Étude archéologique - article ; n°1 ; vol.33, pg 185-192

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Gallia préhistoire - Année 1991 - Volume 33 - Numéro 1 - Pages 185-192
During the 1985-1986 winter, five fairly scattered individual inhumations burials, three of which are definitely chalcolithic, were excavated in the Boucle du Vaudreuil, a meander of the lower Seine.
Two of them (3 and 4) could not be dated. Grave goods of the beaker type accompanied burials 1 and 2, in which the skeletons were lying in a flexed position.
Burial 5, which had no associated artifacts, consisted of an adult and two perinatal children. Radiocarbon dating, carried out on the bones from burials 2 and 5, enables us to situate them chronologically (GIF 7456 : 3760 ± 90 BP ; GIF 7457 : 3880 ± 70 BP).
Au cours de l'hiver 1985-1986, cinq sépultures individuelles relativement dispersées, dont trois sont sûrement chalcolithiques, ont pu être fouillées dans la Boucle du Vaudreuil, méandre de la basse Seine.
Deux d'entre elles (3 et 4) n'ont pu être datées. Les défunts des sépultures 1 et 2 en position fléchie couchée sur le côté sont accompagnés de mobilier funéraire de type campaniforme.
La sépulture 5 sans mobilier comprend un adulte et deux enfants périnataux. Une datation absolue 14C a été réalisée sur les ossements des sépultures 2 et 5 et permet d'établir leur proximité chronologique (GIF 7456 : 3760 ± 90 BP ; GIF 7457 : 3880 ± 70 BP).
8 pages
Publié le : mardi 1 janvier 1991
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Etienne Mantel
Étude archéologique
In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 185-192.
Abstract
During the 1985-1986 winter, five fairly scattered individual inhumations burials, three of which are definitely chalcolithic, were
excavated in the Boucle du Vaudreuil, a meander of the lower Seine.
Two of them (3 and 4) could not be dated. Grave goods of the beaker type accompanied burials 1 and 2, in which the skeletons
were lying in a flexed position.
Burial 5, which had no associated artifacts, consisted of an adult and two perinatal children. Radiocarbon dating, carried out on
the bones from burials 2 and 5, enables us to situate them chronologically (GIF 7456 : 3760 ± 90 BP ; GIF 7457 : 3880 ± 70 BP).
Résumé
Au cours de l'hiver 1985-1986, cinq sépultures individuelles relativement dispersées, dont trois sont sûrement chalcolithiques, ont
pu être fouillées dans la Boucle du Vaudreuil, méandre de la basse Seine.
Deux d'entre elles (3 et 4) n'ont pu être datées. Les défunts des sépultures 1 et 2 en position fléchie couchée sur le côté sont
accompagnés de mobilier funéraire de type campaniforme.
La sépulture 5 sans mobilier comprend un adulte et deux enfants périnataux. Une datation absolue 14C a été réalisée sur les
ossements des sépultures 2 et 5 et permet d'établir leur proximité chronologique (GIF 7456 : 3760 ± 90 BP ; GIF 7457 : 3880 ±
70 BP).
Citer ce document / Cite this document :
Mantel Etienne. Étude archéologique. In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 185-192.
doi : 10.3406/galip.1991.2291
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1991_num_33_1_2291Ill
LES SÉPULTURES DES PETITS PRÉS ET DU CHEMIN DES VIGNES
À LÉRY (EURE)
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE
par Etienne MANTEL
Résumé
Au cours de l'hiver 1985-1986, cinq sépultures individuelles relativement dispersées, dont trois sont sûr
ement chalcolithiques, ont pu être fouillées dans la Boucle du Vaudreuil, méandre de la basse Seine.
Deux d'entre elles (3 et 4) n'ont pu être datées. Les défunts des sépultures 1 et 2 en position fléchie couchée
sur le côté sont accompagnés de mobilier funéraire de type campaniforme.
La sépulture 5 sans mobilier comprend un adulte et deux enfants périnataux. Une datation absolue 14C a
été réalisée sur les ossements des sépultures 2 et 5 et permet d'établir leur proximité chronologique (GIF 7456 :
3760 ± 90 BP ; GIF 7457 : 3880 ± 70 BP).
Abstract
During the 1985-1986 winter, five fairly scattered individual inhumations burials, three of which are definitely
chalcolithic, were excavated in the Boucle du Vaudreuil, a meander of the lower Seine.
Two of them (3 and 4) could not be dated. Grave goods of the beaker type accompanied burials 1 and 2, in which
the skeletons were lying in a flexed position.
Burial 5, which had no associated artifacts, consisted of an adult and two perinatal children. Radiocarbon
dating, carried out on the bones from burials 2 and 5, enables us to situate them chronologically (GIF 7456 :
3760 ± 90 BP; GIF 7457 : 3880 ± 70 BP).
Mots-clefs : Les Petits Prés, Le Chemin des Vignes, Léry (Eure), Campaniforme, Chalcolithique, sépultures.
Key-words : Les Petits Prés, Le Chemin des Vignes, Léry (Eure), Beaker, Chalcolilhic, graves.
Les éléments dont nous disposons actuellement région, la Boucle du Vaudreuil sur la Seine près de la
pour apprécier l'impact et l'évolution de la culture confluence avec l'Eure, donne un intérêt supplémen-
campaniforme dans le Bassin Parisien sont suffisam- taire à la fouille de Léry, dans la mesure où elle
ment rares pour qu'une découverte nouvelle retienne amène à poser les principales questions de la problé-
toute notre attention. La concentration de plusieurs matique relative au Campaniforme.
gisements paraissant contemporains dans une micro- Les vestiges d'une occupation dans la Boucle du 186 ETIENNE MANTEL
rées chronologiquement, elles forment un groupe Vaudreuil aux époques néolithique et protohisto
extrêmement dispersé qui s'étale sur une zone de rique sont importants, tant par leur bonne conserva
300 m de long et 40 m de large. Elles sont à rattation que par leur densité. Sur une zone de quelques
kilomètres carrés, on peut signaler une allée couverte cher, en toute vraisemblance, à l'habitat campani
détruite à la fin du siècle dernier (1874-1878) au lieu- forme fouillé au printemps 1987 par C. Billard (cf.
supra, p. 140), situé environ 400 m à l'est, légèrdit Les Vignettes, deux sépultures collectives fouil
ement en contrebas dans la zone des chenaux. lées par G. Verron à Porte-Joie en 1968-1971, des
sépultures isolées d'époques variées, dont certaines
se rattachent aux périodes postrubanées, et de nom Sépulture 1 breux restes de structures d'habitat protohistorique,
fouillées à Léry par G. Verron en 1973-1974, au lieu- II s'agit d'une inhumation en fosse, creusée dans dit Le Chemin du Port. Pour ces raisons les Direc un limon sableux jaune, dont les contours n'ont pu tions des Antiquités historiques et préhistoriques se être observés en raison de la similitude du remplis
sont considérablement investies dans cette zone. Le sage de la fosse et du substrat. renforcement des deux directions en 1985 a permis Le squelette, orienté nord-ouest/sud-est, est d'établir une surveillance systématique des carrières couché sur le côté droit, les bras et les jambes en et de mener des interventions en commun. C'est ainsi position fléchie ; les mains étaient peut-être initialque s'est ouvert fin 1985 un chantier aux lieux-dits ement devant le visage. Enfoui très peu profondéLes Petits Prés et Le Chemin des Vignes, sur la basse ment (environ 40 cm), le squelette a été endommagé terrasse de la Seine dans la moitié nord de la Boucle par les labours. La région temporale gauche du
du Vaudreuil, non loin de la confluence de l'Eure. crâne, la moitié des os du pied gauche et une partie A cet endroit, la basse terrasse est constituée de de la poterie qui accompagnait le défunt ont été
gros galets (qu'exploitent les carriers) déposés en pé arrachées par la charrue (fig. 33). riode glaciaire, et traversée par plusieurs cours d'eau D'après l'étude anthropologique (cf. infra, qui y ont creusé des chenaux. Ces derniers, comblés p. 193), le défunt était une femme de 30 à 35 ans, ensuite par des sédiments fins (sables, limons et d'une taille de 1,55 m. argiles), ne sont plus visibles dans le paysage actuel, Le dépôt funéraire comprend, outre un gobelet mais ont dû conditionner l'implantation de zones non décoré déposé devant les membres inférieurs, un d'habitat ou d'activités à l'époque néolithique. collier de boutons hémisphériques en os à perforation
L'opération des Petis Prés a été menée conjoin en V, localisés autour du cou. Malheureusement, tement par les équipes historiques et préhistoriques9. l'action des animaux fouisseurs ne permet pas de C'est à l'issue du décapage de la terre arable sur une préciser sa position exacte et ses rapports éventuels première zone de 5000 m2 qu'est apparue la pre avec les membres supérieurs. Plusieurs de ces bou
mière tombe campaniforme dans un secteur pauvre tons ainsi que les métacarpes, et même une rotule, en vestiges archéologiques. Le décapage et la fouille ont été dispersés dans toute la partie antérieure du
se sont poursuivis ensuite sur plus de 1,5 ha, et ont squelette. amené la découverte de cinq sépultures. Comme nous La datation 14C effectuée sur un échantillon du
le verrons, certaines perturbations liées à la présence squelette10 a donné: GIF 7456: 3760 ± 90, soit
d'un site d'habitat de La Tène finale et de la période [2452-1956 avant J.-C] en datation calibrée. gallo-romaine, ou bien à l'activité de petits fouis
seurs ne sont pas à négliger dans l'interprétation
générale des sépultures. Sépulture 2
Localisée 190 m à l'ouest de la sépulture 1, dans
le complexe de structures protohistoriques et gallo- LES SÉPULTURES
romaines (fouillé par F. Carré), la fosse de cette
seconde sépulture a été décelée sans grande diffiAu nombre de cinq, dont deux ne sont pas
culté. Son remplissage de limon sableux gris-jaune se
9. Nous remercions M. D. Bayard pour sa participation
efficace à l'élaboration de cet article ainsi que Mlle FI. Carré et
son équipe qui par leur présence continue sur le terrain lors des 10. Détermination de Mme G. Delibrias, Laboratoire de
décapages ont permis la localisation de la majorité des sépul radiocarbone, Centre des Faibles Radioactivités, 91190 Gif-
sur- Yvette. tures. DE LA BASSE VALLÉE DE LA SEINE 187 CAMPANIFORMES
détachait de l'horizon naturel de limon sableux plus
jaunâtre.
De forme ovalaire, elle mesure 1,50 m dans son
grand axe et 1,25 m dans son petit axe, sa profon
deur atteint 0,50 m. Les parois sont verticales, des
angles arrondis marquent la liaison avec le fond plat.
Comme le squelette, elle est orientée nord-ouest/sud-
est (fig. 34).
Scellée par une couche protohistorique d'une
quinzaine de centimètres (fin de La Tène), la fosse a
été recoupée au nord-ouest, dans sa partie supé
rieure, par un fossé gallo-romain de la première moit
ié du Ier siècle après J.-G. dans lequel fut découvert
une petite hache en roche verte, et qui a entraîné la
destruction partielle du gobelet déposé dans la
tombe.
Le défunt était un adolescent de 15 à 18 ans
mesurant 1,53 m dont le corps reposait sur le côté
droit, les bras et les jambes en position fléchie semi-
forcée, les deux mains enserrant le visage.
Le dépôt funéraire qui se trouvait en totalité
derrière la tête comprend :
• 1 gobelet campaniforme décoré ;
• 1 petit bol de facture plus grossière ;
• 4 pendeloques cannelées en os, dont 2
comportent une perforation à l'une des extrémités et
une qui est fracturée ;
• plus de cent dentales disposées en petits tas
(fig. 34);
.11 coquilles de gastéropodes.
Quelques fragments de poteries et éclats de silex
résiduels étaient mélangés à la terre de remplissage
de la fosse. Bien que difficilement identifiables, ils
peuvent cependant être attribués au Néolithique au
sens large du terme.
Sépulture 3
Distante d'une vingtaine de mètres de la sépul
ture 2, elle a été découverte dans le même contexte.
Elle se situe également à la base de la couche d'habi
tat de la fin de La Tène, constituée d'un limon
sableux brun. Mais comme pour la sépulture 1,
aucun contour de la fosse n'a pu être observé. Q o Q De nombreux éléments témoignent du boulever
sement de la sépulture à l'époque de La Tène, au o point qu'il est difficile de préciser la position du
corps. En effet, la partie inférieure du thorax ainsi
que le bassin ont disparu et il n'est pas certain que Fig. 33 — Léry, Les Petits Prés 2. Sépulture 1 et son mobilier.
!3 ETIENNE MANTEL 188
■<Z2>
céramique
silex
25 cm d: d h « f dentale
Fig. 34 — Léry, Les Petits Prés 2. Sépulture 2 et son mobilier.
céramique abondant, de la fin de La Tène, était mêlé les deux fémurs fragmentés, retrouvés un peu plus
aux ossements de sorte qu'il est difficile de se proloin, soient en place (fig. 35).
noncer aujourd'hui sur la datation de la tombe. En fait, seule la partie supérieure du corps
semble avoir échappé à tout bouleversement.
D'après ces seuls éléments on peut supposer que
le corps était allongé sur le dos, selon une orientation Sépulture 4 est-ouest, la tête tournée vers la gauche, les bras
légèrement fléchis. Il appartiendrait à un homme de
Découverte dans une zone jugée archéologique- 30 à 40 ans d'une taille de 1,65 m.
Aucun dépôt funéraire n'a été reconnu. Par ment peu sensible, elle a été détruite presque int
égralement lors des décapages intermédiaires. contre, un mobilier osseux (animal et humain) et CAMPANIFORMES DE LA BASSE VALLÉE DE LA SEINE 189
deux petits squelettes « côte à côte » (la coloration gri
sâtre de leurs ossements diffère de ceux des adultes
d'aspect jaunâtre). Tous deux, dans un bon état de
conservation, sont couchés sur le dos. Dans un cas, la
flexion des avant-bras a pu être constatée ; les
membres inférieurs des deux petits individus ont été
disposés plus ou moins obliquement par rapport à
leurs troncs de façon à ne pas recouvrir, même par
tiellement, les membres de l'adulte (fig. 36). La pré
sence de quelques phalanges ordonnées de la main
gauche de l'adulte qui entrecoupent le fémur et le
tibia d'un des enfants, ainsi que l'observation pré
cédente, tendent à prouver que les trois individus
ont été inhumés ensemble, ou dans un espace de
temps très court. L'adulte ayant été mis le premier
en terre, les enfants ensuite.
L'étude anthropologique a confirmé que nous
étions en présence d'une jeune femme d'un âge
compris entre 18 et 25 ans mesurant 1,58 m,
accompagnée de deux fœtus arrivés à terme.
Une patelle et une vertèbre de salmonidé11
Fig. 35 — Léry, Les Petits Prés 2. Sépulture 3.
Seuls quelques fragments d'ossements humains,
laissant supposer une orientation est-ouest, mêlés à
des tessons de céramique, ont été recueillis dans un
niveau de limon sableux jaune. L'étude anthropolo
gique a permis de définir un peu mieux le sujet : une
femme jeune. Par contre les tessons à pâte noire bien
cuite, à la surface extérieure variant du rouge au
noir, interdisent une datation plus précise que la pé
riode protohistorique.
Sépulture 5
Découverte après un premier décapage à la
niveleuse, la sépulture 5 a subi quelques dommages :
taux de fragmentation élevé et déplacement de la
boîte crânienne, des fémurs et du bassin. Les
contours de la fosse creusée dans le limon sableux
brun clair n'ont pas pu être observés. Malgré ces
lacunes, elle est particulièrement intéressante dans la 25 cm
mesure où elle rassemble les squelettes d'un adulte et
de deux nourrissons. Fig. 36 — Léry, Les Petits Prés 2. Sépulture 5.
Orienté ouest-est, le corps de l'adulte est couché
sur le côté droit, le bras droit et les jambes en posi
tion fortement repliée, la main droite ramenée au
niveau du maxillaire inférieur et le bras gauche par 11. Détermination de M. Y. -M. Paulet, Laboratoire de
tiellement fléchi (fig. 36). A droite du thorax de Biologie Marine, Faculté des Sciences, Université de Bretagne
l'adulte et parallèlement à ce dernier, se trouvent Occidentale, 29287 Brest Cedex. ETIENNE MANTEL 190
du gobelet de la sépulture 1 laisse apparaître une
meilleure finition ; son épaisseur est moindre, elle
varie entre 4 et 7 mm au lieu de 4 à 9 mm pour le
gobelet et 7 à 10 mm pour le bol de la sépulture 2.
Le gobelet de la sépulture 1
Ce vase est sans décor, à lèvre arrondie légèr
ement éversée (diamètre à l'ouverture : 145 mm), à
col rectiligne séparé de la panse tronconique par une
légère carène (diamètre : 130 mm) et le fond est plat
(diamètre : 68 mm) ; son diamètre à l'ouverture est
sensiblement égal à sa hauteur (150 mm). Son profil
rappelle les céramiques de Bernières-sur-Mer I et II,
Fig. 37 — Léry, Les Petits Prés 2. Détail de la tête du sque et celles de Tourville-la-Rivière (Verron, 1975a),
lette de la sépulture 5 en cours de démontage. La flèche toutes d'influence rhénane. blanche indique la vertèbre de salmonidé et la flèche noire, la
patelle.
Les vases de la sépulture 2
Deux offrandes céramiques accompagnaient le
défunt.
(truite ou saumon) ont été découvertes dans la région Un gobelet campaniforme décoré, à lèvre simple
buccale de l'adulte (accolée aux vertèbres cervicales éversée (diamètre à l'ouverture : 134 mm), possède
pour ce qui concerne la vertèbre de salmonidé, cf. une légère carène (diamètre : 134 mm) qui sépare le
fig. 37). col tronconique fermé de la panse légèrement globul
Une datation 14C a été effectuée sur cette sépul aire ; le fond est probablement plat (diamètre :
ture à partir d'un échantillon d'os : GIF 7457 : 68 mm; hauteur : 140 mm).
3880 ± 70 BP, soit [2607-2101 avant J.-C] en ver Le décor dérivé de l'international («phase de
sion calibrée. transition» de J. Guilaine, 1984) est composé de trois
registres décorés insérés dans quatre zones réservées.
Les bandes sont totalement traitées au peigne à
dents carrées ou rectangulaires assez épaisses (denLE MOBILIER FUNÉRAIRE
tines) et portent un décor de rayures obliques et de
chevrons, le tout séparé par des lignes horizontales. La céramique
Le premier registre, situé dans le premier tiers
supérieur du col, est composé d'une ligne de cheTrois céramiques ont été découvertes dans ces
tombes : deux gobelets dont un décoré et un bol de vrons et d'une ligne de rayures obliques. Ces der
facture assez grossière. C'est la technique du colom- nières sont séparées par cinq lignes horizontales (3-
bin qui a été utilisée. Les deux gobelets ont subi un 1-1).
Le deuxième registre, dans le 2e tiers du col, lissage externe et interne assez fin faisant apparaître
des parois lustrées. Le petit bol de la sépulture 2 est compte deux lignes de chevrons séparées par cinq
resté à l'état brut. lignes horizontales (1-2-2).
Le troisième registre, dans le 2e tiers de la panse, Les gobelets de la sépulture 2 comportent un
décor à la dentine, apposé sur la pâte encore fraîche, est matérialisé par cinq lignes horizontales.
La similitude du profil de ce gobelet avec celui tandis que le gobelet de la sépulture 1 était dépourvu
de décor. de la sépulture II de Bernières-sur-Mer est frap
Après un séchage complet, les céramiques ont pante. Le décor dans son ensemble rappellerait,
été cuites dans une atmosphère oxydante. quant à lui, les produits des régions du Nord de la
Dans son ensemble, la pâte de ces trois vases France ou rhénanes (Wallers, Soissons...).
varie peu. De couleur orangé à rouge-brun, elle est Un petit bol dissymétrique est de facture très
constituée par un limon argileux, parsemé de quel médiocre et ne porte pas de décor. Il paraît être une
ques petits fragments de calcaire (1 à 5 mm), ainsi production locale. Il comporte une lèvre à petit
que de nombreux fragments de silex brûlé (1 à 6 mm bourrelet interne (diamètre à l'ouverture : 120 mm),
pour le gobelet de la sépulture 2). La texture externe un col légèrement tronconique, une panse ovoïde et CAMPANIFORMES DE LA BASSE VALLÉE DE LA SEINE 191
un fond plat (hauteur : 70 mm). L'association de description plus approfondie. Taillées dans de l'os,
vases sans décor avec des gobelets ornés est chose elles ont la forme d'un cylindre de section circulaire
courante en Europe centrale (environ 50 %, Treinen, ou ovalaire (dans un cas) et sont décorées de cannel
1970). Elle a été peu mise en évidence en France, ures transversales. Deux des quatre pendeloques
mais il est vrai que les chercheurs français ont long comportent une perforation biconique à l'une des
temps négligé ces productions frustes pour s'attacher extrémités. La troisième, de plus grande taille, en est
essentiellement aux gobelets. La similitude des pâtes dépourvue. On ignore si la dernière, conservée seul
et les caractères du bol de la tombe 2 nous amènent à ement sur un tiers de longueur, en comportait. Leurs
supposer une origine locale pour ces productions bien dimensions sont respectivement de : 51 mm X
qu'elles intègrent des influences diverses. Il est vrai 8 mm, 13 cannelures environ; 53 mm X 9 mm,
que l'on se situe dans une phase évoluée du Gampa- 16 cannelures environ ; 54 mm X 10-14 mm, 10 can
niforme à une époque où des éléments de cette nelures; 20 mm X-7 mm, 5 cannelures.
culture commencent à être assimilés par les popula Les pendeloques en os sont assez rares dans le
tions locales (Guilaine, 1967). complexe campaniforme du Centre-Ouest. Plusieurs
ont été découvertes en France, principalement dans
le Sud-Ouest, mais on considère généralement que ce
Les éléments de parure type d'objet dénote plutôt une influence rhénane.
Les boutons perforés en V
Au nombre de 38, ils ont tous été retrouvés dans
la sépulture 1 autour de l'emplacement du cou et
Après ces descriptions, plusieurs remarques proviennent manifestement d'un collier. L'usure due
peuvent être proposées concernant les trois tombes au coulissage qui a pu être observée autour de leur
chalcolithiques, dont deux sont à coup sûr campani- perforation confirme cette interprétation.
formes. Ils sont de forme hémisphérique entre 2,5 et
Indistinctement du sexe, les trois adultes sont 5 mm : autant de caractères qui permettent de les
couchés sur le côté droit. Seuls les deux enfants intégrer dans la typologie générale (Barge, Arnal,
«mort-nés» sont couchés sur le côté gauche. 1984-1985).
Les dépôts funéraires sont placés indifféremCe type de bouton se rencontre dans les sépul
ment au pied du sujet, sur lui ou derrière lui. tures et plus rarement dans les habitats, mais tou
On note une absence de mobilier en roche dure, jours en nombre restreint, un à deux exemplaires,
de silex et de métal, à moins qu'il ne faille rattacher parfois entre six et douze (Barge, Arnal, 1984-1985);
à la tombe 2 la petite hache trouvée à quelques la découverte de Léry est donc exceptionnelle à ce
mètres de là dans le fossé gallo-romain. titre. D'autre part, aucun bouton n'a été recueilli Deux orientations ont pu être observées : nord- jusqu'ici dans les sépultures individuelles au nord et
ouest/sud-est et ouest-est. à l'est de l'Armorique. Ces objets paraissaient carac
D'aspect gracile, les sujets sont jeunes (entre 15 téristiques du Sud-Ouest de la France et du groupe
et 35 ans) et ont une taille moyenne (1,53-1,58 m). campaniforme d'Europe orientale (L'Helgouach,
La présence d'un adulte et de deux enfants 1976a). Faut-il conclure à une influence issue de ces
«mort-nés», inhumés probablement ensemble, régions et au statut particulier de la tombe de Léry
confère un caractère assez exceptionnel à la sépulou aux lacunes de la documentation existante dans
ture 5, tandis que la découverte d'une vertèbre de le Bassin Parisien sur la culture campaniforme?
poisson et d'une patelle dans la région buccale de
l'adulte reste énigmatique. La parure de la sépulture 2 Le Bassin Parisien, à la différence de l'Ouest
La sépulture 2 a livré plus de cent dentales, armoricain, est caractérisé à ce jour par des sépul
quatre pendeloques en os et onze coquilles de gasté tures individuelles isolées ou presque. Le site de Léry
ropodes situées derrière la tête à côté des deux vases. est à prendre en considération dans le cadre de cette
Ce sont probablement les vestiges d'un ou plusieurs réflexion. Les trois tombes sinon cinq qui ont été
colliers que l'on ne peut malheureusement pas découvertes étaient dispersées sur 300 m ; il ne s'agit
reconstituer. Il y a peu de choses à dire sur les den peut-être que des derniers vestiges d'une nécropole
tales ainsi que sur les sept coquilles qui sont percées. plus importante car une partie du site a été détruite
Il s'agit d'éléments de parure assez courants et aty avant l'intervention des archéologues. Les autres
piques. Les pendeloques, par contre, méritent une sépultures découvertes en Normandie ou dans le 192 ETIENNE MANTEL
Nord de la France ne faisaient-elles pas partie, elles tardif. L'habitat de Val-de-Reuil, quant à lui, a livré
des décors variés qui nous orientent vers une phase aussi, d'ensembles plus importants mais extrême
ment dispersés que les fouilles limitées n'ont pu de transition voire finale du Campaniforme.
En définitive, si la relation chronologique entre mettre mieux en évidence?
La localisation des tombes individuelles de Léry l'habitat de Val-de-Reuil et les tombes de Léry ne
à proximité d'un habitat campaniforme (à 400 m peut être précisée, stricte contemporanéité, diachro-
nisme partiel ou total, il semble bien que les élseulement) et de la sépulture collective de Porte-Joie
éments campaniformes de la sépulture collective de (à 4,5 km) où des éléments campaniformes
Porte-Joie soient un peu plus anciens (de plus, sont- côtoyaient des vestiges du Néolithique final nous
ils rattachables à l'utilisation du monument au Néolamène à nous interroger sur les relations exactes qui
ont pu exister entre ces trois gisements. ithique final ou bien à une phase de réutilisation?).
Il nous paraît en tout cas prématuré de voir Le premier élément de réponse est chronolo
gique. Chacun des trois sites a fait l'objet de data dans ces deux sites deux phases d'une évolution
funéraire qui ferait succéder à l'utilisation traditiontions 14C, dont quatre sont utilisables. Celle obtenue
sur l'habitat de Val-de-Reuil le place à l'extrême fin nelle de sépultures collectives, des sépultures indivi
du Campaniforme, ou au début de l'Age du Bronze duelles. Une telle affirmation, même si elle va dans le
(LY 4341 : 3640 ± 70 BP) et permet d'envisager l'a sens des hypothèses admises actuellement, reposerait
ssociation du site de Léry à une même occupation localement sur des données trop fragiles. Il faut nous
contenter pour le moment de rechercher d'autres humaine.
A Porte-Joie, la date proposée (4040 ± 180 BP) gisements campaniformes dans une région, la basse
Seine, qui s'est avérée en fin de compte plus riche semble un peu plus ancienne qu'à Léry, mais les
échantillons osseux qui ont servi ne correspondent qu'on ne le pensait et qui permettra peut-être d'ap
pas assurément à la réutilisation du monument par porter des éléments plus étoffés sur les contacts entre
les Campaniformes. les populations du Néolithique final et les Campanif
ormes, et le passage du Bassin Parisien à l'Ouest Le second critère, la céramique, semblerait
confirmer une légère antériorité des éléments campa armoricain.
Etienne Mantel12 niformes de Porte-Joie par rapport aux tombes de
Léry. Les fragments céramiques que l'on y a recueill
is relèvent du style international alors que le vase 12. Direction des Antiquités préhistoriques de Haute-
décoré de la tombe 2 de Léry évoque un style plus Normandie, 12 rue Ursin-Scheid, 76140 Le Petit-Quevilly.

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