Cultes populaires dans la Crète antique - article ; n°1 ; vol.96, pg 389-426

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1972 - Volume 96 - Numéro 1 - Pages 389-426
38 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1972
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Paul Faure
Cultes populaires dans la Crète antique
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 96, livraison 1, 1972. pp. 389-426.
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Faure Paul. Cultes populaires dans la Crète antique. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 96, livraison 1, 1972.
pp. 389-426.
doi : 10.3406/bch.1972.2142
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1972_num_96_1_2142CULTES POPULAIRES DANS LA CRÈTE ANTIQUE
s'est mais et seulement Aux nous sous Ouest. aux A le trouvée chapitres encore ajouterons la sol rochers t*our suite de de de si compléter localiser Crète de relatifs modifier étrangement sacrés. quelques trois en aux 1969, les L'ordre nouvelles et, celles espérons-le, sites, sanctuaires paragraphes 1970 augmentée que suivi dont campagnes et nous 19711, ira, d'élargir de nous avions que relatifs sommet comme la nous donnerons de liste déjà nos recherches aux précédemment, avons et des conclusions publiées aux sources, sanctuaires avec cru cavernes dans menées nécessaire précision antérieures. aux le d'Est antiques de BCH2, sur arbres culte non les en et
coordonnées, il suffira de se reporter à la dernière carte que nous avons
dessinée : BCH (1969), page 175.
(1) Nous tenons à remercier ici le Centre National de la Recherche Scientifique, 30e section,
qui a bien voulu prendre à sa charge 28 jours de séjour sur 51 passés en Crète en août et septembre
1969, M. Jean Maunoury, grand philhellène qui a très discrètement et généreusement contribué
à faciliter nos enquêtes en Grèce au cours de ces trois derniers étés, MM. Georges Daux et Pierre
Amandry, directeurs successifs de l'École française d'Athènes, qui nous ont réservé le meilleur
accueil à l'École et recommandé auprès des autorités locales, enfin nos amis crétois qui nous ont
guidé dans nos recherches et au nombre desquels nous citerons particulièrement MM. Eleutherios
Platakis, professeur de sciences physiques, président de la section crétoise de la Société spéléo-
logique hellénique, Mikhaïl Diallinas, ingénieur chimiste à Hèrakleion, Georgios Katapotis,
maire de la ville de Sitia, Nikos Niourakis, directeur d'école à Rhéthymnon, Emmanuel Vardino-
giannis, docteur à La Canée, Ioannie Tsiphetakis, instituteur et épimélète honoraire des antiquités
de la Crète de l'ouest, et tous les directeurs et conservateurs des musées crétois, notamment
MM. K. Davaraa à Agios Nikolaos, St. Alexiou à Hèrakleion, I. Tzedakis à La Canée.
(2) P. Fauhe, < Cavernes et sites aux deux extrémités de la Crète », BCH 86 (1962), p. 36-56 ;
« Cultes de sommets et cultes de cavernes en Crète », BCH 87 (1963), p. 493-508 ; « Recherches
sur le peuplement des montagnes de Crète : sites, cavernes et cultes », BCH 89 (1965), p. 27-63,
et spécialement p. 49-51 sur le sanctuaire du Mont Vrysinas (Rhethymnis) ; « Nouvelles recherches
sur trois sortes de sanctuaires crétois », BCH 91 (1967), p. 114-150 ; « Syr trois sortes de sanctuaires
crétois (suite) », BCH 93 (1969), p. 174-213. PAUL FAURE [BCH 96 390
1. Sanctuaires de sommet
Tandis que les fouilles de M. Constantin Davaras, au printemps de
1971, ont augmenté le nombre des sanctuaires connus dans la région de
Sitia et sont appelées à enrichir considérablement l'information des histo
riens des religions3, l'exploration des plateaux et des rochers supérieurs du
mont Κάτω Έντιχτής4, dans la commune de Zakro, faite le 4 septembre
1971, m'a confirmé dans l'idée que je proposais en 1969 : c'est que le nom
moderne de mont «Indicateur» n'est parfois que la déformation ou le
rhabillage d'une antique Δίκτη ou Montagne Sacrée, ici comme à Krasi
(Pediados).
Les arêtes de ce pic très lapiazé de calcaire crétacé culminent à un
peu plus de 600 m, en bordure septentrionale de la route nouvelle qui joint
(3) Nous en dénombrions 17 dans la région de Sitia en 1969 sur un ensemble de 38 en Crète.
Au printemps de 1971, M. Davaras a fouillé le sanctuaire de Petsophas, que J. L. Myres avait
laissé presque intact en 1903, celui de Kalamaki ou Kalamavka près des ruines de l'antique
Itanos (actuelle Erimoupolis), celui d'Ampelos (actuel Xerokambos), ceux des monts Modhi,
Gallou Skopeli (ou Prinias, entre Stavromenos et Katsidoni), Xykephalo et. Etia, déjà connus
(cf. la revue 'Αμάλθεια d'Ag. Nikolaos 2 [1971], p. 200). Seuls, Kalamaki et Ampelos, quoique
pillés par les paysans, sont vraiment nouveaux. En outre, dans une brillante communication
faite au 3 e Congrès international des Études Cretoises à Rhéthymnon, le 20 septembre 1971,
M. Davaras a essayé de montrer que ce qu'on prenait pour un sanctuaire de sommet sur la
hauteur dite Σουβλωτο Μουρί (510 m), à 1,300 km au SO de Khamezi, n'était qu'une maison
d'habitation. Il s'agit plutôt, à mon avis, d'un ancien sanctuaire de sommet devenu sanctuaire
de campagne, comme ceux de Κατρίνια à Piskokephalo, de la Πατέλα de Sfakia, de Ρουσσές à
Khondros, de Μπαΐρια à Gazi, de Καννιά à Metropolis : cf. nos deux derniers articles du BCH,
cités à la note précédente. Avec Γ'Εντιχτής de Zakro, dont nous traitons ici, on aurait actuelle- -
ment répertorié au moins 20 sanctuaires de sommet dans la seule éparchie de Sitia. De tels invent
aires ruinent ou infirment les conclusions de traités ou d'articles antérieurs, tels que ceux de
M. P. Nilsson, The Minoan Mycenaean Religion and its Survival in Greek Religion9 (Lund, 1950),
ch. 1 ; F. Schachehmeyr, Die minoische Kultur des alten Krela (Stuttgart, 1964), p. 158-160 ;
B. Rutkowski, Atti e Memorie del 1° congresso iniernazionale di mieenologia, Rome, I (1968),
p. 163-168 ; B. C. Dietrich, « Peak cults and their place in minoan religion », Hisloria 18 (1969),
p. 257-275. Répétons qu'il ne faut plus désormais considérer comme des sanctuaires de sommet
Piskokephalo, Sfakia, Skopi, Άθρωπολίτους (sic) près de Zakro, Koprokephala, Mokhos, le
Saint-Élie de Malia, Khristou de Vasiliki, ni appeler Arkuseliana la commune d'Angouseliana
(Ag. Vasiliou) où se trouve le mont sacré Karavellas, fautes communes dans les livres et articles
relatifs à la religion Cretoise.
(4) Remarquer l'accent oxyton, analogue à celui des toponymes Άντιχτής à Gonies et à
Krousonas, Έντειχτής à Aloldes. Rectifier sur ce point BCH 93 (1969), p. 178. Les habitants
de Zakro distinguent deux monts Έντιχτής sur le territoire de leur commune, l'un dit "Ανω
(alt. 700 m), en bordure tiu sentier qui conduit à Sitanos, un peu au Nord du champ de bataille
de Mavrokampo ; l'autre dit Κάτω, en bordure Nord du sentier qui, jusqu'en 1947, conduisait
directement les habitants de Zakro au marché et au port de Sitia par Mangasa, Misirgiou et
et Rousa Ekklisia : consulter la carte de Teresa Wroncka, « Pour un altas archéologique de la
Crète minoenne », BCH 83 (1959), p. 523-542, en rectifiant Άδράβατσοι en Άδράβαστοι, en
mettant Σκαλιά à la place de Ζάκανθος et en déplaçant d'un centimètre environ la frontière
occidentale çle la commune de Zakro, CULTES POPULAIRES DANS LA CRÊTE ANTIQUE 391 1972]
^•^JÉÉÉiÉÉB^Â^i^
Fig. 1. — Le mont Endiktis à Adravasti, commune de Zakro {Sitias).
Fig. 2. — Otaviires au sommet du mont Endiktis à Zakro, PAUL FAURE [BCH 96 392
le village deJKarydi à celui d'Adravastous et à 1,500 km à l'Ouest de ce
dernier village. Du sommet, pourvu depuis 1966 d'un pilier géodésique,
on domine la vallée qui s'étend de Kellaria à Zakro avec les ruines cyclo-
péennes de Tavernes et de l'Aspri Kephala5.
A environ 30 mètres à l'Ouest du point géodésique, une terrasse semi-
elliptique de 17 sur 10 environ s'adosse vers le Sud à une falaise
rocheuse déchiquetée et surplombe les pentes assez . rudes du massif.
Le sol de cette terrasse est jonché de morceaux d'argile rouge bien cuite
et dont certains portent encore des traces λ de pétrissage. , On ramasse,
en outre, de nombreux tessons de vases que leur galbe et la forme de leurs
rebords permettent de dater, de la fin du Minoen Ancien et du début du
Minoen Moyen. Aucune construction apparente. Aucun fragment de
statuette non plus. On peut supposer qu'ici, comme ailleurs, les figurines
d'argile cuite, s'il y en eut» ont été brisées et dissimulées dans les crevasses
du sol. Mais il est permis aussi de croire à des offrande» informes de simple
terre des champs. Rappelons que sur d'autres sommets on apportait des
cailloux ronds du lit de la rivière ou du bord de la mer.
Ce terre-plein, fait pour les offrandes,. les feux et les danses, est dominé-
vers le Sud par un groupe de rochers à arêtes vives, hauts de 4 à 6 mètres.
Les· deux plus élevés présentent, sur leur face supérieure, la gravure de
triangles empalés (fig. 1 et 2), l'un pointant vers î'Est-Nord-Est, l'autre,
en sens inverse, vers le village de Sitanos dont les hauteurs sont couvertes
de ruines minoennes considérables6. On remarquera que le mont Έντιχτής
est très exactement au Sud du mont Modhi, à l'Ouest du mont Traostalos,
au Nord du mont Vigla, sanctuaires respectifs de Palaikastro, de
Khokhlakies-Karoumes et des fermes dispersées au Sud du haut Zakro.
Il nous semble évident qu'il servait de massif sacré aux cultivateurs de
la vallée qui s'étend d'Adravastous jusqu'à ces fermes et qu'il pourvoit en
eau. Cette région qui, par l'irrigation, tend à devenir la plus riche et la
plus peuplée de toute l'éparchie était encore bien cultivée, il y a cinq cents
ans, quand les soldats turcs brûlèrent tous les villages et emmenèrent les
habitants en esclavage7. De telles incursions permettent de comprendre
(5) Dites "Ασπρα ou Γαλανά Χαράκια par les explorateurs : F. Halbherr, The Antiquary
(1892), p. 154; Evans, Diary (1896); Pendlebury, Arch, of Crete (Londres, 1939), p. 296;
T. Wroncka, /. c, p. 531.
(6) A celles de Καταλείμματα (MR 3) il faut ajouter la grosse villa (MR 1 ?) du lieu-dit
Του Τσιγούνου τ* άρμί, que nous avions déjà signalée dans BCiT93'{1969), p. 176 n. 6, un peu
au Nord des ruines du lieu-dit Πατέλια d'époque archaïque et de la grande caverne-galerie dite
"Οξω Λατσίδι (cf. El. Platakis et I. Tsiphetakis, Δελτ. 'Ελλ. Σπηλ. 'Εταιρίας 9 [1967],
p. 109-113).
(7) Hippolyte Noirêt, Documents inédits pour servir à Vhistoire de la domination vénitienne
en Crète de 1380 à 1485 (Paris, 1892), p. 520-521. Sont entièrement détruits et inhabités en 1471
les villages suivants : Lithines, Grias, Zakathos, Lamnoni, Zakro (du haut), Viglou (ruines
existant encore sous ce nom à 1,800 km au Sud de Zakro), Adravasti, Klisidhi, Anatoli (probable
ment l'actuel Azokeramos, à l'Est des 2 précédents), «Sanctus Georgius » (chapelle, sources et CULTES POPULAIRES DANS LA CRÈTE ANTIQUE 393 1972]
l'incendie et le pillage du « palais » de Zakro et des villas avoisinantes
vers 1460 avant J.-C, sans qu'on ait besoin de faire intervenir pour cela
les éruptions de Santorin. -
Au Musée d'Agios Nikolaos, nouvellement aménagé, une des grossières
idoles en provenance de la montagne sacrée de Ziros (Sitias), dite Πλαγιά
(819 m), ressemble à une femme portant un enfant sur son bras. Cette
trouvaille s'ajoute à celles que nous signalions dans le BCH de 1965,
p. 28, couples humains, serpents noués et colombe. Ce sanctuaire n'avait
pas qu'une vocation thérapeutique et contemplative, comme semblaient
l'indiquer les membres offerts, les statuettes d'adorants et les doubles
haches. Gomme beaucoup d'autres, il a entendu les vœux les plus divers
et connu des cultes à éclipses.
Nous ne reviendrons pas, avant de nouvelles fouilles, près de l'antique
Lato, sur le mont Thylakas (521 m), où les restes d'un bâtiment rectangul
aire sans autel, en plus des idoles dénombrées, confirment notre chronologie
minoenne8. Nous irons un peu plus à l'Ouest, près de l'antique Biannos,
cité de Zeus et des Gourètes, d'Ares et des Aloades..A 3,200 km à vol
d'oiseau au Nord du village actuel de Kato Viannos s'élève un massif
de calcaire rose ponctué de jaspes rouges et appelé, pour cette raison, ό
Ρούσσος Δέτης. Sa hauteur (1160 m), le caractère quelque peu escarpé des
dernières falaises, le souvenir d'anciennes murailles aujourd'hui renversées
le font communément surnommer è Κάστελλος. On l'appelle aussi d'un
nom de berger, του 'Ανδρέα. On atteint le sommet en 2 heures de montée
à forte pente depuis Embaros, ou en 1 heure % depuis Kato Viannos,
en passant par le lit d'un torrent, les ruines d'un village du IIe siècle après
J.-C. au lieu-dit Κουκουνάς, la source d'Aphrati et l'abri sous roche du
lieu-dit στο Χάρακα.. Il y a quelques années, les cultures s'élevaient encore
en terrasses à plus de 1 000 m. C'est qu'il s'agit vraiment du mont des
sources. On en compte 6 tout autour de la plate-forme supérieure, au
contact des flyshs tertiaires et des calcaires mésozoïques. Le flanc Sud
est le grand collecteur des eaux qui irriguent la riche plaine de Viannos.
On voit se former sur le haut sommet les nuages qui apportent les pluies
du Nord et du Nord-Ouest.
Tout en haut, entre deux arêtes de rochers dirigées vers le Nord,
s'étend une terrasse mesurant 7 m environ du Nord au Sud, 4,50 m d'Est
ruines, à 4 km au Sud de Zakro), Zakro (du bas). La plupart de ces villages ne se relèveront de
leurs ruines qu'au xix· siècle et au début du xxe siècle seulement. D'autre part, il résulte de
l'analyse des prétendues laves ou bombes volcaniques de Zakro, faite au laboratoire de géologie
de l'Université de Clermont-Ferrand par M. Montpeyroux que je remercie vivement ici, qu'il,
s'agit seulement des scories d'une simple incendie provoqué par les êtres humains : chaux, silice
ou sable, matières organiques sodées, le tout superficiellement vitrifié à une température voisine
de 1000° C. Rien à voir avec l'éruption de Santorin, . malgré ce qui a été dit et répété par les
fouilleurs du « palais » de Kato Zakro.
(8) P. Faure, BCH 91 (1967), p. 122; I. Sakellarakis, ArchAnAth 3 (1970), p. 252-259. 394 PAUL FAURE" [BCH 96
Fig. 3. — Sanctuaire de sommet du mont Kastellos à Viannos,
en Ouest. Dans ce couloir rocheux (fig. 3) les bergers ont détruit depuis
quelques années deux murs de pierres sèches, l'un à l'Est, l'autre au Nord
d'une crevasse naturelle et ils ont retourné la terre noirâtre et cendreuse
du sol. Un long éboulis de même consistance descend sur le flanc Nord du
mont. Les fouilles désordonnées des chercheurs en quête de trésors ont fait
apparaître de nombreux fonds de coupelles MR 3, des tessons de cruches,
de bouteilles, de tasses en terre cuite décorées de lignes ocrées parallèles,
des fragments de vases à peinture noire. Un berger me dit" avoir découvert
une figurine d'argile, longue de 4 cm et représentant un chat ou un lion
assis qui tourne la tête, en outre, la base d'une statuette montrant encore
l'extrémité inférieure d'une longue robe. Dans ce sanctuaire, apparemment
hypèthre, le culte a donc duré au moins jusqu'à l'époque archaïque.
Il s'adressait à une divinité des eaux à la fois célestes et terrestres,
Britomarpis ou Artémis, qui figure, semble-t-il, sur. les monnaies de la
Biannos antique. A l'Est de l'église du Christ, à Kato Viannos, la butte de
Kephali porte les ruines d'un gros village d'époque orientalisante. De là
venaient certainement une partie des fidèles du mont Kastellos.
Dans la partie occidentale des monts Asterousia de nouveaux sommets
parsemés de tessons et de murailles se signalent à l'attention des chercheurs :
une eminence qui domine le lieu-dit Κορακιές, à Miamou9, Κεφάλα, près
que (9) les ruines D'après d'un I. Sakellarakis, gros village MA-MM1 ArchDelt : BCH 23 B2 93 (1968), (1969), p. p. 403. 181 Je n. n'ai 4. vu au lieu-dit Κορακιές CULTES POPULAIRES DANS LA CRÈTE ANTIQUE 395 1972]
d'Antiskari10, Κέρκελος11 (375 m) au-dessus et au Nord des ruines de l'ant
ique Λασαΐα, deux hauteurs à Μεγάλοι Σχΐνοι et à Γιαλομονόχωρο sur la rive
orientale de la gorge "Αγιο Φάραγγο, au Sud du monastère Odigi trias dans
la commune de Pigaïdakia (Kainouriou)12*.. Nous avons personnellement
examiné les murs de la Γ!ριά Βίγλα, à une heure et quart de montée au Sud
de Pobia (Kainouriou). Là, entre 600 et 620 m d'altitude, s'est développée
une agglomération de refuge à l'époque subminoenne et elle a subsisté
jusqu'à l'époque classique, protégée par un mur de rempart que Ton peut
suivre d'Est en Ouest sur une centaine de mètres. Les fragments de poterie,
pithoî à chevrons, récipients divers à vernis noir et rouge, sont part
iculièrement nombreux dans le flysch, au Nord d'une petite chapelle du
Christ (fête le 6 août). Au-dessus d'une terre-plein semi-circulaire on
remarque une enceinte elliptique de pierres sèches dans laquelle abondent
les débris de coupes et de vases noirs à anses très fines. Là se trouvait
un sanctuaire archaïque. Il a probablement pris la, suite d'un sanctuaire
minoen (MR 3?), à en juger par les fonds de coupes et les arêtes des rebords
de pots. Le versant Sud est constitué de paliers cultivés et la pente en est
beaucoup plus douce que celle du versant Nord. L'eau n'est présente qu'à
flanc de montagne, au Sud-Est, près de l'église de Saint-Jean, et au Sud-
Ouest, au fond d'un puits. A la limite des communes de Pobia, antique
Pompeia, et de Pigaïdakia, cette hauteur contrôle une grande partie
de la plaine de Mesara et des collines jusqu'à la mer13.
Tandis que se multiplient les découvertes préhelléniques à Agios
Myron, antique Rhaukos (Malevyziou)14, il se confirme par l'examen
du site et le témoignage des habitants que la hauteur "Aï Λιας ou Καμένα
(alt. 400 m), à 1 km au Sud-Ouest du village, portait un sanctuaire à son
sommet, au moins depuis l'époque géométrique. Il était particulièrement
actif à l'époque dédalique. On offrait alors des figurines animales et des
plaquettes d'argile à reliefs15.: Jusqu'en 1963 on pouvait voir une icône
du prophète Élie posée entre deux dalles de rocher noir. . Les femmes
venaient l'encenser et allumer quelque cierge. Au pied de cette protubé
rance rocheuse, M. El. Platakis notait encore en 1968 la présence de quelques
tessons romano-byzantins. La colline, rongée par le percement d'une
(10) Information due à M. Myron Zakharakis, professeur retraité du lycée de Pobia. Le
sommet de la Κεφάλα portait quelques restes de murailles à la fin du siècle dernier. Les pierres
ont été transportées au village.
(11) Toponyme peut-être préhellénique : cf. Kadmos 9 (1970), p. 87. Le site où se rencontrent
quelques tessons frustes a pu servir de lieu de culte, de refuge et surtout de guette au bord de la
mer.
(12) Information due à M. K. Branigan au 3e Congrès des Études Cretoises à Rhéthymnon et
confirmée par lettre du 10.12.1971 : qu'il en soit vivement remercié. Sur ces deux sommets, traces
d'enclos et existence d'une plate-forme avec de nombreux tessons MM et quelques MR.
(13) Ces renseignements sont destinés à compléter et en partie à rectifier ceux que je donnais
au BCH 93 (1969), p. 181.
(14) ArchDell 23 B2 (1968), p. 403 ; Kp. Xp. 21 (1969), p. 534, 538 ; 22 (1970), p. 518.
(15) Kp. Xp. 17 (1963), p. 386-387 ; BCH 93 p. 190, n. 4. ,)β r-
396 PAUL FAURE [BCH 96
Fig. 4. — Mont sacré de Krousonas.
route et l'activité d'une carrière de pierres, ne sera bientôt plus qu'un
souvenir.
D'autres cités antiques de cette région vinicole de la Malvoisie
(Μαλεβύζιον) avaient leur cime sacrée : le mont Pyrgos près de.Tylissos,
la Patela de Prinias (à mon avis, l'antique Apollonia), le mont Philiorimos
à Gonies (où subsiste le toponyme préhellénique Kanassos), le mont
Keria à la frontière de cette commune et de Krousonas. C'est à 3,400 km
au Sud-Ouest de Krousonas et à 400 m à vol d'oiseau au Nord-Est du
monastère de Sainte- Irène, au lieu-dit του Πετρογιάννη τδ μουρί, que nous
avons identifié un nouveau sanctuaire de sommet, M. Em. Phygetakis,
M. El. Platakis et moi. Au printemps de 1969 un paysan découvrait là
une petite jambe et une minuscule tête humaine en argile, analogues
aux ex-voto minoens du mont Iouktas et du mont Kophinas, et que
nous avons vues. La hauteur en question culmine à 660 m (fig. 4). C'est
une falaise de calcaire néogène dont le flanc Sud est escarpé et qui domine
vers l'Ouest la butte de Koupo, acropole d'une cité antique au nom encore
inconnu. Au pied du sanctuaire et à 100 m de distance, au lieu-dit Βαρσαμό-
νερο, coulent quelques filets d'eau. Sur le sommet, lieu des fouilles clandest
ines, on aperçoit des restes de murs en pôros liés au plâtre, ruines probables
d'une chapelle d'époque vénitienne. Tout autour et surtout sur le flanc
Est sont éparpillés de nombreux fragments de petites coupes faites d'une
argile ocre bien tamisée et dont les fonds et les bords très fins rappellent
ceux des coupelles à offrandes MM3-MR1; sans traces de peinture. Une CULTES POPULAIRES DANS LA CRÈTE ANTIQUE 397 1972]
sorte de chaussée en pierre venant de la région des sources, mène à ce
sanctuaire par le Sud-Ouest. Ici encore la présence de l'eau semble expliquer
celle du culte.
H faut rectifier partiellement les informations concernant le sanctuaire
dit <nh IMfeupi $ Drosia (Mylopotamou) et parues dans le BCH (1969),
p. 185. D'après i*îïiye&ieur, M. Erankiskos Papadakis, les statues archaïques
de déesse assise ou deîjout et se voilant le sexe n'ont pas été exhumées
au sommet (lieu-dit Κορφή) occupé par un poste d'eau de construction
toute récente, mais à environ 60 m de distance à l'Ouest-Sud-Ouest et
en contrebas d'environ 5 m, à l'extrémité d'une terrasse de vignobles,
auprès de gros caroubiers (fig. 5). A 2 mètres de profondeur, quelque
400 fragments de terre cuite, sans aucune construction de mur, sans
tuiles ni chéneaux, étaient disposés en une espèce de quadrilatère de 2 m
de côté environ, ou plutôt en un cercle irrégulier, entre deux rochers.
A l'intérieur de ce périmètre il n'y avait rien, sinon une terre noire. Aux
objets de culte déjà énumérés on ajoutera de larges fragments de jarre
et un corps de bovidé en argile (fig. 6). J'ai vu le site, les trouvailles et leur
inventeur.
De nouvelles figurines votives ont été découvertes sur. le sommet du
mont Vrysinas (858 m) ou mont des Sources, à 2,700 km au Nord-Est
d'Armenous (Rhethymnis) où M. I. Tzedakis fouillait en 1970 une nécro
pole MR3 considérable. Le Club Touristique de la Canée, lors d'une prome
nade au mont Vrysinas au printemps de la même année, y a découvert
assez d'offrandes de terre cuite pour emplir tout un grand panier, notam
ment dans une dépression circulaire, voisine de la chapelle du Saint-
Esprit. Parmi elles, un gros avant-train de bovin sans cornes et un poisson
en argile. Un des corps de taureau, lorsqu'il était complet ne mesurait
pas moins de 50 cm de longueur. L'ensemble me paraît beaucoup plus
de la fin de l'époque minoenne que du début16.
Je proposais en 1969 de chercher un autre sanctuaire plus à l'Ouest
encore, sur le sommet du mont Onykhas (748 m), à 4 km au Nord-Nord-
Ouest de Rodopou (Kisamou)17, parce que Callimaque dans son Hymne
à Artémis, v. 198-199, plaçait là un mont Diktaion et qu'au pied de
Γ Onykhas a lieu encore chaque année l'un des plus grands pèlerinages de
la Crète occidentale. M. I. Tsiphetakis en a fait l'ascension le premier
avec le Dr Em. Vardinogiannis, le 4 janvier 1970. Il m'y a conduit le
2 septembre 1970. L'examen a répondu à notre attente. Au pied Sud-Est
de cet éperon de calcaire crétacé, sur un tout petit plateau cultivé, sont
éparpillés quelques tessons subnéolithiques ou du Minoen Ancien local,
pieds de marmite à section ovale, flancs de vases d'une argile très caillou-
(16) Sur ce sanctuaire considérable, que j'ai identifié en 1962, je renvoie à BCH 87 (1963),
p. 504-507 ; 89 (1965), p. 49-51 ; 91 (1967), p. 127 et 131 ; 93 (1969), p. 185-186.
(17) BCH 93 (1969), p. 190. Une route en très mauvais état et longue de 4,500 km mène au
pied du mont. -

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