Du site au territoire : l'occupation du sol dans les hautes vallées de la Loire et de l'Allier au Paléolithique supérieur (Massif central, France) - article ; n°1 ; vol.38, pg 43-67

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Gallia préhistoire - Année 1996 - Volume 38 - Numéro 1 - Pages 43-67
Les conditions paléoenvironnementales du Wüm récent régissent en grande partie l'occupation humaine des hautes vallées de la Loire et de l'Allier. La colonisation peut être divisée en deux grandes phases principales. Jusqu 'à la fin du Dryas ancien, les peuplements sont épisodiques car ils sont fonction des améliorations climatiques. Le Velay se situe alors en marge des zones principales de peuplement. A partir du Bölling, le peuplement, beaucoup plus dense, n 'est plus soumis aux contraintes climatiques. Pour chacune de ces deux phases est proposé et discuté un modèle d'organisation socio-économique des groupes humains. Toutefois, les limites d'une interprétation strictement « écologique » du comportement des groupes humains sont évoquées.
Human settlement in the upper parts of the Loire and Allier rivers is strongly related to paleoenvironmental conditions. Two major phases of colonization can be individualized. Until the end of the Older Dryas, settlements are episodic and occur only during interstadial episodes. This area is located in the neighbouring of the main centers of settlement. From the Bölling, the human occupation, larger than before, appears independent to climatic fluctuations. For each phase, a model of human socio-economic organization is proposed. However, the limits of an interpretation exclusively in term of « ecology » of the human behaviour is emphasized.
25 pages
Publié le : lundi 1 janvier 1996
Lecture(s) : 38
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean-Pierre Bracco
Du site au territoire : l'occupation du sol dans les hautes vallées
de la Loire et de l'Allier au Paléolithique supérieur (Massif
central, France)
In: Gallia préhistoire. Tome 38, 1996. pp. 43-67.
Résumé
Les conditions paléoenvironnementales du Wüm récent régissent en grande partie l'occupation humaine des hautes vallées de la
Loire et de l'Allier. La colonisation peut être divisée en deux grandes phases principales. Jusqu 'à la fin du Dryas ancien, les
peuplements sont épisodiques car ils sont fonction des améliorations climatiques. Le Velay se situe alors en marge des zones
principales de peuplement. A partir du Bölling, le peuplement, beaucoup plus dense, n 'est plus soumis aux contraintes
climatiques. Pour chacune de ces deux phases est proposé et discuté un modèle d'organisation socio-économique des groupes
humains. Toutefois, les limites d'une interprétation strictement « écologique » du comportement des groupes humains sont
évoquées.
Abstract
Human settlement in the upper parts of the Loire and Allier rivers is strongly related to paleoenvironmental conditions. Two major
phases of colonization can be individualized. Until the end of the Older Dryas, settlements are episodic and occur only during
interstadial episodes. This area is located in the neighbouring of the main centers of settlement. From the Bölling, the human
occupation, larger than before, appears independent to climatic fluctuations. For each phase, a model of human socio-economic
organization is proposed. However, the limits of an interpretation exclusively in term of « ecology » of the human behaviour is
emphasized.
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Bracco Jean-Pierre. Du site au territoire : l'occupation du sol dans les hautes vallées de la Loire et de l'Allier au Paléolithique
supérieur (Massif central, France). In: Gallia préhistoire. Tome 38, 1996. pp. 43-67.
doi : 10.3406/galip.1996.2144
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1996_num_38_1_2144DU SITE AU TERRITOIRE
L'occupation du sol dans les hautes vallées de la Loire et de
V Allier au Paléolithique supérieur (Massif central)
Jean-Pierre Bracco*
Mots-clés. Paléolithique supérieur, Massif central, Velay, matières premières, territoires, occupation du sol, déplacements.
Résumé. Les conditions paléoenvironnementales du Wùrm récent régissent en grande partie l'occupation humaine des hautes vallées de la Loire
et de l'Allier. La colonisation peut être divisée en deux grandes phases principales. Jusqu 'à la fin du Dryas ancien, les peuplements sont
épisodiques car ils sont fonction des améliorations climatiques. Le Velay se situe alors en marge des zones principales de peuplement. A partir du
Boiling, le peuplement, beaucoup plus dense, n 'est plus soumis aux contraintes climatiques. Pour chacune de ces deux phases est proposé et discuté
un modèle d'organisation socio-économique des groupes humains. Toutefois, les limites d'une interprétation strictement « écologique » du
comportement des groupes humains sont évoquées.
Abstract. Human settlement in the upper parts of the Loire and Allier rivers is strongly related to paleoenvironmental conditions. Two major
phases of colonization can be individualized. Until the end of the Older Dryas, settlements are episodic and occur only during interstadial episodes.
This area is located in the neighbouring of the main centers of settlement. From the Boiling, the human occupation, larger than before, appears
independent to climatic fluctuations. For each phase, a model of human socio-economic organization is proposed. However, the limits of an
interpretation exclusively in term of « ecology » of the human behaviour is emphasized.
Depuis environ deux décennies, de nombreux tr cycles plus ou moins répétitifs correspondant, au mini
avaux tentent de cerner les phénomènes d'occupation mum, à des phases d'acquisition et d'exploitation des
et de gestion des territoires en Europe au ressources indispensables à la survie. La diversité évi
Paléolithique supérieur. L'approche la plus courante, dente des gisements doit alors être en relation avec des
moments de ces cycles que l'analyse fine des témoins chez les chercheurs européens, est fondée direct
ement sur l'examen et l'interprétation des données archéologiques doit permettre de préciser. L'idée
archéologiques et paléoenvironnementales. Ces tr n'est pas nouvelle et O. Soffer a récemment rappelé
avaux s'organisent généralement autour d'une série les travaux de quelques précurseurs comme E. Lartet
d'hypothèses comportementales dont le concept de et H. Christy ou J. Bouchud (Soffer, 1991, p. 321). Ce
base s'établit autour de la notion de groupes humains qui est par contre plus récent, c'est d'une part le déve
loppement d'un grand nombre de méthodes permet- prédateurs qui pratiquent un nomadisme organisé en
* URA 164 du CNRS, LAPMO, Université de Provence, Avenue Robert-Schuman, F-13621 Aix-en-Provence cedex.
travail : Monique Olive, Jacques Collina-Girard, François Djindjian et Remerciements
II m'est particulièrement agréable de remercier ici les différentes per Philippe Fosse, ainsi que le rapporteur du comité de lecture de Gallia
sonnes qui ont bien voulu lire et annoter les premières versions de ce Préhistoire.
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Editions, Paris, 1997 44 Jean-Pierre Bracco
tant de mieux appréhender les déplacements, les acti ments compensent ce manque de données brutes et
vités pratiquées (archéozoologie, études fonctionn autorisent l'analyse. Ils sont principalement de deux
elles, origine des matières premières, etc.) et, d'autre sortes. Ce sont tout d'abord ce que nous appelons les
part, la réalisation de quelques synthèses régionales contraintes « géoclimatiques », particulièrement fortes
proposant des hypothèses précises sur la gestion des dans ce milieu de moyenne montagne. Elles génèrent, en
territoires et des ressources {cf. par exemple White, ce qui concerne les déplacements et l'accessibilité aux
1980 ; Bahn, 1984 ; Soffer, 1985 ; Steward, Jochim, territoires, des contraintes comme des impossibilités qui
1986 ; Audouze, 1987 ; Bosinski, 1988 ; Julien, facilitent l'étude en restreignant le champ des possibles.
1989 ...). La majorité de ces travaux s'appuie sur l'ana Ensuite, le peu de silex disponible dans l'environnement
lyse de régions riches en gisements et, au-delà des régional et la médiocre qualité des matériaux locaux
résultats bruts des fouilles, sur la synthèse de nomb (quartz) a imposé aux groupes humains des stratégies
reuses recherches particulières. Si l'on prend comme particulières d'approvisionnement et d'exploitation des
exemple les Pyrénées, la localisation des sites (Bahn, matières premières lithiques. L'étude détaillée des indust
1984 ; Clottes, 1989), l'exploitation des ressources ries lithiques s'avère alors hautement informative et per
met d'accéder à des informations sur les circulations de minérales (Simonnet, 1981) , l'archéozoologie (Bahn,
1984 ; Strauss, 1986) et les témoins artistiques la matière première comme sur les modes d'occupation.
(Clottes, 1989) servent, entre autres, de bases de don
nées permettant la production d'hypothèses comport
0G 2G ementales. 51G-
-51G Ce travail présente l'exemple du Velay, autour des
Clermont-Ferrand hautes vallées de la Loire et de l'Allier (fig. 1). Cette
région de moyenne montagne (altitude moyenne de LIMAGNES 1000 m) a connu au Wûrm récent des conditions bio
tiques très sévères qui n'ont pourtant pas interdit total
Saint-Étienne ement une occupation par les groupes humains du
Paléolithique supérieur. Les progrès récents concernant
la compréhension de l'évolution paléogéographique et Saint-Flour paléoclimatique régionale à la fin du Pleistocene supé 50G- - 50G rieur offrent aujourd'hui un cadre cohérent dont la mise CANTAL \>
en relation avec les données archéologiques éclaire en
partie les relations entre l'homme et son milieu.
Toutefois, en ce qui concerne les données strictement
archéologiques, l'état des lieux des connaissances
acquises à ce jour montre de grandes lacunes. En effet,
au contraire des travaux cités ci-dessus, le Velay est rel
ativement pauvre en sites. Ceux-ci sont souvent mal
Aies 49G- conservés et ont été fouillés anciennement. En outre, ces -49G
gisements n'ont été que rarement étudiés en détail et
nos connaissances sont souvent limitées à la description 50 km
typologique des outillages lithiques et à quelques (trop) LANGUEDOC
rares décomptes des faunes associées. Aucun d'entre
eux, par exemple, n'a fait l'objet de recherches archéo- Montpellier
zoologiques si l'on excepte celui du Rond du Barry
(Aajjane, 1986). Les témoins artistiques, et même la
parure, sont rares, les structures d'habitats peu nomb
reuses (ou peu remarquées à la fouille ... si ce n'est les
plus évidentes comme les foyers). Ces conditions pour
raient a priori paraître rédhibitoires. Mais plusieurs Fig. 1 — Localisation géographique de la région étudiée.
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Editions, Paris, 1997 SITE AU TERRITOIRE 45 DU
ancien. Dans ce contexte, la pénétration du massif par le DONNÉES ÉCOLOGIQUES,
nord, à la faveur des vallées principales de la Loire et de ARCHÉOLOGIQUES
l'Allier, semble le seul accès praticable.
LE VELAY AU WÙRM RECENT :
UN ESPACE COMPARTIMENTÉ LES DONNÉES ARCHEOLOGIQUES
Le Velay et le haut cours de l'Allier forment, au cœur L'occupation humaine du Velay au Paléolithique
du Massif central, une zone d'environ 2000 km2 bien supérieur commence, en l'état actuel des connaissances,
individualisée par ses caractères morphologiques et géo avec le Périgordien supérieur du Blot dans la vallée de
logiques. Il s'agit d'une région dominée par l'ampleur l'Allier et perdure jusqu'à la transition Pléisto-
des coulées basaltiques qui recouvrent en grande partie cène/Holocène avec les sites de Baume-Loire 3 et de la
le socle métamorphique sous-jacent. La majeure partie grotte Béraud qui ont livré un Magdalénien terminal
de cet espace est constituée de vastes étendues de pla (Bracco, 1987, 1992). Dix-neuf gisements sont connus,
teaux, principalement volcaniques (Mézenc et Devès) ou de manière plus ou moins approfondie, qui totalisent,
métamorphiques (Margeride, rive gauche de l'Allier) . Ce compte tenu des sites stratifiés, trente-six niveaux archéo
grand ensemble de plateaux est profondément entaillé logiques culturellement différenciés1 (tabl. I).
par la Loire et l'Allier qui coulent le plus souvent en L'ensemble des données est néanmoins disparate.
gorges étroites et très profondes, mais dont le cours Certains gisements ne sont connus que par sondage (Le
s'élargit parfois à la faveur de petits bassins d'effondr Degaure, Les Ceyssoux-Loire), d'autres n'ont été fouillés
ement tectonique ou par déblaiement de sédiments plus que sur des surfaces limitées (Longetraye, Combrai ...).
meubles (marnes villafranchiennes du bassin du Puy-en- Dans beaucoup d'entre eux, les conditions taphono-
Velay). L'altitude de ces vallées, comprise entre 450 et miques n'ont pas permis la préservation des restes orga
900 m, est donc le plus souvent très inférieure à celle des niques (La Roche à Tavernat, Sainte-Anne 2, etc.). Enfin,
plateaux qui les environnent. comme cela a déjà été souligné, il reste à effectuer de
Plusieurs travaux permettent de reconstituer les nombreuses recherches sur la plupart des gisements
conditions paléoenvironnementales au cours du Wûrm pour lesquels seules les études typologiques sont dispon
récent et d'estimer l'importance et la localisation des ibles2.
zones englacées et enneigées dont l'évaluation est essent
ielle pour la compréhension des peuplements en L'origine des matières premières
moyenne montagne (Veyret, 1978 ; Etlicher, 1986 ;
Etlicher, Goer des Hervé, 1988). Sur tous les hauts som Les matières premières utilisées pour la confection de
mets périphériques se développent des glaciers perma ces outillages lithiques posent depuis une quinzaine
nents selon une ligne d'équilibre comprise entre 1000 et d'années un « irritant » problème. Deux chercheurs,
1200 m d'altitude : au sud dans le complexe Lozère- C. Torti (1980) et A. Masson (1982) ont en effet consacré
Tanargue, à l'est sur le Mézenc et le Gerbier de Jonc, à une thèse à la recherche des provenances des matériaux
l'ouest sur le Cantal. Des langues de glace peuvent par
fois descendre plus profondément dans les vallées.
1. Nous considérons, il est vrai de façon arbitraire, qu'il y a autant de Séparant les vallées de la Loire et de l'Allier, le plateau
sites dans un gisement que de cultures identifiées. Le gisement du Blot, du Devès n'est pas englacé mais recouvert d'une épaisse par exemple, compte donc pour quatre sites (Périgordien supérieur,
couche neigeuse quasi permanente, au moins jusqu'au Périgordien final, Badegoulien, Magdalénien final). En revanche, le
nombre de réoccupations à l'intérieur de chaque séquence culturelle Dryas ancien (Beaulieu, Reille, 1987, 1991).
n'est pas considéré : les neuf niveaux badegouliens de ce site comptent Ces conditions sévères limitent et compartimentent pour une unité. l'espace disponible pour les groupes humains (Daugas, 2. Un programme de recherche (PCR 1498 : « Peuplements de
Raynal, 1977, 1989 ; Raynal, Daugas, 1984 ; Bracco, 1987, l'Auvergne au Paléolithique supérieur et au Mésolithique », coord. J.-
P. Bracco et F. Surmely) vient d'être mis en place. L'un de ses princi1991b, 1992). Les vallées sont seules accessibles pendant
paux objectifs est la mise en route des études pluridisciplinaires sur des le Pléni-Wûrm. Les zones d'altitude, quant à elles, ne se gisements récemment fouillés (origine des matières premières, archéo
libèrent de l'emprise des glaces qu'à la fin du Dryas zoologie, tracéologie, etc.).
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Éditions, Paris, 1997 46 Jean-Pierre Bracco
Tabl. I — Liste des gisements du Paléolithique supérieur du Velay : no, numéro du site (cf. fig. 2) ; loc. : 1, abri ; 2, pied de falaise ; 3, grotte ;
4, plein air ; nbre niv., nombre de niveaux archéologiques par entité culturelle ; (?), donnée manquante.
Nbr. Cultures loc. Bibliographie y/ niv.
1 Bout, 1955 ; Alaux, 1972a et b ; Carré, 1977, 1983. 1 Blassac 1 Magdalénien final 2
1 Blassac 2 supérieur 1 2 Alaux, 1972a et b ; Carré, 1977, 1983.
Badegoulien 1 2
Magdalénien final ? 2 Blot 3 2 Delporte, 1972, 1980, 1982 ; Virmont, 1982 ; Buisson, 1991 ;
Bosselin, 1992 a et b. Badegoulien 2 9
5 Périgordien final 1 supérieur 1 4
2 2 Delporte, 1972, 1980, 1982 ; Virmont, 1982. Blot 1 Magdalénien final 2
4 Crotte Tatevin final 3 1 Delporte, Virmont, 1983 ; Virmont, 1982.
Périgordien final 3 1
4 Tatevin Vizade Magdalénien final 3 1 Virmont, 1982.
4 Tatevin Banaud final 4 1 Virmont, 1972, 1982.
Tatevin Viguene Magdalénien final 3 4 1 Virmont, 1972.
5 Rond Saint-Arcons Périgordien final 1 ? Boule, Vernière, 1899 ; Delporte, 1966 ; Virmont, 1982.
19 Roche à Tavernat Badegoulien 2 1 Bracco, 1991b etc, 1992, 1993, 1994.
6 Combrai Magdalénien final 1 1 de Brun, 1 898, 1 936 ; Virmont, 1 967, 1 982.
1 1 supérieur
indéterminé 1 1
7 Béraud Épipaléolithique 3 3 Quinqueton, 1966 ; Qumqueton, Virmont, 1977.
3 Degaure Magdalénien final 1 ? Mazière, 1984 ; Tixier, 1989.
8 Forêt indéterminé 1 1 Virmont, 1967.
18 Magdalénien supérieur Philibert, 1986. Longetraye 2 1
16 Baume-Loire 1 final 1 1 Crémillieux, 1972b, 1974.
16 Magdalénien final 1972b, 1974. 2 1 1
Magdalénien final Crémillieux, 1974. 16 Baume-Loire 3 1 1
15 Laborde supérieur 1 2 Daugas, Raynal, 1977 ; Philibert, 1982.
10 Peylenc Magdalénien final 1 1 Bayle des Hermens, Crémillieux, 1966 ; Crémillieux, 1972a.
11 supérieur 1 1 Dufau et al., 1962 ; Sonneville-Bordes, 1962, 1963. Blavozy
12 Crotte Rouge Magdalénien final 3 1 Philibert, 1982.
14 0 Sainte-Anne 2 final 3 Seguy, Seguy, 1972.
Rond du Barry Magdalénien final 3 2 Bayle des Hermens, 1977, 1981, 1983 ; Bayle des Hermens, Heim, 1989.
Magdalénien supérieur 3 2
Badegoulien 3 1 3 2
9 Cottier Magdalénien final 1 Bouchud, Bouchud, 1953 ; Delpech, 1976 ; Virmont, 1976. 3
3 2 Badegoulien
17 1 Bracco et al., 1 986. Ceyssoux-Loire indéterminé 2
lithiques retrouvés dans les sites régionaux mais ont obte a fait l'objet d'une polémique entre ces deux auteurs
nu, pour les mêmes séries, des résultats en grande partie (Torti, 1980 ; Masson, 1982 ; Torti-Zannoli, 1983 ; cf. aussi
contradictoires. Pour Torti, aucun gisement n'aurait Demars, 1982a). Pour notre part, plusieurs arguments
livré des silex provenant d'une distance supérieure à déterminants nous ont fait intégrer à notre travail les
50 km. Masson, pour sa part, propose des distances beau résultats de Masson. En premier lieu, les gîtes de silex
coup plus considérables pour un certain nombre de sont très peu nombreux en Velay. La plupart des
silex, et notamment pour un silex blond largement matières premières se trouvent sous forme de galets de
représenté dans pratiquement toutes les séries archéolo petites dimensions dans les épandages alluviaux. Il s'agit
giques et dont l'origine serait à rechercher au nord-ouest d'un matériau facilement reconnaissable, dénommé
du Massif central dans les niveaux jurassiques de la « chaille » par les préhistoriens locaux, de mauvaise qual
région Centre. Cette différence majeure d'interprétation ité et fréquemment fissuré. Les gîtes en position primaire
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Editions, Paris, 1997 SITE AU TERRITOIRE 47 DU
sont rares et souvent de petites dimensions, mis à part présents au Blot, différence essentielle avec les gisements
celui de La Collange. Ce déficit en matériaux ne rend pas du Sud-Ouest, l'identité est patente avec ces derniers.
invraisemblable l'importation de silex. En outre, il est À la suite de nombreux auteurs (Allain, Fritsch, 1967 ;
patent que Masson a employé pour les déterminations Allain, 1983 ; Allain et al, 1984 ; Bosselin, Djindjian,
des méthodes plus performantes (microfossiles, étude de 1988 ; Clottes, Giraud, 1989), nous différencions le
la cristallisation) que la détermination macroscopique Magdalénien ancien (1 et 2 de l'évolution classique), ou
utilisée par Torti. Enfin, les premiers résultats de l'étude Badegoulien, du Magdalénien moyen et supérieur. De
en cours de T. Aubry sur la série badegoulienne de La très nombreux caractères concordent en effet pour intro
Roche à Tavernat confirment et précisent ces prove duire une coupure importante entre ces deux ensembles
nances lointaines. L'origine de nombreux silex doit en industriels : débitage principalement d'éclats, outils spé
effet être recherchée dans les niveaux crétacés du bassin cifiques (raclettes, pièces esquillées, etc.), techno-typolog
versant de la Creuse (Bracco, 1994). ie de l'industrie osseuse (sagaies), contemporanéité au
moins partielle des deux faciès, utilisation courante et
Description synthétique des industries uthiques parfois en grande quantité dans le Badegoulien de
matières premières locales de qualité assez médiocre
L'étude du matériel lithique recueilli dans les diffé (quartz, calcaire, etc.). L'occupation badegoulienne est
rents gisements du Velay a fait l'objet d'une première peu importante en Velay. Seuls quatre gisements ont
synthèse par H. Delporte en 1966. Plusieurs travaux ont livré des témoins indiscutables de cette culture : Cottier,
ensuite repris et précisé ces données de base parmi le Le Blot, La Roche à Tavernat et Le Rond du Barry. Les
squels figurent les thèses de M. Philibert (1982) et trois premiers sont très représentatifs du Badegoulien
J. Virmont (1982). Depuis ces deux synthèses, quelques classique décrit dans le Centre de la France à la suite des
études récentes ont été publiées sur des sites particuliers travaux effectués principalement à l'abri Fritsch (Allain et
(Le Rond du Barry cf. Bayle des Hermens, 1983 ; Le Blot al, 1984). Les raclettes y sont bien représentées, l'ou
cf. Buisson, 1991, Bosselin, 1992a et b ; La Roche à tillage est très majoritairement réalisé sur éclat. Le Rond
Tavernat cf. Bracco, 1992, 1993) \ du Barry offre un faciès quelque peu différent. Les outils
Le Périgordien supérieur du Blot est la plus ancienne caractéristiques, au moins du point de vue typologique,
culture actuellement connue dans le Paléolithique supé sont présents : pièces esquillées, raclettes, etc., mais le
rieur du Velay (Delporte, Virmont, 1983 ; Buisson, débitage est beaucoup plus laminaire et surtout un soin
1991)4. Assez classique dans son ensemble, il contient de remarquable est apporté dans la production des supports
nombreuses lamelles à dos, gravettes et microgravettes et et des outils. Cet outillage s'intègre cependant dans la
D. Buisson propose de le rapprocher du Périgordien VI. marge de variabilité du Badegoulien telle qu'elle est
Les niveaux supérieurs semblent indiquer une évolution actuellement connue (Hemingway, 1980 ; Allain et al.,
vers le Périgordien final (Buisson, 1991). 1984).
De nombreux articles ont été consacrés par À ces industries anté-magdaléniennes, somme toute
H. Delporte au Périgordien VII (ou Périgordien final ou banales et régionalement peu caractéristiques, s'oppose
Protomagdalénien) du Blot, dans lesquels cet auteur sou le Magdalénien stricto sensu, aux caractères plus origi
ligne l'étonnante parenté de cet outillage avec ceux de naux. Le Magdalénien supérieur est caractérisé par un
Laugerie-Haute et de l'abri Pataud (Delporte, 1972, débitage toujours très laminaire, la production de pièces
1980, 1982). Il s'agit d'une industrie très laminaire carac d'assez grandes dimensions et par un nombre élevé de
térisée notamment par une retouche plate et large, lég lamelles à bord abattu souvent de types diversifiés, mais
èrement couvrante. Bien que les grattoirs soient très peu jamais à dos courbe. Les grattoirs sont bien représentés,
formant un groupe variant entre 15 à 20 % de l'outillage,
3. Nous avons été amené récemment à discuter certaines des attribu non compris les lamelles à dos (Virmont, 1982). Une
tions typologiques proposées antérieurement par plusieurs auteurs. forte proportion de lames est retouchée et l'industrie est
Pour une discussion plus approfondie de ce point cf. Bracco, 1992, souvent façonnée sur des matériaux allochtones. p. 135-137.
Le Magdalénien final, très abondant, montre l'évolu4. Nous n'entrons pas ici dans le débat concernant les termes de
tion sur place de cette culture, comme l'a fort bien analPérigordien et de Gravettien. Le mot Périgordien est ici employé car
ysé J. Virmont (1982). L'utilisation de plus en plus cou- c'est celui utilisé par les auteurs qui ont étudié ces industries.
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Éditions, Paris, 1997 I
48 Jean-Pierre Bracco
contacts avec les zones périphériques septentrionales du rante de matériaux locaux entraîne une réduction génér
Massif central (Burdukiewicz, 1986) où se développent ale de la dimension de l'outillage. La production
les cultures à pointes à crans du Creswellien et du d'éclats, sans être prépondérante comme au
Hambourgien. Par commodité, nous dénommons ce Badegoulien, devient plus importante. L'indice des grat
faciès sous le terme d'Épipaléolithique. toirs, sur éclat ou plus souvent sur bout de lame, aug
mente et le taux de lamelles à bord abattu est très élevé,
dépassant généralement 50 %.
Le Magdalénien terminal constitue en quelque sorte
DU SITE AU TERRITOIRE : l'évolution ultime de ces tendances. L'utilisation de
UNE ANALYSE DE L'OCCUPATION DU SOL matières premières disponibles dans l'environnement
proche devient pratiquement le mode exclusif, entraî
nant la production d'un grand nombre de pièces micro-
L'analyse présentée ici s'appuie sur trois faisceaux lithiques, d'autant plus que les nucleus sont souvent
d'informations développés de façon hiérarchique. Les exploités jusqu'à épuisement. Les burins sont moins données statiques, qui concernent l'implantation des abondants que les grattoirs. Ces derniers peuvent se rap
gisements, seront examinées en premier. La reconstituprocher des types unguiformes ou sur éclat, mais cela
tion de la dynamique climatique régionale au Wûrm semble être plus la conséquence de la petite taille génér
récent et sa mise en relation avec les données archéoloale des supports et de la faiblesse du nombre de lames
giques constituent le deuxième terme. Le troisième qu'une influence azilienne parfois suggérée (Philibert, niveau, qui pourrait être nommé « anthropologique » au 1982) mais que rien ne démontre par ailleurs.
sens des Anglo-Saxons, prend appui sur les deux preLa grotte Béraud a livré un outillage proche du
miers pour tenter d'approcher les problèmes plus striMagdalénien terminal, dans lequel quelques éléments,
ctement liés au comportement des groupes humains fosnotamment des pointes à dos courbes, témoignent de
siles.
LA LOCALISATION DES GISEMENTS :
DES CRITÈRES DE CHOIX TRÈS STRICTS
Localisation et substratum
Deux caractéristiques sont communes à la majorité
des gisements du Paléolithique supérieur régional : la
localisation sur le bord du réseau hydrographique prin
cipal (fig. 2) et l'implantation en milieu volcanique, en
pied de falaise ou en abris basaltiques. Seuls les sites de
Longetraye et de Blavozy ne respectent pas ces deux
règles. Le premier est en effet situé sur le rebord méri
dional du plateau ardéchois et le second est creusé par
|<600m £^2 600-900 m Q]] 900-1200 m U>1200m cryoclastie dans des arkoses (Bout, 1955).
La présence des gisements dans les vallées correspond
Fig. 2 — Localisation des gisements du Paléolithique supérieur du à une occupation des zones de basse altitude. Il faut
Velay : 1, abris de Blassac ; 2, abri du Blot ; 3, Le Degaure ; 4, signaler que cette répartition n'est pas le reflet d'un
grotte et abris de Tatevin ; 5, abri du Rond à Saint-Arcons ; 6, abri manque de recherches et de prospections et que la carte
de Combrai ; 7, grotte Béraud ; 8, grotte de La Forêt ; 9, grotte de des gisements n'est pas, selon la formule consacrée, Cottier ; 10, abri de Peylenc ; 11, abri de Blavozy ; 12, grotte Rouge ; superposable à celle des zones d'action des archéol13, Le Rond du Barry ; 14, grotte de Sainte-Anne 2 ; 15, abri
ogues. Si, en effet, les vallées ont fait l'objet de nombLaborde ; 16, abris de Baume-Loire ; 1 7, abris des Ceyssoux-Loire ;
18, abri de Longetraye ; 19, abri de La Roche à Tavernat. reuses recherches, parfois systématiques (Virmont en
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1965-1966 et Tuffery en 1984-1985 pour l'Allier, Bracco Tabl. II — Classement des gisements en fonction de la topographie de
1987-1991 sur les deux vallées), les plateaux ont, eux la vallée.
aussi, été largement parcourus par de nombreux archéo
logues. Mais il est évident qu'ils posent des problèmes
Blassac, Le Rond, La Roche, Combrai, Béraud, La Forêt, particuliers : à la différence des fonds de vallées, où abris, vallée étroite Baume-Loire 1 , 2 et 3, Laborde, Les Ceyssoux-Loire
grottes et pieds de falaises peuvent être systématiqu vallée ouverte, Le Blot, Tatevin, Le Degaure, Peylenc, Blavozy, ement repérés et sondés, la recherche de sites de plein air bassin grotte Rouge, Sainte-Anne 2, Le Rond du Barry, Cottier
est beaucoup moins guidée par la topographie. En outre,
la faible mise en culture des terres ne permet pas, le plus
souvent, de prospecter de grandes surfaces. Enfin, du Rond, de Combrai et de Blassac. Encore faut-il tenir
l'épaisseur des sédiments recouvrant le substrat n'excède compte du fait que les deux derniers sont implantés juste
pas 0,50 à 1 m dans bien des cas. Cela a pu entraîner la sous le plateau, dont l'accès est facile et que la vallée de
destruction de nombreux gisements. Cependant, des la Fioule, qui abrite Le Rond, s'ouvre quelques centaines
sites de plein air couvrant l'ensemble des temps préhis de mètres plus bas sur le petit bassin de Chanteuges et
toriques sont présents sur le plateau : Paléolithique infé non loin de celui de Langeac.
rieur (Soleilhac, Pié du Roi), moyen L'analyse peut être affinée en prenant en compte les
(Rochelimagne) , et de très nombreux gisements néoli gisements dans les vallées proprement dites et ceux qui,
thiques et protohistoriques. L'absence d'occupations même proches d'un cours d'eau, sont dans un enviro
contemporaines du seul Wûrm récent apparaît alors nnement nettement plus ouvert (tabl. II).
comme significative. Cela n'implique pas qu'un véritable Une majorité de sites se trouve dans un environne
gisement de plein air (le site de Tatevin-Banaud est en ment plutôt ouvert. Il faut aussi se souvenir que les gis
effet plutôt un gisement d'avant-grotte) ne sera jamais ements implantés dans les parties les plus étroites des val
identifié en Velay, mais que l'occupation dans les vallées lées profitent malgré tout de zones légèrement élargies,
et au pied des abrupts basaltiques est le mode d'installa permettant le développement de terrasses alluviales sur
tion vraisemblablement préférentiel. au moins une des rives : La Roche à Tavernat, grotte de
Les falaises basaltiques ont d'ailleurs toujours été des La Forêt, abri Laborde, etc. L'implantation des sites
zones d'habitat privilégiées comme le montre la prospec semble donc correspondre à une sélection rigoureuse
tion exhaustive d'une zone de 700 ha comprenant à la d'un cadre topographique adéquat qui délaisse les part
fois fonds de vallées et plateaux lors de l'étude d'impact ies encaissées au profit principalement des bassins et des
du projet de barrage du Serre de la Fare, en amont du zones élargies des fonds de vallées.
Puy-en-Velay (Bracco et al, 1986). Plus de 50 % des gis La permanence des critères d'implantation des gise
ements alors recensés, toutes périodes confondues, furent ments, illustrée par la réutilisation des mêmes lieux à des
localisés au pied des falaises volcaniques alors que celles- époques différentes, est trop évidente pour que des rai
ci n'occupent qu'une partie très réduite de la zone sons majeures n'en soient pas la cause.
d'étude. Les avantages d'une localisation privilégiée dans les
Un examen détaillé de la position exacte de chaque vallées peuvent être décrits comme suit :
gisement en fonction de l'environnement proche permet • les vallées représentent les zones de plus basse alt
néanmoins de préciser le mode d'installation. Vallées itude et les seules libres de glace pendant une grande part
principales et vallées secondaires sont occupées, dans la ie de la fin de la dernière glaciation ;
proportion exacte des deux tiers (24/35) 5 pour les pre • par rapport aux plateaux, elles sont très riches en
mières. Mais surtout, l'implantation des gisements falaises basaltiques ;
semble largement tributaire des bassins et microbassins • elles offrent la proximité des matières premières
qui fractionnent le cours souvent très encaissé des deux dont les gîtes les plus nombreux et les plus facilement
réseaux hydrographiques. Les seuls sites qui sont vérit accessibles se trouvent au sein des épandages de galets
ablement dans des zones escarpées et encaissées sont ceux alluviaux : silex (chailles) et dans une moindre mesure
galets de quartz ;
• l'accès à l'eau est immédiat ; les plateaux environ5. Situé sur un plateau, le site de Longetraye n'est pas décompté ici.
nants sont eux aussi riches en sources ou lacs, notam- Le nombre total de gisements est donc de 35.
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Éditions, Paris, 1997 j
50 Jean-Pierre Bracco
Tabl. III — Décompte des types 1963 ; Raynal, 1983). Mais le recul de la falaise peut aussi Nombre d'emplacement des gisements. laisser en place des souches de basalte, utilisées comme grottes 15
aménagement de l'espace au Blot dans les niveaux du abris 17
pieds de falaises 4 Périgordien supérieur et peut-être du Périgordien final
(Delporte, 1982 ; Bosselin, 1992b). Les cônes d'éboulis
ment celui du Devès ; mais il n'est pas certain que ceux- latéraux, qui proviennent de la désagrégation de la paroi
ci étaient disponibles à la fin du Pleistocene ; des travaux aux endroits de circulation d'eau provenant du plateau
récents ont confirmé par exemple que l'englacement du sus-jacent, peuvent aussi jouer le rôle de pare-vent (Le
lac du Bouchet a pu, au Pléni-Wûrm, durer plusieurs Blot chantier 3) de la même façon que les retours de la
siècles (Bonifay, comm. pers. ; Truze, 1990) ; actuelle paroi (Le Blot chantier 1 , La Roche à Tavernat, Baume-
ment, le cycle de gel annuel sur le plateau est encore de Loire 3, etc.).
L'ensemble de ces observations ne permet pas de plusieurs semaines (Fillod, 1985) ;
• enfin, les zones ouvertes permettent un bien douter du caractère volontaire de l'implantation des gis
meilleur ensoleillement. ements dans les vallées et en milieu basaltique. En même
L'implantation au sein des falaises basaltiques est liée temps, l'utilisation opportuniste des conditions strict
aux capacités calorifères que possède cette roche. Cette ement locales est apparente dans la diversité des types
notion est bien connue depuis les travaux de P. Bout d'occupation : grottes, pieds de falaises, abris, à la base
(1963) et de J.-P. Raynal (1983). Le basalte emmagasine d'escarpements importants ou de très faibles parois (Les
en effet la chaleur lorsque la paroi est au soleil et la res Ceyssoux-Loire) .
La localisation altitudinale à l'intérieur des falaises est titue une fois que l'ombre survient. Cette qualité permet
également un élément souligné par J.-P. Daugas et J.- de remarquables écarts de température entre les pieds
de falaises basaltiques et les zones directement avoisi- P. Raynal (1989). Ils notent que dans la vallée de l'Allier
nantes. Nous avons personnellement mesuré 13° C ce sont les abris situés à la base des parois basaltiques qui
d'écart en faveur de l'abri du Rond du Charnier (+ 9°/- sont généralement occupés, tandis que dans la vallée de
4° C) par rapport au plateau, sur la vallée de la Loire, la Loire, ce sont plutôt ceux placés sous le rebord des pla
teaux qui eurent la préférence des Préhistoriques. La vers mi-décembre 1989. A. Crémillieux (1974) signale
pour sa part des différences parfois encore plus import pertinence de ce critère est difficile à établir et il est pos
antes pour l'abri de Baume-Loire, supérieures à 15° C sible qu'il ne rende compte en réalité que de la position
(Crémillieux, 1974, p. 51). Même si le caractère abrité naturelle des abris. Sur le versant de la Loire en effet, les
empilements de coulées sont très puissants et le surcreudes falaises permet un gain thermique, les écarts sont
loin d'atteindre de telles proportions au pied des falaises sement du substratum est beaucoup plus important que
granitiques. sur l'Allier. Les falaises, perchées en inversion de relief,
sont donc souvent en position plus élevée par rapport au Ce pouvoir calorifère explique que les grottes et les
thalweg que celles de l'Allier. Ce qui nous semble par abris mais aussi les pieds de falaises basaltiques soient
occupés (La Roche à Tavernat et Le Blot niveaux supé contre plus significatif, c'est que les gisements en posi
rieurs cf. tabl. III). tion très dominante par rapport au thalweg sont souvent
Enfin, les falaises basaltiques offrent ce que parmi les plus récents : grotte Rouge, Baume-Loire,
H. Delporte (1980, 1982) a appelé des « structures d'ac Peylenc sur la Loire, ou Combrai, Béraud et Blassac sur
cueil », dont il a fait une analyse approfondie pour le l'Allier par exemple. Nous sommes là cependant à la limi
gisement du Blot. Ces falaises en effet subissent de la part te des tentatives d'interprétation, particulièrement
réduites par le très faible nombre de sites anté-magdalé- des agents naturels, et notamment du gel, diverses agres
sions qui les modèlent au cours du temps. L'action la niens disponibles.
plus connue de la cryoclastie est la formation des abris
sous-basaltiques par érosion différentielle de la coulée Orientation et altitude
entre la base, formée de grands prismes verticaux très
Ces deux variables peuvent être appréhendées rapsensibles au déchaussement par la glace, et le sommet ou
entablement, dont la prismation irrégulière permet une idement (fig. 3). L'homogénéité d'une grande partie des
gisements apparaît immédiatement. L'orientation s'orga- meilleure résistance aux phénomènes de gel (Bout,
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Éditions, Paris, 1997 SITE AU TERRITOIRE 51 Du
Deux cents mètres environ séparent les gisements les
plus hauts de la vallée de la Loire de ceux de la vallée de
l'Allier. Souvent constaté (Daugas, Raynal, 1977 ;
Virmont, 1982), cet écart n'a cependant jamais donné
lieu à des tentatives d'explication. Il correspond en fait
sur le terrain à un même phénomène : un resserrement
des vallées, en amont d'Arlempdes pour la Loire et de
Monistrol-d'Allier pour l'Allier, qui deviennent, à partir
de ces zones, très sinueuses et surtout étroites. Les condit
ions d'exposition et d'insolation sont alors défavorables.
Même bien exposée, une falaise ne recevra que peu de
soleil. Dans les zones encaissées, les gisements sont
d'ailleurs implantés vers le sommet des falaises afin de
bénéficier d'un maximum d'ensoleillement (grotte de
La Forêt, abri de Combrai) .
La distribution des gisements ne répond donc pas
uniquement à des facteurs climatiques globaux, variables
dans le temps. La durée journalière de l'ensoleillement
semble bien être un des critères discriminants, le seul en
tout cas qui permette d'expliquer la limitation en altitude
à l'intérieur des vallées.
Cependant, sur l'ensemble de l'occupation du • sites de la vallée de la Loire □ sites de la vallée de l'Allier
Paléolithique supérieur une remontée des gisements en
Fig. 3 — Orientation et altitude des gisements du Paléolithique altitude peut être constatée, mais elle s'effectue dans les supérieur du Velay. Les cercles concentriques représentent les altitudes limites spatiales définies plus haut, c'est-à-dire à l'inté(en mètres). L'orientation suit les points cardinaux. On constate
rieur des vallées. Sa relation avec la progression de la qu 'une majorité de gisements est orientée selon une composante sud.
déglaciation fin-wûrmienne et l'instauration progressive Les altitudes sont pour leur part comprises le plus souvent entre 500 et
900 m : KB., Le Rond du Barry ; For, grotte de La Forêt ; Com, des conditions tempérées semble évidente.
Combrai ; Cot, Cottier ; Tat, Tatevin ; Deg, Le Degaure ; Tav, La L'appropriation véritable des hautes terres ne commenc
Roche à Tavernat ; Bias, Blassac ; Ro, Le Rond à Saint-Arcons ; era réellement qu'à la fin de l'Épipaléolithique- BL 1 et 2, Baume-Loire 1 et 2 ; BL 3, Baume-Loire 3 ; Bér, Bêraud ;
Mésolithique et ne sera pleinement réalisée qu'au Lab, Laborde ; Blav, Blavozy ; CL., Les Ceyssoux-Loire ; Rou, grotte
Néolithique. Rouge ; S.A., Sainte-Anne 2 ; Peyl, Peylenc ; Long, Longetraye.
Ces critères d'insolation et d'altitude sont respectés
par la majorité des gisements. Il reste alors à expliquer
nise autour d'une composante sud, globalement entre les exceptions que sont Le Rond du Barry et
sud-ouest et est. L'altitude est légèrement plus variable. Longetraye.
Elle s'échelonne entre 500 et 900 m pour la vallée de la La grotte du Rond du Barry présente une situation
Loire et de 450 à 750 m pour celle de l'Allier. Les seuls exceptionnelle. La variété des biotopes directement
accessibles et l'espace « contrôlable » à l'œil nu n'ont sites qui se singularisent sont Le Rond du Barry, dont
aucun équivalent dans les autres gisements, mis à part l'orientation est nord-ouest et Longetraye, qui culmine à
celui de Sainte-Anne 2, distant de quelques centaines de 1230 m d'altitude.
mètres. A cela, il convient d'ajouter que Le Rond du L'orientation peut être reliée avec les caractéristiques
calorifères du basalte. L'exposition entre le sud et l'est est, Barry est l'une des rares véritables grottes du Velay, pro
fonde de plus de 40 m. L'ensemble de ces paramètres la dans ce cas précis, la plus favorable en permettant un enso
distingue profondément des autres sites et peut avoir leillement important dès le matin, puis une redistribution
des calories quand la paroi est à l'ombre (Raynal, 1983). contribué à son choix malgré une orientation a priori
Cette recherche d'une bonne exposition peut être mise en défavorable, ce qui est confirmé par la variété des occu
relation avec le choix de sites « ouverts » déjà souligné. pations qu'elle a connue. Cette mauvaise orientation doit
Gallia Préhistoire, 38, 1996, pp. 43-67 © CNRS Editions, Paris, 1997

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