Convention religieuse conclue entre Delphes et Skiathos - article ; n°1 ; vol.63, pg 183-219

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1939 - Volume 63 - Numéro 1 - Pages 183-219
37 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1939
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Pierre Amandry
Convention religieuse conclue entre Delphes et Skiathos
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 63, 1939. pp. 183-219.
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Amandry Pierre. Convention religieuse conclue entre Delphes et Skiathos. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume
63, 1939. pp. 183-219.
doi : 10.3406/bch.1939.2680
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1939_num_63_1_2680CONVENTION RELIGIEUSE
CONCLUE ENTRE DELPHES ET SKIATHOS (1)
(PI. XLIV-XLV)
Inv. 4809+6369 (2). Stèle de marbre à fronton. Stoichedon (sauf les deux
premières lignes). Inv. 4809 : moitié inférieure droite ; fragment complet à droite,
retaillé en haut et à gauche ; trouvé en 1913, « au nord du temple, vers le milieu
de l'esplanade » (selon le registre du musée). — Inv. 6369 : dix fragments, donnant
la moitié supérieure presque entière et cinq éclats de la moitié inférieure à gauche ;
trouvés en 1938, sous le dallage de l'esplanade nord du temple, devant la chambre
de l'ex-voto de Gratéros (donc non loin du fragment 4809). — Pas de raccord
matériel entre les moitiés supérieure et inférieure. Hauteur actuelle de la stèle
recomposée : 0 m. 75 (partie inférieure non inscrite : 0 m. 15) ; largeur : 0 m. 198
en haut, 0 m. 21 en bas ; épaisseur : 0 m. 075.
Hauteur des lettres : 10 à 13 millimètres ; écartement : 8 à 10 millimètres :
interligne : 6 à 8 millimètres. — Grandes lettres de la première ligne : hauteur,
16 millimètres (n plus petit) ; écartement, 15 millimètres. Trait égal, profond et
épais. Écriture du ive siècle. E, 5, AAj Yt ï.
(1) Ce mémoire devait être présenté en octobre 1939 à l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres ; il était aux deux tiers achevé à la déclaration de guerre ; il a été terminé aux armées,
sans livres. Je le donne à l'impression pour ne pas retarder jusqu'à une date indéterminée la
publication d'un texte important. Cette étude n'aurait pu être achevée, ni imprimée, sans
l'obligeant concours de M. P. Roussel et de M. G. Daux, qui m'a offert de revoir le manuscrit et
de corriger les épreuves.
(2) Le rapprochement des dix fragments nouveaux avec le fragment 4809 a été fait, à l'instant
même de la découverte, par M. P. de La Coste-Messelière. 184 P. AMANDRY
Σ [ κ t, α] Ο ί ω ν 19 [ ρίτώ ι θ εώ-
δά[μωι κα]ί άποίκοις * 20 [ι χ ρ η σ τ ή ρ] ι ο ν έ π ί
τ ά δ[ε] ξύνθεταΔελ- [τ ά ν τ ρ ά π]ε ζ α ν α Ι γ -
φο[ΐς]καίΣκ t α θ ί ο - α κ[α λ λ ι]σ τ ε ύ ο ν τ α
5 ι ς'ε[δ]ωκ α ν π ρ ο μ α ν - κ α[ί τ]ά λλαίερακα-
τ ε ί[α] νκαί ατέλεια τ τ α [π]ά τρ ια'Δελφό-
ν π ά[ν τ]ω ν ν ό σ φ ι π - 25 ς δ έ [π] α ρέχενΣκια-
ε λ α ν[δ]"π ε λ α ν ο ν δ[έ] θ ί ο[ ι]ς ίστ L α τ ό ρ ι -
τον μ[έ ν] δ α μ ό σ t ο ν [ο]ν,ξύ λα,6 ξ ο ς,άλα'θ-
10 σ τ α τ ή[ρ]α α. ί γ ι ν α ΐ - [ε ο ξ ε]ν ίο ι ς δ έ τα ς
ο ν, τ ο ν[δ]έ ί δ ι ο ν δ ύ - [μ ο ί ρ]α ς δ ι δ ό μ ε νκ -
ο ο δ ε λώ'έ ςτοδέρμ- 30 α ί [π ρ]ο δ ιχ ίανκα ι
ατοδαμόσ ι ο ν δ ύ ο ά σ υ[λ ί]α ν ί μ ε ν Σ κ ι -
Ô δ ελ[ώ],τό δ έ ί' δ ι ο ν α τ ί[ο] ι ς'τά[δ]ε έ δ ο ξ -
15 όδελόν'αίκ'έπίφρ- [ε] νΔ[ε]λ φοΐςπάτρ ι -
* μ[ε] ντοΐςΣκιαθ- υκτώπαρ ί η ι, τ ο μ ε - [α]
σύ.ντετρακα- ν δ α μ ό σ ιονσ τ[α]τή - 35 [ ί ] ο ι[ς]
18 [ρ]α α ί[γ ι ν α ι ο ν, τ ο δ]- [τ ί]α[ι]ψ ή φ ω t, κ α ί π λ -
[ε t δ ι ο ν - - -] [έ ο]ν .
(lacune)
L. 3. — ξύνθετα : l'extrémité droite de la barre médiane du ï est nette ; ce ne
peut être un Σ.
L. 22. — La septième lettre est sûrement un Σ, non un K.
L. 36. — L'H de ψήφωι est sûr ; ce ne peut être un A.
TRADUCTION
Pour le peuple et les colons de Skiathos.
Il a été convenu entre Delphiens et Skiathiens ce qui suit :
les Delphiens ont accordé la promanlie et l'exemption de toutes les
taxes, sauf du pélanos ;
pour le pélanos, le pélanos de l'État sera d'un statère éginétique, celui
des particuliers de deux oboles ;
en échange de la peau, pour une affaire publique, ce sera deux oboles,
pour une affaire privée, une obole ;
si l'on se présente à la consultation par les deux fèves, pour une affaire
publique, ce sera un statère éginétique, pour une affaire privée,... DELPHES-SKIATHOS 185 CONVENTION
[si l'on désire consulter l'oracle, on consacrera (?)] au dieu [comme
sacrifice préliminaire (?)1 sur la table sacrée un bouc de choix et les autres
objets consacrés selon la coutume.
Les Delphiens fourniront aux Skiathiens une salle de banquet, du boiSj
du vinaigre, du sel ;
aux Théoxénies (?), ils leur donneront les parts (?) ;
et les Skiathiens auront aussi la prodikie et Yasylie.
Les Delphiens ont décidé que les Skiathiens auraient ces privilèges,
selon l'usage, par quatre cents voix et plus.
Langue, écriture, date
La composition du texte est simple : l'énumération des privilèges,
aussitôt après προμαντεία et ατέλεια, est interrompue par la restriction
apportée à Γ ατέλεια (νόσφι πελανο) ; l'indication du montant du pélanos
entraîne à sa suite l'énumération de toutes les redevances des Skiathiens
et, en contre-partie, des obligations des Delphiens [(Δελφός δέ) ; on est
ainsi ramené naturellement à compléter la liste des privilèges (προδικία
et ασυλία) accordés par les Delphiens. Le style est extrêmement elliptique :
après έδωκαν (1. 5), on ne rencontre plus de verbe (réserve faite pour la
lacune), avant παρέχεν (1. 25) ; les sujets sont parfois sous-entendus : at
κ' έπί φρυκτώ παρίηι (τις), et même (Δελφοί) έδωκαν (1).
En l'absence de toute indication de magistrature, on est réduit, pour
dater ce texte, aux données de la langue et de l'écriture. En citant quelques
lignes du fragment inv.4809 (FD III 5, p. 253), É. Bourguet le considérait
comme plus ancien que le texte 68, fragment de compte des trésoriers,
non daté, mais que, par la place qu'il lui attribue dans la publication,
É. Bourguet rapporte aux années 335-330 ; il faudrait donc, pour notre
texte, remonter vers 350-340.
La langue et la graphie dénotent une époque plus récente que celle
(1) II y a entre έδωκαν à un mode personnel et εμεν, παρέχεν, διδόμεν à l'infinitif une sorte de
rupture de construction qui rapproche ce texte d'une autre loi sacrée de Delphes, contemporaine
(archontat d'Aithidas, entre 354 et 346), publiée par É. Bourguet, FD, III 1, 394 : on y trouve le
même mélange de privilèges et de règlements cultuels ; l'infinitif διδόμεν se rencontre à deux
reprises ; É. Bourguet, désespérant de restituer le début, constatait que, du fait de l'emploi
de l'infinitif, la formule Δελφοί έδωκαν était écartée, et que le décret devait commencer par
εδοξε τδι πόλει, mais que les lettres conservées s'y opposaient; il n'y a plus d'objection à ce
que, malgré les infinitifs, le texte ait commencé brutalement par έδωκαν. P. AMANDRY 186
de la grande inscription des Labyades (1) ou de la loi de Cadys (2) : notam
ment le F et le H comme signe d'aspiration ont définitivement disparu.
Beaucoup de formes sont celles du dialecte delphique usuel : α pour η,
αϊ κα, la préposition apocopée κάτ, τετρακάτιοι, οδελός, les infinitifs en -εν
et -μεν (comme dans la loi amphictyonique de 380 et l'inscription des
Labyades ; au contraire, dans la loi de Gadys, l'infinitif est en -ειν) (3) ;
la forme πλέον est celle des inscriptions les plus anciennes ; la erase τάλλα
est d'usage courant ; cependant, contrairement à l'usage des grands textes
antérieurs, les assimilations ne sont pas faites et les élisions sont rares
(αϊ κ' έπί) (4). Mais, à côté de ces formes locales, d'autres dénoncent une
influence attique : ξύνθετα, ψήφωι, forme étonnante dans une inscription
où α est régulièrement substitué à η, εδοξεν, un des rares cas où le ν éphel-
kystique est employé à Delphes au ive siècle (5) ; ce sont des exemples
de la lutte qui s'engage dès le début du ive siècle entre la κοινή ionienne-
attique et la κοινά du Nord-Ouest (6).
Faut-il aussi attribuer à une influence attique la formule συν τετρακααίαι
ψήφωι ? Le singulier d'un nombre cardinal, employé avec un nom collectif,
ne se rencontre qu'en prose ionienne-attique, chez les historiens, et cet
emploi se limite, à ma connaissance, aux termes militaires : Thuc. I, 62 :
την παρά Περδίκκου διακοσίαν ϊππον ; Hérodote, I, 27 : 'ίππος μυρίη ; Xén.,
Anab., I, 7, 10 : ασπίς μυρία και τετρακόσια.
L'emploi de νόσφι est singulier : je n'en connais pas d'autre exemple
épigraphique ; ce mot ne se rencontre jamais en prose, une fois seulement
chez les Tragiques ; il est purement épique et lyrique. Il doit être, dans
ce texte, une survivance de la langue ancienne.
Deux graphies et un fait d'ordre linguistique permettent de préciser
davantage la date de l'inscription. La graphie ο = ου (πελανδ, Δελφός) devient
rare dans la première moitié du ive siècle : elle est de règle dans la convention
de Phasélis (vers 400) (7) ; elle est rare dans l'inscription des Labyades,
elle alterne avec ου dans la loi de Cadys ; elle apparaît encore, moins
(1) BCH, XIX, 1895, p. 5 sq. (Homolle).
(2) FD, III 1, 294 ; BCH, L, 1926, p. 3 sq. (Homolle).
(3) Toutefois comme notre texte écrit ε pour la fausse diphtongue ει, l'interprétation de la
finale -εν est douteuse.
(4) Cf. E. Rusch, Grammatik cler delphischen Inschriften; F. Bechtel, Die griech. Dialekle, II,
p. 87-159.
(5) Cf. les tableaux établis par Rusch, op. cit., p. 274 et 277.
(€) Bourguet, FD, III 5, p. 23-24 ; Meillet, Aperçu d'une histoire de la langue grecque, 3e éd.,
p. 73 et 250.
(7) Mél. Nicole, 1905, p. 625-638 (Homolle). DELPHES-SKIATHOS 187 CONVENTION
fréquemment que ου, dans la loi amphictyonique de 380 (1) ; à Delphes,
elle disparaît des comptes de souscriptions et des décrets de proxénie les
plus anciens ; un des témoignages les plus récents est fourni par un acte
daté de l'archontat d'Echedoridas, entre 354 et 347 (2). D'autre part εμεν
revient deux fois alors que l'inscription des Labyades écrit είμεν.
Le duel (οδελώ, φρυκτώ) est rare après le ve siècle ; dans le règlement de
Phasélis, on lit déjà δύο οδελός. A Delphes, au ive siècle, on rencontre δυοΐν
(cippe des Labyades, A 23), πινακίοιν (compte de l'archontat d'Argilios,
en 361 : FD, III 5, 19, 1. 30), δυοΐν (compte de de Peithagoras,
en 341 : FD, III 5, 20, 1. 14) ; encore ces trois exemples, isolés au milieu
d'une foule d'autres où le pluriel s'est substitué au duel, intéressent-ils
les cas obliques qui, partout, ont résisté plus longtemps que le nominatif
et l'accusatif (3).
Il ne faut user qu'avec circonspection des indications tirées de
l'écriture (4). Cependant il est certain que l'écriture de ce texte n'est plus
archaïque, et que ce règlement est postérieur à la convention de Phasélis
et au cippe des Labyades. Il est beaucoup plus proche, par l'écriture, de
la loi de Cadys ; cependant les branches courbes de Y, de M, de ^, ont
disparu de notre texte (mais on les retrouve vers 350, dans la promantie
des Thouriens). Les caractères généraux sont ceux de l'écriture du
ive siècle (5) : Ε aux trois branches égales et horizontales, ΛΛ et ^ largement
ouverts, Κ aux branches obliques courtes, f\ en arche de pont, mais tendant
déjà à s'arrondir, Ο non pointé et très légèrement plus petit que les autres
lettres, de même que Θ et Ω, φ à la boucle ovale peu aplatie, Ϋ non arrondi.
Quelques détails qui, pris isolément, ne sont pas absolument probants,
concourent à maintenir le texte à une date assez haute : la disposition
rigoureusement sioichedon (les hastes verticales de Ε, Γ, Γ, Κ, étant
décalées à gauche par rapport à celles de I et T), le Ν aux hastes bien
(1) Où elle peut refléter la fidélité attique au vieil usage pendant la première partie
du iv* siècle : Homolle, BCH, XIX, 1895, p. 28.
(2) BCH, XXIII, 1899, p. 516. Cf. aussi le texte publié par G. Daux, ci-dessus, p. 151. Dans
le texte de la promantie pour les Siphniens, FD, III, 1 p. 113, c'est, selon É. Bourguet, le manque
de place qui a fait supprimer un γ. Sur cette question de la graphie ο = ου, cf. Riisch, op. cil.,
p. 29-32, et É. Bourguet, FD, III 1, p. 113, ainsi que BCH, 1925, p. 40-42 (deux exemples du
me siècle, qui appellent une autre explication).
(3) Cf. pour l'Attique où, dès 380, les cas obliques même n'apparaissent plus que comme de
rares survivances, Meisterhans-Schwyyer, Gramm. d. ait. Inschr., p. 200-201 ; Cuny, Le nombre
duel en grec, p. 79-87.
(4) É. Bourguet a multiplié les conseils de prudence et montré, par des exemples, à quelles
erreurs on est exposé : cf. notamment FD, III 5, p. 26-27.
(5) Cf. Bourguet, FD, III 5, p. 26-32. 188 P. AMANDRY
verticales, mais inégales, la seconde montant plus haut et descendant
moins bas que la première, H très étroit, ï à haste verticale, qui apparaît
une fois dans la loi de Cadys (mais dans un passage apparemment rajouté
après coup) et se maintient jusqu'au
111e siècle, concurremment avec Ξ (1). Par
l'aspect général de la gravure, et notam
ment par le trait ferme et égal partout,
mais épais (contrairement à la loi de
Cadys et aux comptes du temple), ce texte
ressemble de très près à quelques inscrip
tions delphiques dont la date est, au moins
approximativement, connue : un fragment
de décret de 375-370 {FD, III 5, pi. I, 1),
un devis du temple de 370 environ [ibid.,
pi. I, 2), un décret de promantie pour un
Sélinontin (fig. 1), de 360 environ {FD, III
1, 391, fig. 37), la loi sacrée des Asclépias-
tes, entre 354 et 346 [ibid., 394, fig. 38).
Ainsi les graphies ο pour ου et ε pour
ει et l'emploi du duel suggèrent une date
très haute dans le ive siècle ; mais il faut
toujours compter avec les survivances,
Comme d'autre part l'aspect de la gravure,
l'absence de certains caractères, de nettes
influences attiques paraissent imposer une
date postérieure à 380, et que rien n'oblige
Fig. 1. — Décret pour un Sélinontin à rapporter la conclusion de cette convent
{FD, III 1, 391). ion à un événement historique, tel que la
ruine du temple ou la guerre sacrée, on
datera ce texte du second quart du ive siècle : c'est l'époque des stèles
hautes et étroites, et aussi des plus anciennes promanties delphiques
connues (promantie des Thébains, 363/2), que la promantie des Skiathiens
a probablement précédées de quelques années.
(1) Cf. Bourguet, FD, III 1, p. 159, n. 1 ; mais si = a couramment les trois branches égales,
il n'en va pas de même de ■£ : E. Bourguet n'en cite que trois exemples, l'un de 375-370 {FD,
III 5, pi. I, 1), deux autres {FD, III 1, 560 et 561), à propos desquels, à cause de la rareté de cette
forme à Delphes, il se demande si le texte a été gravé par un lapicide delphique ; en fait, du I est un peu moins rare que ne le croyait É. Bourguet : il en existe quelques autres
exemples dans l'épigraphie delphique. Cf. par ex. BCH, LX, 1936, p. 359-361 (L. Lerat). CONVENTION DELPHES-SKIATHOS 189
L. 1-2.
La seconde ligne qui, seule, ne respecte pas la disposition stoichedon et
est écrite en caractères un peu différents, a été ajoutée après coup, dans
l'intervalle laissé vide entre le titre en gros caractères et la première ligne
du texte (1). Le titre était primitivement Σκιαθίων. La mention au génitif,
en tête d'un décret, du nom du peuple ou du personnage intéressé est
courante depuis le ve siècle jusqu'à l'époque romaine.
La seconde ligne apporte une précision : la convention ne concerne pas
seulement les Skiathiens habitant Skiathos, mais aussi les Skiathiens
habitant l'étranger ; άποικοι, paraît désigner, non des isolés, mais une ou
plusieurs colonies organisées : l'opposition de δαμος et άποικοι, a une autre
valeur que celle, assez fréquente, de οι ενδημοι et οι απόδημοι (Syll.3, 279,
1. 24 ; 524, 1. 29-30 ; 890, 1. 19 ; 1023, 1. 20-25), où il s'agit seulement
d'absence temporaire ; αποικία s'applique toujours à une colonie réguli
èrement fondée et installée de façon durable (Syll.3, 67 ; 107, 1. 50 ; 305,
1. 13 ; 543, 1. 33 ; 1020, 1. 5) ; une inscription athénienne distingue αποικία
de κληρουχία (IG I2, 140, 1. .9) ; de même άποικος a toujours le sens de
« colon » [Syll.3, 67 ; 357, 12; IG I2, 46 ; 195, 1. 23, 39 ; 198, 1. 38 ; Milel, 3,
141, 1. 7). On ne connaît pas de colonie fondée par Skiathos. L'addition
a pu être faite soit à la suite d'une fondation de colonie, soit à la suite
d'une contestation dans l'application de la convention ; à quelle date ?
Les exemples de titres au datif se rencontrent surtout à l'époque romaine (2),
au moins sans un nominatif exprimé (nom du dédicant ou προξενιά) ;
cependant deux décrets d'Athènes ont leur titre au datif seul : le traité
entre Athènes et Samos, de 405 (Syll.3, 116) : Σαμίοις όσοι μετά το δήμο το
'Αθηναίων έγένοντο et un décret honorifique de 347 (Syll.3, 206) : Σπαρτόκωι
Παφισάδηι, Άπολλωνίωι Λεύκωνος παισί. L'addition a dû suivre de peu la
gravure du règlement, car les caractères paraissent même plus archaïques,
notamment le ί très ouvert et le F.
L. 3-5.
Ce règlement s'ouvre par la formule des conventions (3) : τάδε ξύνθετα
Δελφοΐς και Σκιαθίοις ; il se clôt par la formule des décrets delphiques :
n°s (1)47 et Cette 74 ; disposition et, à Delphes n'est même, pas rare. FD, III, Cf. pour 1, 399 l'Attique, et 423. Kirchner, Inscript, atlicarum imagines,
(2) Cf. Larfeld, Handbuch der gr. Epigr. I, p. 435.
(3) Cf. pour les intitulés des traités : Larfeld, l. L, p. 439 ; Michel, Recueil, 1-31. Comparer,
par ex. Syll.3, 588 : συνθηκαι Μ[ιλ]ησίων και Μαγ[νήτων]. . . έπί τοϊσδε συ[νε]λύθησαν
Μαγνήτες καί Μιλή[σιοι] ; 135 : συνθηκαι Άμύνται τώι Έρριδαίου καί Χαλκιδεϋσι ; 627 :
έπί τοϊσδε συνέθεντο τήμ φιλίαν καί συμαχίαν έαυτοϊς τε καί έκγόνοις. 190 P. AMANDRY
τάδε Ιδοξεν Δελφοΐς. C'est en somme la ratification par Delphes d'une
convention passée avec Skiathos, avec laquelle se fond le décret conférant
à cette occasion à Skiathos les privilèges delphiques. Le formulaire du
règlement de Phasélis pouvait laisser croire à une décision souveraine de
Delphes (άδε Δελφοΐς Φασελίτας τον πελανον διδόμεν) (1) ; mais l'indication
du nom des deux théores phasélitains, avant celui de l'archonte delphien,
prouve qu'il s'agit bien, là aussi, d'une convention négociée entre les deux
parties.
L. 7-8, νόσφι πελανο.
La netteté de cette formule met fin aux discussions suscitées par le
sens du mot πελανός dans le règlement de Phasélis, où l'interprétation de
Th. Homolle n'avait pas emporté l'adhésion unanime : il ne peut s'agir
d'un gâteau ou d'une redevance quelconque en nature, ατέλεια ne s'applique
qu'à des redevances en argent (2). Le πελανός est, à Delphes, une taxe (3).
L'acquittement de cette taxe n'est probablement pas lié spécialement à
la consultation de l'oracle : on le trouve prescrit dans des sanctuaires non
oraculaires. Il fait l'objet, avec Phasélis, d'une convention limitée à ce
(1) Si l'on interprétait άδε = ε/"αδε = ε*δοξε. Par contre Homolle qui expliquait άδε comme
une forme démonstrative adverbiale soutenait que le document n'était pas un décret de la ville
de Delphes, justement parce qu'il y manquait la formule de sanction. La question άδε = ώδε
ou ε/"αδε a été longuement discutée (bibl. dans SEG, III, 394). Le début d'une inscription de
Dréros : άδ' ε/·αδε πόλι clôt la discussion en faveur de l'explication d'Homolle (P. Demargne et
H. van Effenterre, BCH, LXI, 1937, p. 334 ; LXII, 1938, p. 194-195). En fait le règlement de
Phasélis, comme celui de Skiathos, n'est pas un décret pris en toute souveraineté par la ville de
Delphes, c'est un décret d'enregistrement.
(2) Par ex. à Delphes : άτέλει[α]ν του [χειρ]οτεχνί[ου] (R. Flacelière, BCH, LIX, 1935,
p. 7-22 ; le sens de χειροτέχνιον, taxe artisanale, a été établi par G. Daux, lîeu. Phil., 1934,
p. 361-366) ; άτέλειαν των τε άλλων πάντων και ταν χοραγιαν άν τοί Δελφοί αγοντί (GDI
2524) ; ατέλεια χοραγίας και του ιατρικού (GDI 2615) ; en Attique {Syll.3, 1096, 1. 11) : άτέ
λειαν του χοΰ έν άμφοϊν τοΐν ίεροΐν (cf. Heges. ap. Athen. VIII, 365 d : on appelle χους chez les
Argiens la contribution fournie par les buveurs pour les repas en commun) ; dans le traité entre
Stiris et Médéon (Beaudoin, BCH, V, 1881, p. 42-54 = Syll3., 647, 1. 24-28) le ίεροταμίας reçoit
comme honoraires τών χοών το έπ[ιβ]αλόν τώι ίεροταμίαι ; cf. aussi Syll.2, 587 (Eleusis), 1. 75 :
τώι τον χουν έχφο[ρήσαντι. . .]. Le χους est le nom d'une mesure de capacité : avant de désigner
une contribution en argent, le mot a dû désigner le vin qu'apportait avec lui chaque convive.
(3) Dans une inscription d'Argos (BCH, XXXIII, 1909, p. 171-174) et dans deux inscriptions
d'Amorgos (Ziehen, Leges sacrae, 98 = Syll.3, 1047, 1. 11-12 ; Slll.3, 1046, 1. 11), πελανός désigne
sûrement une somme d'argent. Je reviendrai ailleurs sur le sens du mot dans les autres textes :
je connais actuellement treize mentions épigraphiques sûres de πελανός et trois douteuses. Les
textes épigraphiques et littéraires ont été rassemblés par P. Stengel, Opferbrauche der Griechen,
1910, p. 66-72, et L. Ziehen, PW, s. υ. πελανός (1937) ; aux listes établies par ces autei.rs, il faut
ajouter, outre les deux textes publiés ici, le règlement des Salaminioi trouvé à l'agora d'Athènes
(Hesperia, VII, 1938, p. 3, 11. 29 et 35) et un texte inédit deDelphes, qui sera publié par G. Daux. CONVENTION DELPHES-SKIATHOS 191
seul point : c'est donc une taxe d'ordre très général, due au moins pour
tout sacrifice (1).
Pourquoi les Skiathiens ne sont-ils pas exemptés de cette taxe comme
des autres? Est-ce à dire que cette exemption n'est pas au pouvoir de la
ville et que le pélanos n'est pas un de ces τέλη ών ή πόλις κυρία ? (2) II est
possible que, même sous la forme d'une taxe à acquitter en argent, la
redevance du pélanos ait gardé un caractère trop sacré pour qu'on pût
couramment s'y soustraire (3) ; il est probable aussi que c'était une source
de revenus dont les Delphiens n'auraient pas consenti volontiers à se priver.
C'est en effet la ville de Delphes qui en fixe le montant et qui en encaisse
le produit ; déjà la convention de Phasélis précisait : Δελφοΐς τον πελανον
διδόμεν, et non au prêtre par exemple. Les recettes du pélanos alimentaient-
elles une caisse spéciale, destinée à couvrir certains frais du culte (4) ?
Il semble, — mais les renseignements positifs font défaut, — que ce soit
une taxe municipale au même titre que les autres et qu'elle fasse partie
des recettes ordinaires de la ville, dont le budget n'est pas distinct de celui
du sanctuaire : la ville gère l'administration du sanctuaire pour l'exercice
ordinaire du culte.
Skiathos est soumis à un tarif plus avantageux que Phasélis ; en vertu
des équivalences : 1 statère = 2 drachmes = 12 oboles, les prix sont
respectivement fixés, pour l'État et les particuliers de Phasélis, à 44 oboles
et 4 oboles, pour ceux de Skiathos, à 12 oboles et 2 oboles ; l'État skiathien
paie quatre fois moins que l'État phasélitain, un Skiathien deux fois moins
qu'un Phasélitain ; et, par rapport au tarif de l'État, un particulier
(1) C'est aussi l'idée que suggère un décret du koinon des Asclépiades de Cos et de Cnide, trouvé
à Delphes, en 1939, inédit : l'Asclépiade qui arrive à Delphes, et désire ou sacrifier ou consulter
l'oracle, le fera après avoir juré de sa qualité d'Asclépiade ; ce qui implique qu'il est exempté
des taxes préliminaires au sacrifice et à la consultation, c'est-à-dire sûrement au moins du pélanos.
(2) Inschr. von Pergamon, 251 ( = Michel, 519), 1. 20-21 : άτέλειαν πάντων [ών] ή πόλις κυρία
par opposition aux taxes royales; autres exemples, BCH, 1922, p. 316 (Demangel et Laumonier).
C'est à une restriction de ce genre que ferait allusion la formule ατέλεια πάντων κατά τον νόμον,
qui se rencontre deux fois {Syll.3, 297 et BCH, XXIII, 1899, p. 503) : les τέλη ού κατά τον νόμον
seraient les taxes religieuses.
(3) Une apparente exception est plutôt une confirmation : c'est le cas des Asclépiades ; ceux
de Cos et de Cnide sont exemptés, du simple fait qu'ils ne sont soumis à d'autre obligation qu'à
celle du serment (cf. note 1) ; d'autres le sont expressément (FD, III 1, 394, 1. 22-23), si j'inter
prète correctement, dans l'expression ατέλεια των οσίων, τα όσια comme désignant l'ensemble des
. taxes cultuelles. L'exemption exceptionnelle accordée aux Asclépiades s'expliquerait par les
liens étroits qui les unissaient à Delphes depuis la première guerre sacrée.
(4) Si les recettes du pélanos ont été employées à la reconstruction du temple, hypothèse
avancée, d'ailleurs avec des réserves, par riomolle, l. c, p. 631-633 et 638, ce ne peut être que par
un détournement provisoire de ces fonds de leur destination normale ; au reste le mot n'apparaît
jamais dans les comptes du temple.

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