Décors peints au plafond dans des maisons hellénistiques à Délos - article ; n°1 ; vol.126, pg 231-263

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 2002 - Volume 126 - Numéro 1 - Pages 231-263
Θραύσματα γραπτών επιχρισμάτων που περισυνελέγησαν στο στρώμα καταστροφής τριών δωματίων του πρώτου ορόφου της Οικίας των σφραγίδων και ενός δωματίου του πρώτου ορόφου της Οικίας του ξίφους είχαν αποκολληθεί από τις οροφές. Τα θραύσματα αυτά επιτρέπουν την ανασύνθεση του διακόσμου στο δωμάτιο της Οικίας του ξίφους καθώς και σε δύο από τα δωμάτια της Οικίας των σφραγίδων, τα τελευταία με χρώματα. Ο διάκοσμος αυτός, που αποτελείται από αλληλένδετες ταινίες γύρω από ένα τετράπλευρο πεδίο και παραπέμπει σε τεντωμένους τάπητες πάνω στην οροφή, είναι πλουσιότερος (ακριβά χρώματα, φύλλα χρυσού) και πιο περίτεχνος (δεκαπέντε περίπου θέματα) από εκείνον των τάφων της ίδιας περιόδου, ο οποίος υιοθετεί ανάλογη σύνθεση «σε τάπητα» και αντλεί την έμπνευση του από το ίδιο ρεπερτόριο, που συναντάται συχνά στα υφάσματα. Εφόσον δεν γνωρίζουμε κανέναν άλλο διάκοσμο οροφής δωματίου κατοικίας, είναι παράτολμο να συγκρίνουμε την υπερβολή των οροφών αυτών με τη λιτότητα των οροφών των τάφων. Το δωμάτιο στο οποίο δεν είναι δυνατή η ανασύνθεση διέθετε εξάλλου ένα διάκοσμο πολύ πιο υποτυπώδη.
Des fragments d'enduit peint, recueillis dans la couche de destruction de trois pièces d'étage de la Maison des sceaux et d'une pièce d'étage de la Maison de l'épée, se sont détachés des plafonds. Ils permettent de restituer le schéma de la pièce de la Maison de l'épée et de deux des pièces de la Maison des sceaux, ces dernières en couleurs. Composés de bandes emboîtées autour d'un champ qua- drangulaire, ces décors, qui évoquent des tapis tendus au plafond, sont plus riches (pigments coûteux, feuille d'or) et plus complexes (une quinzaine de motifs) que ceux des tombes de la même période, qui adoptent la même composition « en tapis » et qui empruntent au même répertoire, souvent attesté dans les textiles. Puisqu'on ne connaît aucun autre décor de plafond dans des pièces d'habitation, il est hasardeux d'opposer l'exubérance de ces plafonds à la sobriété des plafonds de tombe. La pièce non restituable avait d'ailleurs un décor beaucoup plus sommaire.
Fragments of painted plaster found in the destruction layer of three first floor rooms in the House of Seals and of one first floor room of the House of the Sword had broken from the ceiling. They allow the restoration of the schema in the room of the House of the Sword and of two of the rooms in the House of Seals, the latter in colour. Composed of bands surrounding a quadrangular field, these décorations, evoking carpets stretched on the ceiling, are richer (costly pigments, gold leaf) and more complex (some fifteen motifs) than those in tombs of the same period, which adopted the same « carpet » composition and which borrowed from the same repertoire, often confirmed by the textiles. Since we know of no other ceiling decoration in habitation rooms, it is unwise to contrast the exuberance of these ceilings with the tomb ceilings. The room that could not be restored had moreover a much more perfunctory decoration.
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 29
Nombre de pages : 35
Voir plus Voir moins

Françoise Alabe
Décors peints au plafond dans des maisons hellénistiques à
Délos
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 126, livraison 1, 2002. pp. 231-263.
Citer ce document / Cite this document :
Alabe Françoise. Décors peints au plafond dans des maisons hellénistiques à Délos. In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 126, livraison 1, 2002. pp. 231-263.
doi : 10.3406/bch.2002.7092
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_2002_num_126_1_7092περίληψη
Θραύσματα γραπτών επιχρισμάτων που περισυνελέγησαν στο στρώμα καταστροφής τριών δωματίων
του πρώτου ορόφου της Οικίας των σφραγίδων και ενός δωματίου του πρώτου ορόφου της Οικίας του
ξίφους είχαν αποκολληθεί από τις οροφές. Τα θραύσματα αυτά επιτρέπουν την ανασύνθεση του
διακόσμου στο δωμάτιο της Οικίας του ξίφους καθώς και σε δύο από τα δωμάτια της Οικίας των
σφραγίδων, τα τελευταία με χρώματα. Ο διάκοσμος αυτός, που αποτελείται από αλληλένδετες ταινίες
γύρω από ένα τετράπλευρο πεδίο και παραπέμπει σε τεντωμένους τάπητες πάνω στην οροφή, είναι
πλουσιότερος (ακριβά χρώματα, φύλλα χρυσού) και πιο περίτεχνος (δεκαπέντε περίπου θέματα) από
εκείνον των τάφων της ίδιας περιόδου, ο οποίος υιοθετεί ανάλογη σύνθεση «σε τάπητα» και αντλεί την
έμπνευση του από το ίδιο ρεπερτόριο, που συναντάται συχνά στα υφάσματα. Εφόσον δεν γνωρίζουμε
κανέναν άλλο διάκοσμο οροφής δωματίου κατοικίας, είναι παράτολμο να συγκρίνουμε την υπερβολή
των οροφών αυτών με τη λιτότητα των οροφών των τάφων. Το δωμάτιο στο οποίο δεν είναι δυνατή η
ανασύνθεση διέθετε εξάλλου ένα διάκοσμο πολύ πιο υποτυπώδη.
Résumé
Des fragments d'enduit peint, recueillis dans la couche de destruction de trois pièces d'étage de la
Maison des sceaux et d'une pièce d'étage de la Maison de l'épée, se sont détachés des plafonds. Ils
permettent de restituer le schéma de la pièce de la Maison de l'épée et de deux des pièces de la
Maison des sceaux, ces dernières en couleurs. Composés de bandes emboîtées autour d'un champ
qua- drangulaire, ces décors, qui évoquent des tapis tendus au plafond, sont plus riches (pigments
coûteux, feuille d'or) et plus complexes (une quinzaine de motifs) que ceux des tombes de la même
période, qui adoptent la même composition « en tapis » et qui empruntent au même répertoire, souvent
attesté dans les textiles. Puisqu'on ne connaît aucun autre décor de plafond dans des pièces
d'habitation, il est hasardeux d'opposer l'exubérance de ces plafonds à la sobriété des plafonds de
tombe. La pièce non restituable avait d'ailleurs un décor beaucoup plus sommaire.
Abstract
Fragments of painted plaster found in the destruction layer of three first floor rooms in the House of
Seals and of one first floor room of the House of the Sword had broken from the ceiling. They allow the
restoration of the schema in the room of the House of the Sword and of two of the rooms in the House
of Seals, the latter in colour. Composed of bands surrounding a quadrangular field, these décorations,
evoking carpets stretched on the ceiling, are richer (costly pigments, gold leaf) and more complex
(some fifteen motifs) than those in tombs of the same period, which adopted the same « carpet »
composition and which borrowed from the same repertoire, often confirmed by the textiles. Since we
know of no other ceiling decoration in habitation rooms, it is unwise to contrast the exuberance of these
ceilings with the tomb ceilings. The room that could not be restored had moreover a much more
perfunctory decoration.Décors peints au pUfond
dans des maisons hellénistiques à Déhs*
par Françoise Alabe
Dans les semaines qui ont suivi leur trouvaille dans la cour de la Maison de l'épée1, GD 59 E,
en 1986, l'appartenance à un décor de plafond d'un groupe de fragments d'enduit peint appa
rut comme la seule hypothèse pouvant raisonnablement en expliquer les particularités. Trois autres
ensembles décoratifs présentant des caractères analogues ont pu être identifiés parmi les fragments
recueillis en 1987 lors de la fouille des pièces orientales de la Maison des sceaux2, GD 59 D. La
* J'espérais soumettre ce texte à la critique bienveillante et 1 Sur ce sondage au Quartier de Skardhana : BCH 111 (1987),
impitoyable de Philippe Bruneau, le maître qui m'a constam p. 630642 ; caractérisation et interprétation des décors peints :
ment aiguillée sur le chemin de Délos et auquel je dois d'avoir ibid., p. 643. À l'issue de la fouille, Françoise Lefebvre, dans
entendu tant de remarques éclairantes. L'annonce de son décès, le cadre de la convention de stage entre l'EFA et la maîtrise
parvenue à Délos au cours de la rédaction, ne me laisse d'autre Sciences et Techniques de la Restauration de l'université de
choix que d'en faire un hommage dont je souhaite seulement Paris I, a trié et nettoyé les fragments d'enduit peint, assu
qu'il ne soit pas trop indigne de sa mémoire. Le Pr. Chr. Le Roy rant la consolidation des mortiers et des couches picturales
a bien voulu relire cet article et me faire part de ses observat ainsi que la recherche de raccords dont la plupart ont été
ions : qu'il trouve ici l'expression de ma reconnaissance. matérialisés par des collages.
Abréviations bibliographiques : 2 BCH 112 (1988), p. 755-767 ; des enduits peints sont men
AFPMA Vaison = Peinture murale romaine. Actes du Xe sémi tionnés et caractérisés sommairement p. 763. D'importants
naire de l'Association Française pour la Peinture Murale fragments de l'ensemble le plus spectaculaire avaient été
Antique, Vaison-la-Romaine, 1er, 2 et 3 mai 1987 (1990). découverts dès l'ouverture des premiers sondages dans la
DGMR I = Le décor géométrique de la mosaïque romaine. Maison des sceaux en 1968 (cf. BCH 93 [1969], p. 1036-
Répertoire graphique et descriptif des compositions linéaires 1039, sans aucune mention de ce matériel), mais le rappr
ochement entre les fragments de 1968 et ceux de 1987 ne et isotropes (1985).
EAD 27 = Ph. Bruneau et al., L'îlot de la Maison des coméd put être envisagé et concrétisé que depuis 1997. Un trop bref
iens (1970). séjour à Délos au printemps 1988 ne m'avait permis qu'un
EAD 29 = Ph. Bruneau, Les mosaïques (1972). tri sommaire des enduits peints recueillis en 1987 ; durant
GD = Ph. BRUNEAU, J. DUCAT, Guide de Délos3, SitMon 1 (1983). les étés 1988 et 1989, c'est Sophie Reynart (stagiaire de la
Pigments et colorants = Pigments et colorants de l'Antiquité MST Restauration, université de Paris I) qui a poursuivi le cla
et du Moyen Âge, Colloque international CNRS, Orléans, ssement des fragments de plafond, la recherche des collages,
décembre 1988 (1990). le nettoyage et la consolidation des surfaces picturales et des
PMMD = M. Bulard, Peintures murales et mosaïques de Délos, mortiers, tout en assurant une indispensable couverture pho
Monuments et mémoires E. Piot 14 (1908). tographique : la constance avec laquelle elle s'est acquittée
QDDA 1 = Ricerche di pittura ellenistica : lettura e interpreta- de ce travail, dans des conditions qui furent souvent difficiles,
zione délia produzione pittorica dal IV secolo a.C. all'elle- lui vaut toute ma gratitude et mon admiration.
nismo, Quaderni dei Dialoghi di Archeologia 1 (1985).
BCH 126 (2002) 232 FRANÇOISE ALABE
présentation qui va suivre repose essentiellement sur l'observation des fragments et, tout en fa
isant place à certaines extrapolations, les restitutions proposées concernent avant tout le schéma
décoratif : ces décors se trouvaient à l'étage, et les dimensions des pièces et leur disposition pré
cise ne sont pas sûres. D'autre part, si la décoration peinte au plafond des tombes est assez bien
connue dans l'ensemble du monde hellénistique, de l'Étrurie à la Crimée en passant par la Macé
doine et l'Egypte ptolémaïque3, il ne semble pas que les fouilles d'habitations aient encore livré
beaucoup d'indications de cet ordre. On pourra d'ailleurs se demander si cette absence de paral
lèles ne tient pas plutôt au défaut de parallèles publiés qui empêche, faute de modèle, d'inter
préter ou d'identifier comme plafonds des ensembles toujours très fragmentaires et d'en pro
poser des restitutions. Ces plafonds latents ne doivent cependant pas être aussi abondants que
les ensembles de décors muraux, dont certaines parties au moins sont très largement attestées.
La situation des plafonds, particulièrement exposés aux facteurs de destruction, rend en
effet leur conservation improbable, à moins d'un concours de circonstances (destruction sou
daine de la maison, aussitôt suivie d'un abandon prolongé, voire définitif) qui scelle une phase
d'occupation et en fige la cohérence : l'éruption du Vésuve présente évidemment les conditions
optimales. La position extrême de la Maison des sceaux et de la Maison de l'épée, qui leur a valu
d'essuyer l'attaque des pirates d'Athénodôros dans toute sa virulence, peut expliquer pour une
bonne part que les fouilles en aient été si riches de détails sur le mode de vie des Déliens aisés
dans les premières décennies du Ier siècle av. J.-C. Or, même dans ce contexte archéologique-
ment favorable, les informations recueillies sur le décor des plafonds restent très limitées : on
peut restituer sans trop d'incertitudes les plafonds de deux pièces d'étage, et caractériser celui
d'une troisième, dans une maison comportant une douzaine de pièces au rez-de-chaussée et près
d'une dizaine à l'étage. Les décors présentés ici viennent donc, paradoxalement, confirmer l'idée
implicite accréditée depuis longtemps : beaucoup de plafonds étaient, soit sans aucun décor et
(dans l'état fragmentaire où la fouille les aura livrés) indiscernables des enduits muraux unis
blancs, soit ornés d'un décor peint sur des matériaux périssables (bois) dont il ne faut guère espé
rer retrouver quoi que ce soit.
Néanmoins, certains des fragments peints recueillis en 1986, puis certains autres retrou
s' écartant radicalement, par leur répertoire décoratif et surtout leurs principes de vés en 1987,
composition, des décorations murales déliennes4, ne peuvent guère avoir orné que des plafonds.
3 Deux études très récentes regroupent la plupart des infor- vivement leur auteur d'avoir bien voulu m'en communiquer la
mations et des références relatives aux plafonds des tombes teneur et attirer mon attention sur certains aspects d'un réper-
hellénistiques : A.-M. Guimier-Sorbets, « Mobilier et décor toire décoratif qu'elle connaît mieux que quiconque,
des tombes macédoniennes », in R. Frei-STOLBA, K. Gex- 4 En attendant la publication du corpus raisonné des enduits
MORGENTHALER (éds), Recherches récentes sur le monde hel- muraux de Délos dans un fascicule de VEAD (en préparation),
lénistique, Actes du colloque international organisé à l'occa- on trouvera un aperçu du système décoratif dans la 4e éd. du
sion du 60e anniversaire de Pierre Ducrey, Écho 1 (2001), Guide de Délos (à paraître) ; cf. aussi Délos. île sacrée et ville
p. 217-229 ; ead., « Les décors de plafond dans les tombes cosmopolite (1996), p. 72-73 ; RA 1995, Bulletin de la SFAC,
hellénistiques d'Alexandrie : un nouvel essai d'interprétation », p. 191-197.
Necropolis 2, Études Alexandrines 7 (à paraître). Je remercie
BCH126 (2002) DÉCORS PEINTS AU PLAFOND DANS DES MAISONS HELLÉNISTIQUES À DÉLOS 233
Si mutilés que soient ces ensembles, ils se décrivent en effet, pour l'essentiel, comme la succes
sion de petits motifs géométriques à développement linéaire disposés en bandes concentriques
qui tournent à angle droit, à la manière des bandes d'encadrement des mosaïques : on est donc
porté à les lire à l'horizontale. D'ailleurs, ni ce schéma directeur, ni le détail des motifs n'ont de
parallèles en peinture murale hors de Délos, sauf à des périodes chronologiquement très éloi
gnées. En revanche, bien des plafonds antiques, associés à des décors muraux apparentés à ceux
qu'on connaît à Délos, portent un décor de bandes géométriques encadrant un tapis central
quadrangulaire. À cet égard, des tombes ayant conservé leur décor complet, en Macédoine (tombe
de Lyson et Calliclès5) et à Chypre (tombe du lieu-dit Ammoi, dans la nécropole hellénistique
de Néa Paphos6 : infra, fîg. 7), m'ont fourni de précieuses indications sur la disposition des
motifs et sur les usages décoratifs en vigueur dans le monde hellénistique. En rapprochant de
ces modèles les raccords effectués à l'automne 1986, il était possible d'esquisser un croquis7 de
restitution très sommaire.
Après plusieurs campagnes d'étude et de restauration8, on peut maintenant distinguer
quatre plafonds et, pour deux d'entre eux, proposer des restitutions en couleurs9 (infra, fig. 13
et 14) : celui dont des fragments ont été trouvés en 1986 dans la cour de la Maison de l'épée
était orné d'une succession de motifs géométriques dont les couleurs ont été très altérées par
l'incendie (plafond 1) ; dans les pièces orientales, fouillées durant l'été 1987, de la Maison des
sceaux, la couche de destruction de l'étage contenait, parmi beaucoup d'autres restes de décor
pariétal, une grande quantité de fragments présentant les mêmes motifs géométriques, mais aux
5 S. Miller, The Tomb of Lyson and Kallikles : A Painted Mace- porté en 1998 par Aristophanis Konstantatos, la combinaison
donian Tomb (1993). des fragments trouvés en 1968 et en 1987 et leur répartition
6 Encore inédite, cette tombe creusée dans la dalle calcaire en deux décors distincts prit forme en 1999 avec le concours
a été dégagée en 1965 par K. Nicolaou et a donné lieu depuis de Christina Damatopoulou, restauratrice stagiaire à l'EFA,
à plusieurs mentions plus ou moins détaillées : K. NICOLAOU, Karine Caspard, Simon Robert (cf. BCH 124 [2000], p. 524-
« The Topography of Nea Paphos », in Mélanges offerts à 526). Le travail fut poursuivi en 2000 avec Christina Damat
K. Michalowski (1966), p. 600; id., /nV. Karageorghis, « Chro opoulou (nettoyage et consolidation des mortiers et des
nique des fouilles et découvertes archéologiques à Chypre en couches picturales) et Aristophanis Konstantatos, pour about
1965 », BCH 90 (1966), p. 384-385. Plus récemment, ir à la mise sur panneau d'un ensemble clef, menée à bien
D. Michaelides, « Opus sectile in Cyprus », in The Sweet Land par Pierre-Alexis Kimmel et Stéphane Treilhou, stagiaires de
ofCyprus, Papers Given at the Twenty-Fifth Jubilee Spring Sym la MST Restauration, université de Paris I (cf. BCH 125 [2001],
posium of Byzantine Studies, Birmingham, March 1991 (1993), p. 618-620).
p. 69-113 : n. 3, p. 69, fig. 32, p. 104 (l'angle du plafond est 9 Sauf en 1996, le dessinateur Nikos Sigalas a été associé
discernable en haut de cette photographie en couleurs). Je à chacune de ces étapes : j'ai plaisir à rendre hommage ici à
suis redevable à D. Michaelides à la fois des occasions que sa rigueur inlassable, à son amicale patience et à son remar
j'ai eues d'étudier en détail le décor de cette tombe, dont quable talent de coloriste. Les observations que nous avions
nous préparons la publication conjointe, et de l'accord qu'il pu faire ont été utilement complétées par l'examen de cer
m'a donné pour faire figurer ici le relevé du plafond peint. tains fragments à la loupe binoculaire, auquel s'est livré Alain
7 Je remercie Mme Alix Barbet d'en avoir approuvé le principe Dandrau au printemps 2000, puis par les indications com
dès le printemps 1987, et de m'avoir encouragée à poursuivre muniquées par Mme Brigitte Bourgeois qui a bien voulu, lors
dans cette voie. de notre séjour commun à Délos au printemps 2001, sou
8 En 1996, lors d'une campagne de photos des fragments de mettre quelques fragments d'enduit peint au microscope élec
plafond recueillis en 1987, quelques indices ont été repérés tronique à balayage en fluorescence X qu'elle applique no
grâce à la collaboration de Sylvie Brun, stagiaire de la MST rmalement à la révélation des couleurs sur les sculptures en
Restauration, université de Paris I ; après un examen rapide marbre (cf. BCH 125 [2001], p. 627-629). Que l'une et l'autre
en 1997 des fragments recueillis en 1968, et le diagnostic en soient ici chaleureusement remerciés.
BCH 126 (2002) 234 FRANÇOISE ALABE
couleurs très vives, qui devaient orner le plafond d'une grande pièce d'apparat10 ipU/ondl) ; le
plafond d'une pièce voisine, de dimensions bien moindres, était orné d'une composition comp
lexe à la polychromie chatoyante, combinant des bandes géométriques concentriques autour
d'un tapis central quadrangulaire, des bandes à motifs parallèles sur un seul axe,
et une bande figurée11 ip^fondS) ; enfin, une pièce située sans doute au-dessus de l'angle Sud-
Est de la maison a livré des fragments d'un plafond sommairement décoré de filets en dégradé,
de lignes de gros points et peut-être de deux motifs géométriques {ρώβαηά4). Chacun des quatre
ensembles identifiés comme tels sera donc d'abord caractérisé globalement, du point de vue
concret, sans faire intervenir dans un premier temps l'analyse décorative qui suivra.
A Présentation des fragments
Plafond 1 (Maison de l'épée, fouille 1986)12 (fig. 1 et 6)
Le mortier 6e. granulométrie assez régulière, d'épaisseur constante (12 mm), de couleur génér
ale tirant vers le beige grisé, était accroché sur du pisé, encore présent au dos de quelques fragments
(fig. 5)13 ; il est recouvert d'une couche de finition régulière (2 mm) de granulométrie plus fine.
La couche picturale présente un aspect irrégulier dû à l'incendie : on la dirait masquée par
un voile de suie qui donne à l'ensemble une dominante brune assez fade. Telle couleur offre une
solidité et une finition « vernissée » qui rappellent les engobes grésés des céramiques sigillées ou
« pergaméniennes » (le rouge foncé des chevrons) et qui peuvent d'ailleurs résulter de la « cuis
son » accidentelle d'un pigment argileux par l'incendie qui a détruit la maison ; d'autres sont
pulvérulentes (le bleu, le noir) ; d'autres ont tendance à s'écailler par plaques (le rouge des postes ;
le blanc des chevrons).
Les couleurs actuellement observables ne sont sans doute pas celles qui ont été appliquées,
mais si l'on est parfois sûr qu'une altération s'est produite, il est rare que l'on puisse restituer
l'état originel. Ainsi, la bande constituée de quatre rangées de carrés portait sûrement quatre
couleurs, dont deux seulement sont encore lisibles : il y avait sans doute noir / bleu Ι χ I y, mais
on ne dispose d'aucun indice pour savoir quelles étaient les couleurs ici désignées par λ: et y.
10 II y avait une grande pièce richement décorée à l'étage de fouille de 1986 ; comme (peut-être avec) le décor mural dont
la Maison des sceaux : on ne s'expliquerait guère, autrement, la zone de couronnement portait la représentation en trompe-
que des fragments d'un même décor mural à zone médiane l'œil d'une colonnade corinthienne qui l'apparente au Second
profilée (bandeau portant une guirlande végétale sur fond rosé style pompéien (BCH 111 [1987], p. 643), ce plafond était
saumon, entre une tresse sur quart-de-rond et des oves sur dans une pièce d'étage située au Sud de la cour (cf. BCH 112
ovolo ; assises rouges en zone supérieure, orthostates noirs [1988], p. 778).
en zone inférieure) aient été trouvés en 1975 aux abords de 13 BCH 124 (2000), p. 525, fig. 3 : les fragments en haut et
la cour (Θ et λ) et en 1987 dans les pièces orientales ς et τ. en bas de la photo ont conservé du pisé sur une épaisseur
11 BCH 124 (2000), p. 524-526. de 3 à 5 cm, alors que la partie centrale n'a plus que la couche
12 La poursuite de la fouille en 1987 n'a livré que quelques sous-jacente à la couche de finition, épaisse d'1 cm.
fragments de ce décor, aux abords immédiats de l'arrêt de
BCH 126 (2002) DÉCORS PEINTS AU PLAFOND DANS DES MAISONS HELLÉNISTIQUES À DÉLOS 235
Le blanc sale qui apparaît parfois est celui du mortier nu, soit qu'il ait été laissé tel, soit
qu'une couleur ait disparu. Certains motifs sont au contraire d'un blanc crémeux, appliqué en
même temps que les autres couleurs.
Le noir a parfois des reflets verdâtres ou rougeâtres, sans que cette extinction de la cou
leur paraisse tenir à une option délibérée de la part de l'artisan. Le brun plus ou moins clair cor
respond à une ou des couleurs aujourd'hui indéfinissables.
On rencontre au moins deux tons de bleu, l'un assez vif, l'autre plus dilué : des grains de
bleu égyptien sont visibles, à l'œil nu ou à la loupe, dans tous les cas.
Le rouge clair et vif des postes, passé en couche mince, est du cinabre, comme celui qui a
servi pour le filet de délimitation des damiers et qui s'est localement transformé en métacinabre
(noir), ainsi que pour les dents de scie à degrés, qui ne sont restées rouges que sur trois fragments,
le motif apparaissant en noir sur blanc partout ailleurs (fig. 8). Mélangé à du blanc, le cinabre
est aussi utilisé pour rendre les touches rosé vif qui ponctuent les fleurs stylisées. Au contraire, le
rouge plus sombre et plus sourd qui semble avoir subi, du fait de l'incendie, un début de grésage,
ne peut guère être qu'un rouge d'ocre, de même que le bordeaux de la bande d'encadrement tan
gente aux murs, sur lequel se détachait une tresse à deux brins. Le champ central, dont il reste
très peu, est d'un rouge éteint qui était aussi un rouge d'ocre, si c'était bien un rouge.
On ne peut exclure absolument, en effet, que certains des rouges, plus ou moins ternes, qui
apparaissent dans plusieurs motifs, soient en fait imputables à la « cuisson oxydante » accidentelle,
due à l'incendie, de terres vertes14. Mais aucun indice positif ne permet de postuler que cette mutat
ion physico-chimique a affecté tel motif ou tel autre : la dégradation des fragments et l'affadiss
ement général de la gamme chromatique interdisent de restituer du vert à tel ou tel endroit.
Enfin, le jaune n'est utilisé que pour des rehauts à peine perceptibles.
Plafond 2 (Maison des sceaux, fouille 1987, grande pièce d'apparat) (fig. 2 et 9 à 12)
L'état des fragments est globalement bien meilleur ; comme ils sont bien plus nombreux,
on y relève évidemment certaines irrégularités, mais il est rare qu'un fragment en très mauvais
état ne puisse pas être mis en parallèle avec au moins un autre mieux conservé.
14 Fr. et L. Delamare, B. Guineau, G.-S. Odin, « Couleur, nature Pr. G.-S. Odin d'avoir patiemment répondu à mes questions
et origine des pigments verts employés en peinture murale après sa communication au colloque d'Orléans et de m'avoir
gallo-romaine », Pigments et colorants, p. 103-116, précisent confirmé que les « terres vertes », comme la plupart des argiles
que les « terres vertes » sont d'un emploi « quasi exclusif » cuites en atmosphère oxydante, se transforment en ocre rouge
dans l'ensemble de l'Empire romain du Ier s. av. au IIe s. ap. à des températures variant entre 500 °C et 900 °C. Les frag-
J.-C. Plusieurs fragments d'argile verte, susceptibles d'avoir ments de plafond peint étaient regroupés aux abords du mur
été utilisés comme pigment, ont été retrouvés lors de fouilles Sud de la cour, où la volée d'escalier en bois a dû causer, lors
en divers points de l'île (cf. W. Deonna, La vie privée des de l'incendie qui détruisit la maison, un puissant appel d'air
Déliens [1948], p. 85) et sont aujourd'hui conservés au musée et une surchauffe prononcée,
de Délos (inv. nos B.206, B.5049, B.5052). Je remercie le
BCH126 (2002) FRANÇOISE ALABE 236
Illustration non autorisée à la diffusion Illustration non autorisée à la diffusion
Rg. 1. Plafond 1. Maison de l'épée (fouille 1986), plafond Rg. 2. Plafond 2. Maison des sceaux (fouille 1987), plafond
d'une grande pièce d'étage. Recomposition des fragments d'une pièce d'étage. Recomposition des fragments (cliché
EFA). (cliché EFA, Ph. Collet).
Le mortier, à la différence du décor précédent, est très blanc (on distingue les tranches des
fragments sur les fig. 2, 9 et 10). Sous la couche de finition portant la peinture, son épaisseur
varie suivant les fragments de 12 à 30 mm, mais sans différences d'épaisseur sensibles pour des
fragments jointifs, comme il arrive souvent sur des murs en gneiss. Ces différences d'épaisseur
progressives, étant donné que la surface peinte est parfois légèrement courbe, s'expliqueraient si
l'on avait affaire à un plafond voûté. Des empreintes de joncs semblables à celles qu'on observe
dans le pisé sont ici lisibles directement dans le mortier (fig. 5). Comme celui de l'ensemble
précédent, l'agrégat sableux du mortier a une granulométrie régulière, mais le liant de chaux,
devenu poreux, rend le mortier souvent plus friable.
La couche picturale est mieux conservée, et un simple dépoussiérage suffît pour rendre
d'emblée perceptible sa richesse chromatique et décorative. D'un autre côté, la peinture est pas
sée en couche assez épaisse, et des concrétions s'y sont incrustées assez profondément, qu'il serait
imprudent de vouloir enlever entièrement : le nettoyage est, comme toujours, affaire d'équilibre
à trouver entre ce que l'on doit faire apparaître et ce que l'on ne doit pas faire disparaître.
Les couleurs, à la fois un peu plus variées et beaucoup plus régulières que celles de l'e
nsemble précèdent, sont sûrement moins dénaturées.
BCH 126 (2002) DÉCORS PEINTS AU PLAFOND DANS DES MAISONS HELLÉNISTIQUES À DÉLOS 237
Illustration non autorisée à la diffusion
Illustration non autorisée à la diffusion
Flg. 4. Plafond 4. Maison des sceaux
(fouille 1987), fragments de plafond
sommairement décoré (cliché EFA).
Illustration non autorisée à la diffusion
Flg. 3. Plafond 3. Maison des sceaux (fouilles 1968 et 1987), Fig. 5. Revers de fragments des trois
plafond d'une pièce d'étage luxueuse. Recomposition des fragments plafonds restituables (cliché EFA).
(cliché EFA, Ph. Collet).
De nouveau, à côté du blanc résultant de l'enduit laissé nu sur lequel se détachent cer
tains motifs, on relève la présence d'un blanc laiteux pour certains rehauts.
Le noir est d'emploi sporadique : deux motifs sont noirs sur le fond blanc de l'enduit, et
la plupart des valeurs foncées, notamment dans les dégradés, comportent du noir. Le brun paraît
absent de ce décor, sauf peut-être comme fond d'un motif — mais, au vu d'autres fragments, il
doit s'agir plutôt d'un noir délavé.
Le bleu est au contraire très abondant : presque chaque fragment recueilli en porte au
moins un peu.
Le rouge, en tracés linéaires ou en surfaces étendues, est toujours de l'ocre (le cinabre est
totalement absent). Sur le rouge du champ central, l'observation au microscope15 a révélé la pré-
15 Je dois cette observation à Mme Brigitte Bourgeois
(cf. supra, n. 9).
BCH126 (2002) ι
FRANÇOISE ALABE 238
Illustration non autorisée à la diffusion
Ο ~. Τλ ~ ~; ~? ~; χ-ή ~; Τ~· ~•--4.--'· ---,:;.--i ·'·-.-«.-'"'■ ■"·,';-.■"·. Γ·,··."'* ':«-:'*1! f*>a--·. ."vVc"·. ;··«?" ~) V? ν-»ΛΓ 3 ξ ^c- •••'^'- wa" ·'·■>" "£■" "&" "'.■.■'" f'^t"%, ν·**--"·· C>ï'·'': Γ-Λ·--'"· /"sV..'/) tr> -'&- 'Q- "Ci" ù" ":y "'6\ ,|<o ? ù
Flg. β. Plafond 1. Maison de l'épée (fouille 1986), plafond d'une pièce d'étage.
Restitution graphique (relevé, dessin N. Sigalas).
sence de parcelles d'or, qui doivent s'interpréter comme les restes d'ornements dorés ; il est imposs
ible pour l'instant d'en préciser la forme et l'emplacement exact : on ne peut qu'envisager, par
exemple, un semis d'étoiles analogues à celles qui se détachaient en blanc et jaune clair sur le
champ central, rouge lui aussi, du tapis peint au plafond dans l'antichambre de la tombe d'Am-
moi à Néa Paphos (fig. 7).
Plusieurs motifs contiennent un rosé vif et lumineux, employé tantôt en camaïeu avec
des rouges, tantôt pur, tantôt mélangé à du bleu et du blanc pour donner un mauve clair : c'est
la première attestation pariétale reconnue à Délos d'une laque rosé de garance16, visible aussi
16 V. Guichard, B. Guineau, « Identification de colorants orga leuse (cf. Vitruve, VII 14, 1 : fiunt etiam purpurei colores infecta
niques naturels dans des fragments de peintures murales de creta rubiae radice), en permet l'application sur des supports
minéraux. Une boule de ce « pigment » prêt à l'emploi, retroul'Antiquité ; exemples de l'emploi d'une laque rosé de garance
à Stables et à Vaison-la-Romaine », Pigments et colorants, vée lors d'anciennes fouilles, est exposée au musée de Délos
p. 245-254. La fixation des principes tinctoriaux extraits de la (inv. n° B.5038, provenance exacte inconnue : cf. W. Deonna,
racine de garance sur une base d'alumine, sans doute op. cit. [supra, n. 14], p. 85). La restitution des camaïeux de
BCH126 (2002)

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.