Les manuels scolaires dans l'État grec, 1834-1937 - article ; n°1 ; vol.58, pg 9-26

De
Histoire de l'éducation - Année 1993 - Volume 58 - Numéro 1 - Pages 9-26
Der Beitrag skizziert die häufig wechselnde Haltung der griechischen Zentralmacht zur Schulbuchfrage zwischen 1834 und 1937. Im 19. Jahrhundert schwankt diese zwischen rigoroser staatlicher Kontrolle und völliger Produktions- und Vertriebsfreiheit fur Schulbücher. Allmählich nähern sich dabei die gesetzgeberischen Verordnungen den tatsächlichen Verhältnissen an, so daß nach 1880 - unter stärkerer staatlicher Kontrolle - ein relativ kohärentes System begründet werden kann. Im 20. Jahrhundert bestimmen Sprachenfrage und Schulreform mit ihren jeweiligen politischen und ideologischen Implikationen die Auseinandersetzungen zur Schulbuchfrage und zur Entwicklung der Gesetzgebung in diesem Bereich. Konflikte zwischen dem konservativen Lager und den Verfechtem einer liberale Neuerungen aufgeschlossenen Politik bestimmen nun das Bild.
The authors study the successive behaviour of the Greek central power towards the question of schoolbooks from 1834 to 1937. In the XIXth century, the authorities wavered between a strict control system and freedom for the publication and circulation of schoolbooks. Step by step, the disparity between the enforcement of the law and the real situation is dwindling and - after 1880 - under the more efficient control of the state, a fairly rational system is introduced. In the XXth century, the argument about the schoolbooks and the evolution of their statute law is determined by the linguistic question and the reform of education - with its political and ideological implications. That period shows conflicts which oppose the supporters of a modernizing liberal policy and the defenders of a conservative policy.
Les auteurs étudient les attitudes successives du pouvoir central grec vis-à- vis de la question des manuels scolaires de 1834 à 1937. Au XIXe siècle, les autorités oscillent entre un contrôle central rigoureux et la liberté de production et de diffusion des manuels. Graduellement l'écart entre ce que la loi ordonne et la situation réelle diminue et après 1880 - sous le contrôle plus efficace de l'État - s'instaure un système relativement cohérent Au XXe siècle, ce sont la question linguistique et la réforme de l'éducation qui déterminent avec leurs implications politiques et idéologiques, les débats sur les manuels scolaires et l'évolution de leur législation. Cette période est marquée par les conflits qui opposent les tenants d'une politique libérale modernisatrice et les défenseurs d'une politique conservatrice.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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Christina Koulouri
Ekaterini Venturas
Les manuels scolaires dans l'État grec, 1834-1937
In: Histoire de l'éducation, N. 58, 1993. Manuels scolaires, États et sociétés. XIXe - XXe siècles. pp. 9-26.
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Koulouri Christina, Venturas Ekaterini. Les manuels scolaires dans l'État grec, 1834-1937. In: Histoire de l'éducation, N. 58,
1993. Manuels scolaires, États et sociétés. XIXe - XXe siècles. pp. 9-26.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hedu_0221-6280_1993_num_58_1_2657Zusammenfassung
Der Beitrag skizziert die häufig wechselnde Haltung der griechischen Zentralmacht zur Schulbuchfrage
zwischen 1834 und 1937. Im 19. Jahrhundert schwankt diese zwischen rigoroser staatlicher Kontrolle
und völliger Produktions- und Vertriebsfreiheit fur Schulbücher. Allmählich nähern sich dabei die
gesetzgeberischen Verordnungen den tatsächlichen Verhältnissen an, so daß nach 1880 - unter
stärkerer staatlicher Kontrolle - ein relativ kohärentes System begründet werden kann. Im 20.
Jahrhundert bestimmen Sprachenfrage und Schulreform mit ihren jeweiligen politischen und
ideologischen Implikationen die Auseinandersetzungen zur Schulbuchfrage und zur Entwicklung der
Gesetzgebung in diesem Bereich. Konflikte zwischen dem konservativen Lager und den Verfechtem
einer liberale Neuerungen aufgeschlossenen Politik bestimmen nun das Bild.
Abstract
The authors study the successive behaviour of the Greek central power towards the question of
schoolbooks from 1834 to 1937. In the XIXth century, the authorities wavered between a strict control
system and freedom for the publication and circulation of schoolbooks. Step by step, the disparity
between the enforcement of the law and the real situation is dwindling and - after 1880 - under the more
efficient control of the state, a fairly rational system is introduced. In the XXth century, the argument
about the schoolbooks and the evolution of their statute law is determined by the linguistic question and
the reform of education - with its political and ideological implications. That period shows conflicts which
oppose the supporters of a modernizing liberal policy and the defenders of a conservative policy.
Résumé
Les auteurs étudient les attitudes successives du pouvoir central grec vis-à- vis de la question des
manuels scolaires de 1834 à 1937. Au XIXe siècle, les autorités oscillent entre un contrôle central
rigoureux et la liberté de production et de diffusion des manuels. Graduellement l'écart entre ce que la
loi ordonne et la situation réelle diminue et après 1880 - sous le contrôle plus efficace de l'État -
s'instaure un système relativement cohérent Au XXe siècle, ce sont la question linguistique et la
réforme de l'éducation qui déterminent avec leurs implications politiques et idéologiques, les débats sur
les manuels scolaires et l'évolution de leur législation. Cette période est marquée par les conflits qui
opposent les tenants d'une politique libérale modernisatrice et les défenseurs d'une politique
conservatrice.MANUELS SCOLAIRES DANS L'ETAT GREC LES
1834-1937
par Christina KOULOURI et Ekaterini VENTURAS
Le manuel scolaire en Grèce n'est que depuis quelques années un
objet d'étude privilégié. Un examen de la bibliographie qui s'y rap
porte depuis le siècle dernier révèle un silence remarquable, qu'on re
trouve aussi dans d'autres pays, n ne manque certes pas, tout au long
de cette période, d'écrits polémiques sur les manuels scolaires où s'af
frontent des points de vue divergents, que ces écrits traitent de leur
contenu, de leur forme ou de leur production ; il ne manque pas non
plus de références dans les ouvrages d'histoire de l'éducation. Mais ce
n'est que dans les années 1970-1980 que le manuel scolaire grec de
vient l'objet d'études et de recherches systématiques (1). Les premiers
travaux qui ont été publiés appartiennent aux champs épistémologiques
de la pédagogie et de la sociologie de l'éducation (2) et correspondent
sans doute à la réorientation thématique et méthodologique des scien
ces sociales dans d'autres pays d'Europe, en France surtout Les pre-
(1) Signalons l'importance pour ce tournant de l'ouvrage d'Anna Frangoudaki : Ta
avaTvaxTTiKa fhp7.ia xox> St|uotikou o%oA£iou I&0X071KOS flEiOavavKccouos xai
noaSaywyucn {Jta (Les livres de lecture de l'école primaire. Contrainte idéologique et
violence pédagogique), Athènes, 1978.
(2) Myrto Georgiou-Nilsen : H oucoyEveia axa avoryvaxmica too Snuxmieou (La
famille dans les livres de lecture de l'école primaire), Athènes, 1980 ; N. Ch. Achlis : Ca
yevrovucoi uas tacot BouA/yapoi koci Tovpicoi axa a%ohxa f3ip7.ia totopuxs yuuvaaiau koci
Xvkeiov (Nos peuples voisins Bulgares et Turcs dans les manuels scolaires du gymnase
et du lycée), Thessalonique, 1983 ; Dimitra Makrynioti : H ncaSucn rjA,uaa axa
avct'yvaxmKa pip7.ux 1834-1919 (L'enfance dans les livres de lecture 1834-1919),
Athènes-Jannina, 1986.
Histoire de l'éducation - n° 58, mai 1993
Service d'histoire de l'éducation
I .N.R.P. - 29, rue d'Ulm - 75230 Paris Cedex 05 10 Christina KOULOURI et Ekaterini VENTURAS
mières études historiques consacrées aux manuels scolaires grecs appar
aissent vers la fin des années 1980 ; elles se multiplient désormais, n
s'agit de travaux de documentation (1) et d'études qui portent principa
lement sur l'analyse des manuels de lecture, d'histoire et de géogra
phie (2).
L'intérêt historique pour les manuels scolaires coïncide avec celui
qui se manifeste pour leur recensement et leur conservation (3) et avec
l'élargissement du champ de la recherche en histoire de l'éducation,
grâce, en particulier, au classement du Fonds du Ministère de l'Éducat
ion, entrepris pour la première fois il y a cinq ans. L'approche analyti
que accompagne donc l'enrichissement des sources, ce qui modifie les
présupposés de la recherche dans le domaine du manuel scolaire grec.
Le premier siècle d'existence de l'État grec, créé en 1830, pourrait
être qualifié, en ce qui concerne les manuels scolaires, de période
d' "oscillation" entre la pluralité et l'uniformité, entre un contrôle cen-
(1) Eleftheria Kopsida-Messini : Ta axoXuca Pif&ia xns Means eK7cai5ei)ans,
1913-1936. Bipfoo-ypacpia. (Bibliographie des manuels scolaires de l'enseignement
secondaire, 1913-1936), Athènes, 1989 (répertoire dactylogr.) ; Christina Koulouri :
IoTopia Koa reaxypaqwx ara eXXr|viKa axoAeia, 1834-1914. TvawTiKo avuKeiUEvo Kai
i&oXoYiKes npoeictaoeis. AvBoXoyio Kauevajv - BipXioTpcwpia oxoA.ikcûv eyxeiptôiajv
(Histoire et Géographie dans les écoles grecques, 1834-1914. Objet cognitif et
implications idéologiques. Anthologie de textes - Bibliographie de manuels scolaires),
Athènes, 1988. À l'Université de Crète est d'ailleurs en cours un programme de
recherche qui vise à la constitution d'une banque de données sur les manuels scolaires
grecs de 1830 à nos jours en collaboration avec le programme "Emmanuelle" du Service
d'histoire de l'éducation de TI.N.R.P.
(2) Ekaterini Venturas : L'histoire dans l'enseignement secondaire en Grèce entre
les deux guerres : permanences et innovations, thèse de doctorat, Université de Paris I,
Paris, 1990, 568 p. ; Christina Koulouri : Dimensions idéologiques de l'historicité en
Grèce (1834-1914). Les manuels scolaires d'histoire et de géographie, Paris-Francfort
s.Main-Berne-New York, Peter Lang, 1992 ; Maria Palla : H lOTopiioi owetSnari tow
eqrrtfkov otn ovyxpovri EXXaSa (La conscience historique des adolescents dans la Grèce
contemporaine), Athènes, 1989 (étude dactyl.). Voir aussi les communications sur des
manuels contemporains d'histoire présentées durant un colloque organisé à Athènes les 9
et 10 mai 1986 : H SiSaoKaXia tt|s laxopuxs orr| Mean eKitaioeoon. (L'enseignement de
l'histoire au second degré), Athènes, 1988. Outre les études déjà réalisées, un certain
nombre de thèses traitant de ces sujets sont en préparation.
(3) Se constituent ainsi, à côté des grands détenteurs de manuels, telle la
Bibliothèque nationale de Grèce, de petits fonds privés spécialisés soit dans la littérature
pédagogique en général soit dans le manuel scolaire exclusivement. Les manuels scolaires dans l'État grec 1 1
tral rigoureux et la liberté de production et de diffusion. Cette période
va de l'année 1834, qui voit l'établissement d'un système d'enseigne
ment étatique, à l'année 1937, date à laquelle est institué l'Office
d'édition des livres scolaires qui fait de l'État le seul éditeur des man
uels, ce qu'il est encore aujourd'hui.
D est à noter que, tout au long du XLXe siècle et dans les premières
décennies du XXe, la production des manuels scolaires grecs n'est pas
limitée aux frontières de l'État. Un grand nombre d'entre eux sont en
effet publiés en dehors de l'État grec, dans les centres de l'hellénisme
de l'Empire ottoman et de la Diaspora. Cette production, parallèle et
interférente avec celle de l'État grec, n'est pas l'objet du présent arti
cle. Nous avons opté pour une approche focalisée sur le manuel sco
laire de l'État grec, le rapport au pouvoir central étant le noeud de
l'analyse (1).
En s'appuyant sur les textes législatifs, qui reflètent les attitudes du
pouvoir central vis-à-vis de la question du manuel scolaire, il est possi
ble d'établir une chronologie et de cerner les "ruptures" dans l'histoire
du manuel scolaire grec pour la période étudiée. L'étape significative
de ce parcours est l'année 1907, quand l'État, au terme d'une longue
période de tentatives centralisatrices, conquiert le monopole de la pro
duction et de la diffusion des manuels.
I - ENTRE PLURALITÉ ET UNIFORMITÉ (1834-1907)
La législation de l'enseignement secondaire, établie en 1836, pres
crit l'uniformité des manuels et instaure des procédures d'autorisation
préalable : des commissions ad hoc sont nommées à cet effet Quant à
l'enseignement primaire, la loi de 1834, la seule à régir ce degré d'en
seignement jusqu'en 1895, ne prend pas en compte la question des man
uels. Après la création de l'État grec, on continue donc à utiliser dans
les écoles des manuels publiés avant 1830 ainsi que les petites éditions
(1) Pour une présentation plus détaillée de la législation et de la production du
manuel grec de 1834 à 1914 et de 1914 à 1937, voir respectivement Ch. Koulouri,
Dimensions idéologiques..., op. cit., pp. 121-157 et Ek. Venturas, op. cit., pp. 20-48. Christina KOULOURI et Ekaterini VENTURAS 12
que diffusent les missionnaires protestants, éditions qui envahissent
alors la Méditerranée orientale.
Le souci de rédiger des manuels « qui servent aux besoins réels et
soient vendus à bas prix » (1) justifie la création de commissions extra
ordinaires, chargées tantôt de proposer une liste de livres nécessaires
tantôt de confier à des érudits la rédaction d'ouvrages "sur com
mande". Le processus de constitution de ces commissions, qui dépend
de l'alternance au pouvoir des partis politiques, et le souci de ne conf
ier la rédaction des manuels scolaires qu'à un certain nombre de per
sonnalités qui sont d'ailleurs souvent membres de ces commissions,
créent, jusqu'aux années 1850 au moins, une sorte de monopole, un
système fermé et autarcique que décrit ainsi le ministre des Cultes et de
l'Instruction publique Varvoglis : « Les livres scolaires étaient jugés
chacun par une commission différente, nommée au hasard ; ils étaient
recommandés aux écoles par le Ministère sans définition de la durée
d'usage et sans aucun privilège ; il est aussi arrivé que la circulaire de
recommandation d'un certain livre ait été révoquée juste après sa pu
blication, et que par conséquent des plaintes aient été exprimées par
l'auteur ; parfois encore le même livre a été renvoyé à deux commiss
ions différentes dont l'une l'a rejeté et l'autre l'a autorisé et cependant
ce livre a été recommandé aux écoles » (2).
Dans les années 1850 se manifeste un intérêt croissant pour les
questions d'éducation en général et celle des manuels scolaires en part
iculier. La question de l'uniformité apparaît alors centrale : pour
l'État, le souci de l'uniformité - conçue plutôt comme homogénéité
que comme identité - constitua toujours une priorité bien que le pou
voir central ne réussît pas à l'imposer ; chez les enseignants et les intel
lectuels, la question était très controversée et elle suscita de multiples
débats au cours desquels les tenants de l'uniformité avançaient un a
rgument de poids : le contrôle de l'État garantit la moralité du contenu
du manuel.
(1) Décret royal « Sur l'institution de librairie dans l'imprimerie royale », 1 (13)
avril 1836, Journal officiel, n° 13, 13 avril 1836.
(2) Circulaire 15510 (11 janvier 1852), Archives nationales de Grèce, Fonds de
Philippe Ioannou. manuels scolaires dans l'État grec 13 Les
L'association de l'uniformité à la moralité, voire à la religiosité, r
épond en effet à un paroxysme du sentiment religieux (1). L'exaltation
de l'aspect moral s'accorde en outre avec la fonction moralisante qu'on
attribue à l'école jusqu'à la fin du XLXe siècle (2) au détriment de son
rôle de transmission du savoir et de développement de l'intelligence.
La confiance placée dans le pouvoir formateur de l'éducation, léguée
par la pensée des Lumières, s'étend au manuel scolaire : le livre est
présenté comme l'agent d'éducation par excellence, en conformité
avec l'idée dominante du "livre-éducateur" (3). Il ne manque pas ce
pendant de contradicteurs pour contester l'omnipotence du manuel
scolaire et privilégier l'action formatrice de l'enseignant C'est ainsi
que tous les manuels, sauf le livre de lecture, seront supprimés à
l'école primaire en 1907 (4), l'utilisation du manuel étant considérée
alors comme simplement auxiliaire.
L'intérêt pour les manuels, constaté dans les années 1850, se reflète
aussi dans la législation : en 1856 est institué le premier concours pour
les livres des écoles primaires (5). L'initiative en revient au ministre
Christopoulos qui déploie une grande activité dans le domaine des man
uels scolaires. Pendant son second ministère (décembre 1866-décem-
(1) En 1850, le Patriarcat Oecuménique reconnaît l'autocéphalie de l'Église grecque
- déclarée sans son consentement depuis 1833. Dans les années suivantes, la vie
publique connaît des manifestations de fanatisme religieux. Le Saint Synode a, de plus,
depuis 1852, le droit de surveiller le contenu des manuels scolaires et d'autoriser la
diffusion de ceux qui sont destinés à l'enseignement de la religion.
(2) On insiste sur l'oeuvre formatrice de l'enseignement même après la fin du XIXe
siècle, mais on constate alors une transformation du contenu de l'instruction morale : la
part de l'instruction religieuse diminue au profit de l'instruction civique.
(3) Cf. Jean Hébrard : « Comment Valentin Jamerey-Duval apprit-il à lire ?
L'autodidaxie exemplaire », in Roger Chartier (dir.), Pratiques de la lecture, Paris, 1985,
p. 39.
(4) Les concours de 1882 et de 1886 pour la rédaction de manuels scolaires ne
prévoyaient que la rédaction de livres de lecture et d'un manuel de catéchisme pour les
écoles primaires. Ce n'est qu'en 1893 qu'un concours est ouvert pour des manuels
d'autres disciplines.
(5) Décret royal « Sur le concours pour la rédaction de livres plus appropriés à
l'usage des écoles primaires », 1er septembre 1856, Journal officiel, n° 48, 14 septembre
1856. Le concours serait ouvert tous les ans, les livres seraient autorisés par une
commission spéciale et les auteurs des livres autorisés recevraient un prix en numéraire. 14 Christina KOULOURI et Ekaterini VENTURAS
bre 1867), il promulgue la première loi "sur les manuels scolaires" (1)
qui est restée en vigueur jusqu'en 1882.
Malgré les tentatives législatives, l'écart est considérable entre ce
que la loi ordonne et la situation sur le terrain. Les résultats du con
cours institué en 1856 ne furent jamais proclamés ; les livres sont auto
risés ou tout simplement tolérés par des commissions extraordinaires ;
même les manuels autorisés ne sont pas toujours utilisés dans les éco
les ; la diffusion et l'usage du manuel scolaire dépendent de réseaux de
clientèle qui se tissent entre les autorités locales, les enseignants, les
auteurs et les éditeurs ; dans le domaine de la production du manuel,
les livres contrefaits, surtout dans les centres provinciaux, connaissent
une large diffusion, difficile à apprécier. L'édition scolaire n'est pas
l'apanage de maisons spécialisées, même si les plus grandes entrepri
ses fournissent une partie importante de la production scolaire. Le prix
des manuels est contrôlé par le ministère au moyen des commissions
d'autorisation. Souvent, d'ailleurs, les partisans du contrôle central i
nvoquent des raisons économiques. Le prix maximum des manuels sco
laires destinés à l'enseignement primaire comme à l'enseignement
secondaire fait l'objet de prescriptions officielles minutieuses en 1882.
La loi de 1882 (2) inaugure en effet, pour les manuels scolaires,
une nouvelle période qui est caractérisée par l'intensification du cont
rôle central. Ce contrôle porte non seulement sur le contenu du manuel
- par des programmes disciplinaires détaillés - mais aussi sur sa forme
(format, nombre de pages, caractères typographiques). La nouvelle loi
instaure le système du manuel unique autorisé pour quatre ans, au
moyen de concours institués pour le premier comme pour le second de
gré. Les commissions d'autorisation sont nommées par un comité spé-
(1) Loi TMQ (24 novembre 1867), in D. Klados : EKicA.r|cn.aaTiKa koci etataioewiica
t|toi vouoi, oiaxayuaxa, bticukXioi, oStrytat, Kkn... (De l'Église et de l'instruction,
c'est-à-dire des lois, des décrets, des circulaires, des instructions, etc.), Athènes, 1860,
t n, pp. 375-377. La loi ne concernait que les manuels du secondaire. Les livres seraient
autorisés par une commission de vingt-quatre membres, divisée en trois sections selon
les différentes disciplines.
(2) Loi AMB (22 juin 1882) « Sur les livres didactiques de renseignement primaire
et secondaire », in G. Venthylos : eeauoXoyiov xr\s ôrtuotuens eiacaiôeuoecDs...
1833-1883 (La législation de l'enseignement primaire... 1833-1883), Athènes, 1884, t L
pp. 47-49. Les manuels scolaires dans l'État grec 15
cial constitué par des professeurs d'Université, des hauts fonctionnai
res du Ministère de l'Éducation, des directeurs d'écoles secondaires...
Cette loi promulguée sous le gouvernement de Trikoupis - qui incar
nait pour la Grèce de fin-de-siècle la politique bourgeoise libérale et
regroupait les éléments progressistes de la bourgeoisie - est abolie en
1895 (1), quand le pouvoir passe au parti de Déliyannis qui avait le
soutien de la petite et moyenne bourgeoisie et du monde paysan.
La nouvelle loi établit le système de la pluralité des manuels : les
enseignants sont libres de choisir un manuel parmi plusieurs ouvrages
autorisés. Un concours est institué tous les cinq ans mais seulement
pour les écoles primaires et les écoles helléniques (2) ; le choix des
manuels est laissé entièrement libre pour les gymnases. La production
et la diffusion des manuels restent donc libres mais l'État contrôle
maintenant plus strictement le système d'autorisation : les membres
des commissions d'autorisation sont tirés au sort parmi les professeurs
d'Université, les directeurs de gymnase... ; les auteurs et même leurs
parents éloignés sont exclus des commissions ; les fonctionnaires du
ministère des Cultes et de l'Instruction publique ne sont pas autorisés à
rédiger des manuels et à les soumettre au concours.
Ce système reste en vigueur jusqu'en 1907, quand sous le gouver
nement de Théotokis, successeur de Trikoupis, est votée une loi qui re
présente le point culminant de la politique centralisatrice sur les
manuels scolaires (3). L'État ne se contente plus alors de "corriger",
mais vise à "diriger". On institue le système du manuel unique par mat
ière et par classe, autorisé au moyen de concours tous les quatre ans.
Par des programmes "sur la quantité et la disposition de la matière" ré
digés à l'avance, l'État surveille le contenu des manuels, leur autorisa
tion et même leur fabrication.
Après 1880, on constate donc que l'activité législative s'intensifie :
le pouvoir politique vise à instaurer un système cohérent de production
et de diffusion du manuel scolaire sous le contrôle de l'État À cette ac-
(1) Loi BTT (12 juillet 1895), Journal officiel, n° 14, 14 juillet 1895.
(2) L'enseignement en Grèce est organisé jusqu'en 1929 comme suit : école
primaire de 4 (ou de 6) ans ; école hellénique de 3 (ou 2) ans ; gymnase de 4 ans. Écoles
helléniques et gymnases constituent le second degré d'enseignement
(3) Loi ITA (4 avril 1907), Journal officiel, n° 60, 4 avril 1907. 16 Christina KOULOURI et Ekaterini VENTURAS
tivité correspond un discours critique qui est marqué, comme pendant
la période précédente, par des ambiguïtés et des contradictions. Les dé
bats portent sur la nécessité ou non de recourir à un monopole d'État et
sur les modalités d'organisation des concours. Ces derniers sont l'objet
de vives critiques : dans un premier temps, c'est l'autorité scientifique
des membres des commissions qui est mise en cause ; par la suite, on
dénonce le clientélisme qui s'instaure entre les auteurs et leurs juges.
Mais la question la plus importante qui émerge vers la fin du siècle
et qui divisera la société grecque jusqu'aux temps récents, est celle de
la langue. L'attachement excessif au modèle de la Grèce ancienne, qui
caractérise le XLXe siècle grec, influence inévitablement le contenu de
l'éducation mais aussi la forme langagière des manuels. Les manuels
sont rédigés principalement dans un langage purifié des formes popul
aires et proche du grec ancien, la "katharévoussa" (1). Dans les années
1880, à la suite de la diffusion en Grèce de nouvelles théories pédago
giques qui se centrent sur l'enfant et ses besoins, on rencontre un dis
cours différent : on condamne la langue "incompréhensible" des
manuels, qui conduit à un apprentissage mécanique et à un psittacisme
stérile, et on cherche à développer le côté "agréable" et "réaliste" de
l'instruction.
C'est au début du XXe siècle qu'on mesure le poids de la question
de la langue et de ses implications idéologiques dans le discours crit
ique non officiel que suscitent les manuels scolaires : le centre de gravi
té de ce discours se déplace vers la "pureté" de la langue des auteurs et
des membres des commissions et vers leur "orthodoxie" idéologique.
n - LA POLARISATION DES CONFLITS IDEOLOGIQUES
(1907-1937)
La question de la langue et le discours sur les manuels scolaires
s'inscrivent dans le cadre d'un conflit politique et idéologique qui op-
. " "p, 'fj >
(1) fi ësttaractéristique que dans l'école on enseigne seulement le grec ancien. Ce
n'est qu'eût 1|84 qu'on introduit l'enseignement du grec moderne (de la
"katharévoussa^, nop de la langue parlée) dans les écoles helléniques.

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