Épisodes de l'invasion anglaise. La guerre de partisans dans la Haute-Normandie, 1424-1429 (suite). - article ; n°1 ; vol.56, pg 433-508

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1895 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 433-508
76 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1895
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Germain Lefevre-Pontalis
Épisodes de l'invasion anglaise. La guerre de partisans dans la
Haute-Normandie, 1424-1429 (suite).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1895, tome 56. pp. 433-508.
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Lefevre-Pontalis Germain. Épisodes de l'invasion anglaise. La guerre de partisans dans la Haute-Normandie, 1424-1429 (suite).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1895, tome 56. pp. 433-508.
doi : 10.3406/bec.1895.447823
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1895_num_56_1_447823ТТ. очи
EPISODES DE L'INVASION ANGLAISE.
LA GUERRE DE PARTISANS
DANS
LA HAUTE NORMANDIE
(1424-1429.)
[Suite !.)
<~ -Ъ -о
La prise d'armes de 1424.
Ce lien secret, cette pénétration occulte et persistante qui affi
lie les groupes d'insurgés en armes aux débris survivants des
forces régulières, trouve pour s'affirmer un milieu propice et sin
gulier, une remarquable et exceptionnelle condition d'expérience,
dans l'immense effort que le parti national se décide à risquer pour
l'ouverture de la grande campagne de 1424, autour de laquelle
viennent graviter tant d'impatiences de lutte, tant d'anxiétés,
tant d'espérances fiévreuses 2.
Le plan méthodique, la conception d'attaque qui s'organise et
prend forme, en ce printemps de 1424, derrière le fossé de la
Loire, dans la France française encore, prolonge de lointaines et
profondes répercussions jusque dans les contrées sur qui pèse le
plus lourdement l'oppression étrangère.
Le mouvement offensif, la poussée d'énergie qui se dessine
1. Voir le tome précédent, p. 259, et le tome LIV (1893), p. 475.
2. La plupart des documents inédits cités au cours de cette étude, comme
des deux précédentes, font partie des pièces justificatives de l'ouvrage destiné à
être ultérieurement publié.
4 895 . 29 434 LA GUERRE DE PARTISANS
alors fortement du côté français a pour soutien moral le succès
inespéré de la journée de la GraveÙe, remporté le 26 septembre
1423 sur l'armée anglaise du Maine1, et pour point d'appui
matériel l'occupation de la forteresse d'Ivry2, enlevée peu avant,
dans le cours d'août, par le Gascon3 Géraud de laPallière, intré
pide preneur déplaces, pour quil'«eschiellage» n'a pas desecrets4.
Vers le même temps, dans la nuit du 14 au 15 août, la ville
de Chartres a failli se laisser reprendre5. Entre minuit et une
heure, au moment de trouble que marque l'échange des senti
nelles, un coin du rempart, pour quelques instants, s'est trouvé
aux mains d'une bande française. Les hardis assaillants ont esca
ladé la muraille, tenu bon quelques minutes sur le chemin de
ronde. Mais, trahis par la fortune, l'alerte donnée à temps,
entourés d'ennemis surgis de toutes parts, ils ont dû disparaître,
sauter à bas des crêtes, laissant prisonniers vingt des leurs,
vingt victimes de choix, dont les têtes, en effet, sont tombées le
lendemain.
Cette surprise de Chartres, cette audacieuse et superbe attaque,
1. La bataille dite de la Gravelle ou de la Brossinière, gagnée le dimanche
26 septembre 1423 par Jean VIII d'Harcourt, comte d'Aumale, sur l'armée
anglaise, venant de lever le siège de Segré en Anjou et battant en retraite de
la basse Mayenne sur les marches de Normandie, par la route dont l'usage et
l'importance ont été signalés (ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises).
L'action fut en réalité livrée sur les landes de la Bressinière (Léon Maître, Dic
tionnaire topographique du département de la Mayenne) ou la Brécinière,
lieu situé (Mayenne, hameau de la commune de Bourgon, canton de Loiron), à
deux lieues environ dans le nord de la place de la Gravelle (Mayenne, cant, de
Loiron), à la lisière même du Maine et de Bretagne, sur les chemins menant de
la Gravelle vers Montaudin, Mausson et les places de basse Normandie. Voir
le récit de Cousinot de Montreuil (Chron. de la Pucelle, ch. v, éd. V. de Viri-
ville, p. 214-219), suivi par J. Le Fizelier, dans son excellente étude sur la
journée de la Gravelle. (La Bataille de la Brossinière, dans Rev. hist, et arch,
du Maine, t. I, 1876, p. 28-42.)
2. Eure, cant, de Saint- André. (Voir ci-après, p. 441, n. 2.)
3. Chroň. de la Pucelle, éd. V. de Viriville, p. 222.
4. Sur les circonstances de la surprise d'Ivry, ultérieurement, Annexe.
5. Chartres, conquis au parti bourguignon dans l'automne de 1417, au moment
de la grande démonstration de Jean Sans-Peur vers la région de Paris, avait
passé sans secousse à la domination anglaise par le traité de Troyes en 1420. Dans
l'été de 1421, la ville avait été fortement assiégée et serrée de près par l'armée
du dauphin Charles, qui avait dû se retirer à l'approche de Henry V, lequel, la
ville débloquée, alla prendre Dreux. (H. de l'Épinois, Histoire de Chartres,
t. II, ch. xvi, p. 69-75.) DANS LA HAUTE NORMANDIE. 435
non plus d'un simple château fort, mais d'une grande ville fermée,
paraît n'avoir jamais connu de récit. En l'année où elle a lieu,
critique entre toutes, elle doit se replacer au rang qui lui revient.
Elle a droit d'inscription parmi les épisodes de ce temps les plus
dignes de mémoire1.
D'autres approches de Paris, vers cette époque encore, ont été
quelque temps menacées par l'occupation de Beaumont-sur-Oise.
Dès le mois de septembre au moins, Beaumont2, le point de
passage précieux de l'Oise, le seul entre l'Isle-Adam3 et Greil4,
avec son fort château, son curieux pont-forteresse disposé pour
recevoir les habitants en refuge5, a été enlevé par un parti fran
çais6. Coup réussi sans doute par quelque troupe sortie des coins
de la Champagne où se maintient encore la défense, du comté de
1. La seule chronique qui mentionne le fait est la chronique picarde ano
nyme, œuvre inédite en grande partie, connue sous le nom de Chronique des
Cordeliers. (Bibl. nat., ms. fr. 23018, fol. 445.) Le passage, qui fait tableau, est
à citer textuellement :
« En cel an (1423), le jour de la my-aoust, sur point de heure de mienuit
allant sur le jour, arrivèrent les Armignas à Chartres, et entre deux ghés com-
menchèrent à monter sur les murs pour prendre la ville, mais ils furent reca-
chiés telement qu'il ne y meffeirent riens. Et y en eubt xx prins, qui furent
decolez et escartelez parce qu'il confessèrent qu'il avoient tous conclud de
mettre à l'espée hommes et femmes et eniï'ans sans nulluy déporter. »
La mention des Armagnacs fait voir qu'il s'agit de réguliers et non de par
tisans. L'expression d'écartelés doit s'entendre d'un dépeçage après décapitation
et de l'exhibition de ces sinistres débris en lieu public, mesure qui accompag
nait si souvent alors les exécutions pour imputation de trahison.
2. Beaumont-sur-Oise, sur la rive gauche de l'Oise (Seine-et-Oise, cant, de
risle-Adam).
3. Le château de l'Isle-Adam, dans une des îles de l'Oise, avec ses ponts
(Seine-et-Oise, ch.-l. de cant., arr. de Pontoise).
4. Creil, dans une île et sur la rive gauche de l'Oise (Oise, ch.-l. de cant.,
arr. de Senlis).
5. Ce détail intéressant est donné par un document contemporain, en date
de 1427, qui décrit ainsi les défenses de Beaumont : « Et y avoit ung chastel
qui estait fait pour la garde du pont principalement et le passage qu'il fait
garder, et y a pont grant et spacieux pour recevoir les habitans en refuge. »
(Arch, nat., XU4794, fol. 244.)
6. Pris par les Bourguignons dans les premiers jours de septembre 1417,
repris peu après, le 30, par les Armagnacs (Religieux de Saint-Denis, éd. Bel-
laguet, t. VI, p. 112-114 et 136), redevenu Bourguignon à ce qu'il semble, à la
suite de la surprise de Paris en mai 1418 (Journal d'un Bourgeois de Paris,
éd. Tuetey, p. 167, la place franco-bourguignonne en mars 1420), le château de
Beaumont avait passé aux Anglais par l'eifet du traité de Troyes, en 1420. 436 LA GUERRE DE PARTISANS
Guise1 ou de l'enceinte naturelle du Tardenois2, comme, quelques
mois plus tard, s'exécuteront les surprises de Ham3 et de Com-
piègne4. Les nouveaux occupants de Beaumont, en rayonnant de
la tête de pont qu'ils possèdent, peuvent se répandre dans le Beau-
vaisis, dans le Vexin et, devant eux, vers Paris même, distant
de dix lieues à peine. Mais, en novembre, ils ont déjà perdu la
place, et le château, démoli par ordre exprès du duc de Bedford,
ne présente plus que des ruines sans abri5.
Mieux servis par la fortune, leur adresse ou la connivence
intérieure, les « eschielleurs » d'Ivry ont gardé leur conquête,
ont pu s'y fortifier en maîtres, et, de ce réduit convoité, solide et
bien pourvu, se jettent sur toutes les routes, entre le pays nor
mand, les plaines chartraines et la direction de Paris.
Ivry est à Arthur de Bretagne6, comte de Richmond7, qui
figure encore, à cette heure, dans les rangs anglais8, mais dont
1. Sur la guerre dans le comté de Guise, voir ci-après.
2. En Tardenois, entre Marne et Aisne, des garnisons françaises occupent
encore, en 1423, la Ferté-Milon, Nesle-en-Tardenois, Fère-en-Tardenois (Aisne,
arr. de Château-Thierry). La Ferté-Milon est repris en janvier 1423; Nesle et
Fère tiennent jusqu'au 30 août 1424. (Chronique dite des Cordeliers, ms.
fr. 23018, fol. 432, 449.)
3. 13-15 octobre ou 13-15 décembre 1423. (Voir ci-après, les Nobles normands
et picards.)
4. 2 janvier 1424. (Voir ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises.)
5. La Chronique dite des Cordeliers, sous la rubrique de septembre 1423,
porte cette mention : « En ce temps fu le chastel de Beaumont-sur-Oise en partie
abbatu et mis jus par acord du régent et du conseil de France. » (Ms. fr. 23018,
fol. 442 v°.) Monstrelet mentionne le fait, vers la même époque à peu près,
mais sans rien préciser. (Éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 173.) Le Bourgeois de
Paris signale la démolition en novembre, mais en 1422. (Éd. Tuetey, p. 181.)
C'est tout à fait par erreur que les auteurs de l'Histoire de Bourgogne placent
la prise et la reprise de Beaumont en février 1424, immédiatement après le
départ de Philippe le Bon de Paris pour les conférences d'Amiens, affirmation
reproduite souvent depuis par plusieurs historiens. (Hist, de Bourgogne, t. IV,
p. 87-88 ; cf. p. 86 et 89.) Les faits des années 1423 et 1424 sont du reste l'ob
jet de constantes interversions dans ce volume, qui est, on le sait, l'œuvre des
continuateurs de D. Plancher.
6. Second fils de Jean IV, duc de Bretagne, frère du duc régnant Jean V, né
en 1393, connétable de France en 1425, duc de Bretagne, sous le nom d'Ar
thur III, en 1456, mort en 1458.
7. C'est de Richmond en Angleterre, dans le comté d'York, tenure féodale
depuis longtemps en possession des ducs de Bretagne, que vient le titre déf
iguré sous lequel le connétable de Richemont est plus généralement connu.
(Achille Le Vavasseur, notes de Guillaume Gruel, p. 1, n. 1.)
8. Arthur de Bretagne, fait prisonnier à Azincourt en 1415, est libéré par un DANS LA HAUTE NORMANDIE. 437
le détachement prochain se laisse déjà pressentir1. La comté
d'Ivry a été créée pour lui par Henry V, à son retour de la cap
tivité qu'il subit depuis la journée d'Azincourt, et, depuis l'an 1421 ,
il tient en fief, du roi étranger, cet apanage démembré de la terre
de France2.
traité particulier du 22 juillet 1420, en vertu duquel il devient l'allié et le vas
sal de Henry V. (Achille Le Vavasseur, notes de Gruel, p. 22, n. 3.) Depuis, il
sert dans l'armée anglaise, aux sièges de Melun, de Meaux, de juillet 1420 à
juin 1422. {Ibid., p. 25, n. 1, 2, p. 27, n. l.),En juillet 1422, il passe en Bretagne,
où il réside au moment de la mort de Henry V à Vincennes, le 31 août. (Ibid.,
p. 27, n. 1, p. 28, n. 1.)
1. Après la mort de Henry V, qui le délie de son serment personnel, Arthur
de Bretagne ne participe plus à aucune opération de guerre anglaise. Sorti de Bre
tagne pour figurer, avec son frère le duc Jean VI, aux négociations de la triple
alliance d'Amiens, en avril 1423, — marié, en octobre suivant, à Marguerite de
Bourgogne, l'aînée des sept sœurs de Philippe le Bon, veuve du dauphin Louis,
duc de Guyenne, frère aîné de Charles VII, mort en 1415, — il prend encore
part, en mars 1424, à Amiens, au conseil tenu par les ducs de Bedford et de
Bourgogne. {Gruel, éd. Achille Le Vavasseur, p. 28-31.) C'est son dernier acte
d'adhésion officielle au système anglais.
En février 1424, se rendant de Bourgogne à Amiens, il séjourna quelque
temps à Paris avec son beau-frère Philippe le Bon. (Achille Le Vavasseur,
notes de Gruel, p. 32, n. 1.) Est-ce à ce moment qu'il faudrait placer, d'après
l'allusion assez vague de dom Plancher {Hist, de Bourgogne, t. IV, p. 87;
cf. Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 475, répété par Fenin, éd. de
M11" Dupont, p. 204), son premier dessein d'abandonner la vassalité de l'Angle
terre? Toujours est-il que, d'Amiens, après les conférences de mars 1424, il
rentre par mer en Bretagne, abri sûr qu'il se décide seulement à quitter pour
venir trouver Charles VII à Angers, le 20 octobre 1424 : l'épée de connétable
lui est définitivement remise à Chinon, le 7 mars 1425. (Gruel, éd. Achille Le
Vavasseur, p. 32-36, 32, n. 1, 34, n. 1.)
2. La Chronique de Normandie place expressément l'hommage de la comté
d'Ivry, rendu par Arthur de Bretagne à Henry V, dans la salle du château de
Rouen, pendant le cours ou à la fin de la session des États de Normandie tenue en
janvier 1421. (Éd. Hellot, p. 64, notes, p. 184; cf. Ch. de Beaurepaire, des États de
Normandie sous la domination anglaise, p. 15.) La seigneurie d'Ivry, dont les
possesseurs portaient le titre de barons depuis le milieu du xiv° siècle, était
érigée à cet effet en comté par le roi anglais (Longnon, les Limites de la France,
p. 62) : elle appartenait à l'ancienne famille d'Ivry (La Roque, Hist, de la mai
son d'Harcourl, t. II, p. 1838-1843), sur les représentants de laquelle elle était
ainsi confisquée. Un acte du 17 janvier 1421, relatif à l'élargissement de Riche-
mont, ne le qualifie pas encore de comte d'Ivry. (Rymer, Fœdera, t. II, part, in,
p. 199.) Le premier document qu'on possède lui donnant ce titre paraît être
un acte du 29 novembre suivant. (Ibid., part, iv, p. 43.) La liste des places
conquises par Henry V porte à Ivry, comme capitaine, d'abord Humphrey, due
de Glocester, frère du souverain, puis, « Arthur de Bretagne, comte par don du v LA GUERRE DE PARTISANS 438
L'écuyer breton Pierre Glé, capitaine du château au moment
de la surprise1, n'a pu être appelé à ce poste de confiance qu'avec
son assentiment, sinon sur sa présentation même2. Cette obser
vation, qu'autorise pleinement, à ce qu'il semble, la nationalité
de ce commandant de place, peu remarquée jusqu'ici3, offre une
importance dont les oscillations du prince breton, son humeur
ondoyante et les desseins ambigus qu'il commence peut-être à
méditer aident à saisir le sens et la valeur.
Pierre Glé, dès cette époque, est marié à Adine de Soyécourt,
fille de Charles de Soyécourt, de la maison picarde de ce nom,
seigneur de Mouy en Beauvaisis4, mort à Azincourt en 14155.
Ce mariage le faisait beau-frère6 d'un Bourguignon de marque,
Philibert de Vaudrey7, qui avait épousé Catherine de Soyécourt,
roy. » (Rôles norm, et franc., n° 1359.) Un acte de Henry VI, en date de Paris,
le 12 juillet 1427, dépouilla définitivement le connétable de la « comté, terre,
seigneurie et baronnie d'Ivry, » et les donna à John Holland, comte de Hunt
ingdon. (Arch, nat., JJ 173, n° 752, cité par Longnon, les Limites de la France,
p. 67.)
n° 1.442.) Fait résultant de la lettre de rémission citée ci-après. (Arch, nat., JJ 172,
2. La Geste des nobles dit textuellement, en parlant de la prise d'Ivry (que
cette chronique relate à l'occasion du siège et de la journée de 1424) : « Gérault
de la Paillière cellui an conquist Yvry par aguet, que tenoit le conte de Riche-
mont. » (Éd. V. de Viriville, p. 196.) On vient de voir également que la liste
des places anglaises mentionne expressément Arthur de Bretagne comme capi
taine en titre du lieu. (Rôles norm, et franc., n° 1359.)
3. Il paraît difficile que Pierre Glé, Breton et non Anglais, comme le porte
cependant la savante édition du Journal d'un Bourgeois de Paris (p. 191, n. 2),
n'appartienne pas à la famille bretonne des Glé, dont on rencontre des repré
sentants dès le début du siècle précédent et qui a possédé, vers le xv° siècle,
la seigneurie de la Besnerais (Ille-et- Vilaine, cant, de Montfort, comm. de
Pleumeleuc). On trouve, à cette époque, Perrot Glé, sire de la Besnerais, occu
pant la charge de commis aux réformations, de 1423 à 1441. (Pol Potier de
Courcy, Nobiliaire et armoriai de Bretagne, 2e éd.; Nantes, 1862, 3 vol. in-4°,
au mot Glé; Dom Morice, Hist, de t. II, col. 1197; Bibl. nat., Cab.
des Titres, Dossiers bleus, Glé.)
4. Sur la branche des sires de Mouy, de la maison de Soyécourt, P. Anselme,
Hist, généal., t. VIII, p. 526-527. — Soyécourt, en Santerre (Somme, cant,
de Chaulnes). — Mouy, en Beauvaisis, sur le Thérain, entre Beauvais et Creil
(Oise, çh.-l. de cant., arr. de Clermont).
5. Sur Charles de Soyécourt, P. Anselme, loc. cit., p. 526.
6. Ibid., id.
7. Sur Philibert de Vaudrey, mort en 1452, voir Bibl. nat., Cab. des Titres,
Dossiers bleus, Vaudrey; P. or., Vaudrey, n° 2. C'est à son fils, Artus de LA HAUTE NORMANDIE. 439 DANS
sœur d'Adine, nées toutes deux du premier mariage de leur père
avec Isabelle de Châtillon1. Or, Philibert de Vaudrey figure lui
aussi, à ce moment même et depuis, dans la plus confiante inti
mité d'Arthur de Bretagne2. Adine et Catherine ont pour
frère Jacques de Soyécourt, seigneur de Mouy3, sur qui plane
aussi, à son heure, un soupçon de défection dont on verra
l'effet4. Tous ces alliés se rattachent, en Picardie, en Vexin, en
Vaudrey, que revint la seigneurie de Mouy en Beauvaisis, qui se continua dans
sa descendance.
1. P. Anselme, Hist, génëal., t. VI, p. 114, et du Chesne, Histoire de la
maison de Chaslillon- sur -Marne, p. 576, 576-578, 578-579.
2. On voit en effet Philibert de Vaudrey, venu de Bourgogne, passé en Bre
tagne avec Richemont, à la suite des entrevues d'Amiens, après le mois de
mars 1424, envoyé de là en ambassade auprès de Philippe le Bon, en octobre
suivant, à ce qu'il paraîtrait, pour solliciter le consentement du duc de Bour
gogne à l'acceptation du titre de connétable, dignité que Charles VII venait de lui
offrir à Angers. (Gruel, éd. Achille Le Vavasseur, p. 33; cf. p. 67, n. 3.) Plus
tard, en 1426, Philibert de Vaudrey est encore chargé de missions secrètes et
délicates entre la cour de Bourgogne et Richemont. (De Beaucourt, Hist, de
Charles VII, t. II, p. 375, n. 4, 375-377; A. Desplanque, Projet ď assassinat
de Philippe le Bon par les Anglais, P. just., n° 6, p. 69.)
Sa femme, Catherine de Soyécourt-Mouy, était attachée à la personne de la
comtesse de Richemont. (A. Desplanque, loc. cit.) Lui-môme était (Arch, de la
Côte-d'Or, Joseph Gamier, Inventaire, В 11829) capitaine de Montbard (Côte-
d'Or, ch.-l. de cant., arr. de Semur), château donné, comme on sait, par Phi
lippe le Bon à sa sœur. (Arch, de la Côte-d'Or, В 48, 49, 61 ; cf. Achille Le
Vavasseur, notes de Gruel, p. 30, n. 3, p. 31, n. 1.)
Philibert de Vaudrey, impliqué dans l'accusation portée contre son beau-
frère Pierre Crié, vit lui-même ses biens confisqués en 1425. (Lettres de don
citées ci-après, Arch, nat., JJ 174, n° 226.) On verra plus loin ses relations
suivies et étroites avec la réformatrice franciscaine, Colette de Corbie, au sujet
du rôle de laquelle on discutera un témoignage caractéristique encore non
commenté.
On le retrouve plus tard dans les rangs bourguignons, — notamment en 1431
(Arch, de la Côte-d'Or, Joseph Garnier, Inventaire, В 11803; cf. 11740, 11804-
11805, 11807), avec le sire d'Aumont (Ibid., id.), dont une interprétation de
chronique pourrait aussi, vers la même époque, faire suspecter la fidélité
(ci-dessous, p. 480-482), — en 1432, avec le sire d'Aumont encore, en Picardie,
ensuite au combat de Lagny (Monstr elet, éd. Douët d'Arcq, t. V, p. 30-39),
puis à Eu (Bibl. nat., coll. Clairambault, t. 138, p. 2485, n* 42). Il devait donc,
à cette époque, être pleinement rentré en grâce.
3. P. Anselme, Hist, génëal., t. VIII, p. 527; du Chesne, Hist, de la maison
de Chaslillon, p. 578-579.
4. Sur le rôle de Jacques de Soyécourt, seigneur de Mouy, au moment de
la bataille de Verneuil, en 1424, et sur celui de Louis de Soyécourt, seigneur LA GUERRE DE PARTISANS 440
Bourgogne même, à des parentés plus suspectes encore1. Quoi
qu'il en soit, Pierre Glé, qui laisse enlever Ivry, vers août 1423,
par négligence et faute de guet, par trahison, — le fait est
reconnu, — machinée à l'intérieur de la place, soi-disant à son
insu8, ne paraît pas s'être senti la conscience bien pure ni tous
scrupules bien nets. Après avoir commencé par fuir en lieu sûr,
dans la crainte de passer en jugement, il parvient à regagner
sa grâce quelques mois plus tard, en mars 1424, par la protec
tion de ses parents et alliés, en ce moment encore fidèles de nom au
système anglais3. Feinte rentrée qui ne l'empêche pas, semble-
t-il, de repasser bientôt au parti français, dans les rangs duquel
on constate sa présence dès l'an suivant4, en 1425, à peu près en
même temps, par conséquent, qu'Arthur de Bretagne lui-même,
dont le ralliement à Charles VII est alors définitif5. Coïncidences il serait certes excessif de vouloir tirer des conclusions trop
précises, mais curieuses en tout cas à constater et méritant au
moins un regard, si l'on songe à la défection que le futur conné
table devait rendre publique, dès l'automne de 1424, et dont
peut-être, dès l'an qui précède, il préparait déjà les voies, dans
de Mouy, son frère cadet, au moment de la campagne de Paris, en 1429, voir
ci-dessous, le Choc de Verneuil et la Jacquerie normande.
1. Sur ces alliances des Soyécourt-Mouy avec les L'Isle- Adam, les d'Aumont,
les de Château villain, les de Bar, voir ci-dessous.
2. « ... Lui étant en icelui, aucuns nos adversaires, d'aguet et par traison
machinée à insu dudit Glé, y entrèrent. » Lettre de rémission citée immédiate
ment ci-après.
3. Lettre de rémission délivrée à Pierre Glé, écuyer, commis capitaine et
garde du château d'Ivry-la-Chaussée, et à Adine de Soyécourt-Mouy sa femme,
les restituant, à la requête de leurs parents et amis, en possession de leurs
biens saisis par suite de défection et d'absence. Doc. en date de Creil, le 20 mars
1424. (Arch, nat., JJ172, n° 442.)
4. Lettres de don, au nom de Henry VI, à Amélie de Nostemberg, seconde
femme et veuve de Charles de Soyécourt, seigneur de Mouy, et à son fils
mineur Louis de Soyécourt, à présent seigneur de Mouy, leur transportant
toute la part des biens appartenant, en tant qu'héritières de leur père, à Cathe
rine et Adine de filles du premier mariage de Charles de Soyécourt
avec Isabelle de Châtillon, et mariées, l'une à Philibert de Vaudrey, l'autre à
Pierre Glé, en raison de ce que lesdits de Vaudrey et Glé et leurs femmes, « de
présent... se sont rendus rebelles et désobéissants et joints à nos ennemis et
adversaires. » Doc. en date de Paris, le 21 octobre 1425. (Arch, nat., JJ 174,
n« 226.)
5. Arthur de Bretagne, comme on l'a vu, reçoit l'épée de connétable le
7 mars 1425. LA HAUTE NORMANDIE. <Ш DINS
les détours compliqués et tortueux de son caractère et de sa poli
tique1.
Géraud de la Pallière est donc installé dans Ivry2, au passage
de l'Eure, entre Dreux et Расу, à l'extrême limite de la Normand
ie, menaçant Évreux, coupant Dreux de Mantes et pouvant se
lancer vers la région parisienne3. La ligne de l'Eure, entre Dreux
et Chartres, par Nogent-le-Roi4, est toute aux mains de l'inva
sion étrangère. Celle de l'Avre, de Dreux à Verneuil3, par Til-
lières-sur-Avre6, lui appartient aussi, renforcée de Châteauneuf-
en-Thimerais7, des lieux forts de Crécy-Couvé8, de Courville9 et
de Maillebois10. Mais un coin français du côté du Perche s'enfonce
vers Ivry avec Senonches11, Beaumont-les- Autels18 et Nogent-le-
Rotrou, têtedel'arcde cercle qui, parBonneval13et Châteaudun 14,
1. Arthur de Bretagne, comme on l'a vu, cesse tout rapport avec le gouver
nement anglais en mars 1424 et va trouver Charles VII à Angers en octobre.
Pendant l'été de 1423, il réside en Bourgogne, occupé des préparatifs de son
mariage avec Marguerite de Bourgogne, conclu en octobre.
2. Ivry, sur la rive gauche de l'Eure et de ses îles, presque en face le débou
ché de la Vesgre (Eure, cant, de Sain t- André) , portait autrefois le nom d'Ivry-
la-Chaussée. La ville a reçu depuis la désignation d'Ivry-la-Bataille, en souve
nir de la victoire de Henri IV en 1590. Le nom de La Chaussée-d'Ivry, qui
pourrait prêter à quelque confusion, est actuellement porté par un village
(Eure-et-Loir, cant. d'Anet) situé sur la rive opposée de l'Eure, au débouché
de la Vesgre, le long de la route qui prolonge les ponts d'Ivry.
3. Sur l'effet produit dans Paris par la prise d'Ivry, voir Journal d'un Bourg
eois de Paris, éd. Tuetey, p. 191.
4. Sur Nogent-le-Roi et les petites places nommées ci-après, voir, sauf except
ion, ultérieurement, Annexe 5.
5. Verneuil-en-Perche, aujourd'hui Verneuil-sur-Avre (Eure, ch.-l. de cant.,
arr. d'Évreux).
6. Tillières-sur-Avre, à deux lieues environ au-dessous de Verneuil (Eure,
cant, de Verneuil).
7. Châteauneuf-en-Thimerais, entre Avre et Eure (Eure-et-Loir, ch.-l. de
cant., arr. de Dreux).
8. Crécy-Couvé, entre Avre et Eure (Eure-et-Loir, arr. de Dreux).
9. Courville, à la lisière du Petit-Perche, dans la haute vallée de l'Eure
(Eure-et-Loir, ch.-l. de cant., arr. de Chartres).
10. Maillebois, entre Eure et Avre cant, de Châteauneuf-en-
Thimerais).
11. Senonches, à la lisière du Haut-Perche (Eure-et-Loir, ch.-l. de cant., arr.
de Dreux), alors en cet endroit la plus avancée des places françaises.
12. Beaumont-les-Autels, sur la route de Nogent-le-Rotrou à Bonneval (Eure-
et-Loir, cant. d'Authon, arr. de Nogent-le-Rotrou).
13. Bonneval, sur le Loir, à quatre lieues environ au-dessus de Châteaudun
(Eure-et-Loir, ch.-l. de cant., arr. de Châteaudun), alors en cet endroit la
plus avancée des places françaises.
14. Sur Châteaudun, voir ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises.

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