultanée de la natalité et de la mortalité. Officiellement, on admet un
taux de 40 p. 1000 pour l'Union indienne, certainement inférieur à la réalité,
1. La Population de l'Asie et de F Extrême-Orient, 1950-1080, New York, Nations Unies,
I960, p. 10. 28 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
en dépit du poids encore très lourd de la morbidité chronique dans de nomb
reuses régions. L'âge du mariage est de 15 ans pour les filles la vallée
du Gange et au Bengale, un peu plus tardif dans le Nord-Est ; à trente ans,
une femme a eu au moins six ou huit enfants. Le chiffre avancé par les démo
graphes pakistanais est sans doute plus près de la réalité : 52 à 53 p. 1000
dans les régions exemptes d'endémies stérilisantes, même pour le Bengale,
50 p. 1000 pour l'ensemble du Pakistan.
L'écart entre taux de mortalité et taux de natalité apparaît donc être
au minimum de 20 p. 1000, et plus probablement de 30 p. 1000. C'est d'ailleurs
cette dernière évaluation qui correspond le mieux aux chiffres de variation
de la population entre deux recensements. Or, les spécialistes indiens pensent
que l'action médico-sociale menée depuis plus de vingt ans, l'assainiss
ement des régions naguère éprouvées par les maladies chroniques, peuvent,
compte tenu de la grande jeunesse de la population actuelle (plus de 40 p. 100
de moins de 15 ans), abaisser le taux de mortalité pendant quelques décen
nies au taux le plus bas. L'évolution démographique de Ceylan montre que
cette hypothèse n'est pas purement abstraite. Le gouvernement indien
admet ainsi que le taux de mortalité pourrait s'abaisser à 10 p. 1000 au cours
de la période 1975-1980, et descendre au-dessous de 10 p. 1000 entre 1980
et 1990. Si le taux de natalité restait compris entre 40 et 50 p. 1000 dans le
même temps, l'accroissement naturel annuel serait de 30 à 40 p. 1000
entre 1975 et 1980 et pourrait atteindre 42 p. 1000 après 1980. La population,
dans cette perspective, doublerait en moins de vingt ans. Le chiffre prévu
pour 1975 étant de 800 millions pour l'ensemble du subcontinent, la popul
ation pourrait s'élever à plus d'un milliard et demi en 1990...
Les statistiques publiées par les services indiens et exploitées par les
chercheurs indiens et pakistanais montrent que la révolution démogra
phique s'est accompagnée d'une distorsion croissante entre rythmes d'évolu
tion de la population et rythmes d'évolution de la production.
Aujourd'hui, la population du subcontinent est aux environs de l'indice
225. Malgré de notables efforts, la production n'a pas suivi ce rythme. La
surface cultivée a été accrue de 25 p. 100 en vingt ans, les récoltes aliment
aires de près de 50 p. 100 par accroissement des rendements et par réduction
des surfaces consacrées aux cultures commerciales. Il est peu probable que
la production agricole puisse, à long terme, continuer à augmenter à ce
rythme. Et pourtant, la production reste déjà en deçà de la demande. En
1950, l'Union indienne importait 2,5 millions de tonnes de grains, en 1961
3,5 millions, en 1965 7,5 millions En 1970, il a fallu plus de 10 millions de
tonnes. On estime que la demande de céréales destinées à l'alimentation
humaine doublera entre 1970 et 1986 (passant de 90 millions à 181 millions
de tonnes, en escomptant la possibilité, à cette condition, d'un léger accroi
ssement de la consommation par tête — de 145 à 172 kg par an). Il n'est pas ques
tion, dans ces évaluations, d'autres perspectives de production que celle
du grain. L'occupation de la totalité du sol disponible et conquis sur les
marges par la céréaliculture est exclusive de tout autre possibilité, et notam- DÉMOGRAPHIE DANS LE SUBCONTINENT INDIEN 29
ment du développement d'un élevage susceptible de fournir les protides
qui manquent gravement à l'alimentation, abstraction faite d'interdits
religieux en sensible recul.
TABLEAU I
Variation de la population
et des bases techniques de l'alimentation de 1901 à 19451
Base 100 = 1901-1905
Indice
de production ; Surface Production Population alimentaire cultivée alimentaire AJUSTÉ
A LA POPULATION
1901-1905 100 100 100 100
1906-1910 . . 103,1 105,8 94,6 97,5
1911-1915 105,1 109,8 105,6 100,5
1916-1920 105,6 108,8 107,2 101,5
108 1921-1925 108,9 101,8 94,3
1926-1930 113,6 111,8 97,3 85,7
: 85,2 1931-1935 120,5 114,8 100,3
1936-1940 129,2 115,3 97,9 75,8
118,4 1941-1945 137,9 100,9 73,5
1. P. K. Mukherjee, et S. Sivasubramonian, «Agricultural output and national income in
India », in J. P. Bhathacharjee, Studies in Indian agricultural economics, Indian Society of
agricultural economics, Bombay, 1958, cité par V. Nath, Population resources and economic develop
ment in India, Colloque sur la pression démographique, Pennsylvania State University, sept. 1967.
De même qu'il a été montré que le problème du surpeuplement était
un faux problème quand il était posé à l'échelle mondiale, on ne saurait
traiter globalement du surpeuplement indien, d'autant plus que la popul
ation est loin d'être uniformément répartie sur l'ensemble du territoire1.
II. RÉPARTITION ET MOBILITÉ
DE LA POPULATION
Le subcontinent indien est un vieux pays de civilisation agricole où
des éléments ethniques différents, qui ont gardé leurs langues ou leurs dia
lectes, leur folklore, leurs religions, se sont superposés, amalgamés, métiss
és, dans les mêmes occupations de travail du sol. Les invasions ont amené
de nouvelles couches de peuplement, apporté des structures sociales nouvelles,
mais se sont enlisées dans les rizières. Une fois fixée au sol, la popula
tion n'a plus bougé, acceptant dans la résignation et l'ignorance toutes les
épreuves que la nature et la disproportion entre les besoins et les ressources
1. Pour l'ensemble des questions démographiques concernant les pays du subcontinent
indien, se référer à J. Dupuis, L'Asie méridionale, Paris, P.U.F., coll. «Magellan », n° 24, notam
ment p. 31-74 et John I. Clarke, Population Geography and the developing countries, The Com
monwealth and International Library, Pergamon Oxford Geographies, 1971, notamment
p. 170-209. 30 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
lui imposaient sur place. Aujourd'hui encore, la population active agricole
représente 75 p. 100 de la population active totale de l'Union indienne,
74 p. 100 de celle du Pakistan, 92 p. 100 de celle du Népal ; elle ne s'abaisse
à 53 p. 100 qu'à Ceylan. 70 p. 100 des Indous vivent dans des villages de
moins de 2 000 habitants. La population rurale de l'Union indienne est
dispersée dans 565 000 villages. Un dixième seulement de cette population
est née hors du district où elle réside ; 3 à 4 p. 100 des habitants de l'Union
indienne se sont établis hors de l'État où ils sont nés.
Le peuplement est cependant loin d'être homogène ; un tiers de la popul
ation de l'Union indienne réside sur moins d'un sixième du territoire. Au
Pakistan, les contrastes sont encore plus accusés, puisque les 4/7 de la popul
ation vivent au Pakistan oriental sur 1/7 de la superficie nationale. D'une
manière générale, on peut considérer que la répartition de la population
reste déterminée aujourd'hui par celle des sols irrigables et irrigués. Les
plus fortes concentrations s'observent dans la vallée du Gange et dans celle
du Brahmapoutre (Uttar Pradesh : 300 hab. au km2, Bihar : 320, Bengale
occidental : 500, Pakistan oriental : 380), dans les plaines alluviales des
côtes de l'Inde péninsulaire, au pied des Ghâtes (Kerala : 550 hab. au km2,
Tamilnad — Madras : 300, côtes de l'Andhra Pradesh et de POrissa :
300 à 400). Elles concentrent sur une surface de moins de 900 000 km2 plus
de 350 millions d'habitants. Le reste du subcontinent, c'est-à-dire 3,5 mil
lions de kilomètres carrés, supporte un peu moins de la moitié de la populat
ion, avec une densité moyenne de l'ordre de 80 au kilomètre carré. En
fait, d'assez vastes régions sont vides parce qu'elles ne se prêtaient pas à
l'agriculture : les déserts de l'Inde occidentale, désert de Thar, déserts du
Beloutchistan, les marais du nord du Gujerat, les montagnes népalaises,
le haut Assam. L'Inde occidentale, essentiellement en territoire pakista
nais, a un peuplement en guirlandes humides au bord des régions arides,
qui rappelle celui de l'Iran ou de l'Afghanistan. La zone la plus peuplée
est celle du delta intérieur du Pendjab, qui a plus de 30 millions d'habitants
de part et d'autre de la frontière indo -pakistanaise. Le Dekkan est inéga
lement peuplé. Les plus fortes concentrations sont dans le sud : Tamilnad
ou État de Madras, Est du Mysore, Andhra Pradesh — Haïderabad où la
densité monte à plus de 150 habitants au kilomètre carré. En fait, le peu
plement est linéaire, le long de vallées, ou en amas dans des bassins où l'on
peut conserver et distribuer l'eau, formant autant de milieux de vie enclavés.
L'immobilité de la population est cependant aujourd'hui moins géné
rale que dans le passé. Une première cause de mobilité a été la séparation
de l'Inde et/ du Pakistan qui a mis en mouvement, entre 1947 et 1950, une
dizaine de millions d'individus, dont 2 millions environ se sont fixés dans
les villes. Le développement des transports, et notamment de la circulation
automobile, l'instruction, une diffusion plus généralisée de l'information
ont rompu partiellement l'enclavement des collectivités de village. L'affaibli
ssement des contraintes sociales a également contribué à faciliter les dépla
cements de personnes, et notamment des jeunes. L'appel à la colonisation DÉMOGRAPHIE DANS LE SUBCONTINENT INDIEN 31
de terres conquises à l'irrigation ou débarrassées de la malaria a pu ainsi
être mieux entendu. Au cours de la décennie 1951-1961, 66 millions
d'Indiens se sont déplacés, les 4/5 à l'intérieur de leur État, 1/5 d'État à
État, mais, pour une part, il s'agit de migrations liées aux mariages exo-
games et de déplacements saisonniers ou temporaires d'hommes jeunes
allant travailler pendant une saison ou deux sur une plantation ou sur un
chantier minier.
L'examen des densités de population par district montre que les régions
qui avaient les plus fortes concentrations ont relativement peu augmenté
d'un recensement à l'autre — en d'autres termes, qu'elles ont déversé une
partie de leurs excédents sur des régions moins surchargées d'hommes.
Les régions de forte densité se sont densifiées et ont rejoint les taux des
plus fortes concentrations, mais on observe aussi de fortes croissances de
population dans des régions jusque-là peu occupées, où des travaux d'amé
nagement hydraulique et agricole ont été réalisés. Il apparaît même que
l'appel de population a été débordé par la migration, et que l'on est souvent
passé en peu de temps de la sous -population à la saturation.
Sur le plan géographique et sur le plan sociologique, deux séries de
mouvements migratoires peuvent être distinguées respectivement1 :
1° sur le plan géographique, les migrations de campagne à campagne,
et de la campagne vers les villes, qui l'emportent de beaucoup sur les migra
tions de ville à ville et des villes vers la campagne ;
2° sur le plan sociologique, les migrations temporaires d'individus
isolés et les migrations « familiales », qui correspondent en même temps
à deux formes d'inégale durée et d'inégale stabilité de la migration.
Les migrations de village à village —abstraction faite de celles qui
sont liées aux mariages — sont provoquées aujourd'hui par l'ouverture
de nouvelles zones d'irrigation, permettant de densifier le peuplement de
terroirs antérieurement peu occupés. Elles comportent essentiellement des
déplacements à courte distance et représentent les 3/4 des migrations inté
rieures aux États. Dans la mesure où des dispositions d'accueil ont été prises,
attributions de terre, facilités de construction des habitations, elles sont
familiales et durables, et contribuent à étendre les zones de fort peuple
ment, tout en allégeant les points les plus surchargés. Au cours de la décen
nie 1951-1961, elles ont intéressé plus de 40 millions de personnes.
Les migrations de la campagne vers les villes mettent d'abord en mou
vement des paysans d'un État vers la ville ou les villes les plus proches
et vers la capitale de cet État : 8,5 millions de personnes se sont ainsi dépla
cées en dix ans (1951-1961). Elles comptent aussi des migrants à plus
grande distance, franchissant la frontière d'un État. Les migrations de la
campagne vers la ville l'emportent en nombre sur les de village
à village quand il s'agit de migrations d'un État à un autre (3 millions de
1. P. Sen Gupta, Some Characteristics of internal migration in India, New Delhi, Office
of the registrar general, India, Ministry of home affairs, 1967, 20 p. 32 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
1951 à 1961). Mais le point d'aboutissement n'est pas nécessairement le
premier point de fixation temporaire du migrant : dans la période étudiée
4,5 millions de personnes sont allées d'une ville à une autre à l'intérieur
d'un même État, et 2,3 millions en changeant d'État. Quant aux retours
enregistrés de la ville à la campagne, ils se sont élevés, au cours de ces dix
ans, à 3 millions. En fait, ces chiffres ne donnent qu'une image approchée
de la réalité, surtout en raison de l'importance des déplacements tempor
aires sans fixation et sans enregistrement de domicile. Il est certain que
le mouvement en direction des villes est sous-estimé, tant par insuffisance
des moyens d'enregistrement qu'en raison de l'importance des populations
flottantes urbaines et suburbaines, qu'il est toujours difficile d'affecter
statistiquement à une catégorie déterminée de résidants ou de migrants.
L'analyse sociologique des migrants apporte à cet égard des sujets
de réflexion et recommande la prudence. Une grande partie des déplace
ments, et surtout des déplacements vers les zones industrielles et vers
les villes, concerne une main-d'œuvre d'hommes jeunes très instable, à
laquelle les directions d'entreprises reprochent de multiples formes d'absen
téisme, qui campe dans les immenses et innombrables bidonvilles urbains
ou périurbains : 1,5 million à Calcutta, autant à Bombay, 700 000 à Delhi,
un demi-million à Ahmadabad. On y vient, on en repart, on est remplacé
par un autre habitant de son village, sans que le mouvement puisse être
réellement mesuré. On observe cependant, ce qui est indicatif, que, pajrmi
la population recensée, les hommes sont plus nombreux que les femmes.
Au Pakistan oriental, les villes ont trois hommes pour deux femmes ; à
Chittagong et à Khulna, la proportion monte à deux hommes pour une
femme. Cette migration d'hommes seuls est cependant souvent l'amorce
d'une migration familiale, dans la mesure où la ville a paru suffisamment
accueillante. Mais on remarque généralement que les migrations temporaires
d'hommes seuls sont des migrations à courte distance, tandis que les migra
tions définitives de familles sont indifféremment des migrations de voi
sinage et des migrations interstatales.
Conformément à ce que l'on peut imaginer, les lieux de départ sont
les régions les plus surchargées : par État, l'Uttar Pradesh, le Pendjab,
le Bihar, le Tamilnad, PAndhra Pradesh. Seul le Kerala, parmi les États
surpeuplés, ne perd que peu de population par émigration. Les États qui
reçoivent des immigrants sont ceux qui possèdent, outre des fronts pionniers
agricoles, des entreprises industrielles et des villes ayant de multiples fonc
tions, industrielle, commerciale, portuaire, administrative : le Bengale occi
dental, où Calcutta est un pôle d'attraction puissant, qui reçoit à la fois
des paysans de l'État et des immigrants de l'extérieur, surtout du Bihar,
de l'Uttar Pradesh, le Maharashtra où Bombay joue le même rôle par rap
port aux États voisins, mais puise aussi une partie importante de ses migrants
dans les énormes réserves de l'Uttar Pradesh, le Madhya Pradesh et la
région de Delhi.
L'infrastructure théorique de ces migrations compensatrices a été tracée

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