Catherine Méhaud (Inventaire rédigé par) : Manuscrits de la Société de Géographie concernant l'Asie et l'Océanie Guide des Sources de l'Histoire des Nations : Sources de l'Histoire de l'Asie et de l'Océanie dans les Archives et Bibliothèques françaises, Tomes I-II Jean Favier (publié sous la direction de) : Les Archives Nationales. État général des Fonds, Tome III - article ; n°1 ; vol.73, pg 385-395

De
Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1984 - Volume 73 - Numéro 1 - Pages 385-395
11 pages
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
Lecture(s) : 77
Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

Mireille Lobligeois
Catherine Méhaud (Inventaire rédigé par) : Manuscrits de la
Société de Géographie concernant l'Asie et
l'Océanie__**__Guide des Sources de l'Histoire des Nations :
Sources de l'Histoire de l'Asie et de l'Océanie dans les Archives
et Bibliothèques françaises, Tomes I-II __**__ Jean Favier
(publié sous la direction de) : Les Archives Nationales. État
général des Fonds, Tome III
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 73, 1984. pp. 385-395.
Citer ce document / Cite this document :
Lobligeois Mireille. Catherine Méhaud (Inventaire rédigé par) : Manuscrits de la Société de Géographie concernant l'Asie et
l'Océanie__**__Guide des Sources de l'Histoire des Nations : Sources de l'Histoire de l'Asie et de l'Océanie dans les Archives
et Bibliothèques françaises, Tomes I-II __**__ Jean Favier (publié sous la direction de) : Les Archives Nationales. État général
des Fonds, Tome III. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 73, 1984. pp. 385-395.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1984_num_73_1_1649COMPTES RENDUS 385
à Gilgit deux versions (légèrement) différentes du SP, dont l'une est
identique à la plus ancienne version connue du Népal.
Il faut donc remercier le Dr Akira Yuyama d'avoir donné au Prof,
von Hinůber les moyens d'éditer ces fragments gilgitis inconnus du
SP. Si le même travail avait été fait sur la tradition manuscrite du Népal,
il serait possible d'envisager une édition critique du SP.
Ce serait un travail long et coûteux, mais c'est loin d'être une
fantaisie de philologue. Certes l'édition Kern-Nanjio permet déjà
d'avoir une idée satisfaisante du contenu du texte. Mais la possession
d'une version beaucoup plus ancienne permettra une interprétation
plus fine de nombreux passages. Donnant un texte beaucoup moins
sanskritisé, elle permettra de mieux analyser la genèse et la nature de
ce que, depuis Edgerton, on appelle le sanskrit hybride bouddhique.
Elle indiquera comment et avec quelles modifications les sûtra se sont
répandus en Asie Centrale et au Népal. L'identité d'une version gilgitie
et d'une version népalaise postérieure de plusieurs siècles semble ainsi
confirmer que l'Uddiyâna et le Cachemire, dont on sait les liens avec
la haute Asie1 et l'Asie Centrale2 ont joué un rôle non négligeable dans
ce processus : les moines qui partaient vers l'Asie Centrale, le Népal
ou le Tibet emmenaient avec eux, non seulement des statuettes et
des peintures, mais aussi et surtout des textes. L'étude de la tradition
manuscrite du SP débouchera donc sur une restitution de l'histoire
culturelle du bouddhisme, dont la présente publication permet déjà
d'entrevoir certains traits.
Gérard Fussman.
Manuscrits de la Société de Géographie concernant l'Asie et VOcéanie,
Inventaire rédigé par Catherine Méhaud, Paris, Bibliothèque
Nationale (Département des Cartes et Plans), 1980, 97 p., multi-
graphié.
Guide des Sources de l'Histoire des Nations, Sources de VHistoire de
VAsie et de VOcéanie dans les Archives et Bibliothèques françaises.
Tome I, Archives. Tome II, Bibliothèque Nationale. 593 p. et
316 p. K. G. Saur. Munchen, New York, London, Paris, 1981.
Les Archives Nationales. État général des Fonds, publié sous la direction
de Jean Favier. Tome III. Marine et Outre-Mer, 713 p., Paris,
Archives 1980.
Voici trois ouvrages de base, récemment parus. Dans son introduct
ion, Catherine Méhaud rappelle opportunément la formation et le
développement de la Société de Géographie (fondée à Paris en 1821),
son activité au service des voyageurs, et son dynamisme dans la diffusion
de leurs découvertes. La bibliothèque et les archives de la Société se
trouvent au Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque
(1) J. Naudou, Les bouddhistes kaémïriens au Moyen Âge, Paris, 1968.
(2) G. Fussman, « Inscriptions de Gilgit », BEFEO, LXV, 1978, pp. 1-64. COMPTES RENDUS 386
Nationale, et un ensemble de 90 cartons (sur 222) n'était jusqu'à présent
que partiellement catalogué. Lacune amoindrie maintenant grâce à cet
Inventaire, qui regroupe les pièces relatives à VAsie et à VOcéanie, et
qui continue ainsi l'Inventaire existant des pièces relatives à l'Afrique,
en attendant le même travail sur les autres parties du monde.
Si certains documents (et non des moindres : nous en reparlerons)
remontent aux xvne et xvine siècles, la plupart s'échelonnent sur le
xixe et le début du xxe siècle, et la succession des noms et des titres
restitue bien cette époque. C'est l'âge d'or de la circumnavigation, et
le nom de Dumont d'Urville revient souvent, les océans sont sillonnés,
des mers glaciales de la Russie aux mers du Sud, tant par les armements
privés que par les bâtiments de l'État (le « Larose » est à Manille, la
«Chevrette» dans les mers de l'Inde), et le Pacifique porte encore le nom
de Grand Océan. L'Amiral Paris est dans l'Inde. On découvre de
nouvelles îles près du Japon. Le souvenir de Bougainville est évoqué
à l'occasion du deuxième centenaire de sa naissance (1929), ou du
monument élevé à sa mémoire à Tahiti (1909); et plus encore celui de
La Pérouse : recherches sur le lieu de son naufrage (le Capitaine Dillon,
1828), ou célébration du centenaire de sa mort (1888).
Après les relations maritimes les relations terrestres. Car c'est aussi
l'époque de l'essor des chemins de fer partout dans le monde : Ferdinand
de Lesseps fait un projet de « Grand central asiatique » reliant l'Europe
et l'Inde, tandis que d'autres suggestions se font pour un « Trans Alaska
Sibérien » entre l'Amérique et l'Asie, pour un Transaustralien, pour
un réseau ferré dans l'Altaï.
Des missionnaires partent au Siam (l'Abbé Pallegoix), au Tibet
(le Père Desgodins), en Chine, dans l'Inde... Puis, c'est l'époque de
la pénétration française en Indochine (Lemire, Gamier, Aymonier,
Doudart de Lagrée, Fournereau...) et des voyages de Dutreuil de Rhins
en Asie Centrale, de Pelliot, de Bonvalot. La « Révérende Dame-Lama »
Alexandra David-Néel commence à faire parler d'elle, tandis que
l'Himalaya exerce sa fascination sur le Général Bruce. L'expansion
en Océanie est largement représentée, depuis le long et précieux
manuscrit espagnol de Maximo Rodriguez (1774) sur Otahiti, avec sa
traduction, jusqu'à la notice à l'usage des futurs colons en Nouvelle-
Calédonie (1927).
Nous trouvons un écho des voyages du Dr Le Bon, ou de la réception
du Roi de Siam à la Société de Géographie (1863). Mais la personnalité
qui s'impose est celle du Prince Roland Bonaparte, grand voyageur
lui-même, et aussi Président de cette Société, à laquelle il léguera ses
magnifiques collections, dont les manuscrits hollandais des xvir3 et
xvnie siècles relatifs aux Indes néerlandaises : Insulinde surtout, mais
aussi Inde (instructions pour les Gouverneurs et Directeurs de la
Compagnie à Cochin, au Bengale, au Coromandel, à Ceylan). Ces manusc
rits sont le joyau des pièces répertoriées, et le plus spectaculaire est
sans doute le recueil de près de 500 dessins à l'aquarelle sur l'Ichtyologie
des Indes orientales, par Fallours (1700-1717)1.
(1) Dessins exécutés d'après nature. Y compris celui de la petite sirène qui termine
le recueil ? COMPTES RENDUS 387
C'est dire que l'art n'est pas absent : on trouvera encore 81 dessins
dans un autre manuscrit hollandais, celui des voyages de Nieuhof en
Chine (1655-1657), et des croquis plus récents de la Perse (Feuvrier,
1889-1892). Quant aux objets d'art, un éventail chinois du xvine siècle
ouvre d'un côté sur un plan de Pékin, et de l'autre sur la carte de la
Chine; et le dessin d'un criss malais damasquiné en caractères arabes
est accompagné de leur traduction.
Les événements géographiques de ce temps sont présents avec les
éruptions volcaniques des îles de la Sonde (1822, 1829, 1884), ou le raz
de marée à Tahiti en 1910. Au Japon se développe la séismologie, face
à un problème qui, en cette contrée, est de tous les temps.
Chacun fera dans cet Inventaire quelque découverte dans le
domaine qui lui est familier. Nous avons cité l'Inde à deux ou trois
reprises. Elle est présente par quelques aperçus qui vont d'Alexandre
le Grand à l'ascension de l'Everest en 1933. La route entre l'Inde et
la Chine par Г Assam, qui préoccupait déjà Chevalier, Gouverneur à
Chandernagor au xvine siècle, revient dans l'actualité en 1882, tandis
que le Prince Henri d'Orléans relie le Tonkin à l'Inde en 1895. Une
série de procès-verbaux de la Sous-Commission Asie-Océanie (Société
de Géographie) en 1916, est relative à Pondichéry et à l'Inde française.
On trouvera une indication des autres fonds de la Société de Géogra
phie (cartes, photos, clichés sur verre) dans la notice du « Guide des
Sources » (T. II) (p. 262-271) faite par Catherine Méhaud avec la même
compétence. Elle y expose en particulier des exemples de recherche
qui donnent une idée des richesses de ces collections.
Les deux volumes des « Sources de l'Histoire de Г Asie et de VOcéanie
dans les Archives et Bibliothèques françaises » se situent dans la collection
du « Guide des Sources de V Histoire des Nations » réalisée par le Conseil
international des Archives sous les auspices et avec l'appui de Г UNESCO
— entreprise des plus utiles pour les historiens et qui se poursuit
parallèlement dans tous les pays d'Europe et aux U.S.A.
Après la période de la colonisation, c'est en quelque sorte un choc
en retour, profitable non seulement pour l'histoire de la mentalité, de
la politique et de l'économie occidentales, mais aussi pour la connaissance
des pays autrefois plus ou moins colonisés, d'autant plus que certains
d'entre eux n'avaient pas de tradition écrite. Or, les Européens, qu'ils
aient été hommes d'État, militaires, commerçants ou missionnaires,
ont regardé et décrit ces pays nouveaux et différents, et leurs récits,
une fois passés au crible de la critique, deviennent une source parfois
unique pour l'histoire même des pays d'outre-mer. Et ils ont aussi,
en vertu des habitudes de leur époque, rapporté de ces pays des docu
ment originaux maintenant déposés dans nos bibliothèques.
Nous retrouvons la Bibliothèque Nationale, dont nous venons de
parler, dans le Tome II du « Guide » (les deux tomes ont paru ensemble),
qui passe en revue successivement les différents Départements, où l'on
peut trouver matière pour l'histoire de l'Asie et de l'Océanie.
Au Département des Manuscrits, le fonds français est très riche pour
l'histoire de la Compagnie des Indes, et comporte des papiers d'orienta-
27 COMPTES RENDUS 388
listes du xvne au xixe siècle. Nous y trouvons notamment la Chine
du xvine avec l'arrivée des Jésuites missionnaires, l'Inde avec la corre
spondance de Dupleix, le Siam et l'ambassade de Constance Phaulkon,
les grands voyages avec La Pérouse. Dans les autres fonds occidentaux,
citons le fonds grec (le plus important du monde) avec les voyages de
Cosmas Indicopleustes et la mission de saint Thomas; le fonds latin,
riche en documents médiévaux (Ptolémée, Plan Carpin), mais aussi
en pièces du xvine et même xixe siècle (Abel Rémusat); le fonds
portugais (Goa aux xvie-xvne siècles); sans oublier les fonds allemand,
anglais, espagnol, italien, néerlandais, et enfin un fonds maçonnique
(loges à Pondichéry, en Indochine, etc.). En ce qui concerne les Fonds
orientaux, inutile d'insister sur leur intérêt, qu'il s'agisse de l'inégalable
collection rapportée de Touen-Houang par Paul Pelliot, ou des nombreux
autres fonds de manuscrits et xylographies asiatiques, ou estampages
d'épigraphie : fonds chinois, japonais, indochinois, malayo-polynésien,
sanskrit, tibétain, indien, persan, arabe, etc. Les grands orientalistes
qui souvent sont à l'origine de ces collections, ont aussi laissé des papiers
personnels : Eugène Burnouf, Paul Guilleminot, Smith-Lesouëf (riche
en iconographie).
La Bibliothèque de l'Arsenal, rattachée à la Bibliothèque Nationale,
conserve non seulement diverses pièces sur l'Asie, mais aussi les archives
de la Bastille : la Compagnie des Indes y figure, avec les procès de ses
membres les plus célèbres, La Bourdonnais, Lally-Tollendal...
Avec le Département des Cartes et Plans, nous abordons une source
historique indispensable non seulement par les textes, mais par les
images. Là encore, les collections particulières des grands géographes
sont nombreuses, soit qu'ils aient été eux-mêmes cartographes
(J. N. Delisle, D'Anville, Barbie du Bocage, Klaproth), soit qu'ils aient
réuni des documents divers (J. Paccaroni). Ces noms prestigieux ne sont
pas les seuls. La magnifique collection des cartes nautiques sur vélin
y ajoute ceux des géographes portugais, italiens, hollandais (Homem,
Teixeira, Blaeu...). Le fonds général est encore complété par les cartes
du Service Hydrographique de la Marine, dont le Département conserve
une partie importante qui s'étend largement dans le temps, du
planisphère de Nicola de Caverio (avant 1506) aux cartes contemporaines
(1940), et dans l'espace, car apparemment on peut suivre sans disconti
nuité sur ces cartes destinées à la navigation toutes les côtes de l'Asie
et de l'Océanie.
Il y a aussi parmi les cartes, quelques vues de pays («la nouvelle
Cythère découverte par M. de Bougainville... ») et nous voudrions
insister ici sur l'importance des sources iconographiques dans beaucoup
de ces fonds, qu'elles soient regroupées comme les photos et clichés
de la Société de Géographie que nous avons évoqués plus haut, ou le
très riche fonds Smith-Lesouëf (costumes, métiers, portraits de Mogols
et autres souverains, monuments et vues de pays orientaux), ou la
collection d'estampes de la Bibliothèque de l'Arsenal (costumes, moeurs,
usages, Chine, Inde, Japon, Perse) — ou qu'elles soient éparses parmi
les manuscrits écrits : citons en exemple la «Descripcion universelle
d'Asye » de Linschoten, ou le « Livro do estrádo da India oriental » COMPTES RENDUS 389
de Barreto de Resende, avec illustrations et cartes en couleurs (portraits
de gouverneurs, etc.). Ajoutons que les cartes anciennes comportent
souvent des cartouches historiés, plus ou moins fantaisistes, mais
intéressants pour l'histoire de l'iconographie : comment en Europe se
représentait-on l'Asie? Sans parler des dessins de navires, poissons
et monstres marins qui font de certaines pièces, hors de l'intérêt carto
graphique, de véritables œuvres d'art.
Mais évidemment, c'est le Département des Estampes et de la Photo
graphie (le plus riche du monde), qui regroupe la majorité de l'icono
graphie, et l'on trouvera des pièces sur l'Asie et sur l'Océanie dans
plusieurs sections. Citons en particulier les 44 aquarelles du Palais d'été
de l'Empereur de Chine dans la série « Dessins originaux », des estampes
japonaises et chinoises les « Peintures », des dessins de Méryon
sur l'Océanie dans les « Gravures », et de Matteo Ripa sur la Tartarie
dans les « Mélanges d'Architecture », des images d'Épinal sur l'ancienne
Indochine française dans l'« Imagerie », les ambassadeurs japonais
auprès de Napoléon III photographiés par Nadar dans les « Portraits ».
La Chine se taille une sous-série entière dans les « Costumes et Mœurs ».
L'Inde figure dans la « Topographie » (cartes manuscrites, photographies).
La Croisière jaune est dans les « Voyages ». Ces quelques exemples sont
une bien mince partie des dix pages du Guide consacrées à ce Départe
ment.
S'il est difficile de donner en quelques lignes une idée du contenu de
ce Guide, il fut certainement bien difficile pour les auteurs de fixer des
frontières précises, et c'est probablement se limiter aux stricts
manuscrits que l'on n'a point noté certains livres rarissimes qui sont
en fait une source similaire, puisque pratiquement uniques. Insistons
aussi sur le fait qu'il s'agit là d'un guide d'orientation pour donner des
repères, et non d'un inventaire exhaustif. Mais la présentation de chaque
fonds débute par une courte introduction qui en retrace l'origine et en
donne une vue d'ensemble, et qui mentionne les catalogues à consulter
pour compléter l'investigation.
Le même principe se trouve dans le Tome I, relatif aux services
d'Archives. Le domaine est vaste : les Archives de France, qui regroupent
les Archives Nationales avec ses diverses sections (ancienne, moderne,
contemporaine, fonds particuliers, fonds ministériels, Section Outre-Mer,
Dépôt d'Aix-en-Provence), et les Archives départementales et commun
ales. En second lieu, les Archives Ministérielles : Affaires Étrangères
et Défense (Services Historiques de l'Armée de Terre et de la Marine,
et des Troupes de Marine, Inspection du Génie, Service de Santé des
Armées). Puis les Archives des Assemblées (Assemblée Nationale et
Sénat). Enfin, les imprimées (documents métropolitains et
locaux répartis dans les Bibliothèques) et les Archives privées (des
Missions, des Chambres de Commerce, des Entreprises, de divers
particuliers), font l'objet des derniers chapitres.
Avant d'aborder le chapitre important des Archives de France,
nous dirons un mot des autres fonds, et en premier lieu des Archives
ministérielles. L'exemple de recherche dans les des Affaires
Étrangères est judicieusement choisi (prise de Pékin, 1860) pour montrer COMPTES RENDUS 390
la complexité des sources de ce seul fonds. Le Service Historique de
V Armée de Terre donne la nomenclature complète des cartes manuscrites
Asie et Océanie. Parmi les quelques pièces de Y Inspection du Génie,
on remarque un atlas de 31 cartes de l'Inde (1786). Dans le Service
Historique des Troupes de Marine, on trouvera surtout les xixe et
xxe siècles, ainsi qu'au Service Historique de la Marine, dont les archives
(à Vincennes) font suite à partir de 1870 au fonds de la Marine des
Archives Nationales. Il en est de même à Rochefort, alors que nous
retrouvons la vieille Compagnie des Indes à Lorient, et que Toulon
conserve aussi quelques pièces du xvine siècle. Une heureuse idée : la
carte des divisions navales de 1870 à 1909 termine le chapitre. Pour
l'histoire de la médecine, les archives du Service de santé des Armées
sont au Val de Grâce et à Marseille. Quant à l'histoire de la législation,
on la trouvera dans un fonds différent : les archives de l'Assemblée
Nationale et du Sénat.
A la législation également, mais aussi à l'administration, se rapportent
les Archives imprimées (annuaires, journaux et bulletins officiels, budgets,
rapports, statistiques, etc.), que l'on a utilement regroupées en un
chapitre particulier. Elles se trouvent en majorité à la bibliothèque
des A.N.S.O.M. et à la B.N. — qu'il s'agisse des documents métropoli
tains ou des publications locales (Inde, Indochine, Océanie).
Enfin, les Archives privées qui n'ont pas été versées dans les dépôts
publics font l'objet d'un ultime chapitre du « Guide ». Si la plupart des
Archives missionnaires sont à Rome dans les maisons généralices de
chaque Congrégation religieuse, il reste en France et notamment à
Paris quelques fonds importants, comme ceux des Capucins, des Spiri-
tains, des Jésuites, des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Ces fonds privés
ne sont naturellement consultables que selon des règles internes,
variables, mais sont par contre complétés souvent par des publications
facilement accessibles : le Guide mentionne celles de la Société des
Missions Étrangères, dont font partie les ouvrages bien connus du
P. Launay, et les Bulletins publiés depuis 1822. Ajoutons en parenthèse
que les innombrables revues missionnaires sont une source de renseigne
ments non négligeable. Les autres archives privées sont les Archives
des Chambres de Commerce (Paris, Lyon, et cinq ports), qui malheureuse
ment ont été décimées par les guerres ou par les incendies; les Archives
des Entreprises, qui se réduisent à peu de chose; les Papiers privés dont
beaucoup, ayant été versés dans divers fonds publics, ont déjà été
mentionnés dans le « Guide » — pour les autres, l'adresse du détenteur
permet de le contacter.
Plus impressionnant est le contenu des Archives de France et notam
ment des Archives Nationales. Pour les fonds conservés rue des Francs-
Bourgeois (Marine jusqu'à 1870, Colonies jusqu'à 1815, Affaires Étran
gères xvue- xvine siècles), le « Guide » est d'autant plus précieux que la
masse des documents est touffue, dans laquelle on a dû isoler Asie et
Océanie, et c'est un gain de temps considérable qui en résulte pour le
chercheur. Quant aux sections spécialisées dans l'outre-mer (rue Oudinot
et à Aix-en-Provence), ce sont évidemment les plus directement concer
nées. RENDUS 391 COMPTES
Le Dépôt des Archives ď Outre-Mer à Aix-en-Provence regroupe en
effet les archives renvoyées en France à la fin de la colonisation, c'est-
à-dire en ce qui concerne l'Asie : l'Inde, depuis les origines au xvne siècle
des Établissements français (pièces cataloguées par Edmond Gaudart),
et le fonds considérable de l'Indochine. Aux manuscrits s'ajoutent les
archives imprimées, les microfilms de thèses et mémoires, un fonds
iconographique important sur l'Indochine (estampes, cartes et plans,
photos, cartes postales).
Quant à la Section Outre-Mer des Archives Nationales, on nous
permettra de noter ici son intérêt particulier parmi les archives pari
siennes, puisqu'elle conserve les archives de ce qui fut le Service des
Colonies dans l'Administration française, sous ses différentes formes.
L'Introduction, rédigée par Marie- Antoinette Menier, Conservateur
en chef, retrace magistralement l'histoire de ce service depuis les origines,
et met au clair les formes successives d'une organisation d'autant plus
difficile qu'elle est à la fois métropolitaine et extérieure, différente et
pourtant dépendante du Service Marine. Un tableau des plus utiles
retrace ensuite les fluctuations des différents bureaux depuis 1817.
Enfin, l'historique des archives donne l'explication de telles disparités
de classement, et se prolonge par une bibliographie sur l'histoire de ces
archives. Ce fonds regroupe les nombreux documents administratifs
postérieurs à 1815, mais avec des exceptions (en particulier État-civil,
Greffe et Notariat depuis les plus anciens papiers conservés). Ce sont
d'abord les dépêches ministérielles, puis les pièces concernant les missions
d'exploration, les affaires économiques, les travaux publics, l'École
coloniale, etc., et le précieux Dépôt des Fortifications des Colonies, avec
des cartes mais aussi des mémoires divers auquel s'ajoute le fonds plus
restreint de la Cartothèque. Une Photothèque est en cours de classement.
C'est ici qu'il importe de signaler le troisième ouvrage que nous
présentons : le Tome III de VÊtat Général des fonds des Archives Nation
ales, tome consacré à « Marine et Outre-Mer », publié en 19801, dont
l'aire géographique n'est pas limitée à l'Asie et à l'Océanie, mais qui
constitue un complément des plus intéressants au « Guide des Sources ».
Dans les chapitres communs aux deux ouvrages, on remarque en effet
que la présentation des fonds est différente, et le classement aussi — ce
qui est un peu regrettable. C'est dire que le « Guide » n'a absolument
pas copié Г« État des Fonds » en y puisant ce qui concerne l'Asie et
l'Océanie. Ainsi, l'« État » donne un historique plus détaillé de chaque
section, ce qui n'est pas sans intérêt pour le chercheur, mais le « Guide »
précise chaque fois les catalogues et inventaires à consulter, en indiquant
éventuellement un ordre de classement particulier (fonds Indochine,
p. 185-196). On trouvera par endroits plus de détails dans l'« État »
(par exemple pour les archives de l'École Coloniale, p. 513-514), ou
inversement dans le « Guide » (voir en particulier la Correspondance
Générale, « Guide » p. 126-171, « État » p. 409-410). Le « Guide » comble
(1) On consultera aussi les tomes I (section ancienne) et II (sections moderne et contemp
oraine), ainsi que le tome IV (fonds particuliers et additions aux 3 tomes précédents). Mais
le tome III reste essentiel. Voir en additif le tableau et la table de concordance. COMPTES RENDUS 392
quelques lacunes : l'Inspection des colonies (p. 206) n'est pas mentionnée
dans l'« État », lequel par ailleurs signale seul le fonds (en cours de
classement) du Comité Français pour l'Outre-Mer (p. 527-528), où figure
l'Indochine. Sans chercher davantage de différences particulières, disons
que les deux ouvrages sont complémentaires : un exemple typique est
celui des fonds de la Commission Guernut («État» p. 517, «Guide»
p. 207-208).
Ajoutons cependant que l'« État » ne mentionne dans les Archives
d'Aix, ni la cartothèque, ni le fonds iconographique pourtant notoire
pour l'Indochine (« Guide » p. 271). On remarquera d'ailleurs que d'une
manière générale, la dimension iconographique est moins sensible dans
les deux ouvrages que dans le Tome II du « Guide » dont nous avons
parlé plus haut, mais par contre la dimension scientifique y est plus
marquante, avec tout ce qui a trait à la navigation, aux arsenaux, aux
observations géographiques, aux travaux maritimes. Voir notamment
l'éloquent relevé des archives du Service Hydrographique de la Marine
(« Guide » p. 74-82, « État » p. 237-255) dont font partie la série des
« Journaux de bord » et « Journaux de navigation », qu'il faut rapprocher
de la série « Campagnes » où se trouve la correspondance des Command
ants des Forces navales aux Ministres (« Guide » p. 60-67, « État »
p. 116-137). On connaît assez les qualités humaines des officiers de
marine, observateurs et curieux, pour comprendre quelle source de
renseignements historiques on trouve dans tous ces documents, auxquels
il faut adjoindre ceux de la navigation commerciale (« Guide » p. 70-71,
« État » p. 175-189). De même, on sait que le Conseil d'Amirauté déborde
largement au-delà des questions techniques, et que ses décisions pèsent
sur la politique française du xixe siècle (« Guide » p. 67-68, « État »
p. 139-148).
Les Archives de France comprennent aussi les Archives département
ales ei communales, absentes de l'« État des fonds » qui ne recouvre
que les Archives Nationales, mais analysées dans le « Guide des Sources »
(avec renseignements pratiques, adresses et heures d'ouverture), qui
signale ainsi parfois une seule pièce — peut-être décisive pour un
historien • — un ensemble plus important : la Compagnie des Indes
à Montpellier et à Rennes, Doudart de Lagrée à Grenoble, le riche fonds
départemental de La Réunion, le fonds d'Estournelïe de Constant sur
la Chine au Mans, les papiers en anglais de Mac Intosh sur l'Inde du
xvine à Angers. Cette partie sera complétée ultérieurement par un
troisième volume du « Guide des Sources », regroupant à la suite des
Bibliothèques de Paris (autres que la B. N.) les Bibliothèques de province,
qui recèlent des trésors insoupçonnés : les lecteurs des Publications
de l'E.F.E.O. savent que l'important manuscrit du « Voyage en Inde
du Comte de Modave » publié par Jean Deloche en 1971, a été trouvé
à Caen.
Signalons encore une Annexe du « Guide » qui rendra grand service :
la liste chronologique des Ministres (Marine, Colonies, France d'Outre-
Mer) et des Directeurs de l'Administration centrale, et celle des Administ
rateurs locaux des anciennes et actuelles possessions françaises en Asie
et Océanie, avec les dates des actes essentiels qui ont modifié au cours
des siècles l'organisation coloniale. RENDUS 393 COMPTES
Enfin, comme pour le Tome II, un Index termine l'ouvrage, d'autant
plus indispensable que la dispersion des fonds oblige à se reporter à
plusieurs d'entre eux. C'est ainsi que la collection du Service Hydro
graphique de la Marine se trouve en partie à la Bibliothèque Nationale
(Cartes et Plans), en partie aux Archives Nationales (fonds ministériels).
D'ailleurs un éloquent exemple de recherche donné à la fin du volume
démontre clairement que pour une seule personnalité, on trouve des
renseignements dans cinq fonds différents, dont celui d'Aix-en-Provence.
Encore ne s'agit-il que d'un personnage du xixe siècle. Les papiers sont
bien plus épars pour les époques antérieures. On se rend compte alors
de la difficulté qu'auront les chercheurs si le projet de transférer les
A.N.S.O.M. à Aix se réalise et les disperse davantage. La division
actuelle est nettement plus claire : à Aix, tout ce qui se trouvait dans
les anciennes colonies. Car la cloison n'est pas étanche entre les époques,
et resteront à Paris beaucoup de documents postérieurs à 1815, et
inversement partiront un certain nombre de documents antérieurs.
D'une manière générale, les césures chronologiques comportent d'impor
tantes exceptions, allant jusqu'à des fonds entiers, comme le Dépôt des
Fortifications des Colonies, ou encore les papiers publics remontant au
xvne siècle, et cependant conservés à la S.O.M. On est d'ailleurs frappé,
en parcourant la présentation des fonds dans l'« État » par les termes
qui reviennent souvent : classement aberrant, série composite, démemb
rement, éléments disparates, pièces épaves, ventilation en plusieurs
fonds, etc. C'est dire que si l'« État des fonds » clarifie cette incohérence,
le « Guide » reste, dans un domaine limité, un instrument de base dont
on se demande comment on a pu s'en passer jusqu'à présent. Combien
de pistes ignorées seront-elles ainsi ouvertes aux chercheurs. Leur
travail en sera à la fois facilité et renouvelé : la masse des documents
existants étant en quelque sorte défrichée, les débutants s'y retrouveront
mieux, les chevronnés feront certainement de nouvelles découvertes.
Mireille Lobligeois.
GUIDE DES SOURCES ÉTAT DES FONDS
I. Archives de France
Section ancienne Tome I moderne II
Section contemporaine Tome II
Fonds particuliers IV
Marine
Fonds ministériels Colonies
Affaires étrangères 1° Archives Nationales Section Outre-Mer
Fonds de l'Inde Tome III de l'Indochine Dépôt des Arch. Archives imprimées d'O.-Mer à Aix- Fonds privés en-Provence Microfilms
Fonds iconogr. et cartogr.
2° Archives départementales et municipales.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.