Au musée de Lycosoura - article ; n°2 ; vol.96, pg 967-1004

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1972 - Volume 96 - Numéro 2 - Pages 967-1004
38 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1972
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Jean Marcadé
Edmond Lévy
Au musée de Lycosoura
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 96, livraison 2, 1972. pp. 967-1004.
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Marcadé Jean, Lévy Edmond. Au musée de Lycosoura. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 96, livraison 2, 1972.
pp. 967-1004.
doi : 10.3406/bch.1972.4850
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1972_num_96_2_4850MUSÉE DE LYCOSOUHA AU
des — rappelé présentons Lycosoura, de été Despoina2, grands Damophon, pratiqués Après figures l'attention et les ici n'ont débris colossales petits les en articles nous premiers 1966 pratiquement du — sur avons conservés groupe dans les de des problèmes Dickins résultats». entrepris éléments la cultuel cella plus sur et place du été depuis de d'appréciation le créé temple4, chronologie, catalogue étudiés pour par 1969 tirer, pendant Damophon au un de plus encore nouvel complémentaires. si Kourouniotis1, possible, près un non examen de demi-siècle3. des Messène résolus5, d'une fondations des les connaissance De fragments qui pour marbres Les cette se de sondages le posent la révision sanctuaire du de base, plus musée sculpture à qui propos exacte ayant nous ont de
1. Démêler
La tête mise à part (MN 1734), le torse de la déesse trônante7 a été reconstitué au début du
siècle par le restaurateur Kaloudis à partir de deux gros blocs correspondant à deux pièces
principales recreusées à l'arrière qui se superposaient selon un plan de joint horizontal passant
(1) G. Dickins, BSA 12 (1905-1906), p. 109-136 ; BSA 13 (1906-1907), p, 357-404 ; BSA 17
(1910-1911), p. 80-87 ; de ces trois articles, le plus important pour notre propos est celui du
BSA 13 (1906-1907) qui contient, p. 384-389, d'utiles précisions techniques ajoutées par
K. Kourouniotis. Le Κατάλογος του Μουσείου Λυκοσούρας, de K. Kourouniotis (Athènes,
1911), est exemplaire.
(2) Cf. Paus. VIII, 37, 3-6. Presque tous les morceaux conservés proviennent de la première
fouille conduite en 1889 par B. Leonardos.
(3) Les restaurations graphiques du BSA 13 (1906-1907), pi. XII et XIII sont partout
admises et reprises sans discussion. Dickins les avait défendues et maintenues d'ailleurs dans
le BSA 17 contre les observations de B. Staïs (JIAN 14 [1912], p. 45-47), fondées sur le témoignage
d'une monnaie en bronze d'époque romaine où la silhouette du groupe apparaît sensiblement
différente.
(4) Cf. E. Lévy, BCH 91 (1967), p. 518-545.
(5) Voir ci-dessous, p. 986 et 1003.
(6) Ils concernent les campagnes de 1969 (16-25 août : E. Lévy et J. Marcadé), 1971 (22 août-
3 septembre : J. Marcadé) et 1972 (26 juillet-4 août : E. et J. Marcadé ; 21-26 août :
J. Marcadé). Nous avons rencontré auprès des autorités responsables du Service Archéologique
grec une bienveillance et un esprit de coopération dont nous tenons à les remercier. Les raccords
— quand du moins ils ne concernaient pas des morceaux trop pesants — ont pu être matérialisés
au fur et à mesure par Andréas Mavraganis, technicien de l'École française d'Athènes. Les
meilleures des photographies ici reproduites ont été prises par Emile Séraf. — Dans l'exposé qui
suit, l'ordre adopté est celui du catalogue de Kourouniotis.
(7) BSA 13, p. 365 sqq. et 384-386 ; Κατάλογος, η° 1.
26 968 EDMOND LEVY ET JEAN MARCADE IBCH 96
Fig. 1. — Le torse de Déméter au musée de Lycosoura. Le moulage de la tête est incomplet
(manque à gauche une partie conservée du voile). AU MUSEE DE LYCOSOURA 969 1972]
Fig. 2. — Les genoux de Déméter (assemblage de 1971) a, vue de face, b, vue d'arrière et par
le haut. 970 EDMOND LÉVY ET JEAN M ARCADE [BCH 96
à peu près à la hauteur de la taille (flg. 1). Le lit de pose de l'élément supérieur n'était pas conservé
et la large ceinture que l'on voit à l'avant est une restitution. Cette restitution dans son principe
est justifiée par la présence au bord de l'élément inférieur « d'une petite partie de ceinture »8 ;
mais le restaurateur en a rétabli l'apparence par analogie avec la ceinture d'Artémis" : rien ne
garantit sa largeur ; le peu qu'on en voit sur la statue, du côté gauche du corps, consiste dans
une nervure10, et il n'est pas absolument exclu que les plis dont on a l'arrachement au creux de la
gorge et sous les seins se soient gonflés plus que ne suggère la restauration en plâtre. Pourquoi,
après tout, ce chiton dont la manche boutonnée dénudant l'épaule gauche est une réminiscence
classique n'aurait-il pas présenté à la taille comme un rappel des plis bouffants du kolpos
traditionnel11 ?
L'élément inférieur du torse comprenant le ventre1* reposait sur le siège du trône. Une
cassure a emporté à l'avant le départ des cuisses, qui sans doute étaient interrompues assez vite
par une surface de joint verticale. Il est probable en effet que, comme pour Despoina18, la partie
moyenne des cuisses était sculptée dans un bloc séparé posé à plat et goujonné à l'arrière avec
le bas du tronc, à l'avant avec le haut des jambes drapées, dressées contre le massif du trône.
Des cuisses proprement dites il ne reste apparemment rien14. En revanche, les jambes se laissent
aujourd'hui assez bien deviner. Elles étaient taillées ensemble, des genoux compris à la partie
visible des pieds non comprise, dans un grand bloc de marbre, recreusé par l'arrière comme
ceux qui composaient le torse. D'après la direction et l'aspect des coups de pointe inscrits dans
l'évidement intérieur (plutôt que par le travail de surface que l'usure et les blessures de la pierre
rendent quelquefois illisible), on a pu, au prix d'un puzzle long et ingrat, redonner un sens à une
multitude d'éclats d'abord énigmatiques et dégager avec les lignes principales du drapé le schéma
de l'attitude (fig. 2 à 13).
La largeur conservée au niveau des genoux s'établit maintenant à 1,10 m (flg. 2). Du genou
gauche, seul pris en compte par les publications anciennes16, on voit qu'il était plus saillant que le
genou droit et correspondait au pied ramené en arrière. Un flot de draperie tournant sur la cuisse
gauche s'écoulait en plis épais entre les jambes (flg. 2 α et flg. 6) ; près du genou droit serpente
le bord d'une étoffe étalée sur la cuisse ; il s'agit sans doute des extrémités inégales du long voile
noté à l'arrière et sur le côté droit de la tête présentée à Athènes1· : elles revenaient vers l'avant,
posées sur les cuisses, avec plus de longueur et d'ampleur sur la cuisse gauche. Sur le côté externe
de la jambe gauche, un grand pli descend jusqu'à terre ; à l'aplomb du genou, d'autres plis
volumineux s'incurvent vers le bas en direction de la cheville ou vont mourir sur le dessus du pied,
dont seuls dépassaient les orteils ; ensuite, les ondes du vêtement sont provoquées par la position
de la jambe droite portée en avant (flg. 3-4-5). De cette jambe droite nous avons l'essentiel dans
(8) Κατάλογος, p. 19-21 : Κατά τ6 άνώτερον άκρον του δευτέρου τούτου τεμαχίου φαίνεται
μικρόν μέρος ζώνης, κατά τούτο δέ συνεπληρώθη ολόκληρος ή ζώνη της Θεάς.
(9) Peut-être aussi d'après un morceau sculpté à part (haut. : 22 cm), monté sur un tenon
allongé et conservé intact, qui en réalité provient d'une draperie. Ni Dickins ni Kourouniotis
ne mentionnent ce morceau. Sa technique est la même que pour la pièce rapportée de draperie
(BSA 13, p. 385, flg. 24 Β et Κατάλογος, n° 45, flg. 53), qui a sa place sur la hanche droite de
Déméter.
(10) Dickins écrit lui-même (BSA 13, p. 369) : « So small a portion survives that its decoration,
if any, cannot be recovered. »
(11) L'affirmation que «the goddess was clad in a simple Doric chiton without diplois or
kolpos » (BSA 13, p. 369) aurait besoin d'être plus nuancée.
(12) Signalons au passage un raccord sur l'un des plis qui l'encadrent à gauche.
(13) BSA 13, p. 371, fig. 12 et Κατάλογος, n° 11, flg. 21.
(14) Quoi qu'assure Dickins (BSA 13, p. 368) : « To Demeter also belong the right thigh and
left knee shewn in Figs. 7, 24 D ». Les figures en question ne montrent rien de tel, et si l'auteur a
en vue le grand morceau n° 2, flg. 1 1 du Κατάλογος de Kourouniotis, désigné à tort δεξιός μηρός
της Δήμητρος, il se trompe manifestement : il s'agit d'une jambe.
(15) BSA 13, p. 368 ; Κατάλογος, n° 3 et flg. 12.
(16) Κατάλογος, flg. 9. AU MUSEE DE LYCOSOURA 971 1972]
Fig. 4. — Assemblage Fig. 3. — Pièce de draperie
recomposée en 1971. de divers fragments drapés.
un très important morceau" (fig. 8), dont différents raccords ont permis de prolonger vers le haut
sur la face externe, vers la droite sur la face interne, les mouvements du drapé. L'aboutissement
des plis vers le bas se lit sur un bloc qui comprend le piquetage du lit de pose et que seule la
disparition d'un mince éclat empêche d'être jointif (fig. 12-13). En plusieurs endroits on peut suivre
des couples de nervures parallèles figurant des galons brodés de l'étoffe (fig. 7 et fig. 10).
A la partie supérieure de l'ensemble que nous venons de décrire, une surface de joint piquetée
est conservée, avec trois gros trous de goujons ronds pour l'assemblage avec la partie des cuisses
posée sur le siège du trône (fig. 2 6). Fait curieux : nous avons identifié une pièce travaillée à part
qui se place sans erreur possible au contact du genou gauche et comporte le départ des plis tordus
qui se poursuivent entre les jambes (fig. 6). Or rien ne correspond au trou de goujon le plus avancé
(17) Κατάλογος, n° 2 et fig. 11 (dénommé à tort μηρός). 972 EDMOND LEVY ET JEAN MARCADE [BCH 96
Fig. 5. — La jambe gauche de Déméter en 1972 : on reconnaît, dans l'axe, la pièce de la fig. 3
et sur le côté à droite, l'assemblage de la fig. 4. AU MUSEE DE LYCOSOURA 973 1972]
Fig. 6. — Chute des plis entre les genoux et pièce rapportée au-dessus du genou gauche.
Fig. 7. — Détail du bas de la jambe gauche. 974 EDMOND LEVY ET JEAN MARCADE IBCH 96
Fig. 8. — Jambe droite de Déméter :
partie principale et premiers compléments (1971).
sur le genou18 : l'idée s'impose donc d'une réparation antique consécutive à quelque cassure du
marbre ; la pièce, assez mince, est d'ailleurs taillée pour être engagée en coin entre deux morceaux
qui l'enserrent.
Autre observation. La jambe gauche est désormais connue sur toute sa hauteur jusqu'au
lit de pose (1,50 m depuis le dessus du genou) ; la position du pied gauche ramené en arrière est
sûre ; on a la coupure verticale piquetée et le passage du goujon horizontal qui servaient à
assujettir la partie du pied dépassant sous la robe : elle était nécessairement courte et pratique
ment réduite aux orteils. Cela suffît à écarter le pied nu colossal, réputé jusqu'ici appartenir
à Déméter19 : il est beaucoup trop long et ne s'adapte pas (fig. 25 6). De plus, il fait paire avec
un pied droit qui, lui, est interrompu par un plan de joint vertical très vite en arrière des orteils ;
bref, ce sont les pieds d'une statue trônante ayant le pied droit (et non le pied gauche) en arrière :
(18) Nous rencontrerons plus loin une anomalie semblable, p. 983.
(19) BSA 13, p. 369, fig. 10 Β ; Κατάλογος, η» 6 et fig. 15. AU MUSEE DE LYCOSOURA 975 1972]
Fîg. 9. — Les jambes de Déméter (couchées) : au premier plan, la jambe droite.
Fig. 10. — Les jambes de Déméter (couchées) : au premier plan, la jambe gauche.

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