Choisir les élites dans une société multiculturelle assiégée et isolée - article ; n°3 ; vol.48, pg 633-645

De
Revue internationale de droit comparé - Année 1996 - Volume 48 - Numéro 3 - Pages 633-645
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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M. Nili Cohen
M. Daniel Friedman
Choisir les élites dans une société multiculturelle assiégée et
isolée
In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 48 N°3, Juillet-septembre 1996. pp. 633-645.
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Cohen Nili, Friedman Daniel. Choisir les élites dans une société multiculturelle assiégée et isolée. In: Revue internationale de
droit comparé. Vol. 48 N°3, Juillet-septembre 1996. pp. 633-645.
doi : 10.3406/ridc.1996.5261
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ridc_0035-3337_1996_num_48_3_5261R.I.D.C. 3-1996
CHOISIR LES ÉLITES DANS UNE SOCIÉTÉ
MULTICULTURELLE ASSIÉGÉE ET ISOLÉE *
Nili COHEN1
Daniel FRIEDMANN 2
La question du choix des enseignants en droit du futur n'est qu'une
facette de la formation juridique et constitue le reflet des choix et des
tensions internes de la société dans laquelle la question se pose. Ainsi,
le choix des élites en Israël soulève des questions quant à la formation
juridique en général ainsi qu'aux problèmes spécifiques à la en Israël, société multiculturelle, isolée et assiégée.
Le droit en tant que discipline académique ou en tant que profession
L'étude du droit soulève un conflit initial issu du fait que le droit est
autant une discipline académique qu'une profession. Les études juridiques
apprennent à l'étudiant comment fonctionner dans une culture reçue en
Heracles' Bow 59 (1985)]. Mais la « fonction » héritage [cf. J. B. White,
et la « culture » peuvent être interprétées différemment. Trois conceptions
de base peuvent être présentées quant à l'étude et l'enseignement du droit.
La première envisage le droit comme un phénomène profondément
ancré dans une infrastructure socioculturelle et l'examine dans ses différen
tes applications. Elle implique donc l'étude de la philosophie, l'économie,
la politique, la morale afin que l'étudiant acquiert un savoir de qualité.
La seconde conception considère le droit comme une discipline acadé
mique indépendante et met l'accent sur son caractère unique. Elle se base
* Cet article fut publié pour la première fois dans Y American Journal of Comparative
Law. Nous remercions cette revue de nous avoir autorisé à en publier une version française
remaniée.
' Vice-recteur de l'Université de Tel-Aviv et professeur de droit à l'Université de Tel-
Aviv.
2 Doyen de la Faculté de droit, College of Management, et professeur à l'Université
de Tel-Aviv. 634 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE 3-1996
sur des principes juridiques, les enseigne en tant que concepts et cherche
les réponses à tout problème juridique sans utiliser des idées ou des
disciplines extérieures.
La troisième conception estime que le droit est une profession et
l'université une école professionnelle : les matières juridiques sont tournées
vers la pratique et les cours incluent de nombreuses disciplines telles que
la négociation, la rédaction, le plaidoyer, l'éthique professionnelle, etc.
La conception israélienne de V enseignement du droit
L'enseignement académique fut mis en place dans les années 20,
avant même l'établissement de l'État d'Israël. Néanmoins, la première
Faculté de droit ne vit le jour qu'en 1949, à l'Université hébraïque de
Jérusalem. Jusqu'alors, c'était le Département de la Justice de l'Administ
ration sous mandat britannique qui dispensait l'enseignement juridique.
Israël, qui s'appelait Palestine à l'époque, a en effet été sous mandat
britannique de 1917 à 1947 et de nombreux juristes partaient étudier à
l'étranger puis rentraient en Israël une fois leurs études accomplies.
Les pionniers de la Faculté de droit de Jérusalem étaient essentiell
ement des européens ayant fui les persécutions nazies et fascistes. Ils
importèrent la tradition continentale dans la nouvelle Faculté de droit de
Jérusalem qui, en cela, ne différait guère des autres facultés. En fait, tout
l'enseignement académique en Israël se basait sur le système continental
car il était établi par des professeurs d'origine européenne, allemands
essentiellement. Dès le départ, la tendance académique s'est montrée très
clairement. La conception n'était pas professionnelle. Quant aux deux
principales orientations académiques, il semble que le droit ait été envisagé
comme une discipline autonome et séparée et non de la manière dont il
était perçu dans les sciences humaines et sociales. Toutefois, le programme
universitaire accordait beaucoup plus d'importance à la théorie juridique
qu'à la pratique et aux aspects techniques. Par exemple, le cours du droit
des contrats enseignait le principe de liberté du contrat, son déclin et ses
conséquences sur les règles de droit positif sans jamais inclure de précisions
quant à la rédaction du contrat.
Dans les années 20, un incident intéressant, appelé « bataille des
langues » (« The Languages Battle ») se déroula à l'Institut Israélien de
Technologie. Les professeurs, allemands pour la plupart, insistaient pour
que les études se fassent en allemand. Les dirigeants de la communauté
juive s'y opposèrent et en fin de compte leur point de vue domina. Ce
fut la reconnaissance de l'hébreu, symbole de la résurrection nationale.
L'hébreu devint la langue du peuple juif, les institutions académiques ne
faisant pas exception. Le prix fut toutefois lourd en terme d'isolation.
Quant au programme des facultés de droit, nous avons déjà insisté sur
l'orientation juridique académique. Avec les années, les deux autres
concepts, pratique et socioculturel, ont gagné un peu plus d'importance.
Du point de vue le rôle de l'université fut interprété
comme devant élargir les horizons des futurs juristes. Ainsi, le pendule
oscille entre les trois conceptions tout en gardant à la base la conception
légale comme prévalant sur les deux autres. D. FRIEDMAN ET N. COHEN : CHOISIR LES ELITES 635
Le programme juridique, reflet de la tendance majoritaire
II y a bien évidemment des différences entre le programme des
différentes facultés en Israël. Néanmoins, la structure de base est assez
proche : durant trois ans et demi, l'étudiant israélien étudie les fondements
du droit et les différents sujets tout en mettant l'accent sur la découverte
des racines des règles juridiques. Les cours obligatoires incluent les sujets
traditionnels tels que le droit des obligations, le droit pénal, le droit
constitutionnel, le droit administratif, les procédures civile et pénale, le
système de preuve, la philosophie du droit, le droit commercial, le droit
international privé et le droit des biens. Le programme contient également
des matières locales telles que le droit hébreu (ou le droit juif) qui constitue
notre héritage juridique historique, encore applicable en matière de droit
de la personne, en particulier de mariage et de divorce. C'est pour cette
raison que les étudiants musulmans étudient quant à eux le droit islamique,
ce qui reflète le caractère multiculturel d'Israël. Le cursus offre en général
certains « ornements » à la tendance générale de l'enseignement : certains
cours non juridiques sont obligatoires tels que l'économie, la science
politique et la morale. Quant aux cours professionnels, certains sujets
« cliniques » et d'autres cours techniques existent, mais ils sont peu nom
breux et non obligatoires.
L'étudiant doit participer à un ou deux séminaires et écrire un ou
deux mémoires, qui mesurent sa capacité en terme de recherche. Afin de
devenir avocat, l'étudiant doit, à la fin de ses études, faire un stage d'une
durée d'un an, au terme duquel il peut se présenter aux examens du
barreau. Ces derniers consistent en deux examens, un écrit et un oral.
Le barreau offre un cours préparatoire non obligatoire pour ces examens.
C'est durant le stage que l'étudiant est censé apprendre l'aspect pratique
de la profession. La formation d'un avocat dure quatre ans et demi : trois
ans et demi à l'université et un an de stage. La séparation entre l'université
et la profession est très claire, les universités doivent développer essentie
llement les capacités intellectuelles alors que le stage développe les capacit
és professionnelles.
La conception de V enseignement du droit et du professeur de droit non
praticien et chercheur
La tendance académique de l'enseignement juridique en Israël nous
offre une réponse à la question de savoir qui doit être professeur de droit
en Israël. Il est clair que l'avocat en exercice est exclu. Un professeur
de droit est une personne ayant accompli ses études jusqu'au doctorat
inclus dans une faculté de droit et s 'étant consacré au monde universitaire.
Son but primaire sera la recherche, son but secondaire seulement sera
l'enseignement.
Le professeur de droit idéal peut être décrit ainsi : érudit, se livrant
à la lecture des écrits juridiques, mais également philosophiques, histori
ques et littéraires. Il doit avoir une formation morale et politique sur
laquelle il fonde ses concepts juridiques. Quoique nécessairement sujet
au doute, il doit être suffisamment déterminé pour exprimer ses idées
dans ses écrits. Il doit avoir certaines capacités pour enseigner et de 636 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE 3-1996
préférence une personnalité plaisante. Ces exigences se reflètent en partie
dans la composition du corps des enseignants et dans le système de
promotion. Nous clarifierons ces points ultérieurement.
Un professeur de droit ne doit ni travailler en tant qu'avocat, ni
travailler à plein temps en dehors de la faculté. Les cours obligatoires
doivent être enseignés par des membres à plein temps de la faculté. Les
cours non obligatoires peuvent également être enseignés par des juges et
des avocats. Cette politique est basée sur l'idée que seules les personnes
entièrement engagées dans la recherche académique peuvent développer
des réflexions profondes quant à la matière qu'elles enseignent. Les avocats
et mêmes les juges sont trop occupés par leur travail quotidien pour avoir
le temps, et plus important, la capacité d'envisager le sujet de façon
objective et détachée, chose essentielle pour le travail scientifique. La
réalité est en fait bien différente du monde idéal décrit ci-dessus.
La différence entre pratique et idéologie
En théorie, les universités sont privées en Israël mais elles sont en
fait en grande partie subventionnées par l'État. Le gouvernement a en
effet beaucoup d'influence en matière financière. Les frais de scolarité
ainsi que les salaires sont uniformes dans tout le pays, qu'il s'agisse
d'écoles professionnelles ou de toute autre université.
Il va sans dire que la concurrence pour le budget national est intense,
l'éducation en général et l'enseignement supérieur en particulier n'étant
pas la première priorité de l'État. Ainsi, les salaires des professeurs sont
relativement bas, bien qu'une grève en 1994 ait quelque peu amélioré
leur situation, comparés aux salaires des grandes entreprises, banques et
autres institutions financières.
Les étudiants qui excellent dans leurs études peuvent être admis dans
les meilleurs cabinets d' avocats où ils rencontrent le « véritable » monde
juridique : rapidité, résultats immédiats, relations suivies avec les collè
gues, les clients, les autorités, et des avantages matériels substantiels.
Même l'étudiant ayant suivi une orientation académique au début se trouve
maintenant face à un problème : la vie lui propose un dialogue
constant, mais surtout avec lui-même et, à un moindre degré, avec des
étudiants et des collègues. Les résultats se mesurent à long terme, un
effort sans fin est investi dans un livre ou une recherche dont la publication
se fait au bout de plusieurs mois, le processus de promotion est ardu. Si
le prestige est acquis, c'est après un long cheminement émaillé de frustra
tions et dont les bénéfices matériels sont maigres. Certains penseront peut-
être à mêler la vie universitaire à la vie professionnelle mais la politique
officielle de l'université interdit au professeur de pratiquer le droit en se
fondant sur le fait qu'un mélange équilibré entre ces deux modes de vie
est quasiment impossible. La profession d'avocat est plus exigeante mais
plus tentante et est, en général, préférée.
Toutefois, la politique officielle de l'université subit de fortes pres
sions et il est désormais très difficile d'appliquer la règle contre l'exercice
de la profession d'avocat. Presque tous les professeurs sont membres du
barreau et donnent des avis de temps à autre. Certains travaillent même D. FRIEDMAN ET N. COHEN : CHOISIR LES ELITES 637
en tant qu'avocats. Néanmoins, jusqu'à présent, aucun n'a été obligé de
quitter l'université à cause de la violation de cette règle. Malheureusement,
ce malaise existe également dans d'autres professions où le professeur
pourrait accroître son modique salaire en travaillant par ailleurs. En fait,
la différence entre la règle et la réalité est en elle-même destructrice et
nuit à l'université : d'une part, les professeurs perdent tout intérêt à la
vie universitaire pour exercer leur profession ; d'autre part, les universités
n'offrent pas de réponse appropriée, la solution américaine des salaires
différenciés des professeurs de droit ne s 'appliquant pas et il y a fort peu
de chances qu'elle s'applique dans les années à venir. Nous verrons
que de nouvelles institutions d'enseignement supérieur sont régulièrement
établies. Le marché de l'emploi s'en trouve accru, presque tout le monde
pouvant enseigner le droit. Les meilleurs étudiants doivent choisir entre
intégrer l'un des meilleurs cabinets d'avocats ou entamer une carrière
académique. Il n'est donc pas surprenant que les universités israéliennes
rencontrent de temps en temps de grandes difficultés pour attirer la jeune
génération. Dans certains cas, il n'y a guère lieu de sélectionner tant le
choix est restreint.
De plus, comme le doctorat est une obligation ex ante, le long chemin
à parcourir est en lui même une sélection. De nombreux candidats au
LL.M. (DEA) et certains candidats pour le Ph.D. (Doctorat) ne finissent
jamais leurs études. La tension, le temps, les pressions économiques
incitent les étudiants à devenir avocats et à ne faire que cela. Les diplômes
supérieurs ne jouent pas un rôle important pour exercer ce métier. Certains
juristes fonctionnaires font un LL.M. afin d'améliorer pour exercer ce
métier. Certains juristes fonctionnaires dont un LL.M. afin d'améliorer
leur salaire ou leur, rang ; leur motif n'est pas de nature académique et
le LL.M. est suffisant.
Même ceux qui sont moins déterminés se trouvent confrontés à un
vrai dilemme : d'une part, les salaires modiques offerts par l'université
contre, d'autre part, un travail intellectuel et individuel pour le bien de
la communauté en général pour lequel il n'existe guère de pressions
personnelles ni de temps, et auquel s'ajoute, en sus, des rencontres interna
tionales. Le résultat est qu'une partie des étudiants les plus doués préfèrent
travailler en tant qu'avocats. Cette préférence est souvent observée non
seulement chez ceux qui ont fait le premier pas et fini leur doctorat mais
également devant qui les barrières de l'université se sont ouvert
es et ont entamé une carrière universitaire pour ensuite choisir la profes
sion d'avocat.
Le système de promotion en Israël : le problème de l'isolation
Ainsi que nous l'avons mentionné, le système universitaire en Israël
est emprunté du modèle continental, ce qui assimile le système de promot
ion à une course d'obstacles. Le jeune candidat ayant fini son doctorat
est en général tenu de publier un ou deux articles. S'ils sont satisfaisants,
il est admis à la faculté en tant que maître de conférence (lecturer). Il
est ensuite promu senior lecturer (privat docent), ce rang étant le plus
important puisque accompagné d'une titularisation. Le grade suivant est 638 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE 3-1996
celui de professeur associé et, si l'on « survit » jusque-là, on devient
professeur. Entre chaque grade, le candidat doit publier plusieurs articles
et il ne sera pas promu professeur à moins d'avoir publié un ouvrage.
Le facteur principal de promotion est la recherche, la capacité d'enseigner
étant moins importante. En général, un travail descriptif ne suffira pas
du point de vue de la recherche, il devra également contribuer au savoir
juridique en développant des aspects nouveaux et originaux.
La plupart des recherches juridiques sont rédigées en hébreu et se
réfèrent au système israélien, ce qui constitue le résultat naturel de l'ex
igence de publier un grand nombre d'articles, étant donné qu'il est toujours
plus aisé d'écrire à propos d'un système que l'on connaît et d'être publié
dans les revues locales. On pourrait également dire que cela contribue à
la promotion du système juridique israélien. En fait tous les chercheurs
de par le monde se concentrent sur leur propre système juridique mais
dans une petite communauté isolée comme Israël cela peut entraîner des
problèmes spécifiques. La recherche scientifique nécessite en effet les
échos d'une large afin d'être justement évaluée. Les publica
tions internes en hébreu peuvent nourrir la communauté locale mais sont
inaccessibles à la communauté juridique internationale. Les publications
étrangères par des Israéliens sont peut-être à court terme sans intérêt en
Israël, néanmoins une évaluation juste indique qu'elles enrichissent la
communauté juridique internationale et sauvent les grands juristes israé
liens de leur isolement. Le résultat est que ces derniers doivent non
seulement maîtriser les complexités de notre système, ils doivent également
connaître d'autres systèmes avec lesquels ils ne sont pas nécessairement
suffisamment familiers. Du point de vue des publications, ils sont en
concurrence avec des chercheurs ayant un accès facile tant au matériel
qu'aux éditeurs.
Le processus de sélection, l'étape d' apprentissage
Première étape — premier diplôme
La plupart des candidats ont accompli leurs études dans nos facultés
de droit. Ils retournent en général enseigner dans les facultés où ils ont
eux-mêmes étudié. La procédure de sélection commence donc dès le
premier jour où un étudiant pénètre dans la faculté de droit. Le principal
outil de sélection, pas nécessairement efficace, est celui des notes. Les
examens, en particulier, ne testent pas la capacité de recherche d'une
personne et n'indiquent que rarement l'originalité de sa pensée. Les autres
outils pour évaluer un étudiant peuvent être fournis par notre méthode
d'enseignement. Il y a trois types de cours : les cours de base, les séminaires
et les travaux dirigés. Les cours de base sont donnés à une grande classe
de plus de cent étudiants et consistent essentiellement en une conférence
donnée par le professeur. Malgré certains essais par des professeurs ayant
fait leur doctorat aux États-Unis, la méthode socratique n'a emporté que
fort peu de succès en Israël. Nous constatons, une fois de plus, la prédomi
nance du système européen sur le système américain. Le dialogue étudiants
— professeurs n'est en général pas très développé, cela dépend néanmoins
du professeur. Certains donnent uniquement une conférence, certains main- FRIEDMAN ET N. COHEN : CHOISIR LES ELITES 639 D.
tiennent un dialogue constant, la majorité mêle conférence et dialogue
avec les étudiants. Cela donne une première impression à la classe. La
plupart des cours de base sont complétés par des travaux dirigés. L'ensei
gnant est alors un jeune juriste prometteur en maîtrise ou en doctorat,
mais certains sont en stage ou exercent simplement la profession d'avocat.
Les travaux dirigés mettent en évidence la discussion, l'enseignant pouvant
ainsi se faire une impression sur ses étudiants. La tâche de corriger et
de noter les examens revient aux jeunes assistants. Le nombre d'étudiants
dans les cours optionnels varie, pouvant aller de celui d'un cours de base
à celui des travaux dirigés ou séminaires. Les séminaires sont la meilleure
façon d'apprécier un étudiant qui devra choisir un sujet ayant un rapport
direct avec le séminaire, le présenter oralement et écrire un mémoire. Le
mémoire est un travail de recherche d'un niveau modéré. Il doit analyser
le droit de préférence d'un point de vue de droit comparé. La présentation
orale montre, dans une certaine mesure, la capacité d'enseignement et le
mémoire la capacité de recherche. Les séminaires sont en général dispensés
par des professeurs de droit mais également par certains juges ou avocats
réputés.
Vers la fin de la deuxième année, la procédure de recrutement est
entamée d'une manière non officielle. Le doyen et d'autres membres de
la faculté discutent avec les candidats et tentent de les diriger vers des
études approfondies. Nous trouvons que ce stade est le plus intéressant.
L'étudiant peut déjà sentir s'il a ou non un penchant pour le monde
universitaire. Son principal intérêt est de continuer à étudier et il n'a pas
encore exercé ni été conquis par la profession d'avocat. A ce stade,
l'encouragement par les professeurs de droit est encore très important.
Seconde étape — second diplôme
Entre la fin des études et les examens du barreau, l'orientation devient
plus claire. Ceux qui veulent faire une carrière académique doivent entre
prendre des études supérieures. Deux voies sont proposées : les universités
israéliennes et les universités étrangères. Ceux qui choisissent la voie
israélienne commencent par faire un LL.M. (DEA) dont la durée varie
entre deux et quatre ans. Ils peuvent le faire durant leur stage. Le LL.M.
a souffert en Israël d'un manque de direction. Il n'offre que rarement
des cours uniques pour les études avancées. Ainsi, l'étudiant doit choisir
parmi les cours offerts au niveau du LL.B. (DEUG, Licence et Maîtrise).
Il participe à ces cours avec les étudiants des années inférieures. Certains
changements ont été introduits à l'Université de Tel-Aviv dans l'intention
de créer un programme autonome. Toute évaluation de ces changements
serait pour le moment prématurée. Durant le LL.M., l'accent est mis sur
la recherche. L'étudiant doit participer à un certain nombre de cours et
de séminaires et rédiger des mémoires et une thèse. La thèse sera jugée
par deux professeurs ; elle doit être complète et approfondie, originale et
révéler un esprit analytique. Une fois de plus, la réalité ne se conforme
pas toujours à nos idéaux.
Troisième étape — troisième diplôme
De bons résultats au niveau du LL.M. sont essentiels afin d'entrepren
dre un doctorat. C'est-à-dire que le niveau du programme du LL.M. devrait 640 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE 3-1996
être supérieur à celui du LL.B. Toutefois, c'est un fait reconnu que les
notes au niveau du LL.M. ont tendance à être nettement supérieures à
celles du LL.B. et ce non seulement grâce au niveau élevé des étudiants
mais également grâce au fait que les cours sont facultatifs. Il en résulte
que le LL.M. ne constitue pas un critère fiable de sélection des
admis en doctorat. En effet, les règles d'admission à l'Université de Tel-
Aviv ont récemment été modifiées afin d'inclure une combinaison des
notes du LL.B. et du LL.M. Cela touche à un des principaux problèmes
relatifs à la sélection des étudiants en niveau avancé. D'une part, on
voudrait admettre uniquement des élèves compétents, les conditions d'en
trée devraient donc être très strictes et le niveau très élevé ; d'autre part,
on veut accélérer le cursus des étudiants véritablement remarquables. Les
meilleurs devraient donc presque sauter le stade du LL.M. et entamer
directement un doctorat. En Israël, nous avons un raccourci vers le doctorat,
néanmoins, en réalité, les exigences sont assez similaires. Il n'est donc
guère surprenant que cette voie ait été largement ignorée, au moins à
Tel-Aviv. Il n'y a pas de véritable différence entre les moyens et les
bons étudiants, du moins du point de vue du facteur temps. Durant le
doctorat, l'étudiant doit apprendre une langue étrangère autre que l'anglais
(supposé connu), ainsi que trois ou quatre autres cours touchant à sa
thèse. Le principal travail de l'étudiant demeure bien évidemment la
recherche pour le doctorat, sous la direction d'un directeur d'études.
La tâche pour le candidat au doctorat est très exigeante, il doit
apporter une contribution importante à la réflexion juridique. La thèse
doit être confirmée par trois professeurs au moins, directeur d'études
inclus. Un des professeurs doit être issu d'une autre université. Le doctorat
est non seulement une expérience intellectuelle mais également un exercice
de volonté. Le rassemblement de la documentation, provenant souvent
de l'étranger, prend des semaines et des mois. L'assimilation de celle-ci
et la cristallisation des idées requiert un grand effort. C'est l'examen
d'une maturité personnelle et juridique qui prend généralement trois ou
quatre ans.
Ainsi, le jeune docteur en droit a, en moyenne, plus de trente ans
au terme de ses études, après avoir accompli son service militaire. Le
jeune juriste optant pour la voie israélienne choisit donc une voie qui
dure plus longtemps (dix à douze ans) que celui qui part étudier à l'étranger
(huit ou neuf ans). L'autre avantage important offert par le doctorat
étranger est qu'il permet de sortir de la solitude et de l'isolation qui
caractérise l'environnement israélien. L'isolation est non seulement per
sonnelle mais aussi culturelle. Les tensions politiques ont en effet empêché,
dans une large mesure, tout échange d'idées entre Israël, dominé par la
culture occidentale, et ses voisins, de culture islamique. Étudier à l'étran
ger, que ce soit en Europe ou aux État-Unis, met un terme à l'isolation
et ouvre des horizons plus larges. Cela offre une bonne connaissance
d'un système étranger et un meilleur accès à la communauté juridique
internationale. Cela permet également d'accéder facilement à des sujets
de recherche qui peuvent intéresser la communauté juridique internationale.
Un doctorat à l'étranger est préférable d'un certain nombre de points de
vue mais il est toutefois également fort coûteux. Les universités étrangères D. FRIEDMAN ET N. COHEN : CHOISIR LES ELITES 641
offrent peu d'aides financières. En ce moment, une sélection à moitié
officielle commence : toute personne admise peut étudier à l'étranger,
toutefois, les universités israéliennes n'offrent une aide économique qu'à
ceux qui semblent adaptés à la vie universitaire. La pratique actuelle veut
que le candidat ayant reçu une bourse de l'université est obligé de revenir
dans sa faculté. La faculté de droit propose une option, elle n'est pas
obligée d'offrir un poste au candidat. Néanmoins, si elle le fait, il est
obligé de l'accepter.
La procédure de sélection : l'admission à l'université
Les paragraphes précédents ont décrit les différents stades des études
de droit jusqu'au doctorat. La sélection se fait alors parmi ceux qui ont
obtenu leur doctorat. Néanmoins, même parmi eux, seul un petit nombre
persiste dans la voie choisie dès le départ. Ils veulent entrer dans la
pratique tout en étant équipés des meilleurs outils intellectuels. Ce sont
parfois les étudiants les plus brillants et leur choix constitue une grande
perte pour l'université.
Ceux qui ne détournent pas de la voie académique sont en général
accueillis à condition que l'université ait besoin de professeurs et qu'un
consensus existe parmi les membres de la faculté quant à leur admission.
Les candidats ne doivent pas se présenter, ils ne sont pas auditionnés
par un comité officiel de la faculté et il n'y a pas de vote de tous les
membres de la faculté.
Le personnage clef de ce processus est le doyen ; il a déjà établi
des rapports informels avec le candidat et il commence la procédure
formelle. Il est aidé par un comité permanent de cinq ou sept professeurs,
le comité de nomination, qu'il préside.
Le comité connaît souvent le candidat par ses publications précédent
es. En cas de doute, il consulte des experts extérieurs, en général les
directeurs d'études du candidat, et décide selon leurs recommandations.
Si la réputation du candidat est impeccable, il rejoint la faculté et la
procédure formelle d'intégration comme maître de conférences commence.
Cette procédure prend plusieurs mois.
Quelques mots sur la procédure formelle de nomination et de promot
ion. Ce mode de nomination est commun à toutes les facultés. Si chaque
faculté a son propre comité de nomination, ces derniers ne sont pas
autonomes. Il existe une séparation des pouvoirs entre le comité de la
faculté et le comité de l'université.
Le comité de la faculté entame la procédure et rassemble tous les
documents nécessaires ; il nomme un comité professionnel ad hoc compre
nant trois professeurs de droit se spécialisant dans le domaine du candidat.
Le comité s'informe auprès de nombreux directeurs d'études (entre quatre
et sept selon leur rang) en Israël ou à l'étranger, pour finalement présenter
un rapport devant le comité de la faculté. Si le rapport est accepté, le
candidat est présenté au comité de nomination universitaire. Le dernier
stade de nomination et l'octroi d'un grade sont accomplis par le comité
de nomination de l'université, présidé par le doyen de l'université. Ce
comité supervise la procédure suivie par la faculté et peut également

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