- S'identifier

- S'inscrire

- Connexion
A propos des troubles de l'apprentissage de la lecture. Critiques méthodologiques - article ; n°5 ; vol.4, pg 389-399
« Enfance - Année 1951 - Volume 4 - Numéro 5 - Pages 389-399
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de... »
Enfance - Année 1951 - Volume 4 - Numéro 5 - Pages 389-399
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de
... »11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de
J. Ajuriaguerra
A propos des troubles de l'apprentissage de la lecture. Critiques
méthodologiques
In: Enfance. Tome 4 n°5, 1951. pp. 389-399.
Citer ce document / Cite this document :
Ajuriaguerra J. A propos des troubles de l'apprentissage de la lecture. Critiques méthodologiques. In: Enfance. Tome 4 n°5,
1951. pp. 389-399.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/enfan_0013-7545_1951_num_4_5_1199PROPOS DES TROUBLES DE A
L'APPRENTISSAGE DE LA LECTURE.
CRITIQUES MÉTHODOLOGIGUES
par J. Ajuriaguerra (1)
Le problème des dyslexies d'évolution a été abordé par des chercheurs
de disciplines diverses — - cliniciens, psychologues, pédagogues, réédu
cateurs — chacun apportant aux hypothèses pathogéniques le cachet
personnel de ses préoccupations quotidiennes et l'appui des connais
sances antérieurement acquises, dans son propre domaine.
Pour le clinicien, il y a deux écueils à éviter, l'un sur le plan clinique,
l'autre sur le plan anatomo-physiologique.
Sur le plan clinique il est toujours tentant de faire des rapprochements
entre les troubles qui nous préoccupent aujourd'hui et les conceptions
acquises par la connaissance des désintégrations linguistiques de l'adulte
et en particulier les formes d'alexie aphasiques, agnosiques, les agnosies
spatiales ou vestibulo-oculo-motrices.
Mais les désintégrations chez l'adulte ne sont pas des régressions
pures et simples à un niveau infantile. La « désintégration en briques »
de l'aphasique nous donne des fragments des phases de l'intégration de
l'enfant sans nous donner complètement ce vécu mouvant des difficultés
de l'apprentissage. Il y a danger à réduire les mécanismes de l'apprentis
sage de la lecture à, une somme positivée par nous d'après l'extraction
des caractères négatifs de la désintégration de l'adulte. Notons que déjà
chez l'adulte la tendance à ne s'intéresser qu'aux caractères négatifs
a été un frein dans la ligne générale de compréhension de l'aphasie.
Parmi les caractères négatifs mis en évidence dans les dyslexies d'évo
lution on n'a pas fait une assez large part, à côté des troubles perceptivo-
gnoso-constructifs, aux troubles qui correspondent à une désorganisation
de l'apprentissage. Il est dangereux de séparer ce qui est « extrait »
par nous comme insuffisance et ce qui est trouble de l'adaptation. D'ail
leurs dans les mécanismes de l'apprentissage normal, les facteurs défa-
(1) Chargé de Recherches à l'Institut national d'Hygiène. - J. AJUR1AGUERRA. 390
vorisant l'adaptation ne se présentent pas nécessairement comme des
phénomènes frappants.
Fait essentiel que nous avons tendance à oublier : à partir d'un cer
tain degré de maturation, l'apprentissage de la lecture s'effectue par
des intégrations successives en coupe verticale et prend des formes
globales en coupe horizontale. Il y a ainsi peut-être dans les dyslexies
d'évolution une altération évolutive ou lésionnelle de la mise en marche
des « instruments » nécessaires mais parfois surtout une difficulté d'uti
lisation de ces données, un trouble de l'adaptation permettant de su
rmonter certaines insuffisances.
Sur le plan anatomo-physiologique, il est tentant d'admettre un
trouble particulier, lésionnel ou de maturation des centres lexiques.
Nous rétorquerons à ceci que : 1° Les alexies pures chez l'adulte ne
sont pas considérées comme répondant à une lésion d'un centre lexique
mais suivent les notions « classiques » par la rupture des relations entre
les centres perceptifs visuels et les centres du langage. 2° Que nous con
naissons mal les circuits anatomiques, les bases matérielles nécessaires
à cette organisation dans un cerveau en évolution; nous savons cepen
dant que les lésions de ces zones temporo-pariéto-occipitales ne pro
duisent pas nécessairement les mêmes types de troubles que ceux que
nous voyons chez l'homme mûr. 3° La plasticité est un des caractères
particuliers de ce cerveau en évolution.
S'il est vrai qu'il existe un problème lésionnel ou délocalisation, il est
également vrai que nos connaissances sont encore trop peu précises pour
être satisfaisantes. On est toujours étonné de voir que des auteurs com
pétents se contentent de cette notion de déficit localisé, apportent de
très vagues affirmations sur des centaines de très vagues examens ana
tomiques. Nous avons également appris à nous méfier des électro-
encéphalogrammes si difficiles à interpréter chez l'enfant et sur
un terrain para-normal.
La même attitude se rencontre lorsqu'on affirme la base héréditaire
de la dyslexie souvent constatée, il est vrai, dès qu'on aborde le problème
de la dyslexie. S'agit-il là, d'hérédité de caractères spécifiques ou de
caractères généraux?
En fait, lorsque l'on parle d'un déficit intellectuel électif, terme par
fois retrouvé dans la littérature, nous devons nous demander si le terme
« électif » n'est pas ambigu. C'est peut-être la lecture qui a des particul
arités sur le plan perceptif ou symbolique. Des désorganisations primi
tives plus générales peuvent également se manifester plus particulièr
ement comme désordre de ce complexe processus d'apprentissage des
formules abstraites perceptivo-symboliques.
Les éducateurs se sont attachés depuis longtemps à l'étude de la lec
ture et surtout aux techniques d'apprentissage. Les discussions entre
partisans de l'apprentissage par la méthode littérale ou la méthode glo
bale sont, nous semble-t-il, sorties du sujet proprement dit, de l'appren- TROUBLES DE L'APPRENTISSAGE DE LA LECTURE 391
tissage lexique. Ce problème a été trop souvent uniquement posé sur
des concepts généraux d'éducation et non point sur le plan perceptivo-
linguistique.
La lecture n'est ni une simple connaissance de signes isolés ni une
compréhension de significations connues. Les lettres n'ont pas seulement
une valeur d'objet mais, par leur abstraction, elles sont hors du monde
compréhensif et vivant. Elles ne se présentent ni comme des objets
d'action ni comme des objets d'expérimentation dans la vie quotidienne.
Les lettres ont en soi peu de valeur imageante, elles sont peu phantas-
matiques. Dans le champ perceptif elles ne se différencient que par
réduction à des valeurs abstraites.
Les mots par contre ont une physionomie propre, une valeur imageante
par rapport aux objets. Ils ont en soi une signification plus proche de
nous. Ils permettent une confrontation entre nos données linguistiques,
les objets et les représentations écrites.
La connaissance des lettres paraît plus proche de l'apprentissage
perceptif de données nouvelles et abstraites, la connaissance des mots
plus près du plan de significations linguistiques.
Mais la lecture n'est ni la perception de la lettre, ni sa reconnaissance,
ni la compréhension de la signification du mot : elle est ce processus
d'analyse et de synthèse qui donne un sens à cette nouvelle forme d'ex
pression linguistique.
Dworetsky, dans son étude expérimentale de l'évolution de la per
ception, admet que c'est au cours de la période d'apprentissage de la
lecture, entre 5 et 7 ans, que les enfants présentent une diminution
frappante des globalisations et que c'est surtout l'observation de petits
détails qui peut donner à un ensemble originairement diffus un carac
tère plus pregnant. Mais d'autre part depuis longtemps déjà, l'enfant,
dans le langage oral, cherche les significations. Il emploie donc, suivant
ses possibilités, la méthode analytique ou synthétique. L'enfant peut
employer au cours de l'apprentissage une méthode syncrétique pour
certains mots prégnants et être obligé de rechercher l'analyse — comme
Meili l'a montré pour les phénomènes perceptifs — lorsque l'ensemble
n'a pas pour lui une signification alors que les détails en ont une, ou
lorsque la structure de l'ensemble est trop compliquée ou trop faible.
C'est dans le partage entre ces deux processus que se déroule l'appren
tissage de la lecture. La lecture est possible lorsque — à partir d'une
maturation indispensable — l'intégration et les différenciations sont
possibles. Mais la lecture ne devient facile et aisée que lorsque, au cours
de la migration du regard, les mots et les phrases sont pré-connus puis
connus et compris, lorsque le langage propositionnel est deviné
confirmé ou infirmé. Tant que ces processus restent dans le cadre du
volontaire, le déroulement est saccadé et haché; lorsqu'ils s'automatisent
la lecture devient aisée, facile et rapide.
La méthode d'apprentissage de la lecture devra donc être celle qui 392 J. AJURIAGUERRA
permet la plus rapide automatisation avec le maximum de possibilités
d'appréhension des significations.
Nous ne croyons pas qu'il existe une méthode univoque d'apprentis
sage de la lecture. La recherche des psycho-pédagogues devrait, à notre
avis, porter en partie sur les types de difficultés suivant les méthodes
d'enseignement et plus particulièrement sur la personnalité des sujets
présentant des difficultés d'apprentissage avec telle ou telle méthode.
Le groupement de ces types particuliers de personnalité aurait, croyons-
nous, une très grande valeur, au niveau infantile, valeur qui dépasserait
le cadre propre de la lecture.
Ces recherches, par ailleurs, pourraient nous permettre de mieux
comprendre les divers tableaux des aphasies de l'adulte. Les différences
que présente chaque malade ne dépendent pas exclusivement du niveau
lésionnel mais aussi du fait que la désintégration révèle en partie ces
individuelles organisations perceptivo-linguistiques primitives.
L'apport du rééducateur à la compréhension du problème de la dys
lexie nous paraît capital. Les moyens employés pour dépasser l'handicap
que présentent ces enfants sont pleins d'enseignement. Comme le clini
cien ou le psychologue, le rééducateur relève les insuffisances mais peut
en outre, par de nouvelles formes d'apprentissage, tirer des conséquences
théoriques personnelles. Il peut créer ces nouvelles formes d'apprentis
sage en agissant soit sur les insuffisances dites partielles soit en créant >
de nouvelles formes d'adaptation globale. La réussite de l'une ou l'autre
de ces méthodes n'est pas nécessairement la démonstration de la théorie
de base de telle ou telle rééducation. L'activation d'un système fonction
nel défini peut agir en ouvrant la voie à de nouvelles formes adaptatives.
Les adaptations globales donneraient aux fonctions dites partielles des
possibilités d'utilisation meilleure.
La psychologie des fonctions que nous croyons indispensable au cours
de ces études présente également des écueils à éviter. Les réponses à
certains tests ayant un pourcentage significatif ou non significatif ont
des valeurs d'approche qu'on doit souvent interpréter. La non-existence
de troubles constructifs ou d'orientation vers l'âge de 12 ans, par exemple,
ne voudra pas dire que la désorganisation de ces fonctions n'a pas joué
un rôle dans les premières formes désorganisées. La bonne ou mauvaise
latéralisation n'a pas de valeur en soi, mais garde dans des cas indivi- \
duels une importance exceptionnelle pour l'interprétation du compor
tement de l'enfant face à l'activité lexique.
Dans un cas déterminé ce ne sont pas telles ou telles insuffisances
mais des faisceaux d'insuffisances qui donnent une « forme désadaptée ».
Cet ensemble de critiques nous amène à conclure que ce n'est que
par un travail d'équipe que le problème de la dyslexie sera résolu. Il
nous permettra de nous libérer de nos tendances trop personnelles et
d'aborder chaque cas par une étude pluridimensionnelle. DE L'APPRENTISSAGE DE LA LECTURE 393 TROUBLES
Avant d'aborder la pathologie des troubles de la lecture nous devons
essayer de comprendre la place que la lecture occupe dans l'ensemble de
nos activités et dans la ligne générale de l'évolution de nos conduites.
Quelles sont dans ce cadre les particularités de ce mode de langage?
Nous tiendrons compte de quelques données essentielles.
L'enfant commence à lire à partir d'un certain degré de maturation.
La phase de la lecture survient après les phases d'organisation orales
expressives et compréhensives.
Le langage oral de compréhension est plus primitif, plus ancien, à
une valeur de dialogue plus immédiate, une intimité affectivo-sociale
plus grande. Le langage oral est plus vécu qu'appris. Il est agi aussi
bien chez celui qui l'exprime que chez celui qui le reçoit. Il porte en lui-
même son développement et son enrichissement. La lecture est une
nouvelle forme de compréhension verbale tendant à se dégager des pri
mitives formes verbo-orales.
La lecture est perception de symboles graphiques à valeur significa
tive. Comme dans la perception ordinaire, la perception lexique passe
par des phases d'incapacité de fixation ou d'attachement à l'objet qui
est ici la lettre. Le champ des perceptions graphiques n'est pas un
champ de choix libre. Il est soumis à des règles de direction, de séria-
tion, de découpage dans un espace rétréci. Par ce fait les règles générales
de la perception d'objets, exploration puis fixation prennent ici des
allures particulières. En outre, les règles générales de l'ordination orale
interfèrent sur ces phénomènes perceptifs.
L'apprentissage de la lecture entre dans le cadre général de tous les
apprentissages. Il implique une complaisance dans l'activité et un effort
dans le travail. Cet apprentissage prend des valeurs affectives de jeu
ou de donation.
On comprend d'après ceci que les plans de clivage d'après lesquels
on a abordé le problème de la dyslexie soient : le plan d'organisation du
langage, le plan perceptif et le plan de relations affectivo-sociales. Nous
exposerons brièvement ces différents modes de concevoir le problème.
La lecture, dit Delacroix, est un symbolisme au second degré qui
devient un symbole direct. Ainsi se présente d'après nous la lecture dans le
cadre général du langage. La lecture représente quelque chose de symbol
ique par rapport au langage oral avant de devenir langage symbolique
en soi. Pendant longtemps, chez certains la lecture reste verbalisation
de mots-objets. Les mots, les phrases ne deviennent concepts qu'après
verbalisation, le percept n'étant conceptualisé qu'après une ébauche
motrice. Souvent, tant que le mot n'est pas exprimé il reste dépourvu
de tout sens et même de tout devenir dans la phrase. Dans la dyslexie
on met en évidence des fautes d'ordre phonétique pur ou des fautes 394 J. AJURIAGUERRA
d'ordre linguistique sur lesquelles parlera Mme Borel. Nous devons tenir
compte que, jusqu'à un certain point, les troubles de la lecture sont non
seulement troubles de compréhension du langage mais aussi troubles
de l'expression.
Mais nous voudrions insister sur le fait que le désordre linguistique,
dans ces cas, répond peut-être à des désordres plus généraux, temporo-
spatiaux, par exemple. Les troubles du langage joueront un rôle dans
les difficultés de la lecture par leur existence au moment de l'apprentis
sage lexique, par leur désordre dans l'ordination pensée-langage, mais
peut-être aussi parce qu'ils portent dans leur genèse elle-même un
désordre primitif qui dérègle ce nouveau langage perceptif.
C'est sur le plan perceptif que certains ont porté les recherches afin
d'éclaircir le difficile problème du retard de l'apprentissage de la lecture
chez les enfants. Ce se pose au niveau de l'organisation « pér
iphérique » et centrale de la perception.
Les facteurs périphériques attirèrent tout d'abord l'attention. Il
est certain que l'hypermétropie, l'astigmatisme sont une gêne pour la
lecture et qu'une réduction importante de l'acuité visuelle peut retar
der, pour des raisons visuelles et psychologiques, cet apprentissage. La
mise en évidence de ces facteurs n'est pas fréquente dans l'ensemble des
cas de dyslexie; lorsqu'ils existent, ils ne retardent pas nécessairement,
sauf dans les cas graves, l'apprentissage, et la correction chez certains
ne suffit pas à supprimer les difficultés. Le trouble visuel doit donc être
sans aucun doute corrigé lorsqu'il existe mais il n'existe pas dans tous
les cas de dyslexie et sa correction ne règle pas nécessairement le trouble
lexique de certains amblyopes. Renne a signalé d'ailleurs la possible
distinction clinique suivant le type de fautes entre l'alexie amblyopique
et la cécité congénitale.
On ne peut pas, par contre, éliminer d'emblée le rôle des troubles oculo-
moteurs. Nous connaissons en effet chez l'adulte des difficultés de lec
ture par lésion corticale allant de pair avec une désorganisation pro-
prioceptivovestibulaire de la musculature oculaire. Mais dans ces cas
de troubles dépassant largement le cadre de la lecture, il est possible,
comme le veut Spache, que, chez certains enfants, il existe des défauts de
fusion, des troubles de la vision de l'espace ou un rétrécissement du
champ visuel. Les résultats des enregistrements des mouvements oculo-
moteurs chez les normaux et les dyslexiques ne sont pas très significatifs.
Il est d'ailleurs évident qu'un trouble primitif de la compréhension
de la lecture entraîne un dérèglement oculomoteur au cours de cet acte.
Les mouvements peuvent ainsi être saccadés, la progression ralentie,
le balayage du champ réduit. Les modifications oculomotrices pouvant
ainsi être non pas primitives mais secondaires... Il est évident qu'au
cours de l'apprentissage de la lecture le champ perceptif ne se présente
pas comme le champ des choses qui nous entourent.
L'organisation « centrale » des troubles de la perception pose le pro- TROUBLES DE L'APPRENTISSAGE DE LA LECTURE 395
blême des rapports des troubles lexiques et des troubles du langage.
Ce problème se retrouve chez l'adulte comme chez l'enfant.
Dans les dissolutions de tous les auteurs tendent à admettre,
à côté de troubles lexiques intégrés dans l'aphasie de Wernicke, des
alexies dites pures. Ces dernières sont considérées comme des formes
particulières des agnosies. Il est en fait évident cependant que cette
agnosie pour les lettres n'est pas nécessairement associée à une agnosie
symbolique générale mais peut être nettement spécialisée dans la non-
reconnaissance de formules symboliques verbales. Depuis quelques
années, on tend- à séparer deux types d'alexie : une alexie optico-agno-
sique répondant à des lésions occipitales et une alexie optico-spatiale
répondant à des lésions pariétales.
D'un point de vue sémiologique, nous avons ainsi trois types d'alexies :
la première, intégrée dans l'ensemble des troubles du langage par lésion
de la zone de Wernicke, une deuxième s'accompagnant de troubles de
l'orientation du calcul « acalculie quasispatiale » et de la construction
par lésion pariétale et une troisième souvent accompagnée d'autres
troubles gnosiques et dont la lésion siège au niveau de la région occipi
tale. Les faits démontrent les possibles dissociations cliniques des disso
lutions du langage et de la lecture en particulier sans que cela implique
une psycho-physiologie normale dissociée. En est-il de même chez l'en
fant? Certains auteurs, s'attachant aux modifications du langage, n'ont
vu dans les dyslexies d'évolution que la manifestation d'un trouble lin
guistique général, d'autres soulignant la particulière électivité du trouble
l'ont intégré dans les catégories de modifications gnosiques électives pour
les symboles verbaux. Schilder, en particulier, s'élevant contre les
notions défendues par Goldstein d'après lesquelles il n'y a pas de dys
fonctionnement isolé, défend que ces dyslexies répondent à un trouble
primaire isolé d'une fonction gnosique intellectuelle.
Ces discussions n'ont de sens que si on les place dans le cadre de l'ap
prentissage de la lecture. La facilité de la lecture ne dépend pas seul
ement de facteurs gnosiques mais aussi d'une différenciation des lettres
dont quelques-unes gardent une valeur par la position de certains él
éments dans l'espace, d'une ordination dans le mot, d'une sériation phra-
suelle. Le mouvement de la gauche vers la droite indispensable, l'organi
sation préalable du champ spatial avec la précession du « balayage »
et la rétrocession vers la lecture proprement dite sont capitaux. Le rôle
de la structuration spatio-temporelle, déjà mis en valeur dans l'organisa
tion du langage oral, se surajoute donc ici aux particularités perceptives
de la lecture.
Si Head avait déjà insisté sur le défaut dans l'appréciation des rythmes
et de l'organisation rythmique de la phrase des aphasiques syntactiques,
ce fut van Woerkom qui, étudiant l'aphasie, releva que le déficit peut
se manifester dans le stade pré-linguistique, stade d'analyse et de syn
thèse dans le temps et dans l'espace qui précède le stade du schéma de 396 J. AJURIAGUERRA
la phrase. Aussi peut-on trouver chez ces malades, au point de vue spat
ial, une « perte du sens géométrique » et, du point de vue temporel, une
perte de l'idée de succession des éléments dans un tout. On trouverait,
chez les aphasiques, un trouble plus primitif que le linguistique propre
ment dit, un trouble des données temporo-spatiales, données qui per
mettent le développement de la pensée symbolique. L'aphasie est ainsi
expliquée par une désorganisation générale, un trouble de cette fonction
que Mourgue appela plus tard de découpage et d'opposition.
Il est évident que cette fonction apparaît comme une nécessité pour
un apprentissage normal de la lecture. Il est en effet indispensable au
cours de l'apprentissage de la lecture, d'assurer une intégration du mot
et une différenciation dans le mot des formules abstraites syllabes et
lettres. Mais dans la lecture fluante, ce découpage n'est pas le même
que lors des balbutiements de la lecture, il rentre dans une formule
mélodique mouvante.
Il existe dans la lecture, en tant que celle-ci est mouvement dans
l'espace, une rythmicité, un sens, une orientation particulière au pro
cessus perceptivo-oculo-moteur. Mais en tant que langage expressif
(la lecture est très souvent compréhension d'un langage verbalisé par
le lecteur) la lecture, comme l'expression orale, se déroule sur un « moule
phrastique rythmo-mélodique » (Pichon et Mme Borel-Maisonny).
Ombredane, Mme Borel-Maisonny ont insisté sur les troubles des
perceptions de rythmes dans les dyslexies d'évolution ainsi que sur
l'effet favorable d'une éducation qui recourt à la lecture rythmée. C'est
dans ce sens des désorganisations temporo-spatiales qu'on doit envisager
le problème des relations entre les troubles de la latéralisation et des
dyslexies.
Le problème de la dominance hémisphérique est intimement lié aux
discussions pathogéniques sur les désorganisations des fonctions symbol
iques. Nous le retrouvons sans cesse à propos des cas anatomo-cliniques
d'aphasie, d'apraxie, d'agnosie. La notion du rôle exclusif d'un hémis
phère pour une certaine fonction actuellement critiquée tend à être
remplacée par la notion de prévalence du rôle d'un hémisphère : on
distingue ainsi un hémisphère majeur et un hémisphère mineur. Ces
hémisphères en zones particulières à valeur fonctionnelle quantitative
ment différente participent cependant tous deux à la fonction; ainsi,
est introduite la notion de partage. On admet donc la latéralisation
hémisphérique mais aussi la collaboration interhémisphérique jouant
au profit de la fonction.
Depuis quelques années, à la suite des travaux de Travis et d'Orton,
l'accent est mis non point sur cette collaboration mais sur les désordres
produits par un conflit de dominance. L'absence d'une dominance nett
ement affirmée serait ainsi la cause de certains troubles du langage,
dyslexie d'évolution en particulier.
Parmi les désordres rattachés à ce trouble de la dominance on retient TROUBLES DE L'APPRENTISSAGE DE LA LECTURE 397
comme particulièrement caractéristiques : l'inversion de la lecture des
lettres à l'intérieur d'un mot (inversions kinétiques), la confusion de à graphisme voisin mais à orientation différente (inversions
statiques), l'écriture ou la lecture en miroir.
Mais on doit signaler : que les inversions kinétiques et statiques se
retrouvent également chez des dyslexiques à latéralité affirmée; que
les confusions peuvent exister sur des lettres dont la ressemblance ne
peut s'expliquer par une orientation différente; que les confusions portent
également sur des phonèmes proches les uns des autres par des ressem
blances phonétiques.
La lecture en miroir ou inversée est par ailleurs rare chez les dys
lexiques. Il en est de même de l'écriture en miroir spontanée. Par contre,
l'écriture en miroir expérimentale, écriture droite vers la gauche avec
la main gauche, est fréquente mais elle est également très fréquente
chez les enfants normaux du même âge d'après un sondage fait sur une
centaine d'enfants à scolarité normale.
L'ensemble des faits donnés comme caractéristiques d'une mauvaise
la téralisation des- dyslexiques ne peut être abordé d'un point de vue
théorique que si on essaie de l'englober dans l'ensemble du problème
de la lecture.
Nos études nous portent à reconnaître la fréquence de la gaucherie
chez les dyslexiques. On dit que la gaucherie n'est pas un déficit; nous
croyons que c'en est un étant donné que dans la société actuelle un cer
tain nombre d'activités sont réglées dans un sens défini.
L'action des troubles de la latéralisation chez les dyslexiques a été
comme on le sait interprétée par Orton comme une insuffisance de domi
nance entraînant l'utilisation des engrammes symétriques orientés dans
des directions opposées, la perception en miroir venant se mêler à la
perception normale. Ombredane avec juste raison s'élève contre l'hy
pothèse sensorielle et trouve que la gaucherie entraîne plutôt un désordre
de caractère moteur.
Le problème important se pose d'après nous sur le plan de la réalisa
tion praxique et de l'organisation somatognosique. L'enfant bien laté
ralisé présente dans sa droiterie ou dans sa gaucherie des points de réfé
rences directionnels précis, celui qui.est mal latéralisé ou contrarié perd
des points de repères importants pour ses conduites constructives et
organisatrices. Ceci est d'autant plus important que les difficultés sont
en outre accrues par les interventions sociales ou parentales inadéquates
et par les problèmes affectifs que ces difficultés du choix impliquent.
Cette lutte pour le choix de la « main utile » désorganise les rapports du
corps avec l'espace et les données spatiales qui en sont la conséquence
(des troubles dyssomatognosiques ont déjà été signalés par Cenac et
Hecaen). Ces désordres, qui peuvent se manifester d'une manière plus
frappante au cours de l'activité ordinaire dans un espace libre, jouent
un rôle tout particulier dans cet espace rétréci au sein duquel la succès-
Intégrer cette publication à votre blog ou à votre site Internet Signaler un abus
Informations & Statistiques
Langue : Français
Exprimez-vous
