De l'âge du Bronze à l'âge du Fer : le dépôt d'Echallens (Canton de Vaud, Suisse) - article ; n°10 ; vol.81, pg 357-370

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1984 - Volume 81 - Numéro 10 - Pages 357-370
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Valentin Rychner
De l'âge du Bronze à l'âge du Fer : le dépôt d'Echallens (Canton
de Vaud, Suisse)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1984, tome 81, N. 10-12. pp. 357-370.
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Rychner Valentin. De l'âge du Bronze à l'âge du Fer : le dépôt d'Echallens (Canton de Vaud, Suisse). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1984, tome 81, N. 10-12. pp. 357-370.
doi : 10.3406/bspf.1984.8598
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1984_hos_81_10_8598357
De 1 âge du Bronze à l'aie áu F er
le dépôt d Ecnallens
(Canton de V aud, Suisse)
par Valentin Rychner
1 — INTRODUCTION 2 — DECOUVERTE ET INVENTAIRE DU
DÉPÔT
Si les nombreux habitats littoraux du Bronze final
se signalent par l'abondance de leur mobilier métal Le dépôt d'Echallens appartient actuellement au
lique, les dépôts contemporains (Bronze final II b - Musée cantonal d'archéologie et d'histoire de Lau
III b) de la Suisse au nord des Alpes sont au sanne, mais il faisait auparavant partie de la
collection particulière du célèbre archéologue vau- contraire rares, plutôt pauvres et en partie mé
connus. D'après la liste de M. Primas (1971, p. 54, dois Frédéric-Louis Troyon (1815-1866). Le cata
avec bibliographie), d'eux d'entre eux appartiennent logue de cette collection, de la main même de
au Bronze alpin des Grisons (Schiers, Filisur). Ils ne Troyon, constitue notre unique source de connais
contiennent que des lingots et leur datation n'est sance sur les circonstances de la découverte et sur
donc pas assurée. Les huit autres ne sont pas l'inventaire originel du dépôt. Nous le transcrivons
antérieurs au BF III b. Deux seulement proviennent ci-dessous intégralement et littéralement.
du nord ou de l'est du pays (Bâle, Winterthour), un
[page 258] du Valais (Sion), les cinq derniers de la partie
occidentale du Plateau, dans un espace compris entre № 2221 à 2231. plus 2537.
l'Aar et la zone orientale du lac Léman. Ceux de
Fonderie de l'âge du bronze, Kerzers, Вех et Ollon sont accessibles au travers de
trouvée à Echallens dans l'été de 1857, en nivelant la publications récentes, mais le dépôt d'Echallens
cour du château. Les objets ci-après étaient déposés (district du même nom, canton de Vaud), à mi-
dans la terre à environ 5' [5 pieds, soit 1,5 m] de chemin d'Yverdon et de Lausanne, entre le lac de
profondeur. Neuchâtel et le Léman, n'a encore jamais fait l'objet
d'un relevé intégral et précis. Le but du présent 2221. Culots et fragments de culots de cuivre rouge
article est donc la description de cet ensemble et, avec quelques parties d'étain provenant des instr
dans le sillage des idées déjà exprimées par J.-P. uments brisés qu'on refondait dans le creuset. Le
Millotte (1958/59), la mise en évidence de son № 2221 a) contient encore un fragment de bracelet
caractère original et très exogène dans le contexte qui a été pris dans la fonte mais non fondu [notre
culturel de la civilisation des Champs d'Urnes au №24].
nord-ouest des Alpes (1). 22 22. Petit fragment de lamelle de bracelet strié en
bronze. Université de Neuchâtel, Séminaire de préhistoire, Avenue 2223. Fragment de la poignée d'une faucille ou d'une Dupeyrou 7, CH — 2000 Neuchâtel.
lame en bronze. (1) Nos remerciements les plus sincères s'adressent à Raoul 2224. Revêtement en bronze d'une poignée d'insWiesendanger (musée de Lausanne), Jacques-Louis Wyss (musée
d'Yverdon), Karl Zimmermann (musée de Berne), Yvette Mottier trument.
(musée de Genève) et Jules Nidegger (Echallens) ; à la fonderie 2225. a) Fragment (peut-être de poignée) en bronze et Boillat SA (Reconvilier) et plus particulièrement à Bernard a) pièce plate. Comte, auteur des analyses ; à Jean-Claude Blanchet (Com-
2226. Celt en bronze demandant un manche fendu. piègne) qui nous a communiqué d'utiles informations. Toutes les
illustrations sont de l'auteur. Voir le 2537. 358
2227-8. Deux celts en bronze à douille. trations (Troyon, 1860, p. 113 ; Troyon, 1868, p.
2229-31. Trois celts à douille ou petits ciseaux qui 472 ; Bonstetten, 1874, p. 21 ; Mottaz, 1914, p. 637 ;
n'étaient bons qu'à être rejetés dans le creuset, à Viollier, 1927, p. 154). Elles n'ajoutent aucun
cause des soufflures qui ont fait manquer le renseignement supplémentaire par rapport au cata
tranchant. Ces pièces de petites dimensions sont logue de Troyon. J.-P. Millotte (1958/59) fut le
fabriquées avec une grande économie de métal. premier à discuter la signification du dépôt et à
proposer quelques croquis sommaires des objets, Les pièces qui précèdent n'ont pu avoir cours dans sans mentionner, cependant, ni les lingots ni la hache le commerce, et bien qu'on n'ait pas trouvé les 22. L'illustration de Muller-Karpe, la même année, creusets, la fonderie ne pouvait pas être bien loin de ce est plus détaillée mais l'existence des lingots n'est point. toujours pas signalée. Depuis lors, le dépôt d'Echal
Il est à remarquer que les celts sont fortement alliés lens n'a fait l'objet que de très brèves mentions par F.
d'étain, tandis que les culots en ont fort peu. Il en Stein (1979, p. 208) et par M. Primas (1977, p. 54).
résulte que l'alliage de l'étain a dû être fait sur place. Il Tous les objets du dépôt ont la même patine faut rapprocher de cette découverte celle du moule de terrestre vert foncé. Comme le confirme l'étude hache en bronze trouvé dans les palafittes de Morges. typologique, il est donc évident que les objets
C'est M. le Dr Wulliamy qui m'a indiqué cette appartiennent tous au même ensemble. Ce dont on
découverte. pourrait douter, au premier abord, c'est de l'endroit
de la découverte, que l'on situerait plus volontiers [Page 296] dans le Midi de la France qu'en plein canton de
2537. Celt en bronze d'une superbe oxidation, acheté Vaud. En fait, le pedigree du dépôt nous paraît
à Yverdon et provenant de la découverte de la suffisamment précis (au moins pour l'époque) pour
fonderie d'Echallens. Voir № 2221. que les doutes quant à son authenticité soient
écartés. Rappelons aussi que d'autres trouvailles D'après la date de sa première mention officielle « étrangères » sont connues dans la région, non (Troyon, 1858, p. 26, note 4), le dépôt a dû parvenir seulement dans les palafittes mais aussi dans le dépôt à Troyon dans un délai très bref après sa découverte. voisin et vaudois d'Ollon/Charpigny (Bocksberger, L'achat ultérieur de la hache 2537 (notre 18) ainsi 1964, fig. 28/23). que la présence de deux fragments de lingots,
probablement inconnus de Troyon, aux musées
ď Yverdon et de Berne, montrent cependant qu'une
3 — DESCRIPTION ET DISCUSSION DU MApartie du dépôt, impossible à estimer, a pu être
TÉRIEL dispersée et perdue. La comparaison de l'inventaire
de Troyon et de l'état actuel du dépôt montre d'autre
part que quelques pièces ont disparu. Il s'agit du 3.1 - Les lingots
fragment de bracelet 2222 et des déchets difficilement
identifiables 2223-2225. Troyon, enfin, ne précise pas Le fait qu'il contienne, dans sa composition le nombre des « culots et fragments de culots ». Une actuelle, plus de matière première brute que d'objets
main postérieure à la sienne, à la hauteur du № 2221, finis (5 230 g pour 1 450 g) constitue la première a ajouté « 1-23 », ce qui semble indiquer qu'il y avait originalité du dépôt d'Echallens. Dans les ateliers à l'origine 23 lingots et fragments au musée de palafittiques voisins des Trois-Lacs (Neuchâtel,
Lausanne. On doit donc admettre que 9 lingots et Bienne et Morat) et du Léman, les lingots de cuivre
fragments manquent aujourd'hui à l'appel. Il est sont en effet rarissimes (Rychner, 1984) et ne absolument certain, en revanche, que l'attribution au constituent jamais qu'une infime proportion du
dépôt par Millotte (1958/59, p. 47, fig. 3/2) et matériel métallique recueilli, qui est très riche, en
Muller-Karpe (1959, pi. 178 E/2) de l'herminette à revanche, en fragments d'objets destinés à la refonte. douille et lame biseautée fig. 3 est erronée. A la page Des autres dépôts suisses sûrement attribuables au
126 du catalogue de Troyon, sous le № corres BF III b, seul celui de Winterthour contient du
pondant, il est en effet indiqué : cuivre brut (4 fragments de lingots).
1504. Celt en bronze trouvé en 1851 au nord-ouest Les lingots d'Echallens sont tous du type piano-
d'Echallens à la Clopette près de Condemines convexe habituel pour l'époque (Tylecote, 1976, (cimetière helvéto-burgonde). A la Clopette est un pp. 30-31). Quatre exemplaires (1, 6, 12, 16) monticule au pied duquel est un marécage d'où cette frappent par leur circularité approximative, par leur pièce paraît provenir, à en juger par son oxidation. surface tourmentée, par le nombre et l'importance La douille porte à l'intérieur les traces du noyau du des soufflures, souvent garnies de scorifications moule destiné à former le vide. vitreuses. Il est bien possible qu'ils représentent le
Les mentions anciennes du dépôt d'Echallens sont produit à peu près brut du raffinage. Les autres
exemplaires apparaissent plus compacts et ne sem- toutes extrêmement succintes et dépourvues 359
8
>см
11
Fig. 1 - Echallens. Les lingots 1-11. 360
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20 21 22 23 24
Fig. 2 - Echallens. Les lingots 12-16, les haches et le fragment de bracelet. La flèche indique l'extrémité distale de la douille. 361
blent pas avoir été obtenus de la même façon. Ils Trois-Lacs, on la rencontre dès le BF III a. Elle est
alors de contours massifs, avec une « taille » peu ressemblent davantage que les autres aux rares
lingots des palafittes, qui sont macroscopiquement marquée (Rychner, 1975, pi. 7/8-9). Au BF III b, elle
plus homogènes (Rychner 1984, fig. 1). a généralement une silhouette beaucoup plus
élancée, caractérisée par une taille étroite (Rychner, Très grossièrement, on peut distinguer cinq caté 1974/75, fig. 12/1-4). Les exemplaires 17 et 18 se gories de poids : plus de 1 000 g (1) ; entre 550 et rattachent à cette variante évoluée. Si 17 ne présente 817 g (2-5) ; entre 165 et 315 g (6-7, 16) ; entre 49 et aucun caractère particulier, 18, en revanche, s'indivi72 g (8-12) ; moins de 40 g (13-14). Dans la région, dualise nettement par rapport à la moyenne de la un poids de 1 300 g pour un lingot entier peut passer production lacustre régionale. Elle frappe en effet pour à peu près moyen. Les lingots de Schiers par ses côtés très plats à la hauteur des ailerons. (Keller-Tarnuzzer, 1935, fig. 11-14) pesaient en effet Contrairement à la tendance générale, sa section est entre 1 035 et 2 267 g, l'exemplaire entier de Corce- donc plus rectangulaire qu'ovalaire. Comme la lettes seulement 490 g (Rychner, 1984, fig. 1/1), mais quasi-totalité des haches à ailerons, 17 et 18 sont des celui de Aesch, non datable, pas moins de 5 000 g outils fonctionnels. Il n'est pas sûr que 18 ait servi (Leuthardt, 1922-25, pp. 102-117, pi. 5). Il est (l'usure du tranchant est le fait de la corrosion) mais difficile d'estimer le poids des lingots entiers d'après la brièveté de la lame par rapport aux ailerons un seul fragment, mais on peut penser que le lingot indique vraisemblablement que 17 avait déjà subi au dont est issu le fragment 5 était à l'origine le plus gros moins un réaffûtage complet du tranchant. de la série d'Echallens. Le lingot 6, quant à lui, est
Toutes les autres haches du dépôt sont à douille et spécialement léger pour un exemplaire entier. S'il a
se distinguent donc nettement de la production des été récolté directement au fond du four, il montre
Trois-Lacs. La hache à douille y est en effet d'une que l'on pouvait, à l'occasion, raffiner seulement de
très petites quantités de minerai. extrême rareté par rapport à l'énorme abondance des
outils à ailerons. Les quelques exemplaires publiés se
rattachent pour la plupart à des formes atlantiques ou 3.2 - La composition chimique des lingots
armoricaines (Gross, 1883, pi. 13/9, 12-15 ; Van
Muyden/Colomb, 1896, pi. 20/1-3 ; Rychner, 1979, L'analyse chimique des lingots (annexe 2), qui ne pi. 124/6-7). L'état de publication quasi nul des tient compte, il est vrai, ni de l'oxygène ni du soufre stations du Léman empêche de se faire une idée ni du fer, frappe par le taux très bas des éléments claire de la situation dans la partie la plus occidentale mesurés. De l'arsenic, de l'antimoine, de l'argent, du du pays. L'examen direct du matériel aux musées de nickel, du bismuth, du cobalt et du zinc, qui, au Lausanne et Genève montre cependant que la hache Bronze final, ne sont tous que des impuretés, à ailerons est encore largement majoritaire à la l'arsenic est le seul à dépasser régulièrement 0,1 %. Grande-Cité de Morges, mais que la situation est L'étain, 12 fois inférieur à 0,1 % et ne dépassant pas nettement inversée à Genève/Les Eaux- Vives. La 0,5 %, est également à considérer comme impureté. Savoie connaît également une majorité de haches à Le cas du plomb est peu moins clair. La quantité douille (Costa de Beauregard/Perrin, 1878, pi. 6). A qu'en présentent les lingots 5 et 9 est tellement l'exception de quelques importations atlantiques différente de celle des autres exemplaires qu'elle doit comme on en connaît aussi dans le dépôt d'Ollon/ être le résultat d'un alliage volontaire. Les taux situés Charpigny (Bocksberger, 1964, fig. 28/23), les haches entre 0,5 et 1 % (16, 14), en revanche, doivent sans à douille du Léman sont certainement de fabrication doute être considérés comme naturels. Le dendro- locale. Les deux formes les plus fréquentes sont celle gramme de la figure 5 est établi en fonction des à lame biseautée, comme celle d'Echallens/La Clo-
4 impuretés les plus significatives de la région à cette pette (fig. 3), et celle à constriction médiane et
époque (arsenic, antimoine, nickel, cobalt). Il ailerons simulés.
montre que 12 des 16 lingots se ressemblent beau La plus individualisée des haches à douille d'Echallcoup et que 4 seulement se distinguent des autres. Le ens est sans conteste 23. Non fonctionnelle (parois № 6, en effet, est riche (à l'échelle d'Echallens) à la trop minces, douille se prolongeant jusqu'au fois en arsenic et en antimoine, tandis que 11 et tranchant, vides de coulée), elle porte en effet le 14 ont les plus grosses teneurs de nickel. Avec ses décor caractéristique de baguettes bouletées. Il est teneurs fortes en antimoine et en argent, hautes connu sur des haches à douille armoricaines (Briard, également en étain et en plomb, 16 est le seul 1965, fig. 89 et 93) et normandes (Briard/Verron, exemplaire de composition vraiment particulière. 1976, p. 44, fig. 2), non fonctionnelles, sur des outils
fonctionnels de Grande-Bretagne (Hawkes/Smith, 3.3 - Les haches et le fragment de bracelet 1955, pi. 13/19 ; Schmidt/Burgess, 1981. pi. 100-104 ;
Smith, 1956, pi. 17/7 ; Smith. 1958, pi. 35/2). de la
La hache à ailerons supérieurs et anneau est Belgique (Gerdsen. 1984. fig. 4/2) et du sud de la
universellement répandue en Europe. Au bord des zone nordique (Sprockhoff. 1956, pi. 6/11, 14. 9/8), 362
Le № 20 appartient à une famille bien connue de
haches à douille baptisées soit « à lame en méplat »
(Briard/Verron, 1976, pp. 71-72) soit « à lame
biseautée, type Frouard » (Chardenoux/Courtois,
1979, №s 890-944). Ce genre de hache est en effet
présent dans de nombreux dépôts du BF III b au
nord-ouest des Alpes (par exemple Manson : Char
denoux/Courtois, 1979, pi. 86/B ; Ray-sur-Saône :
Millotte, 1963, pi. 42/21 ; Frouard : Reboul/Millotte,
1975, F 31/7-10 ; Hanau : Miiller-Karpe, 1948, pi.
36/10 ; Ockstadt : Hermann, 1966, pi. 196/2-3 ; Bad
Homburg : Hermann, 1966, pi. 180/3-4). Il est par
contre très rare dans les palafittes des Trois-Lacs
(Pfahlbauten 1, pi. 5/19), mais plus fréquent dans le
Léman (9 ex. à Genève/Les Eaux- Vives, Musée d'art
et d'histoire de Genève). Il apparaît aussi dans le
dépôt d'Ollon/Charpigny (Bocksberger, 1964, fig.
28/22) et à Echallens même (fig. 3). Il est censé
« abonder » dans le centre-est français (Chardenoux/
Courtois, 1979, p. 115). A douille ronde, avec ou
sans anneau, haches ou herminettes, tous ces outils
ont en commun des proportions allongées. Le №5 20
se signale au contraire par son caractère nettement
trapu et par la brièveté de l'espace compris entre
l'embouchure et le haut du biseau. C'est à nouveau
dans le Launacien qu'apparaissent à notre avis les
meilleures pièces de comparaison (Chardenoux/
Courtois, 1979, №s 894-896, 903, 910). Ce sont des
outils fonctionnels, comme l'est également 20. Une
éventuelle parenté launacienne avait déjà été sug
gérée par Millotte à propos de cet objet (1958/59, p.
48).
Tout comme 23, 21 et 22 sont des haches non
fonctionnelles, qu'il est cependant moins facile de
rapprocher d'un type précis. L'exemplaire 21 entre
tient certaines affinités de taille et de forme avec les
haches armoricaines du type de Couville (Briard,
1965, fig. 98) et avec les variantes normandes de
Moidrey et de Saint-James (Briard/Verron, 1976, pp.
42-44), mais c'est encore parmi les haches de forme Fig. 3 - Echallens/La Clopette. Herminette en bronze trouvée en 1851 et
n'appartenant pas au dépôt (MCAH Lausanne, CT 1504). Longueur : launacienne non décorées que l'on trouve les meil
105 mm, poids : 177 g. Composition chimique : voir annexe 2.
№s leures 1 114-1 comparaisons 118). La (Chardenoux/Courtois, majorité des haches launa1979,
ciennes sont cependant légèrement plus grandes
(8-11 cm). Complètement ratée, 22 est encore plus mais aussi en Languedoc, dans les dépôts launaciens
difficilement identifiable. Plus trapézoïdale que les (Chardenoux/Courtois, 1979, №s 1 040-1 109). Quoi
modèles armoricains, elle peut elle-aussi s'intégrer que un rapprochement puisse être établi entre 23 et
dans la série launacienne des haches de forme les haches normandes de type Saint-James, c'est bien
parmi les haches à douille et anneau de forme №s Rochelongue 1 228-1 231), (Chardenoux/Courtois, connues également en format 1979, milaunacienne que l'on trouve les parallèles les plus niature (№s 1 380-1 381). convaincants. On y retrouve en effet le même profil
La hache 19, outil non aiguisé mais potentiellcintré, le même genre de bourrelet, la forme
ement fonctionnel, n'est pas non plus rattachable à de douille, le même décor et, souvent, le même
caractère intentionnellement non fonctionnel. La une forme bien précise. Des haches à douille et
taille moyenne des haches launaciennes est cepen anneau pareillement atypiques sont connues dans des
dant plus élevée, mais des exemplaires miniatures dépôts atlantiques du groupe des épées en langue de
(Chardenoux/Courtois, 1979, №s 1 056-1 057) mont carpe, en Bretagne (Briard, 1966, pi. 47/478-479) et
rent que 23 peut très bien être intégrée à la série. spécialement en Picardie, où elles voisinnent avec I
363
des haches à douille du type du Plainseau (Amiens/ Péret (Chardenoux/Courtois, 1979, №s 1 048 et
Le Plainseau : Opitresco/Blanchet/Millotte, 1978, 1 141), sont en effet les plus voisins que nous
connaissions de la hache d'Echallens. fig. 41/345 ; Gaucher, 1981, fig. 147/H 43 ; Amiens/
Saint-Roch : fig. 152/H 1 ; Marlers : Au contraire des haches à douille, le petit fragment
Gaucher, 1981, fig. 157/H 2-4 ; Juvincourt-Damary : décoré 24 ne choquerait pas dans un inventaire
Jockenhôvel/Smolla, 1975, fig. 3/13). Les exemp régional palafittique. De tels bracelets, à section en
laires auxquels nous faisons allusion n'entretiennent forme de losange, sont en effet nombreux dans les
cependant avec 19 qu'une ressemblance très approxi palafittes, par exemple à Auvernier (Rychner, 1979,
mative. Une fois de plus, les rapprochements pi. 92/3-7).
launaciens nous paraissent au contraire beaucoup
plus satisfaisants. Deux outils, de Launac même et de
2
3 -,
4 ECHALLENS
13 - § E 0.001 0.01 0.1 1 10 MOY. 7
0.047 LINGOTS
Sn
HACHES 9.73
0.103
Pb
1.92 ПТП
0.043
As
0.044
0.027
Sb
Fig. 5 - Echallens. Dendrogramme (voir annexe 2) de la composition des 0.029
lingots, classés d'après leurs teneurs en arsenic, antimoine, nickel et
cobalt. 0.018
Ag
0.034
3.4 - La composition chimique des haches et du 0.15 bracelet Ni
0.074
Le dendrogramme de la figure 6 est assez satisfai
sant dans la mesure où il correspond bien aux
0.001 observations purement morphologiques. Les deux
haches à ailerons 17 et 18, qui sont du même cuivre Bi
que les haches à douille, forment en effet une bonne 0
paire, au point de vue de l'alliage comme à celui des
17
18 0.005
19 Co 21 0.003 22
20
0.026 ШШ 1 HACHE 23
Zn □ 1 LINGOT 24 0.013
Fig. 4 - Echallens. Composition chimique des objets. Comme ceux des fig. 8 et
Fig. 6 - Echallens. Dendrogramme de la composition des haches et du 9, ce graphique est conçu d'après le modèle proposé par Waterbolk et
Butler (1965). Les teneurs sont exprimées en %. Les moyennes ne tiennent bracelet, classés d'après leurs teneurs en étain, plomb, arsenic, antimoine,
compte ni du lingot 16 ni du fragment de bracelet 24. nickel et cobalt. 364
i impuretés. La même remarque vaut également pour
23 21 et 22, deux petites haches non fonctionnelles, ainsi
20 que pour 20 et 23, les deux outils les plus launaciens,
23 se distinguant cependant par sa forte proportion 2
de plomb. L'exemplaire 19 se situe entre les deux 3
première paires, mais plus près des haches à douille 4
que des haches à ailerons. Le fragment 24, enfin, 13
dont le caractère morphologiquement exogène 18
s'impose le moins, se trouve très isolé des 7 haches. 7
Les objets sont trop peu nombreux pour que l'on 8 puisse apprécier justement la signification des no 15 tables variations de l'étain et du plomb, et en tirer 10 d'éventuelles conclusions sur le nombre d'ateliers 12 producteurs. La forte uniformité des principales 5 impuretés montre en tout cas que les haches relèvent
17 certainement d'une seule et même source d'approvi
9 sionnement en cuivre, donc très vraisemblablement
de la même zone de production. Il est une fois de plus 19
21 difficile d'évaluer dans tous les cas le rôle du plomb.
Des teneurs supérieures à 1,5 % (20-23) sont à coup 22
sûr le résultat d'un enrichissement volontaire. En 6
quantité voisine de 0,5 % (17-19, 24), le plomb peut, 16
en revanche, ne représenter qu'une impureté. A 11
l'exception de 14 et 16, très voisins à ce point de vue 24 de 17, 18 et 19, la plupart des lingots d'Echallens 14 montrent cependant des teneurs en plomb ou très
fortes (5,9), correspondant à un ajout intentionnel,
ou très faibles et alors inférieures à 0,1 %. Si la Fig. 7 - Echallens. Dendrogramme de la composition de tous les objets du répartition des valeurs du plomb ne résulte pas du dépôt, classés d'après leurs teneurs en arsenic, antimoine, nickel et cobalt.
simple hasard statistique, il faut alors observer que le
groupe des basses teneurs est constitué par les haches
à ailerons 17-18, par 19, qui n'est pas l'élément le d'Echallens. Ces différences peuvent se résumer en
plus launacien, ainsi que par le fragment de bracelet trois points : 24, d'origine peut-être régionale. 1) le cuivre d'Echallens est beaucoup plus pur que
Les histogrammes de la figure 4 ainsi que le ceux de Corcelettes et d'Auvernier, qui se ressem
dendrogramme réunissant les haches et les lingots en blent beaucoup ;
fonction de l'arsenic, de l'antimoine, du nickel et du 2) dans 21 cas sur 24, le cobalt est inférieur ou égal à
cobalt (fig. 7), montrent que les deux catégories 0,01 %, alors qu'il est régulièrement présent dans les
d'objets sont faites du même cuivre. Elles sont en deux stations palafittiques ;
effet mélangées dans chacun des groupes de la 3) le schéma d'impuretés d'Echallens — c'est le hiérarchie. point le plus important — diffère des deux autres par
l'importance relative des éléments les uns par rapport
aux autres (fig. 10). Auvernier et Corcelettes don
nent en effet une formule Sb-As-Ni-Co-Ag (ou
Ag-Co), les trois premiers éléments dominant nett4 — DE QUOI RAPPROCHER LA METAL
ement les deux autres, tandis qu'Echallens donne une LURGIE D'ECHALLENS ?
formule Ag-Ni-Sb-As-Co, Ag-Ni d'une part, Sb-As
de l'autre étant à peu près équivalents, Co presque Exogène par les formes qu'il contient, le dépôt inexistant. d'Echallens l'est aussi par son type métallurgique,
Si la composition des objets du lac de Neuchâtel dans l'état actuel de nos connaissances tout au moins.
s'oppose nettement, en moyenne, à celle des objets II se distingue en effet nettement des deux ensembles
d'Echallens, la liaison entre les deux groupes est chronologiquement et géographiquement les plus
cependant assurée, de façon encore très ponctuelle, proches à avoir été jusqu'à présent analysés, ceux
par un objet de Corcelettes (Rychner, 1984, fig. 1/1). d'Auvernier/Nord (Rychner, 1981) et de Grandson/
Corcelettes (Rychner, 1983), datant les deux du BF C'est un petit lingot de cuivre piano-convexe,
peut-être le seul exemplaire entier que nous connaisIII b et situés sur la rive nord du lac de Neuchâtel,
sions dans les palafittes, dépourvu de coblat et de respectivement à 42 et 20 km à vol d'oiseau 1
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bismuth et dont le spectre d'impuretés se marie HACHES Z Q ROCHELONGUE +echallens parfaitement à celui d'Echallens. Dans l'autre sens, 0.001 0.01 0.1 1 10 MOY. le fragment de bracelet 24, nettement plus riche en «OCHELONG. impuretés que les haches, correspond bien au schéma
d'Auvernier et de Corcelettes. Les différences entre
7.49 Sn Echallens et les palafittes ne sont en revanche guère
sensibles pour l'étain et le plomb. La recette
d'Echallens emploie en moyenne un peu plus d'étain
mais les quantités de plomb sont à peu près
équivalentes. 1.71 Pb
Reste à savoir si les rapprochements morphologi
ques établis entre Echallens et le Launacien sont ou
non confirmés par la comparaison des compositions As 0.22
chimiques. Nous avons tenté de répondre à cette
question en insérant les lingots et les haches
d'Echallens dans les histogrammes de composition
0.15 Sb du dépôt d'Agde/Rochelongue (Hérault), (Bous-
caras/Hugues, 1967), dont les analyses ont été
publiées par le groupe de Stuttgart dans son SAM 2/4
(Junghans/Sangmeister/Schrôder, 1974, pp. 256-284, 0.14 Ag 324-336) avant d'être partiellement reprises par M.B.
Chardenoux. L'histogramme des haches (fig. 8) est
fondé sur les 100 premières haches dans l'ordre de
leur publication par M.B. Chardenoux (Chardenoux/ Ni 0.10
Courtois, 1979, nos 1 081-1 292, 1 298-1 340), celui
des lingots (fig. 9) sur les 100 premiers lingots dans HH
l'ordre de SAM 2/4 (Nr 18 641-18 742). L'analyse
comparée de cinq objets d'Auvernier par le labora 0.065 Bi
toire de Stuttgart, par la Fonderie Boillat SA et par le
Louvre, a montré que les résultats des trois labora
toires étaient très largement compatibles, ce qui i confère le minimum de sens nécessaire à la présente s 0.011 Co comparaison. Stuttgart, à cette occasion, mesura
cependant de 30 à 40 % d'étain en plus que les deux — ■■ CD 1 TOTAL: 5 HACHE HACHES ^M 100 ECHAL. ROCH. autres laboratoires (voir aussi annexe 1).
0 D'après la forme régulière et la compacité des Zn
histogrammes (fig. 8), les haches de Rochelongue
constitue un ensemble métallurgiquement très ho
mogène. Pour l'étain, le plomb et le nickel, les objets
d'Echallens s'insèrent parfaitement dans la série de Fig. 8 - Rochelongue et Echallens. Comparaison de la composition chimique
des haches des deux dépôts. Les teneurs sont exprimées en %. Rochelongue. Compte tenu du probable déficit en
argent des analyses de Boillat SA, l'accord ne devrait
pas être moins bon pour l'argent. Pour l'arsenic,
seules cinq pièces d'Echallens se placent bien dans le
graphique, les trois autres étant nettement infé Les lingots de Rochelongue (fig. 9) forment un
rieures à la moyenne de Rochelongue. La même groupe moins homogène que celui des haches.
situation est valable pour l'antimoine. Les teneurs en Haches et lingots sont caractérisés par les mêmes
bismuth des haches de Rochelongue se situent près impuretés, mais les haches en contiennent nettement
de la limite de détection de Boillat SA (0,005 %) ce plus, ce qui indique sans doute que le métal neuf était
qui peut expliquer le désaccord apparent entre mélangé à du bronze de récupération moins pur. Sauf
Rochelongue et Echallens. L'accord sur le cobalt, pour l'étain et le zinc, l'accord entre Echallens et
bien que négatif, nous paraît important. Remarquons Rochelongue est excellent. Comme les haches et les
que 23, morphologiquement la plus launacienne des lingots d'Echallens sont faits du même cuivre,
haches d'Echallens, n'est pas la plus proche des l'accord avec les lingots de Rochelongue ne concerne de Rochelongue par sa composition interne pas seulement les mais l'ensemble du dépôt
(arsenic, antimoine). vaudois.

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