Dorvault et la « Pharmacie Centrale de France » - article ; n°245 ; vol.68, pg 79-90

De
Revue d'histoire de la pharmacie - Année 1980 - Volume 68 - Numéro 245 - Pages 79-90
Dorvault und die « Pharmacie Centrale de France ».
Der beruflich erfolgreiche Apotheker François Dorvault (1815-1879) strebte danach seinen Beruf empor zu reissen und erliess an seine Kollegen, am 15. März 1852, einen Aufruf in welchem er seine Sorgen um die Pharmazie, die Apotheker, die öffentliche Gesundheit darlegte. Um die Interesse der Einen, wie die Gesundheit Aller zu beschützen, schlug er die Bildung einer Apothekervereinigung, nach genossenschaftlicher Art vor, mit einem Musterbetrieb, zugleich Grosshandlung und Laboratorium, welcher die Herstellung von Arzneimittel erlauben sollte, unter dem Motto : « Sparsamkeit, Identität, Vollkom menheit ». Dies geschah mit der « Pharmacie Centrale des Pharmaciens », am 15. September 1852 gegründet, drei Jahre später zur « Pharmacie Centrale de France » umgewandelt, unter deren Nahme die Gesellschaft immer noch besteht. Dorvault ergänzte diesen Betrieb mit wissenschaftlichen Laboratorien, mit preisbelohnten Jährlichen Wettbewerben, mit sozialen Einrichtungen und mit der Herausgabe der Zeitschrift L'Union pharmaceutique. Die « Pharmacie Centrale » kannte ruhmvolle Stunden auf kommerziellem Gebiet auf Grund des guten Rufes ihrer Erzeugnisse. Die zwei Weltkriege brachten ihr finanzielle Schwierigkeiten welche sie überstand. Sie musste und wusste sich anzupassen, aber behält die Treue zur fortstrebenden Tradition ihres Gründers.
Dorvault and the « Pharmacie Centrale de France ».
The pharmacist François Dorvault (1815-1879) in wanting to go beyond his personal success and involve the entire profession, addressed a manifesto to his colleagues on March 15, 1852, expressing his concerns for pharmacy, pharmacists, and public health. In order to preserve the interests of some while protecting the health of all, he proposed an association of pharmacists, a sort of cooperative, which would endow a model establishment - at once drug store and laboratory - and which would permit the manufacture of medications based on these three criteria : « economy, identity, perfection ». Thus was established the « Pharmacie Centrale des Pharmaciens » on September 15, 1852 ; three years later it became known as the « Pharmacie Centrale de France », the name under which the company still exists. Dorvault was able to effect his goal with the help of scientific laboratories and social organizations, by instituting annual prize-winning competitions, and by the publication of the review L'Union Pharmaceutique. The « Pharmacie Centrale » was an enormous commercial success due to the renown of its products. During both World Wars it experienced financial difficulties which it was able to surmount. It understood the necessity of, and was able to, change with the times, but it remains loyal to the innovative tradition of its founder.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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Berthe Mory
Dorvault et la « Pharmacie Centrale de France »
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 68e année, N. 245, 1980. pp. 79-90.
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Mory Berthe. Dorvault et la « Pharmacie Centrale de France ». In: Revue d'histoire de la pharmacie, 68e année, N. 245, 1980.
pp. 79-90.
doi : 10.3406/pharm.1980.2550
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1980_num_68_245_2550Zusammenfassung
Dorvault und die « Pharmacie Centrale de France ».
Der beruflich erfolgreiche Apotheker François Dorvault (1815-1879) strebte danach seinen Beruf empor
zu reissen und erliess an seine Kollegen, am 15. März 1852, einen Aufruf in welchem er seine Sorgen
um die Pharmazie, die Apotheker, die öffentliche Gesundheit darlegte. Um die Interesse der Einen, wie
die Gesundheit Aller zu beschützen, schlug er die Bildung einer Apothekervereinigung, nach
genossenschaftlicher Art vor, mit einem Musterbetrieb, zugleich Grosshandlung und Laboratorium,
welcher die Herstellung von Arzneimittel erlauben sollte, unter dem Motto : « Sparsamkeit, Identität,
Vollkom menheit ». Dies geschah mit der « Pharmacie Centrale des Pharmaciens », am 15. September
1852 gegründet, drei Jahre später zur « de France » umgewandelt, unter deren
Nahme die Gesellschaft immer noch besteht. Dorvault ergänzte diesen Betrieb mit wissenschaftlichen
Laboratorien, mit preisbelohnten Jährlichen Wettbewerben, mit sozialen Einrichtungen und mit der
Herausgabe der Zeitschrift L'Union pharmaceutique. Die « Pharmacie Centrale » kannte ruhmvolle
Stunden auf kommerziellem Gebiet auf Grund des guten Rufes ihrer Erzeugnisse. Die zwei Weltkriege
brachten ihr finanzielle Schwierigkeiten welche sie überstand. Sie musste und wusste sich anzupassen,
aber behält die Treue zur fortstrebenden Tradition ihres Gründers.
Abstract
Dorvault and the « Pharmacie Centrale de France ».
The pharmacist François Dorvault (1815-1879) in wanting to go beyond his personal success and
involve the entire profession, addressed a manifesto to his colleagues on March 15, 1852, expressing
his concerns for pharmacy, pharmacists, and public health. In order to preserve the interests of some
while protecting the health of all, he proposed an association of pharmacists, a sort of cooperative,
which would endow a model establishment - at once drug store and laboratory - and which would permit
the manufacture of medications based on these three criteria : « economy, identity, perfection ». Thus
was established the « Pharmacie Centrale des Pharmaciens » on September 15, 1852 ; three years
later it became known as the « Pharmacie Centrale de France », the name under which the company
still exists. Dorvault was able to effect his goal with the help of scientific laboratories and social
organizations, by instituting annual prize-winning competitions, and by the publication of the review
L'Union Pharmaceutique. The « Pharmacie Centrale » was an enormous commercial success due to
the renown of its products. During both World Wars it experienced financial difficulties which it was able
to surmount. It understood the necessity of, and was able to, change with the times, but it remains loyal
to the innovative tradition of its founder.Dorvault
et la
«Pharmacie centrale de France»
-* I ' A ayant figure résidé de Dorvault, pendant seize son visage ans, avec dirais-je mon mari même, et nos nous enfants, sont familiers à la Phar :
macie Centrale de France, nous avions l'occasion de saluer chaque jour
François Dorvault, dont le buste, uvre du sculpteur Sanson, orne l'entrée
de l'usine de La Plaine-Saint-Denis : nos enfants le considéraient un peu
comme un aïeul. Mais oserais-je affirmer que tous les visiteurs savent qui
est ce personnage et quel lien mystérieux le fait présider, immuablement, à
un ballet d'entrées et de sorties d'ouvriers, de visiteurs, d'acheteurs, de four
nisseurs, à un carrousel de camions arrivant ou partant pour différents pays
d'Europe ?
Rappelons donc quelques étapes de sa vie, très brièvement, puisque
d'excellents historiens ont mis et mettront à votre disposition des biographies
détaillées.
François, Laurent, Marie Dorvault est né le 26 janvier 1815 à Saint-Etienne
de Montluc, en Loire-Inférieure. Ses parents, Julien Dorvault et Marie Doucet,
de condition modeste, son père, sabotier, dit ne pas savoir signer lorsqu'il
déclara la naissance de son fils , ne purent lui assurer qu'une instruction
élémentaire. C'est à Nantes qu'il commença l'étude de la pharmacie ; Davout,
pharmacien, y fut son premier maître. En 1833, Dorvault vient à Paris, travaille
dans deux pharmacies, et trois ans plus tard il entre comme premier élève
chez un confrère, où il restera jusqu'en 1838. Ensuite, il prend un service
de suppléant dans les hôpitaux de Paris. A 25 ans, au concours, il est nommé
troisième élève interne des hôpitaux de Paris. Son activité ne se dément pas
et il remporte trois prix à l'Ecole de Pharmacie de Paris. Enfin, en 1841, il
acquiert le titre de pharmacien. Nanti de son diplôme, il s'installe à Paris,
7, rue de la Feuilllade. La pratique quotidienne de l'officine, ses rapports
avec des confrères lui font découvrir rapidement la nécessité d'agir pour le
Conférence prononcée aux Journées pharmaceutiques internationales de Paris, le
20 septembre 1979.
revue d'histoire de la pharmacie, xxvii, n° 245, juin 1980. 80 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
bien de la profession. C'est la naissance d'un grand dessein : la transformation
de son officine en un vaste établissement qu'il décide d'appeler « Pharmacie
Centrale ».
C'était compter sans les réactions de certains confrères, réactions qui
l'obligèrent à « mettre bas l'enseigne ». C'est alors que lui vint l'idée de créer
une « Pharmacie Centrale des Pharmaciens ». L'appellation choisie montre
déjà sa préoccupation majeure : la Pharmacie, les Pharmaciens.
Entre-temps, il avait épousé la fille d'un pharmacien, MUe Garot, dont
il eut un fils et des filles.
La Légion d'honneur en 1863, le grade d'officier dans le même ordre,
vinrent officiellement reconnaître et récompenser l'action dynamique de
Dorvault, sa foi en sa profession. En 1865, le don de toute une bibliothèque
à l'école où il avait appris à lire, l'achat d'une propriété, La Peltandière, puis
d'un château à Machecoul, renouèrent les liens avec ses origines. En 1950, ses
arrière-petitsjfils jouaient encore sous les ombrages du parc du Château de
La Treil. Une rue porte son nom dans sa ville natale.
Dorvault est mort le 16 février 1879. Puisse-t-il revivre aujourd'hui, grâce
à l'initiative de la Société d'Histoire de la Pharmacie et de son président,
M. le Doyen Valette.
C'est à moi que revient l'honneur de vous présenter l'une de ses réali
sations : la Pharmacie Centrale de France, tandis que M. Yves Cotereau vous
parlera de l'Officine. Dans la notice de Lefranc qui sert de préface à plusieurs
éditions posthumes de l'Officine, j'ai trouvé cette citation tirée des Géorgiques
qui me semble s'appliquer à merveille à l'uvre de Dorvault : « Labor omnia
vincit... » : l'illustre fondateur de la Pharmacie Centrale de France a magni
fiquement servi cette devise et nul doute qu'il serait satisfait de la voir
toujours mise en pratique dans « sa » maison. En effet, on imagine sans
peine la somme de travail et d'efforts qu'ont fournie les différentes générations
pour que vive encore « sa » fondation, 127 ans plus tard.
LA « PHARMACIE CENTRALE DES PHARMACIENS »
Dorvault a 37 ans lorsqu'il fonde en 1852 la Pharmacie Centrale des Phar
maciens. Il a franchi bien des étapes mais, ne nous y trompons pas, sa vie
n'est pas qu'une réussite personnelle, il a voulu entraîner avec lui toute une
profession et tous les confrères qui lui feraient confiance.
Des manifestations, des projets avaient été inspirés par les tendances
nouvelles pour améliorer le sort de la pharmacie tendances qui, on le sent,
ont influencé Dorvault : nous pensons au Fouriérisme et aux réalisations pha-
lanstériennes.
Dorvault, réaliste, conçoit un projet dont il fait part à tous ses confrères
dans un Manifeste le 15 mars 1852. Ce manifeste est la pièce maîtresse de cet
exposé, car sur lui repose tout l'édifice qui prendra pour nom celui de Pharmac
ie Centrale des Pharmaciens. C'est un document long que nous nous devons
d'analyser presque point par point. DORVAULT F.-L.-M.
Portrait de F.-L.-M. Dorvault
(1815-1879)
figurant en frontispice de la 10e édition de l'Officine (1880), première parue après
la mort de l'auteur.
Pl. XV DORVAULT ET LA PHARMACIE CENTRALE DE FRANCE 81
Dorvault y retrace les essais tentés pour éviter la décadence de la
pharmacie : précédant de peu le manifeste, c'est Soubeiran, en 1851, dans le
discours de rentrée de l'Ecole de Pharmacie, qui s'exprime en ces termes :
« La pharmacie n'a jamais rien dû qu'à elle-même, l'intervention de l'admi
nistration lui a toujours été plus funeste qu'utile... Pourquoi les pharmaciens
ne feraient-ils pas un effort spontané et intelligent dans les voies communes
de l'industrie ? ».
La vanité de tous les efforts tentés incite Dorvault à ouvrir une nouvelle
voie au salut de la profession qui, en même temps, préservera la santé publi
que. Cette voie, ce sera l'Association déjà entrevue, il est vrai, par
Fourcroy, Vauquelin, Boudet et par la Commission du Congrès médical en
1845.
Pour préserver la santé publique, il imagine un établissement modèle,
tout à la fois droguerie et laboratoire, qui fabriquera en toute confiance les
drogues simples, les médicaments composés que les pharmaciens ne peuvent
préparer eux-mêmes.
Il souligne un point important : chaque fois que des pharmaciens ont
constitué des associations commerciales très partielles, ils ont prospéré, en
France comme à l'étranger ainsi à Anvers, l'Association pour les objets
rares ou peu demandés ; à Londres, l'Apothecary Hall. Il y ajoute d'autres
considérations d'ordre à la fois moral et financier : « Les produits chimiques
prennent de jour en jour une place plus grande dans la matière médicale,
écrit-il, et les pharmaciens vont les prendre à des sources étrangères » (étran
gères à la pharmacie et Dorvault s'en inquiète pour la santé publique) ;
d'autre part, on pratique en France ce qu'il appelle avec pittoresque « la
pharmacie en maraude » ; les pharmaciens doivent réagir et ne pas laisser
des profits légitimes aller à des gens qui, au fond, n'y ont guère droit.
Après les arguments, Dorvault présente le projet qu'il a conçu et en
précise les détails juridiques et techniques.
D'emblée, il pose comme principe : « La fortune pharmaceutique doit
rester, doit augmenter dans la pharmacie ». L'association sera exclusivement
pharmaceutique : « Tout porteur d'un diplôme sera de ce fait même, de droit
admis comme souscripteur ». Mais « plus tard, si c'est possible, les élèves
en pharmacie, voire d'autres employés, seront appelés à bénéficier de quel
ques dispositions spéciales, pour les intéresser aux progrès de l'institution »
(nous retrouvons bien là les idées de l'époque).
Les statuts de l'Association sont tels que « les chances de pertes ne sont
guère possible et ne peuvent prendre le caractère de désastre » quel
P.D.G. aujourd'hui oserait tenir un tel langage ? « Nous nous connaissons
entre nous nous agissons en famille ».
Un autre problème grave inquiète Dorvault : ce sont les multiples aspects
d'un même médicament il veut une fabrication globale dans un même
laboratoire : « Ce sera économie, identité, perfection ». Arrivé à ce stade du
manifeste, Dorvault pressent des réactions, des controverses, voire des
attaques, aussi précise-t-il sa pensée dans une note de bas de page : « Est-ce
à dire que l'on devra prendre tous les médicaments à la Pharmacie Centrale ? 82 revue d'histoire de la pharmacie
Nullement, cela serait contre nos convictions : à toute pharmacie il faut un
laboratoire ... au pharmacien, préparateur in extenso, la maison centrale
fournira des types sur lesquels il pourra se baser ... des drogues simples, des
produits chimiques purs ... ». Revenant sur l'unité de préparation et ses
conséquences, Dorvault, dans une belle envolée continue : « Cette unité aura
une influence sur les progrès de la thérapeutique ; considérée à ce point de
vue, l'entreprise devient une création qui intéresse la santé publique ». Enfin,
argument qu'il veut décisif : « Notre entreprise n'en détruit aucune autre :
lé soleil luit pour tout le monde ».
Précurseur, l'esprit prospectif de notre Dorvault envisage les possibilités
d'exportation ; et, autre trait d'humour, ou d'illusion, Dorvault pense qu'export
ateur, l'établissement présentera un intérêt national et, à ce titre, méritera
toute la sollicitude du gouvernement.
A la lecture de ce manifeste, les pharmaciens ont compris les avantages
du projet et envoient en masse leurs souscriptions. Le dépouillement de ces
souscriptions a lieu le 13 septembre 1852 en présence des délégués des sociétés
pharmaceutiques départementales (Bouchardat, Cap, Decaze, Jacout, Lecomte,
Schoeuffelé, Garot, Lepage) : Dorvault entend bien faire de la naissance de
l'Association un événement pharmaceutique.
Huit cents actions étant souscrites, la Société est constituée, ses statuts
sont déposés chez Maître Beaufeu, notaire à Paris, le 15 septembre 1852. La
Société prend la forme juridique d'une société en commandite par actions,
entre François Dorvault, pharmacien, à titre de directeur, d'une part, et tous
les pharmaciens qui adhéreront aux statuts et souscriront des actions, d'autre
part. Sa durée est fixée à 25 années et la Société pourra être transformée en
société anonyme. Elle prend le nom de « Pharmacie Centrale des Pharmac
iens », tandis que sa raison sociale est : « Dorvault et Compagnie ». Le capital
social est fixé à un million de francs.
Conformément à l'article 11 des statuts, qui interdit au directeur de
gérer tout autre établissement, Dorvault met en vente sa propre pharmacie.
Voilà donc créée la Pharmacie Centrale des Pharmaciens. Dorvault à sa
tête, comment va-t-elle vivre, évoluer ? Les grands desseins continuant d'habi
ter Dorvault, celui-ci, dès la première assemblée générale, déclare : « Notre
Association doit être le pivot de notre génération, il faut que nos assemblées
générales deviennent les congrès annuels de la pharmacie [peut-être les
prémices de nos Journées Pharmaceutiques ?] et que la Pharmacie Centrale,
par la garantie qu'elle offrira aux médecins et aux malades, devienne un
établissement d'utilité publique ... » Voilà pour la France. « Elle étendra ses
activités à l'étranger, grâce à l'excellence de ses produits et à leur bon marché »,
voilà pour le commerce extérieur. Mais, direz-vous, c'est une société comme
il y en a tant, à but lucratif et, somme toute, défendant des intérêts corpor
atifs. Dorvault a prévu votre réaction et celle de ses confrères, et il insiste :
« Notre Association est toute de famille ... que ceux donc qui se présenteraient
avec cette idée qu'elle n'est ni plus ni moins qu'une société industrielle ... dont
le seul but est le lucre, que ceux-là s'abstiennent, ils ne nous ont pas
compris ! ». DORVAULT ET LA PHARMACIE CENTRALE DE FRANCE 83
En 1853, installée rue des Marais-Saint-Germain (aujourd'hui rue Visconti)
la Pharmacie Centrale des Pharmaciens entame son activité.
LA « PHARMACIE CENTRALE DE FRANCE »
Peu après, l'entreprise change son nom pour celui qui est encore le sien :
« Pharmacie Centrale de France ». L'extension de l'activité de l'affaire à tout
le territoire a inspiré cette modification.
Ce changement est entériné par une délibération de l'assemblée générale
du 14 août 1855, assemblée qui, signe évident de la confiance générale, porte
le fonds social à quatre millions de francs et proroge la durée de la société
jusqu'en 1902.
En garantie de la qualité des produits fabriqués et, en quelque sorte,
pour permettre leur identification, ils porteront un signe distinetif, un cachet
que je me dois de vous décrire : une femme, symbolisant la Pharmacie, tient
de la main droite un livre, symbole de la Science, tandis que sa main gauche
tient le caducée, symbole du commerce ; elle est entourée de tous les objets
qui font la matière des études pharmaceutiques : appareils de pharmacie et
de chimie, animaux, végétaux, minéraux, de manière à exprimer la devise
chère aux anciens pharmaciens : « In his tribus versantur » ; elle a, en outre,
le coude gauche appuyé sur un écu aux armes de Paris, siège de l'Association.
Devant elle, une colonne supporte le serpent et le coq d'Esculape, dieu de
la médecine, que la Pharmacie Centrale de France entend bien servir en
contribuant aux progrès de la thérapeutique.
De nombreuses récompenses viennent officiellement consacrer la qual
ité des produits fabriqués, tant sous le règne de Dorvault qu'après sa
mort. Notons, entre autres, en 1855, à l'exposition universelle de Paris, une
médaille de lre classe, en 1878 une autre médaille, toujours à Paris. Après
Dorvault, en 1883, une à Vienne, deux ans plus tard une à Anvers. En 1891, un
numéro du journal Le Soleil du Dimanche note qu'à l'exposition française
de Moscou, furent spécialement appréciés deux produits de la société qui ne
nous apparaissent pas spécifiquement pharmaceutiques, le chocolat P.C. et
la Neufaline (une eau à détacher).
Sur le plan commercial, la marche de la Pharmacie Centrale de France
fut, elle aussi, glorieuse : elle fut, non seulement, la plus importante fabrique
de produits pharmaceutiques, mais aussi la plus importante maison de vente.
Son essor a été si rapide qu'elle mérite en 1861 le nom de « Louvre de la
Pharmacie ». Jean-Baptiste Dumas, après l'avoir visitée, ne ménagea pas ses
compliments : « L'ensemble de ce que je viens de voir donne à la Pharmacie
Centrale le caractère d'une véritable institution d'où, assurément ,il sortira
quelque chose pour la profession et pour le pays. »
Une telle expansion oblige la Société à s'agrandir : elle s'installe, en
1866, en l'Hôtel d'Aumont, 7, rue de Jouy, avec entrée sur la rue des Nonnains-
d'Hyères. Elle y restera jusqu'en 1932. Une halle de cinq étages y hébergeait REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 84
des services de droguerie exotique, de produits chimiques, de préparations
pharmaceutiques, de spécialités, de confiserie, et même de librairie.
En septembre 1867, la Pharmacie Centrale de France acquiert l'établiss
ement de droguerie « Ménier Père et Fils », de Ménier, qui avait sa maison de
commerce, 37, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et une usine à Saint-Denis,
379, avenue de Paris (devenue avenue du Président-Wilson), usine où est tou
jours installée la Pharmacie Centrale de France. Dorvault annonce ainsi cette
acquisition : « La de France vient de faire l'acte le plus
considérable qu'elle ait fait depuis sa fondation. » La fusion des deux éta
blissements est annoncée dans L'Union Pharmaceutique. Ménier garde son
usine de Noisiel et le commerce du chocolat. L'extension des activités permet
à la Pharmacie Centrale de France d'ouvrir des succursales dans les grandes
villes de France (celle de Lyon fonctionnait depuis dix ans) et des factoreries
dans d'autres villes telles que Strasbourg, Lille, Bayonne.
Arrive 1870. Les jours terribles de la guerre suscitent des initiatives géné
reuses de la part de Dorvault. Ainsi, au nom de la Société, il offre, sous forme
de prêts d'honneur, 40 000 francs de médicaments aux confrères victimes
des événements et manquant de ressources.
Après cette guerre, dès 1872, Dorvault, qui pressent l'évolution économi
que de Saint-Denis, appelé selon lui à devenir le « Manchester français »
par ses industries, se demande si le moment n'est pas venu d'améliorer la
formation chimique des pharmaciens. Il pense que l'usine de Saint-Denis
pourrait organiser une institution complémentaire des écoles gouvernementales
de chimie pratique : la Pharmacie Centrale de France pourrait être à la chimie
ce que Grignon est à l'agriculture.
Un an plus tard, Dorvault insiste sur l'alliance entre les exigences pro
fessionnelles et les questions scientifiques. Il déplore que beaucoup de
pharmaciens ne soient pas en mesure de réaliser cette alliance ; il se félicite
que la Pharmacie Centrale de France puisse mettre à la disposition des
savants son laboratoire d'analyses et de recherches, car les recherches y
sont menées avec ténacité et diversité : c'est ainsi qu'y ont pris naissance des
travaux sur l'urée, l'étude des ammoniaques composés, les de
Jungfleisch et celles du chef de laboratoire de la Pharmacie Centrale, Frédéric
Wiirtz, qui paraît avoir trouvé la véritable hyoscyamine. Et voici, fait assez
extraordinaire, que la Pharmacie Centrale de France fournit des types de
métaux fins à la collection de l'Hôtel National des Monnaies de France,
qu'elle participe, indirectement, à la réalisation de l'étalon du mètre inter
national en mettant gratuitement à la disposition de la commission officielle
la magnésite naturelle nécessaire à ce travail.
Les préoccupatons scientifiques de Dorvault ne ralentissent pas et,
en 1874, il signale que « la science pure ou appliquée n'a pas frappé en
vain à la porte de la Pharmacie Centrale de France », car dans son laboratoire
d'analyses on a fait des expériences toxicologiques (à propos des crémations)
et à l'usine de Saint-Denis on procède à des essais, pour le ministère de la DORVAULT F.-L.-M.
Buste de Dorvault, par Sanson,
a la Pharmacie Centrale de France
a Saint-Denis
Pl. XVI

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