Figures mélanésiennes : le grand chef Amane des Poyes de 1898 à 1917 - article ; n°58 ; vol.34, pg 23-35

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1978 - Volume 34 - Numéro 58 - Pages 23-35
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Raymond H. Leenhardt
Jean Guiart
Figures mélanésiennes : le grand chef Amane des Poyes de
1898 à 1917
In: Journal de la Société des océanistes. N°58-59, Tome 34, 1978. pp. 23-35.
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Leenhardt Raymond H., Guiart Jean. Figures mélanésiennes : le grand chef Amane des Poyes de 1898 à 1917. In: Journal de
la Société des océanistes. N°58-59, Tome 34, 1978. pp. 23-35.
doi : 10.3406/jso.1978.2963
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1978_num_34_58_2963mélanésiennes : u Figures
le grand chef Amane des Poyes
de 1898 à 1917
par
R, H. LEENHARDT
« Un chef de guerre chevaleresque », dit MaurLa guerre dite des Poyes fait partie des événe
ments de V histoire coloniale de la Nouvelle-Calé ice Leenhardt.
donie sur laquelle on sait bien peu de choses. En
Fils d'Athéa, Amane descend du guerrier Naa- dehors des deux bien intéressantes photographies
cuwé venu de Tchamba à Poyes quand le chef cou- publiées par Maurice Leenhardt dans ses « Notes
d'ethnologie néo-calédonienne », on ne savait pas tumier était Poadela. Il se distingua par son rôle
de quoi avait été faite cette prétendue « guerre » de chef de guerre dans l'Affaire des Poyes et fut
« traité comme le chef authentique des Poyes, et ce qui pu motiver l'exil du « grand-chef »
alors que l'autorité appartenait à son frère aîné Amane, mort par la suite au champ d'honneur au
cours de la guerre 1914-1918. Grâce aux Bouillan (Bwiliang) qui, à l'insu des Blancs, la con
servait effective au milieu de son peuple »2. archives Feillet et aux documents laissés par
A en croire les rapports, il serait un jeune chef son père, Raymond Leenhardt nous ouvre le dos
ambitieux et dangereux et les plaintes contre lui sier de manière aussi vivante qu'attachante. On
couvrent des pages et des pages des registres de y retrouve la querelle de prosélytismes, mais aussi
la maréchaussée. Les rassemblements pour les la façon dont Maurice Leenhardt, comme beaucoup
pilous inquiétaient les gendarmes quand il s'agisplus tard avec le voyant Pwagatch, avait su s'at
sait de tribus qui n'étaient pas groupées autour tacher le loyalisme de gens comme Amane, qui,
d'un Père Mariste. après lui avoir donné leur parole, n'ont jamais
Après la dure répression de la révolte de 1878, varié dans leur position. On y voit aussi la peti
les chefs indigènes avaient, dans l'ensemble, comptesse et la mesquinerie de l'administration colo
niale d'après Feillet, et ce dernier sous un jour ris qu'il était plus sage de composer avec l'Admi
nistration et de chercher à défendre ses droits qui équilibre d'autres aspects moins sympathiques.
autrement que par la violence. Ils souhaitaient
Jean GuiART garder leur caractère de frère aîné qui anime les
pilous : la parole du chef qui lance son verbe et
évoque les généalogies est l'actualisation vivante
de tout le passé et rend présent le long cortège
Qui est Amane, ce grand chef du Nord de la des ancêtres. Dans leur milieu païen, leur enlever
Nouvelle-Calédonie, redouté à Nouméa comme la liberté des pilous, c'est leur enlever le sens de
« le Tonnerre des Poyes », exilé par l'Administrat leur existence ; c'est aussi, plus prosaïquement,
ion, et mort en France en 1917 comme Tirailleur les priver d'une occasion de se provoquer, de rele
volontaire du Bataillon du Pacifique? ver des défis et de se conquérir des femmes.
« Un grand seigneur féodal du Moyen-Age » Le fier Amane n'était pas disposé à céder sur ce
écrit Jacqueline Feillet. point, lui dont M. Leenhardt écrit dans Do Kamo :
« Un grand ami de Feillet et le plus vulgaire « J'entendais les doléances du grand chef Amane
des brigands », répète Bernard Brou dans son qui répugnait à porter les galons que le gouverne
Histoire de la Nouvelle-Calédonie, après Le Gou- ment colonial avait imaginé de donner à tous les
chefs pour établir entre eux une hiérarchie et des pUs1.
1. B. Brou. Histoire de la Nouvelle-Calédonie. Les Temps modernes, 1774-1925. Nouméa, 1973, p. 237.
2. Maurice Leenhardt Notes d'ethnologie néo-calédonienne, p. 43 et Information Kaen, Albert, moniteur à Paola. Paris,
1966. 24 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
émulations. « Des galons? Moi? Une marque? Après l'explication donnée par Point, au sujet de son
piquet, Amane a dit : « Ah ! les chefs de Koné ne sont Et Pourquoi? Est-ce qu'on ne sait pas que je suis
pas contents ! Eh bien ! je vais commander jusqu'à le chef? »3
Poya (près de Muéo) ». C'est aussitôt après cette affaire Et le mot « marque » prenait un sens tout pé que les Canaques des Poyes se sont révoltés5. joratif dans un pays où l'on « marquait » au fer
rouge le bétail lâché dans la nature et les planta Amane avait donc un rival sur la côte Ouest
tions, à cette époque où il n'y avait pas encore avec qui il semble n'avoir eu que des rapports de
de barrières. prestige et des disputes verbales. Sur la côte Est,
En 1898, le Gouverneur Feillet poursuit son les disputes devenaient plus sérieuses, sans doute
plan de mise en valeur de la colonie ; il crée l'imparce que le grand chef Hippolyte de Touho était
pôt de capitation qui est de dix francs par an et protégé par les Pères qui le manipulaient à leurs
par tête mâle, en un temps où le salaire est de propres fins. Sur les cinquante- sept pages de
un franc par jour. C'était avec l'intention d'inciter compte rendu de la Commission d'enquête de
les indigènes à s'embaucher chez les Blancs et à novembre 1899, Amane n'est cité qu'en pages 10
travailler sur les routes pour se procurer l'argent et 47 ; on y traite uniquement de son attitude
nécessaire et apprendre à s'adapter à l'économie devant l'impôt et des propos qu'on lui a prêtés.
nouvelle. L'impôt est perçu par les chefs qui en Il rétablit les faits : « J'ai répondu que nous exé
reçoivent un pourcentage. Comme ils n'étaient pas cuterons toujours les ordres du gouvernement. »
familiarisés avec ce système de perception, cela Et le témoin Pécard, se plaignant du grand chef
donnait lieu à toutes sortes d'erreurs ou de provoc Hippolyte, ajoute : « Le chef des Poyes, qui est
ations. Quel chef alors n'a pas fait quelques jours païen, s'est au contraire toujours bien conduit. »
de prison ? Le Journal Officiel donne une liste de Ces troubles entre Canaques n'ont d'ailleurs
plus de sept chefs sur la côte Est qui sont pu fait ni dégâts ni victimes et n'ont jamais manif
nis4! En fait, la rentrée de l'impôt pouvait être, esté qu'il y ait eu une hostilité quelconque
pour le syndic qui la surveillait, l'occasion de s'ini d'Amane à l'endroit des Blancs, ce dont pourtant
tier à la mentalité du pays ou bien aussi de s'imon l'accusait de loin, à cause de la réputation
miscer dans les affaires locales. « redoutable » qu'on lui avait faite.
Vers 1900, le grand chef Amane perçoit l'impôt
de capitation sur la côte Est, région de Touho, où
il est l'homme fort, tandis que le grand chef Amane et Feillet.
Mongo (Mangu) est son équivalent sur la côte
Le Gouverneur Feillet était en congé au moOuest, région de Koné. Mais les délimitations des
ment où les troubles ont repris en février 1901, zones de perception ne sont pas toujours bien dé
et le par intérim, pressé par le Comfinies, et les chefs ont à défendre leur territoire
mandant d'Armes, promettait en mars une prime des incursions plus ou moins ouvertes de leurs r
de 1 000 francs pour la capture d'Amane et de ivaux.
Bouillan, vivants, et allait lancer une expédition Ainsi, un rapport de la brigade de Koné nous
punitive plus brutale que les vagues reconnaisapprend qu'à cette époque : « le petit chef Tein »
sances que pouvait faire un petit détachement a donné un grand pilou à sa tribu de Panequi
militaire sans moyens. Dès son retour, le 2 mai, (Pwanaki), auquel le chef Amane des « Poyes »
Feillet n'hésite pas, va sur place et rencontre le s'est trouvé invité par le chef Point de Naoundé,
grand chef Amane en qui il découvre un chef sauavec lequel il était uni.
vage, ambitieux et intelligent, mais droit et cou
Amane a assisté au pilou toute la journée et toute la rageux. Ils se comprennent et s'estiment l'un nuit du premier jour (le pilou a duré 5 jours). Le l'autre. La Paix de Pamalé met fin aux troubles deuxième jour, Amane s'est retiré à Pana et là, il a de Touho par le blâme du grand chef Hippolyte planté un piquet en disant : « C'est là ma limite. »
et l'éloge du grand chef Amane devant les chefs II est resté quatre jours à Pana, et le cinquième et
de la côte Est, y compris Mindia de Houaïlou, dernier jour, il est venu avec Point faire l'échange de
convoqués à cet effet. On peut lire cette histoire la monnaie calédonienne. Ensuite, il est parti chez lui,
avec ses hommes qui étaient au nombre de 150 environ. dans le Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie
Après le départ d'Amane, tous les chefs de Koné, du 25 mai, en douze pages, et dans notre étude
ayant appris qu'il avait planté un piquet à Pana, ont parue dans les Cahiers d'histoire du Pacifique été très mécontents de cela et les principaux chefs et N° 7 de juillet 1977.
moi avons été arracher ce piquet. Dans sa lettre au Ministre, le Gouverneur Amane ayant connu, je ne sais par qui, l'acte d'enl explique clairement comment on avait grossi ces èvement de son piquet de limite, a envoyé son sergent troubles qui se réduisaient à « une querelle de donner l'ordre à Point et ses Canaques de Naoundé,
deux chefs canaques », et donné des informations ainsi qu'à Poigny de Pana, d'aller le trouver ; ils y sont
allés, et c'est alors qu'il leur a fait payer la capitation. tendancieuses :
3. M. Leenhardt. Do Kamo. Chap. VIII, p. 145 (lre édition).
4. Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie, 6 janvier 1900, p. 11 et 47 et Dossier complet de la Commission d'enquête,
Imprimerie Calédonienne. Nouméa, 1900, 183 pages.
5. Brigade de Koné N° 163 du 16 août 1909, p. 6. GRAND CHEF AMANE DES POYES DE 1898 À 1917 25 LE
Les troubles de Touho ont pu éclater sans que l'au bons amis. Jamais depuis jusqu'à la fin de notre voyage
à travers la montagne, Hienghène même, nous torité supérieure ait été préalablement avisée, et la
version donnée par la gendarmerie, représentée dans la n'avons rien à lui reprocher.
localité par le maréchal des logis Laborderie6 que des Il y avait pourtant un traître parmi nos braves
questions d'intérêt inféodaient au grand chef Hippo- Poyes — tu vois que rien ne manque aux types clas
siques et que tu auras plutôt l'embarras du choix. — lyte, a contribué largement à égarer son opinion7.
Ce traître, c'est le nommé Ty, chef de l'opposition;
On a conservé dans le dossier que Feillet avait chef du parti de la guerre chez Amane, celui qui lui a
recommandé à son fils Jacques de mettre soigneu toujours déconseillé de se livrer à moi avec confiance.
Je n'ai jamais pu obtenir qu'Amane le fit partir. sement à l'abri la lettre pittoresque qu'il lui a
Amane me disait qu'il ne pouvait" l'obtenir. En effet, adressée au retour de cette expédition :
il nous suivit jusqu'à Hienghène.
... Quand tu seras ici, je te ferai faire par les sentiers Les personnages étant posés, voici maintenant la re
muletiers qui vont être pratiqués, comme suite à la lation complète de mes impressions de voyage. C'est le
guerre, dans toute cette région, un voyage à cheval qui détail pittoresque qui manque à la note de M. Aubry-
te montrera les merveilleux paysages. Amane nous rece Lecomte publiée dans ^Officiel du 25 mars.
vra en grand seigneur sauvage qu'il est. Tu verras ses Le 10 mai, après sept heures de cheval, nous arrivons
guerriers peints en noir, armés de fusils, de sagaies, de au centre de l'île, à Pamalé, station d'élevage de
haches. Ils défileront devant toi, la nuit, brandissant M. Metzdorf. Je vois tout de suite qu'il n'y a pas de
des torches, poussant leurs cris de guerre. Tu revivras local convenable pour les palabres, et nous décidons
toutes nos impressions. Et alors, si tu ne fais pas quelque de faire construire le lendemain un kiosque par nos
chose d'intéressant, c'est que vraiment, la vocation li quinze porteurs.
ttéraire te manquerait. La nuit, des feux de vigie sont aperçus sur les crêtes
Il y a dans ce roman vécu que je rêve pour toi tous voisines. Nous avions obtenu ce que nous voulions : nous
avions pris contact. (D'ailleurs Amane lui-même dit à les types : Amane, le héros sauvage ; Dr Normet, le
héros civilisé ; Titine, la métisse amoureuse de Normet ; Normet le jour exact de notre débarquement à Koné.
puis un Gouverneur qui passe à la cantonade ; puis des Ils ont un service de renseignements qui fait honte au
types secondaires mais amusants : le chef de Kongo, nôtre.)
Bolé, le beau-frère d'Amane, Nestor, Bouillan, frère Le lendemain 10 mai, on commence la construction
d'Amane : un Augereau ou un second Ajax. du kiosque. A deux heures, nous étions dans un petit
Un détail amusant qui le peint : pendant l'un des coin de forêt, à cinq cents mètres de la station, tous
premiers palabres d'Amane avec moi, alors que nous trois en tenue de sieste lorsque Metzdorf arrive avec le
causions sous la protection... de ses quatre- vingt guer beau-frère d'Amane, Bolé, chef de Kongo, que j'avais
riers dont vingt armés de fusil, à un moment où le mandé la veille auprès de moi.
palabre touchait à des points palpitants de la politique Palabre. Il résiste d'abord. Il déclare qu'il est trop
de leurs tribus, je vois Bouillan qui était dans le kiosque tard, qu'Amane est très surexcité, qu'il ne peut plus
avec Amane et moi, se lever d'un air tranquille et avoir confiance ; qu'autrefois, Moriceau l'avait fait
ennuyé, faire le mouvement du monsieur fatigué par prendre et mettre sur le bateau par traîtrise. Je vois
une trop longue contention d'esprit, et aller tailler une alors qu'il faut le frapper vivement pour qu'il com
petite bavette avec son sergent (c'est ainsi qu'ils appel prenne bien et fasse bien comprendre nos intentions
aient l'un des deux Poyes que le docteur Normet à Amane.
m'avait signalé comme dangereux). Mais rassure-toi, Je lui dis : « Tu peux voir que nous sommes seuls,
c'était simplement pour lui prendre une cigarette. Tu sans armes et sans escorte. » — II l'avait déjà vu. — pas' vois le type. « Tu peux voir qu'à dix km à la ronde, il n'y a
Le sergent déjà nommé, Doui, appelé par nous l'an- un gendarme » — il avait déjà fait son enquête. — même
tropophage à cause de sa réputation suspecte à cet « Eh bien tu peux dire à Amane que pour lui prouver
égard; certainement il est chez les Poyes, du parti de que j'ai confiance en lui, et qu'en tous cas il ne peut
la guerre, parce qu'il espère manger des Touhos... ou rien craindre de moi, que je l'autorise à venir me re
d'autres. joindre ici avec tous ses guerriers, et tous ses fusils
Avec cela brave homme, ainsi que tu vas en juger s'il le veut; bien plus, si Pamalé ne lui convient pas
par la manière que nous avons prise, Normet et moi, pour notre rencontre, j'irai où il voudra. Il est d'ail
pour paralyser son influence. leurs entendu que je veux seulement lui parler, que si
Le premier jour de la rencontre, lorsque nous avons nous ne nous entendons pas, il sera libre de retourner
eu le palabre à Pamalé, je l'ai chassé loin du chez lui, moi chez moi, et qu'on se battra après. »
kiosque où nous causions avec Amane ; puis cinq minutes Ce fut l'argument lumineux pour le brave sauvage.
après, comme il s'était rapproché, moi d'abord, Normet Il se leva d'un bond, et partit immédiatement; je ne
ensuite, nous allons vers lui et en riant, et nous dési pus même pas le rappeler pour insister sur certains
gnant à lui du geste : « Bon kaï-kaï pour toi, hein? détails du message que je le chargeais de porter à
« — II trouva la plaisanterie de mauvais goût mais elle Amane. J'avais seulement eu le temps de lui dire de
fit l'effet voulu : il se sentait deviné. Toute la journée, revenir en tous cas me donner la réponse d'Amane, et
chaque fois que nous le rencontrions, même plaisan qu'il aurait une bonne récompense. Dès ce moment, je
terie; puis le soir, voulant le laisser sur une bonne sentis la partie gagnée car je tenais un bon fil, facil
impression, je lui fis verser un bon verre de rhum et itant la mission de Normet, et me permettant d'arriver
donner une tranche de gigot, et nous nous séparâmes au but par nos propres moyens si un accident faisait
6. Laborderie. épousera MUe Petitjean et sera le fondateur du domaine recouvrant toute la partie basse de la vallée de la
Tipije (J. G.).
7. Du 5 juin 1901 : Dossier Feillet, dont Registre des Dépêches confidentielles, 223 p. numérotées. Courrier du 14 juil
let 1894 et 27 janvier 1900. SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 26
échouer Normet. Je pus lire tranquille « La cousine kiosque, ayant d'un côté nos porteurs tremblants, et
de l'autre Amane et ses quatre-vingt guerriers massés Bette » et le lendemain dimanche 12 mai, nous fumes
comme en simple villégiature, tout occupés à l'ach dans extrémité de la cour.
Après le déjeuner, premier palabre avec Amane, èvement du kiosque déjà dénommé : Kiosque de la Paix.
Remarque que mon argument vainqueur était plus celui où nous avons l'incident (déjà raconté) avec
Douï l'anthropophage. réfléchi que hardi, car le rapport de Normet, que
j'avais lu avant de partir de Nouméa, m'avait rensei À partir de ce moment, je préfère céder la parole à
Normet car il a pris des notes, et son récit sera plus gné sur la psychologie d'Amane. Je l'avais senti cheva
leresque et c'est en cela surtout que Normet m'a circonstancié.
rendu un service inappréciable ; car il m'a permis de Je veux seulement te dire que dès ce soir 14, je me
sentais cause gagnée. Et de , fait, nous n'avons, depuis prendre sans trop de risques une résolution qui aurait
pu être imprudente autrement. Je n'avais pas le droit ce jour, couru que les dangers très minimes suivants,
du fait des Poyes : de m'exposer trop, sinon à être tué, au moins à être
retenu comme otage, car alors c'était la guerre inévi Amane, à un moment, assez en confiance avec moi
table et dans de mauvaises conditions pour nous. déjà (il avait confirmé dans ma pensée l'idée qu'avait
C'est donc dans ses négociations personnelles anté fait naître en moi le rapport de Normet) se trouve près
rieures à mon arrivée que Normet a couru vraiment des de moi à un mauvais passage en forêt montagneuse.
risques, et c'est par son rapport lumineux qu'il a mérité Nous mettons pied à terre et je lui dis : « C'est toi,
la proposition, que j'ai faite en sa faveur, de la croix Amane qui va m'aider à passer la forêt ». Il me montre
de la Légion d'honneur. le plaisir que je lui fais en riant et en sautant de son
cheval comme un gamin. Puis nous montons. Là, il Je reprends le fil de l'histoire. montre un tact inouï. Il m'aide juste assez pour que je
Le lundi 13, à deux heures, toujours dans la même n'aie pas de peine, mais pas trop, voulant me prouver
forêt et sous le même banian, je vois revenir Bolé, le qu'il ne me prend pas pour un podagre. Mais il ne
beau-frère d'Amane, qui me donne une lettre de Nor quitte pas son fusil. Moi, je le regardais de temps en
met, m'annonçant que, profitant de mon autorisation, temps (son fusil) et je me disais : Amane est stupide,
Amane, avec qui il se trouve, me demande de venir son fusil est chargé. J'avais envie de lui dire de le
jusqu'à Vahoué, dans les Poyes même, et qu'il m'y décharger, mais j'aurais détruit toute la confiance. Il
joindra le lendemain. La lettre était datée de dimanche, aurait cru que je me méfiais de lui, tandis que je ne
nous ne nous trouvions pas à temps pour rejoindre le craignais qu'un accident. Au reste, il était peu à craindre,
soir même Amane et Normet. Nous n'avions malheu car Amane est adroit comme un sauvage qu'il est.
reusement pas prévu que cela irait si vite, et nos che Lorsqu'à Hienghène, il me remit ses armes, et ce
vaux étant lâchés, nous perdons près de deux heures à fameux fusil — que je garde en souvenir, lui en don
les faire reprendre, et ce n'est qu'à 4 heures que, sui nant en échange un plus joli —, je lui dis : « Tu as été
vis de dix porteurs seulement, armés de sagaies et de bien imprudent de me hisser dans la forêt avec ton fusil
frondes, nous nous dirigeons vers Vahoué. Il faisait chargé ; s'il était parti et que tu m'aies tué par acci
nuit noire quand nous arrivons à Vahoué- Station, à dent, personne n'aurait voulu croire que tu n'avais pas
trois km à peine de Vahoué-Village (tribu). Craignant eu de mauvais dessein contre moi. » Amane devint pâle
de nous égarer et de nous casser la tête dans les che (il est à peine teinté) et fit le geste voulant dire : quel
mins canaques à peine tracés et pleins de mauvais pas fou j'ai été !
sages, nous campons dans la station abandonnée depuis Voilà tout le risque — et il n'est pas plus grand que
deux mois. M. Metzdorf constate avec plaisir que, mal celui que l'on court tous les jours à la chasse —, que
gré cet abandon, seules quelques poules manquent; et j'ai eu du fait d'Amane.
cependant les Poyes y étaient venus, ils y avaient cou Le seul danger que nous avons couru est du fait du
ché et avaient laissé des sagaies et des casse-tête. Nous lieutenant Muller, et surtout du fait de la patrouille
faisons du feu, nous dînons, espérant à tout moment armée de fusils.
voir arriver Amane et Normet. Nous essayons de ras Il est nécessaire que je te le raconte en détail, car il
surer nos porteurs qui se rassemblent tous auprès de faut que M. Guieysse, à qui tu montreras cette lettre
notre feu. Enfin, à dix heures, nous voyons des torches pour qu'il sache tout en cas de besoin, en ait connais
descendre une crête, mais deux seulement. Ce sont sance dans les plus petits détails.
deux guerriers d'Amane qui m'apportent une lettre de Nous étions arrivés à Tiendanit, le 16 à deux heures
Normet me demandant des vivres, et me disant qu'exté et demie, nous étions montés en selle à 8 heures du
nué de fatigue, il couchait avec Amane et ses guerriers matin, et avions faim. Bien que très près de Hien
à Vahoué village. La jonction se ferait le lendemain ghène, et qu'avec une marche forcée nous aurions pu
matin. y arriver le soir même, nous campâmes dans la tribu.
Nous envoyons un reste de gigot et du vin à Normet, Nous avions près de 24 heures d'avance sur notre it
pour les guerriers d'Amane, et nous dormons. inéraire prévu (j'avais envoyé à Koné par un de nos por
Le lendemain matin de bonne heure, mardi 14 mai, teurs, avant de partir de Pamalé, un télégramme fixant
nous partons de Vahoué-Station au devant de Normet notre arrivée à Hienghène pour le 17 au soir. Personne
et d'Amane que nous rencontrons avec ses guerriers, jusque-là n'avait donc le droit d'être inquiet). D'ailleurs
dans un chemin adorable, au milieu d'une nature nous avions envoyé dès 9 heures un de nos porteurs
vierge, au moment où ils sortent de la tribu. chargé de mettre au télégraphe à Hienghène, dans la
Je propose à Amane de retourner séance tenante, soirée, des dépêches pour Nouméa donnant de nos nouv
sans descendre de cheval jusqu'à Pamalé où j'avais pré elles.
paré un kiosque pour causer tranquillement. Amane Donc aucune raison ne pouvait nous empêcher de nous
accepte et nous repartons immédiatement. arrêter à Tiendanit. Nous y campons, y déjeunons gai
Nous arrivons tard, vers midi et demi à Pamalé, et ement et avec appétit. Nous faisons une petite sieste.
nous déjeunons gaiement avec Normet dans notre Vers cinq heures, à notre grande surprise, nous voyons LE GRAND CHEF AMANE DES POYES DE 1898 À 1917 27
arriver le lieutenant Muller, il est vrai sans armes. Là, nant notre présence tranquille si près. Revenant sur ses
j'ai manqué de présence d'esprit. Au lieu de lui dire de pas vers Hienghène, elle tomba sur la patrouille au mo
s'en retourner tout de suite, je me borne à lui marquer ment où celle-ci (voyant des Poyes munis de torches)
allait tirer. (Je vérifie le fait le lendemain en interroma surprise. Et, par un mouvement bête, mais naturel,
de chef de popote, je lui dis, très fraîchement d'ailleurs, geant moi-même le sergent devant ses chefs.)
qu'il peut dîner et coucher avec nous dans notre bon Heureusement, me rappelait Amane, j'avais vu ton
net de police, mais qu'il aura mauvais dîner et mauvais cœur.
coucher. En un mot, je ne le renvoie pas comme j'au Sans Titine, en effet, le moins qui eut pu arriver
rais dû, mais je ne le retiens pas. D'un ton bizarre, il était de faire échouer ou rendre presque impossible la
répond : « Toute réflexion faite, je reste ». Alors nous pacification. Ty, le chef du parti de la guerre aurait
allons ensemble vers le campement, et comme je m'étais repris son ascendant sur Amane, et il est difficile de se
promis une bonne soirée et que je ne voulais pas la rendre un compte exact de ce qui se serait passé.
perdre, je tâchai de lui faire rompre la glace. Pas moyen. Il était trop tard le soir, pour que l'on parle au
Alors je lui tourne le dos ; nous avons un mauvais dîner, lieutenant Ferrât qui dormait lors de ma rentrée au
froid par nos plats, et plus froid par l'ennui et le désa poste militaire.
grément apportés par le lieutenant. Il se couche sous le Mais le lendemain matin, dès 4 heures, je le fis appeler
bonnet de police aussitôt après dîner et m'empêche de et je lui racontais tout. Il fit son enquête qui ne fut pas
longue, et qui confirma tous les dires d'Amane. M. le dormir toute la nuit, par son attitude, ses allées et ve
nues, son allure insupportable. lieutenant Muller reçut l'ordre de partir immédiatement
pour Oubatche, et nous remîmes d'un commun accord Alors je me dis qu'il vaut mieux garder à vue un être
pareil, et je donne l'ordre à Normet de quitter notre au soir, après la première séance du grand palabre, l'en
quête à fond sur les causes de ce malentendu. campement à 4 heures du matin, en profitant d'une fin
de lune. Je voulais qu'il allât avant moi à Hienghène, Le soir, en dînant, et avant de nous séparer, nous
vîmes clair. porter mes instructions pour le palabre, et décider,
comme venant de moi, pour le cas où de grosses bê Le lieutenant Muller, fou ou criminel, par jalousie
tises — que pouvait me faire présager l'arrivée inop contre le docteur Normet ou par d'autres mobiles, avait
portune du lieutenant — auraient été commises. suggéré au capitaine Durand, dont la bêtise est proverb
Le docteur Normet parti, je me lève sans avoir dormi, iale, l'idée de se faire envoyer dans les hauts Hien
ghène, pour avoir de mes nouvelles. et à 8 heures, ayant devant moi le lieutenant, derrière
moi Amane à cheval, et derrière Amane, M. Aubry-Le- Première sottise : malgré mes ordres formels transmis
par le Commandant militaire, de suspendre tout moucomte, puis les quinze guerriers avec sept fusils, nous
rentrons à Hienghène. Le docteur venu au devant de vement de troupes pendant les négociations, le capi
moi me rassure sur les dispositions prises pour le pa taine Durand cède à la suggestion du lieutenant Muller.
Mais le capitaine Durand avait donné ordre au lieutelabre du lendemain, et prend congé de moi, en me di
sant qu'en froid avec le lieutenant Muller il ne me nant Muller de revenir au poste au plus tard, à 6 heures
verrait pas au poste militaire. Nous convenons donc du soir. Contrairement à cet ordre, le lieutenant Muller
que le dernier palabre avec Amane empêché par l'arr vint jusqu'à Tiendanit, où il arriva à 5 heures, ce qui ne
lui permettait certainement pas d'être de retour à ivée intempestive du lieutenant Muller, aurait lieu le
soir même chez lui, où j'avais massé tous les Poyes. 6 heures à Hienghène, et pour mettre le comble à son
Après le déjeuner, au poste, je dis au lieutenant Fer- insubordination, resta auprès de moi, sans que je l'aie
rat, désigné pour commander l'expédition si elle avait retenu, toute la nuit.
Le capitaine Durand, vers 6 heures, inquiet du lieuteeu lieu, que la présence de Muller serait insupportable
le lendemain. Je lui raconte la nuit passée. Le lieute nant Muller, demande à la gendarmerie d'aller à sa re
cherche. Cela eut mieux valu que la patrouille. La gennant Ferrât arrivait à peine de Touho appelé par moi à
Hienghène par une dépêche postée de Tiendanit et tél darmerie, avec le zèle que lui a inculqué le Commandant
Baumann, refuse de marcher sans réquisition. Durand égraphiée les 16 au soir de Hienghène, en même temps
que les télégrammes envoyés par moi à Nouméa. Mon prend la tête, et au lieu d'envoyer des Canaques aux
mécontentement est partagé par le lieutenant Ferrât, nouvelles, envoie la patrouille armée en guerre, fusils
et nous décidons que le lendemain matin, on aviserait chargés, etc.
Il résultait de cette enquête que si le lieutenant avait en ce qui concerne le lieutenant Muller.
Le soir, après dîner, je me rends chez Normet, voir été ou fou ou criminel, le capitaine, qui avait été sur
Amane. tout bête selon son habitude, serait beaucoup plus gr
avement compromis au point de vue militaire. Amane rend alors ses sept fusils, de quatre-vingt guer
J'eus peut-être alors la faiblesse de me laisser fléchir riers au début il n'avait conservé que quinze jusqu'à
par le lieutenant Ferrât, dont d'ailleurs, je n'ai qu'à me Hienghène, et en me les rendant, me dit : « Heureu
sement, j'avais vu ton cœur », puis quelques mots que louer, et je promis que de mon chef, il n'y aurait pas de
punition militaire pour ces officiers, que je laisserais à je ne comprends pas. Je vois à sa physionomie qu'il a
quelque chose à me dire, qu'il n'ose pas. l'autorité le soin de faire ce qu'elle voudrait,
pourvu que Muller et Durand fussent mis dans l'impossJe demande à notre interprète, le métis Dick, de le
faire s'expliquer, et j'apprends que la veille, dans la nuit, ibilité de nuire, en les ramenant au chef-lieu.
Mais je dis en même temps que le ministre serait pendant que nous étions au campement de Tiendanit,
les sentinelles d'Amane lui avaient signalé la présence informé de tout, et le public, de l'indispensable : c'est
ainsi que le Journal Officiel fait une allusion claire, d'une patrouille commandée par un sergent et compos
bien que discrète, à ces événements, dans la note de ée de cinq hommes armés de fusils, — qu'il allait s'en
M. Aubry-Lecomte ; c'est ainsi que le Ministre sait inquiéter, lorsque la maîtresse du docteur Normet, la
— sauf les détails pittoresques — toute l'affaire, par métisse Titine, inquiète de celui-ci intervint de la ma
un rapport détaillé. nière la plus heureuse. S'étant avancée jusqu'à deux km
Je désire que M. Guieysse en soit aussi informé, de notre campement, elle avait été ramenée en 28 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
parce qu'il importe que j'aie un témoin, au cas où les voir le mien. »... Il avait parfaitement démêlé que les
Maristes ou les militaires viendraient à dénaturer les Blancs avaient été complètement trompés par les ind
choses dans leurs journaux. Je connais trop la fa igènes qui servaient d'instruments à la Mission et tou
iblesse ministérielle pour me fier entièrement à mon jours, il avait défendu de tirer sur les Blancs, alors
ministre. même que des hommes dits plus civilisés que lui le
D'autre part, si on avait été plus ferme lors des poursuivaient. S'il y a eu un soldat tué, c'est par une
précédentes enquêtes, rien de tout cela ne se serait indiscipline d'un de ses sujets... Il a des manières de
passé. Si le Ministre avait fait usage de l'enquête grand seigneur et d'enfant, une âme de poète et de
de Wagap, celle de 1899, procédée par M. Lecomte, politique. C'est la nature humaine que rien n'a gâtée
Président de la Cour d'Appel, tout aurait été fini; ni modifiée, mais une nature noble, fière, farouche. Je
comme aussi, la Mission démasquée n'aurait pu rien suis très contente car nous le verrons le 14 juillet.
oser entreprendre dès 1898, si M. Lebon avait publié
l'enquête d'Ina (celle de M. Arnaud). Pourquoi, dans ces lettres, Feillet apparaît-il Eh bien, le Ministre fera ce qu'il voudra. Il a les
l'ennemi de la Mission? C'est l'époque en France, éléments en mains et il peut se servir à son gré des
où la République cherche à affermir sa laïcité. Or renseignements si intéressants pour sa politique, que
je lui fournis. les maristes sont depuis quarante-cinq ans, les.
Il n'y a qu'un point sur lequel je dois me montrer, seuls maîtres de la Calédonie dont ils fermaient
intransigeant parce que j'en ai le devoir et le droit, les frontières aux évangélistes loyaltiens ; ils sont
parce que j'en ai assez d'avoir toujours à recommencer maintenant furieux que le Gouverneur ait accédé la lutte avec la Mission, sans que celle-ci soit mise en à la demande de l'indigène Kapéa de Houaïlou, état d'incapacité de nuire. On peut faire ce qu'on veut venu expressément à Nouméa en 1895, obtenir contre elle, je le répète, dans l'état actuel des choses que ces évangélistes ne soient plus expulsés mais — car une enquête approfondie prouvera tout — mais
qu'ils soient autorisés à venir instruire les tribus ce que je réclame énergiquement, et ce qui à la rigueur
qui^ les demandaient. suffirait, c'est qu'officiellement, sous une forme à
À ces griefs s'en ajoutaient d'autres qui permetttrouver, le Ministère montre publiquement qu'il a dé
masqué la Mission, et que dorénavant toute histoire aient à la Mission de trouver facilement des
canaque, quelle qu'elle soit, serait sa fin en Nouvelle- appuis dans la population blanche, contre la poli
Calédonie. tique de Feillet. Le Gouverneur avait eu le courage
Cela est nécessaire, ou sans cela, je suis rivé à Nou de « fermer le robinet d'eau sale » qu'était le Péniméa pour la fin de ma vie, et tant que la mission y sera. tencier, occasion de corruption pour toute la coloCela est et à la rigueur, suffisant. Mais je nie. Cela soulevait un faux problème de main- demande à M. Guieysse d'user de toute son influence
d'œuvre, pour ne pas dire de travail forcé, les dans ce sens.
« forçats travaillant à vil prix pour les particuliers Je lui écris une lettre assez courte, par ce courrier,
comme pour les Travaux Publics ». Il avait aussi lui résumant la situation, et lui annonçant soit ta visite
avec ma lettre, s'il est à Paris, soit l'envoi par toi de une politique d'ensemble et développait la colo
ma lettre, sous pli recommandé, s'il est absent. Il te nisation libre à la place de la colonisation pénale,
la retournera ou non, comme il voudra, tu n'auras qu'à comme on l'appelait. Ces réformes importantes ne pas la lui envoyer ou en prendre copie pour toi de faisaient inévitablement apparaître des abus excessla première partie qui te touche personnellement. ifs. C'était le temps où un ancien forçat, maire de Voilà, mon cher Jacques une bien longue lettre, mal sa commune, mettait avant l'addition de ses facécrite car je n'ai pas le temps de me relire presque, et
tures : S.C.P.T.M. ... tant... à la tête du client qui en tous cas de me corriger et recopier. Je t'embrasse
n'osait jamais demander l'explication : « Si ça comme je t'aime. Et à bientôt, quoiqu'il arrive. Nous
prend, tant mieux ! » comptons les semaines.
Évidemment, les positions se durcissent et la
Sur le plan familial, l'événement avait paru lutte est sévère entre le Gouvernement de la
mériter une lettre de Jacqueline Feillet, jeune République et les Pères maristes qui ont « donc
fille de 16 ans, à son frère Jacques : tout à gagner au changement de Gouverneur »,
écrit le P. Hily de Houaïlou8.
Nouméa, 27 mai 1901 En mai 1905, Leenhardt fait une rapide visite
à Amane et raconte à ses parents : ... La figure d'Amane est vraiment peu banale. Repré
sente-toi un grand seigneur féodal du Moyen-Age. Il a
tous les caractères du gentilhomme, avec cela une intel Voici l'affaire en deux mots : Hippolyte, chef catho
ligence lumineuse. Quand on compare sa conduite dans lique de longue date, prit pour lui une femme promise
toute cette affaire à celle des militaires, on est trans depuis sa naissance à Amane. Cela est courant. L'affaire
porté d'indignation à l'idée que, si nous étions arrivés n'eût point eu de suite si les réponses d'Hippolyte
un mois plus tard, on se serait battu contre Amane, n'avaient été des défis. Les Poyes relèvent le défi,
que tant de sang aurait coulé et que le pays aurait été l'herbe de guerre circule. Les font un pilou de
perdu à jamais. guerre et voilà qu'ils sont surpris par l'armée. Ils se
Amane a été avec Papa, dès le premier jour, d'une dispersent dans la montagne, etc. Que s'était-il passé?
courtoisie et d'une confiance exquise. Quand ils se sont Dès le début de la dispute, les Pères ont soutenu Hip
bien expliqués, il lui a dit : « J'ai vu ton cœur, tu vas polyte qui, seul, avec une petite tribu, n'eût jamais
8. Père Hily, Houailou, 7 janvier 1902. GRAND CHEF AMANE DES POYES DE 1898 À 1917 29 LE
songé à défier les Poyes. On écrit à Nouméa que les était-il d'aller là où il trouvait un souci de respect,
Poyes ne veulent pas payer l'impôt, qu'ils sont en de justice et de loyauté.
révolte et vont massacrer les Blancs. On mobilise l'a On peut remarquer, en effet, que les chefs
rmée, les gendarmes, des canons ! Et les Poyes en étaient n'avaient en général le choix qu'entre deux attencore à invectiver Hippolyte quand ils voient l'a itudes : ou rester païen, et c'était l'impasse et rmée ! — Tout cela se passait en l'absence de Feillet qui l'extinction comme le notait Leenhardt à son est rentré à ce moment, a été seul trouver Amane, arrivée : « Je ne trouve guère que le fier Canaque s'est expliqué avec lui et a remis les choses en ordre.
de l'insurrection qui, vaincu, préfère ne pas avoir La raison de tout ce tapage et de l'argent englouti?
d'enfants que de les voir exploités par les Feillet renversé et la Calédonie aux Maristes.
Blancs »14, ou accepter la tutelle de la mission
mariste. Amane découvre lors de sa rencontre Malade, le Gouverneur Feillet est rentré en
France le 18 octobre 1902 et s'en est allé mourir avec le Gouverneur, qu'une troisième voie est pos
sible, celle que proposent les natas, et qui permet à Montpellier le 2 septembre 1903 à l'âge de
de pouvoir travailler au développement de son 46 ans. Son action avait été déterminante pour
peuple, sans demeurer un « protégé ». le grand chef Amane.
On remarque en effet, de 1901 à 1905 un chan
gement de ton dans les rapports des gendarmes9.
Amane et M. Leenhardt. Sans doute Amane est-il toujours invisible à la
gendarmerie où il ne tient pas à aller et d'où son
absence excite des soupçons. On relève le 10 no Arrivé fin 1902, M. Leenhardt fait sa première
vembre 1902 qu'il a passé quinze jours dans la tournée dans le Nord en août 1903 :
haute Tiwaka, tribu de Pamalé, mais on ne le Le grand chef Amane vient à ma rencontre, écrit-il sanctionne pas pour le manque d'autorisation aux à ses parents, et m'annonce que les pasteurs Malakaï pilous qu'il tient. Un rapport note même avec et Kouriani venaient d'aller chez les Poyes quand Douï
une indulgence inhabituelle : « Cette façon d'agir a annoncé ma venue ; et on est allé les avertir et ils
n'a rien d'inquiétant, elle est la conséquence du sont arrivés au milieu de la nuit avec Cimutru (pasteur)
tempérament d'Amane qui ne peut se modifier et Amane. Donc le redoutable Amane est là, venu de
qu'avec le temps et la patience10. » lui-même. Voilà qui va rendre la visite intéressante.
Hélas ! je reviendrai le cœur serré de voir à quel point Et le 21 janvier 1903, le brigadier Girard fait
la curie romaine est une chose contre nature. Amane une réflexion intéressante : « Amane depuis sa est venu me dire qu'il approuvait ma parole. Au demeurconversion récente se croit autorisé et même ant, après qu'on a prêché, chacun reprend sa vie, et obligé de faire de la réclame pour amener les l'on ne s'aperçoit qu'à la longue du bien qui s'est fait. Canaques de la région à l'imiter11. » J'allais donc déjeuner, et à une heure et demie, je pi
On semble blâmer le grand chef de son ardeur quais le galop du départ. Bientôt le chef, sa femme et
a rallier ses compatriotes à l'esprit de la paix de plusieurs autres cavaliers me rattrapèrent, et je fis le
Pamalé ! Car cette conversion n'est pas religieuse, chemin de la veille en tête de mon état-major.
Nous descendons jusqu'à la Tchamba, et sur le petit mais politique et de bon sens. Il a découvert l'es
quai du bac, je prends congé de mes accompagnateurs prit de Feillet : « J'ai vu ton cœur, tu vas voir le
en leur faisant quelques recommandations pour leur mien »12, et il fait part de sa découverte à ses montrer que je savais que la femme qui était là était compatriotes en les appelant à ne plus tuer de illégitime, que mon voisin m'avait menti, etc...16. Blancs. On ne semble pas, ni dans l'Administrat
ion, ni chez les Pères Maristes, avoir pensé à Aux lecteurs du Journal des Missions, le mis
saisir cette occasion d'aider Amane dans cette sionnaire donne un aperçu général de la situation
voie nouvelle. On voyait toujours et malgré tout en août 1903 :
en lui, le « Tonnerre des Poyes », et un prétexte
À vingt-cinq kilomètres de Ponerihouen, au cap à intrigues13. Bayes, Malakaï, mare, commence une œuvre frucPeu après le moment où le gendarme note cette tueuse dans des tribus nombreuses. Nous sommes ici bonne volonté envers l'Administration, Amane sur la limite des grands centres catholiques qui s'égrèvient de lui-même rencontrer M. Leenhardt en nent jusqu'au Nord, Wagap, Touho, Hienghène, Pouébo,
tournée dans la région. Il a voulu marquer sa dé Balade, où les maristes régnent depuis cinquante ans.
cision et son choix sans se rendre compte sans C'est là aussi que de fortes tribus ont disparu et que
doute de ce que cela signifiait. Du moins son choix d'autres sont restées païennes. La principale, celle des
9. Gendarmerie Nationale « Registre de correspondance », copie des lettres et rapports dont le grand chef Amane et le
petit chef Marcelli ont fait l'objet depuis le 26 octobre 1905 quand le brigadier Pellegrin a pris le commandement de la bri
gade de Touho. Chaque page a reçu le tampon bleu : « Le Capitaine Rentz, commandant le détachement ». Il y a 114 p.,
soit : 52 p., du 7 février 1901 au 30 décembre 1905 - 15 p. du 30 décembre 1905 au 26 septembre 1906 - 35 p. du
15 octobre 1906 au 12 janvier 1908 - 12 p. du 8 janvier 1909 au 26 juin 1909.
10. G. M. Touho, N° 16.
11. Id., N° 9.
12. Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie, 25 mai 1901, p. 182-183.
13. La France Australe.
14. M. Leenhardt à ses parents, 2 juin 1903.
15. M. a ses parents. SOCIÉTÉ DES OCEANISTES 30
Poyes, est devenue célèbre par sa guerre d'il y a naques plutôt qu'à ceux de Koné qui sont plus proches
trois ans. Il appartiendra à l'histoire de dénoncer les et beaucoup plus nombreux, les fusillades signalées par
perturbateurs; mais si cette affaire a eu pour consé la station de M. Metzdorf.
En tous cas, si contrairement à ce que je crois, mes quence fâcheuse d'inspirer au grand chef Amane des
sentiments sauvages à l'endroit des catholiques, elle a Canaques ont, à mon insu, causé du désordre chez les
Blancs, je vous prie de demander à ceux qui en sont eu aussi l'avantage de lui montrer la nécessité de
développer ses tribus. Le précédent gouvernement lui victimes de me les faire connaître, je m'engage à vous
envoya un moniteur, mais Amane a demandé lui- les livrer immédiatement pour qu'ils soient punis très
même aux natas (pasteurs) de Bayes et de Ponerihouen sévèrement 19.
de venir le visiter. Il y a aujourd'hui le nata Cimutru, 1905 est sans doute une année décisive par la un jeune mare qui a travaillé plusieurs mois chez un ami visite des trois pasteurs qu'Amane reçoit avec des missions qui réside maintenant en France (Gus reconnaissance. « Ne pouvant circuler comme je tave Warnery). Cimutru et sa femme ont de la valeur
le devrais, écrit M. Leenhardt, et sentant que et mènent, dans ces montagnes, une existence très dure :
plusieurs natas avaient besoin d'être encouragés, aucun tabou n'est levé, et Amane, malgré son anticléri
j'en avais désigné trois de la région pour visiter calisme, n'est qu'un grand chef païen. Sa taille est aussi
haute que petite celle de Cimutru, mais j'ai eu l'impress une partie de la côte. » M. Leenhardt a fait de
ion, quand je les ai vus ensemble, qu'en dépit des cette visite un récit auquel on pourra se report
coups de griffes, Cimutru resterait un dompteur18. er20. Nous préférons donner ici le récit inédit
fait à la Conférence des pasteurs et noté au fur et La perception de l'impôt soulevait toujours des
à mesure que les pasteurs racontaient leur tourdifficultés et le Chef du Service des Affaires indi
née21. Si ce style abrégé peut être moins aisé à gènes, Aubry-Lecomte, propose à Amane de ne
lire, l'effort à faire en vaut la peine. Et pour qu'on plus remplir le rôle de collecteur17. Un mois plus
puisse mieux suivre la manière des visiteurs, nous tard, le grand chef se rend à une convocation de
donnons un verset des textes qu'ils ont choisi pour la gendarmerie :
leurs messages, et dont le compte rendu ne donne II ressort de notre conversation, dit le rapport, qu'il que la référence. C'est un texte unique par sa n'y a dans cette affaire qu'un malentendu provenant de
spontanéité, par le récit des tournées en tour de ce qu'Amane a interprété dans un sens trop large les
côte et à pied, par la difficulté à se faire traduire termes du télégramme du 29 février 1903, et aussi de
en plusieurs dialectes pour se faire mieux comce que, sans doute, les dispositions nouvelles édictées
par ce n'ont pas été notifiées aux chefs prendre et par l'esprit d'initiative dont il témoigne.
indigènes intéressés. J'ai l'absolue conviction qu'en ce Ce texte méritera d'être analysé, car il apporte qui concerne les Poyes, cet incident peut être considéré des éléments insoupçonnés sur la situation à cette comme entièrement terminé18. .époque, situation qui n'existe heureusement plus
Malgré cette « absolue conviction » les plaintes aujourd'hui.
Ces trois messagers étaient le vieux Jémès de redoublent contre Amane, celles mêmes dont la
Mare, les jeunes Makonn de Lifou et Eleicha Ne- rencontre de Pamalé l'avait reconnu innocent. Il
baves de Nepoimia (Grande Terre). vient s'en expliquer avec le brigadier :
Partis le 9 février par St Antoine, d'Houaïlou. Arrivés Je ne sais pas qui a pu vous dire ce que vous me
à Tipindjé le 11 à 9 heures du matin. Prennent du riz reprochez, car non seulement je ne me suis livré à aucun
pour Mme Wilson (introduction de moi). Mangent. acte hostile à l'égard des éleveurs de la chaîne, de leurs
Achètent un sac de riz, une boîte de saumon, 4 mètres employés ni des Canaques de Koné, mais je n'ai pas la
moindre mauvaise intention envers eux. Il vous est d'ail de manou pour Amane, un kilog de cassonnade, savon
(crédit ouvert). Mme Wilson leur donne un indigène pour leurs bien facile de constater que tous mes Canaques
guide, Etienne, jeune garçon catholique de Kongoumoin, sont dans leurs tribus bien tranquilles, qu'ils ne pensent
famille d'Amane, frère d'Amane qu'Amane a donné au à faire la guerre à personne, pas plus que mes sergents
que vous dites être à la tête des rebelles. chef Marcel. Passent par la grand route, coupent der
rière Berlioz, sont chez nata Cimutru à 1 heure (ou 2 ?). ... Il y a plus d'un an, le chef Poigny sous prétexte
Cimutru bleu ! (surpris) Prière tous les quatre. que le chef de Koné ne versait pas à l'Administration raconte qu'après la Conférence de Témala, l'argent qu'il lui remettait pour la capitation, m'avait
il est entré à Poyes. Amane ne vient plus au culte ; demandé de me charger de faire moi-même le verse
fuit toujours la tribu où se trouve le nata, parce que ment à Touho. Je n'ai pas voulu me charger de cette
honte. Il a été boire et saoulerie. Nata lui a parlé : mission sans savoir si je pouvais le faire, et ce n'est
« Vous fini boire »? — « Oui. » Pas de réponse aux qu'après que M. Aubry-Lecomte m'en ait chargé que
autres questions. Il a pris le fusil de Dono parce que j'ai accepté les soixante-dix francs d'acompte sur l'im
Dono a pris des cocos. Amane enlève sa femme au pôt de 1903 dû par la tribu de Néaoundé, somme que
j'ai aussitôt versée à la caisse de Touho. païen Opine pour la donner à Teiang, protestant.
... Je ne vois pas pourquoi on attribue à mes Nata s'oppose sans succès. A pris la fiancée de Tiwai
16. Journal des Missions Évangéliques, 1904, p. 422 (août 1903).
17. G. M. Touho, 17 février 1904.
18. Id., R. N. 26, p. 16-17.
19. G. M. Touho, P. V. 30 du 8 avril 1904.
20. Journal des Missions Évangéliques, 1905, p. 283-284.
21. Conf. Pastor. 1905, p. 13-30. Les cahiers des Conf. Pastorales se trouvent : en microfiche A 18093174, Mie. 780174,
I.E. Paris 1978, en photocopie déposée à l'Église Évangélique à Nouméa. ■
LE GRAND CHEF AMANE DES POYES DE 1898 À 1917 31
pour lui. N'a plus que trois femmes (une morte cathol Amane répond : « Moi pas protestant, moi pas catho
ique). A dit aux païens de ne pas faire la prière. Il a lique, moi encore païen. »
dit à ses frères : « Vous écoutez natal Est pauvre, Amane rentre à Poyes. Pendant une semaine, il ne
bah! » parle pas à ses frères. Le samedi matin 11 février, il
La dessus arrive le Père Vincent le jeudi (5 ou 12 jan convoque tout le monde pour poser la question le d
vier 1905). Amane est à la chasse. Le Père va d'abord imanche : Protestant ou catholique?
chez nata : A deux heures, les natas arrivent !
« C'est toi nata ici? » — « Oui. » — La veille, Amane avait tout raconté à Cimutru.
« Tayo mare? » — « Oui. » — A 5 heures (le 11 février) Jemès se fait annoncer à
« Où? la Roche? » — « Non Touho » — Amane par Augustin. Jemès et Makonn, Eleicha, Cimut
« Ah, oui chemin de Tadine. Moi connais Mare, pas ru et son frère de passage, va et lui donne manou,
resté longtemps, puis Lifou, puis Calédonie. Où est deux boîtes d'allumettes, lui parle, puis Makonn qui fait
Amane? » — la prière, puis Eleicha :
« Peut-être à la chasse. » « Amane, demain dimanche, nous faire la prière tous
II va chercher Amane et trouve Bouillan, son frère : dans le temple? »
« Où est Amane? » « Oui, oui. » Amane leur donne un gros panier de
— « A la chasse. » patates. Nuit.
— « Moi viens trouver vous deux ; parole pour vous ; 12 février : 7 heures, prière au temple. Makonn.
il y a le Journal. » Bouillan : « Attends je connais mal Amane interprète. Matthieu 13, verset 10-30 (parabole
français, attends Amane. » du bon grain et de l'ivraie), v. 28. Théou fait la prière
finale dans sa langue. « Non, vous deux descendre dimanche à Kongou-
moin. » II était deux heures de l'après-midi, il est 7 h 30 : manger. Arrivent toutes les tribus Wanash,
parti. Il était seul, à cheval. Tiwaé, Tiwième pour la question catholique. Ils vont
saluer les natas. Dimanche, Amane, Bouillan et Ty vont à Kongou-
moin (Ty est protestant). 8 heures : Cimutru, Eleicha, école du dimanche.
Le Père : « Entrez dans ma case. Voilà le Journal. Eleicha prière. Cimutru école, prière finale.
(Journal comme un cahier). C'est pas d'ici, il vient de 10 heures : Jemès, sermon : Matthieu 24, v. 4-13
France. Beaucoup d'histoires contre vous tous. Je voul (Prenez garde que personne ne vous séduise...) Josaiah,
ais vous le dire parce que les missionnaires protes police Poyes, fait la prière. Cantique Poyes. Jemès
tants et natas font mauvais pour vous. Voilà la pre prêche. Cimutru traduit en français, Josaiah en Poyes.
mière parole. Apocalypse 2, v. 10 (Sois fidèle jusqu'à la mort...)
« Nata à Poyes, Cimutru. Il est petit, son cœur grand Chant houaïlou 2. Jemès ajoute : « Nous sortir, nous
aller reposer et manger, à 3 heures nous finir prière, comme la terre. Amane est grand, ses mains grandes, un chat, et une souris. Il est pas plus bon nous parler premier avec chef.
qu'eux. Il est comme les bêtes, il fait répulsion. Tous A 3 heures, Eleicha commence, chant. Matthieu 5,
les natas de Calédonie et le pasteur de Houaïlou font v. 1-12 (les Béatitudes : Heureux...) Chant mare.
Texte : I Rois 18, v. 24, 26, 37, 38 (Élie triomphant mauvais en à tous les hommes et les chefs.
Amane, regarde c'est dans lé Journal. » x des prophètes de Baal). Moi, j'invoquerai le nom de
l'Éternel ! Parlé français. Amane interprète. Amane : « Moi connais pas voir, seulement écouter. »
Puis entretien avec dans le temple. Prière. Les missionnaires protestants et les natas : faut pas
Récit des paroles du Père par Amane qui ajoute : pilou ; moi dire pour toi Amane, bon pilou, vous faire
« Père a dit : ton père toujours camarade pour moi. moi content. Dans le Journal encore M. Leenhardt dire
Et maintenant voilà mauvais pour toi, de M. Leenhardt faut pas payer filles. — Moi dire bon pour vous payer.
et natas. Je t'aime, reste près de moi. Je ne vous dis Tous les natas pas faire l'école pour les enfants, ils font
pas de faire la prière avec moi, mais restez que je vous rien. M. Leenhardt ne paye pas les natas. Il dit les
donne à manger, car je vous aime. Puis : faites la maihommes dans la tribu vont payer les natas : Toi, Amane,
son. » II est allé aussi à Wanash et a trouvé le chef donne cent francs à Cimutru, ta femme cent francs.
Douï : « Fais-toi catholique maintenant, Amane a jeté 8° M. Leenhardt et les natas parlent mauvais aux
les protestants. » hommes et chefs de Calédonie.
Douï : « C'est vrai?, Amane l'a fait? Lui seul, moi 9° M. Leenhardt et les natas n'aiment pas la Calé rester protestant. Çà c'est des jalousies. Moi ni cathodonie, ils disent les calédonies sont comme les diables lique ni protestant, moi penser Dieu. » et les animaux. L'autre vieux à Touho, oncle d'Amane, apprend à 10° La religion protestante n'a pas d'amour, bon Touho qu'Amane s'est fait catholique. Il ne dort pas la
pour les catholiques, il y a de l'amour. nuit. Il court à Poyes :
11° Les protestants rentrent pas au Ciel, bon pour « Amane jamais, moi païen, mais la vérité est là. Moi,
les catholiques, place pour eux dans le ciel. ton oncle, ton père toujours écoute moi : fais comme
lui. Moi fort, content pour vous. Moi penser M. Feillet, Fini parole du Journal. Maintenant dit le Père,
voilà ma : vous deux je vous aime, parce que il a dit à Païta : c'est les Pères ils ont mené les sol
dats ici. Ne fais pas catholique. » ce Journal parle mal de vous, je veux vous le montrer
Eleicha : « Gouverneur protestant, secrétaire général parce que je vous aime. Je ne vous dis pas de vous
protestant. » faire protestant ou catholique, mais je dis pour vous
Entretien avec tous les hommes et garçons. Makonn penser, parce que le Journal dit de mauvaises paroles.
donne parole de Dieu et fait prier. Vous faire petite maison pour moi à Poyes, un peu
Puis Jemès : « Vous reçu la parole pour Amane? » plus loin que le temple, parce que Amane, tu veux
« Non, lui tout seul. Nous protestants, ne pas jeté la protestant, mais tous les nommes veulent la religion
parole de Dieu. » catholique. Il me faut maison pour aller leur faire la
« Écoutez bien la parole du chef pour travail de la prière.

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