Économie des combustibles (bois et lignite) dans l'abri moustérien des Canalettes - article ; n°1 ; vol.42, pg 45-55

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Gallia préhistoire - Année 2000 - Volume 42 - Numéro 1 - Pages 45-55
L'étude des résidus de combustion du gisement moustérien des Canalettes a permis d'identifier deux types de combustibles : le bois et le lignite. La question de la part d'intentionnalité de l'utilisation de lignite dans ce gisement est ici soulevée : s'agit-il d'une contrainte en relation avec une pénurie de bois ou d'une gestion différenciée des combustibles ? Une étude expérimentale de la combustion du lignite couplée aux résultats de l'étude anthracologique a permis de simuler la consommation en combustible pour une durée d'occupation variable du gisement. Il ressort de cette étude que la biomasse végétale disponible pour les occupants des Canalettes était toujours suffisante à la satisfaction des besoins en bois, même pour une consommation volontairement surévaluée. L'utilisation de lignite n'est en aucun cas due à une pénurie de bois. Plusieurs hypothèses concernant les motivations qui ont présidé au choix de ce combustible peuvent être émises : fonctions spécifiques du lignite en relation avec ses propriétés et /ou commodité d'utilisation par rapport à l'utilisation contraignante de bois sain.
The charcoal analysis at the mousterian rock shelter of Les Canalettes reveled the existence of two kinds of fuel : wood and coal. The use of coal raises the problem of intentionallity : is it a constrained use due to wood scarcity during the last glacial or a reasoned management of fuel ? An experimental study of coal combustion combinated with charcoal analysis allowed us to simulate wood consumption at Les Canalettes. It has been thus shown that wood biomass was abondant enough and wood scarcity was never responsible for coal use. We can consider two main explanations : use of coal for specific activities in relation with its properties, or an opportunist collection due to its simple use.
11 pages
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Isabelle Théry-Parisot
Liliane Meignen
Économie des combustibles (bois et lignite) dans l'abri
moustérien des Canalettes
In: Gallia préhistoire. Tome 42, 2000. pp. 45-55.
Résumé
L'étude des résidus de combustion du gisement moustérien des Canalettes a permis d'identifier deux types de combustibles : le
bois et le lignite. La question de la part d'intentionnalité de l'utilisation de lignite dans ce gisement est ici soulevée : s'agit-il d'une
contrainte en relation avec une pénurie de bois ou d'une gestion différenciée des combustibles ? Une étude expérimentale de la
combustion du lignite couplée aux résultats de l'étude anthracologique a permis de simuler la consommation en combustible pour
une durée d'occupation variable du gisement. Il ressort de cette étude que la biomasse végétale disponible pour les occupants
des Canalettes était toujours suffisante à la satisfaction des besoins en bois, même pour une consommation volontairement
surévaluée. L'utilisation de lignite n'est en aucun cas due à une pénurie de bois. Plusieurs hypothèses concernant les motivations
qui ont présidé au choix de ce combustible peuvent être émises : fonctions spécifiques du lignite en relation avec ses propriétés
et /ou commodité d'utilisation par rapport à l'utilisation contraignante de bois sain.
Abstract
The charcoal analysis at the mousterian rock shelter of Les Canalettes reveled the existence of two kinds of fuel : wood and coal.
The use of coal raises the problem of intentionallity : is it a constrained use due to wood scarcity during the last glacial or a
reasoned management of fuel ? An experimental study of coal combustion combinated with charcoal analysis allowed us to
simulate wood consumption at Les Canalettes. It has been thus shown that wood biomass was abondant enough and wood
scarcity was never responsible for coal use. We can consider two main explanations : use of coal for specific activities in relation
with its properties, or an opportunist collection due to its simple use.
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Théry-Parisot Isabelle, Meignen Liliane. Économie des combustibles (bois et lignite) dans l'abri moustérien des Canalettes. In:
Gallia préhistoire. Tome 42, 2000. pp. 45-55.
doi : 10.3406/galip.2000.2169
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_2000_num_42_1_2169Economie des combustibles
(bois et lignite)
dans l'abri moustérien des canalettes
De l 'expérimentation à la simulation des besoins énergétiques
Isabelle ThÉry-Parisot* et Liliane Meignen**
Mots-clés. Anthracologie, combustibles, économie, expérimentation, lignite, paléoécologie, Paléolithique, Moustérien.
Key-words. Charcoal analysis, fuel, economy, experimentation, coal, palaeoecology, Palaeolithic, Mousterian,
Résumé. L'étude des résidus de combustion du gisement moustérien des Canalettes a permis d'identifier deux types de combustibles : le bois
et le lignite. La question de la part d'intentionnalité de l'utilisation de lignite dans ce gisement est ici soulevée : s'agit-il d'une contrainte
en relation avec une pénurie de bois ou d'une gestion différenciée des combustibles ? Une étude expérimentale de la combustion du lignite
couplée aux résultats de l'étude anthracologique a permis de simuler la consommation en combustible pour une durée d'occupation
variable du gisement. Il ressort de cette étude que la biomasse végétale disponible pour les occupants des Canalettes était toujours suffisante
à la satisfaction des besoins en bois, même pour une consommation volontairement surévaluée. L'utilisation de lignite n'est en aucun cas
due à une pénurie de bois. Plusieurs hypothèses concernant les motivations qui ont présidé au choix de ce combustible peuvent être émises :
fonctions spécifiques du lignite en relation avec ses propriétés et /ou commodité d'utilisation par rapport à l'utilisation contraignante
de bois sain.
Abstract. The charcoal analysis at the mousterian rock shelter of Les Canalettes reveled the existence of two kinds of fuel : wood and coal.
The use of coal raises the problem of intentionallity : is it a constrained use due to wood scarcity during the last glacial or a reasoned
management of fuel ? An experimental study of coal combustion combinated with charcoal analysis allowed us to simulate wood
consumption at Les Canalettes. It has been thus shown that wood biomass was abondant enough and wood scarcity was never responsible
for coal use. We can consider two main explanations : use of coal for specific activities in relation with its properties, or an opportunist
collection due to its simple use.
PRESENTATION DU SITE d'un auvent de 4 m de hauteur, couvrant une surface
abritée de 60 à 70 m2. Les fouilles menées de 1980 à 1995
L'abri des Canalettes se situe sur le bord nord-est du ont révélé une stratigraphie de 2,20 m d'épaisseur au sein
Causse du Larzac à une altitude de 690 m. L'abri, creusé de laquelle trois couches ont été identifiées (Meignen
dans les dolomies du Callovien-Bathonien, est constitué éd., 1993). Sur toute la séquence, un matériel archéo-
* UMR 6031 du CNRS, Centre d'étude Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge, Sophia Antipolis, F-06560 Valbonne.
** UMR 7055 du CNRS, Préhistoire et technologie, Centre d'étude Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge, Sophia Antipolis, F-06560 Valbonne.
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46 Isabelle Théry-Parisot et Liliane Meignen
M N O humaines sur ce plateau de D H I
moyenne altitude correspondent à
un épisode globalement tempéré •— — .
de la dernière glaciation (Brugal, ^^ ■6! r — ^ 1993 ; Marquet, 1993 ; Vernet,
1993; Théry-Parisot, 1998). Des
datations TL pour la couche supé
I21I rieure donnent un âge de 73 500 ±
5 000 ans, plaçant le remplissage à _ » - ;;i la fin du stade isotopique 5 fort /
Aires de combustion ? tV\eU^ '> probablement (Valladas et al,
1987).
Dans ce gisement, les foyers
bien individualisés sont rares mais
de nombreux témoins de combust
ion ont été reconnus. Parmi ceux-
ci, deux types de combustibles ont
2m été identifiés : le bois, que l'on
retrouve en abondance sous forme
Densité de charbons de bois de charbons, et de façon beaucoup
plus exceptionnelle, le lignite 0 ^H de 200 à 600 >1000
(Théry, 1993 ; Théry et al, 1996), proportion de lignite par rapport à EB <à200 de 600 à 1 000 charbon fossile dont l'utilisation l'effectif total de lignite de la couche
comme combustible au Paléo
lithique moyen est pour la pre
Fig. 1 - Répartition spatiale des charbons de bois et du lignite dans la couche 4 mière fois attestée. Aux Canalettes, (d'après Meignen, 1993). les restes de lignite ont été découv
erts dans tous les niveaux ; ils sont
toujours étroitement associés aux
logique abondant (outillage lithique et faune) a été zones de concentrations de charbons de bois classiques,
recueilli, traduisant une occupation importante et répét notamment dans la couche 4 où charbons de bois et
itive de cet abri situé en moyenne altitude. Les lignite ont fait l'objet d'un comptage exhaustif (fig. 1).
recherches effectuées jusqu'alors montrent que l'abri a Cette répartition spatiale, ainsi que les caractéristiques
été le siège d'activités multiples (exploitation des res anatomiques du lignite (Théry, 1993) confirment une
sources animales, fabrication et utilisation des outillages utilisation comme combustible. Ces lignites sont dispo
lithiques nécessaires à ces activités) et cela sur différentes nibles, à l'affleurement, dans les niveaux marneux à la
saisons (printemps, été, éventuellement début de l'a base des calcaires du Bathonien ; les données géomorp
hologiques confirment qu'ils étaient aisément accessutomne) (Patou-Mathis, 1993; Meignen, Brugal, 1993).
Les Moustériens des Canalettes ont donc utilisé, de façon ibles, sous forme de bancs noirs ligniteux, dans les val
répétitive et sur d'assez longues périodes, cet abri comme lées de la Dourbie et du Trévezel, à des distances de
un campement temporaire à partir duquel ce secteur des l'ordre de 10 km à vol d'oiseau, au nord de l'habitat
Causses a pu être exploité (Meignen et al, sous presse). (Théry et al, 1996).
Sur l'ensemble de la stratigraphie, les stratégies d'acquis La présence systématique de lignite dans tous les
ition des matières premières et les outillages lithiques niveaux nous a conduites à émettre plusieurs hypothèses
restent remarquablement constants, correspondant à un concernant l'origine de sa découverte par les
Moustérien de débitage Levallois (Meignen, 1996). Les Préhistoriques et surtout les motivations de son util
conditions environnementales favorisant les installations isation comme combustible (Théry, 1993 ; Théry et al
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1995, 1996) : nécessité due à un contexte végétal défavo Modalité 1 : foyers témoins, bois
rable ou bien choix d'un combustible supplémentaire,
recherché pour ses qualités spécifiques ? Dans un pre
mier temps, la recherche d'une nouvelle source de comb
ustible due à une pénurie de bois a été proposée
2 500 g comme hypothèse. Mais une étude expérimentale des
propriétés du lignite, couplée à une estimation de la bio Modalité 2 : ajout de lignite après allumage du feu
masse végétale disponible, nous a conduites à reconsidé
rer cette hypothèse et à proposer un nouveau modèle de
gestion des combustibles dans ce gisement (Théry-
Parisot, 1998).
~ * 500 g 2 000 g
Modalité 3 : ajout de lignite après extinction des flammes LE LIGNITE, APPROCHE EXPERIMENTALE
DE LA COMBUSTION
L'objectif de l'expérimentation n'est pas tant de défi
nir les propriétés combustibles du lignite, déjà connues, 2 000 g
à savoir un pouvoir calorifique bien supérieur à celui du
bois et la particularité de se consumer sans flammes, mais Fig. 2 - Combustions expérimentales lignite/bois : mode opératoire.
plutôt de chiffrer la relation entre la masse et la compos
ition des foyers et la durée des différentes phases de la
combustion. Sur la base de ces résultats, il est possible absolues de ce qu'ont pu être les durées réelles des
d'élaborer un modèle quantifié destiné à évaluer les combustions réalisées par les occupants de l'abri ; elles
besoins en combustible d'un groupe, sur des durées d'oc doivent être considérées en tant que telles.
Les expériences sont réalisées dans des petites cupation variables, et permettant d'évaluer les conditions
d'une éventuelle pénurie de bois. cuvettes de 50 cm de diamètre aménagées à même le sol
et bordées de pierres. Les foyers sont protégés au nord et
à l'est par un mur de 3 m de hauteur.
MODE OPERATOIRE Les combustibles utilisés sont :
• le lignite qui provient d'un gisement situé à proximité
L'expérimentation est réalisée en conditions dites du site des Canalettes, susceptible d'avoir été exploité par
les occupants de ce site ; naturelles, c'est-à-dire en plein air. Ce type d'expériences,
bien qu'étant le plus proche des conditions de combust • le bois, du Chêne pubescent (Quercus pubescens) sec,
ions réalisées au Paléolithique, présente néanmoins une bien calibré et refendu.
limite intrinsèque qu'il convient de rappeler. Il est imposs Le poids total de combustible est fixé à 2,5 kg et
ible de restituer lors de l'expérimentation l'ensemble des demeure invariable pour l'ensemble des combustions,
conditions climatiques qui régnaient au Paléolithique ; avec 2 kg de bois sec (à 12 % d'humidité) et 500 g de
d'abord parce que nous ne les connaissons pas précisé lignite.
ment, mais surtout parce qu'elles ont varié d'une Trois séries de combustions sont réalisées (fig. 2) :
combustion à l'autre. Or, les paramètres extrinsèques, tels • une première série de feux témoins composés de bois
que le vent, les pressions atmosphériques, les températ uniquement ;
• une série de foyers composés à l'allumage des deux ures ou encore l'humidité de l'air, ont une influence non
négligeable sur le déroulement de toute combustion. Il combustibles (bois et lignite) ;
s'en suit que les résultats de l'expérimentation, principa • une série de foyers dans lesquels le lignite n'est intro
lement en ce qui concerne les durées de la combustion, duit qu'à la fin de la phase de production de flammes
ne correspondent qu'à des valeurs approchées et non issues de la combustion du bois.
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Tabl. I - Analyse de la variance de la durée de combustion. minutes
300 -, Source * DDL S» des carrés Carré moyen », Test-F
250- Entre séries 2 19686,778 9843,389 33,001
4474,167 p = ,0001 Intra-série 15 298,278
Total 17 241 60,945 200-
Estimation de la variance entre composants (Model II) = 1590,852
150-
Intervalle de Groupe • Fréquence Moyenne r _ Écart-type ; 100- confiance
Série 1 6 10,198 221 4,163 50- Série 2 6 241,667 17,224 7,032
Série 3 6 299,167 22,23 9,075
0
série 2 série 3 1 série 1
Différence RSDde bois bois/lignite bois/lignite ajouté Comparaison. F de Scheffé t de Dunnett moyenne. ; Fisher en fin de flammes
Série 1 vs. Série 2 -20,667 21,256 2,148 2,073 braises flammes 21,256* 30,727* -78,167 7,839 Série 1 vs. Série 3 16,627* Série 2 vs. Série 3 -57,5 5,767
: significativement différent Fig. 3 - Durées des principales phases de combustion.
Chacune des expériences distinctes est répétée six prise. Seul le pouvoir calorifique, quantité de chaleur
fois, soit un total de dix-huit combustions. dégagée par la combustion complète d'un kilogramme
Compte tenu de l'incidence des paramètres extrin de combustible, est une caractéristique de ce combusti
sèques sur le déroulement d'une combustion en plein ble. La valeur du pouvoir calorifique du bois et du
air, trois types de mesures sont réalisés : lignite est bien connue, elle se situe autour de 4 500
• un anémomètre placé à proximité du foyer permet kcal/kg pour le bois anhydre et 7 000 kcal/kg pour le
d'enregistrer la vitesse du vent pendant tout le déroule lignite (Briane, Doat, 1985).
ment de la combustion ; les températures extérieures
ainsi que les pressions atmosphériques sont enregistrées
pour chaque combustion ; RESULTATS
• la durée totale de chaque combustion, principal objet
de l'étude, est enregistrée ; une distinction est faite entre Pour un même poids total de combustible (2,5 kg),
la durée de production des flammes et la phase d'incan la durée totale des combustions varie de 3 h 50 à 5 h 40,
descence ; soit de 110 mn. L'analyse de la variance permet de
• à l'issue de chaque combustion, la masse résiduelle de déterminer laquelle (ou lesquelles) des variables
bois et de lignite est pesée. « série, vitesse du vent, température extérieure et
pression atmosphérique » est responsable de ces écarts Les températures de combustion ne sont volontair
ement pas mesurées. La température de combustion n'est de durée. Nous avons observé une très forte corréla
pas une caractéristique du combustible, elle varie de 0 à tion entre la variable « série » et la durée totale de la
2 000 °C en moyenne, en fonction des facteurs extrin combustion (R=0,92). En effet, 83,8 % de la variance de
sèques de la combustion (vent, pression atmosphérique, la durée est expliquée par cette variable. La vitesse du
températures de l'air), de l'endroit où la mesure est réa vent, les températures extérieures et la pression atmo
lisée (à l'intérieur du combustible, dans la flamme, dans sphérique sont rejetées par le test, ce qui signifie que ces
les braises) et de l'instant précis auquel la mesure est paramètres ne font pas varier significativement, dans le
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contexte précis de l'expérimentation, la durée de la flammes, ce dernier prend le relais de la combustion des
résidus de bois. Ainsi, la durée totale moyenne augmente combustion. Au cours de nos expériences, toutes réali
sées au cours de la même journée, ces paramètres ont de 1 h 18 par rapport à un foyer composé de bois uni
effectivement peu varié en amplitude. Ceci ne signifie quement. Cette augmentation s'exprime essentiellement
par une longue phase d'incandescence des braises qui pas, en revanche, qu'ils n'ont pas d'effet global sur la
durée totale d'une combustion. C'est donc réellement dépasse de plus de 1 h 30 celle d'un foyer simple. Il est
l'organisation du foyer (ordre dans lequel sont introduits vraisemblable qu'en continuant d'apporter régulièr
les combustibles) qui détermine, ici, la durée totale de la ement du lignite au sein des braises incandescentes, il
soit possible d'entretenir très longtemps un feu couvant combustion.
Ainsi les durées moyennes de la combustion (depuis comprenant au départ très peu de bois. Une utilisation
l'allumage jusqu'à l'extinction) varient significativement contrôlée de lignite permet de ce fait une limitation
du stock de bois nécessaire, pour une même durée de d'un cas à l'autre, au seuil de 95 % (tabl. la, Ib) :
• série 1 (bois uniquement) : 221 mn ±10 minutes ; fonctionnement.
Les caractéristiques de combustion du lignite, c'est- • série 2 (bois et lignite) : 242 mn ±17 minutes ;
• série 3 (bois et lignite en fin de flammes) : 299 mn à-dire une combustion sans flammes et une phase active
± 22 minutes. et longue d'incandescence des braises, permettent de
Un foyer composé de bois uniquement se consume en préciser ses potentialités fonctionnelles. Dans un foyer, le
moyenne moins longtemps qu'un foyer mixte bois- transfert de chaleur est assuré par trois processus phy
lignite. Toutefois, les tests statistiques montrent que les siques fondamentaux (Théry-Parisot, 1998) : la convec
différences ne sont significatives que si le lignite est intro tion (qui consiste en un mouvement mécanique des
duit à la fin de la phase de distillation des gaz (flammes) masses d'airs), le rayonnement (dû aux flammes) et la
(tabl. le). La durée moyenne des séries 1 et 2 n'est pas conduction (due aux braises). Ainsi, chaque combust
discriminée (test de Fisher, test de Scheffé). Ces deux ible, en privilégiant l'un ou l'autre de ces modes de
séries ont donc un comportement équivalent, y compris transfert, est adapté à une fonction spécifique du foyer.
pour ce qui concerne la durée des deux séquences prin Le lignite, en privilégiant la conduction et la convection,
cipales (flammes-braises) (fig. 3). permet par exemple un transfert de chaleur efficace à
L'augmentation de la durée moyenne de la combust travers des solides opaques. L'augmentation de la durée
ion s'exprime essentiellement au cours de la phase d'i totale de la combustion réduit certes la capacité énergé
ncandescence des braises, mais uniquement lorsque le tique du lignite, qui, rapporté à une unité de temps,
lignite est introduit à la fin de la phase de distillation des prendra une valeur proche de celle du bois (respec
gaz provenant du bois. Pour un même poids total de tivement 23 kg/cal/mn et 18 kg/cal/mn), mais aug
combustible, l'ajout de lignite en fin de flammes ne réini mente sa puissance, c'est-à-dire sa capacité à élever
tialise pas cette première phase, mais augmente de près la température d'un corps. L'utilisation du lignite est
de 1 h 30 la phase d'incandescence. ainsi idéale pour la transformation des matières pre
mières et la cuisson indirecte. À l'inverse, sa combustion
sans flammes en fait un combustible inapproprié
INTERPRETATION pour l'éclairage, par exemple. Le lignite ne peut donc
constituer un substitut à part entière du bois dans la
La présence de lignite dans un foyer entraîne une mesure où son utilisation est limitée à quelques fonctions
augmentation de la durée totale de la combustion. des foyers. L'utilisation répétée de lignite dans le site des
Cette est subordonnée au moment précis Canalettes relève-t-elle alors d'une « contrainte » de l'e
de l'apport en lignite. Si celui-ci est réalisé en début de nvironnement, en relation avec une pénurie de bois, ou
combustion, les gaz combustibles du lignite sont évaporés bien d'un usage préférentiel de ce combustible pour ses
pendant la première phase (flammes) sans améliorer la propriétés spécifiques ? Une étude quantifiée de la rela
durée de ces dernières par rapport à un simple feu de tion entre la biomasse végétale disponible et les besoins
bois ni la période postérieure d'incandescence. En des occupants du site permet de proposer une réponse à
revanche, si l'apport en lignite est réalisé en fin de cette question.
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5r
73 + 6000 500
409
1100
0 20 40 60 80 0 10 10 20 20 20 10 0 20 (%)
inférieur à 1 %
Fig. 4 - Diagramme anthracologique du site moustérien des Canalettes (d'après Théry-Parisot, 1998).
SIMULATION DE LA CONSOMMATION n'ont pas opéré de sélection fondée sur l'espèce dans
l'environnement. Par ailleurs, les occupations des difféEN BOIS PAR LES OCCUPANTS DU SITE
rents niveaux ont été suffisamment longues ou répétées
Plusieurs facteurs permettent d'évaluer les conditions pour offrir à l'analyse anthracologique les moyens d'une
d'une éventuelle pénurie de bois, potentiellement « re étude paléoécologique précise (Chabal, 1997).
sponsable » de l'utilisation du lignite. Schématiquement, Le diagramme présente une dyna
ces facteurs se regroupent en deux catégories : les fac mique cohérente dans l'évolution des fréquences des
teurs dits naturels, qui déterminent les ressources du différents taxons, plaidant en faveur de transformations
progressives du milieu végétal, sous l'effet. de chanmilieu (bois disponible) , et les facteurs spécifiques au site
étudié (en particulier les activités domestiques), qui gements climatiques, mais évoquant toujours des
conditionnent les besoins en combustible. Les données conditions tempérées (Vernet, 1993 ; Théry-Parisot,
quantifiées associées à chacun de ces paramètres sont 1998). L'assemblage anthracologique traduit, dans
issues de différentes sources : l'expérimentation sur la un premier temps (couche 4), un milieu dans lequel
les espèces montagnardes dominent largement combustion, les valeurs estimées de la biomasse végétale
disponible sur la base des données anthracologiques et, (Pins, Bouleaux), suggérant l'existence de conditions
enfin, les observations archéologiques. En faisant varier assez froides et sèches. Progressivement, les éléments
chacun de ces facteurs, il est possible de définir le seuil mésophiles investissent le milieu (Chênes à feuillage
de déséquilibre entre les ressources en bois du milieu caduc, Buis, Rosaceae), alors que la fréquence des taxons
naturel et les besoins du groupe et ainsi de déterminer montagnards régresse. Le niveau 3 apparaît alors comme
les conditions d'une éventuelle pénurie de bois. un niveau de transition. L'assemblage du niveau 2
rappelle la série mixte du Pin sylvestre et du
Chêne pubescent dans laquelle le Pin domine, mais les
LA BIOMASSE VÉGÉTALE DISPONIBLE éléments mésophiles sont très bien représentés. Cet
assemblage évoque des conditions tempérées, légèr
L'évaluation de la biomasse végétale disponible ement plus fraîches que les actuelles. L'étude
(fig. 4), pour chaque niveau d'occupation, découle de de la faune montre une évolution similaire de la fr
l'interprétation paléoécologique des charbons de bois, équence des espèces de milieux tempérés et de milieux
abondants dans ce gisement et ayant une bonne représ ouverts, à l'exception de la couche 2 qui apparaît un peu
entativité. En effet, la très forte cohérence écologique plus fraîche tant aux vues de la faune que de la flore
de l'assemblage montre que les hommes des Canalettes (Brugal, 1993).
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• 81 tonnes de bois (strate arborée et arbustive), si tout Les organismes spécialisés dans l'étude des écosys
tèmes forestiers étudient la biomasse végétale de diffé est exploité ;
rents peuplements. La valeur estimée de la biomasse di • 24 tonnes de bois, si seuls les éléments de faible dia
sponible dans les milieux forestiers actuels d'Europe mètre sont exploités (branches et strate arbustive) ;
• 36 tonnes de bois, si seule la nécromasse est exploitée occidentale varie de 200 tonnes de matière sèche par hect
are, en moyenne, pour les forêts caducifoliées, à 100 t/ha (bois mort) .
La couche 4 a été volontairement sous-évaluée, afin de dans le sud de la forêt boréale, aux limites septentrionales
où l'on passe à la toundra arborée (Ozenda, 1994). Les tester les conditions limites. C'est un milieu très ouvert
formations végétales identifiées dans les différents niveaux comportant : 1 tonne de bois par hectare si l'ensemble
des Canalettes se rapportent très largement, par leur comp du bois est exploité ; 319 kg/ha si seuls les branchages
osition spécifique, à ces formations actuelles qui peuvent sont exploités.
ainsi servir de base aux calculs de la biomasse disponible.
Dans de tels milieux, la biomasse est répartie ainsi
LES COMBUSTIBLES (Duvigneaud, 1980) :
• strate arbustive 5,7 % ;
• bois 75 % (correspondant à 24,4 % de branches et Deux combustibles ont été identifiés dans les diffé
rentes couches : le bois, dont une petite proportion de 75,6 % de troncs) ;
• parties souterraines : 17 % ; bois mort (Théry-Parisot, 1998), et le lignite. D'après nos
• reste (feuilles, fruits, strate herbacée) : 2,3 % ; expériences, nous savons que la masse de combustible
• 36 % de la biomasse de cette formation est morte (bois pour une heure de fonctionnement d'un foyer corre
spond à : mort) .
La productivité moyenne d'une forêt est de 17 à • 880 g de bois sec ;
18 t/ha/an. • ou 2 140 g de bois mort ; le bois dégradé (bois mort) a
Nous avons pris en considération trois cas correspon une durée de combustion totale qui représente 40 % de
dant respectivement à l'évaluation de la biomasse des la durée de la du bois sain ;
couches 2, 3 et 4 des Canalettes. Parallèlement, différents • ou 500 g de combustibles mixtes bois et lignite.
modes de gestion du milieu forestier sont pris en compte
puisqu'ils déterminent également la biomasse par hec
tare : une gestion exhaustive du bois sur pied, impliquant LA SPECIFICITE DU SITE
l'abattage du bois ; une collecte des éléments de faibles
diamètres, c'est-à-dire des branchages et des arbustes ; et L'évaluation des besoins énergétiques d'un grou
enfin une collecte exclusive du bois mort. pe repose en partie sur la connaissance de caractéris
La couche 2 tiques propres à ce groupe. Or, la taille du groupe, la
II s'agit d'un milieu relativement fermé, comparable à durée d'occupation du site, le nombre réel de foyers,
la série mixte du Pin sylvestre et du Chêne pubescent, ainsi que la durée quotidienne de fonctionnement d'un
comportant une biomasse totale de 200 tonnes par hect foyer, demeurent des données inconnues en archéologie.
are, dont : Il est toutefois possible de faire varier ces différents para
• 162 tonnes de bois (strate arborée et arbustive), si tout mètres en les bornant à chaque extrémité par des valeurs
est exploité ; vraisemblables. Cette simulation est d'autant plus réali
• 48 tonnes de bois, si seuls les éléments de faible dia sable que notre propos n'est pas de quantifier la consom
mètre sont exploités (branches et strate arbustive) ; mation en combustible mais de définir des seuils de
• 72 tonnes de bois, si seule la nécromasse est exploitée consommation au-delà desquels les groupes sont
(bois mort) . confrontés à une pénurie de bois.
Les couches 3 et 4 Le site des Canalettes semble avoir fonctionné comme
Elles correspondent à un milieu de transition un campement saisonnier assez important, occupé de
comportant une biomasse totale de 100 tonnes par façon répétitive (Patou-Mathis, 1993 ; Meignen, Brugal,
hectare, dont : 1993). Nous considérons que, pour un tel site, la durée
Galha Préhistoire, 42, 2000, p. 45-55 © CNRS EDITIONS, Paris, 2001 Isabelle Théry-Parisot et Liliane Meignen 52
Tabl. II — Masse de combustibles nécessaires SIMULATION
par heures de fonctionnement.
Étant donné que la présence de lignite dans un foyer
poids de bois/lignite poids de bois mort entraîne une augmentation de la durée de la combust
ion, la réalisation de combustions mixtes lignite/bois
50 25 44 107 réduit significativement la masse de combustible nécess
100 50 88 214 aire à l'approvisionnement d'un groupe : de 43 % par 75 132 321 150
200 100 176 428 rapport à l'utilisation de bois sain et de 76 % par rapport
150 264 642 300 à la collecte de bois mort. La masse de combustible 200 352 856 400 nécessaire est donc très largement dépendante de la 234 411 999 467
440 1 070 500 250 nature du combustible utilisé.
528 1 284 600 300 D'après nos estimations, dans des conditions d'oc700 350 616 1 498
cupation du site jugées optimales (pendant six mois, avec 704 800 400 1 712
900 450 792 1 926 quatre foyers fonctionnant en continu, soit
1000 500 880 2 140 17 472 heures), la consommation en bois serait de 1136 568 1 000 2 431
37 tonnes de bois mort ou de 15 tonnes de bois sain. 4 000 2 000 3 520 8 560
5 000 2 500 4 400 10 700 Si l'on rapporte ces valeurs à une aire d'approvi10 000 5 000 8 800 21 400 sionnement, en tenant compte de la biomasse réell15 000 7 500 13 200 32 100
8 736 15 375 37 390 17 472 ement disponible dans chacun des milieux ainsi que du
35 000 17 500 30 800 74 900 mode de collecte, nous constatons que le mode de ges
tion du bois (abattage du bois sur pied, des branchages
ou collecte du bois mort) fait réellement varier l'aire
d'approvisionnement (fig. 5). La collecte du bois mort
s'exerce toujours dans un rayon 2 plus large, d'une part cumulée des occupations successives, au cours d'une
parce que le bois mort est moins abondant que la biomême année, varie de 1 à 6 mois.
Le nombre de foyers identifiés dans chaque niveau est masse sur pied et, d'autre part, parce qu'il se consume
toujours inférieur à 2. Nous faisons varier le nombre de plus rapidement que le bois sain. Néanmoins, le rayon
foyers de 1 à 4 en considérant que certains foyers n'ont maximal de Taire d'approvisionnement n'excède pas
pas laissé de trace identifiable. 611m.
Si l'on considérait une occupation sédentaire du site, Enfin, le nombre potentiel d'heures de fonctionne
ment quotidien d'un foyer varie de 1 à 24 heures. des besoins en bois mort très largement surévalués, dans
Le cumul de la durée annuelle d'occupation du gis un milieu type 3 lui-même sous-évalué, le
ement, du nombre de foyers et du nombre d'heures quo rayon d'approvisionnement en bois n'excéderait jamais
900 mètres, sans même prendre en compte la producttidiennes de fonctionnement de chaque foyer revient à
faire varier le nombre total d'heures de fonctionnement ivité annuelle de ce boisement. Cela signifie donc que,
d'un foyer de 30 heures annuelles (1 foyer, 1 heure de même dans des conditions extrêmes (occupations très
fonctionnement quotidien, 1 mois d'occupation) à longues, milieu le plus défavorable), l'approvisio
17 472 heures (4 foyers, 24 heures de fonctionnement nnement en bois reste possible dans un faible rayon
quotidien, 6 mois d'occupation). La masse nécessaire de autour du site. Il est bien entendu que cette aire
chaque combustible (bois sain, bois mort et combustions d'approvisionnement circulaire n'est qu'une représent
mixtes bois sain/lignite) est donc calculée pour une ation théorique (graphique) du territoire de récolte.
variation de 30 à 17 472 heures de fonctionnement La topographie locale influence sans aucun doute la
annuel1 (tabl. II). répartition de la végétation boisée (plus large dévelop
pement sur l'ubac et dans les canaules), et l'aire réelle
1. Avec masse totale de combustible = (masse de C/l h) x nombre d'h 2. Base du calcul : R = (poids de bois x 10 000) / (poids de bois/ha) /
total. 3,14.
Gallia Préhistoire, 42, 2000, p. 45-55 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2001 l
Economie des combustibles dans l'abri des Canalettes 53
rayon en mètres
600
500
400
300
200
100
0
milieu 1 milieu 2 milieu 3
— — — tout le bois branchages bois mort
Fig. 5 — Estimation du rayon de l'aire de collecte.
d'approvisionnement peut prendre ainsi des formes «' ; aire optimale d'approvisionnement en bois @ gîte de quartz
quelque peu différentes de la représentation schémat
l aire d'approvisionnement en matières premières © gîte de chaille ique que l'on en fait. Dans tous les cas pourtant, les dis
tances d'approvisionnement en bois restent bien infé "if affleurements de lignite fH altitude > 800m
rieures à celles habituellement parcourues par les
hommes des Canalettes pour la collecte des matières pre Fig. 6 - Territoire d'approvisionnement en combustibles
mières (Meignen, 1993). et autres matières premières.
L'UTILISATION DE LIGNITE : nous constatons que le territoire d'approvisionnement
en bois représentait toujours un rayon d'action faible, CONTRAINTE OU GESTION
compris entre 17 et 600 m environ, quelles que soient les DIFFÉRENCIÉE DES COMBUSTIBLES ?
pratiques de la collecte. L'utilisation du lignite ne pouv
La réalisation de combustions mixtes, en augmentant ait alors être motivée ni par une pénurie de bois, ni par
la durée de la combustion par l'ajout de lignite, entraîne la réduction du territoire d'approvisionnement, d'autant
une diminution sensible de la masse totale de combust moins que les affleurements de lignite se situent à des dis
ible nécessaire à l'approvisionnement d'un groupe ; tances de l'ordre de 8 à 10 km du site à vol d'oiseau
cette pratique permet alors corrélativement de réduire (fig. 6). En l'absence de contrainte de type environne
globalement les distances parcourues pour la récolte des mentale, il devient presque légitime de penser que les
combustibles « bois » et « lignite » étaient soigneusement combustibles (et donc de diminuer le temps consacré à
cette activité) et de pallier une éventuelle pénurie de choisis d'après la fonction du foyer. Conformément à ses
propriétés, le lignite aurait alors été réservé préférentiel- bois.
Dans le cas des Canalettes, nous avons montré que, au lement à la transformation de matières premières néces
cours des différentes occupations de l'abri, la biomasse sitant un bilan de chaleur élevé et durable, à la cuisson
disponible suffisait toujours largement à l'approvisionn indirecte sans flammes ou à l'entretien du feu.
ement des groupes, quels qu'aient été le mode de gestion Sans éluder cette dernière hypothèse, il convient
du bois et l'intensité des activités liées au feu. Par ailleurs, néanmoins de préciser que l'utilisation du lignite,
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