Espace postural et espace environnant (le schéma corporel). - article ; n°1 ; vol.15, pg 1-33

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Enfance - Année 1962 - Volume 15 - Numéro 1 - Pages 1-33
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1962
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Henri Wallon
Liliane Lurçat
Espace postural et espace environnant (le schéma corporel).
In: Enfance. Tome 15 n°1, 1962. pp. 1-33.
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Wallon Henri, Lurçat Liliane. Espace postural et espace environnant (le schéma corporel). In: Enfance. Tome 15 n°1, 1962. pp.
1-33.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/enfan_0013-7545_1962_num_15_1_2278Espace postural et espace environnant
( le schéma corporel )
par
Henri WALLON et Liliane LURÇAT
INTRODUCTION
L'image courante de l'espace est pour nos contemporains celle du
lieu aux limites indéfinies qui contient tout ce qui existe de la réalité
matérielle et toutes les forces qui agissent dans le monde. Cette image
est souvent considérée comme une intuition immédiate ou comme une
condition nécessaire de la réalité.
Cependant la conception de l'espace varie avec les civilisations : les
croyances des primitifs indiquent que dans un même lieu peuvent co
exister plusieurs objets à la fois, ou au contraire que le même objet
peut occuper à la fois plusieurs lieux de l'espace ; l'ubiquité ni la coexis
tence locale ne sont gênants pour eux ; est une notion qualitative
plutôt qu'un ordre entre les objets ou entre les êtres. La conception de
l'espace varie également avec les systèmes philosophiques, d'Aristote à
Descartes, de Descartes à Leibnitz, de Leibnitz à Newton, etc.. c'est-
à-dire qu'elle varie aussi suivant les systèmes d'explication scientifiques.
Et elle varie encore si nous considérons la genèse des conceptions usuelles
de l'espace. Loin d'être une notion primitive, l'espace courant est une
construction où interviennent différents facteurs que l'on peut rapporter
à différentes sensibilités ; ces accords sont très précoces et ainsi ils
échappent en grande partie aux investigations du psychologue. Les syn
thèses élémentaires intersensorielles et interposturales commencent avec
les premiers gestes de l'enfant, elles occupent les deux premières années
en passant par des niveaux progressivement très différents. La réalité
devant laquelle nous nous trouvons est déjà le produit de combinaisons
primaires et les sensibilités kinesthésiques qui répondent aux dépla
cements de notre corps sont déjà étroitement unies à l'espace ambiant
où nous localisons l'existence des objets, et où se déploient nos actes.
Le terme corrélatif de l'espace ambiant a été systématisé sous le
nom de schéma corporel, mais les interférences des deux sont telles,
par exemple entre l'image corporelle de soi et celle des autres, les
impressions d'ordre proprioceptif sont si étroitement combinées, que la
notion de corps propre est souvent diffile à démêler des existences object
ives, que le schéma corporel reste une notion ambiguë et flottante,
variable d'ailleurs avec les auteurs. On l'a considéré comme une chose
existant à priori, on s'est demandé quelle était la conscience qui répondait
au corps, on est parti de l'anatomie et on a eu l'air de considérer
• H. WALLON et L. LURÇAT 2
qu'il y avait une conscience de chaque partie du corps comme telle.
Peut-être la présente étude éclairera-t-elle le problème.
Nos recherches ont montré . que le schéma corporel ne coïncidait
pas forcément avec le corps anatomique, mais que dans le schéma
corporel il y avait des rapports d'ordres divers dans l'espace, espace postural
et espace ambiant, et que l'on ne pouvait pas étudier le schéma corporel
sans faire intervenir la position du corps dans l'espace et sans définir
les rapports du corps avec l'acte mimé et avec l'acte sur les objets avec
la personne d'autrui, avec un mannequin, et on a obtenu, suivant qu'il
s'agit d'imitation ou d'ordre verbal, des résultats différents.
Finalement les épreuves de notre travail ont consisté à déterminer la
prise de conscience de soi et d'autrui, du geste sur soi et du geste sur objet,
des directions à repérages différents. Il faudra ajouter d'autres distinctions.
Dans l'espace postural, interviennent aussi des états d'équilibre, des états affect
ifs, il ne coïncide pas lui non plus rigoureusement avec les organes, il s'y
ajoute suivant les cas des états d'appréhension, de dilatation satisfaite ou
de rétraction sur soi. L'espace postural et le schéma corporel qu'il anime
n'est pas un ensemble fermé, c'est un tout dynamique qui peut varier
avec les rapports de l'être vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis d'autrui et à
l'égard des objets. Deux termes en présence, d'une part l'espace ambiant où
nous rangeons les choses et nous-mêmes, d'autre part, le résultat de ces
sensibilités rapportées à nous-mêmes et qui constitue ce qu'on appelle
communément le schéma corporel. Cette opposition entre espaces n'empêche
pas que les deux termes soient étroitement imbriqués l'un dans l'autre.
Deux points de vue : le point de vue génétique où ils se combinent, et le
point de vue de la conscience qui les distingue et qui les éprouve d'une
façon plus ou moins systématique. Notre étude va porter sur ces combi
naisons des deux facteurs, l'espace postural et l'espace ambiant qui sont
indivisibles et complémentaires, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de représentation
de l'espace sans l'étude des relations qui existent entre ces deux termes et
qui se développent encore, se précisent et se différencient à l'âge pré-scolaire.
Dans les rapports de l'espace postural et de l'espace ambiant il
y a différents niveaux. Il y a d'abord les gestes orientés par l'habitude ou
par l'automatisme et la prise de conscience de leur adaptation aux direc
tions de l'espace. Il y a les actes qui ont une motivation extérieure à et qui sont l'adaptation objective à l'espace ambiant. Il y a
l'acte symbolique ou fictif qui doit se passer de la présence réelle de l'objet
qui est un degré plus élevé que l'automatisme, il est conditionné, non pas
par habitude, mais par un objet de l'espace, qui est supposé dans l'espace,
mais qui est absent. Tout cela répond à des niveaux différents du dyna
misme corporel. Dans un cas il y a autonomie relative du mouvement, dans
l'autre cas, il y a adaptation nécessaire du mouvement ou des attitudes à
des directions concrètes ou vers des objets situés dans l'espace, et, troisième
niveau, le mouvement doit s'exécuter sans objet, mais avec objet imaginé,
d'où ressemblance à la fois au mouvement automatique, qui est exécuté
pour lui-même et au mouvement objectif, qui est exécuté en vue d'un but
perceptible. ESPACE POSTURAL ET ESPACE ENVIRONNANT 3
Nos expériences ont porté sur quatre séries d'épreuves.' Le modèle
était donné par l'intermédiaire d'un mannequin articulé auquel l'expér
imentateur imprimait différentes attitudes que l'enfant devait imiter. Le
modèle représentait premièrement des gestes subjectifs, appelés ainsi parce
qu'ils n'ont pas d'autres motifs qu'eux-mêmes, l'enfant doit imiter ou exé
cuter des mouvements des bras et des jambes mettant en jeu de façon
diverse les différentes directions de l'espace. Nous avons étudié, dans cette
série, des gestes croisés par rapport à l'axe du corps, droite gauche, gauche
droite. La seconde série comportait des gestes que nous avons appelés
objectifs parce qu'ils se référaient à des actes ou à des objets extérieurs,
ici encore nous avons des épreuves de gestes croisés. Après le modèle fourni
par l'expérimentateur, l'enfant est appelé à manipuler lui-même le manneq
uin et à lui donner des positions diverses, puis à réaliser lui-même
ces positions. Ensuite, l'expérimentateur intervient en posant des questions
à l'enfant, en le priant d'indiquer sur lui-même et sur le mannequin ou
sur l'expérimentateur, les différentes parties du corps. C'est un complément
verbal de l'épreuve qui permet de reconnaître l'identification de son schéma
corporel.
Quelques-unes de ces recherches, celles relatives aux mouvements subj
ectifs, se sont rencontrées, mais sans aucune influence réciproque, avec
certaines de celles que Mlle Irène Lézine a poursuivies sous le nom de gestes
d'imitation. Nous devons également citer, antérieurement à nous, le doc
teur Tournay, qui a utilisé avec des enfants déficients moteurs, en parti
culier des paralysés, un mannequin pour les rééduquer. Notre but était
différent de celui poursuivi par Mlle I. Lézine, qui s'est surtout souciée
d'étalonner, en fonction de l'âge, les différentes épreuves qu'elle utilisait afin
de les proposer comme tests de développement moteur. Le docteur Tournay
s'est attaché essentiellement à des fins thérapeutiques. Pour nous, le problème
était autre, c'était de voir les rapports qui existent entre les différents
espaces, celui du corps, celui de l'espace ambiant. Notre but se réfère sur
tout à la Psychologie génétique, qui essaye de retrouver au cours de l'acti
vité de l'enfant les différentes combinaisons d'où résultent les conceptions
courantes de l'individu physique dans ses rapports avec l'espace ambiant.
Pour rendre la recherche plus objective, et pour éviter l'intervention d'él
éments affectifs qui pourraient être liés à des iientifications entre l'expérimenta
teur et l'enfant, nous avons utilisé un mannequin articulé, d'une taille de 32 cm,
susceptible de figurer toutes les combinaisons d'attitudes et de mouvements. Il
était fait de pièces mobiles les unes sur les autres, sans ressemblance excessive
avec 'te corps humain, de manière à isoler les gestes d'une morphologie trop figurat
ive. Ainsi voyons-nous à l'état pur des gestes et leurs rapports avec les directions
de l'espace. Les résultats obtenus à l'aide du mannequin ont été contrôlés et
élargis par des épreuves relatives les unes au schéma corporel proprement dit, les
autres à des objets appartenant à l'espace ambiant ou supposés y être, c'est-à-
dire relevant de l'activité réelle ou de la fiction.
Dans le relevé des résultats, nous donnerons une classification qui distingue
des catégories d'enfants suivant l'âge et suivant qu'ils sont encore à l'école matern
elle ou qu'ils sorit passés à l'école primaire. Certaines épreuves sont constam
ment réussies par les enfants de l'école primaire, il sera donc inutile de répéter
les résultats devenus tous positifs. Par contre, nous avons cru plus en rapport
avec leur distribution de faire de nos tableaux d'ensemble deux groupes à l'école
maternelle et trois à l'école primaire. Certains résultats présentent à
l'école maternelle une progression suivant six groupes d'âge s'échelonnant de six
mois en six mois, puis de trois en trois mois. H. WALLON et L LURÇAT 4
Nombre d'enfants : 356 âgés de 2 ; 11 à 13 ; Ecole maternelle 188 enfants,
soit 89 de 2 ;11 à 4 ;7 et 99 de 4 ;8 à 6 ; Ecole primaire : 168 enfants, 52 de deux
cours préparatoires âgés de 6; à 7;5 ; 60 de deux classes élémentaires première
année, âgés de 7;6 à 8;5. 56 venant de différentes âgés de 9 et plus.
Les plus âgés ayant 13 ans et en fort petit nombre. Ce dernier groupe a servi
de comparaison. Pour les observations ne concernant que les enfants de l'école
maternelle la répartition est la suivante. Six groupes de 2 ;11 à 6 ; groupe 1.
25 enfants de 2;11 à 3;5, groupe 2, 26 de 3 ;6 à 4 ; groupe 3, 38 de 4;1
à 4;7, groupe 4 ; 38 de 4;9 à 5;2, groupe 5 26 de 5;6 à 5 ;9 et groupe 6,
35 enfants de 5;10 à 6 ans.
Classement des consignes en fonction des types d'épreuves :
1. Mouvements subjectifs des bras et des jambes :
1) Mouvements symétriques des bras
a) verticaux en l'air
b) horizontaux sur le côté
c)de face.
2) Mouvements asymétriques des bras
a) droit vertical, gauche horizontal de face
b)de côté
c) gauche vertical, droit horizcnta de face
d)horizontal de côté
3) Mouvements croisés subjectifs
a) main arotte joue gauche
b)gauche droite
c) main droite cuisse gauche
d)gauche droite
4) Mouvements des jambes
a) jambe droite horizontale
b)gauche
c) genou droit plié
d)gauche plié
IL Mouvements objectifs des bras et des jambes :
5) Gestes concrets des bras
a) il porte un parapluie (main droite)
b) il mange (main droite)
c) il dit bonjour (main droite)
d) il écrit (main droite)
6) Gestes concrets des jambes
a) il donne un coup de pied (droit)
b) il saute (pieds joints, bras en arrière)
c) il court (jamba droite en avant, bras gauche en avant, droit
en arrière)
7) Gestes concrets, mains jambes
a) il lace son soulier (genou droit levé, plié, deux mains à la
chaussure) ;
b) il se gratte le genou (main droite genou gauche) ESPACE POSTURAL ET ESPACE ENVIRONNANT 5»
8) Mouvements croisés objectifs
a) il ramasse un. papier (à gauche de la main droite au sol)
b) il le pose (niveau de la taille, à droite de la main gauche)
c) il prend un pot de confiture sur une étagère (niveau de la
tête', à gauche, de la main droite)
d) il prend un livre sur une armoire (à droite, de la main gau
che, bien au-dessus de la tête).
III. Manipulation et imitation :
9) Manipulation, simple
a) Pais-le manger avec sa main à lui
b) fais-lui dire bonjour
c)mettre son chapeau.
10) Manipulation suivie d'imitation
a) Penche-le en arrière
a') mets-toi comme lui
b) penche-le en avant
b mets-toi comme lui
c)sur son côté gauche à lui
c') comme lui
d) panche-le sur son côté droit à lui
d' mets-toi comme lui
e) fais-lui toucher l'épaule droite avec la main gauche
e') mets-toi comme lui
f) fais-lui toucher le genou gauche avec la main droite
f ') mets-toi comme lui
g) fais-lui montrer le chemin avec sa main
g') mets-toi comme lui
h) fais-lui enioncer un clou avec un marteau, de quelle main
tient-il le clou ?
h' mets-toi comme lui
IV. Questionnaire :
1) Montre-moi sur le bonhomme : a) son épaule droite ; b) son bras
gauche , c) son genou droit ; d) son pied gauche.
2): a) ton bras droit ; b) celui du bonhomme ; c) mon bras
droit.
3) A quoi reconnais-tu ma main droite ?
4) Quand tu es en face de quelqu'un, est-ce que sa main droite est
du même côté que la tienne ?
PREMIÈRE SÉRIE, MOUVEMENTS SUBJECTIFS
1) Mouvements symétriques des bras et des jambes :
Tous les mouvements symétriques (verticaux en l'air, horizontaux de
côté, horizontaux de face) sont réussis par les enfants de l'école primaire,
c'est-à-dire à partir de six ans. Il n'y a d'échecs, assez rares, que chez les
enfants de l'école maternelle, les échecs consistant en confusions devant
derrière, l'enfant portant les bras derrière lui au lieu de les porter en avant.
D'autres fois, ils limiteront le geste aux seuls avant-bras ; enfin, il y a eu des
refus dont la signification est étudiée plus loin. 6 H. WALLON et L. LURÇAT
2) Mouvements asymétriques des bras :
Nous y relevons beaucoup plus d'erreurs. Celles des mouvements symét
riques se retrouvent, confusions devant derrière assez rares, utilisation
d'une seule main. Et une erreur qui ne pouvait pas se produire dans les
mouvements symétriques, celle du miroir. Il est remarquable qu'elle
augmente d'âge en âge et qu'elle se perpétue à l'école primaire. Il semble
qu'il y ait l'âge du miroir, par influence du modèle, copié littéralement,
c'est-à-dire sans rectifications par référence hétéro-posturale, et par pré
pondérance des références auto-posturales sur la réalisation visuelle.
3) Mouvements croisés subjectifs :
Les mouvements croisés donnent lieu à des erreurs qui varient avec l'âge.
A l'âge le plus jeune (2;11 à 3;3), l'homolatéralité, c'est-à-dire l'action du
bras dans le champ correspondant, droit pour les membres droits, gauche pour
les membres gauches, tend à l'emporter, comme si l'axe du corps déterminait
une préférence homolatérale. Ce genre d'erreur régresse avec l'âge, apparaît
la réaction en miroir. Le miroir répond à la dominance sur la latéralité
d'une image où intervient un contrôle visuel, il se situe donc entre les
déterminations purement spatiales du mouvement subjectif et le moment où
l'enfant devient capable d'interpréter une image visuelle par la notion du
vis-à-vis et la rectification qui peut s'ensuivre pour l'assimilation du corps
propre et du corps d'autrui.
Ces mutations ne sont pas d'un bloc. Elles sont relatives au genre de
mouvement, elles sont plus précoces pour les mouvements subjectifs, c'est-
à-dire que chez le même enfant, elles se produisent à des dates différentes
suivant la tâche à exécuter.
Tableau
homolatéralité et miroir dans les gestes croisés subjectifs
Groupe 1 : 89 enfants de 2;11 à 4;7 Groupe 2 : 99 enfants de 4;8 à 6
a b c d a b c d
Homolatéralité % ..47 47 53 47 Homolatéralité % ..43 43 48 42
Miroir % 33 33 21 27 Miroir % 61 66 61 78
Groupe 3 : 52 enfants de 6;5 à 7 ;5 Groupe 4 : 60 enfants de 7 ;8 à 8;5
a b c d a b c d
Homolatéralité % .. 32 25 34 17 Homolatéralité % .. 23 25 20 18
Miroir % 65 73 61 80 Miroir % 71 73 66 70
Groupe 5 : 56 enfants de plus de 9 ans
a b c d
Homolatéralité % . . 0 0 0 0
Miroir % 55 60 55 55
Réussite % 33 35 41 42
Ces gestes croisés subjectifs correspondent à : a) main droite joue
gauche, b) main gauche joue droite, c) main droite cuisse gauche, d) main
gauche cuisse droite. ESPACE POSTURAL ET ESPACE ENVIRONNANT 7
4) Mouvements subjectifs des jambes :
Les mouvements subjectifs des membres inférieurs posent de nouveaux
problèmes en raison de la tendance à alterner le mouvement des deux
jambes. Si la première jambe qui exécute le mouvement est la bonne, toute
la série sera une réussite ; mais si, au contraire, l'enfant a levé d'abord la
jambe qui ne convenait pas, l'alternance naturelle dans les mouvements
des membres inférieurs entraînera l'erreur de toute la série. Il y a aussi
des cas où c'est toujours la même jambe qui répète le même mouvement
ceci sans doute pour des raisons d'équilibre, chaque jambe ayant une fonc
tion particulière, la droite l'initiative motrice, la gauche stabilisant le
corps (1). Il y a donc deux sortes de réussites, ljme fortuite, l'autre résultant
d'un progrès de la conscience corporelle, la réussite fortuite ayant tendance
à diminuer dans la période du miroir (2).
Tableau
des mouvements subjectifs des jambes pour l'ensemble des enfants
Groupe 1 : 89 enfants de 2)11 à 4;7 Groupe 2 : 99 enfants de 4;8 à 6
a b c d a b c d
Miroir % 41 40 47 86 Miroir % 65 58 70 63
Répétition. % 59 63 57 Répétition % 50 29 47
Réussite % 40 25 23 20 Réussite % 30 21 17 14
Groupe 3 : 52 enfants de 6)5 à 7 ;5 Groupe 4 : 60 enfants de 7;6 à 8;5
a b c d a b c d
Miroir % 57 57 73 75 Miroir % 70 71 83 86
Répétition % 34 21 19 Répétition % 11 11 5
Réussite % 11 7 5 5 Réussite % 18 11 8 5
Groupe 5 : 56 enfants de plus de 9 ans
a b c d
Miroir % 41 51 35 32
Réussite % 55 46 62 63
La comparaison entre les enfants qui alternent le lever des deux jambes,
soit en miroir, soit par réussite, celle-ci pouvant être due au hasard de la
jambe levée la première ; et ceux qui répètent le lever de la même jambe,
montre que les deux cas peuvent entre-mêler leurs effets. Mais certains font
indiscutablement de la vraie persévération, c'est-à-dire qu'ils lèvent quatre
fois de suite la même jambe, d'autres font conjointement alternance et
N° i, (1)1958, Equilibre Henri statique, Wallon, équilibre Eugénie en Evart mouvement, Chmelniski double Rachel latéralisation Sauterey. in Enfance,
(2) Notre travail étant déjà élaboré, nous avons pris connaissance des recherches
faites par Mme Spionek de Varsovie sur les façons différentes suivant l'âge de réagir à
une consigne motrice qui met en cause la distinction de la droite et de la gauche.
Les enfants les plus jeunes réagissent en miroir, ensuite c'est l'alternance qui entre en jeu
donnant une réussite ou un échec suivant que le premier geste initié répond à une latéra
lisation correcte ou non. Enfin, l'enfant a pris conscience de la droite et de la gauche
sans référence mutuelle et devient capable de se corriger si par hasard il a commencé
par une erreur. H. WALLON et L. LURÇAT 8
répétition. L'alternance progresse avec l'âge, la persévération se maintient
ou régresse, ainsi que la répétition partielle. L'alternance peut être du même
niveau que le miroir, elle peut aussi être détachée du modèle, c'est alors une
succession proche du rythme physiologique. La persévération est liée à l'équi
libre de la marche. L'alternance et la répétition qui vont de pair se font le
plus souvent de la façon suivante : l'enfant lève une jambe, puis l'autre, il
répète le lever de la seconde jambe, puis il change de nouveau. Il semble qu'il
y ait un conflit entre l'équilibre et l'alternance, qui se résoud dans le sens
de l'alternance.
Tableau
concernant les six groupes de l'école maternelle
Enfants faisant de deux à quatre répétitions de la même jambe.
groupes 12 3 4 5 6
% 44 46 50 39 34 28
Enfants faisant quatre répétitions de la même jambe.
groupes 12 3 4 5 6
%15 7 5 3 8
Enfants faisant de l'alternance.
6 groupes 1 2 3 4 5
% 20 34 42 52 65 68
Réussite par automatisme et réussite par choix :
Ce qui paraît l'emporter, c'est l'alternance, mais ce n'est pas encore
l'alternative où il y a un choix à réaliser entre l'un et l'autre côté, ceci
démontre les différents niveaux de l'acte. L'alternance est un facteur en
rapport avec l'activité que vient de déployer le sujet, c'est le sentiment de
la dualité ou du couple qui différencie et qui unit le mouvement des deux
côtés du corps. C'est en rapport en partie avec la kinesthésie, en partie avec
la forme de l'acte. L'alternance est plus précoce pour les membres infé
rieurs où le couple des deux jambes est plus automatique. L'alternance met
en jeu la parité et la différence des deux côtés, elle suppose un changement
et une ressemblance (exécution d'un côté et de l'autre).
L'alternance se rencontre dans l'automatisme (alternance de la marche
par exemple), et l'alternative est un acte, c'est un choix entre deux actes. Il
peut y avoir à l'origine confusion partielle des deux, par exemple, dans l'a
pprentissage du labyrinthe ; si ce n'est pas à droite, c'est à gauche. Mais l'alte
rnative se dégage rapidement de la simple alternance, en figurant une double
possibilité ou les deux termes d'une même possibilité entre lesquels il est
possible de choisir. ESPACE POSTURAL ET ESPACE ENVIRONNANT 9
Commentaires sur les mouvements subjectifs des bras et des jambes :
Série 4. — Gestes croisés subjectifs :
les miroirs sont très rares chez les jeunes, forte proportion d'homolatéralité
alternée de la gauche puis de la droite. L'évolution se fait par une augmentation
progressive du pourcentage de miroirs non seulement dans la perspective
génétique, mais également dans la succession des actes ; chez les enfants;
les plus âgés de l'école maternelle, diminution progressive de l'homolatér alité
et augmentation progressive des miroirs dans la succession des quatre gestes.
Chez les enfants de l'école primaire, le miroir domine nettement.
Série 6. — Gestes des jambes :
les réussites sont dues chez les plus jeunes au hasard du lever de la première
jambe puis à l'alternance. L'équilibre et l'alternance sont parfois en conflit,
l'équilibre tendant à favoriser la répétition du lever de la même jambe, l'alte
rnance étant plus proche du mouvement de la marche. Avec l'âge évolution
vers le miroir. Le choix de la jambe équilibrante est nettement la gauche
chez les droitiers (rôle1 de soutien et de stabilisation du côté gauche).
DEUXIÈME SÉRIE : MOUVEMENTS OBJECTIFS
5) Gestes concrets :
Pour les gestes concrets, on pourra s'étonner que dans l'une des séries,
la série 5, toutes les épreuves sont prescrites pour la main droite. Comme il
s'agissait d'actes concrets, nous n'avons pas voulu mettre en conflit, chez la
plupart des enfants qui sont droitiers, les habitudes avec les faits d'imitation
qui leur sont demandés. Effectivement, il est frappant de voir que, malgré cette
supériorité donnée à la main habituellement dominante, les faits de miroir,
c'est-à-dire la prédominance du modèle visuel, soient aussi nombreux. Nous
assistons à un conflit qui tend à opposer l'image d'tin geste et la sugges
tion de l'acte commandé qui se complète et se concrétise dans l'image de
sa réalisation totale. L'enfant invité à dire bonjour complète le geste, invité
à écrire, il cherche un crayon pour exécuter réellement l'acte.
Tableau
Réussite et miroir dans la série 5
Groupe 2 : 99 enfants de 4; 8 à 6 Groupe 1 : 89 enfants de 2; 11 à 4;7
à b c d a b c d
Réussite % 55 57 64 60 Réussite % 24 27 31 32
Miroir % 31 23 22 16 Miroir % 71 68 64 52
. Groupe 3 : 52 enfants de 6; 5 à 7; 5 Groupe 4 : 60 enfants de 7 ; 6 à 8; 5
a b c d a b c d
Réussite % 30 26 28 50 Réussite % 21 23 28 45
Miroir % 67 71 71 46 Miroir % 78-76 71 55
Groupe 5 : 56 enfants de plus de 9 ans
a b c d
Réussite % 37 35 64 78
Miroir % 66 64 46 21

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