Histoire de l'université de Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle, 1e livraison, par Charles Jourdain. Index chronologicus chartarum pertinentium ad historiam universitatis Parisiensis..., 1e livraison, par le même. ; n°1 ; vol.23, pg 256-267

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1862 - Volume 23 - Numéro 1 - Pages 256-267
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Publié le : mercredi 1 janvier 1862
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Auguste Himly
Histoire de l'université de Paris au dix-septième et au dix-
huitième siècle, 1e livraison, par Charles Jourdain. __**__ Index
chronologicus chartarum pertinentium ad historiam universitatis
Parisiensis..., 1e livraison, par le même.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1862, tome 23. pp. 256-267.
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Himly Auguste. Histoire de l'université de Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle, 1e livraison, par Charles Jourdain.
__**__ Index chronologicus chartarum pertinentium ad historiam universitatis Parisiensis.., 1e livraison, par le même. In:
Bibliothèque de l'école des chartes. 1862, tome 23. pp. 256-267.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1862_num_23_1_445846256
BIBLIOGRAPHIE.
Histoire de V Université de Paris au dix-septième et au dix-huitième
siècle, par Charles Jourdain, ancien professeur de philosophie , chef de
division au ministère de l'Instruction publique et des cultes. lre livraison.
Paris, Hachette et Ce, 1862. VIII, 148 et 72 p. in folio.
Index chronoiogicus chartarum pertinentium ad historiam universi-
tatis Parisiensis ab ejus originibus ad finem decimi sexti sxculi, adjec-
tis insuper pluribus instrumentis qu<e nondum in lucem édita erant,
studio et cura Caroli Jourdain, in Academia Parisiensi philosophise olim
professons. 1er livraison, Paris, Hachette et C° 1862. VIII et 68 p. in-fol.
La grande histoire de l'Université de Paris, due au zèle infatigable de
César Egasse du Boulay, qui fut tour à tour procureur de la nation de
France, recteur et greffier de son illustre compagnie, s'arrête comme on
sait, à la fin du seizième siècle, avec le sixième volume publié en 1673.
Depuis cette époque jusqu'à nos jours, personne ne s'était senti le cou
rage de reprendre l'œuvre interrompue : parmi les nouveaux historiens
de l'Université de Paris, les uns, comme Crevier, ne franchissaient pas plus
que Du Boulay la limite de l'année 1600; les autres passaient du moins fort
rapidement sur le dix-septième et le dix-huitième siècle, parce qu'ils man
quaient de la patience nécessaire pour remonter par eux-mêmes aux sources
originales, où leur laborieux prédécesseur avait puisé à pleines mains. De là
•une lacune fort regrettable dans l'histoire de la fille aînée de nos rois, dont
le rôle sans doute fut beaucoup plus effacé pendant les deux derniers
siècles de son existence qu'aux temps où elle faisait sentir son ascendant à l'É
glise et à l'État, mais qui n'en resta pas moins jusqu'à la révolution le grand
centre intellectuel du pays. Ajoutons que, malgré les soins apportés par Du
Boulay à recueillir tous les documents relatifs à l'ancienne Université, cer
tains actes avaient échappé à ses recherches, et qu'un complément aux vo
lumes publiés par lui devenait un ouvrage presque aussi désirable que la
continuation elle-même de la grande histoire.
Le premier qui se rendit compte qu'il y avait quelque chose à faire dans
cette double voie fut notre confrère M. Vallet de Viriville, qui soumit à
un premier classement les archives de l'Université de Paris, conservées de
puis 1820 au Ministère de l'Instruction publique, et en fit une description
sommaire, publiée depuis dans son Histoire de V Instruction publique en
Europe et principalement en France. Après lui, M. Taranne, qui d'abord ne
songeait qu'à compléter ce premier inventaire, donna peu à peu des propor
tions plus larges à son travail, fit des analyses et des copies nombreuses
non-seulement dans les anciennes archives de l'Université, mais aussi dans
plusieurs autres dépôts, et amassa des matériaux considérables, tant pour
l'Histoire de l'Université de Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle,
que pour combler les lacunes de Du Boulay. Mais il n'arriva pas à les -* 257
l' mettre Instruction en œuvre publique : sauf et quelques un premier articles chapitre, publiés demeuré dans le Journal inédit, de général la conti de
nuation de Du Boulay, il n'a rien écrit sur l'Université de Paris, et son
volume de chartes inédites relativesà la grande corporation enseignante, au
quel le Comité de l'histoire, de la langue et des arts de la France avait as
suré dès 1853 une place dans la Collection des documents sur l'histoire de
France publiée par le Ministère de l'Instruction publique , resta à l'état de
projet.
L'achèvement d'un des plus beaux monuments de l'érudition française
ne devait pas cependant se faire attendre plus longtemps. M. Jourdain,
que ses précédents travaux avaient déjà familiarisé avec l'histoire de
notre vieille Université, a repris pour son compte, mais d'après un plan
plus vaste et mieux coordonné , le projet de M. ïaranne , et il com
mence aujourd'hui, sous les auspices de M. le ministre de l'Instruction
publique, la publication de deux ouvrages distincts qui, se rattachant
l'un et l'autre à l'œuvre de Du Boulay, auront l'avantage de le compléter
et de le terminer, sans avoir exigé la refonte totale de ses six volumes
in-folio. Le premier, sous le nom d'Histoire de Г Université de Paris
au dix-septième et au dix-huitième siècle, doit donner en quatre livres
la continuation de VHistoria Universitatis Parisiensis depuis l'année
1600, où s'arrête Du Boulay, jusqu'au moment où les établissements
d'instruction publique fondés au moyen âge disparaissent au contact delà
révolution française, mais d'après un plan et par suite aussi dans une langue
plus appropriés à nos exigences modernes. Du Boulay n'avait aucune pré
tention littéraire, et son histoire n'est guère qu'un recueil de textes où il
s'est contenté de rattacher entre elles par de courtes explications les pièces
de tout genre, bulles, chartes, lettres, arrêts, délibérations et règlements
scolaires, qu'il tirait des archives confiées à sa garde; M. Jourdain, au cont
raire, entend donner le tableau raisonné des vicissitudes de l'Université de
Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle, taire ressortira la fois ses
transformations intérieures et ses luttes acharnées avec les corporations riva
les qui lui disputaient l'enseignement public; aussi substitue-t-il le français
au latin, et rejette-t-il en majeure partie à la fin, avec une pagination dis
tincte, les nombreuses pièces justificatives, pour la plupart inédites, sur
lesquelles s'appuie son récit ; encore a-t-il laissé de côté, pour ne pas gross
ir outre mesure son recueil, les actes judiciaires touchant aux privilèges de
TUniversité, qui n'offraient pas d'intérêt général. Quant aux pièces relatives
aux quatre premiers siècles de l'existence de l'Université de Paris qui
avaient échappé à Du Boulay, au lieu de les publier isolément comme l'a
vait voulu M. Taranne, ce qui leur eût enlevé une bonne partie de leur va
leur en empêchant de les rapprocher de celles qui étaient déjà connues,
M. Jourdain les a intercalées dans un catalogue aussi complet que pos
sible des actes relatifs à l'Université de Paris depuis Philippe-Auguste jus
qu'en 1600,composésia le plan de la grande table des diplômes de Brcquigny, 258
continuée par l'Académie des inscriptions, et du précieux catalogue des
actes de Philippe- Auguste, dû à notre confrère M. Leopold Delisle. La
suite des événements se trouve de la sorte indiquée par les pièces pro
bantes, et, tout en comblant les lacunes de Du Bou'ay par la publication
intégrale desactesinédits, M. Jourdain donne une table générale de Y Histo-
ria Universitatis Parisiensis. Il était tout naturel d'employer le latin pour
ce second ouvrage, qui ne contiendra presque que des pièces écrites en
cette langue, et qui se rattache beaucoup plus intimement encore que le pre
mier à l'œuvre primitive.
Pour réunir les matériaux de cette double publication, M. Jourdain a dû
explorer avant tout les 93 registres et les 25 cartons aujourd'hui déposés au
Ministère de l'Instruction publique, qui forment la partie la plus impor
tante des archives de l'ancienne Université de Paris; mais les Archives im
périales, la Bibliothèque de l'Université ou de Sorbonně et plusieurs autres
dépôts français et étrangers lui ont fourni également une ample moisson de
documents, en partie inédits, en partie imprimés dans des ouvrages de ci
rconstance devenus extrêmement rares. Je n'appellerai l'attention que sur
les deux sources d'informations les plus abondantes. Ce sont, d'un côté, les
délibérations de l'Université de Paris, consignées dans ses registres officiels
et qui représentent comme les monuments authentiques de sa jurispru
dence et de son administration quotidienne ; ce sont, d'autre part, les re
gistres contenant les privilèges et statuts, soit de l'Université en général,
soit de ses diverses compagnies. Chacune des quatre facultés (théologie,
droit canon, médecine et arts), et, dans la faculté des arts, chacune des
quatre nations (France, Angleterre, Allemagne et Picardie), avait, en
effet, ses registres à elle, sur lesquels elle mentionnait ses délibérations
particulières et en général tous les faits qui intéressaient ses membres. Le
plus important de ces recueils, celui des nations réunies ou de la faculté des
arts prise en corps, qui servait à l'Université tout entière, se trouve
presque intact, en 42 registres, aux Archives du Ministère de l'Instruction
publique, depuis 1478 jusqu'en 1792, avec deux lacunes seulement, de
1481 à îeiS^et de 1779 à 1784 ; les registres de la faculté de médecine se
conservent à la bibliothèque de cette faculté ; ceux de la faculté de théolo
gie, que d'Argentré a publiés en partie, sont aux Archives de l'empire ; diff
érentes bibliothèques ou archives contiennent des registres plus ou moins
nombreux de la faculté de droit et des quatre nations séparées. Quant aux
cartulaires universitaires, le plus connu, grâce aux citations continuelles de
Du Bouiay, est le Livre du recteur, Liber rectoris, que les recteurs se trans
mettaient et qui était à leur usage : il est aujourd'hui au Musée britannique,
sur les catalogues duquel il est inscrit sous le nom de Liber privilegiorum
et statutorum Universitatis Parisiensis ; c'est là que M. Jourdain l'acolla-
îionné d'après les indications de notre confrère M. Marchegay ' . IMais il a
i. Bibliothèqxœ de С École des chartes, 4e série, t. I, p. 100. 259
pu constater en même temps que la perte de ce volume est moins regret
table pour la France qu'on ne pourrait le croire au premier abord, attendu
que les cartulaires des nations d'Angleterre et de Normandie, qui sont au
Ministère de l'Instruction publique et à la bibliothèque de Chartres, contien
nent presque toutes les pièces qui s'y trouvent.
Après ces renseignements préliminaires, que j'emprunte en grande partie
à l'Avertissement qui se trouve en tête de Y Histoire de V Université de
Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle, j'arrive à l'examen des
deux fascicules publiés. La première livraison de Y Histoire de V Université
de Paris au et au siècle contient, en six cha
pitres, le livre premier de la continuation de Du Bouîay et mène le récit
jusqu'à la fin du règne de Louis XIII; 93 pièces justificatives, de tout
genre, suivies de l'indication exacte de leur provenance, en forment le
complément diplomatique. M. Jourdain suit une méthode strictement
chronologique, et on est tenté d'abord de lui en faire un reproche en
voyant sans cesse les petits événements quotidiens de la vie universitaire i
nterrompre la suite des graves questions d'instruction publique ou des grandes
luttes politiques et religieuses; mais, à vrai dire, il n'y avait guère moyen
de faire autrement, à moins de supprimer tout un côté de l'histoire de
l'Université de Paris, et ce n'est que justice que de reconnaître, à côté de la
patience qui a réuni tous ces détails, le talent avec lequel ils sont comb
inés et l'art qui les fait lire sans irop laisser languir l'intérêt. Pour nous,
qui ne sommes pas tenus à être aussi complets que le continuateur de Du
Boulay, nous vouions faire ressortir deux points seulement, à savoir, l'o
rganisation intérieure de l'Université et sa querelle avec les jésuites, sauf à
grouper quelques détails secondaires autour de ces deux faits capitaux.
Le dix-septième siècle s'ouvre pour l'Université de Paris par la grande
réformation accomplie par Henri IV en l'année 1600. Les anciens statuts
proclamés en 1452 par le cardinal d'Estouteville étaient depuis longtemps
reconnus insuffisants, et Ramus entre autres avait dès 1562 soumis un
plan de réforme au gouvernement de Charles IX. Après la désorganisation
des études causée par les troubles de la Ligue, une rénovation complète
était indispensable : Henri iV, à peine rentré dans Paris, nomme en 1595
des commissaires royaux pour s'en occuper; car déjà la seule autorité en
matière d'enseignement était le roi, et l'intervention pontificale se trouvait
complètement écartée. Les commissaires royaux, qui s'étaient adjoint cinq
membres de l'Université pour les seconder, réunirent en effet un nouveau
corps de sta tuts, enregistré au Parlement dès l'année 1 598, mais dont la publi
cation, momentanément ajournée pour cause d'amendements, n'eut lieu que
le 18 septembre 1600. C'est là le code qui, dans ses dispositions essentielles,
a régi l'Université de Paris pendant 160 ans, et qui ne fut que médiocre
ment modifié par le règlement des collèges, promulgué en novembre 1626.
Mais, quelque détaillés que fussent les statuts donnés aux quatre facultés
des arts, de médecine, de décret et de théologie, ils n'avaient pu tout pré- 260
voir : aussi leur mise en pratique n'eut-elle pas lieu sans difficultés de la
part des écoliers et des maîtres, et voyons-nous sans cesse le Parlement
obligé d'intervenir par ses arrêts, pour rétablir l'ordre troublé par des
querelles intestines. Ce sont tantôt des débats scandaleux pour l'élection
du recteur, tantôt des discussions des compagnies entre elles ou des dis
putes dans le sein des corporations particulières, principalement pour la
nomination aux charges et aux offices; dans l'intérieur des collèges, les
principaux , les régents, les boursiers, ou encore les locataires qui y tie
nnent boutique, sont tour à tour coupables de graves désordres ; rappelons
enfin la longue contestation de l'Université, soutenue par le Parlement,
avec le Collège de France, qu'appuyait le Conseil privé, et qui ne se te
rmina qu'en 1633, par la reconnaissance formelle de l'indépendance du
Collège à l'égard du recteur. Malgré ces démêlés intérieurs, l'Université
reprit cependant sensiblement dans la première moitié du dix-septième
siècle; la visite des collèges faite pendant l'hiver 1642 à 1643, et dont le
curieux procès-verbal a été conservé par le greffier Quintaine , prouve
combien leur état s'était amélioré, en comparaison de ce qu'il avait été à
l'avènement de Henri IV. Sans doute un grand nombre d'entre les nom
breux collèges dont M. Jourdain donne * la liste par trop sommaire, n'était
pas assez riche pour subvenir à un enseignement complet ; mais ceux de
Sorbonně, de Navarre, d'Harcourt, de Beauvais, de Montaigu, des Gras-
sins, du cardinal Lemoine avaient repris tout leur ancien lustre. Ce qui
manquait avant tout à l'Université, c'était l'argent; aussi la voyons-nous
dans ses délibérations s'occuper presque autant de finances que d'études :
tantôt il s'agit d'aliéner tout ou partie de sa grande propriété du Pré aux
Clercs; tantôt il lui faut défendre ses privilèges en matière de taxes devant
la Cour des aides ou le Parlement ; mais c'est à propos de ses messageries
qu'elle soutient les plus rudes combats. Au moyen âge, les besoins pécu
niaires des nombreux écoliers accourus de tout pays avaient donné naissance
à la double institution des grands messagers, correspondants ou banquiers,
choisis parmi les marchands les plus accrédités de Paris, et des petits
messagers ou messagers volants, qui voyageaient sans cesse pour le service
des écoliers; depuis lors avaient été établies les postes royales, dont les
fermiers voyaient naturellement de fort mauvais œil la concurrence uni
versitaire; de là une série de procès dans le cours desquels l'Université
proposa même une fois, en 1634, de se charger elle-même de la ferme des
postes; le Conseil privé lui confirma finalement en 1641 et 1642 ses anciens
privilèges, décision d'autant plus désirable que le revenu des messageries
avait été appliqué à la rémunération des régents. L'esprit pratique du car
dinal de Richelieu se porte sur la triste situation financière de l'Université,
à laquelle il appartenait, non moins par les grades qu'il y avait pris, que
par la dignité de grand maître de Sorbonně qu'il avait acceptée en 1622
1. P. 38. 261
et qu'il illustra par la reconstruction de l'antique maison de Robert de
Sorbon. Reprenant un projet déjà antérieur, il proposa à l'Université de
réduire le nombre de ses collèges à quatre ou à six, en supprimant les plus
petits pour fortifier les plus considérables. Il faisait espérer, en échange de
ce sacrifice, un subside annuel de 20 à 30,000 livres. Mais l'Université,
malgré sa pénurie, se refusa à cette combinaison qui ne fut adoptée qu'au
dix-huitième siècle; fière de son ancienne splendeur, elle ne voulait, mal
gré les difficultés des temps rien abandonner de ses droits acquis. Et
pourtant sa position était devenue bien moins brillante qu'autrefois : elle
était bien encore admise, aux grandes solennités, à présenter un cierge au
roi dans son Louvre; on put même voir, le jour de la Pentecôte 1611, le
jeune roi Louis XIII, sa mère, les princes, les prélats, honorer de leur
présence la soutenance des thèses que lui dédiait un dominicain espagnol ;
mais toutes ses démarches pour être représentée directement aux états
généraux de 1614 furent inutiles, et, au service funèbre fait à Notre-Dame
pour le cardinal de Richelieu, le recteur et son cortège furent obligés de
se retirer à grand fracas, pour ne pas abandonner publiquement leurs
droits de préséance. Elle tâchait de se consoler du rang plus modeste que
lui faisaient les circonstances, en revendiquant les plus illustres origines, et,
au mois de janvier 1629, elle célébrait pour la première fois, en l'honneur
de son prétendu fondateur, la fête de la Saiut-Charlemagne, qui ne devint
cependant une vraie institution scolaire qu'en 1661, sous le rectorat de Du
Boulay. D'ailleurs elle prouvait, au jour du danger, qu'elle était, malgré sa
pauvreté, prête à tous les sacrifices ; quand les Espagnols menacèrent Paris
en 1636, elle offrit au roi 200 hommes de pied pris parmi les écoliers, les
fournit en effet et trouva l'argent nécessaire pour les entretenir.
En même temps qu'elle défendait pied à pied ses antiques prérogatives,
l'Université luttait avec acharnement contre l'établissement de corporat
ions rivales. Elle sut empêcher la création d'un collège protestant à Cha-
renton, projetée en 1613; mais elle fut moins heureuse vis-à-vis des-orato-
riens et des jésuites. La querelle avec l'institut de Pierre de Bérulle ne fut
pas de longue durée : l'Université se soumit dès 1613 à l'ordre du roi, qui
maintenait aux oratoriens leur rang et leurs privilèges dans son sein.
La vieille guerre contre la compagnie de Jésus, que le seizième siècle
léguait au dix-septième, et que celui-ci était destiné à transmettre au dix-
huitième, fut d'autant plus acharnée pendant la période qui nous occupe.
Les jésuites, auxquels Charles IX avait permis en 1563 d'ouvrir le collège
de Clermont, avaient été expulsés en 1595 du royaume comme complices
de Jean Châtel, et la fermeture du collège de Clermont par sentence du
parlement avait été accueillie par l'Université avec les plus vifs transports
de joie ; mais l'ordre avait de puissants appuis à la cour, et Henri IV lui-
même ne lui était pas hostile. Les apologies du père Richeomme et du
pere Maggio avaient fait impression sur son esprit; les conseils politiques
de Bellièvre, de Sillery, de Villeroy, du cardinal d'Ossat le disposaient 262
mieux encore pour une institution chaudement protégée par le saint-
siége ; et son assentiment tacite permettait au parlement de Toulouse de
maintenir les jésuites à Tournon, au maréchal de Matignon de les rétablir
à Bordeaux, au moment même où l'Université obtenait, le 27 janvier 1603,
un arrêt du parlement de Paris qui menaçait de poursuites judiciaires les
parents qui enverraient leurs enfants chez les jésuites de Douay et de Pont-à-
Mousson. En vain les anciens adversaires de l'ordre, Antoine Arnauld et
Etienne Pasquier, publiaient-ils de nouveaux facturas; à peine de retour
de Verdun, où il avait amicalement reçu le provincial des jésuites, Henri IV
réunit une commission composée des personnages les plus considérables
du royaume, et sur son avis à peu près unanime, Sully seul maintenant
son opposition, le rétablissement des jésuites fut ordonné par les lettres
de septembre 1603, qui les autorisaient non-seulement à résider dans le
royaume, mais encore à ouvrir des collèges dans un certain nombre de
villes désignées, à la seule condition de se soumettre au roi et aux lois. Le
parlement de Paris essaya des remontrances par la bouche d'Achille de
Harlay, qui n'oublia pas dans sa harangue de faire valoir les intérêts de
l'Université ; mais la réponse catégorique de Henri IV coupa court à toute
opposition, et les lettres furent enregistrées le 5 janvier 1604. Les progrès
des jésuites furent on ne peut plus rapides après ce premier succès : bientôt
ils revenaient à Paris avec l'assentiment du roi, et, le 12 octobre 1609, un
nouvel édit leur accordait le droit d'y enseigner la théologie. L'Université,
dirigée par Richer et soutenue par le cardinal Duperron, réussit cependant
à ajourner l'exécution de cette dernière mesure; les jésuites n'en pressè
rent pas l'enregistrement pour laisser l'orage se calmer, et sur ces entre
faites Henri Iv7 fut assassiné. Le détestable forfait de B.avaii!ac paraissait
devoir ruiner le crédit de la compagnie; la faculté de théologie, alors sous
l'influence de BJcber, s'unit au parlement pour condamner de nouveau les
doctrines favorables au tyrannicide et censura plus spécialement les écri
vains jésuites; mais la cour gardait ses sympathies pour l'ordre, et dès le
20 août 1610 étaient rendues des lettres patentes qui permettaient l'ou
verture des classes au collège de Clermont. Les jésuites n'étaient pas encore
arrivés au but cependant ; le parlement reçut l'opposition du recteur et,
après plusieurs ajournements, de longs et mémorables débats aboutirent,
en décembre 1611, à un arrêt qui leur défendait tout exercice de scolarité
à Paris. Mais le danger, écarté un instant, reparut bientôt sous une autre
forme : aux états généraux de 1614, le cierge et la noblesse demandent
d'un commun accord l'ouverture du collège de Clermont; grâce aux em
barras politiques, les oppositions de l'Université prévalurent encore une
lois; mais, quatre ans plus tard, toute l'éloquence du recteur fut impuis
sante pour empêcher le jeune roi de signer les lettres-patentes, préparées
par Luynes, en vertu desquelles le collège de Clermont fut rouvert le 20 fé
vrier 1618. Le parlement intimidé abandonna l'Université et refusa de
juger sa requête; et quand elle voulut se défendre elle-mêaie par les armes 263
académiques, un arrêt du conseil privé cassa les décrets de la faculté des
arts et de la faculté de théologie, qui mettaient en interdiction tous ceux
qui étudiaient chez les jésuites. L'affaire était jugée dès lors; en 1628,
l'Université eut même la mortification d'apprendre que le prévôt des mar
chands avait posé la première pierre du nouveau collège de Clermont, et
son recteur dut se contenter de recevoir, en réponse à sa protestation,
quelques phrases banales d'intérêt à son adresse. Par contre, elle réussit,
en se coalisant avec toutes les autres Universités de France, à empêcher
un dernier empiétement de la compagnie. Les jésuites de Tournon avaient
obtenu en 1622 des lettres patentes qui leur reconnaissaient rang d'uni
versité, avec droit de conférer les grades académiques, et les avaient fait
enregistrer au parlement de Toulouse; mais les universités voisines de
Valence, Toulouse et Cahors, lésées dans leurs intérêts, réussirent à en
annuler l'exécution, en obtenant à leur tour du parlement de Toulouse un
arrêt qui défendait à la nouvelle université de délivrer des lettres testimo
niales d'études ; ce à quoi les jésuites ripostèrent par un pourvoi devant le
conseil d'Etat. Il s'agissait des intérêts de toutes les universités; celle de
Paris invita les autres à une association générale ; ses ouvertures furent
acceptées à l'unanimité, et le succès couronna cette fois-ci les efforts comb
inés des adversaires de l'ordre. Le conseil d'État maintint l'arrêt frappé
d'appel, et pendant quelque temps l'entente des universités empêcha toute
nouvelle usurpation. Un instant même l'Université espéra perdre ses dan
gereux rivaux, en les impliquant dans les poursuites dirigées à la fois
contre les pamphlets que suscitait la politique anti-autrichienne de Richel
ieu et contre de nouvelles manifestations en faveur de la théorie qui sou
mettait les souverains au pape ; mais le ministre, qui détestait le bruit,
fit cesser brusquement des débats de plus en plus ardents, en défendant,
par l'édit du 14 décembre 1626, au recteur et aux maîtres de l'Université
de Paris, de continuer et de renouveler les discussions sur l'autorité pont
ificale. Et de la sorte la tranquillité fut rétablie, sinon dans les esprits, au
moins dans les faits.
Avant de quitter l'histoire de l'Université de Paris dans la première
moitié du dix-septième siècle, je veux m' arrêter un instant encore au seul
de ses maîtres dont la réputation puisse être comparée à celle des pères
Sirmond, Labbe et Petau, les gloires contemporaines de la compagnie de
Jésus : je veux parler d'Edmond Richer, dont le nom revient sans cesse
sous la plume de M. Jourdain. Né en 1560 àChaource, au diocèce de
Langres, Richer fut envoyé jeune aux écoles de Paris, et se jeta d'abord,
avec la fougue qui le caractérisa toujours, dans le parti de la Ligue; ses
thèses de bachelier, soutenues en 1591, sont une exaltation de la supré
matie du saint-siège et une glorification de Jacques Clément. Mais bientôt
il changea de parti, sans changer d'allures, et devint avec une résolution
sans égale le champion opiniâtre des maximes gallicanes et l'implacable
adversaire des jésuites. Déjà comme censeur chargé de la visite des col- 264
léges et comme grand maître du collège du cardinal Lemoine, il exerça
une grande influence sur le corps universitaire ; mais ou peut dire qu'il
en devint le chef, lorsqu'il fut appelé, au commencement de l'année 1608,
au syndicat de la faculté de théologie. Peudant plus de quatre ans, il fit
triompher à la Sorbonně et dans l'Université entière, malgré les plus vives
oppositions, les maximes gallicanes pures, tant sur l'autorité du concile
général que sur les droits des princes temporels. Mais la publication ,
quoique sans nom d'auteur, de son livre de Eccleaiastica et politico,
potestate, où, sans contester la primauté du saint-siége, il battit en brèche
la suprématie pontificale au profit du concile général , suscita contre lui
un orage épouvantable. Le cardinal Duperron, qui l'avait protégé jusque-
là, se mit à la tête de ses adversaires, et, sur les réclamations presque una
nimes de l'épiscopat, le syndicat lui fut enlevé, par ordre exprès du roi,
en août 1612. Il n'en resta pas moins un des personnages les plus auto
risés de l'Université, et son opinion, dans toutes les affaires litigieuses,
était d'un poids prépondérant; aussi Richelieu, qui n'aimait pas plus l'o
pposition dans l'Église que dans l'État, crut-il de son devoir ou de son
intérêt d'imposer, en décembre 1629, au vieillard septuagénaire une r
étractation formelle de ses maximes antiromaines. Deux ans après Richer
mourait, laissant sur l'histoire de l'Université, dont il avait été le plus bel
ornement, six énormes volumes de matériaux, aujourd'hui déposés à la
Bibliothèque impériale.
Je passe maintenant à la seconde publication de M. Jourdain, destinée à
compléter et à résumer les six volumes de Du Boulay, auxquels la première
sert de continuation. La première livraison, qui seule a paru jusqu'ici, est
consacrée au treizième siècle et comprend, classés par ordre chrono
logique, 343 numéros, dont le premier est l'analyse- des fameuses lettres
de Philippe-Auguste de l'an 1200, en faveur des écoliers de Paris. Les
actes déjà publiés n'y sont reproduits que lorsqu'il y avait des variantes
importantes à constater, ou qu'ils se trouvent perdus dans des ouvrages
presque inaccessibles ; toutes les pièces inédites, au contraire, sont don
nées intégralement. A la suite de chaque document se lit l'indication des
manuscrits et des principaux ouvrages imprimés où il se rencontre; de
courtes notes, rejetées au bas des pages, contiennent des éclaircissements
géographiques, chronologiques et biographiques; enfin une préface, dont
la brièveté est le seul défaut, appelle l'attention sur ce qu'il y a d'inédit
dans le fascicule, et, sous prétexte de montrer l'enchaînement des d
iplômes, passe rapidement en revue l'histoire de l'Université de Paris pen
dant le premier siècle de son existence. M. Jourdain a réussi à condenser
en quelques pages les faits les plus saillants des destinées primitives de
notre grande École : ses origines, tant fabuleuses que réelles, ses progrès
continus, d'abord sous la protection pontificale, puis, quand à la fin du
siècle se prépare la lutte de Philippe IV et de Boniface VIII, sous le patro
nage royal, sa grande querelle avec les ordres mendiants, ses démêlés

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