Les apothicaires à la Cour des Papes d'Avignon - article ; n°230 ; vol.64, pg 147-157

De
Revue d'histoire de la pharmacie - Année 1976 - Volume 64 - Numéro 230 - Pages 147-157
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Sylvain Gagnière
Les apothicaires à la Cour des Papes d'Avignon
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 64e année, N. 230, 1976. pp. 147-157.
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Gagnière Sylvain. Les apothicaires à la Cour des Papes d'Avignon. In: Revue d'histoire de la pharmacie, 64e année, N. 230,
1976. pp. 147-157.
doi : 10.3406/pharm.1976.1720
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1976_num_64_230_1720apothicaires Les
à la Cour des Papes d'Avignon;
Les l'histoire apostolique, comptes de conservés la recettes papauté et dans avignonnaise, de dépenses les Archives (introitus une du source Vatican, et exitus) inépuisable constituent, de la de Chambre rensepour
ignements.
De larges extraits de ces comptes ont été mis en ordre et publiés par
K.A. Schafer, entre les années 1911 et 1937. Ils forment trois gros volumes
comportant chacun plus de 800 pages et munis de très utiles index. Le premier
(1911) est consacré à Jean XXII; le second (1914) à Benoît XII, à Cl
ément VI et à Innocent VI ; le troisième (1937) à Urbain V et à Grégoire XI 1.
Si cette mine précieuse a été souvent mise à profit pour des études sur
la construction et la décoration du Palais des Papes 2 ou bien pour des ouvra
ges statistiques sur la cour pontificale3, elle n'a encore jamais été exploitée
d'une façon approfondie pour des monographies touchant l'histoire de la
médecine ou de la pharmacie.
Aussi nous a-t-il paru utile d'établir, à l'aide de cette documentation, un
premier recensement des « apothicaires » qui ont fourni la curie d'Avignon
d'une manière plus ou moins officielle et dont les nombreuses opérations
mercantiles nous apportent des précisions intéressantes sur la pharmacopée
et sur les différentes substances médicamenteuses usitées au Moyen Age.
Au XIVe siècle, le mot « apothicaire» (apothecarius)4 avait un sens tout
différent de celui qui lui a été donné par la suite. Il s'appliquait alors à tous
les vendeurs d'épices que l'on désignait aussi sous le nom d'épiciers (speciarii
1. K. A. Schafer: Die Ausgaben der apostolischen Kamer, Paderborn, Schoningh,
1911-1937. Dans nos notes de bas de pages, nous indiquons le premier volume par:
Schafer I, le second par : Schafer LT, et le troisième par : Schafer III ; les chiffres placés
à la suite indiquent la page.
2. Voir notamment la suite d'articles publiés par le Dr G. Colombe dans les Mémoires
de l'Académie de Vaucluse, de 1910 à 1942.
3. H convient de citer ici l'ouvrage magistral de Bernard Guillemain : La cour ponti
ficale d'Avignon (1309-1376), étude d'une société, Paris, de Boccard, 1962 (excellente
synthèse avec bibliographie abondante).
4. Dans les comptes de la Chambre apostolique, on trouve indifféremment les formes
apothecarius et ypothecarius.
N° 229, OCTOBRE 1976. REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, XXIII, 148 REVUE d'histoire de la pharmacie
ou speciatores) et qui procuraient, en plus des nombreuses substances aromat
iques, du papier, de l'arsenic, de la cire, de l'orpiment, des confiseries, du
sucre, du miel, de l'encre, des articles de mercerie, etc.
L'installation de la papauté à Avignon au début du xiv5 siècle y attira un
grand nombre d'étrangers. La population augmenta en quelques années d'une
façon considérable et les speciarii italiens (speziali) vinrent eux aussi grossir
ce nombre. Vers 1325, ils fondèrent avec d'autres marchands une sorte de
corporation connue sous le nom d'Aumône de Notre-Dame de la Major, sous
le patronage des cardinaux. La plupart des membres de cette confrérie étaient
originaires de la Toscane, et en particulier de Florence, de Lucques, ou de
Sienne ; les Avignonnais et les Comtadins n'y figuraient que pour une faible
part6.
A cette époque, les apothicaires étaient logés, pour la plupart, dans la rue
de l'Epicerie ou de la Poivrerie (Carreria speciariae vel prebariae), artère qui
correspond à la partie médiane de l'ancienne rue Saunerie (aujourd'hui
rue Carnot), sur la paroisse Saint-Pierre 6.
Le nombre des apothicaires fournisseurs du palais apostolique était très
variable. Mais, sous chaque pontificat, il y en avait un qui jouait un rôle prin
cipal : c'était l'apothicaire du Pape, apothecarius papae. Il jouissait de la
confiance du pontife et fournissait en grande partie sa « maison ». C'était lui
qui livrait ou qui préparait sous la direction du médecin (medicus ou phisicus)
les drogues et les médicaments (res médicinales) destinés spécialement au chef
de la Chrétienté. C'était lui aussi qui embaumait le corps du pontife après son
décès.
I. PONTIFICAT DE JEAN XXII (1316-1334)
Jacques Mélior
Sous Jean XXII, c'est un nommé Jacques Mélior {Jacobus Melioris), pr
énommé aussi Jaquet (Jaquetus), qui jouit de ce privilège. Il appartient à une
importante famille de Florence et il est qualifié, dans les comptes de la Chamb
re apostolique, d'apothicaire de la cour romaine, apothecarius curiae roma-
nae 7. Il a ainsi le titre de « courtisan », épithète flatteuse mais purement honor
ifique, indiquant cependant des rapports assez suivis dans les affaires.
xn* siècle 5. Pour à plus la Révolution, de détails, Paris, cf. Henri Pochy Granel (1905). : Histoire Cf. aussi de Bernard la Pharmacie Guillemain, à Avignon, op. cit., du
p. 65 et 382.
6. Dr P. Pansier : Dictionnaire des anciennes rues d'Avignon, Avignon, Roumanille,
1932.
7. Ou curiam romanam sequens. Les Mélior (Megliorî) constituent une véritable
dynastie de curialistes qui sont sergents d'armes, pères et fils. Cf. Guillemain : op. cit., p. 481. APOTHICAIRES A LA COUR DES PAPES D' AVIGNON 149 LES
Il approvisionne régulièrement la curie en toutes sortes d'articles et four
nit les torches de cire, les flambeaux et les cierges pour toutes les cérémonies
funèbres célébrées à l'occasion du décès d'un souverain ou d'un membre de
la famille du Pape : office du 13 janvier 1322 à N.-D. des Doms pour la mort
de Philippe V le Long ; cérémonies célébrées en 1327 en l'église Saint-Etienne
(chapelle de Jean XXII) à l'occasion des obsèques de Jacques II, roi d'Ara
gon ; même manifestation en 1328 pour la mort de Charles IV, roi de France,
avec une livraison de 100 torches et 100 flambeaux d'un poids de 897 livres 8.
En 1331, quand le roi de France vient à la cour, il livre des dragées, du
réglisse et de la coriandre. En 1332, la Chambre apostolique lui paie 58 can
nes et demie de toile, tant verte que blanche, pour « entoiler » les fenêtres du
palais apostolique 9 et, en 1334, elle lui solde le prix de 32 grenades qu'il avait
achetées pour le pape sur l'ordre de Jacques Geoffroi Isnard, médecin attitré
du pontife10.
HUGOLIN TlNHACY
A côté de Jacques Mélior, nous relevons dans les comptes, avec presque
autant de fréquence, le nom d'un certain Hugolin Tinhacy (Hugolinus Tinhacii
ou Timiacï), lui aussi apothicaire de Florence et courtisan, cortesanus.
C'est également un grand fournisseur de cire, tant pour l'éclairage du palais
que pour les cérémonies religieuses.
En 1317, il fournit 90 livres d'épices confites et d'épices de cuisine, 20 livres
de sucre et un demi-quintal d'amandes pour les oiseaux exotiques du pape
(pro avibus vivis ultramarinis)11.
En 1320, la Chambre lui paie 14 quintaux de cire pour les cérémonies
de la canonisation du bienheureux Thomas d'Hereford (Erfordensis), mort en
1282 12.
8. Schafer I, 696, 489, 490.
9. Il s'agit du palais episcopal d'Avignon, transformé en palais pontifical par Jean XXII.
Cet édifice, aujourd'hui disparu, s'élevait sur l'emplacement du palais actuel de Benoît XII
(Palais-Vieux).
10. Jacques Geoffroi Isnard (Jacobus Gaufredus Isnardî), prévôt d'Aix, évêque de
Cavailîon et médecin de Jean XXII, joue un rôle très important à la cour pour le choix
des drogues et la préparation des médecines. Son nom revient constamment dans les comptes
de la Chambre apostolique pendant tout le pontificat.
11. Au Moyen Age, on entendait par épices (species), aussi bien 'les articles de confi
serie, dits « épices de chambre », que les aromates employés pour la cuisine et dits « épices
de cuisine ». Les oiseaux exotiques étaient apportés par les marchands barbaresques.
12. Aîné des fils de Guillaume de Chanteloup, Thomas naquit en 1219. Docteur en
droit de l'Université d'Oxford, évêque d'Hereford en 1273, il mourut au retour de Rome,
à Montefiascono, en Toscane, le 23 août 1282. 150 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
En 1321, on lui solde un compte de petites chandelles qu'il a fournies
pour la table du pape et pour la fête de la purification. La même année, on
lui paie la fourniture des torches et flambeaux utilisés pour les obsèques de
Briande Duèze, vicomtesse de Caraman, sur de Jean XXII.
En 1323, il est mentionné comme demeurant à la cour (in curia commo-
rans) et, cette année-là, il livre la cire pour la canonisation de saint Thomas
d'Aquin, célébrée à Notre-Dame des Doms, le 18 juillet, per dominum nostrum
papam.
La même année, le 13 décembre, il procure des torches et des flambeaux
pour les obsèques du frère Dominique, évêque de Mytilène, mort à la cour,
dans l'indigence13.
En 1327, il assure encore la livraison importante de luminaire pour les
funérailles de Pierre Duèze, frère du pape et vicomte de Caraman, mort en
1326. C'est lui qui, avec l'aide de Pierre Agarni, prépare le corps, fournit les
aromates et les cuirs de bufs (coria bovina) dans lesquels le cadavre sera
cousu 14.
Enfin, en 1331, il procure aux chambriers une provision de 101 livres
d'encens pour la chambre à coucher du pontife, pro camera ubi facet papa 15.
Lhancard de Trêves
Lhancard ou Lhantard de Trêves est qualifié d'apothicaire, mais aussi de
marchand et d'épicier d'Avignon, mercator vel speciarius Avinionis.
Le 21 janvier 1317, on lui paie 352 livres de cire qu'il avait fournies pour
le pape, en 1316, « du temps où ce dernier était cardinal »16.
En mars 1319, il livre 15 quintaux et 26 livres de cire au poids d'Avignon,
transformés en torches, chandelles, flambeaux, etc., 32 livres de coton et
4 livres de fil17.
Caumus
En 1327, un nommé Caumus, apothicaire de Lucques (de Lucha), reçoit
un paiement pour 181 livres de cire (en torches et flambeaux) et pour un
drap de soie, pro panno de cerico, qu'il a vendus à la Chambre pour les obsè-
13. Sacré évêque en 1308 ; coadjuteur de l'archevêque Jacques de Gnesen (f 1313).
14. Voir plus loin la préparation du corps de Benoît XII par Pierre de Cerdona (avril
1342) et l'utilisation d'un suaire en cuirs de bufs.
15. Schafer I: 387 (1317); 399 (1320); 685 (1321); 709, 721 (1323); 479 (1327);
521 (1331).
16. Schafer I, 384. Le 24 décembre 1312, le futur Jean XXII avait été créé par
Clément V cardinal-prêtre du titre de Saint- Vital, avant d'être évêque de Porto (mai 1313)
17. Schafer I, 393. APOTHICAIRES A LA COUR DES PAPES D' AVIGNON 151 LES
ques de Benoît Rotharii, citoyen d'Asti, chargé d'affaires de la Chambre, et
dont les biens ne permettaient pas de payer les frais de funérailles18.
Pierre et Etienne Agarni
Pierre Agarni, apothicaire et citoyen d'Avignon, était le neveu de Lhancard
de Trêves. Fournisseur de cire de la curie, c'est lui qui, en 1327, prépare, avec
Hugolin Tinhacy, la dépouille mortelle de Pierre de Duèze, frère du pape, et
assure la livraison du luminaire pour les obsèques 19.
Le 22 octobre 1332, on lui paie deux figurines de cire, du poids de 16 livres,
avec leur niche, offertes et placées à l'église Notre-Dame des Doms 20.
Etienne Agarni d'Avignon est un apothicaire courtisan, connu lui aussi
pour ses livraisons de cire destinées à la « maison » du pape, de 1331 à 1333 21.
Guillaume Ortolan
Guillaume Ortolan (Guillelmus Ortolani), apothicaire d'Avignon, est cité
en 1332 pour avoir fourni 3 quintaux de sucre de Babylone et 100 « massapans »
de bois destinés aux « préparations » du pape (confectibus papae) et livrés à
Geoffroi Isnard, médecin du pontife 22.
François Baral
Nous ne saurions quitter ie pontificat de Jean XXII sans dire un mot d'un
marchand très important, François Baral (Franciscus Barhali), qui approvi
sionne la curie en toutes sortes d'articles relevant notamment de l'épicerie et
de la mercerie. Il n'est jamais qualifié d'apothicaire dans la comptabilité
pontificale, mais seulement de marchand d'Avignon, mercator Avinionis.
Pendant le long règne de ce pape, il livre des quantités considérables de
cire28 pour le luminaire et toutes sortes d'épices et de produits comestibles
parmi lesquels dominent le sucre cafétin 24 et le sucre de Babylone 25 réservés,
en général, aux préparations (confectibus) du Saint-Père et réceptionnés par
son médecin Geoffroi Isnard.
18. Schafer I, 748.
19. Voir plus haut le chapitre consacré à Hugolin Thinhacy.
20. Schafer I, 533 : Pro duobus imaginibus cereis ponderis 16 lib. et tabernaculis suis...
positis ac oblatis in ecclesia beatae Mariae de Avinionis. Cf. aussi 479, 513, 521.
21. Schafer I, 521, 529, 533.
22.I, 534 (paiement du 28 octobre 1332).
23. Il convient de noter une livraison de cire faite le 6 avril 1317 pour les cérémonies
de la canonisation du bienheureux Louis de Toulouse, fils de Charles II d'Anjou et petit-
neveu de saint Louis. Ce saint personnage fut nommé à l'évêché de Toulouse par
Boniface Vin et mourut à Brignoles, en Provence, sa ville natale, en 1297.
24. Le sucre cafétin zuchara cafetina, est très souvent cité à cette époque. On l'achetait
généralement à Montpellier. C'est le sucre de Kaffa, en Ethiopie, d'après Schafer (glossaire).
Il se vendait généralement en pains. REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 152
Le nom de son fils Pierre apparaît dans les comptes vers 1330, ainsi que
celui de son frère Guillaume, mais son autre fils François ne sera cité qu'en
1341 pour une livraison de perles destinées à la mitre solennelle de
Benoît XII 2«.
II. PONTIFICAT DE BENOIT XII (1334-1342)
Les Cerdona
Sous le pontificat de Benoît XII, nous relevons le nom de trois apothicair
es, François, Pierre et Jacques de Cerdona ou Cardona.
Le premier est cité à plusieurs reprises comme sergent d'armes et apo
thicaire du pape. Le 22 décembre 1335, la Chambre lui verse 61 florins, 11 sols,
8 deniers en paiement des 100 torches de cire qu'il a fournies à l'occasion des
cérémonies célébrées le 4 décembre à Notre-Dame des Doms pour l'anniver
saire de la mort de Jean XXII.
De décembre 1339 à juillet 1340, il fournit 69 électuaires, tant pour des
usages laxatifs que cordiaux (tam usualibus laxativis quam cordialibus),
23 livres de coton, 12 livres de camomille, 5 éponges, 18 flacons d'eau de rose,
12 grenades et 2 livres de santal rouge pour un sirop.
Pierre de Cerdona, prénommé quelquefois Perrin ou Pétrin (Perrinus ou
Petrinus), fournit le palais apostolique en 1341 et 1342 : il livre 56 onguents
fabriqués suivant les recettes données par Maître P. 27, chirurgien, pour l'usage
du pape, un onguent fait avec de la tuthie 28, 5 bouteilles d'eau de rose, 29 élec
tuaires faits avec des fleurs de cannelle et des feuilles d'or, 100 livres d'épices
confites et 3 quintaux de sucre pour faire la conserve de coings, codonha-
tum 29 ; le nombre de coings utilisés est de 1 300 et celui des récipients
is. Le sucre de Babylone, zuchara de Babilonia, est également très en vogue sous
Jean XXII et figure souvent dans les listes de drogues « exotiques ».
26. Petrus Baralli, filus Francisci Barrali, mercatoris Avinionis (Schafer I, 513). Guillel-
mus, frater Francisci... Francescus Baralhi junior de Avinione n, 153).
27. Schafer IL 147. Il s'agit très certainement de Pierre de Montpellier, Petrus de
Montepessulano, cité comme chirurgien en 1342 et 1349 (Schafer II, 186, 390). Le D* Louis
Dulieu cite deux maîtres apothicaires de ce nom au xiv8 siècle dans son ouvrage sur :
La Pharmacie à Montpellier, des origines à nos jours, Avignon, Aubanel, 1973, p. 27.
28. Tuthie {tucia ou tuthia), Spodium Graecorum, « suite métallique en écailles voûtées
ou en gouttières, dure, grise, chagrinée en dessus et relevée de petits grains gros comme
des têtes d'épingles. Elle se trouve attachée à des rouleaux de terre qu'on a suspendus
exprès au haut des fourneaux des fondeurs en bronze, pour recevoir la vapeur du métal.
La tuthie est detersive et dessiccative, propre pour les maladies des yeux, pour dessécher
et cicatriser les plaies, pour les hémorroïdes. On ne s'en sert qu'extérieurement, après
l'avoir broyée en poudre très subtile, sur le porphyre ». (Nicolas Lemery, Traité universel
des Drogues, Paris, Laurent d'Houry, 1723, p. 874). C'est un oxyde de zinc qui se produit
dans la calcination de certains minerais de plomb.
29. En provençal, la coudounado, bas-latin codonnatum, italien codognata. Conserve
de coings (Mistral, Dictionnaire). APOTHICAIRES A LA COUR DES PAPES D' AVIGNON 153 LES
pani)30 pour recevoir la conserve est de 162.
Du 12 février 1342 au 25 avril, date de la mort de Benoît XII, il prépare
pour le pape et lui livre par l'intermédiaire du chambrier Jean Engilber
12 électuaires fabriqués avec 80 feuilles d'or, du sucre, de l'euphraise, de la
camomille et multis aliis, le prix de chaque électuaire étant de 38 sols.
C'est d'ailleurs Pierre de Cerdona qui, au décès du pontife, livre et pré
pare, avec l'aide de Jacques, les drogues nécessaires pour apprêter le corps,
afin que l'assistance ne soit pas incommodée par les mauvaises odeurs :
ne corpus ipsius ob foetorem inficeret circumstantes. C'est lui et ses aides
qui embaument (condiunt) le cadavre et le cousent dans un suaire composé
de cuirs de buf, ut a foetere preservaretur*1. Il en coûte à la Chambre apos
tolique 40 florins pour les drogues et 15 florins pour l'embaumement et la mise
en suaire32.
Guccio Bensivenis
Guccio Bensivenis est un apothicaire courtisan, qui devient ensuite citoyen
d'Avignon. En 1340, il livre 23 quintaux et 63 livres de cire pour l'usage de la
chapelle et de la « Maison du pape » (hospitii papae), fourniture qui se monte
à 272 florins, 13 sols, payés le 22 mars 33.
Bertrand Gautier
Bertrand Gautier (Bertrandus Gauterii ou Galterii), apothicaire d'Avignon,
apparaît comme plus particulièrement spécialisé dans les fournitures d'encre
(incaustum) nécessaires à la Trésorerie pontificale. Les comptes de 1338 et
1342 portent surtout sur des livraisons de ce genre, dans les prix desquelles
figurent les flacons de verre contenant le liquide 84.
III. PONTIFICAT DE CLEMENT VI (13424352)
Jacques Mélior
Avec Clément VI, réapparaît le nom de Jacques Mélior, apothecarius Avi
nionis et palacii.
30. Massapanes ou Massapani, boîtes, caissettes : massapani lignei, caissettes de bois.
31. On sait que le corps de Clément VI, transporté à La Chaise-Dieu pour y être
inhumé, fut cousu au préalable dans une peau de cerf. Le transport coûta 5 000 florins.
Cf. J. Girard : Evocation du Vieil Avignon, Paris, Editions de Minuit, 1958, p. 147.
32. Schafer n, 130 (1339-1340), 147, 148 (1341-1342), 163, 197 (1342).
33.II, 128. Nous trouvons en 1353 un apothicaire nommé Bensivenis ou
Benchivenni, mais dont le prénom est Bindo. C'est peut-être le frère ou le fils de Guccio.
Il livre, cette année-là, de grandes quantités de toile cirée (Arch. Vaticanes, Intr. et Exil.,
269, f° 11, v°, Transcription A.-M. Hayez).
34. Schafer H, 86, 224. 154 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
En 1343-1344, il livre du coton filé pour faire les chandelles, il fournit éga
lement des torches pour des cérémonies funèbres et de la toile cirée pour
placer aux fenêtres du palais S5.
En mai 1343, on lui paie des médecines pour un chapelain qui tomba du
pont Saint-Bénézet lorsque le pape traversait le Rhône : pro rebus medicinali-
bus pro capellano, qui cecidit de ponte, quando dominus noster transivit ultra
Rodanum 8e.
La même année, il reçoit 60 florins pour son épouse qui a lavé les draps
du pape, depuis son élévation au pontificat jusqu'au 1" décembre 1343 37.
En 1349, il est cité parmi les sergents d'armes et en 1351, il fait d'impor
tantes livraisons de cire pour les appartements du pape 3S.
Adhémar Barral
A côté de Jacques Mélior, nous trouvons Adhémar Barral (Ademarus
Barralis ou Barrani), qui porte le titre d'apothicaire du pape. C'est un ancien
bourgeois de Paris, probablement natif de Cahors.
Dès 1344, il fournit divers articles pour le palais apostolique : sucre rosat,
anis et fenouils confits, amandes, avelines confites, coriandre, fleurs de
cannelle pour l'usage du pape, 4 mains de papiers de grand format pour le
registre des pétitions, une canne d'étamine, 2 livres de coton, 2 livres d'étoupes,
de la cire rouge pour la trésorerie et la chambre du pape, du gros fil, etc.
En 1345, il livre des nappes achetées à Tournai (apud Tornacum) pour la
table du pape, du sucre rosat, divers médicaments (res médicinales) pour le
pontife, du vin de grenades, du millet et du chénevis pour les oiseaux, etc.
En 1346, il vend 638 livres d'épices confites, de l'eau de rose de Damas,
pour le pape, et procure une recette médicale (recepta medicinalis) pour le
souverain pontife.
La même année, il figure parmi les écuyers (scutiferi) et, en 1348, parmi
les damoiseaux (domicellï).
Enfin, en 1351-1352, il assure des livraisons très importantes de confitures
et de drogues, il procure des dragées, des médicaments et un sirop laxatif
pour le pape, payé 56 sols le 14 août 1352 30.
Bertrand de Noves
Bertrand de Noves (Bertrandus de Novis) est un apothicaire d'Avignon
35. A cette époque, les vitraux étaient surtout réservés aux salles destinées aux cérémonies
(chapelles, Consistoire, etc...). Lesi autres salles avaient leurs fenêtres fermées par des
châssis de bois garnis de « toile cirée » (tela incerata), c'estrà-dire de toile plus ou moins
transparente, enduite de cire.
36. Schafer II, 248. 37. Schafer II, 258. 38. Schafer II, 419, 470.
39. II, 276, 277, 300, 305, 306, 341, 391, 406, 449, 502 : pro uno siropo
laxativo pro papa. APOTHICAIRES A LA COUR DES PAPES D' AVIGNON 155 LES
dont les rapports avec la cour de Clément VI sont tout à fait occasionnels. En
effet, le 23 octobre 1347, la Chambre apostolique lui paie certaines médecines
qu'il a livrées pendant l'année à des serviteurs de l'Aumône de la Pignotte 40
atteints de maladies.
Les comptes ont conservé le nom de ces serviteurs. Ce sont Géraud
Latrémolière, administrateur, le frère Jacques, convers, le frère Etienne,
bouteiller, Hugues Trobat dit le Camus, cuisinier, Tibaut et Etienne, portiers,
Pierre Roque et Bernard, cuisiniers, Guillaume Jean, Bertrand Vitalis, Jean
La Bordas, Mathieu Bardeci, Bernard Rogier et le frère Gilbert, aumônier.
Du 18 décembre 1346 au 15 octobre 1347, ces serviteurs avaient dépensé
74 livres, 14 sols, 7 deniers en médicaments divers : sirops reconstituants (in
siropis restaurandis), eau de rose, et d'orgeat, clystères, pains de sucre
rosat et autres petites médecines (et aliis minutis).
Deux d'entre eux décédèrent : Hugues Trobat, dit le Camus, et Bernard
Roger. Les torches et les chandelles utilisées pour leurs obsèques furent
également fournies par Bertrand de Noves41. Quant à Géraud Latrémolière,
il devait mourir quelques mois plus tard, emporté par la terrible peste de
1348 42.
Vers cette époque, nous retrouvons le nom de Pierre de Cerdona, que
nous avons mentionné sous Benoit XII. En effet, en 1351, cet apothicaire reçoit
un paiement pour un transport de cire et il est qualifié d'épicier : Petrus lo
speciaire 43.
Clément VI meurt le 6 décembre 1352. De tous les papes d'Avignon, c'est
celui dont on connaît le mieux les accidents pathologiques et leur processus
d'évolution. En novembre 1343, nous savons qu'il souffre d'un pied. Sur
l'ordre de ses médecins, on envoie son porteur d'eau, Hélie de Nexon, quérir
de l'eau de mer, necessaria in pede papae44. Cette thérapeutique paraît le
soulager. Le 1" mars 1345, il souffre de violentes céphalées et, le 6 janvier,
les douleurs l'empêchent de célébrer la fête de l'Epiphanie. L'étiologie de
ces maux paraît être la gravelle, d'où coliques néphrétiques et formation de
tumeurs dans la région lombaire à partir du 17 décembre 1351. Au début de
décembre 1352, une nouvelle tumeur apparaît au bas du dos : elle crève alors
40. L'Aumône de la Pignotte ou de la Pinhote fut fondée par Jean XXII en 1316.
Cette institution charitable, subventionnée par les papes, distribuait gratuitement des vivres
et des remèdes aux nécessiteux. Elle fonctionna durant toute la papauté avignonnaise.
La place de la Pignotte à Avignon tire son nom de cette institution, qui distribuait chaque
semaine un grand nombre de pains (en italien : pagnotta, petit pain).
41. Schafer, H, 357.
42. H mourut le 4 avril 1348 et fut remplacé dans ses fonctions par Pierre de Froide-
ville, qui devait lui aussi mourir de la peste en 1361.
43. Schafer H, 470.
44.n, 258.

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