Examen chronologique des chartes du cartulaire de Redon antérieures au XIe siècle [second article]. - article ; n°1 ; vol.25, pg 393-434

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1864 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 393-434
42 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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Arthur Lemoyne de La Borderie
Examen chronologique des chartes du cartulaire de Redon
antérieures au XIe siècle [second article].
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1864, tome 25. pp. 393-434.
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Lemoyne de La Borderie Arthur. Examen chronologique des chartes du cartulaire de Redon antérieures au XIe siècle [second
article]. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1864, tome 25. pp. 393-434.
doi : 10.3406/bec.1864.461983
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1864_num_25_1_461983EXAMEN CHRONOLOGIQUE
DES CHARTES DU
CARTULAIRE DE REDON
ANTÉRIEURES AU XIe SIÈCLE.
SUITE DES OBSERVATIONS GÉNÉRALES • .
Section il. — Princes bhetons (suite).
§ 4. Яшроё (851-857).
Erispoë succéda immédiatement à son père dans le royaume
de Bretagne, comme le prouve, entre autres, ce passage des An
nales de Saint-Bertin :
« 851 : NomenogiusBrittomoritur... Respogius (c'est Érispoè),
« filius Nomenogii, ad Carolum veniens in urbe Andegavorum
« datis manibus suscipitur, et tam regalibus indumentis quam
« paternse potestatis ditione donatur, additis insuper Redonibus,
« Namnetis, et Ratense 2. »
Réginon dit de son côté : » Nomenoius rex Brittonum mori-
« tur... Filius Nomenoii Herispoius regnum paternum obti-
« nuit3. » Et quoiqu'il mette cela à tort sous l'an 862, cette er
reur de date n'empêche point ce passage d'établir clairement la
transmission immédiate 'du sceptre breton des mains de Nominoë
à celles de son fils. On a vu plus haut que cette transmission,
c'est-à-dire l'avènement d'Erispoë, eut lieu dans l'espace de temps
compris entre le 8 juillet et le 22 août 85 Í .
Erispoë ne régna guère plus de six ans. Il fut tué en l'an 857
par son cousin Salomon : « Respogius dux Britonum a Salo-
Í. Voyez le commencement de ce travail, plus haut, p. 259.
2. Du Chesne, Hist. Franc. Script. III, 204 et 206.
3. Pertz, Mon. Germ, hist., I, 571.
V. [Cinquième série.) 27 394
« moue et Almaro Britouibus, diu contra se dissidentibus, interi-
« mitur, » disent les Annales de Saint-Bertin sous l'an 857 '. Et
d'autre part, Reginou, quoiqu'il mette à tort cet événement en
l'an 866, prouve nettement que Salomon succéda immédiatement
à Erispoë sur le trône de Bretagne, quand il dit : « Herispoius rex
« Brittonum a suis interfîcitur, et Salomon dux in loco ejus sub-
« rogatur 2. » Donc, s'il était possible de découvrir le jourou tout
au moins le mois de l'avènement de Salomon, ou aurait par là
même le jour ou le mois de la mort d'Erispoë.
Or le n° 254 du cartulaire de Bedon est une charte ainsi datée :
« Factum est hoc die dominico, 1111. non. novembris, anno AT,
dominante Salomone Britanniam, anni Domini DCCC.LXXII.»
(Cartul. de В., р. 205.) Donc le 2 novembre 872 appartientà la
1 5e année du règne de Salomon ; d'où il suit nécessairement que
ce règne n'avait commencé qu'après le 2 novembre 857 ; car, si
le 2 novembre 857 eût fait partie de la lre année de ce prince, le
2 872 appartiendrait forcément, non à la 15e, mais à
la 16e année de son règne.
D'autre part, le n° 213 du même cartulaire porte cette date :
« Factum est hoc pridie idus novembris, III. feria, III I. anno gu-
bernante Salomon Britanniam post obitum Erispoë. » (Cartul. de
Б., 164.)
Il s'agit de savoir si cette date représente le 12 novembre 860
ouïe 12 novembre 861. Si c'est 861, Salomon n'a commencé de
régner qu'après le 12 novembre 857 ; si c'est, au contraire, 860,
l'avènement de ce prince sera antérieur au 12 novembre. Or,
mardi 12 novembre (pridie idus nov. III. feria ) = lettre domin.
F ou GF ; 861 a pour lettre domin. E, 860 a GF. Donc c'est bien
du 12 novembre 860 qu'il s'agit ici ; donc Salomon était déjà roi
de Bretagne le 12 novembre 857; donc son avènement, et par
suite la mort tragique d'Erispoë, eut lieu dans l'un des dix jours
compris entre le 2 et le 12 novembre 857.
Quant aux formules employées pour indiquer dans nos chartes
le règne d'Erispoë , elles ressemblent beaucoup à celles de No-
minoë depuis la déclaration d'indépendance.
Ainsi nous trouvons Erispoë dominante 3, — gubernante 4 , —
1. Du Chesne, Hist. Franc. Script., III, p. 209.
2. Pertz, Mon. Germ, hist., I, 578.
3. Cartul. de R. n°» 70, 120, 127, p. 55, 91, Я7 ; App. n°\33, 34, p. 367.
4.deR. n° 162, p. 126, App. n° 42, p. 370. 395
possidente1 Brilanniam; Erispoë régnante in Britannia2 ; et
Erispoë duce3, ou principe* in Britannia. Ce qui est nouveau,
c'est une notice où ce prince est appelé roi de toute la Bretagne,
totius Britannim regem 5, et un diplôme solennel où il s'intitule
lui-même roi de la nation bretonne : Herispogius genlis Britan
nica гас6. Cette dernière pièce ne fait pas partie de notre cartu-
laire ; elle concerne l'église de Nantes ; mais il n'y a aucune rai
son d'en suspecter l'authenticité7. Il est vrai que, dans deux au
tres diplômes, Erispoë se contente d'un titre moins haut et se dit
seulement, dans l'un, «Erispoë, gratia Dei, provinciœ Britannia?
princeps 8 ; » dans l'autre, « E. princeps Britannise provincias
et usque ad Medanum flumen 9. »
Sur les vingt et quelques chartes de Redon où figure Erispoë,
il y en a quinze qui mentionnent en même temps le règne de
Charles le Chauve 10, deux l'empire de Lothaire11, et deux au
tres tout à la fois l'empire de Lothaire et le règne de Charles ' 2 .
§ 5. Salomon (857-874).
L'avènement de Salomon eut lieu, on l'a vu, du 2 au 12 no
vembre 857. Quant à sa mort, Réginon , les Annales de Saint-
1. Cartul. de R. n° 193, p. 150.
n° 172, p. 133. I. Ibid.,
3.n° 20, p. 18; App. n° 30, p. 365; el D. Morice, Pr. I, 295; 3e charto
de cette co'onne. /
4. Cartul. de R. n° 22, p. 19; App. nos 31, 34, 37, 39, pp. 365, 367, 368 et 369. т-
Le n° 26 du Cartul. (p. 22) est daté : «VI. Anno principalus, Erispoë in Britannia. »
5. Cartul. de R. App. n° 40, p. 369. Le titre de roi de Bretagne est répété jusqu'à
trois fois dans cette charte.
6. D. Morice, Pr. I, 14o et 141. Dom Morice a intercalé ce diplôme dans le texte
de la Chronique de Nantes.
7. J'ai établi l'authenticité de ce diplôme dans un mémoire inséré au Bulletin
archéologique de l'Association bretonne, t. IV, 2e partie, p. 161-172.
8. Cartul. de R. App. n° 31, p. 365.
9. Ibid., App. n° 34, p. 367.
10. « Régnante. Karolo rege, Erispoë principe in Britannia. » Cartul. de R. n° 22 ;
cf. nos 26, 70, 120, 127, 162, 172, 193; App. no> 30, 33, 34, 37, 39, 42 ; et D. Morice,
Pr. f, 295, 3e charte de la colonne.
II. Cartul. de R. n°s 20 et 35.
12. « Imperante Lothario imperatore, régnante Karolo rege, dominante Erispoë
Britanniam.» Ibid., nOs 70 et 120.
27. 396
Bertin, et en général toutes nos chroniques la mettent en 874 '.
Nous en savons même le jour précis, qui est le 25 juin. Ce Sal
omon , en effet, montra sur le trône de grandes qualités et de
grandes vertus; il expia par une mort violente le meurtre qui l'
avait fait roi. Finalement il fut "mis par les Bretons au rang des
saints, et toutes les églises sous son vocable ont constamment cé
lébré sa fête le 25 juin, jour que son antique légende, compilée
par Pierre Le Baud, indique d'ailleurs expressément comme celui
de sa mort2.
Il n'y a donc aucune difficulté sur le règne de Salomon. Mais
il importe de rechercher l'année où mourut la femme de ce
prince, appelée dans nos chartes Wenbritou Guenvret3, et dout
nos Bénédictins mettent la mort en 869 4, mais, je crois, à tort.
Elle vivait encore en 864, car une donation à Bedon, faite
« cum auc tori tate et jussu et licentia Salomonis gloriosi principis
etejus conjugis Wenbriss, » est datée du samedi 29 juillet, ving
tième jour de la lune 6, caractères qui exigent pour lettre domin
icale A ou BA, et pour nombre d'or 10. Or, sous le règne de
Salomon, ce nombre d'or ne convient qu'à, une année, 864, qui a
pour lettre dominicale BA. Cet acte est donc du 29 juillet 864.
Mais, deux ans plus tard, Wenbrit avait cessé de vivre; car le
n° 49 de notre cartulaire est une charte-notice relatant success
ivement deux donations faites par Salomon aux moines de Redon,
la première « pré anima conjugis suze Wenbrit, dum infirmare-
tur, » la seconde « postquam mor tua fuit Wenbrit1 . » La pre
mière n'est pas datée; la seconde l'est du samedi 13 juillet8, date
qui exige la lettre dominicale F ou GF. Or, sous le règne de Sa
lomon, une seule année a F, c'est 866, et une seule GF, 860.
1. Du Chcsne, Hist. Fr. Script. III, p. 246; Pertz, Mon. Germ, hist , Script. i,_
586.
2. Le Baud, Hist, de Bret , p. 121-122; cf.Lobineau, Vies des SS.de Bret., in-P,
p. 203-204.
3. Wenbrit, Cartul. de R. p. 39, 41, 61 ; Wenbris, p 45; Guenwreth etGuenwret,
p. 189. Wen ou given, blanc, blanche ; Brit, Bris ou Breth, Breton, Bretonne.
4. D. Lobineau, Hist, de Bret., I, p. 63; D. Morice, Hist, de Bret., I, p. 51.
5. Cartul. de R. p. 45.
6. «Factum est hoc. ИИ Kal. Augusti, die sabbati, luna XXma, régnante Karolo
rege, Salomone dominante in Britannia. » Cartul. de R. n° 57, p. 46.
7. Cartul. de R. p. 39.
8. a Factum est hoc III. idus julii, VII. feria, régnante Karolo rege, dominante S
alomone Britanniam. « Ibid., n° 49, p. 39. 397
Mais cette dernière est exclue, puisqu'on vient de prouver que
Wenbrit vivait encore le 29 juillet 864. Reste donc nécessaire
ment, pour date de la seconde donation du n° 49, faite après le
décès de Wenbrit, le 13 juillet 866. Mais évidemment la première
donation de cette même notice, faite pendant la maladie deWen-
brit, n'a dû précéder la seconde que d'assez peu. Nous pouvons
donc conclure que cette reine mourut en Гаи 866, avant le 13 juil
let. Il y aura lieu de tirer de cette date plus d'une conséquence,
Le cartulaire de Redon contient plus de soixante chartes datées
du règne de Salomon, dont un tiers indiquent même l'année de
ce règne. Cette indication est le plus souvent ainsi exprimée :
Anno illo principalus Sdlomonis in Britannia '. Dans un acte,
principatus est remplacé par domina tus 3. On trouve aussi : Anno
illo gubernanle Salomone Britanniam post obiium Erispoë3, et:
Dominante Britanniam, anno illo regni ejusA.
Dans les chartes qui n'indiquent que le règne de Salomon,
sans marquer l'année, la formule la plus fréquente est : Domin
ante Salomone Britanniam, on m Britannia*. D'autres fois
c'est: gubernante c , — régnante1 , — et même regente 8
— Britan- Britanniam. On trouve encore : Salomon princeps,
niseprinceps 9 — ou Britannix chu;10, et même parfois : Salomon
princeps, dux Britannix * ' . Bon nombre de chartes donnent aussi
à Salomon le titre de rex, — rex Brilannise, — rex totius Bri-
tannise x 2 .
Mais les pièces les plus curieuses à étudier sont les actes éma
nés de Salomon lui-même. Dans un diplôme en forme très-solen-
1. Voy. Cartul. de II. n°s t&, 19, 23, 24 et 204, 25, 30, 02, 78, 79, 80, p. 16, i,7,
20 et 159, 21, 30, 42, Cl, 62.
2. lbid., n° 126, p. 96.
3. Ibid., n»s 28, 213, p. 23, 164; cf. nos 54 et 149, 84, 95, pp. 44 et 119, 64, 72.
4. lbid., n°« 55, 56, 76, 240, 254, pp. 44, 45, 59, 189, 205.
5.n°3 32, 36 et 174, 37, 40, 49, 62, 63, 69, 72, 109, 114, 173, 221, 222, 234.
242, 244, pp. 26, 30 et 134, 32, 49, 50, 55, 57, 83, 83, 134, 17i, 172, 182, 193, 196,
6. lbid., n°s 44 et 140, 98, pp. 36 et 107, 75.
7. Ibid.. n°s 52> 57, 185, p. 42, 46, 143.
8. lbid., n° 104, p. 78-
9. Ibîd.,n°s 49,52,78, 105, 109, 223,240, 241, 247, pp. 39, 41, 79, 82. 172, 187?
189, 192, 188
10. lbid., nos 89, 90, 256, pp. 67, 68, 207.
11.11° 258, p. 208.
12. Ibid.,nos 21,225, 240,243, 247, 257, pp. 18, 173, 188, 194, 199, 207; et D.
Morice, Pr. I, col. 308, 2' charte de cette colonne. *
398
nelle, du 7 octobre 860, il s'intitule : Salomon gratia et bene fi-
cio Dei dux et princeps Britonum , et il souscrit : Signum
Salomonis principis \ Dans un autre, du 29 août 868 : S. gra
tia Jhi Britannicse provincise princeps ; mais il souscrit : Signum
Salomon régis Britannise2 . Dans un troisième, du 17 avril 869:
5. gratia Dei totius Britannise тадпщие partis Galliarum
princeps; il souscrit: Salomon totius Britannise princeps testis;
mais, dans le corps de l'acte, il dit agir pro totius regni Bri-
lannici stabilitate 3.
On voit que, si Salomon ne prenait pas d'ordinaire le nom
de roi, on le lui donnait assez souvent D'ailleurs, Charles
le Chauve lui avait reconnu le droit de le prendre en lui
donnant, comme autrefois à Erispoë, les insignes de la dignité
royale 4. Quant au titre de princeps magnse partis Galliarum, ce
n'est point, comme on pourrait le croire, une vaine fanfaronnade,
puisque, outre la Bretagne, Salomon avait sous sa puissance l'An
jou et le Maine jusqu'à la Mayenne5, peut-être jusqu'à la Sarthe,
le diocèse de Coutances et celui d'Avranches б , de sorte que la
Mayenne et la Vire marquaient, à l'est , les limites du royaume
breton.
Parmi les chartes de Redon, au nombre de plus de soixante,
où figure Salomon, soit comme acteur, soit comme prince régnant,
il n'y en a pas plus de dix-huit qui mentionnent simultanément
le règne de Charles le Chauve, et pas une seule qui mentionne
l'empereur régnant.
1. D. Morice, Pr. I, 314, 315, 316. Ce diplôme ne fait pas partie du cartulaire
de Redon; il concerne l'abbaye de Prum. Cf. Cartul. c?e Redon, n° 52, p. 42.
2. Cartul. de Redon, n° 240, p. 187, 188.
3. Ibid., n° 241, pp. 189, 192, 191.
4. «Ad quera (Salomonem) rex (Carolus),praemittens Engelramnum camerarium,
cum corona aurea et gemmis ornata, sed et cum omni paramente regio, etc.»
(Ann. Bertin, an. 868, dans bu Chesne, III, 233.)
5. Il y a en effet une charte de Redon qui indique ainsi le règne de Salomon :
«nominante Salomone Britanniam usque ad Medanum flumen.-» (Cartul. de R.,
n° 72, p. 57.)
6. Voyez les Annales de Saint- Bertin, aux années 863 et 867 (Du Chesne, III, 215
et 228); l'Histoire de la translation de S. Laumer, dans les Acta SS- Ord. S. Iiened.,
Sec. IV, part. 2, p. 246; et notre Annuaire historique de Eretagnede 1861, p. 134-
137. • 399
§ В. Pasquiten et Gurvand (874-877).
La révolte qui mit fin au règne et aux jours de Salomon avait
pour chef le propre gendre de ce prince, Pasquiten, et un autre
puissant comte appelé Gurvand, peut-être gendre d'Erispoë. Bé-
ginon nous apprend qu'après la mort de Salomon (25 juin 874)
ces deux chefs se partagèrent le royaume de Bretagne1. 11 ne
marque point l'année de leur mort, mais seulemeut qu'ils mour
urent presque en même temps et eurent pour successeurs Alain,
frère de Pasquiten, et Judicaël , petit-fils d'Erispoë3. Or une
charte de Bedon, dont nous parlerons avec détail au paragraphe
suivant, prouve que le 12 juin 878 , Alain était déjà dans la s
econde année de son principát, c'est-à-dire qu'il avait commencé
de régner avant le 12 juin 877, mais certainement après le
12 juin 876. Donc Pasquiten et Gurvand moururent au p!us
tard dans les cinq premiers mois de l'an 877.
Les chartes, d'ailleurs en petit nombre, où figurent (ensemble
on séparément) Gurvand et Pasquiten, confirment de tout point
les données fournies par Réginon. Trois de ces chartes sont de
875 3, une du 8 janvier 876 4, et une dernière n'est datée que par
la mention de Pasquiten « prince de Bretagne 5 . » Une de ces
chartes (le n° '236 du Cartulaire de Redon) est datée : « Régnante
Pascweten et Worhwant Britanniam. » Une autre (le n° 243) ,
du Ier août 875, est une notice relatant la donation de la moitié
de la paroisse de Pléchàtel, faite aux moines de Saint-Sauveur par
le roi Salomon ; on y lit : « Et hoc factum est in illo anno et in
« illo tempore quando debellabant et persequebantur Pascue-
•< then et Gurwant ipsum Salomonem, quern et perimerunt, et
1. «Salomon, rex Britonum.a Pasquitano et Vurfando ducibus suis do!o inlerfi-
citur. Post cujus mortem, cum hi duo regaum ejus inter se dividere \ellent, sed in
divisione dissentirent, eo quod maxima pars Pasquitani partions faveret, bellům ab
utrisque suminis \iribus instauratnr. » Reginon. Chron. an. 874, dans Pertz, Mon.
Germ, hist., Script. I, 586.
7. «Patrata victoria, spiritum (Vurfaiidus) exhalavit. Paucis autem interpositis
diebus , Pasquitanus et ipse defunctus est. Post horurn duorum continuas mortes,
Judicheil, ex filia Herispoii régis natus, et Alanus frater memorati Pasquitani, Bribn-
niam inter se partiti surit. » Ibid., p. 587.
3. Cartul. de R. n°s 236, 243, 262, p. 184, 194, 212.
4. lbid.,n° 260, p. 209.
n" 261, p. 210. 5. Ibid., 400
« posted ipsius regnum obtinuerunt et inter se diviserunt, et in
« ipsa divisione, dimidia pars altéra Plebis Castel (Pléchâtel) co-
« cidit in parte Gurwant. »
Gurvand était comte de Bennes, d'après Bégiuon (Chron., an
874), et Pléchâtel, en effet, dépendait du comté de Rennes. Hors
de ce comté, la suzeraineté de Gurvand semble avoir été recon
nue, au nord de la Bretagne, dans tout le pays qui jadis formait
le royaume de Domnonée, et comprenait, comme on sait, les
diocèses de Pol, d'Aleth, de Saint-Brieuc et de Tréguier. Le reste
de la province suivait la bannière de Pasquiten, qui possédait en
propre le comté de Browerech (dont il jouissait avant la mort de
Salomon 4), et sans aucun doute aussi le comté de Nantes.
Gurvand, dans l'unique charte où il figure seul (n° 243), n'a
pas de litre. Pasquiten est appelé, dans deux chartes (n05 260 et
262), « Pascwethen princeps, » et une autre (n° 261) « prin
cipem Britannise, Pascweten nomine. »
§ 7. Alain le Grand (877-907).
La chronologie du règne d'Alain le Grand présente d'assez sé
rieuses difficultés.
Béginon nous fait connaître les principaux traits de l'histoire
de ce prince : qu'après la mort de Gurvand et de Pasquiten, il
partagea la Bretagne avec Judicaël , c'est-à-dire qu'il réunit à
l'immédiate possession des comtés de Nantes et de Vannes la su
zeraineté de la partie sud de notre province ; que ce partage de
la Bretagne suscita entre lui et Judicaël de longues et sanglantes
querelles; que, les Normands en ayant profité pour envahir le
pays, et les deux princes s'étant réunis contre eux, Judicaël pé
rit dans cette guerre, et mit par sa mort toute la Bretagne sous
l'autorité d'Alain 2? qui mourut lui-même en 907.
Outre cette dernière date, qui n'est pas explicitement marquée
1. Dans une charte du 22 mai 865 ou 871, on trouve parmi les témoins -. «Salomon
princeps, dux Britannise, testis; similiter Pascweten, cornes provintiœ Brotyeroch,
testis.- Cartul. deR., n° 258, p. 208.
1. «Post horum duorum (Vurfandi et Pasquitani) continuas mortes, Judiclieil, ex
filia Herispoii régis natus, et Alanus, frater memorati Pasquitani, Britanniam inter se
partiti sunt : inter quos etiam multa jurgia et bella fuerunt. Sed Judicheile in prœlio,
quod contra Normannos magis audacter quam provide gesserat, interempto, in di-
tionem Alani omnis Britannia concessit. » Regin. Chron., an, 874; cf. an. 890, dans
Pertz, Mon. Germ, hist., Script. I, 587 et 60?., 401
dans Reginou, il nous faut donc établir celle du double avène
ment d'Alain , 1° comme comte de Vannes et souverain partiel de
2° chef universel des Bretons. la Bretagne ,
Le n° 235 de notre cartulaire est un acte de donation en f
aveur de l'abbaye de Bedon, émané d'Alain, et où ce prince lui-
même s'intitule : Alan, provinciœ Warochise cornes, comte de Bro-
werech ou pays de Vannes, car provincia Warochia n'est que la
traduction du breton Bro-Weroch ou Bro-Werech 1 . Cet acte est
ainsi daté :
« Factum est hoc . II idus junii, feria V, luna Till, anno Do
mini DCCG.LXXV1IIT, indictione XI, anno primo régnante Hlo-
dowico rege, anno 11° principante Alan provinciam Warrochiae ,
Kenmunoc episcopus civitate Venedie 2. » (Cartul. de Bedon,
p. 183.)
Impossible, ce semble, de voir une date plus sûre, plus préci
sément marquée. Nous avons là en toutes lettres, non-seulement
l'année de l'Incarnation (879), mais celle du règne du roi de
France. Ce qui dérange tout, c'est qu'aucun des caractères chro
nologiques, ni l'indiction, ni le jour de la lune, ni la férié, ne
convient à 879. Car 879 est la 12e année de l'indiction, a pour
lettre dominicale D, et pour nombre d'or 6. Or jeudi 12 juin (II
idus junii) — lettre domin. E ouFE; et le 12 juin 8e jour de la
lune = n. d'or 5. Au contraire, tous ces caractères conviennent à
878, qui est la 1 Ie année de l'indiction, qui a pour nombre d'or
5 et pour lettre dominicale E. D'autre part , l'année du règne
du roi de France convient aussi à 878 ; car, si le 12 juin 879 ap
partient à la lxe année du roi Louis III, monté sur le trône le
10 avril précédent, le 1 2 juin 878 appartient à la première année
de Louis II le Bègue, qui commença de régner le 6 octobre 877.
Il s'agit donc de trouver où est l'erreur. Si elle est dans l'an
née de l'Incarnation, il suffit, pour tout redresser, d'ôter un seul
I au chiffre DCCC. LXXVIIII . Si elle est dans les caractères chro
nologiques de la férié , de la lune et de l'indiction , il faut au
moins modifier trois chiffres, et changer feria F, luna VIII,
indictione XI en feria F/, luna XVII, indiclione XII. — Or, si
1. Bro, pays en breton ; Waroch, Weroch, Werech ou Guérech est le plus ancien
roi ou comte du Vannetais breton. Voir notre Annuaire last, de Bret, de 1862,
p. 17 et 19.
2. Civitas Venedie est le diocèse de Vannes, plus étendu que le comié de Bro-
werech .

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