Ptolémée et la localisation des tribus de Tingitane - article ; n°1 ; vol.105, pg 241-289

De
Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité - Année 1993 - Volume 105 - Numéro 1 - Pages 241-289
Christine Hamdoune, Ptolémée et la localisation des tribus de Tingitane, p. 241-289. L'analyse du paragraphe que Ptolémée consacre à la localisation des peuples indigènes de Maurétanie Tingitane montre que l'énumération est organisée en trois colonnes nord-sud à l'intérieur desquelles la place des tribus est précisée en latitude par l'emploi de la préposition hypo et en longitude par l'emploi de l'adverbe sita. Après correction de l'erreur que Ptolémée commet en confondant deux régions qui peuvent porter le nom de Purron Pedion et avec la prise en considération des distorsions entre le texte qui se lit verticalement, la représentation de l'espace maurétanien telle que la concevait Ptolémée et de la réalité géographique telle que nous la connaissons aujourd'hui, il est possible de préciser la position des Macennites, des Baquates et des Mazikes et de proposer des hypothèses de locali- (v. au verso) sation pour des peuples inconnus par ailleurs comme les Métagonites ou les Oueroueis. De plus grâce aux renseignements archéologiques et en fonction de la localisation proposée, une typologie des tribus dans leurs rapports avec Rome peut être établie en distinguant les peuples intégrés, urbanisés comme les Salinsai ou les Volubilitains, ou ruraux caractérisés par la disparition du cadre tribal comme les Métagonites; les peuples dominés plus ou moins touchés par la romanisation comme les Zegrenses; enfin les peuples périphériques fortement individualisés dont l'ethnique est encore reconnaissable dans la toponymie actuelle comme les Macennites, les Baquates et les Mazikes.
49 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 28 décembre 2011
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Christine Hamdoune
Ptolémée et la localisation des tribus de Tingitane
In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité T. 105, N°1. 1993. pp. 241-289.
Résumé
Christine Hamdoune, Ptolémée et la localisation des tribus de Tingitane, p. 241-289.
L'analyse du paragraphe que Ptolémée consacre à la localisation des peuples indigènes de Maurétanie Tingitane montre que
l'énumération est organisée en trois colonnes nord-sud à l'intérieur desquelles la place des tribus est précisée en latitude par
l'emploi de la préposition hypo et en longitude par l'emploi de l'adverbe sita. Après correction de l'erreur que Ptolémée commet
en confondant deux régions qui peuvent porter le nom de Purron Pedion et avec la prise en considération des distorsions entre le
texte qui se lit verticalement, la représentation de l'espace maurétanien telle que la concevait Ptolémée et de la réalité
géographique telle que nous la connaissons aujourd'hui, il est possible de préciser la position des Macennites, des Baquates et
des Mazikes et de proposer des hypothèses de locali-
(v. au verso) sation pour des peuples inconnus par ailleurs comme les Métagonites ou les Oueroueis. De plus grâce aux
renseignements archéologiques et en fonction de la localisation proposée, une typologie des tribus dans leurs rapports avec
Rome peut être établie en distinguant les peuples intégrés, urbanisés comme les Salinsai ou les Volubilitains, ou ruraux
caractérisés par la disparition du cadre tribal comme les Métagonites; les peuples dominés plus ou moins touchés par la
romanisation comme les Zegrenses; enfin les peuples périphériques fortement individualisés dont l'ethnique est encore
reconnaissable dans la toponymie actuelle comme les Macennites, les Baquates et les Mazikes.
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Hamdoune Christine. Ptolémée et la localisation des tribus de Tingitane. In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité
T. 105, N°1. 1993. pp. 241-289.
doi : 10.3406/mefr.1993.1800
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-5102_1993_num_105_1_1800CHRISTINE HAMDOUNE
PTOLÉMÉE ET LA LOCALISATION
DES TRIBUS DE TINGITANE *
Le dossier des tribus maures dans les provinces romaines d'Afrique du
Nord a donné lieu à maintes études et a été prétexte à de nombreuses polé
miques1 en raison du caractère très ponctuel de nos sources écrites et de la
rareté des traces archéologiques qui rendent aléatoire tout effort de syn
thèse, mais aussi en raison de la dimension idéologique qui infléchit très
souvent la réflexion sur l'Afrique romaine. Nous nous proposons de revenir
sur l'interprétation de la source écrite la plus détaillée sur la population in
digène de la Tingitane, le texte du géographe d'Alexandrie, Ptolémée2 qui,
* Je tiens à remercier très chaleureusement Monsieur Maurice Lenoir, direc
teur des études pour l'antiquité à l'École française de Rome, pour les conseils qu'il
m'a prodigués et l'aide qu'il n'a cessé de m'apporter pour la réalisation de ce travail.
Qu'il me soit permis ici de lui exprimer ma profonde gratitude.
1 La question est posée par R. Cagnat, L'armée romaine et l'occupation mili
taire de l'Afrique sous les empereurs, Paris, 1912, p. 3-99; une documentation plus
abondante a permis à J. Carcopino, Le Maroc antique, Paris, 1943, p. 258-275, de
tenter une étude plus systématique. Ont suivi les travaux de R. Thouvenot, Rome et
les Barbares africains, dans PSAM, 7, 1945, p. 166-183; E. Frézouls, Les Baquates et
la province romaine de Tingitane, dans BAM, 2, 1957, p. 65-116; P. Romanelli, Storia
delle romane dell'Africa, Rome, 1959 et Le iscrizioni volubilitane dei Baquati e
i rapporti di Roma con la tribu indigene dell'Africa, dans Hommages à A. Grenier, 3,
1962, p. 1347-1366; M. Rächet, Rome et les Berbères. Un problème militaire d'Auguste
à Dioctétien, Bruxelles, 1970 (Coll. Latomus, 110); M. Bénabou, La résistance afr
icaine à la romanisation, Paris, 1975, dont la thèse a donné lieu à un débat, Y. Thé-
bert, M. Bénabou et Ph. Leveau, La romanisation de l'Afrique, un débat, dans
AESC, 33, 1, 1978, p. 64-92; M. C. Sigman, The Romans and the Indigenous Tribes of
Mauritania Tingitana, dans Historia, 26, 1977, p. 415-439 à laquelle ont répondu
E. Frézouls, Rome et la Maurétanie Tingitane : un constat d'échec?, dans Ant. Afr.,
16, 1980, p. 65-93, P.-A. Février, À propos des troubles de Maurétanie, ZPE, 43,
1981, p. 143-148 et M. Euzennat, Les troubles de dans CRAI, 1984,
p. 372-393. Enfin, M. Christol, Rome et les tribus indigènes en Maurétanie Tingi
tane, dans L'Africa Romana, Atti del V convegno di Studio sull'Africa romana, 11-13 d
icembre 1987, Sassari, 1988, p. 305-337.
2 Ptolémée, éd. C. Müller, Livre IV, Paris, 1901.
MEFRA - 105 - 1993 - 1, p. 241-289. 16 242 CHRISTINE HAMDOUNE
vers le milieu du IIe siècle, trace un tableau de la province en s'appuyant
sur des renseignements qui remonteraient au règne de Trajan. Le passage
de Ptolémée dont nous proposons une lecture nouvelle et que nous
confrontons aux conclusions tirées de l'étude des autres sources, littéraires
ou épigraphiques mentionnant certaines de ces tribus3, permet de préciser
la localisation des peuples et par là de mieux cerner leur situation par rap
port à Rome.
I - Les données de Ptolémée : analyse critique
1) Le texte de Ptolémée*
1 - Tfjç Μαυριτανίας xfjç Τιγγιτανής ή μέν από δυσμών πλευρά περιορίζεται μέρει
τί\ς έκτος θαλάσσης, ήν καλοομεν Δυτικον Ώκεανόν, τφ από τοο Ηρακλείου πορθμοο
μέχρι όρους τοο Μείζονος "Ατλαντος κατά περιγραφήν τοιαύτην ·
Ç' λε' Ι/'γ"ιβ" 2 - Κώτης άκρον
ç' λε' γο" Ζιλία ποταμοο έκβολαί
c'y" λε' δ" Λίξ πόταμου λδ' γ" Σούβουρ ποταμοο έκβολαί λδ' ç" ç'Y"
Εμπορικός κόλπος ç'ç" λγ' L'Y' Σαλάτα ποταμοΟ έκβολαί λγ' ç'Y" Σάλα πόλις ç'ç" λγ' γ" Δύου ποταμοο έκβολαί
ç' λγ' ç' "Ατλας Έλάττων όρος ç' γο" λβ' L'd" Κούσα ποταμοΟ έκβολαί
ç' γο" λβ' Ç"
Ρουσιβίς λιμήν ζ' λβ' Ασάνα ποταμοο έκβολαί ζ'γ" λα' γ" Διούρ
ç' Ι/'δ" λα' δ"
Ηλίου όρος ζ'γ" λ' L'Y' Μυσοκάρας λιμήν X'L" Φούθ ποταμοο έκβολαί
ζ-L" λ'
Ηρακλέους άκρον η' κθ' ιβ" Ταμουσίγα Χ"γ ζΊ" κθ' δ" Ούσσάδιον άκρον
η' κθ' Σούριγα
η' κη' L" Ουνα ποταμοο έκβολαί
η' κζ' "Αγνά πόταμου L'Y η' γο" κζ' γ" Σάλα έκβολαί
η' kç' L"
"Ατλας Μείζων όρος
3 Nous préciserons au cours de notre étude ces inscriptions qui figurent dans le
corpus des inscriptions latines du Maroc, Inscriptions antiques du Maroc. Tome 2.
Inscriptions latines, Paris, 1982 = IAM2.
4 Édition citée note 2, p. 572-591. Traduction de l'auteur. PTOLÉMÉE ET LA LOCALISATION DES TRIBUS DE TINGITANE 243
3 - H δέ άπ1 άρκτων πλευρά ορίζεται τφ τε Πορθμφ έν ώ έστι μετά το είρημένον
άκρον ·
L" ç' λε' Ι/'γ"ιβ" Τίγγις Καισαρεία
ζ' λε' Ι/'γ" Ούάλωνος πόταμου έκβολαί L" ζ' λε' νβ" L-γ ζ' γο" λε' L"y" Έπτ' Εξίλισσα Αδελφοί πόλις όρος
Και τφ Ιβηρικφ πελάγει κατά περιγραφήν τοιαύτην ·
ζ' L'Y' λε' γο"
Αβίλη στήλη η' λε' L" Φοίβου άκρα
η' Υ" λε' ιβ" Ιαγάθ η' L" λε' Θαμούδα ποταμοο έκβολαί
η' Ι/'γ" λε' ç" Όλέαστρον άκρον θ' λδ' Ι/'γ"ιβ" Άκραθ θ' L" λε' Ι/'δ" Ταινία λόγγα
ι' λε' Σηστιάρια άκρα
ι' Ι/'δ" λδ' Ρουσάδειον ι' L" λδ' Ι/'γ'Ίβ" ΜεταγωνΓτις άκρα ι' Ι/'δ" λδ' L"ô" Μολοχαθ ποταμοο έκβολαί
'ç" λδ' L"y" Μαλούα ια
4 - Η δέ ανατολική πλευρά ορίζεται Μαυριτανία τΐ| Καισαρηνσία κατά μεσημ-
βρινον τον άπο των τοο Μαλούα ποταμοο εκβολών μεχρί πέρατος, ου ή θέσις επέχει μοί
ρας - ια' γο" kç' - ή δέ μεσημβρινή τοΓς παρακειμένοις τής εντός Λιβύης έθνεσι κατά
τήν έπιζευγνυοοσαν τα εΐρημένα πέρατα γραμμήν.
5 - Κατέχουσι δέ τής επαρχίας τα μέν προς τφ Πορθμφ Μεταγωνίται, τα δέ προς τφ
Ιβηρικφ πελάγει Σοκόσσιοι καί ύπ' αυτούς Ούερουεϊς · καί ύπο μέν Μεταγωνΐτιν χώραν ύφ' · είτα Βακουαται, ύφ' Μαζικές · είτα Ούέρβικαι, ους Σαλίνσαι καί KaCvoi ους Μακα-
νίται · ύπο δέ τους Ούερουεϊς Ούολουβιλιανοί · είτα Ιανγαυκανοί, ύφ' οϋς Νεκτίβηρες ·
είτα το Πυρρον Πεδίον, ου θέσις - 0'L" λ' - ύφ' οϋς Ζεγρήνσιοι · είτα Βανιοοβαι και
Ούακουάται. Τήν δ'άνατολικήν πλευραν κατέχουσι πασαν Μαυρήνσιοι και μέρος Ερ-
πεδιτανών.
6 - Όρη δέ έστιν ονομαστά έν %f\ χώρα το τε καλούμενον Διούρ ου το μέσον επέχει
μοίρας - η' L" λδ' - και ή Φόκρα δρος έκτεινόμενον άπο τοο "Ατλαντος έπί το Ούσσά-
διον άκρον, ο έστι παράλιον · και τοΰ Δούρδου τα δυτικά, ών θέσις - ι' κθ' L".
7 - Πόλεις δέ εΐσι τής Τιγγιτανής μεσόγειοι αϊδε ·
λε' L" Ζιλία ç' Ç L/'δ" λδ' Λ"γ"ιβ' Λΐξ ζ' L" λε' γ" "Οσπινον ç' λδ' γ" Σούβουρ L'Y ζ' L" λδ' υ" Βάνασα
ζ' λδ' δ" Ταμουσίδα
ζ' λγ' ιβ" Σΐλδα L'Y L-γ ζ' γο" λδ' L" Γοντιάνα
η' ç" λδ' γ" Βάβα
θ' λδ' υ" Πισκιάνα
θ' γ" λδ' δ" Ούόβριξ η' δ" λγ' Ι/'δ" Ούολουβιλίς CHRISTINE HAMDOUNE 244
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- «Le côté occidental de la Maurétanie Tingitane est circonscrit par une partie 1
de la mer extérieure, que nous appelons Océan occidental, depuis le détroit d'Her
cule jusqu'à la montagne du Grand Atlas dans les limites ainsi déterminées :
6° 35°55' 2 - Cap Côtés
6° 35°40' Embouchure du fleuve Zilia
6°20' 35°15' du Lix 34°20' du fleuve Subur
6°20' 34°10' Golfe Emporique
6°10' 33°50' Embouchure du fleuve Salata
6°20' Ville de Sala
6°10' 33°20' du fleuve Dyos
6° 33°10' Petit Atlas
6°40' 32°45' Embouchure du fleuve Cousa 32°10' Port de Rousibis
7° 32° du fleuve Asana
7°20' 31°20' Embouchure du Diour
6°45' 31°15' Mont du Soleil
7°20' 30°50' Port de Musocaras
7°30' 30°30' Embouchure du fleuve Phouth
7°30' 30° Pointe d'Héraclès
8° 29°55' Tamousiga
7°30' 29°15' Pointe d'Oussadion
8° 29° Souriga
8° 28°30' Embouchure du fleuve Ouna
8°30' 27°50' du Agna
smo' 27°20' du fleuve Sala
8° 26°30' Grand Atlas
3 - Le côté septentrional est borné par le détroit; on y trouve après le cap déjà
mentionné :
6°30' 35°55' Tingis Caesarea
7° 35°50' Embouchure du fleuve Oualôn
7°30' 35°55' Ville d'Exilissa
7°40' 35°50' Montagne des Sept Frères
et par la mer ibérique dans les limites ainsi déterminées
7°50' 35°40' Colonne d'Abila
8° 35°30' Cap de Phoibos PTOLÉMÉE ET LA LOCALISATION DES TRIBUS DE TINGITANE 245
8°20' 35°05' Iagath
8°30' 35° Embouchure du fleuve Thamouda
8°50' 35°10' Cap des oliviers sauvages
34°55' Cap5 9°
9°30' 35°45' Taenia Longa
10° 35° Cap Sestiaria 34°45' 10° Rusadir
10°30' 34°55' Pointe Metagônitis
10°45' 34°45' Embouchure de la Molochath
ll°10' 34°50' du fleuve Malva
4 - Le côté oriental est délimité par la Maurétanie Césarienne selon un méridien
qui va de l'embouchure du fleuve Molochath à un point extrême dont la position oc
cupe les coordonnées 1 1°40'-26°; et le côté méridional par les peuples localisés en Li
bye intérieure selon une ligne qui joint les points extrêmes que nous avons cités.
5 - Occupent la partie de la province qui touche au Détroit les Metagônitai et
celle qui touche à la mer Ibérique les Sokossioi et en dessous d'eux les Oueroueis; et,
d'une part, en dessous du territoire des Metagônitai, les Mazices; ensuite les Ouerbi-
kai et au-dessous les Salinsai et les Kaunoi; ensuite les Bakouatai et en dessous les
Makanitai; d'autre part, au-dessous des Oueroueis, les Ouoloubilianoi; ensuite les
Iangaukanoi et en dessous les Nectibères; ensuite la Plaine rouge qui se situe à 9°30'-
30°; en dessous d'eux, les Zegrensioi; ensuite les Banioubai et les Ouakouatai. Le bord
oriental est occupé dans sa totalité par les Maurensioi et une partie des Herpeditanoi.
6 - II y a des montagnes qu'on peut nommer dans l'espace ainsi occupé, celle
que l'on appelle Diour dont le milieu se situe à 8°30'-34° et la chaîne du Phocra qui se
déploie du Petit Atlas au cap Ussadion, le long du littoral; et la partie occidentale du
Dourdou dont la position est 10°-29°30'.
7 - À l'intérieur de la Tingitane, il y a ces villes :
6°10' 35°30' Zilia
6°45' 34°55' Lix
7°30' 35°20' Ospinon
6°50' 34°20' Subur
7°30' Banasa
34°15' 7° Tamousida
7°50' 33°55' Silda
7°40' 34°30' Gontiana
8°10' 34°20' Baba 9° Pisciana
9°20' 34°15' Vobrix
8°15' 34°20' Volubilis
10°20' 33°45' Herpis
8°10' 33°30' Tocolosida
33°10' 9° Trisidis
10°10' 33°05' Molochath
9°30' 32°50' Benta
32°40' 11° Galapha
5 Le "Ακραθ peut être la trace d'un άκρα θ(...), cap th(...). 246 CHRISTCNE HAMDOUNE
Thicath 8°30' 32°30'
Dorath 9° 31°15'
9°20' 29°30' Poste de Bocca
8°10' 28°15'» Ouala
2) Analyse du texte
Ptolémée délimite d'abord le cadre géographique de la province, en
employant successivement les verbes περιορίζω (circonscrire) et ορίζω (l
imiter, borner) qui renvoient à la notion de fines qu'il faut préférer à celle de
limes chargée, peut-être à tort, d'une signification militaire6. Sa description
des littoraux, celui de l'Atlantique à l'Ouest, ceux du détroit de Gibraltar et
de la Méditerranée au Nord, très précise, juxtapose la mention de nom
breux accidents topographiques - caps, baies, embouchures des fleuves -
familiers aux navigateurs et connus par différents périples et celle de quel
ques villes côtières parmi lesquelles on note la présence de Tingi et Sala
mais non de Lixus qui occupe pourtant un site similaire à celui de Sala au
fond d'un estuaire. Toutefois, Ptolémée se trompe en orientant la côte
atlantique, du Nord-Ouest vers le Sud-Est, alors qu'elle a une direction
Nord-Est - Sud-Ouest. Au contraire, les limites orientales et méridionales
sont évoquées brièvement sans aucun des détails descriptifs sur le tracé des
contours qui accompagnent les remarques sur les régions littorales. Ptol
émée indique uniquement les points extrêmes de départ et d'arrivée; le point
de départ, à la jonction des limites maritime et terrestre est constitué de re
pères géographiques bien individualisés : à l'Est, un fleuve, la Malva, dont
l'identification a été discutée, qui correspond à la Moulouya ou à l'oued
Kiss7; au Sud, le Grand Atlas, point ultime des frontières théoriques de la
6 P. Trousset, L'idée de frontière au Sahara et les données archéologiques. Enjeux
africains, Paris, 1984, p. 47-48 : l'auteur définit la notion de fines comme «une ligne
idéale d'extension indéfinie de souveraineté» en se référant à Tite-Live, XXXVIII,
60, 5 : «qui... Imperium populi romani propagaverit in ultimos terrarum fines» et l'o
ppose à celle de limes conçue à l'époque impériale comme une organisation militaire
et administrative de plus en plus statique. B. Isaac, The meaning of the terms limes
and limitanei, dans JRS, 98, 1988, p. 125-147, montre par l'étude des sources écrites
que la signification de frontière militaire fortifiée donnée par les historiens mo
dernes au mot limes est impropre car le terme s'applique davantage pendant le Haut-
Empire à une définition géographique de la frontière.
7 Ptolémée distingue en effet la Molochath qui correspond à la Moulouya et la
Malva plus orientale qui pourrait être l'oued Kiss. J. Desanges, Pline, Histoire na
turelle, Livre V, Paris, 1980, p. 155-157, considère que Ptolémée a voulu concilier des
sources grecques et romaines, ce qui l'a amené à distinguer, à tort, deux oueds. Pour ET LA LOCALISATION DES TRIBUS DE TINGITANE 247 PTOLÉMÉE
province. Quant au point d'arrivée, il est déterminé par Ptolémée à l'inte
rsection des deux lignes dont il a donné l'origine et la direction, horizontale
d'Ouest en Est et légèrement oblique du Nord au Sud, en suivant la direc
tion de la Μαλούα. Les coordonnées chiffrées de longitude et latitude ainsi
établies ne sont pas accompagnées, contrairement aux points précédents,
d'une référence à un accident topographique; Ptolémée expose le résultat
d'un calcul mathématique avec une précision extrême du vocabulaire
comme s'il voulait de la sorte renforcer la valeur d'une assertion fragile; ce
ci nous conduit à interpréter de façon restrictive sa phrase, μέχρι πέρατος
ου ή θέσις επέχει μοίρας, «un point extrême dont la position est estimée».
Une telle différence entre la connaissance des côtes et celle de l'intérieur du
pays reflète les lacunes de la documentation de Ptolémée, réduite à peu de
choses sur des régions à peine reconnues par de rares expéditions comme
celle de Suetonius Paulinus au lendemain de l'annexion8.
L'auteur continue en évoquant les populations qui vivent à l'intérieur
de la province, ή επαρχία, qu'il distingue des peuples de la Libye intérieure,
c'est à dire des peuples nomades du Sahara avec lesquels les Romains n'ont
eu dans ces régions occidentales que peu de contacts. Bien plus, le para
graphe suivant restreint l'espace géographique considéré par Ptolémée. En
effet, il revient à la géographie physique pour noter l'importance des mont
agnes à l'intérieur des régions occupées par les peuples qu'il vient de loca
liser : il emploie non plus le terme de province ή επαρχία mais celui de ή
χώρα, l'espace habité et l'on peut donner une valeur démonstrative à l'ar
ticle défini qui renvoie ainsi au paragraphe précédent. Il cite trois accidents
montagneux, situés le premier au nord de Volubilis, le Diour, le deuxième,
le long de la côte, la Phocra qui commence au sud de Sala, et le troisième,
le Dourdou, au Sud-Est, à l'intérieur des terres et à peu près à la latitude à
laquelle il arrête la chaîne de Phocra. Les coordonnées de Ptolémée pour le
Dourdou amènent à l'identifier au haut Atlas de la région de Marrakech,
soit au sud du dernier groupe de peuples cités par le Géographe. Cepend
ant, il laisse un espace au sud de la province, et tait le nom du Grand
Atlas, la chaîne la plus impressionnante de la province d'après les auteurs
l'auteur, la Moulouya constitue la division naturelle et traditionnelle utilisée à plu
sieurs reprises, notamment au Ier siècle av. J.-C. lors du partage du royaume mauré-
tanien entre les rois Bocchus et Bogud. En revanche, R. Rebuffat, Notes sur les
confins de la Tingitane et de la Césarienne, dans Studi Maghrebini, 4, 1971, p. 46, note
24, penche pour l'oued Kiss dont le cours respecte le sens sud-est - nord-ouest donné
à la frontière par Ptolémée; de plus l'occupation romaine est très différente de part et
d'autre de la frontière ainsi délimitée, dense en Césarienne avec le poste de Nume-
rum Syrorum, pratiquement inexistante en Tingitane. Voir infra p. 250.
8 Pline, H.N., V, 14 et 15. 248 ΟΗΜβΉΝΕ HAMDOUNE
anciens9. De ce fait, apparaît une distinction entre les limites géogra
phiques de la province et ses limites administratives, plus restreintes, à l'i
ntérieur desquelles Ptolémée est en mesure de placer les peuples dans la
mouvance ou sous l'autorité de Rome. Enfin, il revient au cadre administ
ratif, ή επαρχία, dans lequel il replace les villes de l'intérieur de la province
sans citer celles du littoral, déjà mentionnées.
Le paragraphe 5, consacré aux peuples de la Tingitane a retenu plus
particulièrement notre attention. L'énumération se fait d'Ouest en Est et
selon une organisation en trois colonnes délimitées par des points de re
père spatiaux qui correspondent à des parties du littoral méditerranéen de
la province : προς τφ Πορθμφ, «du côté du détroit», προς τφ Ιβηρικφ πελά-
γει, «du côté de la mer Ibérique»; τήν δ' άνατολικήν πλευράν, «le bord
oriental». La séparation entre chaque colonne est soulignée par l'emploi de
particules de liaison, μέν pour la colonne occidentale, δέ pour la colonne
médiane et δε pour la colonne orientale, que Ptolémée répète quand il
aborde la répartition des peuples à l'intérieur des deux premières colonnes
préalablement définies. Il est à noter que la troisième colonne, très réduite,
ne comporte que deux peuples et que sa présentation clôt le paragraphe. La
position de chaque peuple dans ces trois ensembles est précisée par l'em
ploi, soit de ύπό, soit de είτα, soit de καί. La préposition de lieu ύπό marque
la situation d'une chose à l'égard d'une autre qui est «au-dessus» et qui
vient «avant» lorsqu'on va de haut en bas; elle indique manifestement une
succession nord-sud : ύπό δέ τους Ούερουεϊς, Ούολουβιλιανοί, «sous (c'est-à-
dire au sud de) les Oueroueis, les Ouoloubilianoi» . Quant à l'adverbe είτα
«ensuite» et à καί, conjonction de coordination, ils sont utilisés, à notre
avis, non pas comme un simple procédé de style destiné à éviter la répéti
tion de ύπό, mais pour apporter une précision supplémentaire, l'idée d'un
décalage en longitude de peuples voisins en latitude (είτα) voire très voisins
(καί), situés les uns et les autres à l'intérieur d'une même colonne. Ces deux
termes marquent donc une succession ouest-est : Μαζικές εϊτα Ούέρβικαι,
«les Mazices puis (à l'est de) les Ouerbikai». Nous pouvons alors, en asso
ciant la localisation des peuples ainsi interprétée et un certain nombre de
données précises de longitude et latitude, dresser le schéma de représenta
tion suivant :
'Pline, H.N., V, 6 et 7; 14 et 15. Cf. les commentaires de J. Desanges, Pline,
p. 98-100. 1
PTOLÉMÉE ET LA LOCALISATION DES TRIBUS DE TINGITANE 249
EST OUEST 6° 7° 10° 11
I I
Γ 35°55' NORD ι; Mer Ibérique bord oriental Détroit
Μεταγωνίται
Σοκόσσιοι
Μαυρήνσιοι 35°
καί Μαζικές -> Ούέρβικαν Έρπεδιτανοί Ούερουεΐς
Ι*ΔΙΟΓΡ 34
Ούολουβιλιανοί — > Ίανγαυκανοί
Σαλίνσαι
ύπό καν Καονοι — > Βακουδταν
33°
Μακανϊται
32°
31e
30° Νεκτίβηρες -> * ΤΟ ΠΓΡΡΟΝ ΠΕΔΙΟΝ
Ι * ΔΟΓΡΔΟΓ ΟΓΣΣΑΔΙΟΝ ΑΚΡΟΝ
Ζεγρήνσιοι -» Βανιοϋβαι — > Ούακουαται
26° * ΑΤΛΑΣ ΜΕΙΖΩΝ
ΟΡΟΣ 11°40'-26°
3) Les problèmes soulevés par le texte
Le texte de Ptolémée pose un certain nombre de problèmes qui
rendent difficile, dans l'espace marocain, la localisation des peuples cités.
Un certain nombre de tribus n'est connu que par le texte du géographe
d'Alexandrie. Certains noms se ressemblent beaucoup, ce qui a conduit des
commentateurs à avancer l'hypothèse d'éventuels doublets sur laquelle
nous reviendrons : Ptolémée mentionnerait deux fois le même peuple, sous
une forme à peine différente, en deux endroits différents. Cette confusion
se rencontrerait trois fois, avec les Ouerbikai / Oueroueis, les Kaunoi / Ian-
gaukanoi, les Bakouatai / Ouakouatai10.
M. Euzennat, Les troubles de Mauritanie Tingitane, dans CRAI, 1984, p. 376.

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