Production en Bliss chez l'infirme moteur cérébral - article ; n°1 ; vol.45, pg 35-50

de Dominique Humblet (Auteur), Jean Jean,A.,Rondal (Auteur)

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Enfance - Année 1992 - Volume 45 - Numéro 1 - Pages 35-50
In opposition to previous reports in the literature, the
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Jean A. Rondal Dominique Humblet Production en Bliss chez l'infirme moteur cérébral In: Enfance. Tome 45 n°1-2, 1992. pp. 35-50. Abstract In opposition to previous reports in the literature, the spontaneous productions using the Bliss symbols of one adolescent subject studied demonstrate a clear semantic and syntactic structuration. The possible dependency of the Bliss productions on the tabular categorial display was also analyzed. This dependency seems to be minimal. The productions appear to be governed overall quite normally by the subject's discursive project. Résumé Contrairement à des indications précédentes dans la littérature spécialisée, les productions spontanées en Bliss d'une adolescente IMC, analysées ici, révèlent une structuration sémantique et syntaxique relativement élaborée. On a étudié également la dépendance des productions en Bliss par rapport au dispositif symbolique tabulaire utilisé. Les productions ne paraissent devoir qu'assez peu à la disposition spatiale des catégories de symboles, mais répondre normalement au projet discursif du sujet. Citer ce document / Cite this document : Rondal Jean A., Humblet Dominique. Production en Bliss chez l'infirme moteur cérébral. In: Enfance. Tome 45 n°1-2, 1992. pp. 35-50. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/enfan_0013-7545_1992_num_45_1_1994 Production en Bliss chez l'infirme moteur cérébral : structuration sémantique et syntaxique, et dépendance vis-à-vis du dispositif tabulaire Jean A. Rondal* Dominique Humblet* RÉSUMÉ Contrairement à des indications précédentes dans la littérature spécialisée, les pro ductions spontanées en Bliss d'une adolescente IMC, analysées ici, révèlent une structu ration sémantique et syntaxique relativement élaborée. On a étudié également la dépen dance des productions en Bliss par rapport au dispositif symbolique tabulaire utilisé. Les productions ne paraissent devoir qu'assez peu à la disposition spatiale des catégories de symboles, mais répondre normalement au projet discursif du sujet. SUMMARY In opposition to previous reports in the literature, the spontaneous productions using the Bliss symbols of one adolescent subject studied demonstrate a clear semantic and syntactic structuration. The possible dependency of the Bliss productions on the tabular categorial display was also analyzed. This dependency seems to be minimal. The productions appear to be governed overall quite normally by the subject's discursive project. INTRODUCTION Les travaux techniques sur l'utilisation du système Bliss principalement par des sujets infirmes moteurs cérébraux (imc) restent rares en langue fran çaise (voir cependant Lecocq, 1985, 1986a, 1986&). Une telle situation est év idemment malheureuse. Si on peut envisager de doter les sujets handicapés * Université de Liège, Laboratoire de Psycholinguistique, boulevard du Rectorat, 5, B-4000, Liège. ENFANCE, Tome 46, n° 1-2/1992, p. 35 à 50 36 JEAN A. RONDAL ET DOMINIQUE HUMBLET moteurs graves de systèmes de communication alternatifs et augmentés — certains de ces systèmes, comme le Bliss, étant déjà largement utilisés dans les écoles spécialisées — on reste dans l'ignorance à peu près totale de ce que ces sujets en font et peuvent en faire dans la pratique de la communication. En ce qui concerne les troubles de la parole chez les imc, on sait (cf. Lambert et Seron, 1982, pour une revue de la littérature) qu'ils reflètent la diversité existant au niveau de la symptomatologie organique. Les lésions du système nerveux central ont des répercussions directes ou indirectes sur les mécanismes périphériques sous-tendant les activités impliquées dans la parole (souffler le pneumo-glottique, phonation, mobilisation et coordina tion des résonateurs supraglottiques, rythme). Les conduites langagières elles-mêmes n'ont cependant fait l'objet que d'un nombre restreint d'études dont il ressort que, s'il y a retard conséquent de développement, il ne devrait pas y avoir de problème spécifique au niveau de la structuration du langage. Dans un travail récent, Piolat et Sauvaire (1985) ont proposé à 8 sujets imc spastiques ou athétosiques dépourvus de l'usage de la parole et âgés de 7 à 25 ans une tâche de rappel de récit construit à partir de symboles Bliss. L'his toire composée était la suivante « C'est les vacances. La maman et le garçon part ent. La maman aime partir et le garçon est content . La et le vont voir la mer. Le garçon veut boire et la maman achète à boire » (les mots italiques dans ce qui précède correspondent aux symboles Bliss effectivement utilisés). L'histoire était illustrée à l'aide de trois images coloriées correspondant aux trois événements : 1) la mère et le garçon partent ; 2) les deux personnages regardent la mer ; 3) ils se dirigent vers une buvette. Les résultats indiquent que la plupart des sujets imc ne se rappellent que le quart ou la moitié des éléments du récit. La chronologie des événements est tantôt respectée tantôt altérée selon les sujets. Quant à l'organisation propositionnelle des récits produits, elle reste difficile à établir du fait d'un manque d'explicitation par les sujets de l'ensemble des éléments des propositions et des relations entre propositions. Les auteurs font cependant l'hypothèse que leurs sujets disposent d'un projet discursif qui ne s'éloigne pas notablement de la base du texte malgré les difficultés d'évoca tion liées aux limitations imposées par le handicap moteur. Piolat et Sauvaire (1985) se sont également intéressées aux stratégies de choix des symboles Bliss utilisés par les sujets. Il est clair, en effet, compte tenu des caractéristiques du système Bliss (notamment la disposition des symboles en tableaux par catégor ies grammaticales — noms, verbes, prépositions, etc.) — (cf. infra) — que la forme des récits produits peut dépendre non seulement du projet discursif mais également du mode d'organisation des symboles au sein des tableaux. Les indi cations issues des analyses faites sur les récits ne permettent pas de dégager cla irement la nature des stratégies de choix séquentiels des symboles Bliss effectués par les sujets. Certains d'entre eux paraissent faire essentiellement usage d'une stratégie dite spatiale, consistant à choisir les symboles séquentiellement selon leur regroupement tabulaire mais sans que ces dépendances spatiales n'occul tent complètement le projet discursif. D'autres sujets paraissent guidés par des stratégies dites syntaxico-sémantiques et font dépendre la sélection séquentielle PRODUCTION EN BLISS CHEZ L'IMC 37 des symboles Bliss exclusivement du projet discursif. Mais aucune démonstrat ion n'est fournie de la réalité psychologique des stratégies mentionnées et des aspects différentiels suggérés. La présente recherche portant sur un seul sujet étudié longitudinalement s'est donnée pour buts : 1) d'obtenir un corpus (conversationnel) de plus grande taille sur les productions en Bliss chez I'imc ; 2) d'analyser plus à fond la structuration sémantique et syntaxique des énoncés produits ; et 3) d'élu cider la dépendance tabulaire de l'organisation séquentielle des symboles uti lisés dans les énoncés formulés en Bliss. MÉTHODE Sujets F... a 14 ans au moment de l'étude. A la naissance, elle a dû être réanimée, après un accouchement par césarienne et n'a respiré spontanément qu'au bout de vingt minutes. Elle a présenté ensuite une hémorragie méningée avec début de méningite. Par la suite, un diagnostic de quadriplégie athétosique fut posé. F... est dépourvue de l'usage de la parole. Elle a reçu une éducation préscolaire dans la région liégeoise entre 1976 et 1986. Elle suit actuellement les cours d'un enseignement spécial secondaire. Le père est ouvrier, la mère ménagère. Une sœur âgée de 6 ans et un frère de 10 ans, tous deux en développement normal, complètent la famille. Au plan moteur, la préhension de F... est palmaire. Elle ne dispose pas de la pince digitale. Le contrôle sphinctérien est acquis. Bien que les mouvements de déglutition soient acquis, l'alimentation n'est pas auto nome. F... peut maintenir la tête en position verticale. Elle peut passer seule de la station assise à la station debout ou couchée et arrive à se maintenir debout. Elle peut marcher seule mais manque de confiance et exige la présence d'un adulte derrière elle. Son qi n'a jamais été calculé. On la décrit comme normale ment intelligente. Sa compréhension du langage oral paraît satisfaisante. Elle comprend les consignes et les explications verbales qui lui sont données lors des activités scolaires. F... a été familiarisée avec le système Bliss en 1984. Actuelle ment, elle utilise un tableau en carton déposé sur une table devant elle. Elle y sélectionne très lentement les symboles Bliss en les indiquant soit à l'aide du poing, soit de l'index gauche (cf. annexe 1 ). Procédure 174 énoncés en Bliss produits séquentiellement par F... ont été recueillis en situation de conversation libre avec l'orthophoniste de l'école (familière de F...) pendant une période couvrant environ trois mois. Les séances conversationn elles ont été enregistrées au moyen d'une caméra et d'un système Vidéo Panas onic. Seuls les énoncés de F... ont été retranscrits. Les interventions de l'ortho phoniste ont été volontairement limitées au minimum de façon à éviter toute 1 JEAN A. RONDAL ET DOMINIQUE HUMBLET 38 induction tout en assurant un contexte social et un accueil favorable aux pro ductions de F... (par exemple, « De quoi, vas-tu me parler aujourd'hui ? », « Et alors ? », « Ah oui ! », « C'est intéressant ça », etc.). La segmentation en énoncés a été effectuée en adaptant aux énoncés réa lisés en Bliss les règles de transcription et de segmentation mises au point par Rondal, Bachelet, et Pérée (1985), pour l'analyse du langage parlé. L'annexe 2 fournit le relevé séquentiel des énoncés produits par F... pendant la période étudiée. Analyses Trois types d'analyse ont été effectuées sur ce corpus : 1) une analyse syntaxico-sêmantique destinée à mettre en évidence l'éventuelle organisation séquentielle des symboles Bliss constituant les énoncés ; 2) une analyse basée Tableau 1 . — Indications de longueur d'énoncés (en symboles Bliss) Distribution des énoncés selon la longueur în nombre brut En pourcentage du nombre En pourcentage total d'énoncés cumulatif % arrondis à l'unité supérieur Enoncés à 1 symbole 14 8 8 Enoncés à 2 symboles 44 25 33 Enoncés à 3 symboles 33 58 66 §j Enonces à d symboles 3! 18 Enoncés à 5 symboles 15 9 93 Enoncésa6symDoles 8 5 93 Enoncés à 7 symboles 1 1 99 Enonces à S s> mboles 1 2 !00 Enoncés à 9 symboles Û 0 100 Enoncés a 1 0 symboles 0 0 100 1012 Enoncés à 1 1 svrnboles 1 1 1 74 1 00 % (') Longueur de l'énoncé le plus long observé dans le corpus. (2) Le dépassement des 100 % est évidemment dû aux arrondissements à l'unité supé rieure au niveau du calcul des pourcentages. EN BLISS CHEZ L'IMC 39 PRODUCTION sur la grammaire des cas de Fillmore (1968), et 3) une analyse probabiliste séquentielle destinée à établir le degré de dépendance des productions de F... par rapport au dispositif tabulaire. RÉSULTATS I / Analyse syntaxico- sémantique L'indice lmpv (Rondal et al., 1985) fournit une indication globale de la longueur moyenne des énoncés produits par F... Le tableau 1 reprend le lmpv par séance conversationnelle, l'écart type sur ce lmpv et le L-Max (cf. Rond al et al., 1985), c'est-à-dire la longueur de l'énoncé le plus long observé au cours de l'épisode conversationnel. La base de comptage est le symbole Bliss (c'est-à-dire dans la transcription fournie à l'annexe 2, le mot écrit corre spondant en langage écrit). On s'est interrogé sur l'organisation des énoncés de F... en termes des classes grammaticales et de la position de ces classes grammaticales dans les énoncés produits. Le tableau 2 fournit le résumé de cette analyse. Tableau 2. — Fréquences distributives des classes grammaticales selon la position dans l'énoncé (en pourcentages) Catégories grammaticales ' Positions 2 1 234567 89 10 11 C 133109534 7.7 0 25 0 00 0 N 69 5 57.5 56 9 68 9 73 1 66 7 75 33 3 100 100 100 V 12 6 30.6 29 3 25 9 19 2 33 3 0 66 7 0 0 0 A 4 1.9 43 1.7 0 0 0 0 0 0 0 (') L'énoncé le plus long comporte onze symboles Bliss. (2) C : Circonstants (c'est-à-dire marqueurs temporo-spatiaux indépendants du verbe) ; N : Noms ; V : Verbes ; A : Adjectifs. II ressort que les énoncés produits par F... sont essentiellement du type transitionnel nom ou circonstant ou verbe (moins fréquemment pour ces deux dernières catégories) / nom ou fréquemment) / nom ou verbe (moins fréquemment) / nom ou verbe (moins / ou / ou fréquemment). En d'autres termes, F... aligne des séquences consistant en un ou plu- JEAN A. RONDAL ET DOMINIQUE HUMBLET 40 sieurs noms (parmi lesquels les noms renvoyant à des referents humains dominent en fréquence) avec un verbe (dans 14 énoncés deux verbes, dont certains sont des modaux, par exemple « vouloir aller »). Une petite pro portion de ces séquences sont circonstanciées temporo-spatialement, l'ind ication temporo-spatiale étant alors le plus souvent placée soit dans la pre mière partie de l'énoncé, soit vers la fin. Comme indiqué au tableau 1, 98 % des énoncés ne dépassent pas 6 symboles et 84 % ne vont pas au- delà de 4. Les quelques rares énoncés plus longs sont en fait des enumerat ions (par exemple, en ce qui concerne l'énoncé le plus long enregistré (118) : « marraine, papa, maman, tante, oncle, grand-père, grand-mère, mang er, animal, sœur, fête ». Les verbes exprimés dans les énoncés — lorsqu'ils le sont (62 énoncés sont sans verbe dont 40 qui comportent plus d'un sym bole -Bliss, il faut remarquer cependant que 11 parmi ces 62 énoncés s'art iculeraient en langage parlé correspondant sur une copule, par exemple « vi siteur est chez moi », « triste, je suis », « ami est en retard », laquelle fait partie du tableau dont F... dispose — cf. annexe 1 — mais n'est pas utili sée) — sont essentiellement des verbes d'action (112 sur 126 soit 89 %) et accessoirement des verbes d'état (dormir) et des verbes dits mentaux (per ception, cognition et affect) pour un total de 14 soit 11 %. Cette utilisation massive des verbes exprimant l'action peut renvoyer soit à une pratique langagière encore assez comparable à ce point de vue à celles d'enfants par lant plus jeunes (cf. Brown, 1973), soit, certes, à la composition de la partie verbale du tableau Bliss utilisé par F... (on y retrouve, en effet, 30 verbes d'action sur 43, c'est-à-dire 68 % pour 4 verbes d'état et 10 verbes ment aux), soit encore une combinaison de ces deux influences. Les verbes utilisés par F... paraissent avoir valeur fonctionnelle au plan grammatical ; tout au moins peut-on en faire l'hypothèse. C'est en nous appuyant sur cette hypothèse que nous avons cherché à élucider au moins partiellement la fonction grammaticale des éléments nominaux exprimés dans les énoncés de F... Parmi les 174 énoncés produits, 55 nous ont paru suffisamment peu ambigus (vidéo à l'appui) pour permettre une analyse (au moins hypothéti que) des fonctions grammaticales, sujet, verbe, objet, il s'agit d'énoncés appa remment monopropositionnels, sauf dans un cas (voir infra). Ces énoncés sont identifiés à l'annexe 2 par le soulignement du numéro de série. Un groupe d'énoncés important (21 unités soit 38 %) paraît être centré autour d'une structure de type sujet - verbe intransitif (S-VI), généralement dans cet ordre ; par exemple, Dimanche, je, promener) avec l'un ou l'autre cir- constant temporel ou spatial éventuellement ajouté ou intercalé. Quelques- uns de ces énoncés disposent d'un double sujet (par exemple, Dimanche, je, famille, aller, restaurant). Un autre groupe d'énoncés également important (25 unités soit 45 %) fait intervenir des verbes transitifs dans une structure du type sujet - verbe transitif- objet direct — (éventuellement) objet indirect — (S-VI-OD-OI, généralement dans cet ordre, par exemple, Maman, donner, cadeau, je) avec l'objet indirect exprimé lorsque le verbe est un prédicat à PRODUCTION EN BLISS CHEZ L'IMC 41 trois arguments, et avec là aussi l'un ou l'autre circonstant temporel éven tuellement ajouté ou intercalé. Un troisième groupe d'énoncés (6 unités soit 11 %) est du type sujet- attribut (SA) — (parfois attribut-sujet) — ou sujet-locatif (SL) parfois locat if-sujet avec éventuellement un circonstant mais sans que la copule soit exprimée (par exemple, ami, triste). Les trois énoncés résiduels sont ambigus au plan structural dans la mesure où l'élément verbal manquant ne permet pas une classification univo- que selon la typologie grammaticale adoptée. Il ressort de cette analyse que les énoncés (clairement interprétables du point de vue syntaxico-syntaxique) sont organisés prépondéramment selon des structures S-YI, S-VT-OD-(OI), et S-A ou S-L. On peut sans doute reconnaître dans ces dispositifs séquentiels un patron général S-V-(O) et un autre patron sujet-copule manquante — attribution qui se conforment aux caractéristiques de la langue parlée autour de F... Les pressions explicites sur F... par les éducateurs, et notamment l'orthophoniste chargée de son éduca tion langagière dans l'établissement scolaire qu'elle fréquente vont évidem ment dans le sens de ce patterning. On notera qu'il est important pour F..., comme pour les autres sujets imc dans la même situation, et au même niveau de maîtrise du Bliss, d'adhérer, pour ainsi dire, à quelques patrons syntaxi ques séquentiels clairs pour l'entourage. Les tableaux de symboles Bliss (cf. annexe 1) dont dispose F... sont en effet relativement pauvres en symb oles foncteurs (prépositions, notamment). F... n'utilise d'ailleurs pas ou seu lement très peu les quelques foncteurs qui y figurent. Elle dépend donc très largement de la disposition séquentielle de façon à permettre à son interlocu teur d'avoir une possibilité de saisir les relations de sens qu'elle cherche à exprimer. On retiendra encore que F... fait peu usage du symbole plusieurs et des pronoms qui figurent pourtant sur son tableau. De même, elle ne pose prat iquement aucune question. Son discours est essentiellement déclaratif descript if. Lorsqu'elle utilise un pronom de 3e personne, en un cas (énoncés 21), elle n'établit pas la coréférence nominale de ce pronom. Enfin, en deux occasions au moins (énoncés 169, « sors, aller, chez moi, travailler » ; « dimanche, je, triste, sœurs, aller, fête »), il semble que F... utilise la subordination, complét ive, dans le premier cas, circonstancielle causale dans le second cas). 2 / Analyse casuelle A quoi correspondent sémantiquement les catégories grammaticales uti lisées par F... dans les énoncés interprétables retenus à la section précédente comportant un verbe exprimé (soit 52 énoncés) ? De façon à répondre à cette question, nous avons analysé les éléments nominaux de ces énoncés au moyen d'une grille des cas inspirée de Fillmore (1968) et de Chafe (1970) mais ne se conformant pas exactement aux listes de ces auteurs. Les cas sui- JEAN A. RONDAL ET DOMINIQUE HUMBLET 42 vants ont été retenus : 1) Agentif(A) : le cas typique de l'auteur animé d'une action exprimée par le verbe ; 2) Etatif (Et) : l'animé ou l'inanimé se trouvant dans l'état exprimé par le verbe ; 3) Instrumental (I) : le moyen typiquement inanimé utilisé par l'agent de façon à accomplir l'action exprimée par le verbe ; 4) Accompagnant (Ace) : l'animé avec lequel une action est effectuée ; 5) Expêrienceur (Ex) : l'animé percevant ou étant l'objet d'un état affectif; 6) Patient (P) : l'animé qui est l'objet de l'action exprimée par le verbe ; 7) Objet (O) : l'inanimé qui est de ou de l'activité perceptive ou mentale exprimée par le verbe ; 8) Complétif (C) : l'inanimé qui complète l'action explicitée par le verbe (par exemple, poser une question, chanter une chanson) ; 9) Bénéficiaire (B) : le récipiendaire animé d'une action effectuée par un agent sur un patient ou un objet; 10) Locatif (h) : le lieu où se déroule l'action ou où intervient l'état ou l'activité mentale exprimée par le verbe ; 11) Possessif (P) : le cas de l'animé qui dispose momentanément ou à plus long terme de la possession d'un objet ; 12) Temporel (T) : l'indicateur (nominal) de référence temporelle ; 13) But (Bu) ou cause : la raison pour laquelle une action est effectuée, un état est entretenu. Cette liste a été adoptée parce qu'elle nous paraissait de nature à décrire adéquatement la nature sémantique des arguments nominaux utilisés par F... Le tableau 3 résume les résultats obtenus. Tablau 3. — Distribution des relations casuelles au niveau des arguments nominaux des énoncés de F... (valeurs brutes ; N = 52 énoncés) A1 I Et Ace Ex Po 0 C Be L Po T Bu 4.3 1 II 2 0 0 10 5 3 19 0 11 ! (') A : Agent ; I : Instrumental ; Et : Etatif; Ace : Accompagnant ; Ex : Expêrienceur ; Pa : Patient ; O : Objectif; C : Complétif; Be : Bénéficiaire ; L : Locatif; Po : Possessif; T : Temporel ; Bu : But (cf. explications dans le texte). Comme l'indique le tableau 3, les éléments nominaux en rôles casuels d'agentif, d'étatif, d'objectif, de locatif, et de temporel, dominent largement, ce qui confirme les analyses précédentes. Tous les agents relevés sont sujets grammaticaux des phrases formulées (dans deux cas, il y a un double sujet, par exemple, « Papa, moi... »). Tous les états exprimés sont sujets d'énoncés copulaires ou copulaires potentiels (la copule manquant mais l'énoncé étant clairement de nature copulaire (par exemple, « Docteur, chez moi, soir »). Tous les objectifs sont objets directs des verbes transitifs exprimés. On notera que les indications de Fillmore (1968) relativement aux processus dits de subjectivalisation et d'objectivalisation (c'est-à-dire la relation entre le rôle casuel en structure profonde (sémantique) et le rôle grammatical en structure de surface sont respectées (à savoir : lorsqu'il y a un agent en structure pro- PRODUCTION EN BLISS CHEZ L'IMC 43 fonde ; il devient prioritairement sujet grammatical en structure de surface — dans les phrases à la voix active, certes ; et lorsqu'il y a un patient ou un objectif en structure profonde, il devient prioritairement l'objet direct du verbe en de surface). Enfin, on remarquera le nombre relativement important de cas non ou peu exprimés par F... Les catégories casuelles vides concernent Fexpérien- ceur, le patient, et le possessif, ce qui ne manque pas d'être quelque peu éton nant au moins en ce qui concerne les deux dernières catégories, relativement précoces à apparaître dans le discours de l'enfant en développement linguisti que (parlé) normal. 3 / Dépendance tabulaire De façon à établir dans quelle mesure l'organisation des énoncés de F... dépend de la disposition des catégories d'éléments Bliss sur le tableau dont elle dispose (cf. annexe 3), nous avons codé pour les 160 énoncés comportant au moins deux symboles chaque déplacement effectué sur le tableau. Les variables XI à XI 0 sont les déplacements effectués par F... sur le tableau lors de la désignation consécutive des symboles de chaque énoncé. Pour chaque énoncé, XI représente le déplacement entre le premier et le deuxième symbole, X2 le entre le deuxième et le troisième, et ainsi de suite. Nous avons chiffré les déplacements de la manière suivante : si le symbole désigné à la suite d'un autre appartient à la même catégorie (C-P-Y-E-S), alors le déplacement est coté 0 ; si le sym bole désigné à la suite d'un autre appartient à la catégorie jouxtant celle de ce dernier, le déplacement est coté 1 ; si deux symboles sont séparés par une catégorie, le est coté 2, c'est-à-dire que F... « est passée par deux catégories » ; et ainsi de suite. Les déplacements de gauche à droite ont été considérés (encodes) comme positifs. Les déplacements de à gauche ont été notés par — et donc, dans l'analyse qui suit, consi dérés comme négatifs. Les variables Xi permettent donc de quantifier et d'analyser les déplacements effectués entre la désignation successive des symboles. Sont-ils plus fréquents de gauche à droite que de droite à gauche ? plus cours en fin d'énoncé, etc. ? Pour XI, les déplacements sont positifs (de gauche à droite et d'une catégorie (dans 38,1 % des observations) ; pour X2, les déplacements sont nuls dans 21,6 % des observations et positifs (de gauche à droite) et d'une catégorie dans 21,6 % des également ; pour X3, les déplace ments sont nuls dans 24,1 %, positifs et d'une catégorie dans 15,5 % et posit ifs et de deux catégories dans 22,4 % . Envisageons maintenant la longueur moyenne des déplacements en fonction de trois classes : 1) déplacements entre deux symboles dans la même catégorie ; 2) déplacements d'une catégorie à l'autre de droite à gauche ; 3) déplacements d'une catégorie à l'autre de gauche à droite. Pour XI, nous

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Type de la publication : Presse et revues

Thème : Santé et bien-être > Medecine

Nombre de pages : 17

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ENFANCE0

publié par ENFANCE0

le 05/01/2012

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