Contribution aux études de Préhistoires de la Touraine. Les Industries préhistoriques du Plateau d'Athée (Indre-et-Loire) - article ; n°1 ; vol.39, pg 33-50

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1942 - Volume 39 - Numéro 1 - Pages 33-50
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1942
Lecture(s) : 12
Nombre de pages : 19
Voir plus Voir moins

Dr A.H. Bastin
Contribution aux études de Préhistoires de la Touraine. Les
Industries préhistoriques du Plateau d'Athée (Indre-et-Loire)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1942, tome 39, N. 1-2. pp. 33-50.
Citer ce document / Cite this document :
Bastin A.H. Contribution aux études de Préhistoires de la Touraine. Les Industries préhistoriques du Plateau d'Athée (Indre-et-
Loire). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1942, tome 39, N. 1-2. pp. 33-50.
doi : 10.3406/bspf.1942.4846
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1942_num_39_1_4846SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 33
Contribution aux études de Préhistoire de la
Touraine. Les Industries préhistoriques du
plateau d'Athée (I.-et-L..) (1).
Dr A. -H. BASTIN (Libourne, Gironde).
Dans la mesure où les rivières et le climat conditionnent
l'habitat préhistorique, la Touraine apparaît comme particu
lièrement privilégiée. L'éventail hydrographique dont elle
constitue le centre avec la Loire et ses affluents : Loir au Nord,
Vienne et Creuse, Indre et Cher, au Sud, favorisa, à toutes les
époques, le passage ou le séjour de populations retenues par des
facilités de vie rarement rencontrées en d'autres lieux. Ainsi
s'explique l'abondance des trouvailles préhistoriques effectuées
sur ce territoire, et qui embrassent toutes les périodes lithi-
ques.
La présente étude a pour objet une collection de près
de 250 objets recueillis sur le Plateau d'Athée qui s'étend, en
faibles ondulations, entre le Cher et l'Indre. Nous l'avons
acquise, en 1930, de M. Thomas de La Morandière qui la ra
ssembla, de 1900 à 1930, en chassant, d'abord, intentionnelle
ment, ensuite. La plupart des trouvailles ont été effectuées,
après les labours d'hiver, en deux endroits désignés au cadastre
sous les appellations de « Les Sables de Touche-Morin » et « Les
Ksnaudières » (200 hectares environ) séparés par une butte
appelée « La Pierre-Levée » ; il existait, en ces endroits, des
fosses dont l'une subsiste encore, qui se nomme « Les Fosses-
Piouges », près de laquelle furent trouvés de nombreux éclats,
déchets de taille, etc. , ce qui laisse supposer la présence d'ate
liers.
Le Dr Dubreuil-Chambardel avait eu connaissance de cette
collection peu de temps avant la publication de son ouvrage ; il
la cite à la suite de la collection Herbault, rassemblée au voi
sinage (aux Esnaudières et à la Volandrie), dont il a figuré une
grande pointe rnoustérienne, un tranchet et quatre pointes de
flèches.
Nous avions retardé cette publication dans l'espoir de pro
céder, sur place, à des études comparatives permettant de situer,
dans un cadre élargi, les faciès lithiques du Plateau d'Athée.
(1) In Memoriam : au Dr Dubkeuil-Ghambardf.l (1879-1927), Anatomiste, Anlhro
pologiste, Tératologiste, Préhistorien, Respectueux et déférent hommage.
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 3 34 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
Mais, les années passent apportant des soucis renouvelés ; des
documents disparaissent avec leurs détenteurs, seuls renseignés ;
l'on vieillit ; les enthousiasmes déclinent et les espoirs s'évanouis
sent. A trop attendre, l'on risque de ne rien produire ; les col
lections s'amplifîant sans cesse, l'on hésite dans le choix des
matériaux accumulés, le labeur semble écrasant et la bonne
volonté s'en trouve annihilée. Et puis, la Gueuse est toujours là
qui nous guette au détour du chemin, sans crier gare ! Et la
Guerre a bouleversé bien des choses ! En ce qui nous concerne,
nous ferons l'effort nécessaire pour vaincre un découragement
naissant, nous doppant d'énergie, certain de rencontrer, dans
l'accomplissement de notre tâche, les encouragements de nos
Collègues préhistoriens et, de surcroît, les joies sereines du tra
vail utile.
Notre texte sera réduit au minimum ; l'illustration, par contre,
n'étant pas sacrifice, l'on pourra se faire une idée précise des
industries sommairement décrites.
La patine des silex. — Question préliminaire très importante.
La plupart des silex ont une patine profonde ne permettant pas
de reconnaître, sur les pièces intactes, la nature primitive du
silex. Elle va du blanc mat, porceláne, au brun clair, en passant
par le jaune-crême, le jaune-franc et l'ocre. Elle est due à l'ac
tion chimique du sol calcaire ou ferrugineux : « C'est une Cham
pagne au terrain calcaire et sec avec, par endroits, des placards
d'argile ou des poches de sable » (Dr Dubreuil-Chambardel).
Dans un tel sol, la patine est rapide et totale ; elle ne permet pas
de distinguer, à priori, les objets récents des objets anciens ;
elle rend très difficiles, sinon impossibles, certaines attributions
d'objets (lames simples ou appointées), que leur morphologie
semblerait désigner pour des périodes anciennes (Aurignacien,
Magdalénien), mais qu'il faut bien ranger, en l'absence de pièces
caractéristiques, au Moustérien et au Néolithique représentés
par toute la gamme de leurs instruments. De cette dernière
période, nous avons une série faiblement patinée ou môme
vierge de toute patine ; les objets rentrant dans cette catégorie
sont en silex du Grand-Pressigny dont le gisement est à 40 kil
omètres.
La nature des matériaux utilisés a été reconnue sur des pièces
brisées, ébréchées ou ayant gardé leur éclat originel : c'est géné
ralement un silex brun-noir, brun-clair ou gris * quelques objets
sont en un grès très dur, à grain fin, prenant faiblement la
patine. Certaines lames sont complètement décalcifiées et hap
pent à la langue ; elles sont fragiles et légères. p 3 T3 • — SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 37
Le paléolithique inférieur. — Comme dans tous les gis
ements de surface, où les conditions primitives de dépôt ont été
bouleversées, Ton ne peut opérer la discrimination des formes
amygdaliennes qu'en s'adressant à la morphologie. Si le résultat
de ce travail permet une ordonnance satisfaisante des objets, il
s'en faut de beaucoup qu'il représente la réalité scientifique.
Nous serons toujours dans l'incertitude pour ce qui touche à la
chronologie d'objets trouvés dans de semblables conditions.
Renonçant, à dessein, au terme « Abbevillien » caractérisant
une industrie parlaitement définie aujourd'hui, stratigraphique-
' ment, nous préférons grouper, sous l'appellation générale de
« Chellèo-Ackeiiléen », l'ensemble du Paléolithique inférieur
récolté sur le Plateau d'Athée, comprenant des formes gros
sières indatables, des formes moyennes et évoluées. Parmi
celles-ci, quelques-unes sont très probablement moustériennes,
chronologiquement, au même titre que les pointes triangulaires
plates dites « de tradition acheuléenne ». Mais il n'existe, ici,
aucun critère discriminatif certain.
Il a été recueilli 29 pièces amygdaloïdes complètes et les
fragments de 3 autres : en tout 32. La longueur varie de 0m075 à
0m160, le poids de 105 a 540 gr. Il faut mentionner à part une
splendide pièce ovale, faiblement patinée, bombée régulièrement;
elle mesure 0mi65 X 0m145 X 0m040 ; elle pèse 640 gr. (1).
Dix pièces sont grossières de forme, de technique ou de
matière ; plus ou moins ovales, de section irrégulière, elles ont
l'extrémité mal dégagée ; quelques-unes ont conservé une nota
ble partie de leur cortex (PI. I). Parmi ces pièces, deux peu
vent être considérées comme des hachereaux ; l'un d'eux, à
tranchant convexe irrégulier, très usagé, possède un talon amé
nagé en rabot (PI I, n° 2). Une autre pièce massive est intéres
sante par la technique moustérienne de la taille marginale alter
nante (PI. I, n° 3) ; c'est là un exemple typique de massue
« chelléenne » dont le rajeunissement s'impose.
Huit pièces sont rangeables dans l'Acheuléen moyen ; plus
régulières de forme, elles ont des pointes dégagées, anguleuses
ou arrondies en bec de canard ; moins épaisses, elles ont des
bords mieux taillés, sensiblement rectilignes ; plutôt triangul
aires, elles ont une base horizontale ou faiblement convexe ;
l'une d'elles (n° 7), taillée dans une plaquette, a la base en « V »
asymétrique.
Huit pièces de forme amygdalienne classique, symétrique, à
taille périphérique, appartiennent à l'Acheuléen terminal ; six
(1) Cette pièce fait partie de la Collection de notre excellent Collègue M. Clau
dius Côte, de Lyon ; les circonstances actuelles ont empêché de la reproduire. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 38
sont très plates (PI. II, nos 1, 5-7) ; deux légèrement convexes sur
la face dorsale (nos 2-3).
Il faut faire une mention spéciale de deux pièces que l'on pourr
ait dénommer « Racloirs rectilignes » ou « Tranchoirs latéraux »,
à dos réservé (n° 4) ; leur taille bifaciale leur donne une appa
rence acheuléenne indiscutable ; mais ils ne diffèrent pas, essen
tiellement, des grands racloirs moustériens de même forme,
taillés sur éclats (PI. III, n° 11).
Le Levalloisien n'est pas représenté.
Le Paléolithique moyen. — Sept pointes triangulaires de
dimensions moyennes, plates, à taille bifaciale, rentrent dans la
catégorie des pointes moustériennes de tradition acheuléenne
nOs 1-3, 6, 7) ; sur 4 d'entre elles, l'éclat primitif est (PI. III,
reconnaissable à la forme générale ou dans la persistance d'une
partie du plan de frappe.
Le Moustérien vrai est magnifiquement représenté.
Pointes. — 3 très grandes, dont l'une mesure 0m115 de long
sur 0m070 de large (PI. IV, n° 5) ; 6 grandes; 30 moyennes
et 4 petites, en tout 43. Losangiques, foliacées, triangulaires
courtes et allongées, busquées, elles offrent tous les genres ; de
rares exemples offrent une ébauche de cran par abattement d'un
angle basai (PI. Y n° 7) .
Grandes Pointes de Lance, — 3, dont une rectiligne, à arête
dorsale, retouchée à la pointe, mesurant 0m12 (il manque envi
ron 0m02 à la base mutilée accidentellement) ; 2 à pointe déjetée
à droite (PI. III, n°s 4, 9, 10).
Racloirs. — 20, dont 3 grands racloirs bruts, à tranchant
droit ou convexe (Racloirs-Couteaux) ; 8 convexes, grands et
moyens ; 4 discoïdaux ; 3 droits ; 2 convexes-concaves. (PI. VI,
nos 3, 4, 9-12). La retouche uni-marginale de certaines pointes
permettrait de les ranger parmi les racloirs, selon notre concept
ion morphologique.
Disques. — 6 plus ou moins circulaires à bords coupants ou
nos 1, 8). légèrement retouchés (PI. VI,
Lames. — 6 lames larges coupantes, dont 2 couteaux-scies
sur éclats (PI. VI, n03 2, b, 6, 7). Une vingtaine de lames étroites
à patine profonde sont inattribuables avec certitude (PI. VII).
Perçoirs. — Un seul perçoir caractérisé (PI. V, n° 11).
Le paléolithique supérieur. — En l'absence de pièces carac
téristiques, telles que grattoirs carénés, à museau, sur bout de PL V. — Paléolithique moyen du Plateau d'Athée. Echelle : 2/7 environ.
PI. VI. — Paléolithique moyen du Plateau d'Athée. Echelle : 3/10 environ. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 41
lame, et de burins, il serait téméraire d'appuyer sur des ressem
blances morphologiques en vue de rattacher à cette période des
faciès mal définis quant à leur origine. La prédominance du
Moustérien est telle qu'il faut, honnêtement, lui attribuer la
grande pointe de lance — ou lame de poignard — (PL III, n° 4}
d'allure aurignacienne indiscutable. Mais, jusqu'en 1923, aucun
gisement stratifié du Paléolithique supérieur n'avait été reconnu
en Touraine (Indre-et-Loire) ; un seul gisement de surface était
exploré, celui de La Motte d'Huismes, dans le Chinonais (Magdal
énien). Les gisements abrités aurignaciens, solutréens et magdal
éniens les plus proches sont dans les vallées de la Creuse et de
la Gartempe (et de l'Anglin), mais dans la Vienne etjdans l'Indre.
11 faut noter, toutefois, que Saint-Rémy-sur-Creuse (Vienne),
dont les coteaux recouverts d'éboulis d'abris-sous-roche ont
livré de l'Aurignacien et du Magdalénien, faisait partie de la
Touraine historique.
Qu'un chasseur aurignacien ou magdalénien ait, au cours de
ses pérégrinations, perdu l'armature d'une arme de jet, c'est
possible, évidemment ; quant à tirer d'un fait exceptionnel
l'explication courante d'une trouvaille aberrante, ainsi que le
font de nombreux préhistoriens, nous avouons ne priser ni le
système, ni ses répercussions sur l'entendement des choses de
la Préhistoire.
Le progrès de nos études exige le renoncement aux méthodes
de facilité !
Le Mésolithique. — N'est point représenté.
Le Néolithique. — Au Campignien appartiennent un grand
ciseau grossier (rabot ?) à face postérieure plane et une hache
triangulaire de section triédrique à tranchant épais très usagé
(PL XIII, n°* 4-5), Le talon du ciseau, large et plat, ne porte
aucune trace de percussion directe (frappe au moyen d'un mail
let de bois, par exemple) ; le tranchant présenté, en arrière,
des éclats fonctionnels analogues à ceux de la hache ; cela donne
à penser que les deux instruments ont pu servir à la façon des
herminettes. Ces outils sont très ressemblants à ceux figurés par
le Cl Octobon, provenant de la station précampignienne de
Champlat (Aisne) ; en particulier, la « hache » a toutes les carac
téristiques du « gros tranchet à main )) figuré par cet auteur
(f. 8-9) : dimensions équivalentes, même courbure (systématique
selon 0.) de leur axe longitudinal (sinistrogyre dans les exemp
laires figurés) ménageant un profil convexe-concave « ayant
pour but d'augmenter l'adhérence de la paume et des doigts ».

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.