Dendrochronologie d'un site du Bronze final, Hauterive-Champréveyres (Suisse) - article ; n°11 ; vol.83, pg 486-502

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1986 - Volume 83 - Numéro 11 - Pages 486-502
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Alain Benkert
Heinz Egger
Dendrochronologie d'un site du Bronze final, Hauterive-
Champréveyres (Suisse)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1986, tome 83, N. 11-12. pp. 486-502.
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Benkert Alain, Egger Heinz. Dendrochronologie d'un site du Bronze final, Hauterive-Champréveyres (Suisse). In: Bulletin de la
Société préhistorique française. 1986, tome 83, N. 11-12. pp. 486-502.
doi : 10.3406/bspf.1986.8723
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1986_hos_83_11_8723486
Dendrochronologie
a un site au Bronze final
Hauterive-Cnampréveyres (Suisse)
par Alain Benkert et Heinz Egger
devenues véritablement accessibles aux chercheurs
/. — INTRODUCTION de l'époque. Ceux-ci y récoltèrent un abondant
mobilier (céramiques, bronzes, artefacts, lithiques),
qui permit de distinguer plusieurs phases d'occupat
ion remontant au Néolithique et à l'âge du Bronze Le site d'Hauterive-Champréveyres (commune
final. En 1979-1980, les plongeurs du Service cantod'Hauterive, canton de Neuchâtel) se trouve sur la
nal d'archéologie de Neuchâtel, dirigés par Béat rive nord du lac de Neuchâtel, sur la berge et en
Arnold, effectuèrent plusieurs sondages sur le site avant du rivage (fig. 1). Cette région des Trois-Lacs
d'Hauterive, afin d'en évaluer l'extension et l'état de subjurassiens (lacs de Bienne et Morat)
est connue pour ses stations palafittiques néolithi conservation avant que ne débutent les travaux de
construction d'un nouveau tronçon de la route natioques (Cortaillod, Auvernier, Yverdon, Douanne,
Montilier, etc.) et de l'âge du Bronze (Auvernier, nale 5 (Arnold, 1980). Les données ainsi recueillies
permirent de mettre sur pied un programme de Cortaillod, Môrigen, entre autres), dont l'exception
nelle conservation des vestiges organiques en particul fouille de sauvetage financé, comme le prévoit une
ier et la richesse du mobilier en général ont fait la loi de 1961, par le maître de l'ouvrage (Confédérat
ion helvétique et Canton de Neuchâtel). Les importréputation.
antes sommes investies donnèrent la possibilité au Comme la plupart de ces gisements, les stations Service cantonal d'archéologie (1) de mettre sur pied lacustres de Champréveyres sont connues dès le une équipe forte de 70 personnes environ, compremilieu du 19e siècle, mais ce n'est qu'après la pre nant techniciens de fouille et archéologues, restauramière correction des eaux du Jura, qui vers 1880 teurs, informaticiens et spécialistes tels que sédimen- abaissa le niveau du lac de 2,70 m, qu'elles sont tologues, paléobotanistes, archéozoologues. L'inté
gration de ces chercheurs aux équipes de fouille et
l'aménagement de laboratoires sur le site même pour
les premières analyses ont créé les conditions les plus
favorables à une étude interdisciplinaire.
Les travaux de terrain débutèrent en mars 1983,
après la construction d'une digue permettant d'assé
cher le site, pour se terminer en été 1986. Les études,
(1) Les fouilles archéologiques de la route nationale 5 sont
rattachées au Département des Travaux publics du canton de
Neuchâtel, dirigé par M. André Brandt. Le Service cantonal
d'Archéologie, dirigé par MM. Michel Egloff, archéologue canto
nal et Béat Arnold, archéologue cantonal adjoint, en dépend.
Nous les remercions tous trois de la confiance qu'ils nous
témoignent. Nous profitons de l'occasion qui nous est offerte pour
Fig. 1 - Situation du gisement d'Hauterive-Champréveyres. remercier tous nos collègues de leur précieuse collaboration. 1
-

.
487
pilotée et seule une partie du mobilier y a été quant à elles, sont encore en cours. Elles concernent
conservée (fig. 3). les stations néolithique (Horgen) et du Bronze final
déjà citées, mais aussi 2 gisements insoupçonnés : un Quant aux couches intactes, on peut en résumer la village néolithique moyen (Cortaillod classique, vers description à ces quelques points : dans toute la 3 800 av. J.-C.) et un campement paléolithique partie arrière du site, c'est-à-dire proche du rivage supérieur (magdalénien et azilien), qui reste à ce jour actuel, se trouve un niveau (couche 3) épais de 5 à un cas unique d'occupation en plein air sur les bords 30 cm, reposant sur 2 couches (4 et 5), l'une sableuse d'un lac du Plateau suisse (Benkert et al, 1984 ; et stérile et l'autre plus limoneuse contenant du Burri et al, 1987). mobilier et quelques restes organiques, qui sont elles-
mêmes situées immédiatement au-dessus du substrat
sablo-crayeux dans lequel sont enfoncés les pieux.
Cette couche 3 se compose de plusieurs strates, dont
//. — LE VILLAGE DU BRONZE FINAL la composition (argile, limons, matières organiques,
etc.) et l'extension varient fortement. On peut en
attribuer le mobilier à la phase На А2. Plus au large,
II. 1. — Extension et état de conservation la couche archéologique principale (couche 03),
moins bien conservée, repose sur une couche less
ivée (04) qui n'est autre que l'altération latérale de la Objectif premier de ces fouilles récentes, le site du couche 3 de l'arrière du site. Cette couche 03, riche Bronze final couvre 8 500 m2 au moins. En effet, les elle aussi en matières organiques, contient un mobillimites orientales de son extension ne nous sont pas ier d'allure un peu plus récente, typologiquement connues car, pour des raisons techniques, la digue n'a rattachable à la phase Ha Bl. Qui plus est, la zone la pu être placée plus au large (2). Si les pieux, vestiges plus orientale du village, bien qu'érodée, a livré architecturaux verticaux, couvrent l'ensemble de la quelques pièces d'aspect На В2. surface fouillée (fig. 2), il n'en va pas de même des
niveaux archéologiques contemporains de l'occupat Pour plus de commodité, le site a été découpé en
ion. L'érosion lacustre, accentuée encore par la zones (fig. 4) ; ainsi les couches 3, 4 et 5 occupent-
première correction des eaux du Jura, a emporté elles les zones A et В , les 03 et 04 le bas des
toute trace de ces dépôts sur près des 2/3 de la zone zones В et Cl et les zones C2 et D.
28 6 m
27
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43 44 45 4G 47 43 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 Б1 G2 G3 G4
Fig. 2 - Plan d'ensemble des pieux du village Bronze final. ]
'
1
I
488
0 16m
Fig. 3 - Extension des couches archéologiques. Trait noir : limite des pieux du site Bronze final ; trame simple : zone partiellement érodées ; trame double : couches
archéologiques denses.
35-
34 |Г 0 16m
1 33
/ \ ГЛ \ M / s / / 30 31 64 65/66 67 68 69 \ ? — 59 1 60 61 " 62 63 29 1 _-— — , /
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55 56 57 58 59 60 61 62 63 64
Fig. 4 - Zones d'étude du village Bronze final. 489
11.2. — Buts et méthodes d'analyse : l'exemple de la due, selon le mode de débitage), la surface en cm2, le
rayon originel estimé de l'arbre pour cet endroit dendrochronologie
précis. La dernière étape est le Laboratoire de
dendrochronologie du Musée d'archéologie de Neu-
Les buts de la fouille de ce site de l'âge du Bronze châtel, où l'on mesure les cernes de croissance de
final, tels qu'ils ont été définis avant le début des chaque bois pour en tracer la courbe qui servira de
travaux, peuvent se résumer ainsi : fouille systémati base à la datation.
que de l'intégralité du gisement afin d'en relever le D'autres particularités sont aussi prises en compte, plan complet ; intégration, lors de la fouille déjà,
comme les anomalies de croissance, la croissance d'une équipe de spécialistes des sciences naturelles
moyenne (rayon mesuré divisé par le nombre de dans le but de comprendre l'organisation interne du
cernes), le nombre de cernes d'aubier (partie vivante village (en mettant en évidence des aires d'activités),
de l'arbre) et la présence du dernier cerne produit les relations entre l'homme et l'environnement natur
par l'arbre, nommé ici cambium (permettant une el et l'exploitation de ce dernier ; analyse dendro-
datation de l'abattage à la saison près). L'ensemble chronologique et techno-morphologique de tous les
de ces données, après traitement séparé, est en pieux et matériaux ligneux.
dernier lieu enregistré sur ordinateur, dans une base
Cette approche paléo-ethnographique implique de données, ce qui permet un grand nombre d'opéra
que les études entreprises soient intimement liées, tions de tri, corrélation et filtrage. Celles qui sont
mais nous nous limiterons ici à un exemple particul jugées significatives peuvent être imprimées instant
ier, celui de la dendrochronologie, en mettant en anément sous forme de listages ou de plans.
évidence, au passage, les relations étroites qu'elle Pour en revenir à la dendrochronologie, elle vise entretient avec la botanique, l'étude techno-morphol 2 buts, essentiels pour la compréhension d'un habitat ogique du bois et la sédimentologie, entre autres. préhistorique : sa datation absolue, partant sa situa
Au sens strict du terme, la dendrochronologie est tion chronologique par rapport à d'autres gisements,
la datation absolue ou relative des bois (3), travaillés et la datation relative des vestiges retrouvés, pour en
ou non. Elle n'est, appliquée à l'archéologie de sites saisir l'évolution interne.
tels que Champréveyres, qu'un aspect de l'archéo-
dendrologie, aux visées plus vastes, qui vont du
couvert forestier jusqu'à l'architecture, tentant de
II. 3. — Datation absolue reconstituer, à partir des vestiges analysés, des étapes
telles que choix des arbres, techniques d'abattage, de
débitage, de transport, de façonnage, etc. (Billam- Environ 7 500 pieux, pratiquement tous en chêne, boz, 1985 et 1987). ont été recensés sur l'ensemble de la surface fouillée
du village (fig. 2). Malgré la capacité de mesure du Dans ce sens, tous les pieux du site sont l'objet de
laboratoire de dendrochronologie (environ 1 000 descriptions détaillées. Sur le terrain déjà, pendage,
pieux par année pour le site du Bronze final), plus de orientation, situation planimétrique, altitude du som
la moitié reste encore à analyser. Sur le nombre de met et présence d'écorce sont notés. Après ex
pilotis déjà étudiés par Heinz Egger et Patrick traction, intégrale ou non selon les cas, les pilotis
Gassmann, nous en avons sélectionné ici 1999, qui sont transmis au spécialiste responsable de l'étude
proviennent de diverses parties du site (fig. 5), techno-morphologique (Daniel Pillonel), qui déter
jugeant que cet échantillonnage était représentatif du mine l'espèce, étudie les traces de travail et de
lot total. transport, les altérations superficielles (galeries
d'insectes, carbonisation, décomposition, champi Ces 1 999 bois, tous des chênes, se divisent en 3 gnons, etc.), analyse le sens d'enfoncement (cime- groupes aux qualités différentes (fig. 6).
souche ou l'inverse). Il prélève aussi, à l'endroit le
a. Ensemble de 963 bois possédant le cambium ou plus favorable, une rondelle de 3 à 4 cm d'épaisseur.
l'un des 3 derniers cernes produits avant l'abattage. Cet échantillon est dessiné en grandeur nature ; on
Ce groupe offre, en principe, les conditions les plus note alors la présence ou l'absence d'aubier (voire
favorables pour une datation précise. Malheureused'écorce), la forme exacte (entière, fendue ou refen-
ment, la plupart des échantillons ne comportent que
30 à 40 cernes, ce qui restreint quelque peu le
pourcentage de réussite (plus un bois compte de
cernes, plus sa courbe de croissance est longue et
(2) La présence, au large du rivage, d'une vaste dépression mieux on pourra le synchroniser sur la courbe de
créée par l'extraction industrielle de graviers a fixé des limites référence) ; physiques imperatives à l'établissement de la digue.
b. Groupe de 715 pièces qui possèdent au moins 1 (3) Par datation relative, nous entendons la situation chronolo
gique des bois les uns par rapport aux autres. cerne d'aubier. En se référant aux arbres du premier ,
I
I
I
490
Fig. 5 - Emplacement des l 999 pieux étudiés. L'intégralité des pilotis provenant des zones considérées a été analysée.
par année), permettant une bonne synchronisation 1999 = 10 0% A,D,E Pieux Zones sur la courbe de référence, la date du dernier cerne
mesuré, par contre, ne peut être qu'un terminus post
quem. La comparaison avec des arbres des 2 autres
22 61 % groupes, possédant les mêmes caractéristiques mais 25,56% avec des cernes d'aubier, permet souvent une bonne / A \ N
approximation de la date d'abattage. \
Ainsi, sur ce lot total de 1 999 bois, 1 347 (76,4 %) n 1,5 0%
corrèlent parfaitement entre eux, formant la courbe / f moyenne du site. Les 23,6 % restant (652) ne peu14,55% 27,26% vent être corrélés car leurs courbes de croissance ne 4
sont pas suffisamment longues (30 cernes au maxi8,50 % ln° n datés mum) ou caractéristiques pour être placées avec
précision sur une courbe de référence ; plusieurs vec aubier A avec cambium Ba 0 sans aubier tés positions sont généralement possibles, le plus sou
Fig. 6 - Composition du lot de 1 999 pieux provenant de diverses parties du vent à la fin de l'âge du Bronze, sans que rien ne
site. permette d'en choisir une.
Ce pourcentage appréciable de datations obtenues
permet donc la création d'une courbe moyenne,
longue de 582 ans, propre au site d'Hauterive- groupe, dont la durée totale d'aubier excède très Champréveyres. Cette moyenne se synchronise parrarement 30 ans, on peut donner une estimation faitement avec les courbes déjà connues des sites assez précise de la date d'abattage (plus ou moins contemporains de la région, qui sont datées de 5 ans ; Gassmann, 1984) ; manière absolue depuis 1985 (Becker et al, 1985).
с 321 pieux, provenant le plus souvent d'arbres de Sur le bloc diagramme (fig. 7), on constate que la
courbe moyenne de Champréveyres couvre la pégrande taille, très âgés, fréquemment équarris ou
fendus, dont l'aubier a totalement disparu. Si leur riode comprise en 1450 et 869 av. J.-C. Les dates
croissance est généralement lente (moins de 1 mm d'abattage des arbres s'étendent, sans interruption l
491
U5C Hauterive - ChamDreveyres
Auvernier- les Graviers
Cudrefin
Auvernier - Bréna 1
Estavaver-Stavia
1300 1200 1100 1000 900 850
I !
1097 1052 983 957 869 848 B.c
Fig. 7 - Situation de la courbe moyenne d'Hauterive-Champréveyres par rapport aux sites voisins. En noir, années d'abattages.
P. Gassmann donnent les résultats suivants : la notable, entre 1107 et 869, représentant une occupat
couche 3 des zones A et В renferme des fragments ion permanente de près de 2 siècles et demi,
couvrant toutes les phases connues du Bronze final provenant de chênes abattus exclusivement entre
palafittique de Suisse occidentale. Une aussi longue 1050 et 1030 av. J.-C, avec une concentration
occupation d'un même site pose inévitablement la importante entre 1050 et 1040. Les bois couchés
question de son développement. Même si, comme confirment parfaitement ces dates. La couche 5
nous l'avons vu lors de la description des couches du contient des éléments très légèrement antérieurs,
site, la typologie du mobilier permet d'en pressentir remontant à la décennie 1060-1050 et au début de la
certaines lignes directrices, c'est la dendrochronolo- suivante (1050-1040). La couche 03, plus en avant,
gie qui offre, ici encore, l'approche la plus fiable. est datée selon les mêmes méthodes entre 990 et 960.
En résumé, ces 2 approches permettent de distin
guer 3 zones à l'intérieur du site, qui correspondent à //. 4 — Datation relative
autant d'étapes du développement du village. La
partie arrière a été colonisée en premier ; l'occupa
Pour appréhender les modalités du développement tion intensive y remonte à 1050 environ, et les
couches archéologiques conservées en sont contempdu village, la dendrochronologie offre 2 voies d'ap
proche complémentaires : l'étude chronologique des oraines. Les dates d'abattage des pieux montrent
pieux en fonction de leur emplacement sur le site que des travaux de construction ou de réfection y ont
d'une part, la datation des couches archéologiques de été effectués durant toute la période d'occupation du
l'autre. site. La zone située plus au large n'est occupée que
depuis 990, et là encore nous avons la chance de En analysant les dates d'abattage des pieux selon posséder une couche riche en mobilier contemporleur situation dans le village, on constate des diff aine du début de l'occupation. La partie est du érences notables. En effet, les pieux de la zone A, à village, d'après les dates d'abattage des pieux (ce que l'arrière du village, sont abattus régulièrement depuis ne dément pas l'attribution typologique du mobilier), 1107 jusqu'après 900 av. J.-C. Ceux de la zone D, ne paraît avoir été occupée qu'à partir des environs plus au large, ne sont jamais abattus avant 990 et de 910 av. J.-C. ceux de la zone E, à l'est, ne sont pas antérieurs à
910 av. J.-C. Une fois ces données acquises, même si elles ne
La datation des couches archéologiques repose sur sont pas définitives, il importe d'aller plus avant dans
l'analyse d'éclats de bois de chêne (lattes, copeaux l'analyse, de mettre en évidence des structures archi
résultant du façonnage des pieux et de la poutraison, tecturales, de les observer tant d'un point de vue
par exemple) incorporés au sédiment en place. diachronique que synchronique. Pour illustrer cette
Quelques bois couchés de plus grandes dimensions démarche, nous prendrons pour exemple la zone A,
dont les pieux ont livré les dates d'abattage les plus (branches, pieux inutilisés, par exemple) complètent
l'échantillonnage. Les analyses effectuées par anciennes. 492
pour le reste. La qualité de cet ensemble constituera
///. — ILLUSTRATION D'UNE METHODE : LA une base de comparaison extrêmement précieuse
ZONE A pour l'étude des bois sans aubier, voire non datés.
Comme nous l'avons vu, cette zone se situe dans la III. 2. — Dates d'abattages
partie arrière du village, côté rive. Tous les pieux
provenant de cette surface, à l'exception de ceux
La représentation graphique des dates d'abattages, situés dans une bande de 8 m de large dans le bas,
précises ou estimées, de ces 731 arbres permet de encore en cours d'analyse, ont été mesurés. La zone
faire ressortir des phases où le nombre d'arbres ainsi définie couvre environ 1 700 m2, avec un peu
abattus annuellement se situe au-dessus de la plus de 300 m2 de couches conservées. Au moment
moyenne (la moyenne annuelle générale est de 3,38 de la fouille, aucune structure architecturale n'a pu
arbres abattus) (fig. 9 et 10). Quatre périodes princiêtre identifiée, malgré la grande surface des secteurs
pales sortent ainsi du lot : (8 x 8 m). Aucun aménagement au sol, volontaire
ou non, n'était visible (foyers, dallages, effets de — la phase II, de 1051 à 1036, avec 107 arbres
cloison, etc.). La mise en évidence du plan des abattus (soit une moyenne annuelle de 6,70) ;
constructions repose donc en bonne partie sur la — la phase IV, de 996 à 986, avec 99 arbres
dendrochronologie . abattus, soit une moyenne annuelle de 9 ;
— la phase VI, de 980 à 975, avec 98 arbres
abattus, soit une moyenne annuelle de 16,35 ; III. 1. — Le lot des pieux
— enfin la phase VIII, de 965 à 959, avec 76 arbres
abattus, soit une moyenne annuelle de 10,85.
Le total des pieux de la surface étudiée (100 % de Ces 4 phases, avec 380 arbres abattus en 40 ans, chênes) se monte à 1 439. Nous retrouvons évidem représentent à elles seules plus de la moitié du total ment ici les 3 groupes observés précédemment
des arbres coupés entre 1107 et les environs de 900 (fig. 8) : avant J.-C.
a. pieux avec cambium ou l'un des 3 derniers cernes
La phase I, qui s'étend entre 1107 et 1052, ne (917 pièces) ; compte que 39 pieux, dont les abattages sont répartis b. pieux avec au moins 1 cerne d'aubier, mais sans
régulièrement au cours de cette période, avec une cambium ni l'un des 3 derniers cernes (279) ; concentration légèrement marquée vers 1060-1058. с pieux sans aubier (243). Dès cette date, les coupes de bois sont continues
Pour la suite de notre étude, nous retiendrons jusque vers 900.
uniquement les pieux datés et appartenant aux Pour cette zone, on constate donc que l'exploitagroupes a et b. Ils constituent un ensemble de 731 tion du couvert forestier a été régulière durant plus individus, dont l'année d'abattage est connue exacte de 160 ans, ce qui constitue un cas pour l'instant ment pour 69 % et estimée à quelques années près unique dans le Bronze final de notre région, où la
durée de vie habituelle des villages ne dépasse pas 50
ans (fig. 7).
La première phase importante d'abattages (II)
marque le début des constructions systématiques
Pieux Zone A 1439=100% dans la zone étudiée. L'étalement des dates d'abat
tages montre que les réfections ou consolidations ont
été continues durant toute l'occupation.
28,76 % 34 95%
III. 3. — Caractérisation des arbres, d'après les phases
d'abattage
1 38 % Pour chaque phase de faible ou forte moyenne
15,84% annuelle d'abattage, nous sommes en mesure de
3,54% 15,49% mettre en évidence les caractéristiques particulières
des arbres, en tenant compte du rapport existant
entre âge (il s'agit là d'un minimum, pour des raisons AavBccambium Bavec aubi
que nous développerons au paragraphe suivant),
rayon estimé de l'arbre à l'endroit du prélèvement de Fig. 8 - Composition du lot des 1 439 pieux de la zone A. 493
10-
850 B.c Dates 1110 1050 1000 950 900
II III Phases
Fig. 9 - Zone A : abattages annuels (nombre/année). Le lot étudié est de 731 pieux avec aubier et/ou cambium.
en compte les données qui concernent les dates des l'échantillon et croissance moyenne (largeur
premiers cernes mesurés des 731 échantillons consimoyenne des cernes, en divisant le rayon de l'échant
dérés. illon par le nombre de cernes ; fig. 11 et 12).
Nous avons choisi 2 graphiques (phases II et VIII)
tout à fait représentatifs de la tendance générale
observée. A la phase II (premiers abattages nomb ///. 4. — Dates des premiers cernes mesurés
reux) les arbres choisis sont pratiquement tous âgés
(150 ans ou plus), de fort diamètre (plus de 25 cm), à
Dans la très grande majorité des rondelles analyla croissance lente (moins de 1 mm par année).
sées, le premier cerne correspond au cœur de L'aspect homogène du nuage de points montre que
l'arbre ; seuls quelques pieux fendus ou refendus en ces arbres ont poussé dans des conditions comparab
sont privés. Mais il faut noter que ce premier cerne les et appartiennent probablement au même
n'est pas équivalent au début de croissance. En effet, contexte écologique. Les quelques éléments intrusifs
la coupe longitudinale d'un tronc montre que le apparaissent clairement : il s'agit soit d'arbres plus
nouveau bois produit au cours des ans s'organise petits et plus jeunes mais dont la croissance moyenne
comme une pile de cônes évidés, dont chacun recouest faible, qui proviennent vraisemblablement du
vre entièrement le précédent. Le nombre total de même milieu que les gros spécimens ; soit d'arbres
petits et jeunes dont la croissance est rapide (plus de cernes varie donc en fonction de la hauteur de la
coupe transversale sur le fût, c'est-à-dire qu'il va 1,5 mm par année), témoignant d'un environnement
augmenter vers la souche et diminuer vers la cime. plus favorable à la pousse, tel que lisière de forêt,
C'est ici que le sens d'enfoncement du pieu prend endroit humide et bien exposé à la lumière, par
toute son importance. A Champréveyres, et dans la exemple. Dès la phase III, le nombre d'arbres de fort
zone considérée, c'est le sommet de l'arbre qui est diamètre âgés de plus de 150 ans tend à diminuer très
enfoncé en terre, après avoir été taillé en pointe. sensiblement, pour disparaître presque complète
ment dès la phase V. Des arbres plus jeunes (30 à 100 L'endroit le plus favorable pour le prélèvement des ans), de diamètre moyen (environ 25 cm) ou faible rondelles se situe dans l'espace compris entre les (plus petit que 20 cm) font leur apparition. Leur premières traces de taille de la pointe et le niveau du
croissance moyenne est importante, dépassant fr sol d'implantation, la partie dépassant le sol étant
équemment 1 mm par an. Dès la phase VI, cette généralement érodée. La découverte d'un pieu inutimoyenne se stabilise aux environs de lisé long de 11,50 m, découvert en couche 3 et dont 1 mm, pour des arbres qui ne dépassent guère 100 l'abattage remonte à 1049 av. J.-C, montre que ans, ni 20 cm de diamètre. l'endroit où l'on prélève généralement la rondelle est
Nous verrons par la suite quelles interprétations situé au moins 8 à 10 m au-dessus de la souche. Faute
d'analyses portant sur des chênes actuels ou fossiles donner à ces phénomènes, lorsque nous aurons pris .
494
Zone A
dates dates dates nombre de
/0 pieux faible taux d'abattages fort taux d'abattages sous-p hases PHASES
1107 -1052 39 5,33 1
1051-1042
II 1051-1036 107 1041-1040 14,63
,1039-1036...
1035-1017
Ш16-1013 Ш
III 1035-997 1012-1010 20,73 152
ШШ-1002 1
1001 - 997
996-994 M
IV 996-986 13,54 99 993
992-986 m
985 - 9 81 V 21 2,87
VI Ш980 -97 5ШШ 98 13,40
974 - 96 6 6,56 VII 48
VIM 10,39 Îf965-959 76
IX 958 - 942 54 7,38
") -^ 94( 37 5,06
100 % 731 Fig. 10 - Phases d'abattage de la zone A. 731 pieux avec aubier et/ou cambium.
Ce phénomène, avec une très forte concentration intacts, dont la croissance serait comparable, on ne
de premiers cernes aux environs des dates qui, par peut qu'estimer très grossièrement le nombre de
ailleurs, sont celles des phases d'abattage I à IV, nous cernes annuels manquants. Pour l'instant, il faut
incite à considérer de plus près les relations qui retenir avant tout que l'ensemble des courbes repré
peuvent exister entre ces phases et les 2 groupes mis sentant les premiers cernes mesurés doit être décalé
de quelques dizaines d'années sur l'échelle chronolo en évidence.
gique pour avoir une représentation des dates de
début de croissance effectif des arbres étudiés (4).
L'analyse du graphique représentant les dates des (4) Uu tronc de chêne long de 16 m, comportant la souche, a premiers cernes mesurés des 731 pieux avec aubier de été découvert dans la couche sablo-crayeuse du substrat ; non daté
la zone A fait ressortir de manière extrêmement précisément, cet arbre présente des caractéristiques de croissance
tout à fait comparables à celles des gros arbres du Bronze final. A nette 2 groupes parfaitement dissociés. Le premier
8 m au-dessus de la souche, on compte déjà 39 cernes de moins s'étend entre 1250 et 1150 av. J.-C. environ, avec un qu'au niveau de celle-ci. Sur la base de cet exemple, on peut pic aux alentours immédiats de 1200 ; le second, de estimer le décalage entre premiers cernes mesurés et dates de
1100 à 1000, avec un pic très marqué entre 1070 et début de croissance des arbres étudiés à 40-50 ans (informations
transmises par P. Gassmann). 1030 (fig. 13).

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