Problèmes éducatifs du jeune prématuré - article ; n°3 ; vol.11, pg 213-243

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Enfance - Année 1958 - Volume 11 - Numéro 3 - Pages 213-243
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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Irène Lézine
Problèmes éducatifs du jeune prématuré
In: Enfance. Tome 11 n°3, 1958. pp. 213-243.
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Lézine Irène. Problèmes éducatifs du jeune prématuré. In: Enfance. Tome 11 n°3, 1958. pp. 213-243.
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par
Irène LÉZINE
Nous avons examiné régulièrement, au cours de situations con
trôlées à l'aide de notre échelle de baby tests, 127 jeunes pré
maturés et comparé leur évolution à celle de 122 enfants nés
à terme, issus d'une population analogue : Notre population de
prématurés se répartit ainsi : nés au terme de 6 mois : 18 filles et 14 garçons.
» » de 7 » : 31 » et 28 »
» » de 8 » : 19 » et 17 »
L'analyse du comportement des enfants en situation libre et en situa
tion dirigée, les échanges fréquents que nous avons avec les parents
des deux groupes, nous ont permis d'étudier certains problèmes d'élevage
plus fréquemment évoqués dans la population des prématurés dont les
familles recherchent et acceptent volontiers les conseils pédagogiques *.
Premiers moments d'adaptation réciproque
entre la mère et l'enfant.
Les premières distinctions entre attitudes parentales et difficultés des
enfants chez les prématurés et les enfants nés à terme s'opèrent à par
tir d'un questionnaire de dépistage qui permet de situer certaines tech
niques pédagogiques et certaines routines de la vie familiale. Nous avons
vite fait de constater alors que les difficultés signalées sont plus nomb
reuses chez les prématurés.
Dans la population d'enfants nés à terme, qui nous sert de contrôle,
les problèmes éducatifs se posent assez tardivement. Ils sont rares avant
l'acquisition de la marche et ne prennent une forme aiguë que vers le
18e mois, période où les caprices de l'enfant sont violents et s'expliquent
souvent par les entraves que l'on impose à son besoin d'exploration.
La situation conflictuelle est, du reste, souvent d'autant plus violente
que la première période d'évolution de l'enfant s'est déroulée dans le
calme. Lorsque l'enfant est en bonne santé, la mère parle parfois des
premiers problèmes qui se posent pour l'organisation des repas, du som-
1. Les conclusions auxquelles nous aboutissons quant au développement psycho
moteur de ces enfants sont présentées dans Études Néo Natales, N° 1, vol. VII, 1958.
Nous y donnons le compte rendu des situations expérimentales et de la composition
des groupes d'observation dans le cadre d'une enquête menée depuis 1954 à la con
sultation du Dr Minkowski à l'hôpital Baudelocque. (Service du professeur Lacomme). 214 /. LÉZINE
meil, de la toilette, mais à moins d'être particulièrement maladroite,
elle ne considère pas cette période comme offrant des difficultés sen
sibles. Les premières inquiétudes maternelles ne commencent à s'expri
mer dans le groupe des enfants nés à terme qu'à l'occasion de l'acquisi
tion de la propreté et de la date normale d'apparition du langage. Simul
tanément, nous voyons apparaître les premières interprétations que les
parents donnent du caractère de l'enfant avec tout ce que cette notion
recouvre d'opposition et d'imprévu dans les réactions enfantines.
Dans la population des enfants prématurés, nous sommes en pré
sence d'un tout autre tableau. La première phase d'adaptation est plus
•délicate et plus longue. En dehors de quelques cas particulièrement
privilégiés, l'inquiétude des mères augmente car si, comme nous l'avons
déjà dit ailleurs, la croissance de l'enfant prématuré reste parallèle à
celle de l'enfant d'un poids moyen, elle ne la rejoint pas dans la pre
mière année. En même temps, d'autres aspects du retard s'affirment
surtout sur le plan postural : certains enfants ne tiennent pas bien leur
tête, ne jouent pas avec les objets, sourient plus tardivement, tiennent
assis en équilibre plus tard aussi. Mais c'est sur l'âge où l'enfant va
marcher que se concentre le plus l'inquiétude des mères. Elles ont rar
ement pris l'habitude de comparer leur bébé à un enfant plus jeune en
tenant compte du degré de prématurité de leur enfant, et ce moment
dans l'évolution de l'enfant leur paraît crucial, masquant bien d'autres
problèmes d'évolution de l'enfant où son retard passe inaperçu.
Les difficultés de la mère et de l'enfant vont s'atténuer à mesure que
les habitudes de vie en commun se renforcent dans la famille. En effet,
au cours de la première année de la vie de l'enfant, 17 % seulement
des mères de prématurés ne signalent aucune difficulté ; au cours de
la deuxième année 30 % de mères de filles et 24 % de mères de gar
çons expriment des points de vue plus calmes sur les problèmes posés
par l'élevage de leurs enfants. Si la mère commence à mieux faire face
à ces difficultés^ cela ne signifie d'ailleurs pas, pour autant, qu'elles
soient moindres car certains enfants au contraire sont trouvés de plus
en plus difficiles à diriger à mesure qu'ils avancent en âge.
Filles difficiles Garçons difficiles
0 à 15 mois 36 % 30 %
15 à 30 mois 60 % 58 %
Les parents paraissent un peu plus indulgents à l'égard des garçons au
départ et ont tendance à se montrer plus exigeants par la suite. Cette
évolution caractérise les rapports parents- enfants de toutes les popula
tions que nous avons étudiées.
La description plus détaillée des comportements de l'enfant permet
d'analyser les problèmes qui se posent aux parents au cours de son él
evage :
1° Certains de ces problèmes sont liés à des retards réels du déve
loppement, occasionnant aux parents des inquiétudes plus ou moins
nettement exprimées ; PROBLÈMES ÉDUCATIFS DU JEUNE PRÉMATURÉ 215
2° D'autres concernent surtout les conflits avec les parents, et nous
considérerons tout particulièrement en raison de leur fréquence les conf
lits alimentaires ;
3° Puis viennent toutes les autres difficultés signalées par les parents
dans le domaine de la propreté, du sommeil, etc.. ;
4° Enfin nous envisagerons les problèmes qui se posent au cours
du testing de l'enfant.
Problèmes liés à des retards de développement.
Nous nous reportons aux normes de notre échelle de développement
(Baby Tests Brunet-Lezine) et aux observations faites par les parents.
Ce témoignage des parents est évidemment toujours sujet à caution
surtout en ce qui concerne des qui ne leur sont pas famil
ières. Pour l'apparition des premiers mots, par exemple, on constate
que les parents sont en général peu attentifs aux circonstances où se
fixent des syllabes plus accentuées et aux recherches d'intonations expres
sives des enfants. Les appréciations de l'entourage, les traditions famil
iales, les comparaisons avec d'autres enfants ont également un rôle à
jouer, rôle qui est loin d'être toujours salutaire. On apporterait sans
doute quelque soulagement à un bon nombre d'inquiétudes mal fondées
en expliquant aux parents que l'évolution des petits garçons est un peu
plus lente que celle des filles, car ils souffrent toujours des comparaisons
que l'on fait de leurs performances verbales avec celles de leurs sœurs.
Les filles se montrent en avance sur les garçons à toutes les étapes de
notre échelle sur le plan verbal, sauf à l'âge de 12 mois où l'on assiste
à une période d'équilibre entre les performances des filles et celles des
garçons. Ce fait, qui a été constaté et expliqué par certains chercheurs
1 par une moindre variabilité des types (N. Bayley, L. D. Anderson)
de conduite à cet âge, peut être dû à la composition même de l'échelle
et au manque d'épreuves étalonnées de mois en mois dans la période
de 10 à 15 mois.
Nous rassurons d'autant plus aisément les parents sur ce point que
nous savons combien les corrélations obtenues entre les tests faits dans
la première année de la vie et les résultats ultérieurs ont une faible
valeur prédictive. Les que nous avons obtenues entre les
résultats aux tests des premiers mois et les résultats aux tests de 4 ans
dans un groupe de 111 garçons et 113 filles suivis très régulièrement
nous ont donné en effet les valeurs suivantes2 :
1. Nancy Bayley. « Consistency and variability in the growth of intelligence
from birth to 18 years », J. of genet. Psych., 1949, 75, 165-196 ; L. D. Anderson.
« The predictive value of infancy tests in relation to intelligence at five years »,
Child. Devel, 1939, 10, P. 203.
2. Cf. Sem. des Hôpitaux, 29e année, n° 76, dec. 1953. « Enquête sur les jumeaux ».
I. Lézine. 216 /. LÉZINE
111 garçons 113 filles
12 mois et 4 ans .30 .41
15 » et 4 » .24 .49
18 » et 4 » .46 .50
24 » et 4 » .49 .54
30 » et 4 » .50 .53
3 ans et 4 » . 63 • .74
Les résultats sont un peu plus stables chez les filles mais il n'y a pas
de corrélations significatives avant 2 ans. L'analyse détaillée des résul
tats révèle une plus grande variabilité dans les comportements des gar
çons ; €e n'est qu'à partir de 18 mois que certains comportements
paraissent avoir une valeur indicative alors que chez les filles certains
signes de précocité apparus à 12 mois ne se trouvent pas contredits par
l'évolution ultérieure.
Nous ne retenons, pour nos entretiens avec les parents, que l'étude
des comportements de l'enfant qui inquiètent ces parents et constatons
parfois, dans le groupe des prématurés, qu'un retard réel de dévelop
pement justifie cette inquiétude.
Problèmes alimentaires.
Nous n'avons pas suffisamment de renseignements sur les premières
réactions de l'enfant à l'établissement de son régime en couverie; des
difficultés au gavage sont cependant quelquefois signalées.
Un entretien dirigé avec la mère peut nous donner des renseigne
ments sur les premières difficultés alimentaires : refus, caprices, dégoûts
et préférences et aussi sur l'appétit et le régime de l'enfant.
En cas de conflit prolongé nous essayons de faire préciser les circons
tances d'apparition des difficultés. Le comportement alimentaire est tou
jours à analyser en fonction des attitudes générales de l'enfant et des
circonstances qui entourent le repas.
Nous tenons évidemment compte du diagnostic d'anorexie noté sur
le dossier médical qui accompagne l'enfant, mais dans beaucoup de cas
des mères signalent avoir eu des problèmes plus ou moins durables sur
le plan alimentaire qui ne sont pas mentionnés dans les dossiers. Ces
mères disent par exemple :
que les enfants ont du mal à avaler,
qu'ils sont très lents à mâcher vomissent fréquemment au cours des repas
qu'ils ont des dégoûts prononcés pour certains plats (selon leur cou
leur ou leur consistance)
qu'ils font des caprices ou des scènes à table.
Origine des difficultés alimentaires.
Dans 47 % des cas ainsi cités, nous retrouvons des causes organiques
à l'origine de ces difficultés ou associées à elles. Ce sont, dans la plupart
des cas,' des infections aiguës ou chroniques, des syndromes gastro-intes
tinaux ou des poussées dentaires. On nous signale aussi souvent dans
lest périodes où l'enfant mange plus mal, des rhumes et des rhino-pha- PROBLÈMES ÉDUCATIFS DU JEUNE PRÉMATURÉ 217
ryngites, des végétations inflammées, des otites et des adenoïdites, des
crises d'acétone, des constipations opiniâtres, des crises de colibacilles.
Une fillette prématurée, signalée pour anorexie deux fois au cours de
la même année, a été 12 fois en traitement pour rhino-pharyngites,
otites et adenoïdites.
Certains de ces cas de difficultés alimentaires sont associés à des
séparations familiales ou à des placements passagers en crèche, en milieu
nourricier ou hospitalier, sans qu'il soit possible de faire la part de ce
qui revient aux troubles organiques ou au choc affectif de la séparation
dans la genèse de l'anorexie.
Dans les causes organiques à l'origine des difficultés alimentaires, il
faut réserver une place à part aux malformations. Celles-ci sont dépistées
dès la couverie où l'enfant présente des difficultés au gavage et des
troubles de la succion et de la déglutition. Il n'est pas étonnant que les
enfants signalés pour la lenteur ou les difficultés de succion ou de déglu
tition dès le séjour en couverie se retrouvent par la suite dans le groupe
de sujets qui, jusqu'à l'âge de 3 ans, 4 ans et 5 ans, sont des enfants qui
restent extrêmement lents à mâcher quand leur comportement alimen
taire ne présente pas d'autre complication.
Il serait intéressant de faire des observations sur le rythme de suc
cion de l'enfant dès les premiers jours de sa vie. On sait que des recherches
de ce genre ont été entreprises sur des enfants normaux par Balint 1. Plus
récemment des études du même type ont été reprises en U.R.S.S. par
Dietlov et Dachkovskaïa 2 qui analysent les différences de rythme de
nouveaux-nés sains, hypotrophiques, prématurés ou traumatisés à la
naissance. Il serait intéressant de voir s'il existe des différences notables
de rythme d'un nourrisson à l'autre et des comportements caractéris
tiques de telle ou telle catégorie de prématurés avec répercussion ulté
rieure de ces conduites. Hess et Lundeen3, par exemple, ont trouvé que
1. M. Balint. « Individual differences of behavior in early infancy », J. of genet.
Psych., 1948, 37, 57-79.
L'étude de Balint passe en revue les différentes méthodes d'enregistrement de la
succion déjà décrites par Peifer (Arch, fur ges. Physiologie, 1939). Il adopte pour sa
part un système de biberon à fond de caoutchouc permettant l'enregistrement au
moyen du polygraphe de Jaquet. Il enregistre 200 repas de 51 garçons et 47 filles
de 15 jours à 9 mois et conclut que chaque enfant a un rythme propre. Il note chez
certains sujets la présence d'un spasme de la succion (quivering). Cette recherche
est intéressante non seulement parce qu'elle nous donne des indications précises sur
le plan quantitatif mais parce que l'auteur examine des enfants nourris dans des
crèches et constate que 62 % souffrent de troubles intestinaux, 30 % ont des diff
icultés sur le plan respiratoire. La plupart de ces troubles, selon Balint, sont dus au
fait que l'enfant n'est pas alimenté au sein et se trouve dans une situation artifi
cielle, séparé de la présence chaude de la mère et sans les encouragements affectifs
qui entourent habituellement la tétée.
On trouvera aussi chez M. Kunst (« A study of thumb and finger sucking in
infants ». Psychol. Monographs, 1948, 62, 1-73) l'analyse des différents mécanismes
de la succion.
2. Dietlov. « La succion du nourrisson », Pediatria U.R.S.S. N° 2, 1953. Dach
kovskaïa (V. C). « Les premières réactions conditionnées chez les nouveaux-nés nor
maux et dans quelques cas pathologiques ». J. de l'A. N. S., 3, n° 2, 1952, 247-260.
Dachkovskaïa (V.C.). Journal de l'activité nerveuse supérieure. T. III. N° 2, mars-
avril 1953, pp. 247-260.
3. Hers (J.) et Lundeen (E. C). The premeature infant. (Lippincott Cpy. 1949). /. LÉZINE 218
les prématurés tenus à la diète plus longtemps que les enfants nés à
terme s'installaient dans une sorte de somnolence et faisaient ainsi
preuve d'un appétit réduit.
Dans les difficultés alimentaires qui nous paraissent plutôt liées à
des problèmes d'ordre familial nous devons distinguer différents types de
situations :
— les familles d'anorexiques avec manifestation de l'anxiété des
parents au cours des repas ;
— les difficultés liées aux caprices et à l'instabilité de l'enfant sur
d'autres plans que le plan alimentaire (avec manifestations spectacul
aires, terreurs nocturnes et spasmes du sanglot);
— les difficultés provoquées par la jalousie, la naissance d'un autre
enfant (l'enfant réclame la présence d'une seule et même personne au
moment du repas) ;
— les difficultés liées au dressage précoce et au forçage dans la situa
tion alimentaire ;
— les conflits d'influence quand plusieurs personnes font tour à tour
manger l'enfant avec des techniques différentes ;
— les difficultés nées d'un besoin d'indépendance mal compris par
la mère : l'enfant veut manger seul à un âge où la mère estime qu'il salit
beaucoup, il veut mettre la main au plat, écraser les aliments, en bar
bouiller les meubles.
En reprenant toutes ces questions en fonction de l'âge où les troubles
de l'enfant sont signalés, nous pouvons mieux suivre leur évolution.
1 Pendant la durée du séjour en couverie : qui varie de quelques jours
à 4 mois, des difficultés de déglutition sont signalées et sont à l'origine
de troubles persistants dans la conduite alimentaire en cas de forçage
des parents, ceci dans 50 % des cas. Les enfants de cette catégorie se
distinguent par une très grande lenteur à table : on nous dit qu'ils ont
du mal à mâcher.
2. De la sortie de la couverie à Vâge de 10 mois. Des anorexies pas
sagères sont signalées ayant une origine digestive ou infectieuse avant
7 mois, puis liées aux poussées dentaires ou au refus du lait qui indique
des besoins d'aliments nouveaux chez les enfants.
Ces troubles légers se résorbent facilement ou se fixent selon qu'il
y a ou n'y a pas. forçage et autres manifestations d'anxiété de la part
des parents ; dans le cas les moins favorables de ce groupe nous avons
constaté une persistance des difficultés jusqu'à l'âge de 2 ans.
3. A partir de 11 mois. Les problèmes de changement de milieu et
de discipline alimentaire prédominent avec une plus grande sensibilité
des filles à ce type de difficultés, ceci s'expliquant peut-être par les atti
tudes plus strictes des mères à l'égard des filles de ce groupe.
Signalons encore quelques cas où le biberon est gardé jusqu'à 4 ans
chez des mères qui ne sont pas particulièrement débordées de travail
(bon milieu, enfant unique) ; les mères sont fort étonnées d'apprendre
que l'enfant de cet âge mange en général seul.
Des difficultés de cet ordre pourraient être aplanies si les mères adop
taient une attitude plus tolérante, or les mères des enfants prématurés ÉDUCATIFS DU JEUNE PRÉMATURÉ 219 PROBLÈMES
sont tout particulièrement sensibles au problème du poids de leurs
enfants et peu accessibles aux conseils et encouragements qui leur sont
donnés à ce sujet.
Dans la population des enfants nés à terme, étudiée parallèlement,
chez 64 garçons nous n'avons rencontré qu'un seul cas d'anorexie et
des difficultés alimentaires de moindre importance ont été signalées
pour 18 % des cas.
Chez 85 filles, nous avons rencontré 4 cas d'anorexie et 25 % de
difficultés alimentaires.
Le problème est donc plus apparent chez les filles dans les deux
populations étudiées.
Il serait intéressant de reprendre la question de plus près en voyant
dans quelles conditions se déroule le repas et quelles sont les occupa
tions auxquelles la mère doit faire face dans la même période ; nous
sommes frappés de voir, dans nos entretiens, que la mère se rend rar
ement compte qu'un enfant de 15 mois peut manifester le désir de par
ticiper plus activement au repas (en chipotant dans son assiette), qu'il
a déjà des goûts ou des aversions sur le plan alimentaire et qu'il n'y a
pas de raison de ne pas en tenir compte jusqu'à un certain point ; qu'il
peut être attiré par une couleur ou une présentation nouvelle et qu'on
n'obtient en général rien de bon en le forçant contre ses goûts. Dans
ses « conseils aux mères en cas de conflits alimentaires » le Dr Martin du
Pan * rappelle qu'un peu d'observation dirigée sur les préférences des
enfants éviterait sans doute beaucoup de conflits. Parlant à ce propos
de la fatigue et du travail de la mère, il recommande la fabrication de
repas simples et rapides à cuisiner, car il constate que les mères sup
portent d'autant plus mal les refus qu'elles ont mis longtemps à con
fectionner des petits plats raffinés.
Rencontre-t-on plus d'anorexiques chez les prématurés que chez les
enfants nés à terme ? 2
Les recherches de Levesque et Coffin3 signalent une très forte pro
portion d'enfants anorexiques dans leur groupe d'enfants nés à moins
de 2.000 grs (47 sur 90 enfants). « Dans de rares cas, disent-
ils, il s'agirait d'une anorexie transitoire de sevrage d'allure névropa-
thique. Dans l'ensemble, l'anorexie débute dès les premiers jours, l'enfant
refuse d'emblée le biberon ou se montre vite repu. L'anorexie con
tinue ensuite de façon permanente chez 26 cas ou avec des intermit
tences dans 22 cas. Cette anorexie globale ne visant pas un mets pré
cis oblige la mère à varier sans cesse le menu des enfants qui ont un
petit appétit et sont vite rassasiés. Cette anorexie a une nette influence
1. « Le rôle du goût et de l'odorat dans l'alimentation du nourrisson ». Pédiatrie
(N° 2, 1955) 10, 5-8.'
2. Drillien (C. M.). Compare 103 prématurés à 174 à terme, signale des diff
icultés alimentaires plus grandes en fonction du degré de santé de l'enfant.
Difficultés signalées :
Santé mauvaise suffisante • bonne '
Enfants prématurés 83,3 20,0 4,6 à terme 60,0 3,7. 0
3. Levesque (J.) et Coffin (R.). « Étude sur l'avenir éloigné des enfants nés
débiles ou prématurés », Le Nourrisson, 1951, 39, n° 4, p. 183. '
220 /. LÉZINE
sur la courbe de poids et prolongera son retard. Quant aux raisons de
l'anorexie, elles sont moins nettes. S'agit-il d'un trouble fonctionnel
d'origine diencéphalique ou d'un réflexe conditionné au gavage subi
pendant plusieurs semaines dans des conditions pénibles ? * En tout
cas deux faits se dégagent de cette observation. L'anorexie précoce est
durable, la grande anorexie est fréquente chez les prématurés. »
Dans une thèse récente, J. Lebrun2 (1954) ne constate aucun cas
d'anorexie dans son groupe de prématurés pesant moins de 1.000 grs
à la naissance malgré les vomissements répétés de ces enfants. Elle ne
pense donc pas que le gavage nasal puisse être incriminé dans la genèse
de l'anorexie. Ce processus s'accomplit de façon peu sensible pour l'enfant
et souvent lorsqu'il est endormi.
Les cas d'anorexie qu'elle signale se recrutent parmi les 52 enfants
nourris au biberon (P. n. de 1.251 à 1.750 grs). Dans ce groupe 10
sont anorexiques : 2 anorexies débutant à la naissance et persistant
encore à 3 et 4 ans, une anorexie précoce après 3 mois de vomissements ;
6 anorexies ayant débuté vers 7 ou 8 mois, une anorexie débutant vers
2 ans ayant succédé à des vomissements.
J. Lebrun met plutôt en cause le milieu familial pour expliquer l'ano
rexie car elle trouve dans ce groupe une forte proportion de parents
nerveux avec mères ayant des tendances obsessionnelles.
Les documents que nous avons recueillis sur les premières difficultés
de l'enfant au cours de son séjour en couverie ne sont pas assez nom
breux pour que nous puissions établir des rapports nets entre les modes
d'alimentation et les comportements ultérieurs de l'enfant. Les rapports
entre difficultés alimentaires et nervosité des parents apparaissent par
contre nettement au cours de cette étude.
Autres problèmes signalés, par les parents 3.
Les parents trouvent-ils l'enfant prématuré facile ou difficile à élever
et pourquoi ? Nous ne tenons pas compte ici des préoccupations parent
ales au sujet de la santé des enfants et des idées qu'ils se font sur l'ori-
1. Parmi les causes d'anorexie chez les prématurés : Lévine (S. Z.) et Gor
don (H. H.) in « Physiological handicaps of the premature infant. » Am. J. of Dis.
of Child., vol 64, n° 2, août 1942, pp. 274-296 rappellent que l'anorexie du prématuré
n'est pas seulement attribuable à un mécanisme de déglutition déficient ou de suc
cion plus faible mais à des défauts d'assimilation dûs à la sécrétion plus basse du suc
gastrique ou à une mauvaise absorption des graisses et du calcium chez des prémat
urés de faibles poids.
Yllpo dans Prophylaxie et soins des prématurés, Médecine et Hygiène, Genève,
8°, n° 175 bis, signale chez ses prématurés de nombreux troubles de la succion et de
la déglutition. « L'estomac des est petit, l'administration des aliments
se fait difficilement, les muqueuses gastriques sont facilement irritées, d'où vomisse
ments répétés. »
2. Lebrun (J. G. M.). Le développement psychomoteur du prématuré • d' après
110 enfants élevés et suivis au Centre de l'École de prêriculture. Thèse, 1954.
3. Rappel, par ordre de fréquence, des causes de conflits entre parents et enfants
citées par S. Isaacs (Social development of young children, 1948) pour 420 cas : pro
blèmes d'autorité (70), anxiété (67), propreté (43), sommeil (37), alimentation (33), mas
turbation (29), succion (27), agression (25), langage (21), jalousie (21), bouderie (17), ony-
cophagie (15), excitabilité (8), timidité (7), destruction (7), mensonge (1), vol (1),
cruauté (1), tics (1), hypocondrie (1), obsession (1). ÉDUCATIFS DU JEUNE PRÉMATURÉ 221 PROBLÈMES
gine et les conséquences de la prématurité. Les problèmes alimentaires
tiennent la première place dans les soucis que se font les parents, nous
venons de l'indiquer. Mais les parents ont insisté sur d'autres difficultés
et nous ont demandé des conseils en bien d'autres domaines.
Avant 15 mois.. Il s'agit le plus souvent de problèmes liés au som
meil. L'enfant dort mal, se réveille souvent, crie la nuit, la mère ne dort
plus. Puis viennent les larmes de l'enfant : l'enfant pleure et crie d'une
façon qui paraît excessive et qui inquiète la mère.
On s'alarme de la passivité de l'enfant : il ne regarde pas les objets,
ne joue pas, ne sourit pas beaucoup ; il n'a pas l'air de faire attention
à ce qui se passe autour de lui.
On s'inquiète de l'agitation de l'enfant : il remue et crie tout le temps,
on ne peut pas le laisser une seconde.
Parfois dès cet âge se pose la question de la succion du pouce : que
faut-il faire pour l'en empêcher ? et celle du dressage à la propreté.
Au delà de 15 mois on. nous parle, en outre, de colères violentes de
l'enfant, de certaines craintes ou phobies, des problèmes d'obéissance.
« Que faire lorsqu'il n'écoute pas ? »
On invoque des difficultés liées au langage : « à quel âge va-t-il
parler ? »
Ou à la gaucherie : « Doit-on le laisser se servir de la main gauche ? »
Plus tard encore vers 30 mois ou 3 ans, problèmes rarement cités
dans notre groupe : l'enfant se touche, i^ est jaloux, il bégaie, il se ronge
les ongles, il est inattentif.
Il est difficile de donner une estimation quantitative des comptes
rendus que nous font les parents de leurs conflits avec leurs enfants.
Les inquiétudes et revendications restent d'une tonalité qui échappe à
toute appréciation. Néanmoins 43 % des enfants qui nous ont. été pré
sentés ont fait l'objet de problèmes éducatifs qui se répartissent dans
l'une ou l'autre des -rubriques que nous venons d'envisager.
A travers tous ces récits des mères, nous retrouvons toujours une
note d'indulgence pour les bêtises faites par les garçons, les mères s'in-
quiétent aussi bien plus des conséquences possibles de certaines con
duites des garçons pour leur avenir. Les pères semblent avoir plus de
difficultés avec les filles. Leurs observations sur ce point ne concordent
pas avec celles des psychologues qui ont assisté à nos examens, elles
trouvent les garçons plus souvent opposants et agités aux tests, car il
y a plus d'interruptions dans le testing des garçons et de refus de répondre
à certaines situations.
Difficultés observées au cours de Vexamen.
Nous nous efforçons, dans la mesure du possible, de noter notre
impression générale sur l'enfant. Celle-ci tient compte de l'attitude
de l'enfant, de ses expressions faciales (signes de timidité, expres
sion rieuse, boudeuse, inquiète* ouverte, inhibée) enfin au cours d,u tes
ting nous observons les réactions vis-à-vis des personnes (difficultés à
se séparer de la mère, larmes et cris, l'enfant recherche le contact avec
sa mère, regarde souvent sa mère, a besoin de la toucher, de se blottir
contre elle, la fait participer au jeu ou la repousse, accepte le contact

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