Un type de complexe industriel : le district de Karl-Marx-Stadt en République Démocratique Allemande - article ; n°414 ; vol.76, pg 152-167

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Annales de Géographie - Année 1967 - Volume 76 - Numéro 414 - Pages 152-167
An exemple oe an industrial complex : the district of Karl-Marx-Stadt in the German democraticrepublic (abstract) : The district of Karl-Marx-Stadt (formerly Chemnitz) appears as a typical industrial complex in an economically highly developed country, with its large factories, of national and international standing, which are influenced by technical, economic and human relationships, and its geographical position which depends on the same human factor of industrial development. This industrial complex is, in fact, the result of a long history. The population of the Erzgebirge valleys and the perimeter of the mountains retains old traditions of industrial work. It was already quite large in the second half of the 19th century, when the actual system of manufacturing was introduced, the development of which brought about an important increase in population. The Socialist System had to adapt this kind of manufacturing which is an inheritance of a liberal economy and consists of scattered factories producing a variety of goods. It has needed a great effort of rationalisation in the processes which was made possible by their concentration inside the socialist plants. It has not, up till now, altered the geographical distribution of the factories.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
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Henri Smotkine
Un type de complexe industriel : le district de Karl-Marx-Stadt en
République Démocratique Allemande
In: Annales de Géographie. 1967, t. 76, n°414. pp. 152-167.
Abstract
An exemple oe an industrial complex : the district of Karl-Marx-Stadt in the German democraticrepublic (abstract) : The district of
Karl-Marx-Stadt (formerly Chemnitz) appears as a typical industrial complex in an economically highly developed country, with its
large factories, of national and international standing, which are influenced by technical, economic and human relationships, and
its geographical position which depends on the same human factor of industrial development. This industrial complex is, in fact,
the result of a long history. The population of the Erzgebirge valleys and the perimeter of the mountains retains old traditions of
industrial work. It was already quite large in the second half of the 19th century, when the actual system of manufacturing was
introduced, the development of which brought about an important increase in population. The Socialist System had to adapt this
kind of manufacturing which is an inheritance of a liberal economy and consists of scattered factories producing a variety of
goods. It has needed a great effort of rationalisation in the processes which was made possible by their concentration inside the
socialist plants. It has not, up till now, altered the geographical distribution of the factories.
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Smotkine Henri. Un type de complexe industriel : le district de Karl-Marx-Stadt en République Démocratique Allemande. In:
Annales de Géographie. 1967, t. 76, n°414. pp. 152-167.
doi : 10.3406/geo.1967.14947
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1967_num_76_414_14947Un type de complexe industriel :
le district de Karl-Marx-Stadt
en République Démocratique Allemande
par Henri Smotkine
INTRODUCTION
La région économique en économie socialiste ne se confond pas, comme
dans les pays de libre entreprise capitaliste, avec « l'espace organisé par la
métropole ou ses satellites * ». Elle s'appuie sur une organisation des rap
ports de production destinée à servir d'armature au développement de
l'économie planifiée. L'organisation de ces rapports de production se fait
dans le cadre des divisions administratives qui deviennent progressivement
des unités économico-administratives. Ainsi la région historique de Saxe,
qui est une des plus grandes régions industrielles européennes2, forme trois
régions économiques comprises dans les districts de Leipzig, de Dresde et
de Karl-Marx-Stadt. Chacune de ces régions est caractérisée par son système
de production économique, par la structure socio-professionnelle et la répar
tition du peuplement en rapport avec l'activité économique, par le paysage
géographique résultant de l'activité économique et du peuplement.
Parmi les trois régions économiques saxonnes, une seule, celle du district
de Karl-Marx-Stadt (ville dénommée jusqu'en 1953 Chemnitz), correspond
à un complexe industriel, dont le système de production économique est formé
par un groupement de grandes industries ď importance nationale et internationale
qui présentent entre elles des liens de dépendance techniques, économiques et
humains et que la présence ďun facteur commun, constitué par une main-
1. Etienne Juillard, La région, essai de définition [Annales de Géographie, n° o87, 1962,
p. 492).
2. La Saxe, si l'on ajoute les arrondissements du district de Halle détachés du royaume de
Saxe en 1815 et qui font actuellement partie des complexes industriels de la région économique
de Leipzig, couvre 21 212 km2 et compte plus de 6 500 000 habitants. 153
Illustration non autorisée à la diffusion ANNALES DE GÉOGRAPHIE 154
ďceuvre ouvrière, aux vieilles traditions industrielles, a localisé dans V agglomé
ration de Karl-Marx-Stadt, dans les villes industrielles et les campagnes voi
sines.
Ce complexe industriel, où l'on ne trouve pas, « jouant un rôle économique
important, une ou plusieurs grandes industries de base1... », et dont les indust
ries dominantes sont les industries textiles et mécaniques, est l'abouti
ssement d'une longue histoire économique ; celle-ci explique le peuplement
dense qui a attiré une industrie moderne, non liée aux ressources du sous-
sol en énergie ou en minerais (fig. 1).
I. LE PEUPLEMENT DENSE
Le district (Bezirk) 2 de Karl-Marx-Stadt est le plus densément peuplé
de la R.D.A. Sur 6 009 km2, soit 5,6 p. 100 de la superficie de la République,
il rassemblait, en 1964, 2 090 180 habitants qui représentent 12,2 p. 100 de
la population de l'actuelle Allemagne de l'Est. La population du district,
dont la densité est de 348 habitants au km2, comprend 18,5 p. 100 de la active industrielle de la R.D.A.3.
Le maintien d'une forte densité de population s'explique par l'indus
trialisation. Le district de Karl-Marx-Stadt est le plus industrialisé de la
République : plus de la moitié (50,5 p. 100) de la population active travaille
dans l'industrie, sans compter l'industrie du bâtiment (4,2 p. 100) ni l'art
isanat (9,2 p. 100). C'est également le district dont la production industrielle
est la plus importante de la R.D.A., avec 15,5 p. 100 de la totale.
Dans ce district très industrialisé, c'est la concentration de la population
ouvrière qui explique que la densité de la population dépasse 500 habitants
au km2 dans les arrondissements (Kreise) de Hohenstein-Ernstthal, Stollberg
et Glauchau entre Karl-Marx-Stadt et Zwickau (fig. 2).
Ce sont les ouvriers qui forment cette dense agglomération humaine
emplissant les vallées encaissées du versant septentrional de l'Erzgebirge et
se concentrant dans la zone de contact de la montagne et de la plaine.
Au-dessus du flot des maisons ouvrières qui ont transformé les anciens
villages, entre les villes industrielles, en bourgs populeux, les cheminées
d'usine qui se dressent de tous côtés rappellent constamment que c'est
l'extraordinaire développement de l'industrie, « à la fois disséminée dans les
campagnes et ramassée dans les grandes villes4 », qui est à l'origine de cette
concentration humaine.
1. Jean Chardonnet, Les grands types de complexes industriels, Paris, Armand Colin, 1953,
p. 10.
2. Depuis le 23 juillet 1952, le territoire de la R.D.A. est divisée en 14 Bezirke ou districts,
non compris Berlin, capitale (nom officiel de Berlin-Est).
3. Tous les chiffres donnés sans indications de sources proviennent du Statistisches Jahrbuch
der DDR, Berlin, 1965.
4. Emmanuel de Martonne, L'Europe centrale, lre partie : «Généralités-Allemagne»,
p. 251 (Géographie universelle, t. IV, Paris, Armand Colin, 1930). LE COMPLEXE INDUSTRIEL DE KARL-MARX-STADT 155
La population dense est particulièrement urbanisée puisque plus de
82 p. 100 des habitants du district résident dans des agglomérations de
plus de 2 000 personnes et qu'en dehors de Karl-Marx-Stadt, qui compte
295 000 habitants, 30 villes ont plus de 10 000 habitants. Ce pullulement de
villes moyennes et petites est en rapport avec les formes revêtues par l'i
ndustrialisation au cours des âges.
Certes, dans d'autres régions d'Europe, de grandes régions industrielles
se caractérisent par la même concentration et la même urbanisation de la
population, mais ces grandes régions industrielles sont généralement situées
sur les bassins houillers ou dans leur voisinage immédiat et leur localisation
s'explique par le développement au xixe siècle de nombreuses industries
utilisant le charbon comme source d'énergie ou matière première.
Le cas du district de Karl-Marx-Stadt est assez différent. Bien que les
gisements de minerais, qui ont donné son nom à l'Erzgebirge (monts Métall
ifères), aient joué un rôle important dans la fixation de la main-d'œuvre
qui est à l'origine du processus d'industrialisation et que les bassins houillers
de Zwickau et de Lugau-CElsnitz aient fourni, depuis le xixe siècle, une partie
de l'énergie nécessaire au développement industriel1, le complexe industriel
de Karl-Marx-Stadt n'est pas lié aux richesses du sous-sol ; par son sys
tème de production économique (qui résulte d'une longue évolution histo
rique) et par sa structure géographique (qui est en rapport direct avec le sy
stème de économique), il diffère des complexes industriels qui se
sont développés en relation avec des ressources minières.
II. LE SYSTÈME DE PRODUCTION
ÉCONOMIQUE
Le système de production économique est fondé sur de grandes industries
d'importance nationale et internationale, qui présentent entre elles des liens
techniques et humains (fig. 3).
Les grandes industries sont essentiellement les industries légères et les
industries d'équipement qui fournissent respectivement 34,4 p. 100 des pro
duits des industries légères de la R.D.A. et 16,3 p. 100 de ses biens d'équi
pement. Ces grandes industries sont très largement exportatrices : ainsi la
fabrique de rideaux, de dentelles et de tissus d'ameublement de Plauen
1. Bassins houillers de Zwickau et de Lugau-Œlsnitz.
(Production en milliers de tonnes)
1870 1913 1936 1960
Zwickau 1 849 2 306 1 550 1 210
202 2 110 1 620 1 260 Lugau-Œlsnitz 156
BEZIRK DE KARL-MARX-STADT
I DENSITE DE POPULATION |
ROCHLITZ I .' •...•.'. •.'(.•..' HAIhtlCHEN. • • • ■■.'■'■}■ FREIBERG
0-200
200 - 300
300-400
400-500
Ш 500-600
600 - 1 500
H 1500
ar ■1 и km 2
habitants p
Illustration non autorisée à la diffusion
I POPULATION ACTIVEl
CARTE E.P.H.E.
Fig. 2. — District de Karl-Marx-Stadt : densité de population et population active. 157
INDUSTRIES DU BEZIRK DE KARL-MARX-STADT
INDUSTRIES DE BASE
S = Stadtkreis L = Landkreis
K.S. = Karl-Marx-Stadt Stadtkreis
K.L. = Landkreis
AUE + SC. = Aue + Schneeberg
H.E. = Hohenstein-Ernstthal
5 +J. = Schworzenberg + Johanngeorgen s tadt.
Les cercles blancs
de 200 personnes /
INDUSTRIES D'EQUIPEMENT
Illustration non autorisée à la diffusion
INDUSTRIES LEGERES
ET DE CONSOMMATION
En gris : /o des personnes employé
dans l'industrie textile
CARTE E.P.H.E.
Fig. 3. — Industries du District de Karl-Marx-Stadt. ANNALES DE GÉOGRAPHIE 158
exporte 60 p. 100 de sa production, celle des sous-vêtements féminins
Sternwàsche de Limbach-Oberfrohna 50 à 60 p. 100, l'usine de motocyclettes
de Zschopau 30 p. 100, celle des camions Barkas de Karl-Marx-Stadt 33 p. 100,
l'usine 8- Mai de Karl-Marx-Stadt exporte la moitié des tours qu'elle fabrique ;
de nombreuses entreprises ont des coefficients d'exportation du même ordre1.
Dans le complexe industriel, les industries légères (47,6 p. 100 de la pro
duction économique et 54,2 p. 100 de la main-d'œuvre industrielle du district)
et les industries d'équipement (36,5 p. 100 de la production et 31,8 p. 100 de
la main-d'œuvre) l'emportent largement sur les industries de base (9,7 p. 100
de la production et 10,9 p. 100 de la main-d'œuvre) et les industries aliment
aires et de produits de consommation (7,1 p. 100 de la production et 3 p. 100
de la main-d'œuvre).
Parmi les industries légères, qui sont prédominantes, les industries
textiles sont de beaucoup les plus importantes : la fabrication des étoffes,
des vêtements et de la bonneterie occupe plus des 3/4 de la main-d'œuvre
employée dans les industries légères du district et fournit, en valeur, plus
de 77 p. 100 de la production de ces industries légères.
Les industries d'équipement sont surtout constituées par les construc
tions mécaniques lourdes et légères, par la fabrication des camions, des auto
mobiles et des motocyclettes, par l'électrotechnique. Les industries ainsi
énumérées, qui exigent une main-d'œuvre hautement qualifiée, occupent plus
de 82 p. 100 des travailleurs des industries d'équipement du district et four
nissent 83 p. 100, en valeur, des produits de ces industries.
Entre les industries d'équipement existent des liens techniques : par
exemple les usines de construction mécanique et ď électrotechnique four
nissent des pièces détachées et de l'outillage à celles qui construisent les
véhicules ; inversement les usines Barkas de Karl-Marx-Stadt fabriquent
non seulement des camions mais aussi des moteurs pour les voitures parti
culières Trabant produites par les usines Sachsenring de Zwickau et des
moteurs stationnaires utilisés pour actionner des machines.
Mais entre les industries d'équipement qui fabriquent des machines tex
tiles et les industries textiles, il y a des liens non seulement techniques mais
aussi humains : les hommes travaillent dans la métallurgie et les femmes
dans le textile. Ainsi les femmes, qui ne forment que 22 p. 100 du personnel
des usines Barkas, 33 p. 100 de celui des usines Sachsenring de Zwickau,
20 p. 100 de l'entreprise Tiillmaschinenbau de Karl-Marx-Stadt, constituent
70 à 75 p. 100 de la main-d'œuvre utilisée dans les 5 usines de tissage du
coton de Hohenstein-Ernstthal, 84 p. 100 de celle employée dans la fabrique
de sous-vêtements féminins Sternwàsche de Limbach-Oberfrohna. Il n'est
donc pas surprenant que dans le district de Karl-Marx-Stadt la population
féminine active s'élève à 76,1 p. 100 des femmes âgées de 15 à 60 ans, alors
que cette proportion n'est que de 67,3 p. 100 pour l'ensemble de la R.D.A. ;
1. Renseignements recueillis au cours d'enquêtes personnelles de 1960 à 1964. LE COMPLEXE INDUSTRIEL DE KARL-MARX-STADT 159
plus de la moitié de cette population féminine active (51 p. 100) travaille
dans l'industrie au lieu de 31 p. 100 pour toute l'Allemagne de l'Est.
La structure économique du complexe a conservé des traits archaïques :
persistance du travail à domicile et relative dispersion des établissements
industriels. Les travailleurs à domicile du district groupent 42,3 p. 100 des
ouvriers de cette catégorie en R.D.A., mais ils ne représentent que 7,1 p. 100
de la main-d'œuvre industrielle du district. De même il y a apparemment
une grande dispersion des entreprises industrielles puisque 60,7 p. 100 des
entreprises occupent au plus 50 ouvriers alors que seulement 3,2 p. 100 réu
nissent plus de 1 000 ouvriers.
Mais, en fait, le développement de l'économie socialiste a favorisé un
regroupement rationnel des établissements industriels et les entreprises occu
pant au plus 50 ouvriers ne réunissent que 10 p. 100 des travailleurs indust
riels du district alors que les grosses entreprises ayant plus de 1 000 ouvriers
en comptent 45 p. 100. Le regroupement des établissements industriels
affecte toutes les branches de la production et en particulier les industries
textiles ; c'est ainsi que les 5 usines de tissage du coton de Hohenstein-Ernstthal
ont été réunies, de 1953 à 1960, en une seule entreprise et que chaque usine
a été spécialisée dans des fabrications déterminées1.
III. LES ORIGINES HISTORIQUES
DU COMPLEXE INDUSTRIEL
Le système de production économique que nous venons d'analyser est
le fruit d'une longue évolution historique, qui explique l'entassement d'une
population dans des vallées montagnardes au sol pauvre et au climat rude,
et la multiplication, dans ces vallées et à la lisière de la montagne, de petits et
de moyens centres urbains.
Dès la seconde moitié du xne siècle, les gîtes métallifères attirent les
hommes dans l'Erzgebirge : c'est ainsi que des mineurs du Harz viennent
extraire de l'argent dans la région de Freiberg2. A la recherche de l'argent et
du plomb s'ajoute au cours des âges celle de l'étain, de l'or, du fer, du cobalt
et du soufre et, aux alentours des bourgs miniers, le défrichement de la forêt
permet l'extension des cultures et des prairies. C'est au début du xvie siècle
que se place le grand essor de l'exploitation minière, en particulier celle de
l'argent, car la Saxe bénéficie de la pénurie de métal précieux qui sévit
encore à cette époque en Europe. Selon certains calculs3 la densité de la popul
ation dans la montagne saxonne s'élève alors à 47 habitants au km2 et les
villes de l'argent, Schneeberg, Annaberg, Buchholz, Marienberg, Scheibenberg,
1. Enquêtes personnelles.
2. Urkundenbuch der Stadt Freiberg in Sachsen, t. I (Codex diplomaticus Saxoniae regiae,
Zweiter Hauptteil, XII. Band, Leipzig, 1883).
3. Siegfried Sieber, Zur Geschichte des erzgebirgischen Bergbaus, Halle (Saale), 1954, 135 p.,
35 illustr. 160 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Oberwiesenthal connaissent une grande prospérité. Mais si à Freiberg la
production d'argent, après une baisse brutale en 1543 (liée probablement à
la récession économique qui à cette époque affecte l'Europe) atteint son maxi
mum en 1572, le déclin de l'exploitation minière se marque dès la fin du
xvie siècle dans tout l'Erzgebirge. Ce déclin, pour l'argent d'abord et l'étain
ensuite, est lié aux baisses considérables du prix de ces métaux dues aux
importations des mines sud-américaines, qui emploient une main-d'œuvre
coloniale peu payée.
Au déclin des industries minières, qui rend disponible une
nombreuse et industrieuse correspondent un essor de toutes les industries
artisanales et le développement des manufactures.
La population de l'Erzgebirge s'adonne au travail des métaux1. Avec le
fer-blanc découvert en 1530, elle fabrique des cuillers et d'autres objets ;
c'est le début d'une industrie de transformation de la tôle qui, de nos jours,
fournit des objets émaillés. De même dans les forges au bois2 on produit des
armes et des outils ; ces forges seront transformées au xixe siècle en fonderies
et fabriques de machines. Par ailleurs le bois des forêts de l'Erzgebirge est
utilisé par les artisans pour fabriquer des objets ménagers, des jouets, des
instruments de musique. Enfin au xvie siècle se développe une industrie
textile à domicile, celle de la dentelle au fuseau, de la passementerie, de la
filature et du tissage de la laine et du lin. Toutes ces activités artisanales
contribuent à la formation des ouvriers et des ouvrières des manufactures.
Le développement des manufactures 3, qui commence dans les vingt der
nières années du xvie siècle, se poursuivra, après une période de stagnation
qui correspond dans le temps à la guerre de Trente ans, jusqu'au xixe siècle.
Sous l'impulsion des négociants des villes qui avaient bénéficié de l'exploi
tation minière de l'Erzgebirge : Augsbourg et Nuremberg en Bavière, Leipzig
dans la plaine saxonne, Annaberg dans l'Erzgebirge, Dresde, Freiberg,
Chemnitz et Zwickau, le long du rebord montagneux, avec la participation
de l'État saxon, se produit un essor des activités industrielles dans la partie
de l'Erzgebirge comprise actuellement dans le district de Karl-Marx-Stadt.
Ces industries, dont la plupart trouvent leurs origines dans l'artisanat médiév
al, sont très variées : elles portent sur le travail des métaux précieux et
de l'étain, sur l'utilisation du fer des forges au bois pour la fabrication des
armes et d'objets divers, sur le travail du cuir et du bois (employé dans le
Vogtland pour la lutherie), sur la filature et le tissage de la laine, du lin, de la
soie et du coton (Chemnitz produit, à partir du xvie siècle, une futaine dont
la trame est de coton et la chaîne de lin)4.
1. Cari Schiffner, Alte Hiitlen und Hummer in Sachsen, Berlin, Akademie-Verlag, 1959,
313 p., 126 phot, et fig., 8 planches.
2. Les premières forges au bois datent du dernier quart du xive siècle et jusque vers 1820
l'Erzgebirge est renommé pour ses objets en fer.
3. Rudolf Forberger, Die Manufaktur in Sachsen vom Ende des 16 bis zum Anfang des 19.
Jahrhunderts, Berlin, Akademie-Verlag, 1958, 456 p., 1 carte h. t.
4. Herbert Schurig, Die Entwicklung der Oberlausitzer Textilinduslrie, Radeberg, 1935,
149 p., 1 carte h. t.

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