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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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La forêt prise en otage
La nécessité de contrôler les sociétés forestières transnationales : une étude européenne
PARForests Monitor
M A R
S2001
La forêt prise en otage
La nécessité de contrôler les sociétés forestières transnationales : une étude européenne
FORESTSMONITORLTD 69A Lensfield Road Cambridge CB2 1EN Royaume-Uni
UN NUMÉRO DUNE SÉRIE SUR LES SOCIÉTÉS MULTINATIONALES ET LEUR IMPACT SUR LES FORÊTS ET LES PEUPLES QUI Y VIVENT
PARForests Monitor
Contributions additionnelles de CED, CIEFE, CIAJE et Forest Peoples Programme Traduction par Sandrine Lapuyade avec la contribution d’Amis de la Terre-France FM remercie toutes les personnes qui ont apportéleur soutien et leurs conseils lors de l’élaboration de ce rapport. Les analyses et recommandations présentées dans le rapport restent cependant de la seule responsabilitéde l’éditeur. Couverture © Forests Monitor exceptéfonds (forêt) et photo du bas au dos © Greenpeace Design: Daniel Brown (dan.brown@ukf.net) Les informations du présent rapport proviennent de documents et darticles publiés, de sources officielles et de visites sur le terrain. Toutes les précautions ontétéprises afin de vérifier ces données. La situation des sociétés forestières et leur activitésont cependant sujettesàdes changements rapides, et tous commentaires et informations supplémentaires sont les bienvenus. Email: fmonitor@gn.apc.org www.forestsmonitor.org © FORESTSMONITORLTD
La publication de ce rapport a été rendue possible grâce à l’aide apportée par le Comité néerlandais de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), avec un soutien supplémentaire de Novib. La cartographie a été financée par la Fondation MacArthur.
M A R S2001
Également dans cette série : Les enjeux déterminants—la nécessité de contrôler les sociétés d’exploitation forestière transnationales : une étude du cas de la Malaisie AOUT1998 Disponible en anglais, français, espagnol et bahasa malaysia auprès de : Forests Monitor (fmonitor@gn.apc.org) World Rainforest Movement (rcarrere@chasque.apc.org) Secrétariat international, Casilla de Correo 1539, Montevideo, Uruguay
Miner les forêts—la nécessité de contrôler les sociétés minières transnationales : une étude de cas sur le Canada JANVIER2000 Disponible en anglais, français et espagnol auprès de : World Rainforest Movement (rcarrere@chasque.apc.org) Secrétariat international, Casilla de Correo 1539, Montevideo, Uruguay Forest Peoples Programme 1c Fosseway Business Centre, Stratford Road, Moreton-in-Marsh GL56 9NQ, Royaume-Uni
P RÉF A C E
Préface
C O N S T I T U E A P P O R T CE Ractimpde lite elt or oysuiuq art s eneiréetolu dièis vme social, environnemental, économique et politique des sociétés transnationales sur les forêts et les peuples des forêtsi. Les rapports présentent des études de cas de secteurs, pa régions particuliers et examinent les activités de sociétés-clés, les connections politiques et les modus operandi. Les rapports examinent également la capacité des principaux acteurs—les gouvernements nationaux du pays d’origine et du pays hôte, la société civile, les institutions intergouvernementales pertinentes et les sociétés transnationales elles-mêmes—à atténuer les effets négatifs des opérations menées par les sociétés transnationales. La sélection d’une étude de cas est fondée sur: § les demandes d’information de la part des communautés locales touchées; § l’importance actuelle particulière de la question ou du secteur; § la pertinence au niveau des débats et des politiques nationales et internationales sur les forêts et les peuples des forêts.
La question du contrôle des sociétés transnationales n’est pas nouvelle et revêt une importance fondamentale pour l’agenda international sur la manière de parvenir à un développement approprié dans les domaines social et de l’environnement. Le discours sur la régulation de l’industrie a été récemment miné en faveur de l’autorégulation par des mécanismes tels que des codes de conduite développés par l’industrie, qui sont de plus en plus souvent présentés comme les moyens de parvenir à un développement durable. Ce changement s’est clairement manifesté au début des années 1990, avec la fermeture effective du Centre des Nations unies sur les sociétés transnationales, un organe qui avait été créé pour contrôler les activités des sociétés transnationales, et au Sommet de la terre à Rio en 1992, lorsqu’un projet de chapitre sur les responsabilités des sociétés transnationales en matière d’environnement a été supprimé de l’ordre du jour, suite aux pressions exercées par la communauté des affaires et les gouvernements du nord. Alors que les Etats devraient représenter les meilleurs intérêts de leurs citoyens, ce sont trop souvent les voix relativement peu nombreuses et économiquement puissantes au sein d’un Etat, telles que les sociétés transnationales et leurs filiales, qui exercent la plus forte influence. Et alors que les sociétés transnationales peuvent largement contribuer à la santé économique, sociale et environnementale d’un Etat, cela n’est pas nécessairement le cas et, en réalité, le contraire se produit fréquemment. Par conséquent, il est nécessaire de soulever la question du contrôle des sociétés transnationales. Le défi consiste à trouver la façon de créer le meilleur cadre à l’intérieur duquel les sociétés transnationales puissent exercer leur activités corporatives dans une relation mutuellement bénéfique avec le pays d’origine, le pays hôte et la société civile. Nous formulons l’espoir que cette série de rapports contribuera largement au débat sur la manière de parvenir à un équilibre entre les intérêts économiques, l’Etat et la société civile, un équilibre qui soit davantage orienté vers l’utilisation et la gestion écologiquement viables et équitables des forêts. Tout en gardant cet objectif à l’esprit, ces rapports visent à: § Faire prendre conscience à l’industrie des effets qu’elle produit sur les forêts et les peuples des forêts. § Informer les législateurs et les décideurs des dangers potentiels du développement non durable, particulièrement dans les pays qui encouragent les investisseurs étrangers, ou qui subissent des pressions pour libéraliser leurs économies ou encourager les investisseurs qui n’adhèrent pas à des normes sociales et environnementales strictes. § Servir de guide-ressource pour les ONG locales qui s’occupent de questions sociales et d’environnement et qui travaillent sur des questions soulevées par les secteurs de l’industrie et les sociétés mentionnées dans cette série de rapports. § Inscrire la question des opérations menées par les sociétés transnationales et leurs conséquences sur les forêts à l’ordre du jour des processus intergouvernementaux qui s’occupent des forêts, en particulier le Forum des Nations unies sur les forêts.
Nous envisageons de publier des articles ponctuels, au fur et à mesure de l’évolution de la série, sur des thèmes qui naissent à partir de la recherche et des données présentées dans les études de cas.
i Les deux premiers rapports de cette série sont intitulés :Les enjeux déterminantsla nécessitéde contrôler les sociétés dexploitation forestière transnationales : uneétude du cas de la Malaisie, etMiner les forêtsla nécessitéde contrôler les sociétés minières transnationales : uneétude de cas sur le Canada, respectivement publiés par World Rainforest Movement et Forests Monitor en aoûProgramme, Philippine Indigenous Peoples Links ett 1998 et par Forest Peoples World Rainforest Movement en janvier 2000.
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Glossaire AFDAgence française de développement (ex-CFD) : agence de développement du gouvernement français ATIBTAssociation technique internationale des bois tropicaux BMZ(Bundesministerium für wirschaftliche Zusammenarbeit und Entwicklung) : agence de développement du gouvernement allemand CEDCentre pour l’environnement et le développement : ONG au Cameroun CEFDHACConférence sur les écosystèmes des forêts denses et humides de l’Afrique Centrale : une initiative africaine prise au niveau ministériel pour faciliter la coopération en vue de la conservation et de l’utilisation durable des forêts dans la région CFA(franc de la communauté financière africaine) : unité monétaire utilisée dans une zone incluant notamment le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la Guinée Équatoriale et le Gabon. Lié à la valeur du franc français (FF) à raison de 100 F CFA pour 1FF, soit 769,32 F CFA pour 1 dollar CIAJEComité inter-associations de jeunesse pour l’environnement : ONG au Gabon CIEFECentre international d’études forestières et environnementales : ONG au Cameroun CIFOR(Center for International Forestry Research) : Centre international de recherche forestière CITES(Convention on International Trade in Endangered Species) Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction DEGDeutsche Investitions-und Entwicklungsgesellschaft mbH / fait partie de la BMZ ; investit dans des projets de développement privés DFID(Department for International Development) : agence de développement du gouvernement britannique ECOFACProgramme régional de l’Union européenne pour la conservation et l’utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale FAO(Food and Agriculture Organization) : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture FMIFonds monétaire international FOB(Free on Board), terme définissant le prix d’une denrée d’exportation au stade où elle est chargée à bord FSC de gestion durable des(Forest Stewardship Council) Conseil forêts : organisation indépendante d’accréditation pour la certification forestière G7Groupe des pays les plus industrialisés du monde : Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni et Etats-Unis GTZ(Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit) coopération technique allemande : branche technique du BMZ OIBTOrganisation internationale des bois tropicaux ONGOrganisation non gouvernementale PFNLProduit forestier non-ligneux PIBProduit intérieur brut : total des produits de toutes les activités exercées dans un pays, que leur propriétaire réside sur place ou à l’étranger PNBbrut : total des produits des activités appartenantProduit national aux résidents d’un pays, où que ces activités soient exercées. Le PNB est égal au PIB plus le revenu net venant de l’étranger PPTEPays pauvres très endettés : initiative de la Banque mondiale et du FMI pour l’annulation de la dette Pygméese rapporte à différents groupes determe académique qui chasseurs-cueilleurs, vivant dans ou sur les lisières des forêts de l’Afrique Centrale. Ce terme est souvent considéré comme péjoratif, mais est utilisé de plus en plus par les activistes “pygmées” face à leurs problèmes communs. Ayant l’avantage d’être reconnu d’une manière générale, ce terme est utilisé dans le présent rapport à propos des populations de chasseurs-cueilleurs dans la région, qui souvent sont marginalisées et victimes de discriminations quand les forêts sont exploitées SGSSociété Générale de Surveillance : Société privée de contrôle basée en Suisse UDEACUnion douanière et économique de l’Afrique Centrale UEUnion européenne UFAUnité forestière d’aménagement, souvent appelée concession UICN(World Conservation Union) Union mondiale pour la conservation de la nature, ONG environnementale internationale WWF(World Wide Fund for Nature) Fonds mondial pour l’environnement: ONG environnementale internationale
L A F O RÊT P E R I S E O N T A G E
Sommaire
Préface 1 Glossaire 2 Résumé 3 Introduction 4 Partie I Vue d’ensemble de la région 5-12 La population et les forêts en Afrique Centrale 5-7 Le rôle de l’Union européenne vis-à-vis des forêts 8-12 tropicales d’Afrique Centrale Partie II Présentation des pays 13-52 Le Cameroun 13-22 La République Centrafricaine 23-26 Le Congo (Brazzaville) 27-31 La République Démocratique du Congo (ancien Zaïre) 32-41 La Guinée Equatoriale 42-44 Le Gabon 45-52 Cartes 34-39
Cameroun
République Centrafricaine Congo (Brazzaville) Gabon Partie III Profils de sociétés Alpi Basso Bolloré Bruynzeel Danzer DLH Nordisk Feldmeyer Interwood Pasquet Rougier SAFI Sonae Thanry Vasto Legno Wijma Wonnemann
34-35
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38-39 53-66
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66 Conclusions et recommandations 67-68 Annexe: liste des concessions se rapportant aux cartes 69-70
Références
Index
71-73
73
RÉS U MÉ
Résumé
CseEiu x rRpapoAéyseP dnPneAOd frRnaiqTu s e alÉCg TneseUortaitDnleI d :Ee l  rsesr elC eaôsoceur elsnreuoumojé lofa ,sle rrap tUiènionered s République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale et le Gabon. Lintérêt porté àcette question est motivépar trois constatations. Premièrement, lUnion européenne et ses Etats membres continuent de jouer un rôle important en Afrique Centrale, au plan politique comme au planéconomique, surtout en tant que créanciers multilatéraux ou bilatéraux, modelant ainsi directement et indirectement les politiques de développement et de protection de la forêt. Deuxièmement, les sociétés dexploitation forestière dont le siège social se trouve dans lUnion européenne continuent d’être des acteurs importants de la filière forestière dans la région, car elles contrôlent la plupart des concessions forestières et des scieries, et ont un rôle actif dans les forums internationaux traitant de la gestion forestière dans la région. Troisièmement, lUnion européenne continue d’être lune des premières destinations pour les exportations de produits du boisàpartir de la région. En conséquence de lexploitation industrielle du bois, souvent encouragée par les politiques dajustement structurel et de libéralisation imposées par les créanciers multilatéraux ou bilatéraux, la population de ces pays qui dépend de la forêt voit ses droits diminuer et ses besoins ignorés au plan local, national et international. Les droits coutumiers de gestion foncière des forêts ne sont pas légalement reconnus, et cette lacune est aggravée par lattribution de vastes superficies de forêt au titre de concessions pour lexploitation du bois. Le droit de la population localeà être impliquée dans les décisions concernant le type de développement qui lui convient le mieux nest pas reconnu. Par conséquent, les voies de développement alternatives qui pourraient générer davantage de bénéfices locaux ne sont pas explorées, et, la forêtétant dégradée par le déboisement, ces opportunités risquent d’être anéanties. Laccèsàlalimentation,à leau potable et aux produits forestiers non-ligneux (PFNL) est souvent rendu plus difficile du fait des opérations de coupe, entraînant une insécuritéalimentaire, une diminution des revenus généréune augmentation de la charge de travails localement, pour les femmes, et des problèmes sanitaires. Souvent, au niveau local, la production industrielle du bois avive ou crée des tensions, au sein et entre les différents groupes humains, et elle peut favoriser la corruption. La marginalisation des femmes et des Pygmées, lextrême dépendance vis-à-vis de l’économie monétaire, et, en ce qui concerne les populations pygmées, la perte didentitéculturelle, sont des effets qui perdurent longtemps après que les tronçonneuses se sont tues. Les six pays dont il est question dans ce rapport sont lourdement endettés auprès de créanciers bilatéraux ou multilatéraux. Plusieurs dentre eux consacrent chaque année davantage dargent au remboursement de leur dette qu’à des servicesélémentaires tels que la santéou lenseignement. Les politiques dajustement structurel et de libéralisation imposées par les créanciers encouragent lexploitation industrielle du bois, qui serait un moyen daccroître les revenus de lEtat ; mais ces revenussi tant est que lEtat les perçoivesont souvent alloués au remboursement de la dette. Dautres problèmes entrent en ligne de compte : la corruption est souvent très répandue ; les politiques de développement profitentàune petiteélite, tandis que la
majoritéde la population reste dans la pauvreté; la capacitéde lEtatàcontrôler etàfaire appliquer la législation est minime, dautant que les politiques dajustement structurel limitent le nombre de fonctionnaires et leur salaire. Même si lon regarde la forêt simplement comme une source de bois, les activités dexploitation forestière restent associéesà un certain nombre de problèmes graves. Labattage illégal des arbres et la contrebande de bois sévissent en Afrique Centrale. On estime quau Cameroun, par exemple, pas moins de la moitié du bois abattu le serait de manière illégale. Jusqu’àprésent les compagnies forestières ont généralement opérésans suivre aucun plan de gestion forestière et ont pratiquéune exploitation non durable. Leurs activités consistent le plus souventàexploiter une forêt pour en extraire les essences précieuses puisàmigrer vers de nouvelles zones forestières, plutôt que de gérer la forêt en vue dobtenir ultérieurement le fruit de cette gestion. Sagissant de ce que les sociétés dexploitation forestière apportentàla population locale, aux travailleurs etàleurs familles dans les zones forestières isolées, le tableau qui se dégage est complexe. Les sociétés européennes prétendent souvent quelles procurent des bénéfices sociaux etéconomiques dans les localités oùelles opèrent. Ces sociétés représentent souvent le monde extérieur pour les populations locales, et en de nombreuses occasions elles font office dEtat de substitution. Toutefois, le fait que la population locale dépende de la relative bienveillance de quelques sociétés transnationales pour des servicesélémentaires tels que la santéet lenseignement, ne favorise pas un développement durable etéquitable sur le long terme. Certaines populations locales et communautés autochtones obtiennent de la part des sociétés dexploitation forestière des emplois et divers biens sociaux tels que desécoles, des dispensaires, des routes ou des chapelles. Cependant, ce type dinfrastructures est généralement prévu pour répondre aux besoinsélémentaires des ouvriers mais nest pas prévu pour un développementàla fois durable sur le long terme et équitablement accessibleàtous. Dans de nombreux cas, linfrastructure promise ne se matérialise pas ou alors elle est de si mauvaise qualitéqupermet pas de fournir ces serviceselle ne élémentaires ; par exemple, les dispensaires peuvent manquer de médicaments ou de personnel suffisamment formé. La miseà disposition de ces infrastructures nest pas partout comparable, même lorsquune même sociétéopère en des endroits différents. Dans ce contexte, les prétendus bénéfices nets et durables du commerce international du bois, qui sont supposés revenir au pays exportateur et rejaillir sur les communautés locales, auraient besoin d’être réévalués. Si tant est que lexploitation industrielle de la forêt apporte une contribution nette réelle, celle-ci resteà déterminer, ou du moins son caractère positif resteàprouver. Ceux qui achètent du bois produit dans ces conditions peuvent, en fait, générer de la pauvretépar la suppression des ressources dont la population dépend pour sa subsistance.
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Les six pays dAfrique Centrale dont il sera question dans ce rapportle Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale et le Gabon
Grumiers au Cameroun
Introduction
L A F O RÊT P R I S E N E T A G E O
LEimoCSnn egPraoAeis Y,t es Ste  s fDffaorEêlt ues.LnMt Aas, i sR ,soÉetn nGidr IcéhpOes tiN de d ten ressour leAchesses, secutanller setteroeune,alirqisfr  ceCuse iab  ps pngéoéd  eec slutaoisnptlerodi, anamtyspaon sque fleugigantes tuaste evrtserap  el e parmi les plus pauvres du monde et leurs gouvernements demeurent lourdement endettés auprès dinstitutions multilatérales et auprès des anciennes puissances coloniales. Les six pays dCentrale dont il sera question dans ce rapportAfrique le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale et le Gabonpossèdent tous de vastesétendues de forêt dense humide qui ont de tous temps fourni les moyens dexistence, les matériaux de construction et les substances médicinales de millions de gens dépendant de la forêt. Les gouvernements de ces pays, souvent contraints par des créanciers multilatéraux ou bilatérauxàsuivre des politiques strictes dajustement structurel et de libéralisation, encouragent lexploitation industrielle du bois dans la plupart de leurs zones forestières, tandis quil nest pas donnéaux populations locales loccasion de prendre part de façon significative aux décisions sur la façon dont on pourrait utiliser au mieux les ressources de la forêt. Même si les gouvernements et les créanciers encouragent activement les investissements privés transnationaux dans la filière forestière, ils ont peu fait pour définir un cadre pour contrôler ces intérêts privés. Les lois sur la forêt et lenvironnement, qui réglementent un peu ces activités, manquent souvent de clartéet sont rarement appliquées. De làdes politiques forestières qui, dune part, entament les moyens de subsistance et accroissent linsécuritédes populations locales, et, dautre part, facilitent la domination de sociétés financièrement non responsables. Les sociétés transnationales ne devraient pas extraire leurs activités du contexte politiqueau sens largeau sein duquel elles opèrent. Les conflits politiquesàlintérieur dun pays ajoutentàla difficultédy exercer une activitéet posent en outre des problèmes d’éthique en ce qui concerne le soutien apportédirectement ou indirectementàdes factions ou des régimes répressifs. Les revenus de la filière bois peuvent aviver directement les conflits, comme cela aétéle cas au Libéria et au Cambodge. Si lexploitation des forêts avanceàlintérieur des zones dAfrique Centrale qui connaissent des conflits, les problèmes politiques, sociaux etéconomiques seront aggravés, surtout si les pratiques forestières aveugles et illégales continuent de prédominer. Par ailleurs, les pratiques de coupe contraires au développement durable génèrent une insécurité par la perte du droit daccès aux ressources forestières et la diminution des ressources alimentairesqui peut elle aussi,àplus long terme,êtreàlorigine de conflits. Forests Monitor estime quil devrait exister un cadre réglementant les activités des sociétés transnationales,àla fois dans les pays oùse déroulent leurs activités et dans les pays oùelles ont leur siège social, afin de favoriser la responsabilisation financière de ces entreprises et de mettre au cœur de leurs actions les besoins et les droits des populations pour lesquelles la forêt est vitale. En Afrique, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les manquements aux droits de lhomme, le poids de la dette et les dégradations de lenvironnement. Il faut soutenir ces mouvements, afin quils puissent jouer un rôle croissant dans la définition et la mise en place dobjectifs de développementéquitable, dans le respect des moyens dexistence et du savoir des populations qui sont dépendantes de la forêt. Ce rapport examine le contexte politique, social etéconomique des politiques de gestion forestière dans chacun de ces six pays dAfrique Centrale, et sintéresse plus particulièrement aux sociétés forestières transnationales qui ont leurs activités dans ces pays et leur siège social dans lUnion européenne. Lintérêt porté àcette question est motivépar trois constatations. Premièrement, lUnion européenne continue de jouer un rôimportant en Afrique Centrale, au plan politique comme aule planéconomique, modelant ainsi directement et indirectement les politiques de développement et de protection de la forêt. Deuxièmement, les sociétés dexploitation forestière dont le siège social se trouve dans lUnion européenne continuent d’être des acteurs importants de la filière forestière dans la région, car elles contrôlent la plupart des concessions forestières et des scieries et ont un rôle actif dans les forums internationaux oùest débattue la question de la gestion forestière dans la région. Troisièmement, lUnion européenne continue d’être la première destination pour les exportations de produits du boisàpartir de la région. Pour ces raisons, les Etats membres de lUnion européenne et les institutions multilatérales dont ils font partie peuvent et doivent jouer un rôle stratégique en mettant en place des principes durables auxquels les activités des sociétés ayant leur siège dans lUnion européenne se réfèreraient.
V U E D L E DE N S E M B L E R AÉG I O N
Partie I
Vue d’ensemble de la région
Les populations et les forêts en Afrique Centrale
E C O N G Oconstitue la plus grande surface de forêt tropicale dense Lhu mBidAeSaSpIrèNs lDAmUazonie. Renommée pour sa biodiversité, cette forêt abrite des populations de diverses cultures qui dépendent directement de la forêt pour leurs ressources alimentaires, les matériaux de construction et les produits médicinaux. Les produits forestiers non-ligneux (PFNL) et lagriculture de subsistance constituaient la base traditionnelle des moyens dexistence et des réseaux d’échanges entre les différents groupes humains vivant dans ces espaces forestiers. Les interactions sociales entre ces groupes ont engendrédes relations complexes sur le planéconomique et social ainsi quen termes de relations de pouvoir. Par exemple, les Pygmées chassent traditionnellement le gibier, collectent le miel et dautres PFNL, quilséchangent contre des produits agricoles avec leurs voisins cultivateurs, les Bantous. Les relations entre ces groupes sont rarementéquitables, et les Pygmées ont souventétévictimes de discriminations. Toutefois, tous les groupes humains qui vivent et dépendent de la forêt tropicale de lAfrique Centrale, quils soient chasseurs-cueilleurs, fermiers sédentaires ou pêcheurs, sont tous, sans aucune exception, exclus des prises de décisions concernant la gestion et lutilisation de la forêt dont ils dépendent pour leurs ressources alimentaires, et dans le cas des Pygmées, pour leur spiritualitéet leur identitéculturelle. Cette exclusion signifie que les besoins des populations locales ne sont pas pris en considération quand les gouvernements, souvent sous la contrainte des créanciers multilatéraux et bilatéraux, développent des stratégies dexploitation forestière. Les populations locales nont pas ou peu de droits fonciers sur la forêt dont ils dépendent. Les politiques de développement, souvent imposées par les créanciers multilatéraux et bilatéraux et mises enœfaibles et parfois corrompus, allouent de larges espacesuvre par des gouvernements forestiersàdes sociétés forestières pour lextraction du bois, ces sociétésétant elles-mêmes souvent corrompues. L’équilibre du pouvoir en ce qui concerne lutilisation de la forêt, son aménagement et les droits y afférents, tendàs’éloigner encore davantage des intérêts des populations locales, pour pencher du côtédes intérêts privés, représentés par quelques sociétés transnationales. Dans un tel
Les populations qui vivent et dépendent de la forêt tropicale de lAfrique Centrale sont exclues des prises de décisions concernant la gestion et lutilisation de la forêt.
Villageois dans le sud-est du Cameroun
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L A F O RÊ R I S ET P N E T A G E O
Poussant jusqu’à 60 m de hauteur et de 5 m de diamètre, le Moabi est un des plus grands arbres des forêts du Bassin du Congo.1Son bois est exploité au Cameroun et au Gabon où la production est en croissance rapide et, dans une moindre mesure, en Guinée Equatoriale et en République du Congo.2Le Moabi est très fragile en termes de régénération car il fleurit tard (pas avant d’avoir atteint 50 à 70 ans d’âge) et produit des fruits une fois tous les trois ans seulement.3L’exploitation forestière pratiquée sans discernement conduit donc facilement à sa disparition4et le Moabi a en fait déjà disparu dans certaines régions.5Le Moabi est un arbre particulièrement important pour les populations locales et les disputes avec les compagnies d’exploitation forestière sont fréquentes concernant cette essence, surtout au Cameroun. Pour les villageois Bantous et les pygmées Baka (surtout les femmes Bantoues et Baka), le Moabi revêt une importance économique, culturelle et médicinale particulière.6Les fruits du Moabi sont comestibles et de son écorce sont extraits des remèdes pour les douleurs du dos et le mal aux dents.7Avec les graines des fruits, les villageois produisent l’huile de Karité qui peut être ou consommée ou vendue. Sur les marchés camerounais, la demande en huile de Karité est plus élevée que l’offre et la vente de l’huile du Moabi est une source importante de revenus. Les estimations réalisées indiquent que les revenus de l’huile sur une période de 10 ans sont supérieurs aux revenus du bois pour un arbre de 100 cm de diamètre, taille minimum
contexte, les possibilités dencourager le développement local, apportant des bénéficesàlong terme aux communautés locales tout en sauvegardant l’équilibreécologique des forêts, sont rarement prises en compte. Dans le pire des cas, de telles opportunités disparaissent avec la dégradation des ressources forestières. Alors que les promoteurs de lindustrie forestière la présentent comme la meilleure option de développement pour les forêts de lAfrique Centrale, en mettant laccent sur les bénéfices directs apportés par les emplois et par la construction dinfrastructures telles qu’écoles, cliniques etéglises, des visites sur le terrain font apparaître une réalitéplus complexe et beaucoup moins positive de limpact de telles activités sur le développement local. Une des raisons invoquées pour justifier la poursuite de lexploitation forestière industrielle est sa contribution au recul de la pauvreté. Cet argument doitêtre misàl’épreuve. Un rapport dOxfam de 1991 a conclu que louverture des forêts dAfriqueàlexploitation« provoque une augmentation de la pauvretéplutôt que sa résorption». De même, un rapport de la Communautéeuropéenne datant de 1990 aétabli que« dans les pays tropicaux, le développement forestier et la déforestation vont de pair avec la redistribution des richesses des plus pauvres... vers uneélite nationale et vers les sociétésétrangères, et agrandissent encore plus la fracture entre les riches et les pauvres».1En février 2000, une rencontre organisée par le Département pour le développement international (DFID) du gouvernement britannique aétabli que la production industrielle de bois au Cameroun «tendàbénéficieràune petite minorité(souvent des investisseursétrangers). En outre, sa contribution au recul de la pauvretéest des moindres».2La rencontre a aboutiàune série de recommandations qui devraientêtre appliquées avant despérer la réalisation dun développement localéquitable ; ceci inclut une plus grande transparence dans lutilisation des revenus générés par les ressources forestières, l’égalitédans la distribution des revenus, la décentralisation des institutions et la créfavorables aux populations locales pour favoriser le recul deation de conditions la pauvreté.3 Le bois est une denrée de valeur, vendueàdes prixélevés sur les marchés internationaux. En 1999, la valeur du bois importépar lUE en provenance des pays dAfrique Centraleétait de 609 millions de dollars.4Pourtant, les pays producteurs peuventàpeine subvenir aux besoins de base de la majoritéde leur population. Des projets de développement social sont parfois prévus dans les
Les communautés locales elles-mêmes ne bénéficient pas ou peu, de largent issu du commerce international du boisDe plus, limplantation de chantiers forestiers de grande taille perturbe les pratiques locales et laccès aux ressources forestières.
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légale pour abattre un Moabi.8 dédommagée.Sa valeur non-15Les populations locales au ligneuse est non seulement reconnue par les Cameroun ont souvent demandé que leurs marchés locaux mais aussi par l’industrie droits soient reconnus mais en vain.16 cosmétique française qui a montré son intérêt En général, les pratiques d’exploitation des pour cette huile.9Moabi ne sont pas durables et cette essence Le Moabi a aussi une valeur sur les pourrait disparaître dans une grande partie de marchés internationaux du bois et la demande sa zone de répartition d’ici 10 à 20 ans.17Dans de l’Europe méridionale est particulièrement les forêts du Dja presque tous les arbres dont élevée.10 bois a une valeur commerciale sont abattus leCependant, en termes relatifs le Moabi ne semble pas représenter un élément sans que les compagnies ne prennent aucune important des revenus des companies et des mesure pour assurer la régénération de exportations du pays. Au Cameroun, le Moabi l’espèce.18La sur-exploitation est due à ce que représente 10 % de la production totale des les compagnies ne respectent pas la loi et au companies forestières et entre 3,4 et 5 % de la fait que la loi elle-même ne protège pas valeur totale des exportations de grumes de suffisamment le Moabi. Régulièrement, les l’ensemble des essences.11 ne satisfont pas à l’obligationL’exportateur compagnies principal de bois de Moabi est le Gabon, dont légale selon laquelle elles sont tenues de ne les exportations ont augmenté de façon pas abattre les arbres de moins de 100 cm de considérable au cours des trois dernières diamètre.19En juillet 1999, par exemple, des années passant de 26 052 m3en 1996 à de 65 cm et 85 cm ont été trouvées grumes 39 724 m3en 1998.12Le Cameroun a produit dans le port français de Nantes-St Nazaire.20 33 000 m3en 1997 et 35 000 m3en 1998.13En Toutefois, même si seuls les arbres de plus de Guinée Equatoriale la production est aussi en 100 cm de diamètre étaient abattus, la hausse et les estimations indiquent qu’elle a régénération du Moabi serait quand-même doublé, passant de 1 000 m3 sérieusementau début des menacée.21Les experts années 1990 à 2 000 m3en 1999.14avancent / soutiennent qu’il est nécessaire Conformément à la loi, le contrat des d’accroître le diamètre minimum auquel les compagnies forestières au Cameroun arbres sont abattus et de mettre en oeuvre comprend un certain nombre de conditions des mesures pour préserver « des arbres posées par les villageois avant que la mères » qui peuvent assurer la régénération compagnie ne commence ses activités. Un de l’espèce.22Le personnel de la Banque accord souvent conclu stipule que les Moabi mondiale va plus loin, en recommandant situés dans un rayon de 5 kilomètres du village l’interdiction totale de l’exploitation du Moabi ne peuvent pas être abattus sans l’accord du et en avançant que «des plans de gestion chef. Si ce dernier donne son accord, ladoivent être conçus en collaboration avec les population doit être dédommagée. Dans lapopulations locales pour interdire l’exploitation pratique, la plupart des tiges de Moabi situéesd’arbres similaires[au Moabi]».23 près des villages ont été abattues et laaussi les profils des compagnies Pasquet,(voir population locale n’a pas toujours étéRougier et Thanry)
La question du Moabi
Par Catarina Cardoso
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