De Dieu et la Patrie, à toi, moi et le monde. Cent cinquante ans de livres de lecture et d'anthologies littéraires scolaires en Suède - article ; n°1 ; vol.58, pg 47-69

De
Histoire de l'éducation - Année 1993 - Volume 58 - Numéro 1 - Pages 47-69
Obwohl die Mentahtätsgeschichte eher mit Geschichtsbüchem arbeitet stellen gerade auch die Lehrbücher der literarischen Fächer hierfür eine ausgesprochen lohnende Quellengattung dar. Der Beitrag hat die Lesebücher und Literaturgeschichten zum Inhalt, welche den jungen Schweden von 1842, dem Jahr der Einrichtung eines staatlichen Schulsystems, bis heute an die Hand gegeben wurden. Es geht dabei vor allem darum, die Schulbücher als pädagogische Instrumente und Träger von Wertsystemen in das jeweilige institutionelle und soziale Umfeld einzubetten. Implizit wird durch diese Studie, welche aile wichtigen Schulbuchreihen berücksichtigt, die in Schweden seit der Mitte des 19. Jahrhunderts in Gebrauch waren, auch ein Einblick in die jungere schwedische Forschung auf dem Gebiet der Erziehungsgeschichte gegeben.
The textbooks of literary subjects make up one of the richest sources for the history of mental habits although they are less studied than history school- books used by the young Swedish from 1842 - when a national system of education was created - till today. His aim is to reset the schoolbooks - as pedagogical tools and conveying a system of values - in their institutional and social environments. This article analyses the principal courses in use since the middle of the XIXth century and intends to acquaint us with the research in the history of the Swedish education.
Moins sollicités que les manuels d'histoire, les manuels des disciplines littéraires constituent pourtant une des sources les plus riches pour l'histoire des mentalités. L'auteur s'intéresse aux manuels de lecture et de littérature utilisés par les jeunes Suédois de 1842, date de la création d'un système d'éducation nationale, jusqu'à nos jours. Il s'attache notamment à resituer dans leur environnement institutionnel et social les manuels en tant qu'instruments pédagogiques et véhicules d'un système de valeurs. Cet article qui analyse les principales collections en usage depuis le milieu du XIXe siècle s'attache à mieux faire connaître la recherche en histoire de l'éducation suédoise.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
Lecture(s) : 29
Nombre de pages : 25
Voir plus Voir moins

Boel Englund
De Dieu et la Patrie, à toi, moi et le monde. Cent cinquante ans
de livres de lecture et d'anthologies littéraires scolaires en
Suède
In: Histoire de l'éducation, N. 58, 1993. Manuels scolaires, États et sociétés. XIXe - XXe siècles. pp. 47-69.
Citer ce document / Cite this document :
Englund Boel. De Dieu et la Patrie, à toi, moi et le monde. Cent cinquante ans de livres de lecture et d'anthologies littéraires
scolaires en Suède. In: Histoire de l'éducation, N. 58, 1993. Manuels scolaires, États et sociétés. XIXe - XXe siècles. pp. 47-69.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hedu_0221-6280_1993_num_58_1_2659Zusammenfassung
Obwohl die Mentahtätsgeschichte eher mit Geschichtsbüchem arbeitet stellen gerade auch die
Lehrbücher der literarischen Fächer hierfür eine ausgesprochen lohnende Quellengattung dar. Der
Beitrag hat die Lesebücher und Literaturgeschichten zum Inhalt, welche den jungen Schweden von
1842, dem Jahr der Einrichtung eines staatlichen Schulsystems, bis heute an die Hand gegeben
wurden. Es geht dabei vor allem darum, die Schulbücher als pädagogische Instrumente und Träger von
Wertsystemen in das jeweilige institutionelle und soziale Umfeld einzubetten. Implizit wird durch diese
Studie, welche aile wichtigen Schulbuchreihen berücksichtigt, die in Schweden seit der Mitte des 19.
Jahrhunderts in Gebrauch waren, auch ein Einblick in die jungere schwedische Forschung auf dem
Gebiet der Erziehungsgeschichte gegeben.
Abstract
The textbooks of literary subjects make up one of the richest sources for the history of mental habits
although they are less studied than history school- books used by the young Swedish from 1842 - when
a national system of education was created - till today. His aim is to reset the schoolbooks - as
pedagogical tools and conveying a system of values - in their institutional and social environments. This
article analyses the principal courses in use since the middle of the XIXth century and intends to
acquaint us with the research in the history of the Swedish education.
Résumé
Moins sollicités que les manuels d'histoire, les manuels des disciplines littéraires constituent pourtant
une des sources les plus riches pour l'histoire des mentalités. L'auteur s'intéresse aux manuels de
lecture et de littérature utilisés par les jeunes Suédois de 1842, date de la création d'un système
d'éducation nationale, jusqu'à nos jours. Il s'attache notamment à resituer dans leur environnement
institutionnel et social les manuels en tant qu'instruments pédagogiques et véhicules d'un système de
valeurs. Cet article qui analyse les principales collections en usage depuis le milieu du XIXe siècle
s'attache à mieux faire connaître la recherche en histoire de l'éducation suédoise.DIEU ET LA PATRIE DE
À TOIf MOI ET LE MONDE
Cent cinquante ans de livres de lecture
et d'anthologies littéraires scolaires en Suède
par Boel ENGLUND
« Honore ton père et ta mère, afin que tu sois heureux, et que tes
jours se prolongent sur terre.
51. Qu'est-ce que Dieu ordonne dans le quatrième commande
ment ? - D'honorer père et mère. 52. Que doit-on comprendre par père
et mère ? - Nos parents, beaux-parents, parents d'adoption, magistrats,
enseignants, maîtres ; et tous ceux qui de nous prennent des soins pa
ternels. 53. Quel est le sens de ce commandement ? - Que nous devons
les aimer de tout coeur, les voir avec respect, obéir à leurs remontranc
es, les servir de bon vouloir, et les soigner dans leur vieil âge avec
gratitude. [...] 55. Les enfants sont-ils obligés d'obéir à leurs parents en
tout ? - Oui, en tout ce qui n'est pas contraire à la parole de Dieu et à
la conscience, car l'on doit toujours obéir à Dieu plus qu'aux hommes.
[...] 59. Quels sont les devoirs d'un sujet chrétien ? - De vénérer et a
imer ses autorités et leur obéir ; et, chacun dans sa tâche, par des priè
res, des travaux et la fidélité secourir à leurs soins » (1).
« [...] Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna
d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare
(1) Folkskolans Katekes. Dokt. Màrt. Luthers Lilla Katekes med Fôrklaring afDokt.
01. Swebilius (Le catéchisme de l'école primaire. Le petit catéchisme du Dr Mart. Luther
expliqué par le Dr Ol. Swebilius), 1853 ; édition en facsimile, Stockholm, HLS fôrlag,
1991, pp. 34-37. Les versets bibliques n'ont pas été reproduits. La traduction française,
comme dans les autres citations, est, sauf indication contraire, la nôtre.
Histoire de l'éducation - n° 58, mai 1993
Service d'histoire de l'éducation
I .N.R.P. - 29, rue d'Ulm - 75230 Paris Cedex 05 Boel ENGLUND 48
que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des
vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées,
qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles
éventrées, après avoir assouvi les besoins naturels de quelque héros,
rendaient les derniers soupirs ; d'autres à demi brûlées criaient qu'on
achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la
terre à côté de bras et de jambes coupés. [...]
- A. Entretiens. [...] 3 c) Le mot Candide veut dire candide, naïf.
Pourquoi peut-on dire que Candide est naïf ? Comment ses expériences
contredisent-elles ce qu'il a appris chez Pangloss ? [...]
- C. Continuer à travailler. [...] 6. Quelles ressemblances y a-t-il
entre les Lumières et nos jours ? Quelles différences ? Cherchez des
matériaux, discutez et rédigez vos opinions par écrit » (1).
Les deux textes présentés en exergue montrent la distance qui sé
pare l'enseignement de la langue maternelle suédoise au milieu du
XLXe siècle de celui qui est dispensé de nos jours.
On ne manquera certes pas d'objecter que l'opposition est falla
cieuse. Il est vrai que le premier texte est tiré d'un livre de lecture qui
fut l'un des plus employés au siècle dernier dans les écoles primaires,
c'est-à-dire par des enfants de neuf à treize ans, tandis que le second,
extrait de l'anthologie littéraire la plus répandue dans l'enseignement
post-obligatoire des années 1980, s'adresse à des adolescents de seize à
dix-huit ans.
Pourtant les extraits que nous avons retenus offrent un double mér
ite : ils mettent clairement en évidence les traits caractéristiques des
textes pédagogiques de deux époques, en restant tout de même émi
nemment reconnaissables. Le premier offre l'illustration, dans la
forme scolaire traditionnelle de question-réponse, d'une norme qui n'a
probablement pas tout à fait perdu sa validité ni en France ni en
Suède ; le second est tiré d'une oeuvre classique, et suivi de questions
qui s'inscrivent dans un enseignement de la littérature. Notre propos
est de baliser dans le temps et dans l'espace le terrain qui sépare ces
(1) Frân Bibeln till Blanche /Dialog (De la Bible à Blanche / Dialogue), Stockholm,
Natur & Kultur, 1981, p. 162 ; Studiehafte Frân Bibeln till (Livret d'étude de la
Bible à Blanche), pp. 13-14. Le texte français de Candide est tiré de l'édition Rombaldi,
Paris, 1952, pp. 17-18. De Dieu et la Patrie à toi, moi et le monde 49
deux textes issus de la littérature scolaire, en mettant en évidence ce
qui les sépare et ce qui les unit.
C'est bien par l'éducation, l'éducation familiale et scolaire, que les
savoirs, les normes, les valeurs, les manières de penser et d'agir qui
font une société sont transmis aux nouvelles générations (1). Au
jourd'hui comme naguère, une des fonctions principales de l'institu
tion scolaire demeure celle de la reproduction sociale. Ce principe
posé, il est clair que pour comprendre les choix qui aboutissent à faire,
parmi tous les savoirs possibles, de certains des savoirs d'école, de
même que pour comprendre les principes qui sont mis en oeuvre pour
les organiser en un programme d'enseignement et les méthodes qui
sont utilisées pour les enseigner, il faut prendre en compte, dans la mes
ure où ces savoirs sont étroitement liés aux normes et aux valeurs, la
société dont fait partie cette école et les mouvements sociaux qui l'an
iment Il en est de même pour l'étude de ce qui a longtemps été consi
déré comme la source et le critère d'évaluation des savoirs à l'école, le
manuel scolaire. Dans les pages qui suivent, nous tenterons, en nous
fondant principalement sur l'analyse des livres scolaires destinés à
l'enseignement de la langue maternelle suédoise - livres de lecture et
anthologies littéraires - qui, de 1842 à nos jours, furent parmi les plus
répandus, d'esquisser l'évolution historique d'une discipline scolaire,
mais aussi celle d'une société. Cette étude se veut également une con
tribution à une meilleure connaissance de la recherche suédoise qui
s'intéresse aux livres scolaires de lecture, que ce soit dans le domaine
de l'histoire de l'éducation ou dans d'autres (2).
«...l' (1)éducation... Cf. Emile est Durkheim avant tout : Éducation le moyen par et sociologie lequel la société (1922), renouvelle Paris, P.U.F., perpétuellement 1968, p. 91 :
les conditions de sa propre existence » ; ou les formules de John Dewey in Democracy
and Education, New York, 1916, pp. 3-4. Mais voir aussi par ex. David Hamilton :
Learning about Education, Milton Keynes/Philadelphia, Open University Press, 1990, et
la distinction qu'il établit entre "socialisation" et "acculturation'' p. 9 sq.
(2) En sociologie de la littérature autour de Lars Furuland à Upsal et Gurmar
Hansson à Linkôping ; en pédagogie de la littérature autour de Jan Thavenius à Lund.
Une place à part doit être donné à Herbert Tingsten, publiciste, professeur titulaire de
sciences politiques à Stockholm de 1935 à 1946, dont le livre Gud och fosterlandet.
Studier i hundra ârs skolpropaganda (Dieu et la Patrie. Études de cent ans de
propagande scolaire), Stockholm, 1969, étude vaste mais hâtive, ouvrit la voie à d'autres
travaux qui soulignent le caractère fortement idéologique des manuels scolaires. 50 Boel ENGLUND
I - L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE, 1842-1920
Le décret de 1842 constitue l'acte de naissance de l'enseignement
primaire suédois : il contraint les communes rurales comme les parois
ses urbaines à entretenir au moins une école pour les besoins de l'e
nseignement populaire (1). Ce décret fait fonction de premier règlement
à la fois pour l'école primaire (en suédois, "l'école populaire") et pour
les écoles normales d'instituteurs : treize écoles normales sont insti
tuées pour la formation des maîtres du premier degré.
La naissance et les progrès de la scolarisation primaire correspon
dent à une situation sociale qu'il convient ici d'esquisser à grands
traits.
Vers le milieu du XLXe siècle, la Suède était encore un pays pro
fondément rural. Sa population s'était accrue rapidement depuis le dé
but du siècle grâce « à la paix, au vaccin et aux patates » (2).
L'accroissement de la population s'était particulièrement fait sentir
parmi les classes agricoles non propriétaires, surtout après 1830 (3).
Les pouvoirs publics s'en inquiétèrent, lançant à plusieurs reprises des
enquêtes ou instituant des commissions d'État consacrées à "la ques
tion sociale" (4). Cet accroissement démographique coïncidait en effet
avec les réformes agraires qui, tout en rendant l'agriculture plus effi
cace, dispersaient les habitants des anciens villages et par là-même bri
saient les modèles de socialisation et de reproduction sociale
(1) Kongl. Maj:ts Nâdiga Stadga angâende Folk-underwisningen i Riket (Décret du
Roi en son conseil concernant l'éducation populaire dans le royaume), Gifwen
Stockholms Slott den 18 Juni 1842.
(2) Selon l'expression d'Esaias Tegnér (1833), poète célèbre, évêque, membre de
plusieurs des comités et commissions de l'époque. Les historiens modernes sont enclins
à partager son opinion, sauf pour ce qui est de l'importance de la paix.
(3) Eli Heckscher : Svenskt arbete och liv (Travail et vie en Suède), Stockholm,
1942, pp. 213-214 et pp. 339-340 ; Wilhelm Sjôstrand : Pedagogikens historia EU : 2
(Histoire de la pédagogie m : 2), Lund, 1965, pp. 16-18 ; Kurt Samuelsson : Frân
stormakt till vàlfdrdsstat (De la grande puissance à l'État de bien-être), Stockholm, 1968,
pp. 163-166. En 1800, le chiffre de la population s'établissait à environ 2.350.000 ; il
dépassa les trois millions dans les années 1830 pour atteindre quatre millions à la fin des
années 1860.
(4) Entre autres, les commissions de 1812 et de 1825 sur l'éducation et la
commission de 1837 sur l'assistance publique. De Dieu et la Patrie à toi, moi et le monde 51
traditionnels. Cette situation nouvelle peut être interprétée, comme
l'avance entre autres Ulf P. Lundgren, en termes de symptômes de
manque de reproduction, nécessitant une intervention de l'État pour as
surer la reproduction des connaissances, des normes et des valeurs qui
avait été assurée jusque-là par la tradition, sous la surveillance de
l'Église (1).
1. Le Petit catéchisme de Martin Luther
L'école primaire régie par le décret de 1842 était placée sous la tu
telle de l'Église ; elle complétait l'enseignement à domicile réglementé
par la Loi canonique de 1686. Les savoirs transmis par cette école fu
rent ceux de la tradition de religieux. Le premier ma
nuel et livre de lecture y fut le Petit catéchisme de Martin Luther avec
les explications de Swebilius-Lindblom, ouvrage qui a fourni le pre
mier des extraits cités au début de cet article.
En 1842, le catéchisme et la lecture constituent depuis longtemps la
mesure du savoir populaire suédois, dans l'enseignement à domicile
comme dans les écoles qui préexistaient au décret, écoles paroissiales,
écoles rurales ambulantes, écoles urbaines, écoles de donations, etc. De
fait, l'alphabétisation était déjà bien avancée en 1842, grâce au travail
de l'Église luthérienne ; l'institution des catéchisations domiciliaires,
où enfants et adultes subissaient annuellement un contrôle des connais
sances qui, noté et enregistré par les pasteurs, portait sur le catéchisme
et la lecture (2), joua un rôle essentiel.
Comme le règlement de 1842 prescrivait la lecture en caractères
gothiques ("suédois") et en caractères latins, furent alors publiées des
éditions du Petit catéchisme dans lesquelles alternaient des pages im
primées dans l'une et l'autre polices de caractères. Pour le tout premier
(1) Voir Between Hope and Happening, Victoria, Australia, Deakin University
Press, 1983, p. 24, où la Suède ne constitue qu'un exemple d'un phénomène plus
général.
(2) Voir les travaux d'Egil Johansson à l'université d'Umeâ ; par ex. The History of
Literacy in Sweden in comparison with other countries, Umeâ University, Educational
reports n° 12, 1977. Boel ENGLUND 52
apprentissage de la lecture, des abécédaires catéchétiques furent emp
loyés jusque vers 1860 (1).
L'étude du catéchisme resta, avec l'histoire biblique, la lecture,
l'écriture et les quatre règles, le savoir minimum requis de tous les en
fants, même les plus pauvres (2), par les règlements scolaires jusqu'en
1900. Malgré l'existence d'aspirations et de courants contraires, il
n'est pas déraisonnable d'affirmer que, pendant ces cinq décennies et
probablement davantage (3), la fonction principale de l'école primaire
suédoise fut de préparer les enfants du peuple qui la fréquentèrent à
l'enseignement pastoral que requérait la Première communion (4).
La maîtrise minimale du Petit catéchisme impliquait la récitation
de ses cinq parties principales, c'est-à-dire les dix commandements, les
articles de la Foi, l'Oraison du Seigneur et les sacrements du baptême
et de l'autel. La récitation incluait un grand nombre des 371 explica
tions et les versets bibliques. Il est donc peu étonnant que ce soit à
cette tâche que l'essentiel du temps passé à l'école ait été consacré (5).
L'enseignement de la langue maternelle fut ici, comme plus tard dans
(1) Âke Isling : Det pedagogiska orvet (L'héritage pédagogique), Stockholm, Sober,
1988, p. 279.
(2) Règlement de 1842, § 7, règlement de 1882, § 48 ; règlement de 1897, § 48. Les
connaissances requises pour la religion sont précisées dans ces trois textes en termes
identiques : « jusqu'au degré exigé pour pouvoir suivre le catéchisme proprement dit »
(nos italiques). Cela souligne le caractère de propédeutique de l'enseignement dispensé.
(3) Voir Gunnar Richardson : Kulturkamp och klasskamp (Lutte culturelle et lutte
des classes), Gôteborg, 1963 (Diss.), pp. 359-360, qui traite des années 1880. Cf.
Sven-Âke Selander : Livslângt làrande (Apprendre toute la vie), Stockholm/Uppsala,
Fôreningen fôr svensk undervisningshistoria, 1986 (Ârsbôcker i svensk
undervisningshistoria 158), pp. 57-61 ; Svenska folkskolans historia 3 (Histoire de
l'école primaire en Suède, 3), Stockholm, 1942, pp. 360-362
(4) La première communion, qui intervenait vers l'âge de 14 ans, impliquait le
passage de l'enfant au statut d'adulte. L'exercice des droits civiques - et, pour les
populations rurales, notamment le droit de se marier - était subordonné à la réception de
ce sacrement.
(5) Les témoignages d'inspecteurs d'écoles primaires et d'anciens élèves sur la
prééminence de cet enseignement du dogme à l'école primaire du XIXe siècle sont
nombreux. Voir la série des Bertittelser om folkskolorna i riket afgifha af tillfôrordnade
Folkskole-Inspektôrer (Rapports sur les écoles primaires du pays donnés par les
inspecteurs d'écoles primaires), publiés à partir de 1864 ; la série des Minnen et De Dieu et la Patrie à toi, moi et le monde 53
la tradition des livres de lecture, intimement lié à l'enseignement des
faits, c'est-à-dire, dans le cas présent, à l'enseignement de la religion.
Il n'y a pourtant pas que ces cinq parties dans le Petit catéchisme
de Luther. La partie appelée le Tableau des devoirs de chaque état (en
suédois Hustavlan) est, pour Âke Isling, non seulement le résumé de la
conception luthérienne de la société, mais aussi celle du message que
la première école primaire suédoise entendait transmettre au peu
ple (1). Cet ouvrage est constitué de versets bibliques agencés en cou
plets ('Tour les autorités" / "Pour les sujets", "Pour les pères de famille
et maîtresses de maison" / les serviteurs", "Pour les parents" /
"Pour les enfants", etc.). Il s'achève sur des versets "Pour tous les
hommes", suivis d'une sentence finale : « Si chacun fait son travail,
tout ira bien, nous ne craindrons rien ». Les versets qui, depuis 1811,
sont les versets préliminaires, "Pour les autorités", sont tirés de l'Épître
de Saint Paul aux Romains (13, 1-4) et stipulent : « Que toute personne
soit soumise aux autorités supérieures ; car il n'y a point d'autorité qui
ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées par
Dieu. C'est pourquoi celui qui s'oppose à l' autorité résiste à l'ordre
que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur
eux-mêmes. Ce n'est pas pour une bonne action, c'est pour une mauv
aise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l'au
torité ? Fais le Bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est
serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le Mal, crains ; car ce
n'est pas en vain qu'il porte l'épée, étant serviteur de Dieu pour exer
cer la vengeance et punir celui qui fait le Mal ».
Hâgkomster frân folkskola och folkundervisning (Souvenirs de l'école primaire et de
l'éducation populaire) publiés par Fôreningen for svensk undervisningshistoria à partir
des années 1920. Pour des résumés, voir Isling, op. cit., pp. 52-57 ; Svenska folkskolans
historia 3 (Histoire de l'école primaire en Suède, 3), Stockholm, 1942, pp. 346-352 et
360-362. Cette publication apparaîtra dans les notes suivantes sous le sigle SFH.
(1) Isling, op. cit., p. 604 et pp. 42-48. Pour V Hustavlan, voir aussi Hilding Pleijel :
Hustavlans vârld (L'univers du Tableau des devoirs de chaque état), Stockholm, 1970 ;
Egil Johansson, op. cit. Pour la relation parent-enfant et la dimension pédagogique dans
le catéchisme, voir Astrid Norberg : Uppfostran till underkastelse (L'éducation à la
soumission), Lund, 1978 (Diss.). 54 Boel ENGLUND
Il n'est pas difficile d'imaginer l'influence qu'a exercée l'expres
sion, dans ce langage biblique et dans le contexte de l'enseignement
populaire, d'une conception du monde telle que la présente le Tableau
des devoirs de chaque état, la force du lien social qu'elle a établi et la
force d'inertie qu'elle a représentée. Même si des formules comme
"message au peuple" tendent à trop simplifier les problèmes que pose
l'étude du rôle de l'éducation dans la société, ce dont on ne saurait
douter, c'est que la place occupée par les textes du catéchisme impli
que que les savoirs transmis aux enfants du peuple, savoirs qui étaient
aussi très souvent ceux-là mêmes qui étaient exigés de l'école par les
parents (1), visaient à assurer la subsistance des normes de conduite et
des modes de pensée d'une société fortement hiérarchisée et imprégnée
de la tradition de l'enseignement religieux.
2. Le Lasebokforfolkskolan
Le règlement de 1842 n'organisait pas un cours d'études, mais il
prévoyait, à côté de ces connaissances de base religieuses et morales
dont l'alphabétisation faisait traditionnellement partie, d'autres matiè
res d'instruction, notamment la géographie et l'histoire de la patrie, en
d'autres termes une éducation civique. Le nombre des élèves qui en bé
néficièrent fut très faible : jusque vers le milieu des années 1860, seuls
5 à 7 % des enfants qui fréquentèrent l'école primaire semblent avoir
acquis des connaissances supérieures au minimum exigé (2). Pour la
lecture, le catéchisme fut complété par la Bible et par le Livre des can
tiques. Mais, très vite, la pénurie de livres appropriés à l'enseignement
primaire se fit ressentir, ce qui suscita de multiples débats : ainsi, lors
de leur première assemblée générale, en 1862, le corps des inspecteurs
primaires, créé l'année précédente, demanda que l'élaboration d'un l
ivre de lecture, destiné en premier lieu à la lecture à haute voix, fût en
couragée par les pouvoirs publics.
La réponse à cette demande des inspecteurs - et la solution globale
apportée pour fort longtemps au problème des livres de lecture pour les
(1) Richardson, op. cit. ; SFH 3 , p. 362.
(2) Sjôstrand, op. cit., p. 343 sq. et pp. 367-368.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.