I La salle sépulcrale IG et le commerce de l'ambre en Languedoc-oriental - article ; n°1 ; vol.19, pg 173-200

De
Publié par

Gallia préhistoire - Année 1976 - Volume 19 - Numéro 1 - Pages 173-200
28 pages
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
Lecture(s) : 43
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Nombre de pages : 29
Voir plus Voir moins

Jean-Louis Roudil
Marcel Soulier
I La salle sépulcrale IG et le commerce de l'ambre en
Languedoc-oriental
In: Gallia préhistoire. Tome 19 fascicule 1, 1976. pp. 173-200.
Citer ce document / Cite this document :
Roudil Jean-Louis, Soulier Marcel. I La salle sépulcrale IG et le commerce de l'ambre en Languedoc-oriental. In: Gallia
préhistoire. Tome 19 fascicule 1, 1976. pp. 173-200.
doi : 10.3406/galip.1976.1522
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1976_num_19_1_1522GROTTE DU HASARD A THARAUX (Gard) LA
La salle sépulcrale IG et le commerce de l'ambre en Languedoc-oriental
par Jean-Louis ROUDIL et Marcel SOULIER
Nos chantiers à la grotte du Hasard ont produit une moisson impressionnante de
documents archéologiques de toutes natures1. Parmi ceux-ci, les objets en ambre constituent
une catégorie à part, d'un intérêt exceptionnel à cause de la diffusion internationale de cette
matière et des problèmes de chronologie et d'origine qu'elle pose. L'essentiel du mobilier
recueilli à la grotte du Hasard a été publié dans notre mémoire sur l'Age du Bronze langue
docien (J.-L. Roudil, 1969). La présente note a pour objet d'étudier les produits en ambre
de la grotte dans leur contexte archéologique : séquences stratigraphiques et mobilier
associé. Cette présentation du cadre sera suivie d'une étude plus générale sur l'ambre dans
le Midi de la France et les problèmes posés par sa datation, les analyses spectrographiques
et les conclusions apportées par G. W. Beck répondant de façon définitive à la question de
l'origine de cette matière2.
La grotte du Hasard.
1. Le cadre géographique.
La moyenne vallée de la Gèze coupe en une gorge profonde les assises de calcaire
urgonien qui constituent les Garrigues et s'étendent en croissant au pied du socle granitique
depuis l'Ardèche jusqu'à l'Hérault. A son entrée dans les terrains durs, la vallée se resserre
fortement en un entonnoir où la plaine d'alluvion se rétrécit pour disparaître totalement
1. La totalité du mobilier de la grotte du Hasard est conservée au Dépôt de Fouilles de la Direction des Antiquités
à Aies et le matériel typique exposé au Musée du Colombier de cette ville.
2. Cette étude n'aurait jamais vu le jour sans l'aide efficace et désintéressée des nombreux amis et collaborateurs
qui, pendant des années, ont participé aux fouilles de la grotte du Hasard, aux recherches spéléologiques sur ce réseau
et à sa protection. Nous leur exprimons ici notre sincère reconnaissance.
Gallia Préhistoire, Tome 19, 1976, 1. 174 J.-L. ROUDIL ET M. SOULIER
au pied du village de Tharaux. Les collines bordant la rivière sont percées dans ce secteur
de nombreuses grottes ; la plus connue s'ouvre dans un vallon affluent de la Cèze : la grotte
du Cimetière. C'est dans le même petit massif dit « Pié Méja » que se trouve la grotte du
Hasard.
2. La cavité.
L'ensemble du réseau fossile qui constitue la grotte du Hasard-Cimetière, actuellement
accessible par quatre orifices, appartient au type labyrinthe et ne comporte pas de très
grandes salles. Par contre, un développement important de petites galeries et boyaux
ramifiés et superposés compose la plus grande partie du réseau. La grotte du Cimetière
constitue un tout avec ses deux entrées et ne communique que par deux passages très
pénibles avec les galeries du Hasard. Gette dernière grotte était complètement close jusqu'à
nos travaux et accessible uniquement aux spéléologues. C'est de l'intérieur, à partir des deux
principales salles que fut recherchée l'entrée naturelle de la grotte, les préhistoriques
n'ayant pu suivre et utiliser la voie suivie par les spéléologues lors de la découverte. Le
porche conduisant à l'extérieur, totalement comblé par les éboulis, s'ouvre dans la pente,
presque face au nord sur la rive droite de la Cèze, à 30 m environ au-dessus de celle-ci.
De l'extérieur au fond, la grotte comprend donc un grand couloir incliné de 20 m de long
qui donne accès à deux salles successives ayant de 10 à 15 m de long. Leur fait suite une
série de galeries dont les élargissements forment d'autres petites salles. Les vestiges de
l'occupation se répartissaient en densité décroissante depuis le porche jusqu'à 180 m de
distance dans la galerie principale.
Pour faciliter leurs travaux, les inventeurs cherchèrent une voie d'accès plus pratique
que la grotte du Cimetière et débouchèrent une petite galerie qui aboutit directement
à la salle III.
3. Historique des découvertes.
En 1953, les spéléologues d'Alès, après avoir débouché un boyau au fond de la grotte
du Cimetière, pénètrent dans la cavité où personne n'avait pu entrer depuis la fin du
ve siècle avant J.-C. En de nombreux points de la grotte des vases intacts émergent de
l'argile ou sont même simplement posés sur le sol. Dans les salles I et II, le sol très humide
et par endroits boueux est formé uniquement de cendres et de charbon de bois. Vingt-cinq
vases entiers ou presque sont ainsi recueillis et pointés sur un plan, ainsi que divers objets
de bronze : bracelets, poignard et épingle. Avec le concours du colonel Louis, des fouilles
sont entreprises par les Alèsiens : deux tranchées profondes, l'une dans la salle I.H., l'autre
dans la salle II.A. (Louis 1954-1955). Elles ne traversent qu'un amas indifférencié de cendre
caillouteuse plus ou moins riche en céramique. A partir de cette date, la grotte surveillée, et
rapidement fermée par les soins du Spéléo-Club alésien, subira malgré tout de nombreuses
fouilles clandestines, suscitées par les articles dans la presse locale. En fait, plusieurs
centaines de vases brisés sur place ou presque jonchaient le sol des deux premières salles
et de la galerie principale. Sans les récoltes intempestives qui firent disparaître les bords
des anses et les décors, une importante série de reconstitutions aurait pu compléter la
collection de vases entiers. GROTTE DU HASARD 175
Ces récipients que l'on ne peut classer que par la typologie s'étagent du Néolithique
final au Chalcolithique (un vase Fontbouïsse) et jusqu'à la fin de l'Age du Bronze. La grotte
du Hasard n'a fait l'objet que d'une publication complète mais peu détaillée. Nos recherches
dans la cavité ont visé à éclaircir quelques-uns des nombreux problèmes qu'elle pose :
présence forcément voulue de céramique aussi loin de la surface, juxtaposition en un même
réduit de vases intacts du Bronze ancien et du Bronze final, etc. Nous nous proposions par
ailleurs d'expliquer la présence de l'énorme remplissage cendreux qui occupe les salles I et
II et enfin, entre la salle I et l'extérieur, de rechercher l'existence d'un habitat stratifié
correspondant à l'occupation intense et prolongée qui est attestée dans les parties profondes
de la grotte. Enfin un objectif important de nos fouilles à la grotte du Hasard consistait à
découvrir et étudier des zones stratifiées susceptibles de fournir les moyens de reclasser avec
sûreté les nombreuses pièces intactes, céramiques ou bronzes, récoltées en surface.
On sait que l'Age du Bronze, spécialement dans le sud de la France, a fourni très peu
d'ensembles clos comportant en association certaine les diverses catégories d'industries.
La grotte du Hasard a largement comblé cette lacune et sa documentation permettra de
reclasser de très nombreux objets privés de contexte.
Pour mener à bien ce programme de recherche, nous avons d'abord réouvert, au prix
d'un important terrassement, l'ancien accès naturel de la cavité, réalisé une fouille métho
dique dans le couloir ainsi dégagé, fouillé une petite salle sépulcrale attenante à la salle I
et réalisé une récolte systématique de tout le matériel (céramique et os) jonchant le sol
des salles I et IL Une fouille de 8 m2 fut également conduite à l'entrée de la salle I : zone
que nous appelons le carrefour, et dans deux parties de la salle IL La parure en ambre a été
surtout récoltée en stratigraphie dans la salle I G et le carrefour, associée à du matériel
Bronze moyen. La salle II a fourni des perles en ambre et en particulier la plus importante,
grande perle discoïde (fig. 10) mais dans une couche superficielle indifférenciée où étaient
mêlés des vestiges de tout l'Age du Bronze.
4. La salle I.G.
Cette petite salle se situe à l'extrémité ouest et au point le plus bas de la salle I. Les
travaux de désobstruction des spéléologues d'Alès ont démontré qu'en fait, la salle IG se
trouve dominer un réseau de galeries et de diaclases qui se poursuit en contrebas surplus
de 50 m de long. Elle est séparée du reste de la salle I par un massif stalagmitique coiffé
par une grosse colonne séparée de son socle par un séisme. A l'entrée de ce réduit une petite
fouille ancienne mettait à nu une coupe où trois niveaux étaient nettement visibles. Le
niveau 2 formé d'une argile jaune couvrant des ossements humains et des tessons, nous
avons tenté de décaper une petite surface de ce dépôt. Devant l'intérêt du matériel mis
au jour, la salle entière fut décapée à ce niveau.
Le remplissage comprend de haut en bas :
Couche 1 : épaisse de 0,05 à 0,10 m formée de terre charbonneuse contenant de nom
breux tessons du Bronze final.
Couche 2 : couche d'argile plastique jaunâtre ayant noyé un dépôt sépulcral du
Bronze moyen sur lequel nous reviendrons. J Ci
33
o
a
u
H
w
O
C
r
30
2 Salle I G : couche sépulcrale Bronze moyen. N° 1 : jarre biconique ornée
de métopes incisées à cru, anse en ruban unique placée sur la carène adoucie.
Céramique brune. N° 2 : anse en appartenant à un vase caréné. Céra
mique grise. N° 3 : anse en ruban à une jarre, la languette qui
1 Salle I G : parures de la couche sépulcrale. Bronze moyen. N° 1 : portion la surmonte est le seul témoin d'une influence italique dans le matériel de
de collier trouvé en connexion comprenant 3 perles spirales et des canines la sépulture. Nos 4,5,6: écuelles carénées à anse en ruban unique fixée sur
perforées. Nos 2-8 : bracelets ouverts en bronze. N° 9 : développement du le bord et la carène : forme typique du Bronze moyen languedocien. N° 4 :
céramique beige. Nos 5-6 : céramique grise. N° 7 : écuelle conique à fond plat. décor du bracelet n° 8. Nes 3 à 7 : anneaux spirales et anneaux fermés
en bronze. Céramique grise. Échelles A : n° 1, B : n03 2, 3, 4 et C : n03 5, 6, 7. GROTTE DU HASARD 177
Couche 3 : argile cendreuse enrobant des charbons de bois et de gros blocs anguleux.
Cette couche ayant au moins 0,40 m d'épaisseur nous a donné quelques tessons typiques
du Bronze ancien.
La couche 2 consistant en un dépôt sépulcral du Bronze moyen retint toute notre
attention et fut décapée en totalité sur la surface de la salle. La fouille rendue extrêmement
longue et délicate par la plasticité du sédiment nécessita le transport des déblais à l'extérieur
et leur tamisage dans l'eau. Sans cette technique, beaucoup de petites pièces, et en parti
culier les perles en ambre, nous auraient totalement échappé.
Le matériel recueilli comprend :
deux bracelets ouverts en bronze,
trois anneaux spirales en
un anneau fermé en bronze,
un crochet double en d'usage indéterminé,
un collier comprenant un coquillage marin perforé (pied de pélican), cinq perles spirales en
bronze, trois canines de canidé perforées et au minimum vingt perles plates ou cylindriques en
ambre. Un fragment du collier trouvé en place montrait que les dents perforées alternaient avec
les spirales en bronze (fig. 1).
Une large bague plate en bronze ornée d'un décor en échelle.
La céramique comprend les restes d'au moins dix vases dont sept sont complets et
reconstituables (fig. 2 et 8).
Une urne monoansée poinçonnée et cannelée dans le style Proto-Saint- Vérédème.
Une urne biconique ornée de métopes incisées horizontalement.
Trois coupes monoansées à carène et fond rond, les anses s'appuyant sur le bord et sur la carène.
Une urne à profil en S très incomplète. Le décor placé haut sur la panse au niveau de l'anse
consiste en un bandeau horizontal cannelé.
Une anse en ruban appartenant à une urne à profil adouci porte une languette verticale.
Un grand vase à large col profil en S adouci a le bord ourlé d'impressions au doigt et une anse
en ruban partant du bord s'appuie sur la panse.
Un disque en calcaire gisait parmi les tessons de l'urne à décor pseudo Saint- Vérédème.
Les ossements associés à ce matériel appartiennent à une vingtaine d'individus qui
gisaient dans le plus complet désordre, ayant été déposés à même le sol. On peut retracer
ainsi dans ses grandes lignes l'histoire de cette sépulture collective : un feu rituel ou simple
ment destiné à l'éclairage est fait à l'entrée de la petite salle au moment où sont déposés
les corps selon des dispositions qui nous échappent. Aucun contact ne se produit en tout
cas entre le feu et les cadavres, les ossements en porteraient la trace3. Les corps portent
leur parure et sont accompagnés par les offrandes, les vases eux-mêmes et probablement
leur contenu. Suit une longue période d'abandon où les ossements sont exposés sur le sol
aux assauts des rongeurs et des petits carnivores. A un moment qui se situe avant le Bronze
final, de fortes précipitations provoquent une véritable inondation d'eau chargée de sédi-
3. La grotte de Labeil (Lauroux, Hérault) qui est un des rares gisements languedociens présentant un habitat
Bronze moyen caractérisé, a par ailleurs révélé dans sa partie profonde un ensemble sépulcral qui comporte comme
celui de la salle I. G. des inhumations étroitement associées à un grand foyer probablement rituel. 178 J.-L. ROUDIL ET M. SOULIER
4 Salle I G. Couche sépulcrale Bronze moyen.
Urne à profil en S et décor poinçonné pseudo
Saint-Vérédème sur des bandes séparées par des
cannelures. Ce vase comportait une seule anse
en ruban à bords concaves à la hauteur du décor
qu'elle interrompait. Céramique jaune comport
ant des zones rouges et d'autres noires.
3 Salle I G. Couche sépulcrale Bronze moyen n° 1.
Vase à large ouverture ; profil galbé orné d'un bourrelet
à impressions à l'extérieur du bord. Anse unique à
prise au bord. Céramique grise non lustrée. N° 2 : jarre
à fond plat, décor de cannelures et d'impressions obte
nues à la pointe mousse interrompue par l'anse en
ruban. Céramique beige rose. N° 3 : jarre à décor de
cannelures interrompues par l'anse en ruban, céramique
grise lustrée.
5 Salle I. G. Couche sépulcrale Bronze moyen 0,10-2,2.
Reposant sur une nappe d'argile plastique rouge, on
distingue parmi les blocs de nombreux os longs privés
de toute connection anatomique : fémur, tibias, au
premier plan contre la mire une calotte crânienne ;
entre les os de nombreux tessons. Les petits vases
étaient brisés sur place, les autres, au contraire, dis
persés sur plusieurs mètres carrés.
ments fins : argile, qui noie ce point bas de la salle I. L'eau, après décantation de 0,10 m
d'argile, s'infiltre lentement, les ossements qui ont sans doute plus ou moins flotté, selon leur
degré de dessication se trouvent alors immobilisés dans la position où nous les avons trouvés.
Au Bronze final se forme la mince couche 1 : tessons, pierres, charbons de bois résultant de
torches. La salle I G est assez fréquentée pour que les piétinements brisent sur place les
crânes et de nombreux os longs insuffisamment protégés par quelques centimètres d'argile
plastique. Les grosses chaussures des spéléologues achèveront la casse. GROTTE DU HASARD 179
L'intérêt fondamental de ce dépôt sépulcral est de nous donner, pour la première fois
en Languedoc, une série importante de bronzes et d'objets en ambre associés de façon
certaine à une série de vases complets ou reconstituables. Le Bronze moyen est de toutes
les phases de l'Age du Bronze la moins bien connue, les sépultures de la salle I.G. permettent
de classer avec certitude quantité de matériaux pour lesquels on en était réduit encore
à la typologie.
Fouille du « Carrefour ».
Une découverte superficielle effectuée en 1968 nous décida à ouvrir une fouille dans le
secteur malgré le pendage sensible du remplissage s'étalant en un large cône dans la sallel.
Dans le cailloutis en surface, nous avons recueilli : un bouton en ambre perforé en V,
type d'objet dont on ne connaît que six autres exemplaires en France.
La fouille entreprise sur la moitié de la largeur du couloir révéla des niveaux dont le
pendage se réduisait sensiblement du haut en bas du remplissage.
Stratigraphie (fig. 7 et 8).
Couche 2 B :
Sédiment : argiles rouges à inclusions de charbons de bois.
Mobilier : céramiques à décor au peigne. Faune rare.
Datation : Bronze final II b.
Couche 3 A :
Sédiment : cailloutis altéré meuble et cendreux, avec gros charbons de bois.
Mobilier : céramique estampée à impressions circulaires, anse à prise sur le bord, décor incisé,
anneau ouvert en bronze. Perles en ambre, de petit calibre. Faune abondante.
Datation : Bronze final I.
Couche 3 B :
Sédiment : cailloutis altéré, emballé dans une cendre argileuse grise très meuble.
Mobilier : épingle à corps fusiforme décoré et perforé, perles spirales en bronze, applique en
tôle de bronze, nombreuses perles en ambre. Plaquettes multiforées en ambre. Une grosse perle
biconique en ambre. Une pendeloque en roche verte. Petits cônes perforés et tessons à décor proto-
Saint- Vérédème. Anse à languette de type italique.
Datation : Bronze moyen.
Couche 4 :
Sédiment : cailloutis avec matrice cendreuse jaunâtre.
Mobilier : couvercle de vase en céramique. Fragment d'anse de tasse à carène. Fragment de
dentale. Grattoir en silex. Pendeloque annulaire en bronze d'origine suisse. Faune très abondante.
Datation : Bronze ancien.
Dans le secteur fouillé en 1970, la couche la plus intéressante est la 3 B qui abrite les
restes de plusieurs sépultures à inhumation du Bronze moyen. Les squelettes ont été, dès
le Bronze final, dispersés et piétines, mais le petit mobilier, la parure surtout portée par les
défunts, est resté sur place. J.-L. ROUDIL ET M. SOULIER 180
7 Zone du Carrefour. Stratigraphie du remplissage.
Coupe entre R 1 et Q 1. Un éboulis bien concrétionné
scellait le tout. Couche 1 : cendreux Hallstatt.
Couche 2 : coulée d'argile rouge avec traces de foyers.
Bronze final II b. Couche 3 A : foyer charbonneux. final I. Couche 3 B : éboulis argileux. Bronze
moyen (couche sépulcrale). Couche 4 : éboulis argileux
et cendreux Bronze ancien. Couche 5 : éboulis anguleux
à matrice jaunâtre. Néolithique final ou Chalcolithique
Ferrières.
6 Zone du Carrefour. Couche 3 B. Bronze moyen. Mobilier associé aux parures en ambre. N° 1 : tesson à décor proto
Saint-Vérédème. N° 2 : tesson orné de coups de poinçons. N° 3 : « bouchon » en forme de cône aplati perforé, en céra
mique grise. N° 4 : bord de vase à décor estampé de cercles en creux. N° 5 : tête de fémur humain sectionnée équato-
rialement et perforée. N° 6 : perle spirale en bronze. Nos 7-8 : écarteur de collier et perle en ambre. N° 9 : anse en
ruban à prise sur le bord. Céramique grise.
Ces documents montrent qu'une tombe assez somptueuse avait été installée dans ce
carrefour. Le ou les défunts portaient un ensemble de parure remarquable : 1 épingle ornée,
perles spirales, applique en tôle, le tout en bronze, une cinquantaine de perles en ambre,
dont une à deux perforations perpendiculaires et enfin une série d'écarteurs multiforés en
ambre, 6 au moins. On connaît l'intérêt international que présente ce type d'objet qui
atteste l'existence au Bronze moyen d'un commerce s'étendant de l'Hellade en Grande
Bretagne.
La découverte d'un groupe si important de ces parures, très rares jusqu'alors dans le
sud-est, constitue un événement archéologique.
Inventaire Typologique.
Salle I G : 18 perles entières et les fragments d'au moins 2 autres, soit 20 au minimum.
Secteur carrefour : 97 perles entières, 17 perles brisées, les fragments d'au moins
18 autres, 1 bouton perforé en V, 3 plaquettes multiforées et les d'au
3 autres. En tout : 139 objets au minimum. GROTTE DU HASARD 181
Salle II K : 51 perles entières, 9 perles brisées et les fragments d'au moins 21 autres,
soit 81 objets au minimum.
Sondages divers salle II : 31 perles entières, 3 perles fragmentaires, les débris d'une
dizaine d'autres et d'une plaquette multiforée, soit 45 objets au moins.
L'inventaire général s'élève donc à 285 objets au minimum. C'est beaucoup plus que
pour tous les autres sites du Languedoc-oriental réunis, et ce total permet de hisser la
grotte du Hasard, sur le seul plan de la quantité, au niveau des tertres funéraires de Hague-
nau (le tumulus 53 d'Oberfeld ayant fourni à lui seul 353 objets en ambre) (Schaeffer, 1926)
et de la grotte des Dufîaits, à La Rochette (Charente) où 330 objets d'ambre ont été récoltés
(Gomez, 1973).
Ce mobilier appelle quelques considérations d'ordre typologique : les perles sont
généralement de petite taille — de l'ordre de 5 mm de diamètre — et de forme irrégulière :
leurs deux faces planes convergent l'une vers l'autre pour donner, en coupe, une section
vaguement trapézoïdale ou subtriangulaire (fig. 9). Quelques-unes cependant (fig. 9, nos 2,
15), mieux finies, se présentent sous la forme de rondelles d'épaisseur variable, munies d'une
perforation bien centrée. La perle fragmentaire (fig. 9, n° 2) portait 2 perforations perpendic
ulaires.
Les perles d'un calibre moyen (moins d'1 cm de diamètre), beaucoup moins nomb
reuses, sont elles aussi irrégulières bien que leur allure générale évoque une sphère aplatie ;
elles sont percées d'un très fin canal souvent décentré (fig. 9, nos 7, 11, 24, 27). La perle fig. 9
n° 24 porte 2 perforations parallèles dont 1 incomplète.
Les perles de fort calibre, enfin, (plus d'1 cm de diamètre) sont infiniment plus rares ;
elles ont d'ailleurs été toutes figurées (fig. 9, nos 13, 17 ; fig. 10, nos 1, 2, 3, 5). Elles affectent
soit une forme bitronconique, soit l'allure d'un disque plus ou moins épais et régulier.
Ce dernier type était déjà connu en Languedoc avant les trouvailles de la grotte du Hasard,
notamment dans le dolmen de Ferrières (Hérault) (Arnal, 1963) et dans la grotte du Collier,
à Lastours (Aude) où a été recueilli un magnifique exemplaire orné de lignes gravées (Charles,
Guilaine, 1963). On peut d'ailleurs se demander, en se référant aux trouvailles mycéniennes,
si ces grands disques ne seraient pas plutôt des têtes d'épingles que des perles de colliers.
Nous reviendrons plus loin sur le bouton perforé en V, non sans avoir souligné au passage
sa forme irrégulière et la position décentrée de ses perforations, ainsi que son aspect craquelé,
sa surface rugueuse au toucher, qui témoignent d'une longue exposition à l'air et contrastent
avec le beau brillant poli des autres objets.
Les plaquettes d'espacement, quant à elles, appartiennent toutes au type dit « à perfo
rations parallèles simples ». Les exemplaires complets (fig. 9, nos 8, 9) ou simplement
ébréchés (fig. 9, n° 18) montrent que ces perforations sont toujours au nombre de 5. On peut
rapprocher, en raison de leur forme sub-rectangulaire ou triangulaire, et de la disposition
des perforations, les écarteurs de la grotte du Hasard de certains exemplaires alsaciens
(tumulus 53 d'Oberfeld, dans la forêt de Haguenau, Bas-Rhin), bavarois (Huglfing, Asen-
kofen, Sulzbach), rhénans (Wixhausen), wûrtemburgeois (Erpfmger, Essingen) ou britan
niques (Lake dans le Wiltshire) (Hachmann, 1957). Ce type est également représenté en
Charente (une dizaine de fragments à la grotte des Dufîaits) et surtout dans plusieurs sites

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.