Des revenus publics en Normandie au douzième siècle (quatrième article). - article ; n°1 ; vol.13, pg 97-135

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1852 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 97-135
39 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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Léopold Delisle
Des revenus publics en Normandie au douzième siècle
(quatrième article).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1852, tome 13. pp. 97-135.
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Delisle Léopold. Des revenus publics en Normandie au douzième siècle (quatrième article). In: Bibliothèque de l'école des
chartes. 1852, tome 13. pp. 97-135.
doi : 10.3406/bec.1852.445057
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1852_num_13_1_445057° T.
DES
REVENUS PUBLICS
EN NORMANDIE
AU DOUZIÈME SIÈCLE
FIN DE LA QUATRIÈME PARTIE.
DES RECETTES.
ÉCHOITES , RELIEFS, etc.
Chaque année, tantôt pour une cause , tantôt pour une autre,
le duc saisissait, ou, pour parler le langage du temps, mettait sa
main sur les fiefs de quelques-uns de ses vassaux 2. Les iiefs
qui faisaient ainsi retour à la couronne, soit pour un temps, soit
pour toujours, constituaient ce qu'on appelait les échoites 3.
1. Voyez le commencement de ce mémoire, 2e série, t. V,p. 173 et 257, et 3e série,
t. I , p. 400.
2. Pro saisina terre que erat in manu régis; Rot. scac, t. I , p. 11. — Terra Alani
de Taneio que est in manu régis pro defectu ; 1. 1, p. 82 Est in manu régis quia
dederat totum feodum quod tenebat de rege filie sue in maritagio; t. I, p. loi. — De
exitu terre Willelmi de Mngnerilla dum fuit in manu régis; t. II, p. 476. — 19 mars
1201 : Omnes terras et feoda que illis dedimus qui ad vestram summonitionem non
veniuntin serviciiim nostrum, sine dilationeinmanum nostram capiatis; Rot. chart.,
p. 102, c. 2. — Les Rot. Norm, sont couverts de lettres par lesquelles le roi Jean
dispose des fiefs des paitisansde son ad versaire. Voy. notamment p. 70, 7 1,72, 73, etc.
— Sur les Rot. scac, il est souvent question de domaines « rendus » : De exitu terre
Ricardi de Grisie reddite; t. I, p. 129. — Camerario de Tancarvilla Ix solidos quos
habuit de terra illa postquam fuit reddita; 1. 1, p. 132. — Pro medietale molendini
redditi heredibus Rocelini Clarembout; t. I, p. 154. — De exitu terre Rad. Le Mesnier
reddite; t. I, p. 254. — De exitu terre Walten de Laceio de I anno anteqiiam esset
ei reddita; t. II, p. 368. — De exitu terre Willelmi et Rogeri Perier reddite; t. II,
p. 491.
3. Les Rot. scac. nous présentent les formes: escaeta, t. I, p. 133 et 143 ; excaeta,
t. II, p. 547 ; escaieta, t. I, p. 70 ; escata, t. I, p. 242 et 262 Missi pro inquisitione
escaetarum ; t. I, p. 144. — De escaetis in civitateRothomagi ; p. 143. — Ballia de
Constantino, de escaetis; p. 143.— De excaetis ballie Caleti. . . , de excaetis baillie de
Romeis. . ., de excaetis baillie de Montfort, etc.; t, II, p. 547. — En 1202 : In escaetifi
ïll. (Troisième série.) 7 ces cas, le duc se substituait à tous les droits de ses homDaus
mes : il se faisait payer les sommes qui leur étaient dues ' , et
jouissait des terres qu'ils avaient tenues à titre de gage 2.
La cause la plus ordinaire des échoues était la mort des
seigneurs relevant immédiatement du duc, quand ils laissaient un
héritier mineur. Jusqu'au jour où il atteignait l'âge de vingt et un
ans 3,le souverain jouissait de tousses biens, à la seule charge de le
faire élever d'une manière digne de sa condition 4. Ce droit
était connu sous le nom de garde 5, et parfois sous celui de
bail 6. A titre de gardien, le duc, dans certaines circonstances,
domini régis de Ulis qui iverunt in Franciam ; Rot. Norm., p. 45- — En 1200, ma-
gister Ros., custos escaetarum Normannie; ib., p. 25. — Le 30 novembre 1203, le roi
confia à Richard de Villequier : custodiam escaetarum Normannie; Rot. litt, pat.,
p. 37, c. l ; cf. Rot. Norm., p. 116.
1. De debito Radulfi Lexoviensis episcopi ; Rot. scac, t. I, p. 162. — De debito
Rogeri de Bellomonte ; t. I, p. 147, 162 ; t. II, p. 491. — De debito Will. Angl. de
Rothomago ; t. II, p. 486.
2. De vadiis Gerardi Burnouf; 1. 1, p. 27. — De exitu terre Johannis. . .; de exitu
vadii ejnsdem ; t. I, p. 53 — De exitn terre et vadionim Pétri de Buris; 1. 1, p. 60. —
De exitu vadii Pétri de Bures ; 1. 1, p. 78. — De exitu terre Roberti de Ansgervilla in
Cornevilla de vadio Willelmi de Moreyilla; 1. 1, p. 82. — De exitu terre ejusdem. . . ;
de vadiis ejusdem; t. I, p. 170 — Le droit du souverain allait jusqu'à recevoir les
sommes pour lesquelles la terre avait été engagée; de là ces articles: Pro disvadiatione
partis ejusdem vadii ; 1. 1, p. 102. — De divadialione partis sue XV librarum vadii quod
W. deCalvizet J. Belet babebant; t. I, p. 171. — De divadiatione ejnsdem vadii;
1. 1, p. 195 et 240. — De vadio disvadiato ; t. Il, p. 336.
3. Ibidem (à l'échiquier de 1258) dictum fuit quod garda régis durât per XXI annos,
baronum per XX annos, licet quidam contradicerent; Novus ordin. Constant, (ma
nuscrit appartenant à M. l'abbé Delamare).
4. Aussi, quand les terres des héritiers mineurs étaient exploitées au compte du
roi, les comptes mentionnent les dépenses faites pour leur entretien; par exemple, le
compte de la terre de Hascouf de Saint-Hilaire, en 1 180 : In conredio et vestitura filie
Hascnlfi de Sancto Hilario et nutricis sue et hominis sui XXVII libras et Vil solidos
et VI denarios, quaque die XVIII den.; Rot. scac-, t. I, p. 10.
5. Pro custodia filii Odonis de Ponte; Rot. scac, t. I, p. 14. — Pro cus-
todia terre puerorum suorum ; t. I, p. 4o. — Pro habenda custodia filii Willelmi de
Wabt; t. I, p. 144. — 1199 : Thomas de Beilomonte dat domino régi XXX insrcas pro
confirmatione liabenda terre que fuit Thome de Brichisvilla cum herede quousque eta-
tem habeat ; Rot. de oblatis, p. 6, — Le 1 5 mars 1 200, le roi donne à Raoul de Beau-
champ : custodiam heredum Reginaldi de Paveilleio, cum tota terra quam idem Regi-
naldus juste tenuit; Rot. chart., p. 37, c. 2. — Voy. plus loin, chap, des Droits de
justice, p. 114.
6. Ce mot ne figure pas une seule fois dans les Rot. scac; le plus ancien exemple
qne nous nous rappelons en avoir trouvé en Normandie est contenu dans un jugé de
l'échiquier de 1223 : Quamdiu erit in baillio suo pro etate pueri ; Reg. scac, fol. 70,
recto, col. 2. ■"*-•■
mariait à son gré les jeunes héritières et les veuves l . Gomme il
était d'usage de vendre, en quelque sorte, au plus offrant
l'exercice de ces droits 2, le duc en retirait un profit assez consi
dérable. En octobre 1 202, la garde du fils et de la fille de Robert
Bertran fut cédée à Robert de Tibou ville moyennant 6000 livres
d'angevins ; encore le duc se réservait-il la faculté de disposer
de la main de la veuve de Robert Bertran 3 .
A la mort du propriétaire d'un fief tenu immédiatement du
souverain, si l'héritier était en âge d'entrer en possession , il
avait à payer le relief. Pour les baronnies ce droit montait â
100 livres 4 ; pour les fiefs de haubert, à 15 5 ; pour les moulins
banaux, à 60 sous G. Ce relief n'était pas toujours suffisant, et
fort souvent les héritiers devaient fournir une somme à peu près
aussi forte qu'il plaisait au roi de l'exiger ; le mot « fin » (c'est-
à-dire « finance »j servait à désigner cette exaction 7.
1. Sciendum estquod dux débet habere donationem filiarum suorum hominum, si
masculo berede caruerint; et omnia tenementa que ad heieditatem filiarum pertinent
de quorumcunque feodis sint, debent sequi ducis; Consuet. Norm.,
(ms. Y. 9. 90 <!e la Bibl. de Rouen), f. 51, v°. — 1199 — 1200 : Willelmus
de Humet, constabularius Normannie, dat domino régi CC lib. and. . . .pro habenda
voluntate domirti régis de maritanda nepte sua comiti Cestrie ; Rot. de oblatis, p. 43.
— 1220 : Nec nos nec heredes nostri trademus uxores vel filias eornrn (burgensium
Cadomi) aliquibus in maritagium contra voluntatemearum,nisifeodum vel membnim
lorice teneant propter quod debeamus eas maritale secundum usus et consuetudines
Normannie; Carta Phil. Aug. pro burg. Cadom., dans Beg. Phil. Aug. (ms.
9852, 3), f. 86, r°. Les bourgeois de Falaise avaient le môme privilège.
2. Voy. plus loin aux chapitres des Droits de justice, p. 114.
3. Rot. litt, pat., p. 19, c. 1 ; cf., p. 26, c. 2 ; p. 28, c. 2 ; p. 30, c 1 ; et p. 43,
c. 2 ; et Mot. Norm., p. 66 et 90.
4. Per totam Normanniam est relevium generaliter terminatum, ut in feodis lorice
per XV libras.et in baroniis perC libras; Consuet. Norm., c.XXXlllId'aprèsIa lreédit.
— C libras pro relevio honoris de Duxeio ; Rot. scac, t. F, p. 11.
5. Voy. la note précédente.— Échiquier de 1219 : Judicature est quod feodum lorice
relevât per XV lib. turon.; Grands rôles, p. 140, c 2. — LXXV sol. de relevio quarte
partis I militis de feodo de Moon; Rot. scac, 1. 1, p. 128. — De VII lib. x sol. de feodo
dimidii scilicet de relevio; t. I, p. 133; cf. t. II, p. 361. — Triginta libras de
relevio feodi II militnm ; t. I, p. 277. — CLXXXV lib. pro relevio XIIII militum de
feodo episcopi Baiocensis; t. II, p. 537.
6. Molendina tarnen bannum et moutarios habencia per.... LX sol. soient relevari;
Consuet. Norm., c. XXX1III d'après la lre édition. — En 1258 : Judicalum fuit quod
. . . .molendinum débet LX solidos pro relevio; Novus Ordinarius Constant.
7. Pro fine et relevio terre sue; Rot. scac., t. I, p. 25. — De fine pro relevio suo;
t. I, p. 139 et 141. —Pro «ine de relevio suo; t. I, p. 143. — Pro D libris de debito
Leticie nxoris Jordani Taisson pro fine terre sue; t. T, p. 32. — Petrus Pagnnellus red-
7. 10Ö
Les églises n'étaient pas sujettes au relief; mais, à la mort de
leurs prélats, elles n'en avaient pas à supporter des charges
moins onéreuses. Les agents de Ja couronne se jetaient sur le
mobilier du défunt * ; ils mettaient la main sur le temporel des
eyecb.es 2, des archidiaconés et prébendes 3, des abbayes et des
autres maisons religieuses 4. Le duc prolongeait autant qu'il
était en lui la vacance des bénéfices 5; plus d'une fois, il ne
craignit même pas d'exiger du nouvel élu une somme d'argent
dit coinpotum de D libris de fine pro terra patris sni ; t. I, p. 89. — Adam de Port
reddit compolum de M marcis pro fine terre sue et hereditatis uxoris sue, et ut rex
indignationem ei remittat et homagium suum suscipiat; Pip. 26 HAI, cité par Madox,
The hist, of the exchequer, ch. XIII, § V, t. I, p. 473, n. q. — 1199 : Pro habenda
saisina terre unde pater sims fuit disaisitus die qua obiit, cujus propinquior hères est,
et pro relevio suo ; Roi. de oblatis, p. 11 et 12. — Le Reg. Phil. Aug. (ms. 8408, 2. 2,
B), au f. 291, contient sur le relief des fiefs du Vexin un règlement applicable « quando
releveimn evenerit, nisi finatorie possit finare curn domino suo ».
1. En parlant de Guillaume le Roux : Audita namque morte cujuslibet epîscopi
vel abbatis, slatim clericus régis adinittebafur qui oniiiia inventa scripto exciperet
omnesque in posterum reddiUis fisco regio inferret ; Will. Malmesb-, De gestis reg.
Angl., 1. IV, dans le Rec. des hist., t. Xlir, p, 4. — En 1924, à la mort de Seilon,
évoque de Seez : R.egis satellites. .. thesaurum et quaeque in episcopio reperta surit,
ecclesiis seu pauperibus nihil erogantes, in liscum régis omnia traust u 1er unt; Orderic
Vital, 1. XII, éd. de Duchesne, p. 878. — Et de CCC libris de pecunia Rie. Winto-
niensis episcopi; Pip. 1 Rie. I, p. 5. — En 1198, on compta à l'échiquier : De catal-
lisRoberti abbatis Cadomi ; Rot. scac, t. 11, p. 370.
2. Philippe Auguste fit constater par une enquête que Henri II, à la mort de l'arch
evêque Rotrou, avait joui pendant quinze mois de la régale de Rouen; D. Martène,
Ampl. coll., t. I, c. 1081. — De exitu episcopalus de Abioicis; Rot. scac, t II, p.
361 . — De exitu episcopatus de Constanciis dum fuit in manu régis; ib., t. II, p. 547.
— Pro eo quod Sagiensis in manu et custodia uostra est; Rot. litt, pat.,
p. 7.
3. De exitu archidiaconatus de Lexovino ; Rot. scac, 1. 1, p. 255; cf., p. 220.
De II piebendis de Lureio; t. I, p. 250-
4. De exitu deSancta Waveborc (la commanderiede Sainte-Vaubourg, près Rouen)
dum fuit in manu régis; Rot. scac, t. I, p. 136 De exitu terre abbatis de Sancto
Richero (le Val-Richer ?) ; 1. 1, p. 142. — De exitu abbatie Sancti Stephani de Cadomo;
t. II, p. 361. — Le 23 sept. 1201, le roi Jean livra à Richard de Fontenai la garde de
l'abbaye du Mont Saint-Michel, moyennant 1150 livres d'angevins par an; Rot. litt,
pat., p. l,c. 1. — 3janv. 1203 : Abbatia de Valleest in manu nostra; ib., p. 22, c. 2.
— Le 25 mars 1203, le roi commet à Pierre des Roches la garde de l'abbaye de Troarn,
quamdiu ipsa fuerit in manu nostra ; ib., p. 27, c. 1.
5. C'est surtout en Angleterre qu'on remarque cet abus; mais il n'est pas sans
exemple en Normandie. Voy. ce qu'en dit Guiart, Branche des royaux lignages,
lre partie, v. 4807 etsuiv., éd. Buclion, t. I, p. 203; cf., aussi les v. 97-120, t. I,
p. 29. qui put le faire soupçonner de simonie '. — Gomme au moyeu
âge il n'était pas rare qu'une abbaye fût propriétaire dans les
États de plusieurs princes, on ne doit pass'étonuer qu'en temps
de guerre les souverains eussent l'usage de saisir les biens que
les abbayes étrangères possédaient dans leur territoire. C'est,
une mesure qui fut prise maintes fois au XIIe siècle par les ducs
de Normandie 2.
Le mobilier des usuriers, des excommuuiés et des suicidés \
de même que celui de certains criminels \ appartenait au souver
ain. Cette règle souffrait cependant des exceptions introduites
1. lnterea quaerebatur quis idonens in loco defiincii substitHWrtnr, non pro rno-
rum sed pro numinorum expérimente; Will, Malmesb., De gestis reg. Angl., 1. IV,
dans le Rec. des hist., t. X1IF, p. 4. — Rodbertus quidam miserabiiis bomuncio,
datisduci CXLmarcis argenti,ejns (Fulconis, Divensium abbatis,' in loco intriisusest;
Orderic Vital, 1. XI, éd. de Duchesne, p. 817. — De ipso an terni hesauro. . . XVIImar-
cas in initio meœ promotionis assnmpsi, quia bona omnia episcopalia redimere de
manu comitis Andegavensis angebar. . ., cum ego prius de meo nongentas libras in
eain causam et amplius expeudisseni ; Epist. Arn. Lexov. episc, AaxxsSpicileg., éd.
de 1657, t. II, p. 484.
2. C'est ainsi que nous les voyons séquestrer à leur profit les biens de l'abbaye de
Saint-Denys (Rigord, dans le Rec. des hist., t. XV11, p. 38; Guill. le Breton, ib.,
p. 71 ; cf. une lettre de Suger au duc Geoffroi, ib., t. XV, p. 521), de l'évêché de Dol
(voy. lettred'Adrien IV, D. Morice, Preuves, 1. 1, c. 627; Rot. scac, t. Il, p. 556; Roi.
Norm., p. 29), du chapitre de Chartres (Rot. scac, t. 1, p. 238 ; Rot. Norm., p. 54),
des clercs de Saint-Martin de Tours (Rigord, Rec. des hist., t. XVII, p. 41), et des
chanoines de Saint-Quentin (Rot. scac, t. II, p. 415).
3. Usiirariorum aut^m catalla duci Normannie consuetudine pristina dimiltuntur.
. . .De catallis autem eorum qui sese sunt homicide et eoruni qui sunt excommuni-
cati'vel desperati moriuntur, seiend um est quod princeps ea débet habere, nec ecclesia
aliquidin eis poteiït reclamare, cum animabns èarum nullum val'eat impertiri subsi-
dium; Consuet. Norm., c XX, d'après la ire edit.. — De catallis Pétri Savore mortui
usurarii ; Rot. scac, t. 1, p. 222 — De catallis .. .usurarii; Fragment du rôle de 1184,
conservé aux Arch.nat. (S. 4824, n° 1), et que nous avons publié à C;<en en 1851,
art. XXIV et XXXIX. — Pro fine catallorum viri sui mortui nsurarii ; Rot. scac, t. 1.
p. 215. — De cataliis . . .suspensi; f. I, p. 71 et 171 ; t. I!, p. 477. — Voy. l'enquête
aux barons, de 1205, dans Ducliesne, Script. Norm., p. 1059.
4. Voy. p. 102, n. 1 et 2. — De catallis Henrici. . . essorbati pro foresta; Rot.
scac, t. II, p. 354. — De catallis . . .tresfornati ; t. I, p. 141, 198, 224, 272 et 28a.
— De catallis . . . fugitivi pro inurdro ; 1. 1, p. 62 et 96. Fugitivi pro raptu ; t. I, p. 96.
Fug. pro homine mehaimato ; t. 1, p. 4, 89 et 94. Fug. pro meslea; t. I, p. 94- Fug.
pro combustione ; t. I, p. 33 et 96. Fug. pro latrocinio; t. I, p. 33. Fug. pro rapina;
1. 1, p. 62. Fug. pro lalrone recitato (receptato) ; t. I, p. 141. Fug. pro bestiis foreste;
t. 1, p. 33. Fug. pro venatione régis; t. I, p. 11. Fug. pro corio cetvi; t. I,p. 33. Fug.
pro bissa occisa; t. I, p. 2'23. — De catallis . . .fugitivi qui terram abjuravit ; t. 1, p.
141. — De catallis W. Ospinel qui fugiitad ecclesiam pro morte Tome de RuibCampo;
t. I, p. 32. — De catallis . . nianentis in Francia; t. 1, p. 141. 102
dans l'intérêt de quelques seigneurs % de quelques sergents 2,
et des évèques lorsqu'il s'agissait de la violation de la trêve de
Dieu 3 . — Quant aux immeubles forfaits par les criminels, il paraît
qu'ils revenaient au seigneur du fief, mais seulement après que
le duc en avait joui une année 4.
Les objets sans maître (et sous ce titre nous comprenons à la
fois les trésors 5 , les bêtes ou choses gaives c et les épaves ou
1. Si quis hujusmodi catalia ex antiqua consuetudine, vel prescriptione scilicet vel
per instrumenta, habere consueverit, eorum perceptioneiion débet indebite spoliari;
Consuet. Norm., c.XX, d'après la re édit. — Concedo etiam ipsis monachis (de Seez)
. . .catalia latronis si fugerit vel deprehensus fuerit, ita libère et quiète sicut ego et
antecessores mei habuimus,salvoqui(iem regiojure; Gall. Christ,, t. XI, instr., c. 164.
— Si aliqtiis hominum suorum pro delicto suo vitam vel membnim debeat amittere,
vel fugerit et judicio stare nolnerit, vel aliud delictum (ecerit pro quo catalia
sua perdere et unde jnsticia fieri debeat in cnria nostra, ipsa calalla sintpredictorum
fratrum (Templi) ; Rot. chart., p. 15.
2. Le duc Geoffroi concédant à Henri le Maréchal les sergenteries « de Boquilenta ■»
et de Cailli : Habeat omnes robas tallatas, omniaque superlectilia et omnia vasa, nisi
fuerint argentea et aurata, et carnes baconum, nisi bacones fueiint integri, et dolium,
nisi plenum sit vini, videlicet eorum et earum qui membra sua forefacient; Tr. des
n° IX"XI. eh., reg. LXX1I,
3. Dans ce cas l'évêque diocésain prenait 9 livres sur les meubles du coupable. Voy.
Wace, Roman de Rou, v. 10511, t. II, p. 98, et dans le Rec. des hist., t. XIII, p. 22t,
où se trouve au?si la Cbron. de Normandie en prose, dont l'auteur se trompe quand
il fixe à 10 livres la part de l'évêque. Le Cartul. de Phil. d'Alençon, f. CCXXII r°,
indique à ce sujet une lettre de Guill., roi d'Angleterre, qui peut être le décret publié
par Labbe, Concilia, t. X, c. 395. Voy. les chartes de Henri Ier (Chartul. capit.
n° XXXI, Ebroic. f. XLVIII, v°, n° CLXXXV1), d'Etienne de Blois (ib., t. XVIII r°,
nU8 39 et 80), de Geoffroi Plantagenet (Charlul. et Cartul. de la cathédr. de Rouen,
n° CXCV), le concile d'Avranches de 1172 (Rec. des historiens, capit. Ebroic,
t. XIII, p. 1 47), l'ordonnance de Richard Cœur de Lion (Cartul de Phil. d'Alençon, f.
CCXXIv"), et l'enquête aux barons, de 1205 (Script. Norm p. 1059). — La violation delà
paix de Dieu n'était pas à la rigueur le seul cas oùles prélats eussent à exercer des droits
sur les meubles des coupables : Item (a. 1258) bona cujusrlam clerici conjugati, etiam
bigami, qui se suspendit, eidem episcopo fuerunt reddita; Novus ordinär . Constant--
4. Si autem aliquis homo destruclus fuerit per judicium, sive sit fugitivus, give
bannitus, dux Normannie habet proventus totius terre sue per unum annum, et ille de
cujus feodo terra movet terram post annum ; Reg. Phil. Aug. (ms. 8408, 2.2,
B.), f.XIII"II v°. — Ex quo dominus rex habuit exitum illius terre de «no anno;
Reg. scac, f. 52 v°, c. 2.
5. De XX sol. et VI den. de argento inventisde pluribus monetis ; Rot. scac, t. I,
p. 15. — De denariisinventis in terra; t. I, p. 16. — De denariis inventis in terra. . . de
pluribus monetis; t. I, p. "9. — Solidos inventos in terra; t. II, p. 295.
6. Pro 1 bove vaivo vendito; t. II, p. 306. — Bestias de weyf que ad dominum
regern pertinet; Placita de quo waranto, p. 832. — Voy. nos Études sur la condi- 103
varech pétaient ordinairement réputés la propriété du seigneur
dans le fief duquel on les trouvait; mais les plus précieux,
comme les matières d'or et d'argent , étaient exclusivement
réservés au duc 2. On sait que c'est en revendiquant ce droit que
Richard Cœur de Lion trouva la mort sous les murs du château de
Chalus en Limousin.
Nous pouvons clore ce chapitre en mentionnant les profits
que la fortune des guerres pouvait occasionner : tels étaient le
butin fait sur l'ennemi 3, et les sommes, parfois énormes, au
prix desquelles les prisonniers rachetaient leur liberté 4.
MONNAYAGE.
11 est incontestable, non seulement que les ducs de Normandie
frappaient monnaie, mais encore que ce droit n'était exercé par
tion de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au moyen âge,
p. 106, n. 7.
1. Les textes relatifs au droit de varech ou de gravage sont très-multipliés ; bor
nons-nous à renvoyer au chapitre de la Coutume de Normandie, qui est consacré à
cette matière et qui est le 17e dans la lre édition.
2. Aurum et argentum, tam in vasisquam in moneta, . . ., decurios, francos caues et
francas aves, ebur, rohanlum (rochallum?), lapides preciosos, escarlatam, varium et
grisium et pelles sebellinas que ad aliqnem usum hominutn non fuerunt deputate, et
robas novas que nunquam fuerunt indute vel in quibus fibula nondum fuit apposita,
dum tarnen de pannis preciosis facte fuerint et decise, et omnes trossellos integrorum
pannorum ligatos et omnes pannos integros sericatos ; Consuet. Norm., c. XVII, d'a
près la re édit. — Quicquid autem, sive supra terrain sive subtus terram repertum
fuerit, abbas habebit, excepto auro si subtus terram repertum fuerit, *quod quidem
aurum meumerit; Gallia Christ., t. XI, instr., c 157. — Si vero aurum vel argen
tum, sive cuprum, sive plumbum, sen aliud aliquid ad monetam pertinens subtus
terram repertum fuerit, meum erit; ib., c. 158. — 1288, à Fécamp: Item usurarii,
judei, aves predales, aurum et argentum inventum, robe minuti et grossi varii cum
aliis que in locis predictis nobis competebant. . . ratione regie potestalis; Litterœ
Phil. Pulchri, dans le Carlul. de Fécamp (arch, de la Seine-Inf), f. XXXVIII v°.—
Parmi les titres relatifs à Jersei etGuernesei, beaucoup contiennent en faveur du sou
verain les mômes réserves que la Coutume de Normandie. Citons seulement les Franc
hises le rey en l'isle de Guernerye, dont une copie du quatorzième siècle existe aux
arch, de la Manche : Emprès nostre segnor le rey a ses verès par toute l'isle . . . , è or, è
seie ne mie ouvrée, è escarlate ne mie trenchie, è mantel descarlate sans ataches, è
esturjon. — Nous avons parlé dans un autre chapitre des droits du duc sur les gros
poissons.
3. De prisis navium; Rot. scac, t. Il, p. 309 et 311. — Prise facte in comitatu de
Augo; t. Il, p. 501.
4. En 1203, le roi Jean demandait à Guiomar de Léon 4,000 livres d'augevins pour 104
aucun de leurs vassaux \ Ce monopole devait leur assurer des
revenus assez considérables; malheureusement ils ne sont pas
portés sur les rôles qui nous sont parvenus, mais il y est fait-
allusion dans quelques monuments de la libéralité de ces
princes à l'égard des églises de Fécamp 2, de Fontevraud 3 et
de Saint-Lô de Rouen 4. Plusieurs autres documents noua
attestent aussi l'existence des ateliers monétaires de Rouen et de
Baieux 5.
Il est peu probable que les ducs normands aient usé de leur
droit avec plus de scrupules que la plupart de leurs contem
porains, et nous pensons qu'ils méritèrent en général le repro
che que "Wace adresse à l'administration de ÎBaoul Torte : de
fabriquer des deniers d'un poids trop faible 6.
Cependant, c'était vraisemblablement pour se mettre à l'abri
des altérations de la monnaie que les Normands avaient laissé
s'établir l'imposition connue sous les noms de fouage 7, de
la rançon de son frère ; Rot. litt, pat., p. 33, c. 2 Exemple d'une rançon fixée à
10,000 marcs d'argent; ib., p. 82, c. 2. — Le 30 juin 1203, le roi donna à Roger de
Lingou un des chevaliers prisonniers qu'il avait envoyés à Caen, pourvu qu'il ne valût
pas plus de 30 livres d'angevins; ib., p. 32, c. 1.
1 . Voy. dans le Coutnmier de Normandie, à la fin du chapitre De monetagio Cf.
plus bas, u. 5, et une charte de Henri Ier, citée plus haut p. 103, n. 2.
2. Concedo etiam décimas monetae nostrai exintegro; Charta Rie. 11, dansiVetts-
tria pia, p. 217.
3. Henri II donna à l'abbaye de Fontevraud : C libtas de rothomagensibus in mo-
neta mea de Rolhomago; Chartul. Fontis Ebraldi (ms.lat. n. 5480 de la Bibl. nat.),
1. 1, p. 270. Un autre acte de ce roi, daté de 1129, porte : C libiasde rothomagensibus
denaiiis in moneta mea de Rothomago de censu ejusdem monete; ib., t. I, p. 275.
4. In festivitate sancti Laudi, de domino Normannie, umim cervum et VI solidos
in moneta ; Charta H. II, orig. aux arch, de la Seine-Inf.
5. Nulli liceatin Normannia monetam lacère extra monetarias domos Rothomagi et
Baiocarum; Consuetudines ducts Norm, lempore Will. reg. Anglix, dans le ms.lat.
1597, B, de la Bibl. nat , f. CXL. — L'atelier de Baieux n'est connu que par ce texte,
déjà publié par D Martène. — Quant à celui de Rouen, il est encore signalé au
XIIe siècle dans une charte de Henri 1er, citée plus haut, n. 3, et dans une de son petit-
fils pour les bourgeois de Rouen, publiée par M. Cheruel, à la fin du t. I de son Hist,
communale.
6. La monnoie ert legiere, ne valoit se poi non ; Roman de Rou , v. 3834,
t. I, p. 195.
7. Focagium se trouve dans la charte de Henri II pour Baudri, fils de Gilbert (Reg.
Phil. Aug.-, ms. 9852. 3, f. 200 r°), et souvent dans les Rot. scac.,t. I, p. 110, 199,
246, 249, 252; t. II, p. 299, 342, 451, 466, 475, 523, 554 et 558. — Fouagium, dans
une charte de Richard Cœur de Lion, Coutumier de Dieppe, f. L1II1 r°.— Foagium,
dans Reg. Phil. Aug. (ms. 9852, 3), f. 243. fumage * } de monnayage 2, peut-être aussi de amende des monn
aies 3, imposition qui, sous des formes diverses, se trouve aussi
dans d'autres provinces 4. — Résolu à maintenir cette imposi
tion 5, Philippe Auguste fit constater la manière de la cueillir * :
1. Fumagium, dans une charte de Richard Cœur de Lion pour la Madeleine de
Rouen, au Tr. des eh., reg. XXX, n° 1111e Illl«xil. — Quolibet tertio anno quamdam
consuetudinem dare (debent),et vocatur fumagium; Extenta de Gernere, a. 32 H. III.
— Fumagium sive moneagium ; Placita de quo waranto, p. 628.
2. Un chapitre de la Coutume de Norm, est intitulé « De monetagio ». — Mone-
tagium; Rot. scac, t. 1, p. 22 et 285. — Henri II exempta Raoul Viel : de tallagio et
monetagio; Reg. Phil. Aug. (ms. 9852. 3), f. 206 r° Precipimus. . .ut villa Sancti
Auberti, que est de feodo Sancti Stephani de Cadomo, sit quieta de monetagio ; Grande
charte de Rieh. pourS. Etienne de Caen. — Monetagium; Olim, 1. 1, p. 15.
3. Vers 1275 : Le roi fist lever les amendes de la inonnoie par sa terre ; le dit vis-
conte (de Pont-Audemer) en leva et fist lever plus d'argent asseique l'en n'endevoit...;
Arch, nat., J. 1024, n° 4 2 — Le comte de Gueldre et l'abbé de Fécamp réclamèrent
vainement à l'échiquier de Saint-Michel 1277, le droit de lever dans leurs fiefs « emen-
das inonete » ; Grands rôles, p. 151 En 1278, le parlement déclare que : Tem-
plarii emendas pro transgressione banni monetarum ab homiuibus suis in Normannia
non haberent; Olim, t. II, p. 115. — En 1278, Phil, le Hardi confirmant des privi
lèges delà commune de Rouen, se réserve « emenda monete; » Ordonnances, t. I,
p. 308. — En 1279, Emenda monetœ ; Chron. Beccï, à la fin des OEuvres de Lanfranc,
p. 13. — . En 1279, les Hospitaliers, en vertu d'une charte de Richard Cœur de Lion ,
furent admis à lever : Emenda pro transgessione banni monetarum débita ab homini-
bus suis; Olim, t. II, p. 134. — Un arrêt de 1288 déclara que les clercs mariés n'é
taient pas exempts : a solutione emendarum monetarum ; Brüssel , Usage des fiefs ,
t. I, p. 206— Dans le ins. lat. n° 4651 de laBibl. Nat., cet arrêt et ceux de 1277 sont
transcrits en regard du chapitre de la Coutume intitulé « De monetagio ».
4. Voy. Le Blanc, Traitédes monnaies, éd. de Paris, p. 167 et 168, et Brüssel,
Usage des fiefs, t. I, p. 524, au chapitre « De la taille du pain et du vin ». Les textes
que citent ces auteurs prouvent que ce droit était appelé « Relief ou Rachat de la monn
aie », à Paris et à Orléans ; l'un des plus anciens est tiré d'un diplôme de 1159, par
lequel Louis le Jeune exempte l'abbaye de Saint-Magloire de « relevatione monetae
quse tertio anno a nobis exigitur ».
5. Par les cités a fait enquerre
Pour ce que il vouloit savoir
Quel usage il veulent avoir,
Ou de Fiance ou de Normandie.
Li peuples ensemble s'alie,
Et respoüdent entr'eus qu'ils veulent
Tel usage com avoir seulent.
Li roys letres leur en délivre.
Bien le firent à guise d'yvre :
Car s'il eussent esté sage,
II fussent quites du fouage
Dont li roys chascun an les plume.
Guiart, Branche des royaux lignages, lrepart., v. 4782, éd. Buchon, t. I,p. 202.
6. Ce règlement, publié parD. Marlene, Ampl. coll., t. I, c. 1083, doit être rap-

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