L'implantation des pharmacies à Paris et dans sa banlieue de 1803 à 1850 - article ; n°343 ; vol.92, pg 427-446

De
Revue d'histoire de la pharmacie - Année 2004 - Volume 92 - Numéro 343 - Pages 427-446
Pour la ville de Paris durant cette période, le nombre des pharmacies ouvertes est passé de 116 à 371. Dans les communes rurales du département de la Seine, 74 pharmacies ont été créées. Les origines de cette croissance spectaculaire sont d'une part la création de l'École de pharmacie, rue de l'Arbalète, et celle du diplôme de pharmacien inclus dans la loi du 21 germinal an XI-1803, et d'autre part la forte extension urbaine observée après 1820 dans l'espace limité par les grands boulevards et le mur de l'octroi, la Madeleine, l'Europe, la Nouvelle-Athènes, Saint- Vincent de Paul, faubourg Saint- Martin, faubourg du Temple, Popincourt. Les villages de la première couronne inclus dans l'enceinte de Thiers, Vaugirard, Grenelle, Auteuil, Passy, Les Ternes, Les Batignolles-Monceaux, Montmartre, La Chapelle, La Villette, Belleville, Charonne, Bercy et le Petit-Montrouge possédaient en moyenne trois pharmacies ouvertes en 1845. En 1806, on comptait une pharmacie pour 4 230 habitants. Ce chiffre a été abaissé à une officine pour 2 680 habitants en 1852. L'ensemble des chiffres analysés provient des archives administratives de la préfecture de Police du département de la Seine. En conclusion, il est possible de dire que la loi de Germinal a permis d'étendre et de moderniser les ressources sanitaires, et qu'elle a donné une impulsion nette au mouvement libéral de la profession pharmaceutique et à son commerce, dans Paris comme dans les communes de banlieue.
The establishment of community pharmacies in Paris and the suburbs from 1803 to 1850.
In the city of Paris, the number of pharmacies was 116 in 1803, and came to 371 in 1850. In the villages included in the department of the Seine, 74 pharmacies were created. The origin of this dramatic increase can be related to the new law « 21 germinal an XI » 1803, ruling the pharmaceutical practice in France, by creating the School of pharmacy of Paris and the pharmacist degree. This new frame enabled a broader access to this profession, recruiting young people originating from the country as well as from Paris. The important urban extension of the town started from 1820 and reached the suburbs in 1840, with approximately doubling its population within 1800 to 1855. The ratio was one pharmacy for 4 230 inhabitants in 1806, passing to one for 2 680 in 1852. Specific figures are given for different part of the city, and the suburban area. All of them are taken from the records of the « Préfecture de Police du département de la Seine » (Paris). This study enlightens the way how the French pharmacists contributed to modernize the health structures in relation with the scientific progress and the economic development coming from the industrial revolution.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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Francis Trépardoux
L'implantation des pharmacies à Paris et dans sa banlieue de
1803 à 1850
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 92e année, N. 343, 2004. pp. 427-446.
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Trépardoux Francis. L'implantation des pharmacies à Paris et dans sa banlieue de 1803 à 1850. In: Revue d'histoire de la
pharmacie, 92e année, N. 343, 2004. pp. 427-446.
doi : 10.3406/pharm.2004.5678
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_2004_num_92_343_5678Résumé
Pour la ville de Paris durant cette période, le nombre des pharmacies ouvertes est passé de 116 à 371.
Dans les communes rurales du département de la Seine, 74 ont été créées. Les origines de
cette croissance spectaculaire sont d'une part la création de l'École de pharmacie, rue de l'Arbalète, et
celle du diplôme de pharmacien inclus dans la loi du 21 germinal an XI-1803, et d'autre part la forte
extension urbaine observée après 1820 dans l'espace limité par les grands boulevards et le mur de
l'octroi, la Madeleine, l'Europe, la Nouvelle-Athènes, Saint- Vincent de Paul, faubourg Saint- Martin,
faubourg du Temple, Popincourt. Les villages de la première couronne inclus dans l'enceinte de Thiers,
Vaugirard, Grenelle, Auteuil, Passy, Les Ternes, Les Batignolles-Monceaux, Montmartre, La Chapelle,
La Villette, Belleville, Charonne, Bercy et le Petit-Montrouge possédaient en moyenne trois pharmacies
ouvertes en 1845. En 1806, on comptait une pharmacie pour 4 230 habitants. Ce chiffre a été abaissé à
une officine pour 2 680 habitants en 1852. L'ensemble des chiffres analysés provient des archives
administratives de la préfecture de Police du département de la Seine. En conclusion, il est possible de
dire que la loi de Germinal a permis d'étendre et de moderniser les ressources sanitaires, et qu'elle a
donné une impulsion nette au mouvement libéral de la profession pharmaceutique et à son commerce,
dans Paris comme dans les communes de banlieue.
Abstract
The establishment of community pharmacies in Paris and the suburbs from 1803 to 1850.
In the city of Paris, the number of pharmacies was 116 in 1803, and came to 371 in 1850. In the villages
included in the department of the Seine, 74 pharmacies were created. The origin of this dramatic
increase can be related to the new law « 21 germinal an XI » 1803, ruling the pharmaceutical practice in
France, by creating the School of pharmacy of Paris and the pharmacist degree. This new frame
enabled a broader access to this profession, recruiting young people originating from the country as well
as from Paris. The important urban extension of the town started from 1820 and reached the suburbs in
1840, with approximately doubling its population within 1800 to 1855. The ratio was one pharmacy for 4
230 inhabitants in 1806, passing to one for 2 680 in 1852. Specific figures are given for different part of
the city, and the suburban area. All of them are taken from the records of the « Préfecture de Police du
département de la Seine » (Paris). This study enlightens the way how the French pharmacists
contributed to modernize the health structures in relation with the scientific progress and the economic
development coming from the industrial revolution.427
L'implantation des pharmacies
à Paris et dans sa banlieue
de 1803 à 1850
par Francis Trépardoux *
La promulgation de la loi du 1 1 avril 1803 - 21 germinal an XI -, a mar
qué un point essentiel dans l'organisation moderne de la profession
pharmaceutique en France. À la suite des bouleversements politiques
majeurs de la Révolution, elle a été le point de départ d'une époque nouvelle,
venant attester de la vigoureuse reprise en main administrative du gouvernement
du Consulat. Pour une durée d'un siècle et demi, elle fixa le cadre réglementaire
de cette profession.
Dans un but de sauvegarde et de protection de la santé publique, elle définis
sait avec clarté les caractéristiques de l'officine de pharmacie et de son laborat
oire. Elle créait le diplôme de pharmacien et ses conditions de validité pour l'e
nsemble du territoire national, en même temps qu'elle créait trois Écoles de phar
macie à Paris, Montpellier et Strasbourg.
Le thème de notre étude s'inscrit dans le calendrier de la commémoration de
cette date historique importante dans l'organisation sanitaire de notre pays.
L'Ecole de pharmacie de Paris
La déclaration royale du 25 avril 1777 avait institutionnalisé le Collège de phar
macie, établissement d'enseignement libre des sciences pharmaceutiques, autant
que siège opérationnel de la corporation des Maîtres en pharmacie de Paris -
Cette étude a fait l'objet d'une communication le samedi 29 novembre 2003 à l'Hôtel-de- Ville de
Versailles (78000), au cours du colloque « Corps-Santé-Société », organisé par la Fédération des Sociétés
d'histoire et d'archéologie de Paris et de l'Île-de-France, présidée par le Pr Michel Balard.
* 9 rue des Gate-Ceps, 92210 Saint-Cloud
REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, LE, N° 343, 3e TRIM. 2004, 427-446. 428 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
sSsJfti
Fig. 1 : Paris. - L'École de pharmacie, rue de L'Arbalète, vue de l'intérieur avec son jardin
botanique et son amphithéâtre bâti vers 1840 adossé à la rue.
Ces bâtiments furent détruits en 1882 lorsque fut prolongée la rue des Feuillantines.
Plus tard, ce site abrita l'Institut national agronomique (Arch. PP).
ex maîtres apothicaires -, auquel était annexé son vaste jardin botanique connu sous
le nom de Jardin des Apothicaires. Depuis le XVIe siècle, son emplacement se trou
vait derrière la Montagne Sainte-Geneviève, jouxtant le quartier Mouffetard et le
Faubourg Saint-Marcel, bordant la rue de l'Arbalète visible de nos jours [figure 1].
Après l'abolition générale des jurandes, la loi Le Chapelier avait légalisé la
liberté du travail et de l'entreprise dans un système de patentes. Cependant les
règlements applicables à la pharmacie furent confirmés par la loi du 17 avril 1791,
limitant ainsi les dérives si dangereuses du charlatanisme, et conservant de façon
discrète un caractère officiel à l'ancien Collège de pharmacie qui devait renaître
officiellement en mars 1796 sous le nom de « Société libre des pharmaciens de
Paris », après la promulgation par le gouvernement du Directoire d'une nouvelle
loi autorisant les citoyens à créer des établissements d'enseignement et des socié
tés libres. Elle comptait alors 80 membres pharmaciens domiciliés à Paris.
Contrairement à la profession médicale dont les écoles avaient été supprimées
avec les universités, l'enseignement de la pharmacie comprenant aussi celui de
la chimie, de la botanique et de l'histoire naturelle avait pu être maintenu à Paris
sans discontinuité, et renaissait en 1796 avec le nom d' « École gratuite de phar
macie, section de l'Observatoire à Paris ». Ses cours étaient suivis par les élèves ,
L'IMPLANTATION DES PHARMACIES DE 1803 À 1850 429
pharmaciens, mais aussi par des médecins, des sages-femmes et divers amateurs,
scientifiques français et étrangers. En août 1803, elle prit le nom d'« École de
pharmacie de Paris », à l'identique de ses eponymes de Strasbourg et de
Montpellier.
La scolarité durait trois ans, avec trois années de stage pratique chez un phar
macien es qualité, donnant alors accès au diplôme de pharmacien après réussite
aux examens. La loi de Germinal créait deux degrés de qualifications pour les
pharmaciens comme cela venait d'être fait dans le corps médical dans le but de
distinguer les médecins des chirurgiens en créant le titre d'officier de santé. Avec
huit années d'apprentissage en pharmacie d'officine, il était possible d'acquérir
le grade de pharmacien de 2e classe, après passage et succès devant un jury
départemental. La liberté d'exercice était dans ce cas limitée au ressort de ce
département. Ce cadre réglementaire devait permettre chez les médecins et chez
les pharmaciens d'ouvrir une possibilité de pratique professionnelle à des indi
vidus qui avaient obtenu des qualifications scientifiques et techniques souvent
incomplètes, interrompues durant les années révolutionnaires, nécessitant la
sanction d'un contrôle sérieux.
Avec le brassage important de population constaté durant cette période qui
entretenait des conflits armés au-delà des frontières, les jurys départementaux eux-
mêmes constitués d'hommes évalués sur des références encore issues et attachées
à l'Ancien Régime, voyaient des candidats d'horizons très divers se présenter à
eux, notamment d'anciens militaires des services de santé récemment réformés ou
démissionnaires qui souhaitaient retrouver un métier dans la vie civile.
Dans le département de la Seine, peu d'archives semblent être parvenues jus
qu'à nous pour en attester, alors que les départements de province nous fournis
sent de précieux renseignements à ce sujet.
Une autorité de tutelle souveraine : la Préfecture de police du
Département de la Seine
Dans la ville de Paris, la profession pharmaceutique connaissait bien ses res
sortissants, et pouvait aisément les séparer des droguistes, des épiciers et des her
boristes. Le monopole scientifique et commercial attribué légalement aux phar
maciens dans la préparation et la vente des médicaments rencontrait des limites
parfois mal définies, aux frontières desquelles ces autres catégories de commerç
ants entendaient maintenir une part de leur activité. De réels dangers existaient
de voir les substances les plus dangereuses, sels de mercure et d'arsenic, débi
tées dans le public sans contrôle. Ce risque semblait aggravé dans les communes
rurales dont la surveillance échappait souvent aux agents de la préfecture, avec
un moindre contrôle des patentes commerciales. 430 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
stw.; :w En 1797, le Bureau central du Canton de Paris
diffusait une circulaire de sept pages contenant
PRÉFECTURE douze articles réglementaires relatifs à « la vente
»«ctjm s. . .a,f:. ..ppi-TC E* des drogues et à la préparation des médicaments »
dans le but de surveiller la vente des poisons au '-OKD.ON.NANÇK
moyen d'un registre spécial paraphé par l'adminC-lS* CEI KAÏfT
istration municipale, indiquant les nom et adres
se des personnes auxquelles ces substances
étaient remises. Les seules personnes autorisées à
l'cài ,M m.JNa0ttm. i * it Jf^uttyw JP f > vendre ces poisons étaient « les pharmaciens,
I s<.5oeacni2i^EtT.iT1fftf rcxE» kmji», munis de titre d'admission au Collège de phari<A*a»- ^«» >1n «*imii», »- |ii»ihi, im dn
macie », écrivait l'autorité, « notamment les plus WjU , À, kw i$iia & Hhmm il»" «m,
toxiques dont ils tiennent une comptabilité sépa
iw»*i r » aSj^i ^nr^g^wnn ¦*¦ r*»C, fcHOUKU rée et à les débiter au poids médicinal », par
& ratt. i." âiPGi**-<L»*»i »3 iJuimi *¦ ) , us. opposition au poids du commerce ordinairement mmMmmttmmnwêU prifmmim*! &nftCHI Ut-
mesuré. ,1a tau. «y >V gWnfc- A» ft t» Ai imiJm,
f«; En 1800, la 7e Division de la Préfecture de
police enjoignait aux pharmaciens de mettre en
usage « les nouveaux poids » du système décimal,
Ë-; cela au plus tard à la date du 1er vendémiaire an X
- 23 septembre 1801. En février 1801, elle Fig. 2 : Préfecture de police,
Paris - Ordonnance préfectorale du demandait aux maires des communes rurales,
12 pluviôse an 11 (février 1803), édictant ainsi qu'à ceux des communes de Meudon,
la répression des ventes illicites de Sèvres et Saint-Cloud d'établir un recensement
médicaments ou présumés tels. Ce texte précis, nominatif « des personnes exerçant la proest antérieur au 21 germinal (Arch. PP).
fession de pharmacien ou d'apothicaire, et celle
d'épicier ». Un modèle imprimé y était joint pour
faciliter et détailler le travail demandé aux agents municipaux. Ce recensement
s'avéra insuffisant et fut réitéré par l'envoi d'une nouvelle circulaire au mois de
décembre de 1803, en application de la loi du 21 germinal précédent. Le préfet
y demandait au surplus de dénombrer et d'identifier les droguistes et les herbor
istes.
Pour débusquer les fraudeurs et les charlatans, le préfet pouvait organiser des
visites au domicile et dans les boutiques des suspects, mandatant un commissaire
de police qui serait accompagné d'un membre de « l'École gratuite de pharmac
ie ». La fonction régulatrice de contrôle professionnel antérieurement attachée
aux consuls de chaque jurande, revenait par le biais de l'autorité républicaine :
« Je vous préviens, Citoyen, que je vous ai choisi pour une opération qui inté
resse l'ordre public. Je vous invite en conséquence, à vouloir bien vous trouver
le... [date]... à [telle] heures précises du matin, chez le Commissaire de Police
de la division de... [nom du quartier], pour l'assister dans la dite opération dont i
L'IMPLANTATION DES PHARMACIES DE 1803 A 1850 431
il vous fera connaître les détails. Je compte
7."ïM$PRwr. M:ejfectutti de Jrbttcc. dans cette circonstance, sur votre zèle et votre
amour pour le bien public. » [figure 3]
La liste des pharmaciens de Paris établie
en 1803
Datée du 12 pluviôse an 11 - février 1803,
/ht Gsoym Maa£#e cette liste était établie par l'autorité du préfet
f: fÊ&tk gtme de Pfuifmain:. Dubois en application de son ordonnance du
I» 18 pluviôse an 9 - février 1801. Elle totalisait ftmàmi qmi jommcTcrJrc fùtàî te ram
116 pharmaciens tous admis « au Collège de S kunpeàa fer 4 4b i ¦a dn le dmninne 6e XMkc de la iitmam pharmacie », et inscrits à la préfecture de
Police pour exercer leur activité.
fox Cuoafcx -fa» Ufe vrm'tem, 3 ««¦ faa La liste regroupait les officines par quartier tKB^at Jo AtotiL.
ou division. A cette époque, le périmètre de a M£ MU? £& H
rare aanr ps k «*» j**ac. l'enceinte des Fermiers généraux percée de bar
rières et de bureaux d'octroi délimitait sans
liti^AJt^Aaai, ambiguïté l'aire du ressort de la municipalité
parisienne. Les différents quartiers de Paris
étaient répartis en 43 divisions, dont les noms Fig. 3 : Mandat préfectoral de réquisition
avaient été modifiés après la période de la d'un membre de l'École gratuite de pharmacie
en vue d'assister un commissaire de police Terreur. Quelques-unes des anciennes sections
au cours d'une perquisition chez des épiciers, devenues divisions conservaient leur dénominat
des droguistes et autres vendeurs suspectés ion philosophique comme celles « des Droits de de pratiques illégales de la pharmacie.
l'Homme », de « la Fidélité », de « la Fraternité » Ce texte daterait de 1800 (Arch. PP).
et du « Contrat social » et de « l'Indivisibilité ».
Si l'on fait un inventaire rapproché de leur localisation, on peut observer que
la majorité des officines de pharmacie étaient situées dans les quartiers de la rive
droite de la Seine en y englobant les îles, soit 72 % du total (N = 83), avec seu
lement 28 % (N =33) pour la rive gauche.
Sur la rive droite, elles étaient implantées le long des principales rues com
merçantes convergeant autour de l'ancien Châtelet, les rues Saint-Denis, Saint-
Martin, Saint- Antoine, Saint-Honoré et la rue Montmartre. Les quartiers du
Marais et des Halles regroupaient environ une trentaine d'officines dont cinq
pour la seule rue des Lombards, laquelle de longue date était devenue le centre
actif du commerce de gros pour l'épicerie et la droguerie lorsque ces produits
parvenaient à Paris en provenance de Normandie par le fleuve. La pharmacie
de Baume se trouvait rue de Moussy. La rue Saint-Honoré, s 'étirant du Marché
des Innocents jusqu'au Champs-Elysées comptait dix officines de pharmacie,
parmi lesquelles se trouvaient celle de Charles-Louis Cadet de Gassicourt atta- 432 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
Tableau 1 : 1803 - Préfecture de Police :
Liste des pharmaciens ayant pharmacie ouverte dans Paris
Athenas, rue Moufetard Desprez, rae Montmartre L'Abbé-Dumesnil, rue de Nachet, rae Vie du Temple
Atrofe, rue saint-Honoré me Mouffetard la Grande Truanderie Neret, rue St-Honoré
Desrosiers, me de Sèvres Labric, rue de Sèvres
Bacoffe, nie du Temple Derosne*, rae St-Honoré Lachenaye vve, Paben, me Fg St-Antoine
Bailleau, rue St-Séverin Didiaux, rae Beauregard rae de Poitou Pelletier* vve, me Jacob
Barbet, me St-Honoré Dublanc, rae St-Martin Laine, place Maubert Petit, rae Montmartre
Barré, me Montmartre Dubuc, rue Fg-St-Honoré Lamégie, me du Bac Planche*, rae de Poitou
Bas, me St-Paul Duchatelle, rae de Condé Laplanche, vve, Pluvinet, me des
Bataille, me de Beaune Dufau, me Chaussée me de la Loi Lombards
Baume me Hôtel de d'Antin Langlois, rae du Temple Porcher, Marché St-
Moussy 7 Dufilho, rae de la Loi Lecanu, marché aux Martin
Becqueret, me de Condé Dufour, rae Poirées Pujo, me Neuve des
Borde, cour Mandar Fg St-Antoine Leclerc, Petits-Champs
Boudet*, à la Croix Duponchel, rae rue de la Barillerie
Rouge des Lombards Lecomte, rue Neuve Quinquet, marché aux
Boullay*, me des Dupont, à la Croix Rouge Petits Champs Poirées
Fossés-Montmartre Lecourt,
Bouquet, rae St-Antoine Esteveny, rue St-André rae St-Martin Rissoan, aux Petits
Bouriat*, me du bac des Arts Lehoux, rue St-Honoré Carreaux
Lemaitre de la Guetterie, Rocques, me Ste-Avoye
Cadet Gassicourt*, Faure, rae de Grenelle rae St-Antoine Rojou, me Fos. St-
me St-Honoré Fessard, rae St-Martin Lemierre, Germain Auxer.
Caubet, me Grenelle Ramant, rae Montmartre place Baudoyer Rondeau, rae des
St-Honoré Follope, rae St-Honoré Lemoine, rae Vieille du Lombards
Célarier, me Montorgueil Fougère, rae des Temple
Chagnet, me St- Victor Cordeliers Lemuet, rue Saulnier, rae des
Charlard*, rae Basse François, me de la Harpe St-Jacques de la Lombards
St-Denis Boucherie Seguin, rae St-Honoré
Chéradame*, rue Gaillard, me de Seine Lepere, place Maubert Sereau, rue Fg
St-Denis Galtier, au marché Neuf Lepic, rae Ste-Avoye St-Jacques
Chomet, rae Godard, rae de Lesage, me de Bussy Sillans, rue St-Louis
du Palais Fg St-Honoré Caumartin Lescot, me de Gramont
Steinacher, rae Cluzel, rae des Bons- Goupil père et fils, de Thionville Enfants rae Helvetius Marqueron*, rae de
Costel, rue de la Vrillière Griffon, me Neuve des Moussy 7 Sureau, me Favart
Cozette, rae Porte Petits-Champs Martin, ruelle de la Trouillet, me Fg St-Jacques Guietand, rae du Four Fraternité du Temple
Cresson, rae St-Jacques St-Honoré Martin, rae Croix des
Guyard* fils, Petits-Champs Tmet, rae de Bourgogne
Trusson, r. Mont.
Deharembure, . St-Martin rae Porte rae St-Honoré Minbert Mouffetard vve, rue Ste-Geneviève
Delondre, rae St-Honoré Halle, rae de la Monnaie Mithouart*, rae Vaillant, rae des Delondre, rae Hochecorne, rae Coquillere Lombards de la Verrerie de la Juiverie Moringlane*, Vercureur vve, rae Neuve
rae Deschalleris, St-Martin Jofrain, me St-Martin petite Pont rue aux St-Pierre Choux Ste-Catherine
Deschamps père et fils, Josse, rae des Cinq Mouton, vve Zanetti,
rae du Fg-Montmartre Diamants rae St-Denis rae Ste-Marguerite
indique les noms des pharmaciens qui furent membres de l'Académie de médecine, nommés en 1820, 1821 et 1823. L'IMPLANTATION DES PHARMACIES DE 1803 À 1850 433
ché à la Maison impériale, celle de son ancien associé Derosne, chimiste talen
tueux qui fut un précurseur de la chimie de l'opium et de ses alcaloïdes, ainsi
que celle de Delondre dont la famille sera connue dans la production de la qui
nine en France, au Chili et au Pérou. En périphérie, les quartiers des Champs-
Elysées, du Roule, de la Pépinière, des Faubourg-Montmartre, Poissonnière et
du Temple, de Popincourt et du Faubourg Saint-Antoine demeuraient isolés.
Sur la rive gauche, la longue rue Saint- Jacques ne comptait que deux offi
cines, deux autres étaient groupées sur la place Maubert [figure 4]. Derrière le
Panthéon, la rue Mouffetard en possédait deux. Une répartition plus régulière
marquait le quartier de Saint-Germain-des-Prés, du Luxembourg à la Fontaine-
Grenelle en raison d'un habitat plus
homogène et relativement plus récent,
rue de Condé, rue de Buci, rue de
Seine, rue du Bac, et dans la rue du
Four la pharmacie de Boudet, succes
seur de Deyeux et des Pia, rue Jacob
la pharmacie de Pelletier dont le fils
découvrit la quinine en 1820.
Nous reproduisons l'ensemble de
cette liste dans le tableau 1, dans
l'ordre alphabétique des noms de per
sonnes, auquel s'adjoint le nom de la
rue où se trouvait domiciliée leur offi
cine. Ce document présente un intérêt
majeur dans la nouvelle organisation
des pharmaciens parisiens, montrant
la pérennité d'un certain nombre de
familles d'apothicaires connus durant
le siècle précédent, tandis que par
ailleurs il rassemble quelques noms
nouveaux provenant des mouvements
de la Révolution. Comme nous l'ind
iquons au bas de ce tableau, le
nombre élevé de pharmaciens d'offi
Fig. 4 : Paris - Place Maubert, photographie cine qui viendront à être admis dans réalisée vers 1865 (coll. BHVP). À l'angle gauche de
les rangs de l'Académie de médecine la rue Maître-Albert, se trouve l'ancienne
créée en 1820 par Louis XVIII pour pharmacie de Lepere répertoriée en 1803. Son nom
apparaît sur une grande inscription « Pastilles de redonner forme à l'ancienne Société
Lepere » sur le mur de retour de la façade de royale de médecine supprimée en
l'officine. La devanture date du début du siècle, 1791, a constitué un phénomène pas vitres de petites dimensions, colonnettes néo
sager et particulièrement spécial à classiques. 434 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
cette période qui a voulu confirmer dans ses rangs des pharmaciens qui avaient
acquis dans Paris une considération scientifique certaine, connus parmi les poli
tiques modérés et pour quelques-uns d'entre eux franchement monarchistes.
D'autre part, le caractère distinct de l'École de pharmacie, antérieurement gérée
comme un bien social privé, autorisait ses enseignants, professeurs et démonst
rateurs, à posséder et à exploiter une officine de ville. Lorsque cette École sera
incluse et rattachée à l'Université de Paris après 1840, cette possibilité leur sera
retirée, les écartant pour la plupart et pour longtemps de l'accès à cette compag
nie au profit des pharmaciens des hôpitaux et hospices civils de Paris qui
cumuleront ces différentes fonctions d'enseignant et de responsable hospitalier.
Évolution de 1803 à 1850 : le nombre des pharmacies ouvertes à Paris et
dans sa banlieue connaît une forte croissance
Chaque année, comme nous pouvons le constater par les archives existantes,
l'administration de la Préfecture de police de Paris établissait une liste nominat
ive imprimée des professions de santé exerçant dans Paris et sa banlieue, médec
ins, officiers de santé, pharmaciens, sages-femmes et herboristes. Avec chaque
nom figurait l'adresse de domiciliation de la personne ainsi que la date de la
réception de son diplôme, tels que la préfecture les avait enregistrées sur la décla
ration de l'impétrant. Dans leur précision, ces documents constituent une source
documentaire particulièrement riche, sachant toutefois que leur contenu peut pré
senter parfois des erreurs. La numérotation des rues de la ville étant devenue
obligatoire en 1805, elles peuvent également nous renseigner sur les modificat
ions administratives de la voirie parisienne dans une époque qui devait en
connaître un grand nombre. Pour les villages de la banlieue, l'emplacement des
officines n'est pas précisé par l'administration en raison de la taille modeste de ces
agglomérations.
Étaient enregistrés les pharmaciens pourvus d'une officine ouverte au public
comprenant un laboratoire, disposant des produits, matériels et médicaments
propres à la vente. Les déposaient une copie de leur diplôme dans
les services de la préfecture et devaient prêter serment, en application des articles
16 et 21 de la loi de Germinal. Nous avons inventorié l'ensemble des listes dis
ponibles dans les archives de la Préfecture de police de Paris.
- Données numériques et commentaires
Nous avons rassemblé dans le tableau 2 les relevés effectués dans ces listes
du département de la Seine, distinguant Paris et sa banlieue, cette dernière étant
le plus souvent désignée sous les termes de « communes rurales ».

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