En relisant les décrets argiens - article ; n°1 ; vol.114, pg 395-415

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1990 - Volume 114 - Numéro 1 - Pages 395-415
Resté pratiquement inconnu jusqu'en 1915, le décret argien nous est ensuite devenu petit à petit plus familier : l'auteur a jugé opportun de récapituler ce que nous savons aujourd'hui de ses parties fixes, intitulé et dispositif.
Το αργειακό ψήφισμα, που είχε παραμείνει ουσιαστικά άγνωστο μέχρι το 1915, μας έγινε σιγά-σιγά πιο οικείο : ο συγγραφέας κρίνει πως η στιγμή είναι κατάλληλη για να ανακεφαλαιώσει ότι γνωρίζουμε έως σήμερα για τα στερεότυπα τμήματα, την επικεφαλίδα και τη διάταξη.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Pierre Charneux
En relisant les décrets argiens
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1, 1990. pp. 395-415.
Résumé
Resté pratiquement inconnu jusqu'en 1915, le décret argien nous est ensuite devenu petit à petit plus familier : l'auteur a jugé
opportun de récapituler ce que nous savons aujourd'hui de ses parties fixes, intitulé et dispositif.
περίληψη
Το αργειακό ψήφισμα, που είχε παραμείνει ουσιαστικά άγνωστο μέχρι το 1915, μας έγινε σιγά-σιγά πιο οικείο : ο συγγραφέας
κρίνει πως η στιγμή είναι κατάλληλη για να ανακεφαλαιώσει ότι γνωρίζουμε έως σήμερα για τα στερεότυπα τμήματα, την
επικεφαλίδα και τη διάταξη.
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Charneux Pierre. En relisant les décrets argiens. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1, 1990. pp.
395-415.
doi : 10.3406/bch.1990.1728
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1990_num_114_1_1728EN RELISANT LES DÉCRETS ARGIENS
connu l'époque par les Dans uniquement deux1 incompréhensibles4, IG numéros IV, en par 1902, 559 une et la copie 5602, catégorie et l'on fort soit n'eût médiocre, un des fragment guère décrets été dont argiens de plus les dispositif avancé premières n'était si, assez encore comme lignes banal3 représentée demeuraient il aurait et un texte, dû que le à
faire, M. Fraenkel avait inclus dans son ouvrage les inscriptions d'Argos trouvées à
l'étranger5 : la section Décréta du corpus de l'Argeia se serait ainsi enrichie de deux autres
documents seulement, la proxénie d'Eudémos découverte à Séleucie du Calycadnos,
patrie du bénéficiaire·, et le décret, publié en 1900, par lequel les Argiens avaient
(1) Situation paradoxale quand on se souvient que B. Haussoullier pouvait écrire avec quelque
humour, BCH 7 (1883), p. 189 : «Les proxénies tenaient une grande place dans la vie des cités grecques... ; elles
en tiennent une encore plus grande dans les monuments épigraphiques».
(2) Disparus entre le moment de leur première publication et l'époque où M. Fraenkel préparait sur place
IG IV (sur son activité épigraphique dans le Péloponnèse cf. BCH 109 [1985], p. 378, n. 1), ils n'ont pas, à ma
connaissance, été retrouvés depuis.
(3) Ce qui ne veut pas dire que sa restitution ne pose aucun problème : il suffit pour s'en convaincre de
comparer les deux éditions SGDI 3288 (en 1899) et IG IV 559.
(4) Ni Foucart (Le Bas-Foucart, 116), ni après lui Prellwitz (SGDI 3287) et Fraenkel, qui auraient au
moins pu pour leur part utiliser à cette fin le décret pour Eudémos dont il va être question, n'étaient parvenus à
en établir le texte. Elles sont maintenant bien débrouillées, depuis que j'ai corrigé et complété, BCH 80 (1956),
p. 601-603, une première tentative faite par W. Vollgraff, Mnem. 43 (1915), p. 383.
(5) Autre lacune à laquelle j'ai entrepris depuis longtemps de remédier, il ne l'a pas davantage doté de
Fasti et Testimonia, mais je dois dire que, moins par le nombre des textes que par l'étendue de beaucoup d'entre
eux, qui pose des problèmes de découpage assez ardus, les Testimonia argiens ne sont pas faciles à mettre en
forme.
(6) C'est le premier décret argien dont on ait possédé un texte suivi (seules ses premières lignes sont
gravement mutilées : cf. W. Vollgraff, Mnem. 43 [1915], p. 383, puis moi-même, BCH 80 [1956], p. 603-604 et
108 [1984], p. 218). Publié par Heberdey et Wilhelm, Reisen in Kilikien, p. 108-109, il a été reproduit ensuite
dans Michel, 535, et par Hiller von Gaertringen, SIG3 644. Il ne figure pas en revanche, et n'avait pas à
figurer, dans SGDI, tant les traits dialectaux (vocalisme et même vocabulaire) y sont effacés. J'ajoute qu'ils
devaient déjà l'être dans le texte original et qu'il n'y a pas lieu de supposer qu'ils ont été éliminés lors de la
transcription en Cilicie : parmi les autres décrets votés en l'honneur du même Eudémos et gravés sur la même
pierre, on constate en effet le même phénomène dans celui qui émane de la Confédération béotienne ; or
M. Holleaux a justement observé, BEG 13 (1900), p. 191-192 (= Études d'épigr. el d'hist. I, p. 93), que, les
Séleukeis ayant pris grand soin de préserver la couleur épichorique des documents venus de Rhodes, Byzance et
Chalcédoine (pour Rhodes, cf., précisément à cause de cela, SGDI 3751), il était difficile de les suspecter d'avoir
normalisé le seul texte béotien. À la date où il écrivait, M. Holleaux ne pouvait naturellement pas faire 396 PIERRE CHARNEUX [BCH 114
«accepté» les Leukophryèna de Magnésie du Méandre7. Un premier tournant décisif fut
pris quelques années plus tard, lorsque W. Vollgraff publia, Mnem. 43 (1915) et 44 (1916),
tout un lot de décrets provenant des fouilles qu'il avait exécutées en 1906 et en 1912 sur
l'agora de la ville antique8. Puis, les trouvailles des années cinquante et soixante-dix
n'ayant guère apporté que des textes très semblables aux précédents, il fallut attendre
pour progresser à nouveau la découverte à Némée d'un décret argien en l'honneur du
peuple d'Aspendos, diligemment publié, Hesperia 53 (1984), p. 193-216, par R. S. Stroud,
son heureux inventeur9. Ce peut être une bonne occasion de faire le point de nos
connaissances en la matière et de délimiter les zones d'ombre qui subsistent encore10.
Je traiterai dans ce qui suit de l'intitulé et du dispositif des documents publics11, en
réservant pour une étude ultérieure ce qui concerne leurs considérants12.
Dans l'ensemble, les décrets retrouvés jusqu'ici ne remontent pas plus haut que la fin
du ive siècle : cela peut s'expliquer, au moins en partie, par le fait qu'au ve siècle, voire
au-delà, de nombreux textes d 'Argos ont été gravés sur bronze13, comme la proxénie de
intervenir dans la discussion le décret d'Argos, mais il est clair que le raisonnement qu'il tenait à propos du
décret des Boiôtoi s'applique tout aussi bien à lui. Sur les décrets pour Eudémos voir aussi M. Feyel, Polybe et
l'histoire de Béotie, p. 66 (n. 1) et 67-69. Pour leur date cf. en dernier lieu BullÉpigr (1979), 310.
(7) /. Magnesia 40 (et p. 295, pour la ponctuation à supprimer à la fin de la 1. 17). Les Magnètes ont gravé
à la fois le décret d'acceptation, dont les Argiens leur avaient communiqué une copie, et la lettre qui
accompagnait cet envoi (le décret ne comporte pas d'intitulé ; les considérants y sont exprimés au génitif absolu,
et la mention de l'auteur de la proposition a été omise in fine).
(8) La situation est dès lors devenue bien meilleure pour Argos qu'elle n'est aujourd'hui encore pour
Corinthe, sa voisine, puisque nous ne savons toujours à peu près rien du décret corinthien.
(9) J'ai longuement analysé cette publication BullÉpigr (1987), 604.
(10) La présente étude a été annoncée BCH 109 (1985), p. 375, n. 133 et 111 (1987), p. 207, n. 1.
(11) Je laisse ainsi de côté les décrets d'ordre privé, tel celui de l'association des Phaènistes, Mnem. 47
(1919), p. 169-170, non sans rappeler toutefois que L. Robert, RPhil 53 (1927), p. 103 (= Opéra minora II,
p. 1058), y a restitué, 1. 8, un mot aussi banal que έλα[ιον], ce qui nous dispense de chercher, dans les
lois sacrées ou ailleurs, des parallèles bien problématiques au προτίθητι δέ και έλα[τηρας] du premier éditeur
(W. Vollgraff), et en a commenté les lignes 6-7, pour l'emploi du tour έξ αύτοϋ (= αΰτοϋ) dans la phrase φανεραν
ποιών ταν έξ αΰ[τοϋ — ] καΐ μεγαλοψυχίαν. Cf. aussi, à propos d'un autre exemple de έξ αύτοϋ, RPhil 93 (1967),
p. 14, n. 1 : «tournure ... caractéristique de la basse époque hellénistique». A. Wilhelm a réagi vigoureusement,
Wiener Studien 61-62 (1943-1947), p. 183, contre l'opinion courante selon laquelle ce tour, et les tours
comparables formés à partir de prépositions diverses (récemment encore, à Adramyttion, περί et l'accusatif
dans τήμ περί αυτόν... μετριότητα : Epigr. anal. 9 [1987], p. 37; BullÉpigr [1988], 432) équivaudraient purement
et simplement à un génitif, mais il semble bien que, comme il arrive souvent en pareil cas, il soit tombé
lui-même dans l'excès inverse en prétendant à toute force leur attribuer à chacun un sens très précis, en
fonction de la préposition employée.
(12) Pour les textes auxquels je vais être amené à renvoyer constamment, je me dispenserai de répéter à
chaque fois des références qui doivent être connues une fois pour toutes : le décret pour Alexandre de Sicyone,
Mnem. 44 (1916), p. 65, peut se lire aussi dans Schwyzer, 90 et L. Moretti, Iscr. stor. ellenist. I, 41
(photographies dans BCH Suppl. VI, Éludes argiennes, p. 227) — le décret pour le peuple de Rhodes, Mnem. 44
(1916), p. 221, dans Schwyzer, 91 ; F. G. Maier, Gr. Mauerbauinschr. I, 33; Moretti, op. cit., 40; Nouveau
choix d'inscr. gr. (Institut Fernand-Courby, 1971), 8 (photographies dans BCH Suppl. VI, p. 224-225) — le
décret pour Pallantion, Annuario 3-5 (1941-43), p. 141-151, dans SEG XI 1084; Staatsvertrâge III, 419;
Moretti, op. cit., 52; Nouveau choix, 9 — le décret pour Cn. Octavius, BCH 81 (1957), p. 183-184, dans SEG
XVI 255 et Moretti, op. cit., 42. — Pour les renvois à M. Worrle, Untersuchungen ..., le lecteur suppléera de
lui-même la suite du titre : zur Verfassungsgeschichte von Argos im 5. Jahrhundert von Christus (1964).
(13) Pour les régions où la gravure sur bronze a été le plus pratiquée, cf. L. Robert, Hell. X, p. 289-290
(avec bibliographie antérieure) et BEG 79 (1966), p. 735-736 (à compléter, en ce qui concerne Corinthe, par la
remarque additionnelle BullÉpigr [1971], 45). Voir aussi G. Klaffenbach, Bemerkungen zum gr. Urkunden- EN RELISANT LES DÉCRETS ARGIENS 397 1990]
Gnostas d'Œnonte que j'ai publiée BCH 77 (1953), p. 395-39714, et comme beaucoup
d'autres documents disparus dont J. des Courtils a reconnu, BCH 105 (1981), p. 607-610,
les points d'attache sur des blocs d'architrave épars dans la salle hypostyle ; or, tout
autant que leur matière, leurs dimensions, fort modestes, exposaient ces inscriptions, plus
encore que celles qui étaient transcrites sur pierre, aux convoitises destructrices des
récupérateurs15.
L'intitulé.
Je ne m'occuperai ici que du type le plus ancien, qui est en même temps le mieux
représenté, en laissant provisoirement de côté un type plus récent dont G. Daux a bien
éclairé la structure et le sens lorsqu'il a publié, BCH 88 (1964), p. 569-576, le décret où il
s'est rencontré pour la première fois16 : on y trouve une mention des archontes et des
synèdres17, ainsi qu'un emploi du verbe ποτιφέρειν, qui sont réapparus depuis dans une
proxénie encore inédite pour un Κλειτόριος dont l'intitulé énumère d'abord, au génitif
absolu, les noms des sept citoyens ayant été à l'origine de la procédure18, mais cette
proxénie, à la différence du décret publié par G. Daux, emploie le moyen διαλέγεσθαι,
comme déjà la lettre et le décret d'Argos transcrits à Magnésie du Méandre (cf. ci-dessus,
n. 7), et non l'actif διαλέγειν, pourtant caractéristique du dialecte argien (διαλέγειν reparaît
en revanche dans un décret d'association que je compte éditer prochainement).
La date. — Les décrets argiens sont ordinairement datés19, dès l'intitulé20, avec
wesen, Sitzungsber. Berlin (1960, VI), p. 25. Pausanias, V 23, 4 (l'un de ces testimonia relatifs à Argos que
j'évoquais plus haut, n. 5) avait encore vu à proximité du bouleutèrion d'Olympie la «stèle» de bronze où l'on
avait transcrit la paix de trente ans conclue entre Athènes et Sparte en 446/5 (Staatsvertrâge II, 156). Certains de
ces textes avaient abouti dès l'antiquité dans les trésors des sanctuaires et leur souvenir nous est conservé par
les inventaires. À la Chalcothèque d'Athènes on a ainsi inventorié, /G II2 1438, 1. 113, la proxénie de
Pnytagoras, et les inventaires de Délos en mentionnent de leur côté deux autres ; pour le détail des références,
voir H. Gallet de Santerre-J. Tréheux, BCH 71-72 (1947/48), p. 235 et 238, n. 1-2.
(14) Cf. SEG XIII 239, et surtout, pour la date, L. H. Jeffery, Local Scripts, p. 162 et 169, n» 22.
(15) Les publications de Ch. Kritzas montreront quel fut le destin de plusieurs de ces documents argiens
eur bronze, et comment on peut réussir à en sauver quelques-uns, au prix de soins minutieux.
(16) Pour l'intitulé cf. plus particulièrement p. 571-572. Ce décret honorant l'Argien Augis pour ses
générosités répétées avait été découvert par N. Verdélis un peu au Nord de l'agora. Il a été récemment réédité
par L. Migeotte, L'emprunt public dans les cités grecques (1984), p. 84-86, n° 20.
(17) Comme je n'ai pas encore publié l'étude évoquée par G. Daux, /. /., p. 572, c'est sans doute à moi de
plaider coupable si la note que L. Migeotte leur a consacrée, op. cit., p. 86 (n. 263), n'est pas au point. Mais
fallait-il pour autant renvoyer à W. Vollgraff, BCH 33 (1909), p. 177, plutôt qu'à SIG3 735, et au même, BCH
28 (1904), p. 422, pour un texte réédité, avec un commentaire exhaustif, par L. Robert, BCH 101 (1977),
p. 120-129 (= Documents d'Asie Mineure, p. 78-87)?
(18) Les intervenants, au nombre de huit au moins, sont de même énumérés, mais au nominatif, dans
l'intitulé du décret pour Agathonymos de Corinthe, Mnem. 43 (1915), p. 382. Malheureusement cet intitulé,
resté jusqu'à présent sans parallèle dans l'épigraphie argienne, est amputé de ses premières lignes, si bien que
l'on ignore la façon dont leur liste était amenée.
(19) En dehors des décrets il faut certainement rétablir aussi une date dans l'intitulé d'/G IV 557, après
[Άλιαίαι Ι]δοξε τελεί(αι) [ΤΕΛΕΙΜ lapis], là où Fraenkel a malencontreusement restitué, 1. 2, έ[ν τώι τοΰ Λυκείου
τεμένει] : ce que l'on attend à cet endroit c'est d'abord un nom de mois, au génitif, Έ[ρμα(ου] ou tout autre mois
du calendrier argien encore à découvrir qui aurait la même initiale (le cas d'/G IV 557 est loin d'être isolé;
devant les restitutions qui ornent tout au long du volume les inscriptions d'Argos et d'ailleurs, on se dit souvent
comme W. Vollgraff, Mnem. 43 [1915], p. 383 : nmale Fraenkelius tentabat»). Fr. Sokolowski a eu raison,
Lois sacrées des cités grecques (1969), p. 110, n° 57, de débarrasser le texte d'un complément aussi fâcheux, mais,
à l'exemple de Ziehen, LGS II, 51, il n'a rien proposé à sa place. — Cette loi sacrée, aujourd'hui perdue, soulève PIERRE CHARNEUX [BCH 114 398
beaucoup de précision : on sait le plus souvent quel jour, dans quelle décade de quel mois,
ils ont été votés21. Naturellement il n'était nul besoin d'indiquer la décade avec des
quantièmes aussi clairs que πρατομηνίαι, ύστεραίαι πρατομηνίας ou τριακάδι, mais il arrive
aussi qu'elle soit omise en dehors de ces cas bien spéciaux, et l'on estime alors — ce qui
est raisonnable, dans la mesure où d'autres calendriers, en particulier thessaliens, ont
sûrement procédé de façon identique, que l'on a affaire à un jour de la première décade.
On connaît même maintenant deux exemples de date réduite à la simple mention du
mois, Γάμου et Πανάμου22, sans doute parce que la transcription des textes originaux a été,
pour ces deux décrets, beaucoup plus abrégée que de coutume23. Au contraire on
n'imagine guère que le quantième puisse être indiqué sans que le mois le soit aussi24 : au
début d'/G IV 498, à Mycènes25, là où Fraenkel a restitué [Θεοΐς · ύσ]τεραίαι πρατομηνίας, il
plus loin, 1. 7, un problème autrement ardu auquel les éditeurs successifs n'ont jamais apporté que des solutions
invraisemblables, et qui plus est au prix de corrections violentes à la copie de Fourmont (or l'on sait maintenant
que les déchiffrements de ce voyageur ne méritent pas le discrédit dans lequel on les a longtemps tenus). Sans
prétendre résoudre la difficulté dans ses moindres détails, j'essaierai de montrer ailleurs qu'il faut reconnaître à
cet endroit un mot argien correspondant au κορχυρέα de l'inscription de Corcyre IG IX 1, 692 : il était en
particulier interdit de creuser des canaux dans le sanctuaire d'Apollon Lycien, ou d'endommager ceux qui
existaient.
(20) À la différence de L. Moretti, Iscr. stor. ellenist. I, p. 100, n. 2, j'estime que la date qui se lit vers la
fin du décret pour Cn. Octavius, 1. 25, n'est pas, à cette place, celle du vote de la résolution par l'assemblée
argienne. J'interprète avec assurance le passage comme une note additionnelle de chancellerie et je restitue,
devant Άπελλαίου τετάρται, [άπηνέ]νχθ7), ou [άνηνέ]νχθη. Pour un tel emploi de άπο- ou άνα-φέρω, justement à
l'aoriste passif et suivi d'une date, il faut voir L. Robert, BCH 52 (1928), p. 442-443 (= Opéra minora I, p. 124-
125) : «Ensuite se lisait une date. Il ne faut pas trop se hâter d'y voir la date du décret [il s'agit d'un décret de
Smyrne trouvé à Astypalée]... ; c'est plutôt, me semble-t-il, celle de la remise du décret aux autorités
d'Astypalée ... À la fin du décret d'une ville indéterminée pour un juge de Kos on lit de même : ... Άνηνέχθη
'Αλσείου τριακάδι». — Selon P. J. Perlman, p. 64, n. 30, de l'article cité plus loin, n. 27, il n'est pas certain
qa"AneKka.io\) τετάρται soit la date du décret pour Cn. Octavius : disons plutôt qu'on peut être sûr du contraire.
(21) II ne faudrait surtout pas croire qu'il manque ainsi l'essentiel, c'est-à-dire l'indication de l'année :
celle-ci pouvait être identifiée par la mention du président du Conseil dont la fonction éponymique ressort
clairement du texte IG IV 616, tel que je l'ai interprété BCH 107 (1983), p. 256-262 (voir en particulier, sur ce
point, les pages 261-262). La mention du secrétaire du Conseil doit avoir eu la même signification puisque, avec
celle du secrétaire des stratèges, elle sert à dater le décret pour Alexandre de Sicyone, 1. 2 : έπί γροφέος τάι βουλίι
Θιοδέκτα, τοις δέ στραταγοΐς Δαμέα. Cf. maintenant, sur cette question de l'éponymie, P. J. Perlman, /. /., p. 64,
n. 28. (Je note en passant que, dans tous les textes actuellement connus, le président et le secrétaire du Conseil
appartiennent à des phratrie et kômè différentes ; si les découvertes futures n'infirment pas ce constat, on en
déduirait que les institutions de la cité exigeaient qu'il en fût ainsi.)
(22) BCH Suppl. VI, Études argiennes, p. 259 et 261. La date manque même totalement dans la proxénie
de Gnostas (cf. ci-dessus, p. 397).
(23) Puisqu'il est arrivé que cette idée étrange fût émise, rappelons J. et L. Robert, BullÉpigr (1973),
241 : «La forme abrégée d'un décret de proxénie n'honore pas un bienfaiteur de second ordre».
(24) Un texte d'Olbia présentant prétendument cette anomalie a été remis sur pied par J. et L. Robert,
BullÉpigr (1967), 398.
(25) Sur cette inscription voir aussi Laum, Stifiungen II, 8 (le texte, d'après IG IV) et I, p. 162 : Laum
relève que, en dehors des états, les bénéficiaires des fondations peuvent être des kômès (exemple aussi à
Nicomédie et à Teira en Lydie — où les κωμηται constituent une κατοικία) et, ajoute-t-il, des koina, mais IG VII
43, qu'il cite à ce propos, ne prouve rien, sinon qu'il s'est mépris sur le sens de l'expression τώι κοινώι των
Αίγοσθενιτών : c'est la cité d'Aigosthènes qui est ainsi désignée (bien vu dans le Becueil des inscr.jur. II, p. 142) :
cf. après M. Holleaux, RA (1917 - II), p. 344-345 (avec précisément l'inscription d'Aigosthènes), L. Robert,
Monnaies ant. en Troade, p. 89-90; moi-même, BCH 108 (1984), p. 210-212, et, en dernier lieu, J. Tréheux,
BEA 89 (1987), p. 40-41. EN RELISANT LES DÉCRETS ARGIENS 399 1990]
faut certainement préférer, avec les éditeurs du Recueil des inscr. juridiques gr. II, p. 143,
n. 1, quelque chose comme [Άλιαίαι Ιδοξε τελείαι των Μυκανέων · mois ύσ]τεραίαι
πρατομηνίας : à l'inverse de ce que Fraenkel supposait, les lacunes sont très étendues à
gauche, et assez courtes à droite2·.
L'essentiel de ce que nous savons du calendrier de la cité vient des décrets ainsi datés
et fait l'objet de mises au point régulières27, au fur et à mesure des nouvelles
découvertes28. Pour commencer par les mois, ce sont ces décrets qui, de proche en proche,
nous ont fait connaître neuf ou dix mois argiens, et nous ont même appris que quatre
d'entre eux, Panamos, Agyièos, Karneios et Hermaios, se succédaient dans cet ordre sans
solution de continuité. Le décret pour Aspendos nous a en outre révélé qu'à Argos c'était
Amyklaios qui était suivi, certaines années, d'un mois intercalaire29 appelé Amyklaios
επόμενος — désignation originale, qui n'est attestée nulle part ailleurs, mais dont le sens
(26) Même restitution chez M. Th. Mitsos, Hesperia 18 (1949), p. 73, mais allégée des mots των Μυκανέων
parce que cet auteur interprète le texte comme un décret de la cité. Cf. aussi A. Boethius, A BSA 25 (1921-23),
p. 412, n. 1, au moins pour la nécessité d'ajouter un nom de mois.
(27) Voir le détail des références en dernier lieu dans R. S. Stroud, Hesperia 53 (1984), p. 197, n. 7. —
J'ai pris connaissance trop tard de P. J. Perlman, «The Calendrical Position of the Nemean Games»,
Athenaeum 67 (1989), p. 57-90, et n'ai pu y faire ici que quelques renvois ponctuels, mais il sera rendu compte
ailleurs de ce gros article où l'auteur revient sur une question qu'elle avait laissée pendante dans sa dissertation
sur la théarodoquie (cf. BullÉpigr [1987], 605, in fine).
(28) En outre A. Boethius lui a consacré en 1922 toute une monographie, Der argio. Kalender, Uppsala
Universitets Àrskrift, qui garde encore beaucoup de sa valeur, même si elle a aujourd'hui perdu, par force, le
mérite de l'exhaustivité qu'elle avait à l'origine. Dans ces conditions on ne comprend guère qu'A. E. Samuel
ait pu écrire en 1972, Greek and Roman Chronology, Handbuch der Altertumswissenschaft I 7, p. 90, que le
calendrier argien «remains poorly attested and little studied», et l'on est surpris du nombre d'erreurs que l'on
peut relever dans les trois pages où il traite d'Argos et des cités voisines : — 1° il convient d'ajouter à la liste
qu'il dresse des mois argiens Καρνεΐος, dont la place est assurée, entre Άγυιήος et Έρμαϊος, par les décrets
Mnem. 44 (1916), p. 221, et BCH 82 (1958), p. 7. — 2° II aurait fallu au moins mentionner que, selon une
hypothèse pour le moment invérifiable de M. Guarducci, Annuario 3-5 (1941-43), p. 147, il a pu exister à Argos
un mois Agrianios. — 3° À partir d'/G IV 497 et SEG III 312, Samuel a inventé de toutes pièces un calendrier
de Mycènes, comme si une kômè n'utilisait pas nécessairement le calendrier de la cité dont elle dépend. — 4° II
lui a échappé que j'avais traité du calendrier d'Épidaure dans les dernières pages de mon article sur « Rome et la
confédération achaïenne», BCH 81 (1957), p. 200-201 (ce qui est au contraire noté par A. G. Woodhead, The
Study of Greek Inscr. [1959], p. 132, n. 17). On ajoutera ces remarques à toutes celles que J. et L. Robert ont
présentées sur l'ouvrage, à propos d'autres calendriers, BullÉpigr (1973), 77 et 433. — II semble d'ailleurs que ce
soit un privilège du calendrier argien que de susciter des déclarations fantaisistes. Quelqu'un d'autre sera peut-
être plus perspicace que moi, mais pour ma part je ne vois rien dans ce que j'ai écrit BCH 81 (1957), p. 200 et 82
(1958), p. 7, qui justifie l'affirmation de W. Burkert, Homo necans, p. 183, n. 4, selon laquelle «dass [Panamos]
der erste Monat des Jahres war, zeigt ùberraschend eine Inschrift».
(29) L'existence dans les calendriers grecs, certaines années, d'un mois intercalaire, entraînait une
conséquence d'ordre administratif qui n'a, me semble-t-il, guère attiré l'attention : ces années-là l'un des
collèges de magistrats normalement en charge pour trois, quatre, ou six mois voyait la durée de ses fonctions
allongée d'un mois; c'est la seule explication possible de βουλάν τάν ένεσταχυϊαν έπτάμηνον à Rhodes, où les
Conseils étaient semestriels, IG XII 1, 53, 1. 4, et pour les quadrimestres eux-mêmes il conviendrait au moins de
se demander si l'on n'a pas affaire en réalité dans certains cas à un trimestre auquel serait venu s'ajouter
occasionnellement un mois intercalaire plutôt qu'à un quadrimestre constitutionnel (je n'ai pas en mémoire
d'inscription mentionnant, si je puis ainsi m'exprimer, des magistrats en fonction durant un «quinquamestre» :
dans IG XII 7, 69, 1. 18, à Arkésinè, il faut écrire τρίμηνος, et non pas πεντάμηνος comme on avait lu d'abord (cf.
RPhil 28 [1904], p. 87-88), et de toute façon il ne s'agit pas de ce qui nous occupe ici mais d'un délai de
remboursement à respecter : voir maintenant L. Migeot.te, op. cil., 50). PIERRE CHARNEUX [BCH 114 400
ne prête à aucun doute30. En principe, Amyklaios occupait donc la sixième ou la
douzième place dans le calendrier argien. Arneios, lui, devait se situer vers la fin de
l'année31 : autrement on ne comprendrait pas que les cinq commissaires chargés d'ériger
la statue d'Alexandre de Sicyone n'aient reçu leurs fonds, dans le décret Mnem. 44 (1916),
p. 65, 1. 18-22, que des trésoriers de l'année suivante32.
En dehors de la séquence Panamos/Hermaios on connaît dans l'année argienne,
grâce au décret pour Pallantion, un autre groupe de deux mois consécutifs, Téléos-
Arneios. M. Guarducci a estimé qu'il existait un intervalle d'un ou deux mois entre
Arneios et Panamos, et, depuis près d'un demi-siècle, personne n'est revenu là-dessus.
Il ne s'agit pourtant que d'une hypothèse, et l'apparition dans le calendrier d'Argos
d'un mois Gamos, nouveau venu dans la cité mais déjà attesté en Argolide, m'a amené
à la réexaminer. En publiant, BCH Suppl. VI, p. 259, le décret argien qui le mentionnait
pour la première fois, M. Piérart et J.-P. Thalmann n'ont pas manqué de s'interroger
sur sa place, et ils se sont demandé si, comme c'est le cas à Épidaure, il ne venait pas
s'intercaler à Argos entre Hermaios et Téléos : «rien ne s'[y] oppose», écrivent-ils, «mais
rien ne permet de l'affirmer non plus». Cela est exact, mais il aurait fallu pousser
l'analyse plus loin : s'il a existé dans l'année argienne une séquence Hermaios-Gamos-
Téléos on se trouve désormais en face d'une série continue de sept mois, allant de
Panamos à Arneios, les cinq mois restants se situent tous entre Arneios et Panamos,
et l'hypothèse de M. Guarducci concernant l'intervalle qui séparait ces derniers est
définitivement condamnée33. J'aurais pour ma part été bien aise de connaître l'existence
de Gamos à Argos lorsque j'ai édité le fragment BCH 80 (1956), p. 601 : devant άμβολίμωι
έκ του Alf on peut calculer que la date à restituer tenait en dix lettres environ, et
j'observais à l'époque que, dans un espace aussi resserré, il y avait place tout au plus
(30) En dehors de quelques textes où il est employé à propos de personnes, le participe επόμενος ne
paraît pas encombrer les fichiers épigraphiques : j'ai seulement relevé, mais au sens local, et non temporel,
τό βαλανήον καΐ τα επόμενα τφ βαλανήω, à Assos, IGB IV 257 (maintenant Inschr. gr. Stâdte aus Kleinasien 4,
Inschr. von Assos 16), et à Chios, dans les baux des Clytides, A, 1. 10 et 30, ή γη (τήν γην)... καΐ τα επόμενα
τήι γηι : Α. Wilhelm, Jahreshefte 28 (1933), p. 218-219 (= Abhandl. I, p. 740-741), et auparavant A. Plassart-
Ch. Picard, BCH 37 (1913), p. 203, n° 25 (cf. plus loin n. 60).
(31) Si je ne suis pas plus affirmatif ni plus précis c'est évidemment parce que l'adjudication et la
fabrication d'une statue pouvaient demander un certain temps : ces opérations n'étaient pas toujours menées
κατά τάχος, ou έν τάχει, comme quelques décrets prennent soin de le prescrire (dans SIG3 368, III, κατά τάχος
revient à dire «avant la fin du mois en cours»); et c'est aussi parce que les sommes affectées à ce chapitre
du budget pouvaient être épuisées plus ou moins longtemps avant la fin de l'exercice annuel : à Théangela
(L. Robert, Coll. Froehner, p. 89), pour une statue coûtant de 3000 à 4000 drachmes, il est arrivé qu'on ne
trouve plus que 400 drachmes à débloquer sur les crédits de l'année; le reste viendra l'année d'après «dont
le début est sans doute proche» (sur ce texte voir ensuite A. Wilhelm, Gr. Inschr. rechl. Inhalts, p. 66
[= Akademieschriflen III, p. 460], avec, à la 1.5, une correction (?) mineure qui n'a jamais été relevée:
τοις εύεργε[τεΤν βουλο]μένοις, au lieu de αίρου]μένοις). Cf. aussi, pour le financement des honneurs à Délos,
M.-Fr. Baslez-C1. Vial, BCH 111 (1987), p. 281-312 (pour payer les statues, et les couronnes, des emprunts
sont nécessaires, qui sont souvent remboursés dès l'année suivante).
(32) Au contraire les stratèges et l'architecte peuvent encore payer la gravure de la stèle — travail qui
prend moins de temps et coûte moins cher — sur l'exercice en cours (1. 23-26).
(33) P. J. Perlman, /./., propose de reculer de juin/juillet à août/septembre la célébration des Némeia, et
repousse en conséquence de deux mois la position dans l'année de Panamos et des mois suivants, jusqu'à
Hermaios, qui se rapproche ainsi de la place que Bischoff lui attribuait autrefois, BE X 2 (1919), col. 1580. Ce
faisant, si elle laisse Téléos et Arneios au printemps, là où M. Guarducci les a mis, elle creuse elle aussi l'écart
entre eux et le groupe Panamos/Hermaios. ■ EN RELISANT LES DÉCRETS ARGIENS 401 1990]
pour un nom de mois et un quantième l'un et l'autre fort courts, sans indication de
la décade. Depuis sont apparues des dates réduites au seul mois, et des mois nouveaux,
comme Άπελλαΐος ou Άμυκλαΐος, qui suffiraient à remplir la lacune. Il reste néanmoins
loisible d'admettre qu'il y avait là à la fois un nom de mois et un quantième très
brefs : aucun des mois connus en 1956 ne laissait assez de place pour restituer même
le quantième le plus court, qui est Ικται ; maintenant Gamos ferait l'affaire, et viendrait
ainsi après un mois à initiale Ali qui pourrait être Arneios. De cette façon aussi il
se constituerait de Téléos/Arneios/Gamos/Panamos à Hermaios une séquence de sept
mois dans laquelle Gamos serait placé tout autrement qu'à Épidaure mais qui
permettrait, elle, avec le groupe des cinq autres mois s'intercalant entre Hermaios et
Téléos, et non plus entre Arneios et Panamos, de sauvegarder l'hypothèse de
M. Guarducci.
Tous les calendriers grecs connaissaient la division du mois en décades, mais dans
aucune cité pourtant on n'a compté les jours à la manière argienne : ailleurs on
distinguait les dix jours du mois à son début (Ισταμένου), les dix du mois en son milieu
(μέσου, επί δέκα) et les dix du mois finissant (φθίνοντος, άνομένου, άπιόντος, έξ ίκάδος έπ'
μετ' ίκάδα, μετ' εΐκάδας34) ; à Argos, de façon originale35, c'est au moyen d'adjectifs que είκάδι, l'on
précisait à quelle décade appartenait un jour donné36, πράτα désignant la première et
δευτάτα ou τελευταία37 la troisième38. Un tel emploi de δεύτατος39 est même original à un
double titre : cet adjectif, qui signifie proprement «dernier», se trouve en poésie à toutes
(34) On a été intrigué par l'emploi du pluriel dans la locution μετ' είκάδας, où la préposition signifie
nécessairement «après». Il pourrait s'expliquer à partir des calendriers où le 20 et le 21 étaient appelés είκάς et
άμφεικάς, ou encore en supposant pour ces deux jours les dénominations είκάς πρότερα et εΐκας υστέρα, sur le
modèle de δεκάτη πρότερα et δεκάτη υστέρα, bien attesté dans les cités où les jours de la troisième décade étaient
comptés dans le sens régressif.
(35) On rapprochera seulement, au moins dans une certaine mesure, l'emploi de λοιπών en Thessalie pour
les jours de la troisième décade.
(36) En ce qui concerne l'expression des quantièmes, en dehors de ceux que j'ai cités plus haut, p. 398, il
suffit de noter qu'Argos compte parmi le petit nombre de cités qui, pour le quatre, emploient τέταρτα, et non
τετράς. De même Épidaure. P. J. Perlman, /./., p. 63-64, suppose pour les jours de la troisième décade un
compte progressif qui n'a rien d'impossible mais qui n'est pas non plus assuré : cf. BCH 77 (1953), p. 390, n. 3.
(37) Alors que l'on ignore toujours le qualificatif attribué aux jours de la deuxième décade (cf. BCH 82
[1958], p. 3, n. 2), on en connaît en effet deux pour ceux de la troisième. Avancer d'une décade les jours δευτάται
aurait évidemment l'avantage à la fois de nous débarrasser d'un doublet et de combler une lacune dans nos
connaissances, mais le sens de δεύτατος paraît trop bien établi pour que l'on puisse y songer.
(38) Cherchant par principe à éprouver la solidité des idées reçues en épigraphie argienne (cf. déjà
BCH 108 [1984], p. 207-227), je me suis demandé si, dans les dates, πράται et δευτάται, ou τελευταίαι, au Heu de
désigner la décade, comme on l'a toujours admis depuis 1916, n'indiquaient pas plutôt que, la marche du
calendrier ayant été ralentie par les autorités, plusieurs jours à la suite avaient porté le même quantième, selon
une pratique attestée à Athènes (cf. le texte Hesperia 23 [1954], p. 299, avec les commentaires de
W. K. Pritchett, BCH 81 [1957], p. 274-275), en Béotie (P. Roesch, Études béotiennes, p. 82-83) et à Érétrie
(IG XII 9, 207, 1. 24 et 28-29). En fait, si prompts qu'aient été les Argiens à manipuler leur calendrier sans
vergogne (voir BCH 81 [1957], p. 198-199) toutes les fois que cela pouvait servir les intérêts de la cité, il n'y a
certainement pas lieu de réviser la doctrine traditionnelle, car il semble bien qu'en cas d'intercalation on ait
toujours expressément qualifié le jour intercalé d' εμβόλιμος (εμβολήος en Béotie) et précisé la décade à laquelle il
appartenait (cf. ισταμένου dans le texte d'Athènes cité plus haut).
(39) La valeur de δεύτατος dans les dates argiennes a été reconnue d'emblée par W. Vollgraff, Mnem. 44
(1916), p. 48-49. Cf. ensuite P. Kretschmer, Glotta 9 (1918), p. 213 ; Fr. Bechtel, Die gr. Dialekte II, p. 508, et
en dernier lieu le dictionnaire étymologique de P. Chantraine, s.o. «δεύτερος» (celui de H. Frisk au contraire
ignore les inscriptions d 'Argos). PIERRE CHARNEUX [BCH 114 402
les époques40, chez Homère41 et Pindare42 déjà, puis chez Moschos48 et dans l'Anthologie
Palatine** ; en revanche on ne le rencontre dans aucun texte en prose : nous avons donc là
un exemple de plus de ces termes qui, à côté d'emplois littéraires exclusivement
poétiques, appartiennent, dans certaines cités, au vocabulaire administratif local46.
À quel mot sous-entendu faut-il rapporter πράτα et δευτάτα ou τελευταία ? Non pas à
un mot signifiant « décade », contrairement à ce que pourraient faire croire les tours que
nous sommes bien obligés d'employer pour traduire les dates argiennes dans nos langues
modernes46 : avec ces adjectifs, comme avec les ordinaux qui expriment les quantièmes,
le mot à suppléer est άμέρα. Pour prendre un exemple, on évitait à Argos toute confusion
entre les trois occurrences d'un jour appelé, dans un même mois, τέταρτα Πανάμου en
parlant, si l'on me permet ces calques serviles, du «quatre premier», puis du «quatre
médian», et enfin du «quatre dernier». J'en vois la preuve dans un parallèle épigraphique
qui, sauf erreur, a été totalement négligé depuis 1916 : curieusement, on n'a jamais
trouvé à rapprocher de l'usage argien que Les Travaux et les Jours d'Hésiode, v. 765-
821 47, alors qu'il est question dans une dédicace d'Egypte datant du règne de Ptolémée
VIII Évergète II (146-116) des θυσίας και σπονδας τας έσομένας εν τηι συνόδωι κατά τας πρώτας
ένάτας του μηνός εκάστου (OGI 130, 1. 12-1448). Avec sa perspicacité coutumière, Letronne
déjà avait bien dégagé, Recueil des inscr. gr. et lai. de l'Egypte I, n° XXXII, p. 403-404, le
sens de cette expression au premier abord si étrange : « il y avait, chaque mois, trois fois
un neuvième jour : en sorte que, pour désigner, en général, le neuvième jour de la
première décade de chacun des douze mois [ceci pour rendre compte de l'emploi du
pluriel], on devait dire αί πρώται εναται...49».
L'assemblée. — À une exception près50, qui peut d'ailleurs n'être qu'apparente, et
due au fait que cette transcription sur pierre est très abrégée, tous les décrets honorifiques
(40) Aucun des auteurs cités à la note précédente ne donne à la fois l'ensemble des exemples connus et ils
omettent tous de renvoyer aux lexicographes où le mot est enregistré et glosé par ύστατος, έσχατος, μεθ* δν ούκ
Ιστιν έτερος (Hésychius), ou simplement par 6 έσχατος (Souda ; Et. Gudianum) : cf. déjà BCH 82 (1958), p. 3, n. 1.
(41) À //. XIX, 51, référence que l'on trouve partout, ajouter Od. I, 286 et XXIII, 342. D'où encore
Eustathe, ad loc. : δεύτατος ό μή δεύτερος άλλα πάντων ύστερος, εκ του δεύω, καΐ δεύτατον τό πανύστατον.
(42) ΟΙ. 1, 50, mais le texte est loin d'être assuré : cf. les apparats critiques des diverses éditions et le LSJ
(prob[ably] f[alsa] l[ectio]).
(43) 4, 65 : Ph. Legrand a bien expliqué, Bucoliques grecs II (CLJF), p. 172, n. 4, que dans ce vers
difficile l'adjectif avait le même sens que le latin novissimus.
(44) 5, 108 (Gow-Page, Garland 1841).
(45) À Argos même δόκημα au sens de décret, et l'emploi de τίθεσθαι, au lieu de ποιεΐσθαι, pour former une
périphrase équivalant à un verbe simple (cf. provisoirement BCH 108 [1984], p. 218).
(46) M. L. West s'y est trompé lorsqu'il a écrit, Hesiod, Works and Days (1978), p. 350 : «At Argos... the
month is divided into three decads, called 'fîrst', 'middle', and 'last'».
(47) Et réciproquement les commentateurs du poète ne manquent pas d'évoquer depuis lors, à propos de
ce passage des Travaux, la manière dont on désignait les jours à Argos; ainsi M. L. West, cité à la note
précédente. Pour les problèmes posés par les terminologies apparemment disparates du calendrier hésiodique,
bonne mise au point d'A. E. Samuel, TAPhA 97 (1966), p. 421-429.
(48) Sur ce document, qui émane d'une association, cf. aussi Fr. Poland, Gesch. des gr. Vereinswesens,
p. 253.
(49) D'où la note 21 de Dittenberger dans les OGI : «[chaque mois] eo die qui est nonus primae decadis».
(50) On lit au début du décret pour Ménéklès de Phlionte trouvé à Epidaure (cf. plus loin, p. 41 1) άλαιαίαι
έδοξε ίαρών. Plutôt que de supposer que le texte a été voté par une assemblée των ίαρών, il vaut certainement
mieux, avec Peek, ponctuer entre έδοξε et Ιαρών et considérer ce mot comme un sommaire («[chapitre] des
affaires sacrées»). EN RELISANT LES DÉCRETS ARGIENS 403 1990]
argiens que nous connaissons émanent d'une assemblée qualifiée de τελεία51. Il se tenait
chaque mois une seule άλιαία τελεία52, et l'on s'est longtemps demandé si chacune d'elles se
réunissait constitutionnellement à date fixe53; on sait maintenant qu'il n'en est rien :
deux dates différentes, τετάρται δευτάται et τριακάδι54, sont d'ores et déjà attestées pour
celle de Panamos55. Certaines de ces assemblées téleiai, d'autre part, auraient été en outre
qualifiées d'ambolimoi.
Abstraction faite d'un emploi sous la forme apocopée, chez le poète lyrique
Timothée, Perses, v. 74, avec un sens qu'on ne saurait en aucun cas retrouver dans un
document administratif, l'adjectif άναβόλιμος n'était connu, jusqu'à son apparition, avec
encore l'apocope, dans certains intitulés de décrets argiens, que par Hésychius, comme
épithète de δίκη : άναβόλιμοι δίκαι, αΐ δια περίστασιν εις ύπέρθεσιν έμπίπτουσιν56. Le Thésaurus,
qui n'avait pas manqué de le recueillir chez le lexicographe, le traduisait par rejeclilius,
dilatitius51 ', et cette valeur n'avait rien qui pût surprendre, car, si peu attesté qu'il fût,
l'adjectif se laissait ainsi rapprocher du nom αναβολή et du verbe άναβάλλειν, ou plus
ordinairement άναβάλλεσθαι, au moyen58, qui expriment eux aussi la même idée de report,
(51) Cf. pour cette épithète BCH 77 (1953), p. 390, n. 1, et M. Wôrble, Untersuchungen ..., p. 35-36.
(52) D'où έκ τας τελείας, avec l'article défini, dans le décret pour Alexandre de Sicyone (sur l'expression
voir aussi plus loin, n. 76).
(53) Cf. BCH 77 (1953), p. 390, n. 3.
(54) On connaît plusieurs exemples de Πανάμου τετάρται δευτάται ; Πανάμου τριακάδι est la date du décret
pour Kôlôtès de Lampsaque, BCH Suppl. VI, p. 256. Selon P. J. Perlman, /./., p. 63, n. 25, plusieurs autres
mois seraient dans le même cas : c'est qu'elle ne distingue pas entre les assemblées régulières et les délibérations
reportées.
(55) Inversement les décrets pour Diatagès de Mantinée, Mnem. 43 (1915), p. 377, G, et pour Kléandros
d'Épidaure, ibidem, p. 375, F, montrent que des téleiai se sont tenues τετάρται δευτάται dans d'autres mois que
Panamos : dans le premier une restitution [Πανάμ]|ου aurait exactement la longueur requise par la lacune, mais
elle violerait la règle de la coupe syllabique que le lapicide semble avoir respectée ailleurs (faute d'y avoir pris
garde, P. J. Perlman, /./., p. 64, la tient à tort pour «épigraphiquement possible»); dans le second le nom du
mois ne comptait en principe pas plus de cinq lettres (actuellement on penserait à Γάμου, mais on ne peut pas
exclure qu'un autre mois encore inconnu ait eu un nom aussi bref).
(56) Ces procès pouvaient aussi bien être qualifiés de βόλιμοι, comme à Gonnoi, où ils sont opposés aux
εύθεΐαι δίκαι et confiés à des βολιμοδικασταί (Β. Helly, Gonnoi II, p. 82-87, n08 77 et 79-80), de προβόλιμοι (IG V 1,
1145, 1. 53, à Gytheion), ou encore d 'ύπερβόλιμοι (dans une scolie à Aristophane, Guêpes 594, et dans un papyrus
de Halle) : cf. sur tout cela B. Haussoullieb, Traité entre Delphes et Pellana (1917), p. 99, n. 1 et C. Abbenz,
Die Adjektive auf -ιμος (dissert, de Zurich publiée en 1933 à Tùbingen), p. 60. B. Helly a en outre, op. cit. I,
p. 117, n. 3, renvoyé à leur propos au décret de Gérénia IG V 1, 1336, 1. 6-8, et à l'étude que lui a consacrée
A. Wilhelm, Gr. Inschr. recht. Inhalts [mémoire paru en 1952 et non en 1957], p. 75-76 (repris maintenant dans
Akademieschriften III, p. 469-470), mais il avait par extraordinaire échappé à Wilhelm, ainsi que J. et
L. Robert l'ont dûment signalé BullÉpigr (1953), 79, que le texte avait déjà été réédité en 1927, avec
d'intéressantes corrections, par É. Bourguet, Le dialecte laconien, p. 97-99, n° 26. — Autres sont, en revanche,
les άνάδικοι (ou έπάμφοροι) δίκαι, qui sont des procès révisés.
(57) Les attestations épigraphiques du simple βόλιμος et de ses différents composés sont maintenant
signalées par le LSJ, avec des références additionnelles dans le Supplément pour άμβόλιμος et ύπερβόλιμος. Voir
aussi, s.o. «βάλλω», le dictionnaire étymologique de P. Chantraine, où manque pourtant ύπερβόλιμος (renvois
aux textes d'Argos, de Laconie, de Gonni [sic] et de Chios), et celui de H. Frisk (qui ne parle que de Gonni et de
Chios et omet non seulement ύπερβόλιμος mais encore προβόλιμος).
(58) De même έπαναβάλλεσθαι, chez Hérodote et dans les comptes déliens (ci-dessous, n. 60), d'où l'adverbe
έπαμβλήδην qu' Hésychius glose par αναβαλλόμενος. On rencontre d'autre part en ce sens le moyen ύπερτίθεσθαι, qui
se lit par exemple à Gytheion, IG V 1, 1 144 (= Fr. Sokolowski, Lois sacrées des cités gr., 61), 1. 20 : ούθένα καιρόν
ύπερτιΟέμενοι. Les différents lexicographes enregistrent l'équivalence άμβολία · ή ύπέρΟεσις (cf. εις ύπέρθεσιν dans la
définition des άναβόλιμοι δίκαι donnée par Hésychius) et expliquent άναβάλλεσθαι par ύπερτίθεσθαι. Les deux verbes

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