Compagnie et consulat : lois germaniques et emploi des travailleurs sur les plantations de Samoa, 1864-1914 - article ; n°2 ; vol.91, pg 115-134

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1990 - Volume 91 - Numéro 2 - Pages 115-134
Summary.
Compagnie et Consulat.
Plantation development in Samoa until the outbreak of the First World War was overwhelmingly dominated by the Hamburg firm of J. C. Godeffroy & Sohn and their commercial successor, the DHPG. Far from being a triumph of free enterprise capitalism, the company's Samoan plantations were only successful because the directors in Berlin and the managers on-the-spot so assiduously and successfully courted state support. During the 1860s and 1870s the local company manager doubled as the German consul, and operated in the absence of any regulations covering the imported labour force. Even when protective legislation was introduced between 1882 and 1884 the material conditions of labourers on the DHPG's plantations deteriorated. Since the DHPG plantations constituted Germany's sole political claim to Samoa, a succession of German consuls (by now a post for a career diplomat) functioned as the official arm of the firm and they worked to ensure its survival in the face of critical labour shortages and severe profitability constraints. Consular co-operation involved easing the company's labour crisis, minimising its labour costs and by endorsing a system of harsh discipline, and was reinforced by the company directors lobbying their political and personal contacts in the Colonial Department of the Foreign Office, and sometimes even the Chancellor himself. Even after the hoisting of the German flag over the western islands of Samoa in 1900, official policy continued in the DHPG's favour. Annexation was followed by an influx of smaller cacao and rubber plantation companies and individual planters who languished while the DHPG prospered in the circumstances of privileged access to New Guinea labour. Other planters had to employ expensive Chinese labour, and they attributed their problems to Governor Wilhelm Soif s partiality towards the DHPG. But Solf survived their attacks and the status quo continued, in part because he was supported the company which dominated German Samoa and which wielded most influence in Berlin, the DHPG. The paper concludes by suggesting that although the DHPG grew up under the shelter of massive state and government support and was harsh in its treatment of labourers, parallels are to be found in the British Pacific. Depending on wider political and economic circumstances, the British labour trade could display all the abuses of its German counterpart.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Stewart Firth
Doug Munro
Compagnie et consulat : lois germaniques et emploi des
travailleurs sur les plantations de Samoa, 1864-1914
In: Journal de la Société des océanistes. 91, 1990-2. pp. 115-134.
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Firth Stewart, Munro Doug. Compagnie et consulat : lois germaniques et emploi des travailleurs sur les plantations de Samoa,
1864-1914. In: Journal de la Société des océanistes. 91, 1990-2. pp. 115-134.
doi : 10.3406/jso.1990.2881
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1990_num_91_2_2881Abstract
Summary.
Compagnie et Consulat.
Plantation development in Samoa until the outbreak of the First World War was overwhelmingly
dominated by the Hamburg firm of J. C. Godeffroy & Sohn and their commercial successor, the DHPG.
Far from being a triumph of free enterprise capitalism, the company's Samoan plantations were only
successful because the directors in Berlin and the managers on-the-spot so assiduously and
successfully courted state support. During the 1860s and 1870s the local company manager doubled as
the German consul, and operated in the absence of any regulations covering the imported labour force.
Even when protective legislation was introduced between 1882 and 1884 the material conditions of
labourers on the DHPG's plantations deteriorated. Since the DHPG plantations constituted Germany's
sole political claim to Samoa, a succession of German consuls (by now a post for a career diplomat)
functioned as the official arm of the firm and they worked to ensure its survival in the face of critical
labour shortages and severe profitability constraints. Consular co-operation involved easing the
company's labour crisis, minimising its labour costs and by endorsing a system of harsh discipline, and
was reinforced by the company directors lobbying their political and personal contacts in the Colonial
Department of the Foreign Office, and sometimes even the Chancellor himself. Even after the hoisting
of the German flag over the western islands of Samoa in 1900, official policy continued in the DHPG's
favour. Annexation was followed by an influx of smaller cacao and rubber plantation companies and
individual planters who languished while the DHPG prospered in the circumstances of privileged access
to New Guinea labour. Other planters had to employ expensive Chinese labour, and they attributed their
problems to Governor Wilhelm Soif s partiality towards the DHPG. But Solf survived their attacks and
the status quo continued, in part because he was supported the company which dominated German
Samoa and which wielded most influence in Berlin, the DHPG. The paper concludes by suggesting that
although the DHPG grew up under the shelter of massive state and government support and was harsh
in its treatment of labourers, parallels are to be found in the British Pacific. Depending on wider political
and economic circumstances, the British labour trade could display all the abuses of its German
counterpart.Compagnie et Consulat : Lois germaniques
et emploi des travailleurs sur les plantations
de Samoa, 1864-1914*
par
Stewart FIRTH et Doug MUNRO **
Plantagen Gesellschaft der Sûdsee-Inseln ou Plusieurs îles du Pacifique — notamment les
DHPG après 1879). plus vastes archipels d'origine volcanique —
Les Godeffroy établirent en 1857 une agence ont des sols, un climat et une topographie
à Apia — le principal port de Samoa. Aux favorables aux cultures tropicales. L'implantat
ressources modestes du groupe Samoan, la ion d'une structure agricole, commerciale à
nouvelle compagnie d'Hambourg apportait les grande échelle dans la région, a commencé dès d'une compagnie maritime repré1835, avec l'introduction de l'industrie sucrière
sentée par une flotte de 27 vaisseaux et des à Hawaii '. Mais le système de plantation
comptoirs en Californie, au Chili, en Australie, intensive s'est seulement généralisé dans les
aux Indes et en Extrême-Orient. Grâce à cette années 1 860, la guerre civile américaine pertur
infrastructure, la branche Godeffroy de Samoa bant l'industrie textile de la Grande-Bretagne
établit un réseau d'échanges commerciaux et et de l'Europe ; en conséquence, les plantations
graduellement prit une part dominante dans de coton se sont rapidement développées dans
le commerce du coprah entre les archipels des lieux aussi lointains que Samoa, Fidji,
samoans. Les Godeffroy devinrent également Tahiti, Hawaii et le Queensland. Le coton
planteurs : ils achetèrent des terres et étan'était donc qu'une culture transitoire qui n'a
blirent des plantations. Dès 1868, la Compagprospéré qu'environ une décennie, selon les
nie possédait 2 500 acres de terre 3. Vers 1 860, régions, avant de s'effondrer. Les cultures du
sucre, du coprah ou une combinaison des deux l'agriculture de plantation connut un dévelop
— toujours selon les régions — apparaissent pement extraordinaire à Samoa : avec les prix
élevés du coton coïncidait une abondance de ensuite en tant qu'industries principales. La
structure de mise en place des plantations varie la main-d'œuvre samoane, laquelle avait été
réduite à travailler pour les Godeffroy et aussi d'un lieu à l'autre : dans le Queensland,
d'autres planteurs par une longue sécheresse, les vastes plantations sont remplacées par des
des ouragans et le fléau des insectes qui avaient métayers regroupés autour d'une coopérative ;
ravagé leurs parcelles. Mais dès le retour de quant à l'industrie sucrière de Fidji, elle
saisons plus clémentes, à la fin de la décennie, devient le monopole de la Compagnie Colon
iale de Raffinerie du Sucre2. De même, très peu de Samoans voulurent encore ramass
er le coton et les Godeffroy demeurèrent les l'économie des plantations de Samoa est
seuls entrepreneurs avec suffisamment de capidominée par un seul conglomérat, la Compag
nie de Commerce et de Navigation de Hamb taux pour entretenir de grandes plantations4.
Avec des terres disponibles et des capitaux ourg dirigée par J. C. Godeffroy & fils
(laquelle deviendra la Deutsche Handels- und assurés, les Godeffroy eurent à faire face à des
* ** Traduction Université de l'anglais Macquarie par à Marie Sydney Cowman. et université de Bond en Gold Coast, Queensland.
1. Takaki 1983 : 3-21.
2. Moore 1985 : 109-20, 198-99; Moynagh 1981.
3. Schmack 1938 : 145.
4. Gilson 1970 : 254-59 ; Meleisea 1987 : 33-37. SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 116
difficultés renouvelées pour obtenir de la main- qu'à sa disparition en 1888 9. Hormis ceux-ci,
d'œuvre. La principale barrière à l'agriculture les travailleurs des Iles du Pacifique à Samoa
de plantation à Samoa était la répugnance des ont exclusivement travaillé pour les établiss
Samoans au travail, si ce n'était pour des ements Godeffroy/DHPG, ce qui plaçait la
salaires élevés, et une période de temps réduite, compagnie d'Hamburg comme le plus grand
et leur nombre n'était jamais suffisant. Les employeur par contrat en Polynésie Centrale.
Godeffroy ont fait face au problème en s'enga- Le problème du commerce du travail samoan
geant dans le commerce de la main-d'œuvre, gagna de l'importance parce que seule l'exi
déjà chose commune dans le Pacifique. Des stence de la DHPG permettait à l'Allemagne de
milliers de recrues étaient allées en Nouvelle- revendiquer Samoa : ainsi l'incessant com
merce du travail établi par la compagnie devint Calédonie dès 1860 ; plus de 2 600 travailleurs,
principalement des Malais, allèrent travailler un sujet perpétuel de disputes internationales
entre l'Allemagne, l'Angleterre et les États- sur les plantations du Queensland ; les pre
mières parmi des milliers de recrues arrivaient Unis qui se concentraient sur Samoa. Ces
à Fidji en 1864 ; entre 1865 et 1869 à peu près disputes culminèrent avec la répartition et
1 000 natifs des Iles Carolines montaient vers le l'annexion des Iles Samoa, en 1899-1900, l'All
Nord jusqu'aux Iles Mariannes pour travailler emagne recevant les îles à l'ouest de l'archipel
dans les plantations de coprah 5. Le pre où étaient sis les plantations et intérêts com
mier recrutement outre-mer réalisé par les merciaux de la DHPG10.
Godeffroy pour leurs plantations samoanes Les activités d'emploi et de recrutement par
était composé de natifs des Iles Cook. Ceux-ci la compagnie étaient enrobées de mystère, ou
furent transportés par les vaisseaux de la du moins le semblait-il, pour les observateurs
compagnie (de Hambourg) en 1864. Entre 1865 extérieurs. D'après le consul britannique à
et 1 866, d'autres natifs des Iles Cook arrivèrent Samoa, en 1879, «tout ce qui concerne les
et furent suivis par les premières recrues des affaires de la compagnie allemande dans le
Iles Gilbert en 1867 6. Pacifique est gardé profondément secret ou
Le commerce du travail samoan engagé est délibérément falsifié » n. Mais si les All
par le groupe était relativement modeste en emands ne concédaient aucune information aux
comparaison du recrutement de travailleurs « étrangers », du moins étaient-ils suffisam
dans d'autres secteurs du Pacifique. Entre ment honnêtes entre eux. Un examen des
1865 et 1913 quelque 12 500 natifs des Iles du documents officiels allemands a révélé que
Pacifique furent importés pour le groupe ; leur la législation du travail allemande dans le
nombre augmenta avec l'arrivée de 3 800 Chi Pacifique était dictée par des compagnies pri
nois après 1903 7. Pendant cette même période, vées, et privilégiées à un degré inégalé dans le
quelque 27 000 natifs du Pacifique et presque Pacifique britannique. Les gouvernements br
61 000 hindous étaient amenés à Fidji ; plus de itanniques successifs considéraient la question
62 000 natifs du Pacifique au Queensland ; au du commerce du travail comme une forme de
moins 85 000 natifs de Nouvelle-Guinée étaient contrôle des frontières impériales : comment
embauchés dans les villages à l'intérieur de la imposer les mêmes lois aux recruteurs et aux
colonie comme travailleurs par contrat d'ap recrues et améliorer les conditions du travail
prentissage dans les plantations allemandes de sur les plantations. Les gouvernements all
Nouvelle-Guinée en 30 ans, de 1884 à 1914 8. emands avaient des priorités différentes, et
Ce n'est donc pas sur la base du nombre que celles-ci pour but de faciliter les opéra
le commerce du travail samoan est important, tions de certaines compagnies privilégiées telles
mais plutôt par la concentration de main- que les établissements Godeffroy/DHPG à
d'œuvre sur une seule plantation gérée par un Samoa. Dans le cadre de la tradition coloniale
du gouvernement allemand — lequel était seul employeur. Quelques centaines, au plus,
travaillaient sur des plantations britanniques et entièrement acquis aux intérêts de la compag
nie — les considérations primordiales des sur la modeste propriété de H. M. Ruge & Ce,
une autre entreprise allemande à Samoa, consuls allemands successifs à Samoa étaient
5. Newbury 1958 : 49-50 ; Maude 1981 : 187 ; Parnaby 1964 : 29, 203 ; Proazek 1913 : 26.
6. Kusserow à Auswârtiges Amt [Bureau Étranger], 21 déc. 1885, RKA 2316 : 50.
7. Firth 1973 : 309.
8. Siegel 1985 : 46; Lai 1983 : 2; Price avec Baker 1976 : 110-11 ; Firth 1976 : 51.
9. Munro 1989; Woodford 1895 : 604.
10. Kennedy 1974 : 189-239.
1 1. « Memorandum re the number of imported Polynesian labourers employed by the firm of Godeffroy & Son and the
islands hence they come», n. 39 de 1879, BCS 5/23. TRAVAILLEURS À SAMOA 117
assurés qu'ils recevraient des salaires plus d'assurer que la DHPG obtienne toute la
main-d'œuvre dont elle avait besoin et de élevés que le montant stipulé 13. En consé
donner carte blanche à la compagnie pour quence, ils devinrent méfiants et souvent host
traiter avec sa main-d'œuvre sur la plantation. iles envers les bateaux « voleurs d'hommes » ;
en 1870, un vaisseau missionnaire visiteur fut
accueilli avec des couteaux, des haches et
1870 : Règlements de la Compagnie. «toutes sortes d'armes qu'ils pouvaient trou
ver» jusqu'à ce que le but de sa visite fut
Le commerce du travail à Samoa se con connu 14. Les recrues étaient maintenant de
centra initialement sur les Iles Gilbert qui plus en plus difficiles à obtenir, mais le flot
procurèrent aux Godeffroy plus de 80 % de revint avec l'arrivée d'une sévère sécheresse
leur main-d'œuvre de plantation entre 1867 et qui dévasta le sud des Iles Gilbert pour le reste
1880 (voir table 1). Jusqu'au début de 1870, de la décennie. Plutôt que de faire face à
plusieurs des Gilbertins furent pris de force ou la famine, des familles entières signaient un
trompés par des recruteurs fidjiens, tahitiens ou contrat de travail sur les plantations d'outre
samoans 12. Quelques-uns furent attirés sur des mer 15. La majorité partit pour Samoa où
vaisseaux de recrutement supposés les trans ils s'engagèrent pour une période de quatre
porter sur une des îles de leur archipel ; ou cinq ans pour un salaire de deux dol
d'autres ne connaissaient pas leur contrat, lars chiliens maximum par mois (soit environ
lequel était rédigé en langue allemande et ne huit shillings en monnaie de l'époque) leur
leur était pas expliqué ; d'autres encore furent assurant logement, nourriture, et un passage de
Table 1. — Origine du recrutement des travailleurs.
Années Nombre Gilberts * Carolines Nouvelles- Salomons Nouvelle-Bretagne
total Hébrides Nouvelle-Irlande
— — — — 1867 81 81
— — — — 1968 115 115
— — — — 1969 40 40
— — — — 69 1870 69
— — — — 1871 48 48
— — — — 1872 15 15
— — — 1873 438 358 80
— — — — 1874 140 140
— — — — 1875 280 280
— — — 1876 101 101
— — — — 1877 251 251
— — — 1878 272 189 83
— — 1879 718 115 570 33
— — 1880 535 300 226 9
— — — 1881 378 179 199
— — 1882 264 8 153 103
— 1883 355 2 29 37 287
— — — 1884 245 29 216
moitié
— 1885 512 124 187 156 45
2 250 4 857 95 1201 618 693
(46 %) (25 %) (13 %) (14 %) (2%)
* Cette colonne comprend quelques natifs des Iles Marshall qui étaient mis dans la même catégorie sans discrimination
avec les Gilbertins.
Source : Stuebel to Bismarck, 27 Jan 1886, RKS 3216 : 51.
12. Macdonald 1982 : 55-56.
13. Compte rendu et correspondance en rapport avec les travailleurs fuyant les plantations Mulifanua, juin 1875,
BCS 7/3a.
14. Whitmee 1871 : 29-31.
15. Werner 1887 : 331-33. 118 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
retour. Femmes et enfants travaillaient pour prenait leur chef du gouvernement (l'aventurier
moins I6. Les familles qui allaient à Samoa American, le Colonel Albert B. Steinberger),
étaient transportées dans des goélettes de comtrois chefs samoans et des représentants des
merce de Godeffroy qui servaient aussi de consulats allemand, britannique et américain.
vaisseaux de recrutement et qui apparemment Les travailleurs avaient des plaintes spéci
n'avaient pas de facilités pour les passagers. fiques ou variées concernant leurs salaires,
Dans certains cas, les indigènes partageaient la leurs conditions de travail et leur traitement, et
cale avec des sacs de coprah malodorants ou souvent aussi concernant leurs déceptions sur
alors enduraient le manque de confort du pont les irrégularités présentées par leur recrute
qui n'était pas couvert I7. ment. La première impression du représen
Si les méthodes de recrutement et de trans tant du consulat de Grande-Bretagne était que
port étaient mauvaises, les conditions d'emploi les travailleurs de Godeffroy « n'avaient pas
sur les plantations étaient pires. Poussés au l'ombre d'une protection, à moins qu'un bras
travail, à cause de la compétition avec les fort ne s'interpose en leur faveur, qu'il était
vaisseaux de recrutement de Tahiti et Fidji, et bien temps que cela arrive » 19. Toutefois,
en raison de l'augmentation de leur superficie la commission concluait qu'une main-d'œuvre
en culture, les Godeffroy étaient prédisposés à satisfaite, pervertie par un couple de provocat
surcharger leurs travailleurs et à renforcer une eurs insatisfaits présentait volontairement son
discipline stricte. Les indigènes étaient soumis employeur sous un faux jour. La plupart des
à des châtiments corporels et au fouet ; ils plaintes furent ignorées et celles retenues furent
étaient souvent forcés de travailler les d attribuées à la cruauté et l'inaptitude du direc
imanches et après la tombée de la nuit ; ils teur de la plantation.
étaient maltraités lorsqu'ils étaient malades, et Un tel verdict était prévisible si l'on consi
mal logés ; leurs rations alimentaires étaient dérait la composition de la commission. Le
plus monotones qu'inadéquates ; et leurs sa représentant du consulat allemand (le directeur
laires étaient souvent payés en tabac plutôt de Godeffroy) était un membre de la famille
qu'en argent. Les fugitifs, une fois capturés, Godeffroy, et, de même que Steinberger qui
étaient sévèrement fouettés ou emprisonnés avait développé des liens commerciaux étroits
pour un mois ou deux. Ceux qui se plaignaient avec Godeffroy, il ne pouvait être considéré
au consulat allemand pour améliorer leur comme étant une partie désintéressée. L'année
situation, n'étaient pas entendus 18. précédente, Steinberger avait conclu un accord
La compagnie pouvait agir de cette façon secret avec la compagnie garantissant un titre
pour trois raisons : le commerce du travail pour ses domaines acquis de façon suspecte et
allemand n'était réglementé par aucune législa l'assurant que seuls les Godeffroy devraient
tion ; le consul allemand était en fait le direc s'acquitter des taxes de coprah samoanes.
teur de Godeffroy ; la fragmentation sociale Pendant l'audition des témoins, il pratiqua
des travailleurs des Iles Gilbert inhibait leur une influence subtile « pour protéger un peu
capacité à agir collectivement, ce qui retarda Godeffroy » et en même temps protesta cont
toute protestation organisée contre leur em inuellement pour « que justice soit faite » 20.
ployeur pendant plusieurs années. Mais des De plus, les délégués samoans, en tant que
grèves éclatèrent finalement en 1871 et en chrétiens pratiquants, regardaient les indigènes
1875. Pendant la grève de 1875, l'entière des Iles Gilbert comme des païens méprisables
main-d'œuvre de la plantation Mulifanua et ne firent donc aucun effort en leur faveur.
— quelque 210 personnes — marcha en Ainsi, tant par manipulation et influence poli
masse 30 milles jusqu'à Mulinu, à tique que grâce à une certaine part de chance,
côté d'Apia, où les Samoans avaient établi un la Compagnie Godeffroy survécut à l'enquête
gouvernement central, et appelèrent à son — la seule occasion, en fait, où elle se soumett
rait à une enquête extérieure — alors que la esprit de justice. La tête du gouvernement
prit la mesure sans précédent de former une valeur de l'enquête reposait sur une autre base.
Ainsi le directeur local de Godeffroy, apparem- commission d'enquête spéciale, laquelle
16. « Bilanz pro 1881 », DHPG Archiv ; Williams à Clarendon, 9 déc. 1868, BCS 3/3. L'utilisation de l'argent de
l'Amérique du Sud dévalorisé dans le Pacifique est débattue par Bollard, 1981.
17. Registres de la Deputation fur Handel und Schiffahrt, I A 1. 15. Acte betreffend Entwurf eines Gesetzes, betreffend
Befôrderung und Beschâftigung eingeborener polynesier Arbeiter 1875-1876 : Bundsrat Session von 1875, n. 86, inclus dans
Sénat à Deputation, Hamburg, 18 oct. 1875, Staatsarchiv Hamburg.
18. Journal de J. C. Williams, 14 déc. 1869, 18 jan. 1870, 15 juin 1870, PMB 37.
19.Privé de James Lyle Young, 15 juin 1875, PMB 21.
20. Journal de Lyle 18 juin 1875, 21. TRAVAILLEURS À SAMOA 119
ment indigné que le directeur de la plantation plantation. Les plantations existantes furent
fût critiqué, écrivit, à la Commission une lettre agrandies et de nouvelles plantations
menaçante. Elle fût aussitôt retirée, mais le établies ; et à la fin de 1882, la superficie totale
fait qu'elle eut été écrite indique le degré de exploitée par la DHPG avait augmenté de
liberté d'action auquel la compagnie était presque 40 % en trois ans, passant de 4 337 à
accoutumée21. 6 020 acres. Les plantations étaient encore au
L'échec de la grève de 1875 confirma la stade de la production du coton ou du coton et
de la noix de coco et la fourniture du coprah futilité d'une action directe. Les quelques
intransigeants restant virent leur cas expédié était relativement insignifiante jusqu'à ce que la
sommairement par Steinberger qui, usant de sa majorité des cocotiers arrivent à maturité après
capacité de chef du gouvernement, emprisonna 1888; en 1882, plus de 70% de la superficie des
les fugitifs et les agitateurs sous prétexte qu'ils plantations de cocotiers était encore trop jeune
pour produire. À cause de ce modèle de menaçaient l'ordre public22. Ainsi le système
d'emploi dans les plantations des Godeffroy production, la DHPG avait particulièrement
besoin de travailleurs. Au moins trois fois plus continua sans qu'aucune loi fut introduite. En
de travailleurs étaient nécessaires pour cultiver 1881 le consul allemand (à cette époque, la
position était tenue par un diplomate de car un acre de coton que pour un acre de cocotiers,
rière) ébaucha une loi, mais cet arrêté ne et six fois plus étaient pour défri
reconnaissait que le transport des travailleurs à cher un nouvel acre. L'expansion était intrins
èquement un travail intensif et cela était reflété Samoa. L'arrêté, le premier après dix-huit ans
de recrutement allemand dans les eaux du par l'augmentation de la main-d'œuvre de la
Pacifique, ne différait pas des pratiques exer plantation DHPG laquelle comptait 1 476 tra
vailleurs en 1882 pour environ 1 000 en 1878 25. cées jusqu'alors par la DHPG. Cet arrêté
fut ensuite complété par un autre, en 1883, La DHPG réussit à satisfaire ses besoins
— lequel définissait les méthodes de recrut en travailleurs jusqu'en 1882, mais seulement
ement — et un arrêté supplémentaire l'année en s'aventurant au-delà des Iles Gilbert à
suivante dans lequel le rôle de supervision de la l'intérieur de nouvelles régions de recrutement
marine allemande était déterminé. Le nouvel dans les Iles de Mélanésie (se référer table 1).
arrêté n'était rien d'autre qu'une démonstrat En conséquence, cette région devint la princi
ion de tactique légale, destinée à éliminer toute pale source de ravitaillement en main-d'œuvre
critique britannique sur l'état du commerce de de la compagnie, particulièrement l'Archipel
main-d'œuvre pratiqué par les Allemands, et en Bismarck et le Nord des Iles Salomon. Quand
même temps à rendre plausible les plaintes l'Allemagne annexa ces deux territoires, en
allemandes concernant les recruteurs britan 1884 et 1886, pour former le protectorat de la
niques en Nouvelle-Guinée 23, en donnant l'imcompagnie de Nouvelle-Guinée, elle interdit le
pression que les recruteurs allemands avaient commerce du travail pour les plantations en
eux aussi à se soumettre à des réglementations dehors de la colonie, la seule exception demeur
détaillées. Le problème crucial des conditions ant la DHPG à Samoa. Le monopole d'une
d'emploi demeura ignoré par l'arrêté, et ainsi main-d'œuvre mélanésienne bon marché four
la DHPG continua à diriger les employés de nie à la compagnie survécut jusqu'à la fin de
plantation en accord avec des règles fixées de la domination allemande en 1914 : la DHPG
son propre chef24. déplaça 5 746 travailleurs de Nouvelle-Guinée
à Samoa en dépit des plaintes incessantes
d'autres employeurs26. En 1883, malgré tout,
Le début 1880 : Une période de transition. la situation n'était plus si favorable car la
main-d'œuvre de la DHPG tomba de 1 476 per
Tandis que les ordonnances de recrutement sonnes en 1882, à 1 177 en 1883, plus de la
étaient promulguées, la DHPG faisait l'expé moitié des travailleurs devant être rapatriés
rience de changements sur une large échelle qui dans une période de douze mois. Pour l'année
étaient inséparables de la question du travail en 1883, le besoin en main-d'œuvre était estimé
21. Poppe à T. W. Williams, copie, 18 juin 1Ô75, BCS 7/3(a). Un compte rendu détaillé des grèves de 1875 et ses
conséquences est dans Munro et Firth, n. d.
22. Davidson 1967 : 47; Gilson 1970 : 323.
23. Voir Corris 1968.
24. Les arrêtés de recrutement sont documentés dans Firth 1973 : 53-60.
25. «Bilanz pro 1882», « Bilanz pro 1883», DHPG Archiv ; Weber 1889 : 12-20, 29; Lewthwaite 1962 : 142.
26. Oertzen à Bismarck, 12 jan. 1887, RKA 2298 : 126; Hahl à Reichskolonialamt [Bureau Colonial], 16 nov. 1913,
RKA 2313 : 235. 120 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
à 820 nouvelles recrues, un besoin désespéré si consulat allait contrôler les travailleurs sur
on considère le degré de compétition des lesquels son pouvoir ne s'étendait pas plus en
vaisseaux du Queensland et Fidji en Mélanésie. vertu de la loi impériale du 10 Juillet 1879
L'étendue des dommages, créés par cette comp qu'en vertu du traité d'amitié et de commerce
étition à rencontre de la DHPG pourrait être germano-samoan, de Janvier 1879 29.
Le traité de 1879 fut imposé aux Samoans mesurée par une comparaison des chiffres de
recrutement ; entre 1 880 et 1 884, les vaisseaux par Theodor Weber, le directeur de Godeffroy
queenslandais recrutaient plus de 16 000 tra et consul local, avec le soutien de la Marine
allemande. Le désir de limiter l'utilisation des vailleurs, les vaisseaux de Fidji presque 8 500,
et la DHPG bien au-dessous de 2 000. En 1884, travailleurs par ses compatriotes n'entrait pas
la main-d'œuvre de la compagnie représentait dans les motivations de Weber. Il cherchait
tout juste un peu plus que le niveau de 1878, plutôt à devancer l'annexion de Samoa par la
Grande-Bretagne ou les États-Unis et en même lorsque la superficie cultivée ne
que 60% des surfaces cultivées en 1884 27. temps à défendre les intérêts allemands contre
Après 1886, la DHPG arriva, bien que les Samoans. Le traité garantissait aux intérêts
allemands le droit de posséder des terres, de difficilement, à conserver sa liberté de ma
nœuvre en ce qui concerne le problème du tra défricher les plantations, d'importer des étran
vail en plantation. Elle put le faire grâce à son gers et d'imposer une juridiction consulaire
exclusive sur les citoyens allemands ou les privilège d'accès à la main-d'œuvre de Nouv
personnes couvertes par la loi allemande. elle-Guinée, ainsi qu'en surchargeant ses tra
vailleurs, et en pratiquant des économies à Aucune mention n'était faite de la juridiction
leurs dépens, en vertu de ses appuis politiques allemande concernant les travailleurs sur les
plantations car ils étaient considérés comme à Samoa et à Berlin. Sur la scène locale, la
« étrangers », et non « sujets protégés » {Schutz- coopération informelle du consulat allemand
dans le maintien à bas prix de la main-d'œuvre genosseri), et par conséquent en dehors de sa
et la jouissance d'une grande liberté d'action compétence.
Weber cependant attendait avec impatience furent d'autres éléments décisifs.
de pouvoir contrôler l'emploi de travailleurs de
plantation à Samoa sur des bases appropriées,
c'est-à-dire après « une régulation des condiEmploi : carte blanche pour la DHPG.
tions politiques » (par laquelle il voulait établir
l'ascendance de la politique allemande) de Il était commode pour la DHPG que l'autor
façon à ce que : ité du consul allemand soit limitée concernant
les abus commis. Deux questions étaient pr d'un côté les droits et intérêts des travailleurs soient imordiales. La première, dans laquelle la comprotégés cependant sans qu'il y ait d'obstacle en
pétence du consulat n'était pas mise en ques gendré par une philanthropie déplacée, ce qui revien
tion, était comment exercer sa juridiction sur drait à « jeter le bébé avec l'eau du bain » 30.
les directeurs allemands et contremaîtres. Ici, le
C'est dans cet esprit, avec une accentuation pouvoir du consulat dérivait des lois impériales
du danger représenté par une philanthropie allemandes du 10 Juillet 1879, lesquelles s'ap
pliquaient aux Allemands dans certaines villes mal appliquée, que la surveillance du consulat
allait se développer. en Chine, Japon, Siam et Turquie ainsi qu'à
Le successeur de Weber toutefois regarda Samoa 28. Bien que le consulat fut autor
isé à publier un arrêté à l'intérieur de son ces problèmes différemment. Le Capitaine
territoire de juridiction, il ne pouvait punir leur O. Zembsch, le premier diplomate de carrière
qui assuma la position de consul allemand à violation que par une amende de 150 marks
Samoa, fut consterné de voir la façon dont la (£7/10 shillings en sterling de l'époque) ou
l'équivalent d'un terme d'emprisonnement. Le main-d'œuvre de la DHPG était traitée et
pensa que cette pratique était «légalement et deuxième point était de savoir comment le
27. Kennedy 1974 : 32 ; Price with Baker 1976 : 110-11 ; Siegel 1985 : 46 ; « Bilanz pro 1881 », DHPG Archiv ; Stuebel à
Bismarck, 27 jan. 1886, RKA 2316 : 51.
28. Kolisch 1896 : 18-36.
29. Inclus dans Drucksacken zu den Verhandlungen des Bundsraths 1879, n. 96 (post scriptum 17). Le traité germano-
samoan de 1879 est publié parmi d'autres endroits, aux United States Congressional Record, « American Rights in Samoa »,
House Executive Document 238, 50th Congress, 1st session, tome 28 (Washington, DC : 1887) : ci-inclus 90 : 126-29
(traduction d'anglais).
30. Weber à Auswàrtiges Amt, 9 sept. 1880, dans Drucksacken zu den Verhandlungen des Bundsraths 1879, n. 96,
p. 173. À SAMOA 121 TRAVAILLEURS
moralement inadmissible et devait être aban William Churchward, furent présentées au
gouvernement allemand. Churchward déclara donnée tout de suite»31. L'opposition de
Zembsch à la DHPG sur cette question, aussi que les travailleurs de la DHPG étaient mal
bien que sur d'autres, fut décisive dans son nourris, surchargés de travail, maltraités, i
renvoi en 1883 ; il fut remplacé par le Dr Otto nsuffisamment payés, gardés au travail après
l'expiration de leurs contrats, et non protégés Stuebel, , « martinet à figure rouge préoccupé
par la préservation des intérêts du Deutschtum par le consulat allemand. En particulier, il dit
à Samoa » 32. Il soutint sans compromis la qu'après l'ouragan de Mars 1883, lequel avait
DHPG et établit un modèle de coopération détruit les arbres à pain et autres cultures
avec la compagnie auquel les consuls success alimentaires, les travailleurs, sur au moins une
ifs adhérèrent plus ou moins. plantation, eurent à vivre avec une ration de
Le gouvernement allemand avait reconnu deux biscuits par jour et rien d'autre si ce n'est
ce qu'ils purent produire eux-mêmes, il dit qu'à en 1882 que les petites amendes du consul
at sanctionnées par les lois impériales du cause du manque de main-d'œuvre, la DHPG
10 Juillet 1879, seraient une dissuasion insuffi obligeait les travailleurs à travailler sous la
sante en comparaison avec l'application d'une pluie, après la tombée de la nuit, et même
loi punissant les mauvais traitements infligés lorsqu'ils étaient malades ; que la flagellation
aux travailleurs. Une réponse semblait fournie était infligée aux femmes et aux enfants aussi
bien qu'aux hommes par les contremaîtres dans l'article VIII du traité germano-samoan
autorisant les résidents allemands à être jublancs qui étaient libres d'imposer des châti
gés selon les lois indigènes samoanes le ments sommaires ; que les travailleurs étaient
squelles avaient été écrites en collaboration escroqués de leur salaire par le système de
crédit dans les magasins de la compagnie. Les par les Samoans et le consulat allemand, et
avaient été approuvées par le gouvernement marchandises achetées aux magasins étaient
impérial. Zembsch et Stuebel étaient en con inscrites sur leurs comptes à des prix exorbi
séquence requis d'agir en accord avec le gou tants et, finalement, les paiements en marchand
vernement samoan et de telle façon que des ises représentaient moins que leur dû. Selon
un informateur de Churchward, — le Magistpunitions plus efficaces soient appliquées 33. Le
rat Municipal T. S. Kelsall — au moins la handicap était que les chefs samoans n'étaient
pas disposés, ou du moins une partie d'entre moitié des 1 100 travailleurs sur les plantations
eux, à accepter un acte dicté par les Allemands. DHPG en Mai 1884 travaillaient au delà de la
période de leur contrat, « et une bonne proDe plus, pour le consul Stuebel, il y avait la
fierté des Allemands à considérer. Il rapportait portion » deux années de plus qu'ils n'avaient
en 1884 que, comme aucune prison samoane signé, simplement parce que la Compagnie
n'existait, un Allemand ne pouvait faire l'objet avait besoin d'eux. Les infractions sérieuses
d'une sentence à Samoa, et que même si une à la discipline au travail étaient punies de
prison était construite, il serait difficilement six mois ou même d'une année supplémentaire
de travail : À la plantation de Mulifanua, en accord avec la dignité du Reich d'y jeter
des citoyens allemands. Les mêmes doutes, 50 hommes qui organisèrent une grève en 1882
pensait-il, seraient exprimés contre une telle parce que leur temps était terminé, durent
six mois de plus et étaient encore à Samoa en mixture de procédures germano-samoanes, et il
recommandait que le sujet soit mis en suspens Février 1884. Les règles de travail renforcées
par la DHPG exigeaient que le conjoint reste dans l'attente de nouveaux développements
jusqu'à ce que le contrat de l'autre conjoint les affaires politiques de Samoa 34. Son
conseil fut accepté à Berlin, ce qui signifiait finisse, et les directeurs de la plantation étaient
désireux de considérer n'importe quelle forme que le consulat n'avait toujours pas de législa
tion du travail à sa disposition. de cohabitation comme mariage, une « bonne
Les conséquences de ce laisser-aller furent jolie fille volage » ayant offert à la plantation
l'équivalent de sept ou huit années de plus de exposées au public quelques mois plus tard, en
Octobre 1884, lorsqu'une série d'allégations du travail pour avoir habité avec 3 hommes en un
consul de Grande-Bretagne en poste à Samoa, an. Les réengagements étaient exécutés par les
31. Zembsch à Auswârtiges Amt, 9 sept. 1880, AA Rapport, tome 13112 ; Zembsch à Auswàrtiges Amt, 10 fév. 1881,
AA Rapport, tome 13113.
32. Dana 1935 : 229 ; Kennedy 1974 : 33. Les relations de Zembsch avec le DHPG est rapporté dans Dawson à Blaine,
7 nov. 1881, USCD, Apia, tome 11, n. 292.
33. Zembsch à Auswârtiges Amt, 15 mars 1882, RKA 2829 : 6-1 1 ; Auswârtiges Amt à Steubel, 4 fév. 1884, RKA 2830 :
178-80.
34. Stuebel à Bismarck, 16 juin 1884, RKA 2791 : 11-12. SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 122
directeurs des plantations, et il était inutile les salaires standards. Très peu de femmes et
pour les travailleurs de les contester. « Le d'enfants pouvaient être recrutés en Mélanésie,
contrôle officiel », écrit Churchward et les hommes mélanésiens voulaient s'engager
pour seulement trois ans au lieu de quatre ou est exercé mais dans une direction — qui est cinq ans comme les indigènes des îles Gilbert 38. d'obliger le travailleur à agir à la lettre selon les Avec la concurrence anglaise, le prix des stipulations de son contrat ; son avis est absolument
voyages de recrutement augmenta de $ 25 chiignoré. Il n'y a pas d'inspection si ce n'est pour
lien par tête en 1870 à $ 60 ou $ 75 à la fin de vérifier les contrats à l'arrivée. Tout est filtré
1883 39. La DHPG était déterminée à exploiter le bénéfice de la Compagnie et l'obéissance implicite
du travailleur à son pouvoir est sévèrement requise ; ses travailleurs au maximum ; sur une main-
il ne se trouve jamais que dans une situation défa d'œuvre totale d'environ 1 250 en décembre
vorable 35. 1883, pas moins de 540 étaient retenus illég
alement au-delà de l'expiration de leur cont
Les directeurs de la DHPG à Hamburg rat40. Le consul Stuebel était bien conscient
furent furieux et accusèrent Churchward d'être de ces faits bien qu'à cette époque ou même
notoirement désireux d'écouter tous les mécont six mois plus tard, lorsqu'il rapporta que la
ents et agitateurs d'Apia, lesquels étaient situation ne s'était pas améliorée, il ne prit
déterminés à infliger des dommages à la aucune action contre la compagnie et préférât
DHPG et au Deutschtum ; son principal info parler du « choc violent » et de « l'embarras
rmateur n'était naturellement qu'un complice et extrême » qu'une telle action causerait à la
pouvait-il affirmer qu'il y eut une seule plan Compagnie et évitât délibérément de durcir les
tation dans le monde qui n'ait sa part de législations consulaires concernant ce genre
mauvaises gens ? Ils en appelèrent à la protec d'abus41. Les règles du mariage étaient, sui
tion directe du Dr F. Krauel, le Directeur de vant les descriptions de Churchward, justifiées
l'Auswârtiges Amt (Ministère des Affaires par la DHPG comme une façon de s'assurer
Étrangères) qui rédigea une réponse acceptable qu'aucun travailleur ne pourrait réduire la
pour les Britanniques en utilisant des argu durée de son contrat simplement en se mariant,
ments fournis par la DHPG. La Grande-Bret de sorte que le système de « réserve » de
agne fut informée qu'il n'y avait aucun abus la Compagnie soit maintenu. Le prix moyen
pratiqué sur les plantations allemandes 36. annuel d'un travailleur était estimé par la
En vérité, la description anglaise de la vie sur en faisant l'addition des dépenses
les plantations DHPG était largement exacte. encourues en salaire, alimentation, passages
De plus, le consulat des États-Unis avait émis aller et retour pour Samoa, soins aux malades
des critiques sur la « question du travail » à et suppléments tels que le tabac ; le bénéfice
Samoa qui confortaient celles de leur homol obtenu sur la marchandise vendue aux travail
ogue anglais, mais ces critiques-là ne furent leurs était soustrait du total brut. En quatre
jamais discutées à un niveau diplomatique 37. ans, de 1884 à 1887, la Compagnie fit un
Dans la première moitié de 1880, les recrues de bénéfice annuel moyen de $ 8.49 par travailleur
la DHPG arrivèrent dans des plantations qui sur la marchandise soit plus du tiers de sa
avaient expressément besoin de main-d'œuvre. moyenne annuelle de bénéfice sur leurs salaires
Le prix de cette main-d'œuvre augmentait. Au qui était de $ 24.47 ; en conséquence la réduc
moment où les plantations s'agrandissaient, la tion totale des dépenses était de 1 1 % 42. Indi
DHPG avait abandonné ses méthodes de r rectement, le travailleur subventionnait l'em
ecrutement traditionnel dans les Iles Gilbert en ployeur par un salaire qui valait moins de $ 5
faveur de la Mélanésie, perdant ainsi la main- par an en sterling de l'époque.
d'œuvre bon marché des femmes et des enfants Le taux de mortalité augmenta sur les plan
des îles Gilbert qui avaient accompagné les tations Samoanes de la DHPG pendant les
hommes à Samoa et travaillé pour moins que années 1880 (voir table 2). Même le commis-
35. Churchward à Des Vœux, confidentiel, 20 mai 1884, inclus dans Des Vœux à Colonial Office [Bureau Colonial],
25 août 1884, CO 225/15/7726. A résumé allemand daté 14 fév. 1885 est dans RKA 2316 : 10-18.
36. Godeffroy et Schmid à Krauel, confidentiel, 26 jan. 1885, RKA 2316 : 5-9 ; Auswârtiges Amt à Munster, 15 fév.
1885, RKA 2316 : 34-36.
37. Dawson à Blaine, 10 août 1882, USCD, Apia, tome 11, n. 334; Canisius 1886 : 492.
38. «Bilanz pro 1881 », DHPG Archiv ; Swanston à Gordon, 23 jan. 1879, WPHC 4, 8/1879.
39. Denkschrift sur le DHPG, enclus dans Steubel à Bismarck, 18 déc. 1884, RKA 2791 : 75.
40. Auswârtiges Amt memorandum, 23 nov. 1885, RKA 2316 : 48.
41. Denkenschrift avec le DHPG, enclus dans Stuebel à Bismarck, 16 juin 1884, RKA 2316 : 7.
42. «Bilanzen, 1884-87», DHPG Archiv.

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