En marge des unités d'habitation d'Étiolles : les foyers d'activité satellites - article ; n°1 ; vol.34, pg 85-140

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Gallia préhistoire - Année 1992 - Volume 34 - Numéro 1 - Pages 85-140
Le gisement magdalénien d'Étiolles se caractérise par l'existence de plusieurs types de structures d'habitat. A proximité de riches unités d'occupation, interprétées comme des habitations, ont été découvertes d'autres structures qui associent également un foyer avec des concentrations de silex taillés mais sont beaucoup plus pauvres en vestiges. Trois d'entre elles sont étudiées dans cet article et une interprétation fonctionnelle en est proposée. Elles apparaissent comme des aires d'activité non étroitement spécialisées, complémentaires des habitations. Au-delà de l'étude de ces unités satellites, il s'agit de comprendre l'organisation spatiale des activités dans un campement magdalénien et la réalité socio-économique qui la sous-tendait.
Several types of living structures characterize the magdalenian site of Étiolles. Close to rich living areas which are interpreted as dwellings, other activity areas have been discovered. They also consist of a hearth with flaked flint concentrations but with very few artefacts. In this paper, three of them are studied and a functional interpretation is proposed. They appear as slightly specialized activity areas and complementary to dwellings. Besides the study of these satellite units, the question is to understand spatial organization of activities in a magdalenian settlement and thereby the underlying social-economical reality.
56 pages
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Monique Olive
En marge des unités d'habitation d'Étiolles : les foyers d'activité
satellites
In: Gallia préhistoire. Tome 34, 1992. pp. 85-140.
Résumé
Le gisement magdalénien d'Étiolles se caractérise par l'existence de plusieurs types de structures d'habitat. A proximité de riches
unités d'occupation, interprétées comme des habitations, ont été découvertes d'autres qui associent également un
foyer avec des concentrations de silex taillés mais sont beaucoup plus pauvres en vestiges. Trois d'entre elles sont étudiées
dans cet article et une interprétation fonctionnelle en est proposée. Elles apparaissent comme des aires d'activité non étroitement
spécialisées, complémentaires des habitations. Au-delà de l'étude de ces unités satellites, il s'agit de comprendre l'organisation
spatiale des activités dans un campement magdalénien et la réalité socio-économique qui la sous-tendait.
Abstract
Several types of living structures characterize the magdalenian site of Étiolles. Close to rich living areas which are interpreted as
dwellings, other activity areas have been discovered. They also consist of a hearth with flaked flint concentrations but with very
few artefacts. In this paper, three of them are studied and a functional interpretation is proposed. They appear as slightly
specialized activity areas and complementary to dwellings. Besides the study of these satellite units, the question is to
understand spatial organization of activities in a magdalenian settlement and thereby the underlying social-economical reality.
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Olive Monique. En marge des unités d'habitation d'Étiolles : les foyers d'activité satellites. In: Gallia préhistoire. Tome 34, 1992.
pp. 85-140.
doi : 10.3406/galip.1992.2298
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1992_num_34_1_2298EN MARGE DES UNITÉS D'HABITATION D'ÉTIOLLES
LES FOYERS D'ACTIVITÉ SATELLITES
par Monique OLIVE
Résumé
Le gisement magdalénien d'Étiolles se caractérise par l'existence de plusieurs types de structures d'habitat.
A proximité de riches unités d'occupation, interprétées comme des habitations, ont été découvertes d'autres
structures qui associent également un foyer avec des concentrations de silex taillés mais sont beaucoup plus
pauvres en vestiges. Trois d'entre elles sont étudiées dans cet article et une interprétation fonctionnelle en est
proposée. Elles apparaissent comme des aires d'activité non étroitement spécialisées, complémentaires des
habitations. Au-delà de l'étude de ces unités satellites, il s'agit de comprendre l'organisation spatiale des
activités dans un campement magdalénien et la réalité socio-économique qui la sous-tendait.
Abstract
Several types of living structures characterize the magdalenian site ofÉtiolles. Close to rich living areas which are
interpreted as dwellings, other activity areas have been discovered. They also consist of a hearth with flaked flint
concentrations but with very few artefacts. In this paper, three of them are studied and a functional interpretation is
proposed. They appear as slightly specialized activity areas and complementary to dwellings. Besides the study of
these satellite units, the question is to understand spatial organization of activities in a magdalenian settlement and
thereby the underlying social-economical reality.
Mots-clefs : Bassin Parisien, Étiolles, Magdalénien, structure d'habitat, campement, remontages.
Key-words : Paris Basin, Étiolles, Magdalenian, living structure, settlement, refitting.
Dans les présentations antérieures du site grandes structures d'habitat interprétées comme des
d'Étiolles, l'accent a souvent été mis sur la diversité unités d'habitation1. Ces analyses s'appuient sur les
des structures d'habitat. Cette absence d'uniformité produits d'activités particulièrement bien représen
a été perçue très tôt, dès les premières années qui ont tées : le débitage d'une part, l'aménagement et l'en
suivi la découverte du gisement, car elle était immé tretien des foyers d'autre part. Un modèle social, qui
diatement visible dans la manière dont les foyers met en jeu des règles à la fois dans le mode d'occupat
étaient aménagés, dans la densité et la répartition ion de l'espace domestique et dans la gestion des
des concentrations de silex, dans la présence ou l'ab ressources lithiques, a été proposé (Pigeot, 1987).
sence d'un cercle de grosses pierres, d'une nappe
d'ocre. Elle apparaît comme un trait marquant de ce
1. Deux ont fait l'objet de publications : l'unité d'habisite magdalénien. tation U5 (Pigeot, 1987) et l'unité d'habitation P15 (Olive, Les premières recherches importantes 1988). L'étude de deux autres unités est en cours d'achève
accomplies sur Étiolles ont eu pour objet l'étude de ment.
Gallia Préhistoire, 1992, tome 34, p. 85-140. 86 MONIQUE OLIVE
C'est dans cette double problématique — étude Cette orientation de la recherche vers l'analyse
des campements magdaléniens et des comportements des structures les plus imposantes correspond en fait
de groupes de chasseurs dans une perspective évoluà une réalité dans l'historique des fouilles à Étiolles :
tive — que s'inscrivent les recherches actuelles à les premières années d'exploitation ont été marquées
Étiolles. Un travail collectif, en cours de publication, par la découverte d'unités d'occupation très riches
prend en compte la dimension temporelle : il permetten témoins lithiques, clairement structurées, caracté
ra la comparaison entre la structure d'habitat S27/ risées pour la plupart par un cercle de dalles entou
Q31, actuellement la plus récente du gisement, et rant une structure de combustion, souvent de dimens
l'unité d'habitation U5, une des plus anciennes et ion imposante, et par des amas de silex épais et
déjà étudiée3. nettement circonscrits. A partir de la fin des années
Le but de cet article est de présenter quelques 1970, la mise au jour d'autres unités, beaucoup
unités d'occupation qui ont une spécificité les distimoins riches en témoins et nettement moins éten
nguant des unités d'habitation et d'en proposer une dues, a révélé l'existence de plusieurs types de struc
interprétation fonctionnelle. Au-delà, nous aimerions tures d'habitat.
aussi comprendre comment s'articulaient les difféLa seconde décennie des fouilles a donc offert de
rentes activités réalisées à l'intérieur d'un campenouvelles perspectives de recherche. En effet, les
ment magdalénien (du moins celles qui ont laissé des découvertes s'accumulant, la surface décapée deve
nant, de plus en plus importante, le gisement traces tangibles) et quelle réalité socio-économique
sous-tendait cette organisation spatiale des activités. d'Étiolles offre désormais la possibilité d'élargir le
cadre de l'analyse au-delà des limites du territoire
domestique proche de l'habitation et de rechercher
des relations synchroniques entre plusieurs LA SPÉCIFICITÉ DES PETITES UNITÉS
ensembles. C'est l'étude du campement, réunissant à D'OCCUPATION
la fois des habitations et des aires d'activité diverses,
qui fait l'objet des études en cours et à venir. De Nous avons déjà évoqué (Olive, Pigeot, Taborin,
plus, l'existence d'une stratigraphie relativement 1988; Olive, 1989; Coudret et al., sous presse) l'exi
complexe montre que le site d'Étiolles fut un lieu stence d'un certain nombre de petites structures d'ha
coutumier, fréquenté par un ou plusieurs groupes bitat, associant un foyer avec une concentration plus
magdaléniens, qui, à différentes reprises, ont établi ou moins étendue de silex et ayant en commun les
là leurs campements. Il est donc permis d'envisager caractéristiques suivantes :
une étude globale de plusieurs niveaux d'occupation • une situation particulière dans le gisement : dans une perspective diachronique. elles sont toutes concentrées dans la partie sud-est de Par ailleurs, il s'agit aussi de proposer un la zone décapée, proche du ru des Hauldres, petit modèle explicatif prenant en compte la variabilité affluent de la Seine qui coule à proximité de la des structures d'habitat dans le temps et dans l'e fouille. Dans cette zone, l'action de ce cours d'eau se space. On doit, en effet, s'interroger sur la significa fait davantage sentir dans le modelé du paléorelief et tion de cette variabilité et sur les facteurs qui en sont les couches alluviales suivent un pendage beaucoup la cause. Ceux-ci peuvent être multiples, d'ordre plus accentué que dans la moitié ouest de la surface fonctionnel, temporel, inhérents à la société magdal fouillée. Ainsi, des foyers ont été aménagés à proxi
énienne, ou liés à des contraintes extérieures, env mité du cours d'eau, sur un sol parfois assez fortironnementales. On peut également se demander si ement déclive, certains même sur la berge fossile du cette diversité apparente dans l'organisation des ves ruisseau des Hauldres (fig. 1) ; tiges est l'expression matérielle d'une pluralité ou • une quantité de silex modeste comparatived'une évolution des traditions culturelles ou si, au ment à celle livrée par les unités d'habitation : d'une contraire, elle masque une certaine stabilité des centaine à près de 5000 produits contre plus
comportements. En particulier, le modèle d'occupa
tion de l'espace et de gestion sociale des ressources
lithiques mis en évidence dans les habitations déjà
étudiées est-il applicable à d'autres unités du gis pas livré suffisamment de vestiges osseux pour permettre une ement2? étude comparative entre plusieurs unités.
3. Ce travail, coordonné par N. Pigeot, a été réalisé dans
le cadre de travaux universitaires de l'Université de Paris I.
2. A Étiolles, seules les ressources lithiques peuvent être Un premier compte rendu en a été effectué au colloque de
étudiées. Après vingt ans de fouilles, le gisement n'a toujours Valbonne sur la technologie lithique (Pigeot et al., 1991). FOYERS D'ACTIVITÉ SATELLITES D'ÉTIOLLES 87
foyer satellite
^^ foyer d'habitation Fig. 1 — Répartition des foyers appartenant aux
© M. Olive : Ch. Boujot 1991 unités d'habitation et aux petites unités d'occupation.
. l'absence systématique d'une quelconque dizaine de milliers de silex taillés pour les unités
d'habitation (tabl. I); organisation pierreuse (cercle ou alignement de
• en corollaire, une surface d'occupation dalles) comme celles retrouvées dans certaines unités
d'habitation (Wll, U5, Q/R5) qui marquent au sol réduite : d'une dizaine à une trentaine de mètres car
rés, alors que la superficie du territoire domestique les limites ou la division interne de la tente.
des unités d'habitation n'est jamais inférieur à 70 m2 Dans l'état actuel des fouilles, ces structures et dépasse le plus souvent la centaine de mètres car d'habitat, telles qu'elles viennent d'être définies, rés (jusqu'à 180 m2 pour l'unité Wll); sont au nombre de huit, situées à des niveaux dif• l'absence d'ocre en nappe : dans toutes les férents de la stratigraphie du gisement. Elles sou
unités d'habitation nous avons noté la présence de lèvent des questions sur la signification de leur origi
taches résiduelles, assez étendues quoique souvent nalité par rapport aux unités d'habitation, sur la délavées, à proximité du foyer. Les seuls points nature des relations qu'elles ont pu avoir avec
d'ocre retrouvés dans certaines petites unités sont celles-ci. Se pose également le problème de la simili
des traces limitées, repérables seulement sous des tude de leur fonction : bien que présentant des
objets, pierre ou produit de débitage. caractères récurrents, toutes ces petites unités n'ap
D'autres traits peuvent également servir, dans paraissent pas a priori (il en est de même pour les
une moindre mesure, à la définition de ces structures habitations) comme la copie en plusieurs exemplaires
d'habitat car ils ne leur sont pas spécifiques ou n'ont d'un même modèle.
pas de caractère systématique : Plusieurs hypothèses ont déjà été avancées
• des foyers variés mais, en général, pauvres en quant à leur fonction, simplement déduites de ces
pierres et peu structurés ; deux cas font exception observations générales. La quantité relativement
(les unités P27 et N26, récemment découvertes, limitée de silex, l'absence d'une organisation structu
caractérisées par un foyer, couvert de pierres et cla rée de l'espace, d'ocre pourraient révéler
une occupation de courte durée. On serait donc en irement aménagé) ; MONIQUE OLIVE
Tabl. I — Données quantitatives des petites unités l'utilisation d'outils en silex. Toutefois, la démarche
d'occupation. suivie pour aboutir à cette déduction demande quel
ques explications supplémentaires.
Il est désormais acquis que les remontages de Surface Total Poids Outils Unités Nucleus en m2 silex façonnés en kg silex offrent de riches possibilités interprétatives en
ce qui concerne l'intégration spatio-temporelle des 016 20 4000 94 13 31
activités de taille dans des sites de plein air comme J18 > 16 1041 6,5 6 1(?) Étiolles où le mode d'enfouissement des vestiges est
G13 16 9 3 4 677 faiblement perturbateur et où des sols archéolo
giques peuvent être individualisés. Dans ces condiP27 une dizaine 258 ? 4 0
tions de conservation particulièrement favorables, il N27 une douzaine as 150 ? 0 0
est tout à fait possible de reconnaître des lieux de 35 as 10 ^50 K12 ^4700 ? travail (débitage des nucleus, façonnage et réaffû
tage des outils...) et des lieux de rejet. Les moyens
de cette reconnaissance et les limites de l'interpréta
tion ont déjà été développés dans des publications
présence de vestiges de haltes brèves qui n'auraient antérieures (Pigeot, 1987 ; Baffler et al., 1982).
pas nécessité la construction d'un abri ou seulement Dans les unités étudiées, on a pu identifier les
celle d'une structure de protection légère. Une autre postes de débitage grâce aux indices suivants :
hypothèse possible est celle de foyers satellites d'uni • la relative organisation des déchets de taille en
tés d'habitation, à vocation spécialisée ou non. fonction des opérations de débitage (lorsque celles-ci
L'étude de trois d'entre elles, les unités G13, J18 et ont fourni un nombre assez élevé de déchets) ;
016, oriente l'interprétation vers la seconde proposi . la configuration en arc de cercle de la nappe de
tion. déchets appartenant à un même débitage.
Ce mode de répartition des déchets est part
iculièrement net dans l'unité 016. Des trois unités MÉTHODOLOGIE étudiées, elle est la plus riche en produits lithiques et
on y retrouve des nucleus suffisamment grands pour L'analyse de ces unités d'occupation repose avoir donné lieu à un débitage organisé, producteur essentiellement sur l'interprétation des remontages de déchets nombreux et de dimension parfois importde silex qui fournissent des données techno-écono ante. La quasi-totalité des produits sont restés sur miques et spatiales. Ces informations permettent leur lieu de taille, y compris les nucleus la plupart du d'affirmer que : temps. Les rares pièces isolées de l'ensemble des
• ces structures d'habitat correspondent à des déchets correspondent soit à des produits laminaires,
lieux d'activité de débitage et, parfois, de réaffûtage soit à des éclats utilisés ou potentiellement util
des outils, et non à des aires de rejet. En réalité, isables (fig. 2).
l'apport des remontages consiste plutôt dans ce Quand les remontages regroupent peu d'él
cas-là à asseoir une hypothèse qu'à fonder une inter éments ou quand les produits raccordés sont de petite
prétation originale. En effet, la présence d'un foyer dimension, les dépôts sont spatialement moins expli
d'une part et l'association étroite entre ce foyer et cites (c'est le cas, par exemple, des débitages de
des concentrations de silex d'autre part suggéraient petits nucleus sur éclats de l'unité G13) : la configu
déjà l'idée que ces unités furent des lieux où les Mag ration en arc de cercle de la nappe de déchets autour
daléniens ont taillé ; de la position supposée du tailleur n'est pas toujours
• ces foyers ont entretenu des rapports très visible ; toutefois, le regroupement des déchets selon
étroits avec des unités d'habitation, démontrés par les différentes phases de débitage atteste une exploi
la circulation de nombreux produits. tation sur place. Ainsi, en faisant intervenir plusieurs
critères spatiaux (le regroupement des produits de Il ressort de ces données que ces unités d'oc
cupation peuvent être interprétées comme des aires débitage, leur répartition selon les opérations tech
niques, la configuration du dépôt) nous avons pu d'activité satellites, contemporaines de structures
identifier les concentrations de silex et repérer les d'habitation. Ces foyers, aménagés en dehors de l'e
space de fréquentation maximum, à savoir la tente et lieux de taille dans ces petites unités.
La réalisation de raccords de silex entre pluson pourtour immédiat, ont attiré un certain nombre
d'activités comme la taille et des travaux requérant sieurs aires spatialement distinctes constitue, avec la D'ACTIVITÉ SATELLITES D'ETIOLLES 89 FOYERS
Q
P) poste de débitage [_J zone de concentration des produits du débitage
■ nucleus • éclats ou fragments d'éclats situés hors de la zone de concentration
— lames ou de lames situés hors de la zone de
Fig. 2 — Distribution des produits du débitage du nucleus N14-169 dans l'unité d'occupation 016. 90 MONIQUE OLIVE
caractérisation des concentrations lithiques, un autre
intérêt — tout aussi fondamental — des remontages Liaisons unidirectionnelles Liaisons bidirectionnelles
dans l'interprétation des habitats magdaléniens. Ces A B A B A B B raccords matérialisent la circulation des produits, 1 • 2 donc des hommes, dans un campement, et abou O 3 tissent à l'établissement de relations spatiales et une liaison plusieurs temporelles entre plusieurs lieux de vie. liaisons
A Étiolles où la nature lenticulaire des dépôts Interprétation
alluviaux rend particulièrement délicat le suivi des
sols archéologiques sur de longues distances, l'apport \ \
des remontages dans l'établissement de relations
synchroniques entre des unités d'occupation élo ou (absolue décalage Contemporanéité ou chronologique partielle) (absolue Contemporanéité ou partielle) Occupations peu (hypothèse plausible) alternées ignées s'avère extrêmement précieux. Cependant, il
ne suffit pas de raccorder des silex abandonnés dans
deux unités distinctes pour apporter la preuve de
leur contemporanéité. La démonstration d'un syn Fig. 3 — Interprétation des liaisons spatiales entre deux
chronisme, strict ou partiel, repose sur deux données unités d'occupation.
à établir en préalable : le sens des déplacements
subis par les objets et la quantité des produits qui
ont circulé.
Étiolles pour les riches structures d'habitat où les La condition initiale à une interprétation cor
recte des liaisons spatiales est donc d'orienter les amas de silex, épais, peuvent servir de base à une
chronologie interne de l'occupation5. déplacements, d'identifier le lieu de départ et le lieu
La circulation de produits entre des habitations d'abandon4. Des liaisons unidirectionnelles entre
et des petites unités a ainsi été mise en évidence deux unités, même si elles sont nombreuses, ne sont
grâce aux remontages qui témoignent de la contemppas incompatibles avec un léger décalage chronolo
oranéité, non prouvée à la fouille, de ces deux types gique : les occupants de l'unité B venant chercher un
de structures d'habitat6. ou plusieurs produits dans l'unité A, déjà abandon
En l'absence de liaisons spatiales (comme c'est née mais dont les vestiges sont encore visibles sur le
le cas des unités 016 et G13 qui, dans l'état actuel sol. En revanche, la circulation de produits à double
des recherches, n'ont été raccordées à aucune autre sens constitue une forte présomption en faveur de
unité d'Étiolles), d'autres indices nous suggèrent que l'existence d'une contemporanéité, a fortiori quand
ces aires d'activité n'étaient pas autonomes et ont les liaisons entre les unités sont nombreuses. En
entretenu des relations étroites avec d'autres lieux effet, rejeter cette hypothèse reviendrait à supposer
d'occupation. une occupation alternative des deux unités entrecou
pée de périodes d'abandon, proposition plus • Le premier de ces indices est la fragmentation
complexe et moins plausible (fig. 3). spatiale de la chaîne opératoire. Le fait que des
Toutefois, cette circulation bidirectionnelle nucleus aient été débités en plusieurs étapes spatial
n'implique pas nécessairement une contemporanéité ement distinctes est une pratique fréquemment attes
absolue, celle-ci pouvant n'être que partielle. Le syn tée, notamment dans les habitats magdaléniens du
chronisme total peut être déduit quand on possède Bassin Parisien. Cette discontinuité spatio-tempor
l'assurance que l'emprunt réciproque des produits elle du débitage met en rapport des portions dif
s'est effectué durant toute la durée de l'occupation férentes de l'espace fréquenté entre lesquelles est
de ces unités. Cette démonstration est possible à établie une complémentarité du moins dans le cadre
de l'activité concernée. Ces postes de débitage suc-
4. Il faut garder à l'esprit que le trajet réel suivi par les
pièces peut être beaucoup plus complexe que le trajet perçu 5. Le cas d'une contemporanéité partielle est illustré, à
par les remontages. Dans le cas des opérations de débitage, on Étiolles, par les unités U5 et P15 : les échanges mis en évi
dence entre ces deux habitations ne concernent que des débi- peut espérer approcher la réalité des déplacements par la
reconstitution intégrale de la chaîne opératoire. Viser l'exhaus- tages anciens de l'habitation U5, réalisés pendant sa première
tivité des remontages est un objectif envisageable dans des phase d'occupation (Olive, Pigeot, 1991).
sites où le matériel lithique n'est pas considérable. A Étiolles, 6. Des remontages ont été réalisés entre les habitations
ce projet serait tout à fait irréaliste. U5 et P15 d'une part, et les unités J18 et N20 d'autre part. FOYERS D'ACTIVITÉ SATELLITES D'ÉTIOLLES 91
cessifs peuvent être proches, insérés dans les limites quand, de nouveau, ont été dégagés les dépôts all
de l'habitation ou du campement, ou plus distants et uviaux situés dans la partie est du gisement, la plus
situés hors du lieu habité (par exemple, sur le gîte proche du ru des Hauldres. Ces nouveaux foyers,
d'extraction de la matière première où ont été testés découverts durant les campagnes de fouilles les plus
et parfois préparés les nucleus, ou même sur le lieu récentes, n'ont pas été pris en compte dans cette
du campement précédent d'où proviennent les outils étude8.
en silex exogène). L'existence, dans ces petites uni Il nous a semblé que cette limitation de l'ana
tés, d'assez nombreux remontages parcellaires ne lyse des petites unités d'occupation à trois ensembles
reconstituant qu'une partie de la chaîne opératoire seulement ne représentait pas un inconvénient
induit une discontinuité spatiale des débitages 7. En majeur pour deux raisons : d'une part, le choix de
outre, ces coupures se produisent à des moments ces unités reflète un des caractères fondamentaux du
variables du débitage (durant la préparation, le débi- gisement d'Étiolles, à savoir la variabilité des struc
tage laminaire ou, même, à la fin du débitage lami tures, évidentes ou latentes ; d'autre part, la réparti
naire). L'absence de phases entières du débitage, plus tion de ces unités à des niveaux différents de la stra
ou moins longues, le fait que ces coupures n'inte tigraphie, même si les intervalles de temps sont
rviennent pas de manière systématique dans le dérou réduits, témoigne d'une certaine permanence des tra
lement de la chaîne opératoire, enfin la proportion ditions dans l'organisation du campement, à la fois
relative de ces débitages incomplets impliquent une dans la localisation de ces aires d'activité et aussi
circulation complexe des nucleus entre ces foyers et dans leur rapport avec les habitations.
Ces trois unités représentent des ensembles d'autres unités proches.
• Un autre signe de l'absence d'autonomie de archéologiquement cohérents associant dans chaque
ces petites unités, qui coïncide avec le premier, est cas un foyer avec, alentour, une ou plusieurs concen
fourni par la reprise comme nucleus d'éclats ou de trations de silex (fîg. 4 à 6). Le rapport structurel
cassons débités ailleurs. Cette pratique induit, elle entre le foyer et ces concentrations est établi par des
aussi, une certaine complémentarité fonctionnelle remontages.
entre plusieurs lieux du campement. Autour des foyers 016 et G13, la fouille s'est
largement étendue dans toutes les directions. Il en Ainsi, à partir de l'étude des remontages, nous
est de même pour J18 sauf vers le sud du foyer où le pouvons avoir une idée de la fonction de ces unités et
décapage n'a pas été prolongé au-delà de la bande des relations qu'elles ont pu entretenir avec d'autres
20, à partir de K9. Il se peut donc que ce sol d'ocstructures d'habitat contemporaines. D'autres don
cupation soit légèrement tronqué vers le sud-ouest. nées, comme la nature des vestiges abandonnés dans
Cependant, étant donné l'absence de vestiges archéoces unités d'occupation (outils, faune, pierres ...) et
logiques en H-G-F20, il est permis de supposer que l'étude des foyers, vont nous servir à préciser quelles
les éléments éventuellement manquants ne défigureactivités y ont été réalisées, et la manière dont elles
raient pas l'allure générale du plan et ne remets'intégraient dans l'espace.
traient pas en question l'interprétation de cette
unité.
Ces structures d'habitat, comme c'est la règle à PRÉSENTATION DES UNITÉS D'OCCUPATION Étiolles, sont constituées exclusivement ou presque ÉTUDIÉES de vestiges minéraux, silex et pierres. Les vestiges
fauniques y sont rares, voire absents : trois fraLes trois unités d'occupation présentées dans gments osseux en G13 (dont une côte de bovine), avec, cet article (G13, J18 et 016) sont parmi les premières peut-être, un bois de renne 10, deux esquilles indéterpetites structures d'habitat à avoir été découvertes. minées dans l'unité J18 et aucun reste osseux ne Elles ont été fouillées à la fin des années 1970 et au peut être attribué avec certitude à l'unité 016. début des années 1980. Elles sont stratigraphique- Il convient de préciser que cette sous-représentment et spatialement proches. Quelques années plus ation, très marquée, des témoins osseux par rapport tard, d'autres unités de ce type ont été mises au jour
8. Certains sont encore en place sur le site.
7. La quantité relativement limitée des silex dans ces 9. A partir de la bande L et vers les premières lettres de
petites unités avec, en corollaire, un taux de réussite des l'alphabet, le décapage a été effectué jusqu'à la bande 23.
remontages de silex élevé pour Étiolles et avoisinant les 30 % 10. Comme il est isolé dans le mètre carré D14, son ra
par unité exclut dans ces cas-là un défaut de remontage. ttachement au foyer G13 n'est pas totalement assuré. 92 MONIQUE OLIVE
15
LJ terre charbonneuse «=» os H silex C] pierre
Fig. 4 — Plan de l'unité d'occupation G13. FOYERS D'ACTIVITÉ SATELLITES D'ETIOLLES 93
16
0
17
« ^7 «
&
18
19 m%:
» 0»
+ 4-
20
terre charbonneuse et rubéfiée I silex D pierre
Fig. 5 — Plan de l'unité d'occupation J18.

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