Le développement de la situation du droit comparé en Finlande - article ; n°4 ; vol.51, pg 1235-883

De
Revue internationale de droit comparé - Année 1999 - Volume 51 - Numéro 4 - Pages 1235-883
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
Lecture(s) : 19
Nombre de pages : 10
Voir plus Voir moins

M. Tore Modeen
Le développement de la situation du droit comparé en Finlande
In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 51 N°4, Octobre-décembre 1999. pp. 875-883.
Citer ce document / Cite this document :
Modeen Tore. Le développement de la situation du droit comparé en Finlande. In: Revue internationale de droit comparé. Vol.
51 N°4, Octobre-décembre 1999. pp. 875-883.
doi : 10.3406/ridc.1999.18186
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ridc_0035-3337_1999_num_51_4_18186R.I.D.C. 4-1999
LE DEVELOPPEMENT DE LA SITUATION
DU DROIT COMPARÉ EN FINLANDE
Tore MODEEN *
LA SITUATION GÉNÉRALE DES SCIENCES JURIDIQUES AVANT GUERRE
Avant la deuxième guerre mondiale, la Finlande avait une population
de trois millions d'habitants seulement. Dans un petit pays, il est évident
que les ressources matérielles, intellectuelles et humanitaires sont limitées.
Ce manque de ressources se reflète aussi dans le domaine juridique.
Entre 1809 et 1917 la Finlande, comme grand-duché autonome était
assujettie au pouvoir de l'empereur de toutes les Russies. Jusque dans
les années 1860, le développement législatif resta impossible dans le
grand-duché, parce que la diète n'était pas convoquée par le souverain.
Lorsque le travail législatif reprit, un grand effort dut être fait pour modernis
er la loi.
Il ne suffisait de promulguer des textes de loi. Les juristes devaient
aussi les commenter et les systématiser, autrement dit créer une science
juridique finlandaise autonome.
Les juristes et la science juridique jouissaient de beaucoup de prestige
en Finlande à l'époque. Bien des tâches devaient être accomplies par des
juristes : le gouvernement, l'administration publique, les juridictions, la
fonction d'avocat et de conseiller juridique des entreprises privées, mais
aussi les sciences juridiques.
Le doctorat de droit finlandais demandait un effort considérable.
Comme il était facile pour un diplômé de la faculté de trouver un emploi
sans aller jusqu'au doctorat, la science juridique ne fut pas assez dévelop
pée à l'époque.
* Professeur à l'Université d'Helsinki. 876 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE 4-1999
Ce sont surtout ceux qui envisagent une carrière universitaire qui se
trouvent motivés pour préparer une thèse de doctorat. Comme il y avait
peu de postes universitaires, les docteurs en droit furent peu nombreux l.
Le doctorat exige de longues années de travail. La thèse doit obligato
irement être imprimée. A cette époque, l'État ne donnait pas de bourses
aux chercheurs et le système de bourses privées était encore peu développé.
Un jeune homme sans fortune personnelle ou sans parents aisés,
prêts à l'aider matériellement, hésitait avant de se lancer dans la carrière
scientifique. Rares étaient les jeunes gens qui pouvaient ainsi se permettre
de passer des années à faire de la recherche sans travail rémunéré et de
financer l'impression d'une thèse. Certains, cependant, préparaient leur
thèse pendant leur temps libre, tout en travaillant et en gagnant leur vie.
La conséquence était que les thèses, quoiqu'en général d'assez bon
niveau, restaient peu nombreuses 2.
Il faut aussi noter le fait qu'à cette époque les professeurs étaient
très recherchés dans la société finlandaise pour des tâches autres que
proprement éducatives et scientifiques. Plusieurs d'entre eux quittaient
temporairement leurs postes pour de longues périodes pour se consacrer
à la politique ou à d'autres fonctions 3.
LA CULTURE DU DROIT ETRANGER
A l'époque les différentes branches de droit n'étaient pas encore
suffisamment bien étudiées du point de vue du finlandais pour fournir
la base nécessaire à des recherches approfondies. La conséquence de cette
situation fut que les chercheurs qui se consacraient à la science juridique
avant la guerre étaient presque obligés de se familiariser avec la science
juridique d'autres pays, lorsqu'ils préparaient leurs thèses de doctorat.
Avant d'être apte à développer ses propres thèses, le chercheur début
ant cherche une documentation pouvant lui servir pour son travail. Une
fois la documentation trouvée, il peut développer ses propres idées sur
la toile de fond des opinions d'autres juristes, en examinant les théories
que les chercheurs précédents ont élaborées pour systématiser et analyser
les règles juridiques en question.
1 A la fin des années 1930, la faculté de droit n'avait que 8 chaires ordinaires et
6 postes de professeurs adjoints. Il y avait en plus deux chaires de droit, dont une seule
était occupée, dans la nouvelle faculté des sciences politiques à l'Université suédophone
d'Âbo.
2 17 thèses de doctorat furent soumises à la Faculté de droit dans les années 1920, 23
dans les années 1930.
3 Lorsqu'on visite la faculté de droit de Helsinki-Helsingfors et qu'on regarde sa
collection de portraits des anciens professeurs, on y découvre un président de la République,
trois premiers ministres et d'autres membres des gouvernements des années 1920, 1930 et
1940. Un titulaire de la chaire du droit administratif fut le dernier professeur à être membre
d'un cabinet ministériel (ministre des affaires étrangères, 1962-63). Un professeur de droit
pénal fut longtemps député du parti de la droite nationaliste et un de l'histoire
du droit député du parti suédophone. Trois professeurs furent nommés ambassadeurs. T. MODEEN : FINLANDE 877
Comme documentation, le chercheur a besoin de textes législatifs,
des travaux préparatoires des lois et de la jurisprudence, mais obligatoir
ement aussi de la théorie. Cependant, si la théorie autochtone est très pauvre
ou a perdu son actualité, s'il n'existe pas d'analyses ou de commentaires
approfondis valables, publiés dans le pays, le travail risque de ne pas
aboutir à un résultat intéressant, s'il est basé uniquement sur des sources
autochtones.
A cause du manque de matériaux autochtones, il était normal avant
la guerre qu'un chercheur finlandais qui préparait sa thèse de doctorat
dans le domaine juridique passe de longues années à l'étranger, surtout
en Allemagne. Avant d'y aller, il avait déjà son diplôme finlandais. A
l'étranger, il se familiarisait avec le droit du pays, nouait des contacts
avec un ou plusieurs professeurs spécialistes dans la matière et se procurait
des informations nécessaires sur la situation scientifique de son domaine.
Avec une connaissance suffisante de la littérature juridique internationale
(surtout allemande), il pouvait ensuite développer ses thèses, en gardant
certes toujours le droit finlandais comme point de départ, mais en observant
aussi les sources étrangères et même, quelquefois, en participant lui-même
à la discussion scientifique internationale.
A la différence de bien des chercheurs étrangers venant à Berlin, à
Leipzig ou à Paris d'autres pays moins développés dans le domaine de
la science juridique, et qui soutenaient souvent leurs thèses dans ces
facultés, les Finlandais soutenaient toujours leur thèse en Finlande, rédigée
(à de rares exceptions près) dans une des deux langues officielles du pays
— le suédois ou le finnois — mais souvent avec un résumé dans une
langue étrangère, le plus souvent en allemand.
Ainsi, une thèse de droit, soutenue à la Faculté de Helsingfors avant
la deuxième guerre mondiale, contient-elle toujours beaucoup de matériaux
étrangers. Quoique le thème soit tiré du droit finlandais et que l'ouvrage
soit basé surtout sur une analyse approfondie de la situation finlandaise,
l'ouvrage contient aussi des parties où dominent les références étrangères.
Cela est vrai surtout pour les chapitres théoriques.
La culture allemande se distinguait à cette époque par une prédilection
nette pour une approche assez théorique des problèmes juridiques. On ne
se contentait pas de l'interprétation et de la systématisation du droit, on
aimait à développer des théories, même assez abstraites, pour pouvoir
mieux expliquer les systèmes. Dans la littérature juridique finlandaise, on
retrouve souvent ces mêmes théories et systématisations que les auteurs
finlandais ont essayé d'appliquer aux phénomènes juridiques finlandais.
Pourquoi le droit allemand ? Le droit Scandinave, et surtout celui de
la Suède, est certes plus proche de la Finlande, qui réussit pendant la
période russe à conserver son droit intact des influences venant de l'Est.
Il est évident qu'on trouve dans les thèses de doctorat finlandaises
aussi des références au droit suédois et quelquefois aussi aux droits danois
et norvégien. L'explication du fait que les chercheurs finlandais s'orien
taient plutôt vers l'Allemagne que vers la Scandinavie, est que la situation
dans les pays Scandinaves à cette époque était un peu comparable à celle
de la Finlande. Les Scandinaves aussi étaient obligés de chercher des 878 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-1999
matériaux pour leurs thèses à l'étranger, puisque les sciences juridiques
à l'époque étaient moins développées chez eux encore que, tout de même,
plus riches qu'en Finlande.
Les chercheurs finlandais de l'époque prenaient donc la peine d'es
sayer de pénétrer dans des systèmes juridiques étrangers. Cependant il
ne faudrait pas interpréter cela comme un intérêt de leur part de faire
des études de droit comparé dans le sens moderne du mot. Ils utilisaient
leurs connaissances d'autres systèmes juridiques pour en faire profiter le
développement des sciences juridiques de leur propre pays. Il n'en reste
pas moins que leurs travaux, dans une certaine mesure, avait pour effet
de promouvoir l'idée comparative. En étudiant les sources juridiques étran
gères, le chercheur finlandais se familiarisait avec une culture juridique
autre que la sienne. Une fois sa thèse achevée, il possédait une culture
plus étendue que s'il était resté fermé aux influences étrangères, tourné
uniquement vers son propre pays et son système juridique.
Un séjour prolongé dans une université étrangère ne peut pas manquer
de laisser des traces profondes dans la personnalité dû visiteur, qui restera
toute sa vie imprégné non seulement par la culture juridique du pays
d'accueil mais aussi par sa culture en général. Il y acquerra aussi automati
quement la maîtrise de sa langue.
Les impressions et les idées nouvelles ne venaient cependant pas
uniquement de l'Allemagne, surtout pas après 1933. Quelques jeunes
chercheurs finlandais des années 1934-39 choisirent la France pour faire
des études approfondies. Mentionnons, par exemple, une thèse de doctorat
de 1938 dans le domaine de la théorie générale du droit, une autre de
1936 sur le droit de la procédure et une troisième de 1935 sur les libertés
publiques, avec chacune un résumé en français. Le français fut même
utilisé comme langue de publication de trois thèses dans le domaine du
droit international public (1913, 1928 et 1929), tandis que seulement deux
thèses du même domaine furent publiées en allemand (1907 et 1925).
Une thèse de doctorat sur la situation de l'enfant, soutenue en 1939, est
basée sur d'abondants matériaux suédois, quoique la thèse fût rédigée en
finnois. Le suédois (1928) et le finnois (1928) ont même été utilisés pour
rédiger certaines thèses de doctorat de droit international.
LES PAYS SCANDINAVES
La législation suédoise fut longtemps le modèle de la législation
finlandaise. Longtemps après la séparation de la Finlande du royaume de
Suède, les sociétés et finlandaise ont conservé beaucoup de
similitudes. Il était donc naturel que la Finlande, même après avoir obtenu
des pouvoirs législatifs autonomes, profitât du travail de haut niveau du
législateur suédois pour le développement de sa propre législation, aussi
bien dans le domaine du droit privé que celui du droit public, du droit
pénal et du droit de la procédure. Le juriste finlandais de l'époque d' avant-
guerre connaissait en général assez bien la langue et la culture juridique
suédoises. T. MODEEN : FINLANDE 879
A cause du bilinguisme du pays, certains ouvrages juridiques finlan
dais étaient, et sont toujours, publiés en langue suédoise. En Suède les
sciences juridiques peuvent en tirer profit.
Un travail comparatif a été exécuté depuis longtemps sur le plan
Scandinave. Il ne s'agit pas de thèses de doctorat, mais de rapports basés
sur des problèmes juridiques actuels. Depuis 1872, les juristes Scandinaves,
professeurs, mais aussi avocats et fonctionnaires publics, se réunissent
régulièrement pour discuter et comparer le droit de leurs pays respectifs.
Le résultat n'est pas seulement un grand nombre de rapports intéres
sants mais aussi plusieurs textes législatifs communs ou assez semblables
pour le Danemark, la Norvège et la Suède, et plus tard aussi pour la
Finlande et l'Islande.
Depuis longtemps, des contacts étroits se sont établis entre les ministè
res de la justice et aussi d'autres ministères des pays Scandinaves. Les
rapports gouvernementaux et les publications parlementaires contiennent
beaucoup de références à la législation des autres pays nordiques.
Après la fondation du Conseil nordique (1952), organe interparlement
aire, et du Conseil ministériel nordique (1971), organe intergouvernementa
l, nombre de projets pour l'unification et l'harmonisation des droits des
cinq pays nordiques ont été couronnés de succès. Tous ces travaux se
basent sur des études comparatives.
Dans le domaine administratif, des contacts Scandinaves semblables
existent depuis plus de 80 ans (l'Union nordique administrative). Dans
d'autres domaines, les colloques nordiques ont une origine plus récente.
LES SCIENCES JURIDIQUES PENDANT LA PÉRIODE D'APRÈS GUERRE
Comme la plupart des autres pays européens, la Finlande eut peu
de contacts scientifiques internationaux pendant la Deuxième Guerre mond
iale, mais aussi pendant la période immédiatement après, à cause de sa
difficile situation de pays vaincu.
Le grand prestige dont avaient joui avant-guerre les juristes et les
sciences juridiques en général a dorénavant un peu diminué. Les diplômés
des facultés des sciences politiques ont pénétré non seulement dans la
politique mais aussi dans la fonction publique centrale et territoriale où
ils ont partiellement remplacé les diplômés de droit. L'opinion publique
est disposée à critiquer les juristes pour formalisme et manque de souplesse
dans la gestion des affaires.
L'intérêt pour les sciences juridiques a cependant continué de croître.
Une trentaine de thèses de doctorat furent soutenues à la Faculté de droit
pendant les dix premières années qui suivent la guerre. La conséquence
fut que des études approfondies furent entreprises dans pratiquement tous
les domaines du droit 4.
Il est évident que les jeunes chercheurs de l' après guerre manquaient
de moyens pour passer des années d'études à l'étranger. De tels séjours
4 En 1969 fut même soutenue une thèse, rédigé en allemand, sur le droit romain. 880 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-1999
étaient aussi devenus moins nécessaires, grâce au développement de la
science juridique autochtone.
D'autre part, l'État a commencé à contribuer au financement des
études approfondies aussi dans le domaine juridique en distribuant des
bourses. La carrière scientifique n'est plus un privilège des cercles aisés.
Des postes nouveaux ont été créés odàns les universités. Une seconde
Faculté de droit a été créée à Turku- Abo (université fennophone) et, plus
récemment, une troisième en Lapponie.
Les thèses de doctorat, soutenues dans l' après guerre contiennent
toujours beaucoup de références à la théorie étrangère. Il est pourtant
évident que les contacts personnels des chercheurs finlandais avec des
professeurs étrangers avaient beaucoup diminué 5.
Quoique les références au droit, à la théorie et au droit étrangers
soient nombreuses dans les thèses de doctorat finlandaises, il n'existe
qu'une thèse où aurait été appliquée une méthode comparative proprement
dite. Il s'agit d'une thèse publiée en français en 1979 et soutenue à la
Faculté de droit de Helsinki sur les successions agricoles et la structure
de la société en droit finlandais et polonais.
On trouve tout de même quelques autres ouvrages comparatifs moins
approfondis. Comme exemple peut être mentionnée une étude sur la procé
dure civile maritime dans les pays nordiques (1960).
Dans ma thèse dé doctorat sur la fonction politique communale en
droit finlandais, j'avais minutieusement observé aussi le développement,
la législation, les travaux préparatoires, la jurisprudence et la théorie de la
Suède. Cette méthode me paraissait toute naturelle à cause des similitudes
importantes existant dans le domaine du droit communal de nos pays.
J'ai eu la satisfaction de voir que cet ouvrage a été utilisé non seulement
comme référence au droit finlandais en Suède, mais aussi comme source
d'information par certaines administrations suédoises.
L'OUVERTURE VERS LES PAYS ANGLO-SAXONS ET LA COMMUNAUTÉ
INTERNATIONALE DE JURISTES
Dans les années 1950, les États Unis commencèrent à offrir des
bourses aux jeunes Finlandais, aussi à certains diplômés en droit. Ainsi
le droit anglo-saxon fut-il plus connu chez nous, ainsi que la langue
anglaise, auparavant peu familiers parmi les Finlandais.
5 Comme exemples peuvent être mentionnés mes deux premiers ouvrages : la thèse
de doctorat sur la fonction politique communale (1962) et mon « livre d'habilitation » sur
l'établissement public indépendant (avec un résumé en français) (1965), rédigés en suédois.
J'avais fait de courts séjours en Suède et en Allemagne et un séjour oplus long à Paris en
préparant ces ouvrages. Le travail principal, cependant, avait été fait à Àbo où j'avais obtenu
un poste d'assistant à l'Université suédophone. Dans les parties théoriques de ces ouvrages,
j'observe la théorie finlandaise, mais me base surtout sur la théorie étrangère en ce qui
concerne les notions d'autonomie (« Selbstverwaltung »), de décentralisation et de déconcent
ration, et d'établissement public (öffentliche Anstalt). J'ai essayé d'introduire en Finlande
ces deux dernières notions, peu connues chez nous. Mes efforts n'ont pas été vains. T. MODEEN : FINLANDE 881
Quelques Finlandais utilisèrent leur séjour aux États-Unis pour faire
l' des après études guerre, de droit par exemple comparatif. dans Certaines le domaine thèses du de droit doctorat, international publiées privé, dans
montrent des connaissances du droit anglo-saxon.
Dans les années qui suivirent immédiatement la guerre furent fondées
des sections nationales finlandaises de l'Association internationale des
sciences juridiques, de l'Association du droit international, de l'Institut
international des sciences administratives et d'autres organes où le droit
comparé est cultivé.
Dans les années 1930, certains Finlandais avaient participé aux pre
miers congrès de l'Académie internationale de droit comparé avec des
rapports nationaux, publiés en français. Dans les années d'après guerre,
les contacts internationaux furent renoués. Un Institut de droit comparé
fut fondé à la Faculté de droit de Helsinki.
La Faculté internationale pour l'enseignement du droit comparé orga
nisa deux sessions en Finlande au début des années 1960.
Grâce à ces initiatives, les Finlandais sont devenus plus conscients
qu'auparavant de l'intérêt qu'offre le droit comparé 6.
LA SITUATION DES ANNEES 1970-80
Depuis bien des années déjà, la science juridique finlandaise est
entrée dans une période d'activité intense. Il y a actuellement trois facultés
de droit et des chaires de droit ont été créées aussi dans d'autres
et grandes écoles. Des postes d'assistant, inexistants la faculté d'avant
guerre, ainsi que des bourses d'État et des fondations privées importantes,
garantissent la situation matérielle des jeunes chercheurs. Le nombre des
thèses de doctorat soutenues annuellement s'élève à environ 5-6. Le nomb
re de pages des thèses ne cesse de s'accroître 7.
Les thèses ainsi que les autres ouvrages juridiques approfondis sont
presque tous rédigés selon la méthode «nationale». Quoiqu'une telle
méthode doive être considérée comme normale lorsqu'il s'agit d'un
ouvrage juridique, on peut tout de même avec quelque regret constater
que certains auteurs ont hésité à appliquer une méthode comparative,
même lorsqu'il est question de thèmes plurinationaux...
Comme exemples peuvent être mentionnés la thèse sur la fonction
d' ombudsman (médiateur) parlementaire (1970) et certains ouvrages sur
6 Quelques Finlandais, dont moi-même, participèrent au congrès d' Uppsala de l'Acadé
mie internationale de droit comparé de 1966. J'avais aussi préparé un rapport imprimé (le
seul finlandais). J'ai été encore le seul rapporteur finlandais au congrès de Pescara de 1970
et à celui de Téhéran en 1974. A Budapest en 1978 et à Caracas en 1982, je fus rapporteur
général, A partir du congrès de Sidney et de Melbourne en 1986, où j'ai été des recueils de rapports nationaux finlandais ont été publiés régulièrement : Montréal
1990, Athènes 1994 et Bristol 1998. Le recueil des rapports de Bristol a été rédigé par
moi-même.
7 Le nombre de titres publiés dans la série A des publications de l'Association des
juristes finnois est imposant : 220 (1999). Dans cette série (commencée en 1943) sont publiés
la grande majorité des thèses de doctorat ainsi que d'autres ouvrages approfondis. REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-1999 882
différents aspects de la responsabilité civile. Dans ces cas, il existe tell
ement de points communs entre la Finlande et la Suède qu'il eût été
fructueux d' appliquer une méthode comparative.
LA QUESTION LINGUISTIQUE
II est évident que la langue pose des problèmes difficiles pour le
droit comparé. En général, les juristes internationaux ne sont pas capables
de comprendre un texte rédigé en finnois. Un texte en suédois, cependant,
touche davantage de lecteurs.
Il est normal que les auteurs des thèses de doctorat et d'autres ouvrages
juridiques les rédigent dans une langue nationale. En effet, les ont une audience surtout Mais aucune science ne
doit s'isoler du monde extérieur.
Actuellement, quelques thèses contiennent des résumés dans une
langue internationale d'une seule page seulement, tandis que les résumés
comptaient auparavant au moins une dizaine de pages.
Autrefois, sauf pour ceux qui préparaient leur thèse à l'étranger, il
était exceptionnel qu'un juriste finlandais eût plus que des connaissances
rudimentaires des langues étrangères. La rédaction d'un ouvrage dans une
langue étrangère supposait donc normalement le recours à un traducteur.
Or, les coûts de traduction étant élevés, les auteurs évitaient d'avoir à
recourir à une telle solution.
Une thèse du domaine du droit international privé, soutenue en 1978,
fut rédigée en finnois. On demanda à l'auteur (une juriste polyglotte) la
raison de ce choix. La réponse fut qu'elle désirait développer le vocabulaire
finnois dans ce domaine.
Une thèse de doctorat du domaine de la théorie générale du droit
fut publiée en allemand en 1965, à la demande du directeur de thèse,
lui-même internationaliste et rédigeant ses propres ouvrages dans cette
langue. Mais lorsqu'une nouvelle édition parut en 1981, l'ouvrage fut
rédigé en finnois. En 1999, même une thèse dans le domaine du droit
international public a été publiée en finnois.
Pour que les contacts internationaux soient plus fructueux, on pourrait
pourtant espérer que davantage d'ouvrages juridiques soient publiés en
Finlande dans des langues étrangères, surtout lorsque le thème pourrait
intéresser une audience internationale.
L'Association des juristes finnois donne annuellement des prix aux
bonnes thèses de doctorat. D'après le statut, pour recevoir un prix, une
thèse doit être rédigée en finnois. Il y a deux ans, cependant, l'association
a décidé de décerner un prix à l'auteur d'une thèse rédigée en anglais.
VERS UNE OUVERTURE SUR L'EXTÉRIEUR ?
Dans ces dernières années, surtout après que la Finlande ait adhéré
à l'Union européenne, une ouverture nette vers l'Europe et le monde
extérieur en général a eu lieu en Finlande. T. MODEEN : FINLANDE 883
Beaucoup d'étudiants en droit utilisent aujourd'hui les nombreuses
possibilités existantes de passer un ou deux semestres dans une université
étrangère. Après son diplôme, il arrive aussi quelquefois que le diplômé
passe un diplôme de maîtrise dans une faculté étrangère. Cela suppose
un séjour d'un an à l'étranger.
Bien des étudiants en droit ou des juristes travaillant dans l'administrat
ion, comme avocats ou dans d'autres fonctions (surtout ceux qui ont à
faire avec la Communauté européenne), profitent des cours de langues
offerts par les facultés finlandaises ou par d'autres institutions finlandaises.
En relation avec les facultés de droit fonctionnent des instituts spécial
isés dans les questions internationales comme les droits de l'homme ou
le droit maritime ou le droit commercial et économique général. Ces
instituts ne s'occupent pas uniquement du droit international et du droit
communautaire européen, mais aussi d'autres problèmes de caractère inter
national.
Dans les années 1990, quelques thèses de doctorat, rédigées direct
ement en anglais, et partiellement basées sur des recherches de droit comp
aré, ont été publiées en Finlande, dans les domaines internationaux.
On peut donc constater une certaine ouverture du monde juridique
finlandais vers l'extérieur.
Je me souviens bien d'une conversation que j'ai eue avec l'ambassa
deur finlandais aux États-Unis (lui-même juriste) dans les années 1970,
où je mentionnais les possibilités pour des juristes finlandais de passer
des séjours de recherche dans les facultés américaines. Sa réponse fut
qu'un juriste n'a pas besoin de sortir de son pays pour sa formation
scientifique. Cette attitude assez typique pour le juriste finlandais de cette
époque s'est tout de même modifiée pendant ces dernières années. Il faut
espérer que la tendance vers une « internationalisation » de la mentalité
chez les juristes finlandais aboutira aussi à un intérêt croissant pour le
droit comparé.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.