Les manuels scolaires par l'image : pour une approche sérielle des contenus - article ; n°1 ; vol.58, pg 103-135

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Histoire de l'éducation - Année 1993 - Volume 58 - Numéro 1 - Pages 103-135
The pictures in schoolbooks have not yet benefited by the growing interest for the widely spread iconography. The schoolbook has almost exclusively been the aim of text analysis - a category which is all the more successful as it is unhesitatingly familiar to the historian (and the student in History). The author deals with the field of a specific subject - the elementary History of France - from a particular theme : the colonial Empire. He pinpoints the extreme coherence which unites the text and the picture in a thematic approach and suggests the possible use of that coherence from the point of view of a serial approach of the contents.
An dem wachsenden Interesse für andere Kategorien von einem breiten Publikum zugedachten Bildmaterialien haben die Abbildungen in Schulbuchern bislang kaum partizipieren können. Am Schulbuch interessiert in der Tat fast ausschließlich der geschriebene Text Er ist dem Historiker (und auch dem Studenten der Geschichtswissenschaften) spontan vertraut und bietet sich daher als Studienobjekt geradezu an. Im Rahmen eines genau festgelegten Themenbereichs, den Grundlagen der französischen Kolonialreichs, sollen die weitreichenden thematischen Ueberemstimmungen zwischen Text und Bild aufgezeigt und Möglichkeiten weiterer Auswertung im Hinblick auf eine serielle Betrachtung der Textinhalte umrissen werden.
Les images des manuels scolaires n'ont guère bénéficié, jusqu'à présent de l'intérêt croissant qui se manifeste pour l'iconographie de grande diffusion. Le livre scolaire est en effet à peu près exclusivement l'objet d'analyses de textes, genre d'autant plus florissant qu'il est spontanément familier à l'historien (et à l'étudiant en histoire). Il s'agit ici, dans le cadre d'une discipline précise, l'histoire de France élémentaire, et à partir d'un thème particulier, l'Empire colonial, de montrer la profonde cohérence qui, du point de vue de la thématique, unit le texte et l'image et de suggérer le parti qu'on peut en tirer dans la perspective d'une approche sérielle des contenus.
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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Yves Gaulupeau
Les manuels scolaires par l'image : pour une approche sérielle
des contenus
In: Histoire de l'éducation, N. 58, 1993. Manuels scolaires, États et sociétés. XIXe - XXe siècles. pp. 103-135.
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Gaulupeau Yves. Les manuels scolaires par l'image : pour une approche sérielle des contenus. In: Histoire de l'éducation, N.
58, 1993. Manuels scolaires, États et sociétés. XIXe - XXe siècles. pp. 103-135.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hedu_0221-6280_1993_num_58_1_2661Abstract
The pictures in schoolbooks have not yet benefited by the growing interest for the widely spread
iconography. The schoolbook has almost exclusively been the aim of text analysis - a category which is
all the more successful as it is unhesitatingly familiar to the historian (and the student in History). The
author deals with the field of a specific subject - the elementary History of France - from a particular
theme : the colonial Empire. He pinpoints the extreme coherence which unites the text and the picture in
a thematic approach and suggests the possible use of that coherence from the point of view of a serial
approach of the contents.
Zusammenfassung
An dem wachsenden Interesse für andere Kategorien von einem breiten Publikum zugedachten
Bildmaterialien haben die Abbildungen in Schulbuchern bislang kaum partizipieren können. Am
Schulbuch interessiert in der Tat fast ausschließlich der geschriebene Text Er ist dem Historiker (und
auch dem Studenten der Geschichtswissenschaften) spontan vertraut und bietet sich daher als
Studienobjekt geradezu an. Im Rahmen eines genau festgelegten Themenbereichs, den Grundlagen
der französischen Kolonialreichs, sollen die weitreichenden thematischen Ueberemstimmungen
zwischen Text und Bild aufgezeigt und Möglichkeiten weiterer Auswertung im Hinblick auf eine serielle
Betrachtung der Textinhalte umrissen werden.
Résumé
Les images des manuels scolaires n'ont guère bénéficié, jusqu'à présent de l'intérêt croissant qui se
manifeste pour l'iconographie de grande diffusion. Le livre scolaire est en effet à peu près
exclusivement l'objet d'analyses de textes, genre d'autant plus florissant qu'il est spontanément familier
à l'historien (et à l'étudiant en histoire). Il s'agit ici, dans le cadre d'une discipline précise, l'histoire de
France élémentaire, et à partir d'un thème particulier, l'Empire colonial, de montrer la profonde
cohérence qui, du point de vue de la thématique, unit le texte et l'image et de suggérer le parti qu'on
peut en tirer dans la perspective d'une approche sérielle des contenus.MANUELS PAR LIMAGE : LES
pour une approche sérielle des contenus
par Yves GAULUPEAU
En dépit du cliché qui veut que nous ayons récemment quitté la
"galaxie Gutenberg" pour celle de Mac Luhan, le XLXe siècle mérite, à
plus d'un titre, d'être considéré comme le siècle de l'image (1), bien
qu'il soit aussi, et parallèlement, celui de la démocratisation de l'écrit
Éditeurs d'estampes (en feuilles ou portefeuilles), de livres illustrés ou
de jeux historiés, à mesure qu'ils entrent dans l'âge industriel, mettent
en effet sur le marché un volume d'illustrations en croissance exponent
ielle (2). Ce flot d'images, confronté aux chefs-d'oeuvre de l'art dont
il constituait souvent le monnayage "vulgaire", a été longtemps mépri
sé en raison même de sa production massive, de sa facture sommaire,
voire de sa destination populaire. À la suite de quelques pionniers, col
lectionneurs privés ou conservateurs de collections publiques, les stra
tes les plus anciennes (les moins proliférantes) de cette iconographie
ont acquis leurs lettres de noblesse, suscitant des recherches nouvelles ;
tel a été le cas, notamment, de l'imagerie populaire (du moins anté
rieure aux procédés lithographiques grâce auxquels, vers 1850, sa pro
duction est devenue massive) (3) ou, plus récemment, de l'illustration
des livres pour la jeunesse (4).
(1) On lira avec intérêt, à ce sujet : Usages de l'image au XIXe siècle, (colloque
organisé au musée d'Orsay, 1990), Paris, éditions Créaphis, 1992.
(2) Chantai Georgel : L'enfant et l'image au XIXe siècle, Paris, Réunion des musées
nationaux, 1988 (Les dossiers du musée d'Orsay).
(3) Tel a été notamment le critère retenu par le M.N.A.T.P. pour la publication de
son catalogue ; voir Nicole Garnier : L'imagerie populaire française, Paris, Réunion des
musées nationaux, 1990.
(4) Voir notamment Ségolène Le Men : Les abécédaires français illustrés du XIXe
Histoire de l'éducation - n° 58, mai 1993
Service d'histoire de l'éducation
I.N.R.P. - 29, rue d'Ulm - 75230 Paris Cedex 05 104 Yves GAULUPEAU
Jusqu'à l'essor de l'histoire des mentalités, les historiens, modern
istes et contemporanéistes surtout, habitués à travailler à partir de
sources écrites abondantes voire pléthoriques, ne se sont guère intéres
sés à l'image, matériau à leurs yeux ambigu. Les travaux bien connus
de Philippe Ariès, de Michel Vovelle ou de Maurice Agulhon ont pui
ssamment contribué à renverser cette perspective, en conférant à l'ic
onographie, indépendamment de tout critère d'ordre esthétique, le statut
d'une source à part entière (1). Exemple parmi d'autres, l'un des ap
ports les plus novateurs des travaux suscités par le Bicentenaire de la
Révolution française résulte de l'exploitation des sources iconographi
ques ; en témoignent notamment les ouvrages publiés par Michel Vov
elle, Claude Langlois et Antoine de Baecque (2), le colloque de 1985
sur Les images de la Révolution française (3) ou encore la base de don
nées et le vidéodisque réalisés à l'initiative du Cabinet des estampes de
la Bibliothèque nationale.
Le très riche gisement d'images que recèlent les manuels scolaires
n'a pas encore rencontré la même faveur. Pourtant, avec ses prolonge
ments naturels (planches murales, protège-cahiers illustrés, images-ré
compenses, etc.), cette iconographie a notoirement occupé une place de
choix dans l'imaginaire collectif. L'importance de ses tirages, l'âge de
ses destinataires, la présomption de vérité qui s'attache à la production
pédagogique, concourent à cette évidence. Il est vrai que l'abondance
même des images disponibles peut poser problème et justifie sans
doute que l'iconographie scolaire n'ait guère été exploitée que ponct
uellement, dans une démarche généralement illustrative, en contre
point de discours construits sur d'autres bases. Un domaine très vaste
s'offre ici à la recherche, n n'existe pas encore de travaux d'ensemble
siècle, Paris, Promodis, 1984 ; id : Livres d'enfants, livres d'images, Paris, Réunion des
musées nationaux, 1989 (Les dossiers du musée d'Orsay) et Annie Renonciat, sur deux
illustrateurs consacrés : Gustave Doré et /.-/. Grandville , Paris, A.C.R., 1983 et 1986.
(1) L'ouvrage collectif : Iconographie et histoire des mentalités, Paris, C.N.R.S.,
1979, constitue un jalon intéressant dans cette évolution.
(2) Michel Vovelle : La Révolution française, images et récit, Paris, Messidor, 1986
(5 vol.) ; Antoine de Baecque : La caricature révolutionnaire, Paris, Presses du
C.N.R.S., 1988 ; Claude Langlois : La contre-révolutionnaire, Paris, Presses
du 1988.
(3) Actes édités par les Publications de la Sorbonne en 1988. Les manuels par l 'image 105
sur la pédagogie par l'image (1) et sa mise en oeuvre dans les différen
tes disciplines scolaires, en dépit de l' importance qu'y ont attachée, à
la suite d'une longue lignée de pédagogues, les promoteurs de la Rénov
ation pédagogique depuis le milieu du XLXe siècle. Les études man
quent encore qui permettraient, par exemple, de connaître avec
précision les étapes et les modalités de l'invasion progressive du livre
scolaire par l'image, de recenser les techniques graphiques, les dessi
nateurs et les graveurs impliqués dans cette production (2). De tels in
ventaires permettraient de mieux saisir les liens qui unissent
l'iconographie scolaire à d'autres corpus, connexes : les jeux, la littéra
ture pour la jeunesse, les ouvrages de vulgarisation, etc. L'ubiquité de
certains thèmes iconographiques confère, sur ce point, un intérêt parti
culier aux monographies "transversales" qui abordent simultanément
plusieurs de ces corpus (3).
Un autre aspect du sous-emploi de l'iconographie didactique tient
au privilège quasi-exclusif accordé au texte dans les études de contenu.
Le livre scolaire, en tant qu'il est un subsidiairement agrémenté
d'illustrations, n'est-il pas, a priori et pour solde de tout compte, justi
ciable d'une analyse de texte, démarche à laquelle l'historien est
d'ailleurs traditionnellement le mieux formé ? Aussi bien, le genre est-
il toujours florissant, particulièrement dans les disciplines présumées
les plus constitutives de l'imaginaire social et politique : l'instruction
civique et morale, l'histoire, la géographie, la lecture courante, etc. Les
plus curieux de tirer profit de l'illustration se heurtent, il est vrai, à un
problème difficile, posé par l'articulation sémantique entre le texte et
l'image. Le propos de cet article n'est assurément pas d'en épuiser la
problématique ! Mais, dans le cadre d'une discipline précise, l'histoire
de France élémentaire, et à partir d'un thème particulier, l'image de
(1) On lira avec d'autant plus d'intérêt le chapitre que S. Le Men consacre à ce sujet
dans Les abécédaires français illustrés du XIXe siècle, op. cit.
(2) Quelques éléments, dans notre article « L'Histoire en images à l'école primaire.
Un exemple : la Révolution française dans les manuels élémentaires », Histoire de
l'Éducation, nc 30, mai 1986.
(3 ) À titre d'exemple, au double sens du terme, Christian Amalvi : Une icône
républicaine. Rouget de Lisle chantant La Marseillaise par Isidore Pils, 1849, Paris,
Réunion des musées nationaux, 1989 (Les dossiers du musée d'Orsay). 106 Yves GAULUPEAU
l'Empire colonial, de faire apparaître la profonde cohérence qui, du
point de vue de la thématique, unit le texte et l'image et de suggérer le
parti qu'on peut en tirer dans la perspective d'une approche sérielle des
contenus.
I - L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS : IMAGES ET TEXTES
(1880-1989) (*)
En moyenne pour l'ensemble de la période (1880-1989), les man
uels du cours préparatoire ou élémentaire consacrent 2,9 pages et
3,6 images à l'histoire des colonies et les cours moyens et supérieurs
presque le double, soit 5,6 pages et 6,5 images. Cette relative rareté de
l'iconographie est-elle de nature à remettre en cause le choix de confér
er à l'image un rôle privilégié dans le traitement quantitatif de l'e
nsemble de la thématique ? Une demi-douzaine de vignettes, placées en
regard d'un texte dense de 5 ou 6 pages, ne donneront-elles pas néces
sairement une vision aléatoire et fantaisiste de l'énoncé ? Quelques
manuels, pris individuellement, pourraient aisément le laisser croire.
Mais, dès lors qu'on passe de l'unité à la série, la perspective se modif
ie et des variations significatives apparaissent entre les différents seg
ments du corpus. Mieux que tel exemple empiriquement choisi,
l'examen des corrélations qui existent à l'échelle du corpus entre les
éléments quantifiés du texte et de l'iconographie permettra de s'en
convaincre (1) :
C") Cette présentation utilise certains aspects d'un travail en cours sur l'histoire de
France à l'école élémentaire. Le corpus sur lequel elle repose - et dont ce n'est pas le
lieu d'analyser dans le détail la composition et la représentativité - est constitué d'une
série de manuels élémentaires, offrant un récit continu d'histoire de France et qui,
compte-tenu du thème choisi, traitent de la période postérieure à 1830. Les rééditions
n'en ont pas été exclues, dès lors qu'elles introduisaient une modification significative de
l'iconographie. Il s'agit au total de près de 300 ouvrages ; cette masse critique nous a
paru susceptible de donner une vue d'ensemble de la production et de la consommation
réelles.
(1) Pour fournir un cadre commun de référence aux analyses thématiques, notre
imagier a été segmenté en fonction de trois critères, pertinents du point de vue du thème
traité et/ou de l'évolution morphologique des manuels eux-mêmes : - la chronologie, I
Les manuels par l 'image 107
Variations corrélatives de l'espace-texte et de l'iconographie
en fonction des principaux segments du corpus (en %)
18- 20-r 20T
¦ 18- 18- 16- ¦ Û
16- 16- 14-
m .. a 14- 14 12-
12 - J ¦ Images 10- [ I i 12- ID
10- (%)
n Texte 8-
6- 6-
4- 4--
8- 2< 0' 6- 4- i 1 2- 2-
0-1- 1 1 I I
Niv 1 Niv 2 Laïcs Conf. P 1 P2 P3 P4
Plus que le faible écart des taux obtenus pour le texte et l'iconogra
phie dans l'ensemble du corpus (2,2 pts) et dans ses principales comp
osantes (de 5,5 à 02 pts), importe ici le parallélisme de leurs
variations. Quel que soit, en effet, l'angle d'observation choisi, n
iveaux, obédiences ou périodes, un même sort semble lier le texte et
l'image. La ventilation géographique des deux ensembles conforte
cette observation, en introduisant un degré supplémentaire de préci
sion :
Ventilation régionale du texte et de l'iconographie (en % du corpus)
Maghreb Afrique Noire Asie Océans Indien
et Pacifique
Texte 58,2 16,6 15,6 9,6
Image 56,0 18,5 16,1 9,4
Écart 2,2 1,9 0,5 0,2
un découpage en quatre périodes : 1880-1918 (PI), 1919-1944 (P2), 1945-1969 (P3) et
1970-1989 (P4) ; - les niveaux, en distinguant d'une part les cours préparatoires et
élémentaires (Niv 1), et d'autre part les cours moyens, supérieurs ou de fin d'études
primaires (Niv 2), ces deux niveaux, quelle que soit la gradation pédagogique propre à
chaque époque, ayant leur physionomie propre ; enfin les "obédiences" en dissociant les
manuels "laïcs", i.e. destinés à l'école publique laïque, des manuels "confessionnels", i.e.
destinés aux écoles privées confessionnelles. Yves GAULUPEAU 108
Si, pour ne rien laisser au hasard, on combine ventilation géogra
phique et répartition chronologique, on obtient une similitude des taux
et un parallélisme des variations tout aussi remarquables :
Ventilation régionale du texte et de l'image, par périodes
D Oc. 1. Pacif
H Asie
D Af. Noire
H Maghreb
P4. P4.
T Im
Autrement dit, le croisement des éléments quantifiés souligne cla
irement la cohérence de l'image et du texte. Ce que l'observation empir
ique suggère, dès lors qu'elle s'applique à des séries de quelque
importance, se trouve ici plus rigoureusement exprimé. En tout état de
cause, la validité de la démarche qui consiste, sinon à traiter, du
moins à aborder la thématique des manuels d'histoire par le biais de
l'analyse sérielle de l'iconographie ne paraît guère contestable. Son
premier mérite est d'offrir un instrument de mesure permettant de pon
dérer les caractéristiques thématiques des différentes catégories d'ou
vrages. manuels par l 'image 109 Les
H - LES IMAGES DE L'EMPIRE : PESEE GLOBALE ET
VENTILATION THÉMATIQUE
Part du thème colonial dans l'iconographie (en %) : ventilation décennale
15 ¦¦ C\
10 ¦
5 ¦¦
1880-1890- 1889 1899 1900-1910-1920- 1909 1919 1929 1939 1930-1940-1950- 1949 1959 1960-1970-1980- 1969 1979 1989
Plus que l'importance relative de l'iconographie coloniale dans
l'ensemble de la période (13,7 % des 10 314 images d'histoire contemp
oraine postérieure à 1830), notons ici l'évolution diachronique. Sur le
long terme, on observera, après l'apogée de 1900, la lente érosion du
thème, qui s'accélère au-delà de 1950. D'autre part, émergent deux
phases de croissance : de 1880 à 1900 puis de 1930 à 1950. La pre
mière correspond à la construction territoriale de l'Empire, lorsque les
conquêtes ne quittent guère l' actualité la plus immédiate ; la seconde,
durant les années 1930 et 1940, semble plus paradoxale : c'est celle où
la France en crise valorise son prolongement impérial, cherche en quel
que sorte à s'y replier, avant d'enregistrer les premières secousses de la
décolonisation.
La prise en compte des niveaux fait apparaître d'autres écarts signi
ficatifs : Yves GAULUPEAU 110
1
[ 1 Niveau 2 1 1880-1918 20,3% 19,6% 1919-1944 18,3% 14,3% 1945-1969 18,3% 10,5% 1970-1989 7,1% 1,3%
Alors que dans les cours moyens et supérieurs, le thème colonial
subit une érosion très régulière, d'un bout à l'autre de la période, l'ima
gier des manuels de cours préparatoire et élémentaire reste globale
ment stable de 1880 à 1969, revêtant une importance toute particulière,
avant de s'effondrer au cours des deux dernières décennies. On pres
sent d'emblée le privilège accordé au légendaire colonial dans les ou
vrages destinés aux plus jeunes élèves, jusqu'à la fin de l'Empire (pour
la seule décennie 1960-69, les taux y sont encore de 14 % contre 8,5 %
au niveau 2), et sa disparition brutale avec l'achèvement de la décolon
isation.
Cette gradation pédagogique n'affecte pas seulement la quantité
des images ; elle justifie également un usage différentiel des grands ty
pes d'illustration. À ce stade, en effet, on peut répartir l'iconographie
en quatre catégories, selon qu'il s'agit de portraits, de scènes (toujours
liées à un fait d'histoire coloniale, majeur ou mineur), d'imagerie exo
tique (indépendante de tout événement précis) ou de cartes. De ce point
de vue la dissymétrie des deux niveaux est également frappante :
Portraits Scènes Cartes Imagerie
exotique
Niveau 1 20,2% 65,3% 10,7% 3,8% 2 30,8% 38,6% 26,0% 4,6%
Les manuels les plus "élémentaires" manifestent une évidente pré
dilection pour la "mise en scène" du thème colonial, autrement dit pour
le mode iconographique le plus expressif et, bien souvent, le plus char
gé d'affectivité. Il ne nous appartient pas de développer ici les raisons
d'un parti pédagogique qui, au demeurant, n'est pas propre à l'histoire
des colonies (1). Notons simplement le fait, qui influera nécessaire
ment sur la distribution des thèmes à l'intérieur du corpus.
(1) Voir notre article, déjà cité, « L'Histoire en images à l'école primaire... »,
pp. 32-33.

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