Figures inédites de la grotte de Rouffignac - article ; n°1 ; vol.42, pg 85-106

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Gallia préhistoire - Année 2000 - Volume 42 - Numéro 1 - Pages 85-106
L'observation répétée des parois et plafonds de la cavité a depuis quelques années donné lieu à la découverte de nouvelles œuvres justifiant des relevés et leur publication. Bien que souvent incomplètes, ces quelques figures éclairent d'un jour nouveau la perception de l'organisation du décor pariétal de ce site. Elles démontrent qu 'en dépit de son apparente clarté résultant de l'ampleur du réseau, ce dispositif pariétal est une bonne illustration de l'existence de particularismes locaux ou chronologiques.
For some years recently, the constant observation of the walls and ceilings of the Rouffignac cave, led us to the discovery of new figures ; their importance encouraged their copy and publication. Although they are frequently incomplete, these figures throw a new light on the way the parietal decor was arranged. In spite of their apparent organisation, in fact due to the extend of the cave, their layout illustrates well the coexistence of local and chronological pecularities.
22 pages
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Frédéric Plassard
Jean Plassard
Figures inédites de la grotte de Rouffignac
In: Gallia préhistoire. Tome 42, 2000. pp. 85-106.
Résumé
L'observation répétée des parois et plafonds de la cavité a depuis quelques années donné lieu à la découverte de nouvelles
œuvres justifiant des relevés et leur publication. Bien que souvent incomplètes, ces quelques figures éclairent d'un jour nouveau
la perception de l'organisation du décor pariétal de ce site. Elles démontrent qu 'en dépit de son apparente clarté résultant de
l'ampleur du réseau, ce dispositif pariétal est une bonne illustration de l'existence de particularismes locaux ou chronologiques.
Abstract
For some years recently, the constant observation of the walls and ceilings of the Rouffignac cave, led us to the discovery of new
figures ; their importance encouraged their copy and publication. Although they are frequently incomplete, these figures throw a
new light on the way the parietal decor was arranged. In spite of their apparent organisation, in fact due to the extend of the cave,
their layout illustrates well the coexistence of local and chronological pecularities.
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Plassard Frédéric, Plassard Jean. Figures inédites de la grotte de Rouffignac. In: Gallia préhistoire. Tome 42, 2000. pp. 85-106.
doi : 10.3406/galip.2000.2171
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_2000_num_42_1_2171Figures inédites
de la grotte de rouffignac
Frédéric Plassard et Jean Plassard*
Mots-clés. Bison, cheval, mammouth, rhinocéros, tectiforme, dispositif pariétal, art paléolithique.
Key-words. Bison, horse, mammoth, rhinoceros, tectiform sign, parietal layout, palaeolithic art.
Résumé. L'observation répétée des parois et plafonds de la cavité a depuis quelques années donné lieu à la découverte de nouvelles œuvres
justifiant des relevés et leur publication. Bien que souvent incomplètes, ces figures éclairent d'un jour nouveau la perception
de l'organisation du décor pariétal de ce site. Elles démontrent qu 'en dépit de son apparente clarté résultant de l'ampleur du réseau,
ce dispositif pariétal est une bonne illustration de l'existence de particularismes locaux ou chronologiques.
Abstract. For some years recently, the constant observation of the walls and ceilings of the Rouffignac cave, led us to the discovery of new
figures ; their importance encouraged their copy and publication. Although they are frequently incomplete, these figures throw a new light
on the way the parietal decor was arranged. In spite of their apparent organisation, in fact due to the extend of the cave, their layout
illustrates well the coexistence of local and chronological pecularities.
Depuis la découverte du décor pariétal de Rouffignac dront compléter le corpus établi par C. Barrière dont
en 1956, deux séries de relevés ont été fournies. La nous respecterons la nomenclature (fig. 1) et poursui
première, publiée en 1959 par L.-R. Nougier et R. Robert vrons la numérotation. Par ailleurs, nous évoquerons l'i
ncidence de ces nouvelles découvertes sur la perception donnait un premier inventaire des œuvres du Grand
plafond et de la galerie Breuil. La seconde, parue en du dispositif pariétal de la caverne.
1982, est l'œuvre de C. Barrière et constitue un corpus
exhaustif de ce qui était alors connu. La vocation de tout
recensement étant de fournir un bilan tel qu'on peut METHODE DE RELEVE DES ŒUVRES
l'arrêter au jour de sa publication, il est voué à réactuali
sation. Depuis lors, de nouvelles découvertes ont été La réalisation des relevés des figures de Rouffignac se
faites ; dans le même temps, il a été procédé à l'élim heurte à plusieurs problèmes. D'abord la fragilité des sup
ination de graffiti récents qui surchargeaient nombre ports interdit tout contact. Ensuite les dimensions relativ
de représentations paléolithiques. Ces opérations de ement importantes des œuvres et les volumes des supports
réhabilitation ont permis d'identifier plusieurs nouvelles conduisent à des déformations lorsque l'on procède à part
figurations. ir de photographies. Enfin il est difficile de rendre compte
Dans le présent article, nous nous attacherons donc à sur un relevé de la qualité de la paroi et du profil du trait.
présenter une quinzaine de figures nouvelles qui Aussi notre façon de procéder a varié selon les œuvres pour
* Granville, F-24580 Rouffignac-Saint-Cernin.
Gallia Préhistoire, 42, 2000, p. 85-106 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2001 86 Frédéric Plassard et Jean Plassard
ETUDE DES REPRESENTATIONS
DESCRIPTION ET INSCRIPTION
DANS LES PANNEAUX
Rhinocéros 259
Dans la galerie D, dite du Salon rouge, C. Barrière
signale, à proximité du mammouth 173, une série de
hachures qu'il interprète comme un possible sommet de
tête de mammouth (fig. 2). Il s'avère que cette figure est
A4 plus complexe, puisque, vers la gauche, cette ligne
convexe hachurée se prolonge par une contre-courbe à
peine concave évoquant l'amorce d'une ligne de dos,
tandis qu'à l'autre extrémité elle plonge verticalement
sur 30 cm environ avant de se redresser en une courbe
concave évoquant une défense ou plutôt une corne.
Dix centimètres plus bas, apparaît une seconde courbe
parallèle à la précédente mais nettement plus longue.
L'absence de V nucal et de bosse orbitaire, la non converporche gence vers la bouche de ces pseudo-défenses ainsi que
la faible hauteur du front éloignent de la notion de Fig. 1 - Plan de la caverne établi par Claude Barrière
mammouth. L'implantation de ces deux courbes dans avec la nomenclature des galeries.
le prolongement de la ligne de front et non, comme
c'est l'habitude, rapportées sur la ligne représentant
la tête et la trompe, la différence de longueur des
s'adapter au mieux aux impératifs dictés par la topo deux cornes et enfin l'orientation vers l'avant de
hachures suggérant un pelage hirsute, plusieurs fois graphie, la qualité du support, la technique utilisée par
l'artiste et les dimensions de la représentation. Ainsi figuré de la sorte chez les rhinocéros de la caverne, écar
pour le rhinocéros 259, les mammouths 175bis, 180bis, 261, tent aussi de l'idée de mammouth. Ce sont toutes ces rai
265, 268, le bison 267 et le tectiforme 262 nous avons réal sons qui, en dépit d'un schématisme extrême, nous inci
isé des relevés d'après photographies que nous avons tent à classer cette esquisse parmi les rhinocéros. Il reste
contrôlés et corrigés sur place. En revanche pour le cheval que ce rhinocéros se démarque de ses congénères par le
260, et les mammouths 190, 190bls et 266, les relevés ont été traitement des cornes en un unique trait, et non avec
réalisés sur place en dressant un panneau de plexiglas deux lignes comme c'est l'habitude, ce qui les prive de
recouvert d'un film plastique au plus près de la paroi. C'est volume.
alors sur le film que nous avons reporté la figure, le plexi Au-delà de la description de cette figure, son inté
glas ne servant que de support de travail. Enfin lorsque gration dans le dispositif pariétal de la caverne amène
nous avons étudié des figures déjà relevées par C. Barrière, quelques remarques. En effet, jusqu'à ce jour,
ce sont ses relevés qui nous ont servi de base de travail. le Salon rouge était considéré comme un ensemble
Il convient encore d'ajouter que compte tenu de l'impor homogène tant du point de vue technique que thémat
tance de la fréquentation historique du site, certaines ique. Cette œuvre brise l'unité thématique et augmente
lignes apparaissant sur photo disparaissent du relevé la complexité du décor. Située en marge de la frise prin
final car elles sont récentes. C'est bien évidemment le cas cipale mais comprise entre celle-ci et deux représentat
ions de mammouth qui terminent la décoration de cette des inscriptions, mais aussi de nombreuses autres dégradat
ions provenant de coups de cannes, de canifs et de frottis salle, elle s'intègre complètement dans ce plafond et en
digitaux. fait un panneau unique et plus élaboré encore.
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ment en un redan oblique propice à l'exercice gra
phique. Sur la bordure droite de cet accident se trouve un
ensemble de tracés abstraits parmi lesquels le tectiforme
175. Ce dernier est superposé à la gravure schématique
d'un mammouth. La qualité du support est originale
puisqu'il s'agit d'une paroi recouverte d'un plaquage
d'argile impliquant le recours à la gravure sans nécessiter
d'outil particulier. Dans ce cas, l'argile superficielle est
moins cohérente et plus pulvérulente qu'au plafond du
Salon rouge. Aussi remarque-t-on la différence de trait
ement entre les tracés non figuratifs faits avec les doigts et
la silhouette animale réalisée au burin. C'est cette dis
tinction qui entraîna le repérage de cette nouvelle figure.
L'œuvre, en profil droit, est de peu d'importance
puisqu'elle ne mesure que 36 cm et se limite à une
dizaine de traits dessinant le sommet de la tête et le dos
jusqu'à la chute des reins. L'intérêt essentiel de ce sujet
réside dans son association avec le tectiforme. En effet, si
à Rouffignac, dans la plupart des cas, les tectiformes sont
à proximité de représentations animales, la superposit
ion tectiformes/représentations animales n'était pas
connue jusqu'à ce jour, alors que ce type de relation se
trouve dans d'autres grottes comme Font de Gaume. Cet
élément vient donc conforter l'opinion selon laquelle ces
deux grottes (ainsi que Les Combarelles et Bernifal)
entretiennent une parenté. 10 cm
Mammouth 180bis Fig. 2 - Rhinocéros 259. Noter l'abondance des graffiti dessinés
ou gravés et la difficulté de repérage des cornes en ligne simple.
Remarquer aussi la différence de morphologie des traits du pelage Cette gravure (fig. 4) se trouve dans la galerie G3. Il
et des cornes. s'agit d'une silhouette très évidente que C. Barrière avait
nécessairement vue, mais dont il a omis de faire figurer le
En revanche, l'homogénéité technique est préservée relevé dans sa monographie. Situé sur la paroi droite,
puisque l'œuvre utilise la même que les autres cet ensemble comporte donc trois mammouths. Deux,
représentations de cette salle, c'est-à-dire des hachures déjà publiés (Barrière, 1982, p. 113, fig. 342 et 343), sont
incisant l'engobe argileux du plafond et faisant appar dessinés en vis-à-vis ; le dos de celui qui est traité en prof
aître la craie blanche sous-jacente. Cet aspect technique il droit oblitère, au-dessus du bombement de l'arcade
est important car il renforce la cohérence de ce panneau. sourcilière, la silhouette du mammouth 180bis. Réalisée
Par ailleurs, en l'absence de preuve formelle, il atteste sur un support crayeux durci par une fine couche de cal-
l'idée que tout le décor de cette galerie est le fruit d'une cite, elle fut tracée à l'aide d'un outil de silex très cou
conception globale et d'une réalisation probablement pant, produisant une ligne dont l'épaisseur et la profon
simultanée. deur sont de 2 à 3 dixièmes de millimètre. La faible
pénétration du traceur dans la roche interdisant la conti
Mammouth 175bis nuité du geste, la ligne se décompose en quatorze seg
ments organisés en écailles. Le résultat est néanmoins
Ce mammouth (fig. 3) se trouve dans la galerie E. excellent et le sujet en tout point identique à ses deux
Après une dizaine de mètres le plafond s'abaisse congénères dessinés.
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10 cm
10 cm
Fig. 3 - Le panneau du tectiforme 1 75. Les tracés digitaux périphériques respectent nettement
le tectiforme qui se superpose au mammouth 1 75*™ ; en haut du relevé, le mammouth associé
au et aux tracés digitaux ; en bas du relevé, isolé de son contexte.
Une observation soigneuse des deux mammouths des d'esquisse préalable telle que celle signalée en d'autres
sinés ne nous a pas permis d'y déceler ce type de gravure occasions par C. Barrière. Il semble plus vraisemblable
sous-jacente. Nous ne croyons donc pas pouvoir parler que l'inadéquation entre la qualité du support et l'em-
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Fig. 4 - Relevé du mammouth ISO*5 ; en haut, relevé de l'ensemble
du panneau ; en bas, relevé du mammouth ISO1™.
ploi de la gravure a, dans ce cas, poussé l'artiste à chan Fig. 5 — Cheval 260. La prise de vue oblique se traduit ici par une
hypertrophie de la tête et un allongement du cou qui disparaissent ger de méthode. Demeure alors le problème du déplace
dans le relevé fait par calque sur châssis transparent. ment de la composition vers la droite et la question de sa
compréhension. Une première lecture consiste à consi
dérer que l'on est en présence d'un panneau composé de
deux mammouths en symétrie avec un repentir ; l'autre de cette cavité. L'œuvre est située à une dizaine de
en fait une composition moins équilibrée dans laquelle mètres de l'entrée de ce diverticule. Il s'agit d'un profil
deux sujets sont opposés à un seul, l'ensemble étant droit de 52 cm de long et 32 cm de haut. Il est tracé sur
composite quant aux techniques employées. En tout état la paroi droite dans la partie la plus étroite du boyau,
de cause, la parfaite homogénéité stylistique garantit à large de seulement 48 cm à cet endroit. La roche y est
cet ensemble une relative unité chronologique et pose le relativement dure et présente en surface un ensemble
problème de notre perception du dispositif pariétal en d'alvéoles peu profonds résultant d'une altération dite
faisant de ce groupe un ensemble plus complexe. en coups de gouge. Cet état de surface donnait toute
liberté technique à l'auteur qui a choisi la gravure.
L'évocation de l'animal se limite à la tête, au poitrail, Cheval 260
à la crinière et à la moitié de la ligne du dos. La conti
Parmi les figurations inédites, la plus intéressante est nuité de la ligne représentant l'oreille, la mandibule et le
sans doute cette gravure d'avant-train de cheval (fig. 5) . poitrail, le traitement de la ganache et l'indication du
A 583 m de l'entrée, un large entonnoir marqué par un toupet en font une figure s'inscrivant parfaitement dans
dessin de mammouth s'ouvre sur la bordure droite de la les conventions stylistiques du site. Pourtant, en dépit de
galerie G. Une étroite diaclase (50 cm) s'ouvre au fond ces identités, cette œuvre est remarquable par quelques
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Fig. 6 - Mammouth 261. Bien qu'en tracé polydigital, la ligne est profondément inscrite dans la craie pulvérulente
du plafond. La structure émoussée des traits paléolithiques se distingue ici facilement de celle des tracés d'âge historique.
originalités techniques. C'est notamment le cas de la cri caractérisé par son propre profil de traits et se démarque
nière dont le tracé présente des irrégularités « ryth de ses voisins par un décalage de hauteur. Il est plausible
miques ». Elle est en effet constituée de cinq groupes de que ce fractionnement résulte de l'impossibilité de se
hachures dont un pour le toupet. Chaque groupe est placer face à l'œuvre. L'auteur se trouvant alors en posi-
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habitude on ne peut considérer la galerie Breuil comme tion oblique par rapport à son sujet s'est vu obligé de se
déplacer à plusieurs reprises au fur et à mesure de l'ava deux longues parois supportant chacune un chapelet
ncement de son travail. Il en a résulté des changements d'une vingtaine de représentations, d'autre part, par sa
position, elle retire à l'ours tout proche sur la paroi dans la position de sa main par rapport à la paroi, ce qui
a modifié l'angle d'attaque de l'outil, provocant de la gauche son rôle de première représentation de ce grand
sorte les cinq différents profils de traits. Peut-être est-ce assemblage, ce qui en modifie la lecture qu'en faisait
A. Leroi-Gourhan. aussi la raison du jeu graphique présidant à la localisa
tion de l'œil. En l'absence de toute intervention
humaine, une cupule et une coquille peuvent se substi Bison 267
tuer à cet organe. Selon le point d'observation, de l'avant
ou de l'arrière, chacun de ces accidents naturels joue suc Ce bison (fig. 7) est situé sur la paroi droite de la gale
rie Breuil. La décoration de cette zone commence par la cessivement ce rôle. Notons toutefois qu'il nous est
aujourd'hui impossible d'affirmer que l'artiste a délib frise des trois rhinocéros, immédiatement suivie par trois
érément entretenu cette ambiguïté. silhouettes gravées de mammouth. Le décor s'inte
L'ultime originalité de cette découverte tient à sa rrompt alors sur 1,70 m avant que n'apparaisse très nett
localisation. Le cheval était jusqu'alors à Rouffignac ement la gravure d'un arc de cercle. Une telle ligne ne
considéré comme réservé aux zones de concentration du peut passer inaperçue. Elle fut pourtant systématique
décor, à savoir la galerie Breuil, où seulement deux che ment négligée jusqu'à ce jour. Nous avons donc décidé
vaux sont connus, le Grand plafond, qui en recèle une de mettre à profit le présent article pour en publier le
douzaine, et le puits du Grand plafond où l'on connaît relevé. Ce faisant nous nous sommes aperçus qu'il s'agit
une seule évocation de cheval. La représentation qui d'un ensemble plus élaboré qu'il n'y paraît. En effet, il
nous intéresse ici, par sa situation marginale, nous s'avère que la courbe est prolongée vers la gauche par un
conduit à admettre que le dispositif pariétal est plus com segment horizontal de 12 cm évoquant l'amorce d'une
plexe qu'on ne pouvait l'envisager. ligne de dos. Par ailleurs, à l'autre extrémité, une ligne
moins appuyée, en contre-courbe, descend verticalement
sur une trentaine de centimètres formant une ligne frontMammouth 261
ale. Enfin, quelques à l'arrière de ce front,
Ce mammouth (fig. 6) se trouve au début de la gale apparaissent trois courts segments dont l'emplacement
rie Breuil, sur la bordure gauche du plafond. À l'image correspond à celui d'une implantation de corne.
de plusieurs autres silhouettes du plafond de cette partie L'ensemble est en tracé digital. L'arc de cercle fo
de la grotte, cette figure est relativement grande : 1,44 m. rmant le sommet du crâne est appuyé et redoublé sur les
Il s'agit d'une figure en tracés polydigitaux construite en deux tiers de sa longueur, tandis que la ligne frontale et
cinq mouvements. Le premier geste consiste en l'évoca les trois petits segments voisins ne sont qu'effleurés.
tion du sommet de la tête et de la dépression nucale. À L'attribution à l'espèce Bison peut paraître subject
partir de là, une première ligne évoque le front tandis ive, pourtant, plusieurs arguments nous conduisent
que la seconde, en reprise, figure la bosse orbitaire et
la trompe légèrement courbée vers l'avant. Le dos est
également fait en deux traits ; le premier figure la vous
sure dorsale alors que l'autre représente l'ensellure et la
naissance de la queue. Notons que si pour l'avant-train
trois doigts ont été utilisés, deux seulement ont servi
pour l'arrière.
La découverte de cette figure conduit à porter un
regard nouveau sur la construction du décor dans cette
0 10 cm partie de la caverne. Nous reviendrons plus loin sur ce
nouveau dispositif. En effet, d'une part, par sa localisa Fig. 7 - Relevé du bison 267. Noter l'angle très ouvert
tion, cette figure montre que contrairement à une vieille formé par l'arriére de la bosse et le départ du dos.
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10 cm
10 cm
Fig. 8 - Mammouths 190 et 190^ ; en haut, relevé des deux sujets superposés ; en bas, le mammouth 190™ isolé.
à cette conclusion. Le premier d'entre eux est l'absence présence du bison à cet endroit est en conformité avec la
de V nucal si caractéristique des mammouths de construction du dispositif pariétal de la caverne.
Rouffignac. Le deuxième est l'aspect relativement sur
baissé de l'arc formant la nuque. Le troisième est la pré Mammouth 190bis
sence des trois courts segments situés à l'arrière du
En profil gauche, le mammouth 190bls (fig. 8) est, front ; leur localisation correspond au point d'implantat
ion d'une corne de bison. Nous verrons plus loin que la dans la frise des dix, le dernier sujet de la harde de
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droite. La figure se limite à l'évocation du sommet de la en est une qui concerne déjà huit de ces signes et consiste
tête et du dos. À l'instar du mammouth 180bls précédem en un net prolongement du mât au-dessus de la figure.
Certaines de ces extensions sont même accentuées par un ment traité, nous sommes en présence d'une esquisse
redoublement ; tel est le cas de ce 9e exemplaire de la gravée sur une paroi dure à l'aide d'un outil coupant
n'ayant produit qu'un tracé repris en plusieurs écailles, série et c'est un argument de poids dans l'attribution de
de quelques dixièmes de millimètres. La gravure est éga cette œuvre à la catégorie des tectiformes.
lement oblitérée par une œuvre dessinée. Toutefois, il
convient de remarquer que, dans ce cas, les deux sujets Mammouth 268
ne sont qu'à peine décalés. La grande similitude de sup
port, la ressemblance de l'outillage mis en œuvre et la Cette figure (fig. 10) est située aux confins de la gale
totale identité gestuelle laissent penser que nous rie I, au carrefour de deux diverticules surbaissés. Celui
sommes, dans ce cas comme dans l'autre, devant une de droite abrite les mammouths 252 et 253 qui sont les
réponse apportée à un problème technique. En outre, dernières manifestations graphiques de cette partie de la
l'observation minutieuse des autres animaux de la frise caverne. Le mammouth 268 est situé 3 mètres avant, sur
n'a pas donné lieu au repérage d'une ou plusieurs autres la voûte. À cet endroit le plafond, haut de 1,50 m, est
silhouettes de ce type. Aussi nous ne retiendrons pas percé d'une coupole d'environ 1 m de diamètre. C'est
l'idée d'esquisse préalable. dans cette dernière que l'artiste a logé son œuvre. Il
En revanche la lecture du panneau se trouve moins s'agit d'une gravure au doigt figurant la silhouette et les
affectée que pour le mammouth 180bls, car cette gravure deux défenses, l'ensemble mesurant 0,80 m.
n'ajoute ni n'enlève rien à l'ampleur de la frise. Il semble Quatre gestes ont suffi pour réaliser ce sujet en profil
donc que l'hypothèse du simple abandon d'une tech droit. À partir du fond du V nucal, une ligne dessine la
nique au profit d'une autre puisse être retenue. tête et la trompe, tandis que l'autre représente le dos
Avant de conclure ce paragraphe, nous tenons à sou arrêté à la naissance de la queue. Les deux derniers traits
ligner que certains compléments, au niveau de la trompe évoquent les défenses. Malgré cette grande simplicité
et des pattes, sont apportés au relevé du mammouth 190. dont sont coutumiers les artistes de Rouffignac, l'œuvre
Leur apparition résulte d'une intervention d'élimination est de bonne facture ; on y retrouve la tête haute, le bom
de graffiti qui a permis une lecture plus pertinente de bement sus-orbitaire bien marqué et la perspective des
cette œuvre. défenses. C'est plutôt par la structure des traits que cette
œuvre est inattendue. En effet, à cet endroit, la présence
de glauconies dans le sédiment entraîne l'existence de Tectiforme 262
petites plages de roche pâteuse succédant à des zones
II s'agit ici du 14e tectiforme de la caverne (fig. 9) *. plus dures. Cette discontinuité dans l'état de surface a
Exception faite du 175 superposé au mam provoqué le passage inopiné de la gravure au dessin.
mouth 175bls décrit plus haut, les tectiformes de S'agissant d'un tracé digital, dans les zones pâteuses le
Rouffignac sont tous bien individualisés. Certains vois doigt s'est enfoncé dans la roche, traçant un léger sillon
inent avec une ou plusieurs figurations animales tandis pendant que l'argile s'accumulait à son extrémité.
que d'autres sont relativement isolés. Dans ce cas, cette Arrivant dans les zones dures, la matière amassée dans la
représentation s'inscrit dans ce que l'on pourrait presque phase précédente a été déposée sous forme d'un trait
baptiser la « frise des trois tectiformes » puisqu'elle est dessiné. Ainsi, le dos, la tête et presque toute la trompe
associée aux tectiformes 246 et 247. Cet ensemble forme sont gravés tandis que la croupe, l'extrémité de la
le dernier panneau de la galerie Hl. Cet inédit est le pre et les défenses sont dessinées.
mier et le plus petit du groupe. En dépit de son schémat
isme, il s'inscrit parfaitement dans le cadre d'un groupe Mammouth 263
que nous qualifierons de tectiformes à plumet. En effet,
parmi les caractéristiques des de la caverne, il Mesurant 50 cm, cette esquisse de mammouth
(fig. 11) est la première œuvre de la paroi droite de la
1. Ce signe fut découvert en compagnie de A. et D. Vialou. galerie dite Voie sacrée. C'est le simple effleurement
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