Données nouvelles sur le gisement de Combe-Capelle à Saint-Avit-Sénieur (Dordogne) - article ; n°1 ; vol.39, pg 31-83

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Gallia préhistoire - Année 1997 - Volume 39 - Numéro 1 - Pages 31-83
Connu depuis la fin du siècle dernier, Combe-Capelle se situe dans la moyenne vallée de la Couze, affluent de la rive gauche de la Dordogne. Plusieurs locus y ont fait l'objet de fouilles anciennes. Parmi eux, Combe-Capelle Bas, placé dans le talus sous-jacent à l'abri du Roc de Combe-Capelle, célèbre pour avoir livré une sépulture, a donné lieu à des fouilles intensives conduites sous forme d'une grande tranchée ouverte par H.-M. Ami dans les années vingt. Les résultats des fouilles anciennes qui révélèrent une importante séquence stratigraphique de cinq ensembles archéologiques ont été révisés sur la base de nouvelles fouilles entreprises par une équipe franco-américaine. Ces travaux ont clairement montré la complexité stratigraphique des dépôts dont les modalités de mise en place font l'objet d'interprétations diverses. L'argumentation de ces interprétations a été développée dans la monographie en anglais consacrée à ce gisement et leurs conclusions sont brièvement rappelées en introduction du présent article qui a pour but principal de présenter par couches les industries lithiques des différents secteurs de la fouille. Il est clairement apparu que les ensembles recueillis au cours des fouilles anciennes ont fait l'objet de tris sélectifs et que les industries de Combe-Capelle ont des caractéristiques directement liées à l'implantation du gisement sur un gîte de matière première.
Known as a prehistoric site since the end of the last century, Combe-Capelle is situated in the middle reaches of the Couze valley, a southern tributary of the Dordogne. Several loci have been the object of archaeological research. One of these, Combe-Capelle Bas, is situated at the base of the slope below the Roc de Combe-Capelle (famous for the skeleton that was found there). It was in this locus that intensive excavations were carried out by H.-M. Ami during the 1920's, which revealed a stratigraphie sequence thought to be composed of five archaeological units. This sequence has been completely revised based on new work carried out recently by a joint french-american team. One of the major foci of this work, presented briefly here but discussed in more detail in the monograph, was to clarify the complex stratigraphic sequence and processes of formation of the site. The principal goal of this article is to present the lithic assemblages by level and by excavated sector. It is demonstrated that the assemblages recovered during the earlier excavations were severely distorted through excavator bias and that many of the characteristics of the Combe-Capelle Bas industries are a direct reflection of the site having been situated on a source of raw material.
53 pages
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Harold Lewis Dibble
Michel Lenoir
Données nouvelles sur le gisement de Combe-Capelle à Saint-
Avit-Sénieur (Dordogne)
In: Gallia préhistoire. Tome 39, 1997. pp. 31-83.
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Dibble Harold Lewis, Lenoir Michel. Données nouvelles sur le gisement de Combe-Capelle à Saint-Avit-Sénieur (Dordogne). In:
Gallia préhistoire. Tome 39, 1997. pp. 31-83.
doi : 10.3406/galip.1997.2149
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1997_num_39_1_2149Résumé
Connu depuis la fin du siècle dernier, Combe-Capelle se situe dans la moyenne vallée de la Couze,
affluent de la rive gauche de la Dordogne. Plusieurs locus y ont fait l'objet de fouilles anciennes. Parmi
eux, Combe-Capelle Bas, placé dans le talus sous-jacent à l'abri du Roc de Combe-Capelle, célèbre
pour avoir livré une sépulture, a donné lieu à des fouilles intensives conduites sous forme d'une grande
tranchée ouverte par H.-M. Ami dans les années vingt. Les résultats des fouilles anciennes qui
révélèrent une importante séquence stratigraphique de cinq ensembles archéologiques ont été révisés
sur la base de nouvelles fouilles entreprises par une équipe franco-américaine. Ces travaux ont
clairement montré la complexité des dépôts dont les modalités de mise en place font
l'objet d'interprétations diverses. L'argumentation de ces interprétations a été développée dans la
monographie en anglais consacrée à ce gisement et leurs conclusions sont brièvement rappelées en
introduction du présent article qui a pour but principal de présenter par couches les industries lithiques
des différents secteurs de la fouille. Il est clairement apparu que les ensembles recueillis au cours des
fouilles anciennes ont fait l'objet de tris sélectifs et que les industries de Combe-Capelle ont des
caractéristiques directement liées à l'implantation du gisement sur un gîte de matière première.
Abstract
Known as a prehistoric site since the end of the last century, Combe-Capelle is situated in the middle
reaches of the Couze valley, a southern tributary of the Dordogne. Several loci have been the object of
archaeological research. One of these, Combe-Capelle Bas, is situated at the base of the slope below
the Roc de Combe-Capelle (famous for the skeleton that was found there). It was in this locus that
intensive excavations were carried out by H.-M. Ami during the 1920's, which revealed a stratigraphie
sequence thought to be composed of five archaeological units. This sequence has been completely
revised based on new work carried out recently by a joint french-american team. One of the major foci
of this work, presented briefly here but discussed in more detail in the monograph, was to clarify the
complex stratigraphic sequence and processes of formation of the site. The principal goal of this article
is to present the lithic assemblages by level and by excavated sector. It is demonstrated that the
assemblages recovered during the earlier excavations were severely distorted through excavator bias
and that many of the characteristics of the Combe-Capelle Bas industries are a direct reflection of the
site having been situated on a source of raw material.Données nouvelles sur le gisement
de Combe-Capelle à Saint-Avit-Sénieur
(Dordogne)
Harold Lewis Dibble* et Michel Lenoir*
Mots-clés. Dordogne, Couze, Saint-Avit-Sénieur, Combe-Capelle, Paléolithique moyen, Moustérien, Levallois, industrie lithique, racloirs,
encoches, denticulés, matière première, retouche, ravivage.
Key-words. Dordogne, Couze, Saint-Avit-Sénieur, Combe-Capelle, Middle Paleolithic, Mousterian, Levallois, lithic industry, side scapers,
notches, denticulates, raw material, retouch, reduction.
Résumé. Connu depuis la fin du siècle dernier, Combe-Capelle se situe dans la moyenne vallée de la Couze, affluent de la rive gauche de
la Dordogne. Plusieurs locus y ont fait l'objet de fouilles anciennes. Parmi eux, Combe-Capelle Bas, placé dans le talus sous-jacent à l'abri
du Roc de Combe-Capelle, célèbre pour avoir livré une sépulture, a donné lieu à des fouilles intensives conduites sous forme d'une grande
tranchée ouverte par H. -M. Ami dans les années vingt. Les résultats des fouilles anciennes qui révélèrent une importante séquence
stratigraphique de cinq ensembles archéologiques ont été révisés sur la base de nouvelles fouilles entreprises par une équipe franco-
américaine. Ces travaux ont clairement montré la complexité stratigraphique des dépôts dont les modalités de mise en place font l'objet
d'interprétations diverses. L'argumentation de ces interprétations a été développée dans la monographie en anglais consacrée à ce gisement
et leurs conclusions sont brièvement rappelées en introduction du présent article qui a pour but principal de présenter par couches les
industries lithiques des différents secteurs de la fouille. Il est clairement apparu que les ensembles recueillis au cours des fouilles anciennes
ont fait l'objet de tris sélectifs et que les industries de Combe-Capelle ont des caractéristiques directement liées à l'implantation du gisement
sur un gîte de matière première.
Abstract. Known as a prehistoric site since the end of the last century, Combe-Capelle is situated in the middle reaches of the Couze valley,
a southern tributary of the Dordogne. Several loci have been the object of archaeological research. One of these, Combe-Capelle Bas, is
situated at the base of the slope below the Roc de Combe-Capelle (famous for the skeleton that was found there). It was in this locus that
intensive excavations were carried out by H.-M. Ami during the 1920's, which revealed a stratigraphie sequence thought to be composed of
five archaeological units. This sequence has been completely revised based on new work carried out recently by a joint french-american
team. One of the major foci of this work, presented briefly here but discussed in more detail in the monograph, was to clarify the complex
stratigraphie sequence and processes of formation of the site. Tfye principal goal of this article is to present the lithic assemblages by level
and by excavated sector. It is demonstrated that the assemblages recovered during the earlier excavations were severely distorted through
excavator bias and that many of the characteristics of the Combe-Capelle Bas industries are a direct reflection of the site having been
situated on a source of raw material.
* School of Arts and Sciences, Department of Anthropology, 428 University Museum, University of Pennsylvania, Philadelphia, PA 19104.6398 USA.
** Institut de Préhistoire et de Géologie du Quaternaire, UMR 9933 du CNRS, Bâtiment de Géologie, Université de Bordeaux I, F-33405 Talence cedex.
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La seconde raison essentielle d'entreprendre une OBJECTIFS DE RECHERCHE
fouille résidait dans le fait que Combe-Capelle se plaçait
directement sur un gîte de silex abondant et de bonne
Combe-Capelle Bas appartient à un complexe de gis qualité. Au début de la dernière décennie, un intérêt
ements paléolithiques situés en rive droite de la Couze. accru a été accordé aux matières premières, ce qui a
Bien que le site ait fait l'objet de fouilles diverses depuis entraîné l'élaboration d'une série de modèles concer
nant les relations entre matières premières et variabilité la fin du siècle dernier, ce sont les travaux du Canadien
des industries. Ces modèles ont été appliqués au français Henri-Marc Ami, entre 1926 et 1931, qui y ont
Paléolithique moyen par N. Rolland (1981) et H. L. laissé le plus de traces, une tranchée d'environ 40 m de
Dibble (1988 ; Dibble, Rolland, 1992) qui ont prétendu long et plusieurs mètres de large fouillée selon des
que de nombreux aspects de la variabilité du niveaux plus ou moins arbitraires. Après la mort d'Ami
Paléolithique moyen, mis en évidence par F. Bordes en 1931, Denis Peyrony a brièvement décrit le site et ses
(1953), résultaient d'une exploitation plus poussée de la industries (Peyrony, 1925, 1934, 1943a et b), outre l'étude de
matière première lorsqu'elle est rare (avec des industries Maurice Bourgon, publiée également à titre posthume en
généralement plus riches en outils et notamment des 1957. Ces publications ont décrit trois principaux
racloirs plus intensément retouchés) et d'une utilisation ensembles d'industries. Le plus profond correspondait à
moins intensive et plus dispendieuse de la matière predu Moustérien type Quina à fort pourcentage de grands
mière lorsqu'elle est abondante. Les mêmes axes de variaracloirs sans patine, cédant la place dans les niveaux supé
tion correspondaient dans une large mesure aux faciès rieurs à un Moustérien type Ferrassie, caractérisé par un
moustériens définis par F. Bordes. Compte tenu de sa pourcentage élevé de racloirs accompagnés d'éclats
situation à proximité immédiate de la matière première, Levallois. Au sommet de la séquence, dans un des rares
Combe-Capelle Bas constituait un excellent moyen de niveaux définis sur une base géologique, a été signalé du
tester ces modèles. Moustérien de tradition acheuléenne riche en bifaces et
Deux principaux axes de recherche ont donc été éclats Levallois.
développés. Le premier avait pour but d'apporter des La reprise de fouilles à Combe-Capelle Bas a eu deux
précisions sur la séquence d'industries avec un intérêt objectifs. Le premier était d'apporter des éclairciss
tout particulier pour le mode de formation, la taphono- ements sur la séquence industrielle du site et de mieux
mie et la chronologie, ainsi que pour les caractéristiques définir le contexte chronostratigraphique dans laquelle
typologiques fondamentales des industries. Le second elle se plaçait. Cela ne dépendait pas seulement du fait
concernait l'exploitation des matières premières. que les fouilles antérieures déjà anciennes n'avaient
donné lieu qu'à des publications sommaires mais égal
ement des deux aspects inhabituels de la séquence. Le pre
mier résidait dans la position relative des industries du LA FORMATION DU SITE
Moustérien type Quina et du Moustérien type Ferrassie ET LA CHRONOLOGIE
qui, dans une même séquence, montrent habituellement
une succession inverse de celle décrite à Combe-Capelle
Bas, le Moustérien type Ferrassie précédant le Les recherches entreprises à Combe-Capelle se sont
Moustérien type Quina (Mellars, 1965). La seconde ano attachées à la compréhension des processus de formation
malie concernait également la variabilité chronologique, le et de leurs effets sur la composition des industries. Par
Moustérien de tradition acheuléenne sommital ayant été suite de la situation du gisement sur un versant, ses indust
daté du début du dernier Glaciaire (Peyrony, 1943 a et b ; ries ont subi des déplacements mais il existe des diver
Texier, 1968) , alors que d'autres arguments avaient été pré gences d'opinion entre les géologues qui ont étudié le
sentés en faveur de la position tardive de ce faciès dans gisement. Elles concernent les effets de ces déplacements
d'autres gisements (Mellars, 1965, 1992). Aussi était-il import sur la nature des ensembles archéologiques.
ant de déterminer si Combe-Capelle Bas représentait une Les études géologiques de J.-P. Texier et P. Bertran
exception à ce modèle chronologique et, dans ce cas, d'ex (in : Dibble, Lenoir, 1995 ; Texier, Bertran, 1995) ont
pliquer pourquoi. clairement montré la complexité du mode de formation
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des dépôts. Ces auteurs ont mis en évidence deux pro Ruffet entre deux petits vallons affluents de la Couze
cessus sédimentaires principaux : les débris flows et la soli- (combes) auxquels il doit en partie son nom. Capelle
provient, quant à lui, d'un petit édifice en ruines sur le fluxion, qui ont pu transporter les vestiges sur la pente.
versant est qui correspondrait à une ancienne chapelle. En bas de versant, des phénomènes fluviatiles traduisent
une position de la Couze plus élevée que l'actuelle. Le site est constitué par un plateau calcaire bordé par
Compte tenu de mouvements de masse manifestes, J.- une falaise de calcaire maestrichtien et qui se prolonge
par un énorme versant dont le substratum est formé de P. Texier et P. Bertran ont déduit que presque tout le
calcaire campanien. Quatre locus ont été distingués et matériel archéologique proviendrait de secteurs situés
beaucoup plus haut sur le versant, peut-être au pied de la ont fait l'objet de fouilles plus ou moins intensives.
falaise proche de l'abri Peyrony et en ont conclu que de
tels mouvements ont mélangé les industries.
En contrepartie, l'étude de S. Kluskens (1995) sur ROC DE COMBE-CAPELLE
l'orientation des vestiges et des petits objets indique des
C'est un abri-sous-roche assez vaste creusé dans le calmodalités différentes pour les divers secteurs du gisement
et suggère l'absence de mélange entre niveaux ou sec caire maestrichtien. Il fut d'abord fouillé en 1907 par
teurs. Chaque terrasse aurait subi sa propre histoire Villeréal ensuite par l'abbé Chastaing, puis par O. Hauser
taphonomique. qui y découvrit en 1909 un squelette complet d'Homo
sapiens sapiens qu'il prétendit être associé à une industrie Les mesures de résistivité électrique de B. Ellwood
(1995) ont révélé la présence d'une série de terrasses fo
rmées par le substratum rocheux qui correspondent aux
caractéristiques topographiques actuelles du versant.
D'après ces résultats, des occupations indépendantes
auraient pu exister sur ces terrasses séparées et y être pro
tégées d'une érosion postérieure ou de remaniements,
limitant ainsi les risques de mélanges entre les séries.
D'autre part, la variabilité technologique constatée
entre les secteurs et les variations diachroniques au sein
d'une même séquence (Dibble, in : Dibble, Lenoir, 1995)
laissent penser qu'il n'y a pas eu mélange drastique des
dépôts. Ainsi, les processus postdépositionnels pour
raient donc n'avoir pas eu d'impact significatif sur l'inté
grité des ensembles archéologiques.
Quelle que soit la position adoptée, les données géo
logiques suggèrent une appartenance chronologique
plus ancienne que celle admise jusqu'ici pour l'ensemble
de la séquence. P. Bertran et J.-P. Texier pensent que les
industries pouvaient être au moins contemporaines du
stade 10 de la courbe isotopique.
PRESENTATION GENERALE DU SITE
Le site de Combe-Capelle est situé dans la commune
de Saint-Avit-Sénieur, en bordure de la route départe
mentale conduisant de Belvès à Couze, en rive droite de Fig. 1 — Localisation des sites archéologiques sur le versant
la Couze (fig. 1). Il se place en contrebas du plateau de de Combe-Capelle (levé topographique H. L. Dibble).
Gallia Préhistoire, 39, 1997, p. 31-83 © CNRS Editions, Paris, 1998 Harold Lewis Dibble et Michel Lenoir 34
portaient de l'Acheuléen, du Moustérien de tradition châtelperronienne (Klaatsch, Hauser, 1910).
acheuléenne et de l'Aurignacien, ont été publiées par Malheureusement, les méthodes de fouille de O. Hauser,
peu rigoureuses, ont entraîné des doutes sur la prove J. de Heinzelin et P. Fitte en 1969.
nance - exacte de cette découverte (Sonneville-Bordes,
1960; Asmus, 1964). Le remplissage comportait du
COMBE-CAPELLE BAS Châtelperronien, de l'Aurignacien, du Gravettien et du
Solutréen, mais plusieurs versions de la stratigraphie ont
Ce locus, objet de nos recherches, se place dans des été présentées (Breuil, 1907, 1909 ; Hauser, 1911 ; Peyrony,
dépôts de versant riches en industries du Paléolithique 1943a et b ; Sonneville-Bordes, 1960 ; Lynch, 1966). Peut-
moyen qui s'étendent au moins de la mi-versant jusqu'en être existait-il même, selon Hauser, un niveau moustérien à
fond de vallée où ils reposent sous des alluvions récentes. la base. Compte tenu des débats actuels sur la persistance
Combe-Capelle Bas est connu depuis la fin du siècle des derniers néandertaliens en Europe et sur leur rempla
dernier. Il a été découvert par l'abbé Landesque qui y cement par l'Homme moderne associé à l'Aurignacien
fouilla avec Coste (Landesque, 1887) et quelque temps (Mellars, Stringer, 1989 ; Brâuer, Smith, 1992), cette absen
après fut prospecté par Mensignac et Cabannes (1890). ce de claire association stratigraphique est très regrettable
Des fouilles plus systématiques furent entreprises par et, comble d'infortune, le squelette semble avoir été détruit
D. Peyrony en 1910, qui incita le Canadien français lors de la dernière guerre (Oakley et al, 1971).
Henri-Marc Ami à fouiller en 1926. H.-M. Ami y poursuiv
it des travaux jusqu'à sa mort en 1931, période à laquell
e D. Peyrony acheva les fouilles et rédigea une petite HAUT DE COMBE-CAPELLE (ABRI PEYRONY)
note sur la stratigraphie (Peyrony, 1934) et un article sur
les industries (Peyrony, 1943a). Dans le cadre d'une synthèCe gisement, exposé au midi, est situé à environ 50 m
se sur les industries moustériennes du Périgord, une desà l'est du précédent. Il a été fouillé par D. Peyrony en
cription plus complète d'une partie des industries fut 1925. Les dépôts archéologiques, pas très épais, repo
préparée par M. Bourgon avant sa mort en 1951, laissant saient sur deux terrasses rocheuses. D'après la descrip
à F. Bordes le soin de faire publier son travail à titre postion donnée par Peyrony (1925) et la fouille limitée que
thume (Bourgon, 1957). Tout ce que l'on connaît sur le nous y avons effectuée en 1990 il existait deux niveaux.
Le niveau supérieur était constitué d'un sédiment brun- site et la nature de ses dépôts et industries provient en fait
roux rappelant celui du plateau sus-jacent, tandis que le de sources secondaires. D. Peyrony (1943a) a signalé
niveau inférieur consistait en un sédiment concrétionné l'existence de deux zones principales dans les dépôts de
pente de Combe-Capelle. La zone située immédiatement grisâtre. L'industrie abondante et patinée recueillie par
à l'est de la tranchée Ami comporte plusieurs terrasses Peyrony (outre les objets abandonnés dans les déblais de
fouille et recueillis par P. Fitte) est clairement attribuable avec des poches, lentilles ou placages réduits de couches
archéologiques. Ces poches furent interprétées par à un Moustérien de tradition acheuléenne, riche en
D. Peyrony comme les fondations d'anciennes « huttes petits bifaces cordiformes, racloirs, encoches/denticulés
moustériennes », mais il s'agit plus vraisemblablement de (Bourgon, 1957 ; Bordes, 1966 et observations personn
dépôts protégés de l'érosion ou des résidus des fouilles elles) et éclats Levallois. Les sondages que nous avons
de la fin du siècle dernier (P. Fitte, communication perentrepris dans ce locus ont montré qu'il est pratiquement
sonnelle). D. Peyrony avait noté que les sédiments leur épuisé.
appartenant (sédiment rougeâtre) renfermaient des
blocs de brèche contenant des vestiges archéologiques.
PLATEAU DE RUFFET La nature des industries de ces dépôts n'a jamais été
décrite en détail mais il est clair que D. Peyrony les a attr
Sur le plateau sus-jacent existaient des occupations de ibuées au Moustérien de tradition acheuléenne. Des
plein air à l'origine assez étendues, mais dont les vestiges fouilles limitées entreprises postérieurement par P. Fitte
ont été détruits par une carrière de pierres. La stratigra et M. Bourgon ont livré un Moustérien de tradition
phie des dépôts et la description des industries qui acheuléenne assez riche en éléments Levallois.
Gallia Préhistoire, 39, 1997, p. 31-83 © CNRS Editions, Paris, 1998 35 Combe-Capelle
La partie ouest de Combe-Capelle est plus réduite de Mensignac et Cabannes sur tout le versant, D. Peyrony
signala de la faune à ifos/Bison, Cheval, Mégacéros et en (800-1 000 m2), mais renferme une séquence plus épaiss
e. Sur les conseils de D. Peyrony, Ami y ouvrit une tran moindre quantité : Renne, Mammouth, Rhinocéros, ainsi
chée partant de la route en direction de l'abri Peyrony. que quelques restes de Hyène, d'Ours, de Lion des
Les dimensions de cette tranchée, apparemment irrégul cavernes et de Renard.
ière, sont énormes : 35 m de long environ sur une la Le niveau II, le plus sommital des subdivisions arbitraires
rgeur de 8 m en bas de pente, 10 m vers le milieu et 2,5 m du dépôt de pente, renfermait une grande quantité de
en haut sur une épaisseur moyenne de 3 m environ, ce racloirs, larges et épais, de différents types et un petit nombre
qui représente approximativement 700 m3 de dépôts d'autres outils. D'après D. Peyrony, la méthode de débitage
était à dominante clactonienne, comme en témoignent les fouillés entre 1926 et 1931.
talons larges et épais des éclats et leur angle très ouvert ainsi D. Peyrony a décrit globalement la stratigraphie
que l'abondance des nucleus globuleux et polyédriques. comme suit :
• à la base des dépôts dans la partie la plus basse de la D. Peyrony et M. Bourgon ont tous deux noté la présence
tranchée, la couche V est subdivisée en trois niveaux de d'objets roulés, notamment au sommet de ce niveau pour
bas en haut : le niveau Va, d'environ 10 cm d'épaisseur, lequel M. Bourgon reconnaissait de nettes affinités avec le
« Tayacien » de La Combe et de La Micoque, bien qu'il esticomposé d'un sédiment calcaréo-argileux rougeâtre,
suivi par une couche de graviers calcaires (Vb) renfe mait, tout comme D. Peyrony, que cet aspect de l'industrie
rmant des silex roulés, suivi par une autre couche d'argile résultait probablement d'actions postdépositionnelles.
Pour Peyrony, le niveau III renfermait plus ou moins rougeâtre (Vc) ;
• les niveaux moyens (II-IV) furent définis arbitrair la même industrie que celle des niveaux II, IV et V, avec
ement par Ami au sein de dépôts de pente reflétant des des racloirs variés, souvent sur éclat de type clactonien.
M. Bourgon (1957) attribuait cependant un indice phénomènes de solifluxion (Peyrony, 1943a ; Bourgon,
Levallois relativement élevé à ce niveau (IL : 33,3) qui, 1957) ; dans la partie moyenne de la tranchée, entre ces
associé aux nombreux racloirs (plus de 50 %), conférait niveaux et le plancher rocheux, fut signalée une couche
de 89-90 cm d'éboulis secs, issus de l'altération du calcaire à cette industrie une appartenance au Charentien de type
Ferrassie. Il nota également la présence de trois bifaces, campanien sousj'acent, renfermant un banc de silex ;
• d'après D. Peyrony, le niveau supérieur (niveau I, bapt de quelques denticulés et de couteaux à dos.
isé également couche supérieure) ne couvrait qu'une D'après M. Bourgon, le niveau IV présentait un indice
partie de la pente et consistait en un sédiment rougeâtre Levallois beaucoup plus bas (IL : 18,9) que le niveau III,
différent de celui des niveaux II-IV. Cependant bien que son appartenance globale charentienne
D. Peyrony ainsi que H.-M. Ami (Peyrony, 1934) crurent (Moustérien type Quina dans ce cas) soit très claire avec
manifestement que ce niveau s'étendait latéralement sur 47,9 % de racloirs, plusieurs du type simple ; il y avait un
tout le versant et notamment dans la partie est qui comp biface large et épais. M. Bourgon n'a pas décrit l'industrie
ortait les « fondations de huttes ». du niveau V, bien que D. Peyrony ne fasse pas de diff
Les vestiges lithiques issus de ce niveau supérieur se érence entre elle et celle du niveau IV, notant qu'il existe
singularisaient par leur épaisse patine : la plupart des dans les deux niveaux un nombre conséquent de très
objets sont complètement blancs et portent des encroû larges racloirs sur éclat cortical ou à dos cortical.
tements rougeâtres caractéristiques. D'après D. Peyrony D. Peyrony a également comparé cette industrie à celle de
et M. Bourgon, l'industrie appartient au Moustérien de La Quina et des niveaux supérieurs de l'abri supérieur du
tradition acheuléenne à bifaces triangulaires, discoïdes et Moustier (Peyrony, 1943a).
ovalaires, quelques hachereaux, des pointes mousté- Dans la séquence des niveaux II-IV, la faune était pra
riennes, des burins, des encoches et denticulés, des tiquement inexistante à l'exception de quelques frag
racloirs, bien que ceux-ci soient moins nombreux que ments de mandibules et autres restes de bovidés et dents
dans les niveaux inférieurs. M. Bourgon remarque égal de cheval. En outre, il n'existait pas d'indice de structures
ement qu'elle était nettement Levallois (IL : 32,1), de plus ou de foyers. D. Peyrony a noté que presque tous les arte
petites dimensions et plus mince que dans les niveaux facts étaient en silex campanien qui affleure sur le site.
Ce fait, associé à l'absence de restes de faune et de struc- sous-jacents. À partir de ses propres récoltes et de celles
Gallia Préhistoire, 39, 1997, p. 31-83 © CNRS Editions, Paris, 1998 I
Harold Lewis Dibble et Michel Lenoir 36
le secteur II possède quatre couches principales (avec des tures d'habitat et à l'abondance de produits de débitage,
subdivisions) et le secteur III, deux couches comportant des a conduit cet auteur (ibid., 1943a) à conclure que ces
niveaux correspondaient à un « site d'atelier », proche subdivisions.
La redondance des numérotations de couches et de d'une source de matière première où les tribus du vois
leurs subdivisions entre les différents secteurs n'implique inage venaient s'approvisionner. Cependant, quelques
pas de corrélation stratigraphique entre elles. Ainsi, les objets en silex allochtone furent signalés comme étant
plus soigneusement taillés. Pour la plupart des anciens niveaux I-IB et III-IB n'ont pas été définis pour désigner
la même unité sédimentaire et ce n'est effectivement pas auteurs, la technologie de ces industries anciennes re
le cas. En fait chaque secteur constitue un site indépenssemblait plus au Clactonien et au Tayacien (Breuil,
dant comportant chacun sa propre séquence stratigrLantier, 1959) avec des grandes pièces supports généra
aphique et archéologique. lement peu retouchées (Fitte, 1948).
Les fouilles récentes du talus de Combe-Capelle Bas D. Peyrony (1934, 1943a) pensait, sur la base d'argu
ont concerné trois secteurs situés dans la partie ouest du ments géologiques et faunistiques, que Combe-Capelle
gisement et qui s'échelonnent le long de la tranchée des Bas était contemporain de l'abri inférieur du Moustier.
fouilles Ami. Plusieurs coupes y ont été décrites et releCette correspondance fut également adoptée par
vées par J.-P. Texier et P. Bertran (Texier, Bertran, 1995 ; M. Bourgon (1957) qui corréla les niveaux TV, III et I re
Texier, Bertran, rapports de fouilles inédits). spectivement avec le Moustier G, H, I. D'autre part,
H. Breuil (Breuil, Lantier, 1959) attribuait les niveaux à
mi-pente au Riss. La seule autre étude chronologique
détaillée est celle de J.-P. Texier qui a analysé deux séries ..7.. limites de la tranchée Ami
de prélèvements provenant des niveaux supérieurs des A datum
parois de la partie moyenne de la tranchée (correspon Ea murs dant aux niveaux II et III) et de la partie la plus haute Secteur III □ fouilles 1988-1990 (niveau I et éboulis sec) . Les résultats de ces analyses lui
ont alors suggéré que ces échantillons particuliers
dataient des débuts du Wûrm (Texier, 1968).
METHODE DE NUMEROTATION Secteur II
DES COUCHES ET STRATIGRAPHIE MN J K L o
1015 DES DÉPÔTS DE COMBE-CAPELLE BAS ,' 1014 ; -; 1013 - 1012
Trois secteurs ont été distingués (fig. 2) et, dans l'imposs
ibilité d'observer directement les corrélations stratigra-
phiques d'un secteur à l'autre, il a été nécessaire de les trai
ter indépendamment et d'étudier les différentes séquences
stratigraphiques avec l'espoir de pouvoir les corréler sur la
base de critères géologiques et archéologiques. Les niveaux
définis dans chaque secteur ont été numérotés par ordre
stratigraphique de haut en bas avec des chiffres arabes ind
iquant les niveaux géologiques principaux et des lettres co
rrespondant à leurs subdivisions. De plus, chaque désignation
route Couze-Belvès de niveau commence par le numéro du secteur (en chiffres
romains) . Ainsi, le secteur I comporte quatre couches prin
cipales, 1-1, 1-2, 1-3 et 1-4 avec un certain nombre de sub
Fig. 2 — Combe-Capelle Bas, localisation des secteurs de fouille. divisions dans 1-1 (I-1A à I-1E) et 1-2 (I-2A et I-2B), de même
Gallia Préhistoire, 39, 1997, p. 31-83 © CNRS Éditions, Paris, 1998 37 Combe-Capelle
LA STRATIGRAPHIE DES DÉPÔTS Postérieurement à la formation de ces sédiments s'est
développé un pergélisol.
Secteur I
Secteur III
La stratigraphie de ce secteur a été observée sur deux
coupes sagittales. La première (coupe sagittale 1) montre Ce secteur concerne l'extrémité de la tranchée Ami
sous les déblais des fouilles anciennes : en remontant en direction de la falaise. On observe de
• rendzines constituées de petits cailloux et de granules haut en bas sous la terre arable (niveau archéologique III-
calcaires émoussés à subanguleux dans une matrice sablo- 1A):
argileuse brun-jaune ; • couche 1 : elle disparaît vers le bas du versant ; c'est un
• ensemble sédimentaire 1 : petits cailloux et sables calcaires cailloutis à matrice sablo-argileuse supportant un sol de
à stratification entrecroisée interprété comme d'anciens type rendzine brunifiée ; la pédogénèse masque les méca
dépôts fluviatiles de la Couze ; niveaux archéologiques I- nismes de dépôts originaux ; niveaux archéologiques III-
1A, MB, I-1C, I-1D, I-1E ; épaisseur totale 1,50 m à 2 m ; 1B, III-1C, III-1D ; épaisseur 1 m ;
• ensemble sédimentaire 2 : cailloutis plus ou moins gros • couche 2 : au sommet, croûte calcaire tuffeuse ; à
siers anguleux à structure semi-ouverte ; niveaux archéo la base, cailloutis hétérométriques dans une matrice
logiques I-2A et I-2B ; épaisseur 40 cm ; sableuse fortement carbonatée ; mise en place probable
• ensemble sédimentaire 3 : cailloux calcaires émoussés pré ment par solifluxion ; niveaux archéologiques III-2A, III-
sentant un litage plus ou moins bien exprimé et des inter 2B ; épaisseur 1 m.
calations de sables rouges lités ; ensemble interprété
comme des dépôts de versant remaniés en contexte flu-
viatile ; niveaux archéologiques I-3A, I-3B, 1-4 ; épaisseur
LES INDUSTRIES LITHIQUES totale 1,50 m à 2 m ;
• ensemble sédimentaire 4 : sables quartzeux plus ou moins
argileux rouges à litage horizontal interprétés comme
Cette partie présente la description de base des vesd'anciens dépôts fluviatiles de la Couze ; niveau archéo
tiges archéologiques découverts dans chaque niveau de logique 1-5 ; épaisseur 65 cm.
Combe-Capelle Bas qui sont décrits brièvement du point
de vue géologique. Les comparaisons inter ou intra- Secteur II
secteur et la présentation générale des vestiges
archéologiques sont données dans la monographie Dans ce secteur, situé à mi-pente en bordure ouest de
détaillée consacrée au gisement. la tranchée des fouilles Ami, la stratigraphie observée jus
L'outillage des différents niveaux a été décompté qu'au substratum campanien montre un fort pendage
selon la liste type établie par F. Bordes (1950) et nous sous des dépôts (1 et 2) remaniés plus ou moins récem
ment ; épaisseur totale 50 cm : avons calculé les principaux indices techniques et typo
• dépôts 3a, 3b et 3c : dépôts gravelo-sableux organisés en logiques proposés par cet auteur. Ces indices ont été cal
chenaux et rigoles emboîtées, interprétés comme des culés en compte essentiel, outre un indice de racloir
dépôts de ruissellement liés à la fonte d'un pergélisol (sol large incluant les racloirs, les pointes et les limaces et un
gelé en permanence) ; niveaux archéologiques II-2 et II-3 ; groupe des pièces à encoche et des denticulés large qui
• dépôt 3d : cailloutis organisé en « guirlandes » interprét inclut les types 42, 43, 51, 52 et 54 de la liste.
é comme la couche active cryoturbée d'un pergélisol ;
niveau archéologique diffus ; épaisseur totale 50 cm ;
• dépôt 4 : sédiments caillouteux et sableux calcaires à SECTEUR I
stratifications irrégulières interprétés comme un empile
ment de coulées boueuses successives ; niveaux archéo Le secteur I a été fouillé à la base du talus (fig. 2).
logiques II-4A, II-4B, II-4C, II-4D, II-4E ; épaisseur 2 m. C'est celui qui a livré le plus grand nombre de vestiges.
Gallia Préhistoire, 39, 1997, p. 31-83 © CNRS Éditions, Paris, 1998 Harold Lewis Dibble et Michel Lenoir 38
Niveau I-1A La composition de l'industrie est identique pour tous
les niveaux du secteur I, notamment les niveaux supér
C'est un sol brun, nettement différencié des déblais ieurs, avec la même répartition entre éclats complets et
ameublis des fouilles Ami qui le coiffent et du niveau fragments d'éclats.
induré blanc jaunâtre I-1B sur lequel il repose. Bien que Les éclats bruts sont plus petits que dans les autres
niveaux de ce secteur et sont significativement plus petits riche en vestiges lithiques, ce niveau résulte apparem
que les outils. Comme pour tous les autres niveaux de ce ment d'un mélange par le jeu de racines et l'action de
fouisseurs. secteur, les matières premières allochtones sont en faible
Le matériel archéologique recueilli dans ce niveau pourcentage.
Ce niveau comporte 1207 objets dont 329 outils en témoigne clairement d'un remaniement intense. La plu
compte réel et 177 en compte essentiel (tabl. I). L'indice part des vestiges lithiques sont nettement moustériens,
Levallois est bas (IL : 1,80) et il en est de même des indices mais la présence de quelques outils du Paléolithique
supérieur suggère quelques mélanges. De nombreux ves de facettage (IF : 18 ; IFs : 13) et de l'indice Levallois typo
tiges portent des marques de charrue et leurs bords sont logique (IL ty : 3,04). Parmi les groupes typologiques, le
assez fortement endommagés. Quelques pièces sont très groupe des outils moustériens domine (II ess : 34,46) avec
roulées. La plupart des caractéristiques du matériel un fort pourcentage de racloirs (IR : 33,90) , tandis que les
denticulés sont moins bien représentés (IV ess : 17,51). archéologique de I-1A ressemblent étroitement à celles
Cependant l'ensemble des encoches et denticulés (IV du niveau III-1A du secteur III.
large : 48,59) domine le groupe des outils moustériens. Le L'industrie de ce niveau est trop pauvre pour per
mettre une étude statistique puisqu'elle ne comporte que groupe des outils du Paléolithique supérieur est quant à
huit produits de débitage bruts et quatre outils : un biface lui peu développé (III : 5,08) et les couteaux à dos sont
cordiforme, deux racloirs simples convexes et un bec sur absents.
éclat patiné à talon lisse. Ces vestiges proviennent de la Les éclats Levallois bruts sont rares et il n'y a qu'une
partie sommitale remaniée du talus de Combe-Capelle. seule pointe Levallois, quelques éclats Levallois portent
une retouche partielle. Les racloirs dominent au sein de
l'outillage (IR ess : 33,90) mais sont moins bien repré
Niveau I-1B sentés que l'ensemble des encoches et denticulés (IV
large : 48,59). Parmi les racloirs, les racloirs simples sont
Ce niveau a été distingué par ses sédiments jaune pâle prépondérants (41 exemplaires), le plus souvent
composés de sables calcaires à petits éboulis. Dans la par convexes, tandis que les transversaux sont plus rares, de
tie ouest de l'unité A2, 1-1B reposait directement sur I- même que les racloirs doubles. Il y a un racloir à retouche
1D. Vers l'est, ces deux niveaux étaient séparés par des biface et deux déjetés. Ces racloirs sont pour la
dépôts de chenaux baptisés I-1C1 et I-1C2. plupart sur éclat épais à talon lisse. Les pièces à encoche
Le niveau I-1B a livré une des séries les plus import sont pour la plupart à encoche clactonienne et c'est éga
antes de ce secteur et de l'ensemble du gisement, avec lement le cas de nombreux denticulés. Certaines pièces
866 éclats et fragments et 177 outils. Le rapport associent un racloir à une encoche ou à un denticulé,
outils/éclats est de 1/5, ce qui est plus bas que dans les d'autres à denticulation peu nette se placent entre ces
autres secteurs, mais fort pour ce dernier. deux types. Cette industrie comporte cinq pièces à amin
La série est relativement patinée dans l'ensemble, cissement de type Kostienki.
bien que le degré de patine ne soit pas aussi élevé que Les supports d'outils sont technologiquement sem
pour le matériel de surface. La plupart des éclats (60 %) blables aux éclats bruts, avec quelques variations. Le
portent seulement une légère patine. Les objets de ce pourcentage d'outils complets est plus grand et la gamme
niveau montrent des dommages apparents, comme l'i des types de talons est plus large. Les talons lisses prédo
ndiquent à la fois le grand nombre des pièces à retouche minent également sur les outils, mais les talons corticaux,
abrupte/alterne et diverses observations. Il y a en outre dièdres et facettés sont aussi représentés. Comme pour
des pièces roulées (51 exemplaires) d'origine allochtone les éclats, la plupart des outils sont sur des pièces sup
et par conséquent délibérément exclues des décomptes. ports ordinaires puisqu'il n'y a que cinq outils Levallois.
Gallia Préhistoire, 39, 1997, p. 31-83 © CNRS Editions, Paris, 1998

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