Carnac, les gisements ou ateliers de silex de la Région - article ; n°4 ; vol.27, pg 240-247

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1930 - Volume 27 - Numéro 4 - Pages 240-247
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1930
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Zacharie le Rouzic
Carnac, les gisements ou ateliers de silex de la Région
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1930, tome 27, N. 4. pp. 240-247.
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le Rouzic Zacharie. Carnac, les gisements ou ateliers de silex de la Région. In: Bulletin de la Société préhistorique française.
1930, tome 27, N. 4. pp. 240-247.
doi : 10.3406/bspf.1930.6838
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1930_num_27_4_6838SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRA1SÇAISE 240
essai d'inventaire des lieux habités à cette époque auquel je me suis
livré, il résulte qu'il a été enregistré des trouvailles de cette époque
dans 98 communes de ce département; encore beaucoup de trou
vailles n'ont certainement jamais été signalées et d'autres
restent à faire.
Dans la commune de Padirac, André Niederlender et moi avons
fouillé en 1924, les restes bien abîmés et bien réduits d'une villa de
très médiocre importance qui nous a livré de nombreux débris de
tuiles à rebord (tegulae) et de tuiles-canal (imbrices), des vases
réduits en menus morceaux, des clous de fer analogues à ceux que
nous fournit jadis 1 Impérnal de Luzech, un serpillon de fer très
abîmé. Parmi la poterie figure un fragment de poterie samienne de
la Grauffesenque à décor moulé, une portion de coupe à trois pieds,
et un carreau de dallage entier.
Au village de Lacoste on remarque de nombreux débris de tuiles
à rebords.
C'est là un butin assez maigre pour les collectionneurs, mais il
nous permet d'établir que notre commune ne cessa pas d'être habitée
après la conquête romaine, et c'est là un résultat qui a bien son inté
rêt.
Carnac, les gisements ou atelier*» de silex
de la Région.
PAR
Z. LE ROUZIC.
Jusqu'à ce jour (octobre 1929), aucun objet en silex taillé de la
période franchement paléolithique n'a été découvert, ni dans la
région maritime, ni même dans aucune autre région du Morbihan.
Il est plus que probable, que l'homme de cetie période, pour des
raisons qui nous échappent, ne s'est pas aventuré dans cette contrée.
Le sol essentiellement granitique et schisteux de ce coin de la
presqu'île armoricaine, ne possède aucun dépôt de calcaire pouvant
donner des rognons de silex, desquels on aurait pu débiter des éclats
pour la fabrication des armes et des outils nécessaires à la vie cou
rante des peuples primitifs.
Seul quelques dépôts marins de petits galets en quartz et en
quartzite, parmi lesquels se trouvent des rognons de silex, englobés
dans un limon jaune de la période tertiaire, sont répandus sur la
presqu'île de Quiberon, notamment dans sa partie nord et sur l'île
de Téviec. C'est de ces couches que proviennent la plus grande part
ie des galets roulés sur nos plages et les rognons de silex percutés
sur notre littoral. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 241
Ces mauvais silex ont été largement utilisés par les premiers
hommes de notre région ; malgré toutes mes recherches, qui ont duré
depuis 1887 à ce jour, je n'ai pu retrouver que les traces de l'homme
néolithique et énéolithique, caractérisées par la hache polie et par taillés"
certains instruments en silex, et retouchés d'une façon bien
caractérisée.
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Premier type dé silex. — Station de Beg-er-Goh-Lannec, commune de Quiberon.
Les gisements ou ateliers de silex que l'on peut étudier sur nos
cotes sont généralement situés sur les pointes rocheuses de notre
littoral.
En 1884, M. F. Gaillard signalait aux archéologues, les ateliers
de l'île Téviec (1) de Beg-er-Goh-Lannec (Bec de la vieille petite
lande), sur la côte sud-ouest et nord de la presqu'île de Quiberon (2).
(1) Exploration archéologique à l'île de Téviec. Vannes, Imprimerie Galles,
1884.
^2) L'atelier de silex et de pierres polies du Rocher de Beg-er-Goulannec.
Comptes rendus de I' Association Française pour l'avancement des sciences. Congrès
de Grenoble 1885.
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 16 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 242
En effet, dans ces lieux, M. Gaillard ramassa des masses d'éclats
de mauvais silex provenant de galets pris sur les plages voisines,
grossièrement percutés et dont très peu étaient retouchés? Quelques-
uns seulement portent des traces évidentes d'usage. La plus grande
partie est formée de fragments de croûtes sans caractère.
M. l'abbé Lavenot ramassa lui-même des quantités de ces éclats
de silex dans le talus qui forme l'extrême pointe de Beg-er-Goh-
Lannec (1).
Depuis cette époque, j'ai eu la bonne fortune de découvrir des
masses de ces éclats de silex, avec des nuclei, sur presque toutes les
pointes rocheuses de la côte ouest de la presqu'île de Quiberon : à
Beg-er Goh-Lannec, au Hibelleu, à Groh-Colle, dans les restes du
dolmen et du tumulus de Beg-Port Blanc, dans les restes des do
lmens et du de Port-Blanc, à la pointe, près du poste des
signaux optiques, à la pointe de Beg-er-Aud, dans les îles de Thinie,
Téviec, Guernic. de Rouellan, restes de la chaîne granitique qui
reliait autrefois la presqu'île de Quiberon au Continent.
J'en ai également découvert dans l'île de Houat, à l'ilôt de ER-Yoh
et de Bar Creiz, à l'île aux Chevaux et à la pointe du Béniguet, près
et au sud du Fort. A l'île d'Hoedic, à la du Coh-Castel (le
vjeux fort) et à la pointe de Portlouis. Puis sur le continent, princ
ipalement sur le plateau de la crête rocheuse bordant la mer, au sud
du village de Kerhillio, commune d'Erdeven, sur la crête rocheuse
près du dolmen de Er-Gadouerec, situé au sud-ouest de la maison
brûlée 'dans la même commune. J'en ai trouvé sur les côtes ouest de
la commune de Plouharnel, sur la hauteur du Pont du Begot, près
et au nord de la route Nationale de Plouharnel à Quiberon; sur la
crête rocheuse de Rohic Guen (petite roche blanche); sur l'extrême
pointe de Saint Colomban et à l'extrême pointe de Beaumer, près du
corps de garde, commune de Carnac.
Je n'ai rien trouvé de semblable sur les pointes de Locmariaquer.
Par contre, j'en ai trouvé sur la pointe sud-ouest de Port-Navalo,
au sud et au sud-sud-ouest du phare, commune d'Arzon; sur la
pointe sud-ouest du Grand-Mont, près du sémaphore, commune de
Saint-Gildas de Rhuis.
Sur tous ces points, on peut encore aujourd'hui ramasser de ces
nuclei et de ces éclats de silex sans caractère, mais indéniablement
apportés et percutés par l'homme.
Nous avons d'autres stations à l'intérieur des terres, mais bordant
les rivières, notamment au Camp retranché du Lizo, situé près et à
l'ouest de la rivière de Crach, commune de Carnac. Dans ce camp,
(1) Les îles d'Hoedic et de Houat et la presqu'île de Quiberon. Vannes
1886-1889. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 24 4
avec de très nombreux éclats de mauvais silex locaux, dont beau
coup sont retouchés en forme de lames, grattoirs, perçoirs, tran-
chets et en pointe de flèches à ailerons et à pédoncule, il y a de
superbes instruments en beaux silex étrangers au pays, surtout des
lames, des perçoirs, des pointes de flèche à ailerons et à pédoncule,
en forme d'amande et triangulaire, dont quelques-uns en silex jaune
du Grand-Pressigny. Ces silex sont répandus un peu partout, autour
des fonds de cabane et des foyers de l'intérieur du camp surtout près
dps talus. Ils sont accompagnés de haches polies et de nombreux
débris de poterie dolménique dont beaucoup sont ornementés, et de
quelques haches plates en cuivre.
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Deuxième type de silex. — Station de Er Yoh commune de Houat.
Les mêmes instruments se trouvent dans les talus de défense,
aujourd'hui nivelés pour la culture, près et à l'Ouest du passage du
Lac, au bord de la rivière de Crach, commune de Carnac J'ai
ramassé là, lors du nivellement du talus dans lequel se trouvait un
dolmen, des quantités d'éclats de mauvais silex locaux accompagnés
de pointes de flèche à ailerons, de haches polies, des masses de
meules et de broyeurs en granit et des débris de poterie absolument
semblables aux poteries du Camp du Lizo. 244 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
Nous avons une autre station, indéniablement la plus riche et la
plus importante de toutes, située dans une île du Golfe du Morbihan,
à Er-Lannic (la petite lande ou, en vieux breton, le petit sanctuaire,
le petit monastère), cette île célèbre par ses deux cromlechs renferme
de nombreux foyers et des fonds de cabanes, dans lesquels et autour
desquels nous avons trouvé des masses de nuclei, d'éclats de silex
sans caractère, mais dont le tiers au moins portent des traces
d'usages, des quantités de grattoirs, de lames, de burins, de perçoirs,
de tranchets, de pointes, de pointes de flèche à ailerons et à pédonc
ules, en forme d'amande, et autres outils bien caractérisés que je
ne puis faire entrer dans les types précédents. En somme, cette sta
tion nous a donné toute la gamme de l'outillage lithique classique
du tardenoisien à l'Age du Bronze.
' Presque tous ces silex, au moins 95°/0 sont en beaux silex étran
gers au pays, par conséquent en silex apportés des autres régions et
sans doute par la voie liquide.
Dans cette île, avec ces silex, nous avons trouvé des quantités
(une centaine) de petites haches et fragments de haches en fibrolite
polies, une centaine de fragments de haches polies en différentes
roches et une masse considérable de débris de poterie, dont de très
nombreux fragments de vases supports ornés de rectangles, de
triangles et de lignes brisées faites au pointillé (1).
I^es retouches des instruments en silex de Er-Lannic sont très
caractérisées et nous pouvons les comparer aux plus beaux instru
ments en silex découverts dans nos dolmens.
Les quantités de meules primitives, de broyeurs, de polissoirs de
percuteurs et d'autres instruments en roches différentes découverts
dans cette île, démontrent suffisamment que cette station était un ate
lier important de la période énéolithique et appartenait à une peu
plade maritime qui allait en barque, prendre les rognons de silex
dans les autres régions maritimes ou fluviales, pour les tailler dans
leurs sanctuaires, et écoulaient le produit de leur travail dans le pays,
contre échange bien entendu. Nos dolmens eux-mêmes, renferment
parfois des centaines d'éclats de mauvais silex locaux, dont quelques
outils bien caractérisés, beaucoup portent des traces d'usage, 20 %
environ. Ils sont généralement accompagnés de quelques beaux
instruments, pointes de lance, pointes de flèches, poignards, lames,
perçoirs, burins, grattoirs en silex jaune du Grand-Pressigny et sans
doute d'ailleurs.
Il est de toute évidence que toutes les peuplades primitives qui se
sont succédées sur nos côtes morbihannaises, depuis le début du
(1) Garnac. Restaurations faites dans la Région. Er-Lannic retouches (sous
presse.) SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 245
Néolithique jusqu'à l'Age du Bronze et peut-être même jusqu'à l'Age du
Fer, se sont servies surtout du mauvais silex local pour confectionner
leurs armes et leurs outils et qu'ils recevaient parcimonieusement
les beaux instruments en silex des autres contrées de la Gaule. Il est
Troisième type de silex. — Station de Er-Lannic, commune d'Arzon.
aussi certain qu'à la dernière période du Néolithique et surtout au
début des métaux, cuivre et bronze, quelques uns d'entre eux, allaient
chercher la matière première, les rognons et les beaux silex dans les
autres régions pour les débiter eux mêmes dans leurs ateliers fermés
comme à Er-Lannic. PRÉIIISTOIÏIQUE FRANÇAISE SOCIÉTÉ
Dans toutes les stations que je signale, on trouve à peu près le
même silex, sauf que le silex exposé à l'air ou dans le sable est altéré
et cachalonné de blanc, les autres, au contraire, conservent leur cou
leur naturelle, gris, blanc, jaune, rose, etc...
Tous ces silex percutés, dans les galets ou rognons de silex locaux,
même les instruments bien caractérisés sont toujours petits et très
reconnaissables avec une partie de leur croûte, et peuvent être
appelés mésolithiques si on le veut bien
Ils peuvent se classer en trois types bien déterminés : le premier,
le plus grossier et le plus rudimentaire, semble être le plus ancien,
est composé de petits nuclei, de fragments de nuclei et de fragments
de croûtes, dont quelques-uns portent des traces d'usage et parmi
lesquels les outils bien caractérisés, sont excessivement rares, et
parmi lesquels on ne trouve jamais de silex étrangers au pays, ni peu
ou pas de poterie.
Il est pourtant à remarquer que les peuplades maritimes vivant
dans les îles et même sur certains points du littoral, vivaient presque
exclusivement de mollusques et de poissons, avaient toujours un
outillage approprié, très rudimentaire et très pauvre, composé de
petits éclats de mauvais silex et de grossiers outils formés de galets
en quartz, en quartzite et en roches schisteuses, ramassés sur les
grèves ? Comme l'on peut le faire encore aujourd'hui.
Le deuxième type est composé de nuclei, de fragments de nuclei et
de fragments de croûte, dont beaucoup portent des traces d'usage et
parmi lesquels se trouvent de petits outils bien caractérisés tels que
grattoirs, lames, perçoirs, rabots, pointes de flèche à ailerons et à
pédoncule, quelques tranchets, tous provenant de silex locaux, por
tant presque tous des parties de croûte. Parmi eux, l'on trouve quel
ques beaux instruments en silex étrangers au pays, des haches polies
en roches différentes, des grains de colliers, des outils en quartz et
en cristal de roche, de la poterie assez fine et ornementée, des meules,
des broyeurs et des polissoirs en granit, des percuteurs en roches
différentes, mais surtout en quartz. Le troisième type, le plus riche
en silex et en instruments, nuclei, grattoirs, lames, perçoirs, burins,
rabots, tranchets, pointes de flèche à ailerons et à pédoncule, trian
gulaires et en forme d'amande, et autres instruments, tirés de beaux
silex étrangers au pays, accompagnés de nombreuses haches polies,
de grains de colliers en callaïs et autres roches.'d'outils en quartz, en
cristal de roche, de meules, de broyeurs et de polissoirs en granit,
de très nombreux percuteurs en roches, différentes surtout en quartz,
de belles poteries dont beaucoup d'ornementées, appartenant indé
niablement à la période énéolithique.
Le premier type, que j'appellerai le type de Beg-er-Goh-Lannec,
commune de Quiberon, comme étant un des plus riches et le premier
signalé, et auquel s'attachent les stations suivantes : SOCIÉTÉ PREIIISTOniQUli FR\NÇA1SE 247
Kerniscop, er Hibelleu, Beg-Port-Blanc, Port-Blanc, pointe de
Beg-en Aud, île Thinic, île Téviec, de Guernic (la plus riche et la plus
importantedetouteslesstations), communede Saint Pierre-Quiberon;
île Rouellen, pointe de Er-Cadouérec, commune d'Erdeven ; du pont
du.Bégot, de Rohic Guen, commune de Plouharnel; des pointes de
Saint-Colomban et de Beaumer, commune de Carnac; de la pointe
de Port-Navalo, commune d'Arzon ; et la pointe ouest de Saint-
Gildas-de-Rhuys, île de Houat, Bar-Creis, la pointe du Béniget,
Hoedic.
Le deuxième type, que j'appellerai type du Lizo, commune de
Carnac, comme étant le plus riche et le mieux caractérisé, auquel
s'attachent les stations suivantes : la pointe du Lac, de
Carnac; de Kerhillio, commune d'Erdeven; Croh Collé, commune
de Saint-Pierre; Er Yorh, île de Houat, Cohcastel, île d'Hœdic,
ainsi que l'outillage commun en silex local des dolmens du Morbihan.
Le troisième type, que j'appellerai le type de Er-Lannic, commune
d'Arzon, comme étant le plus riche, le plus beau et le mieux caract
érisé, et auquel s'attache le bel outillage lithique de nos grands dol
mens morbihannais.
Observations sur la patine dies Silex
PAR
André BELLARD.
J'ai lu avec grand intérêt les Recherches sur la patine des silex
de notre Collègue M. Edmond Hue. La question des causes de la
patine sur stations, en Lorraine tout au moins (stations néolithiques
de surface) semble résolue par la remarque du Dr Henri Martin
reproduite page 463 du Bulletin 1929 de la S. P. F. C'est une « patine
blanche de déshydratation d'autant plus accentuée que la couche
archéologique est plus sèche ». Elle s'accentue d'ailleurs jusqu'à une
sorte de consomption lépreuse des arêtes puis des surfaces, qui con
duit certains silex taillés jusqu'à l'apparence de calcaires grossiers.
Quant aux conclusions de Chédeville, reproduites pages 463 et
464 du Bulletin, elles sont infirmées par l'observation des silex
néolithiques lorrains. La station que j'ai le plus travaillée, celle du
Rudemont, sise entre Novéant-sur-Moselle et Arnaville, m'a donné
depuis 1904 des centaines de silex patines blanc porcelaine.
Chédeville dit que les silex se patinent : en beau blanc porcelaine,
lorsque le sol contient du carbonate de chaux ; en rouge vif ou ocreux, le sol de l'oxyde de fer; en jaune, quand le sol con
tient de l'oxyde de fer et du carbonate de chaux. Or voici la compo-

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