Iconographie humaine et animale du Magdalénien III Grotte de La Marche. Commune de Lussac-les-Châteaux (Vienne) - article ; n°10 ; vol.54, pg 622-633

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1957 - Volume 54 - Numéro 10 - Pages 622-633
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
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Stéphane Lwoff
Iconographie humaine et animale du Magdalénien III Grotte de
La Marche. Commune de Lussac-les-Châteaux (Vienne)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1957, tome 54, N. 10. pp. 622-633.
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Lwoff Stéphane. Iconographie humaine et animale du Magdalénien III Grotte de La Marche. Commune de Lussac-les-Châteaux
(Vienne). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1957, tome 54, N. 10. pp. 622-633.
doi : 10.3406/bspf.1957.8072
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1957_num_54_10_8072humaine el animale Iconographie
du Magdalénien III (2)
Grotte de La MARCHE H)f
Commune de Lussac-lesChâteaux (Vienne)
Stéphane LWOFF *
Ancien élève de l'Ecole du Louvre.
Sommaire. - — Exposé des différents procédés de figuration reconnus
sur des matériaux en calcaire et sur des quartzites de la Marche.
Présentation de quinze dessins de gravures relevées par
l'auteur, concernant essentiellement des représentations d'humains parfois
vêtus et coiffés.
Les différents procédés de figuration reconnus sur les matériaux en calcaire
et les quartzites de la Marche.
Les représentations sur des matériaux en calcaire s'inspirent des tech
niques suivantes :
a) Traits gravés plus ou moins profondément avec superposition de
plusieurs dessins. Gravures dont les dimensions varient depuis un cent
imètre (micro-gravures) jusqu'à plusieurs dizaines de centimètres.
Les micro-gravures sont parfois d'une qualité artistique exceptionnelle
et peuvent faciliter la compréhension de celles dont la qualité est
médiocre.
b) Traits gravés avec rehaussement du contour.
Examiné à la loupe, ces gravures présentent un rehaussement inten
tionnel du plan du contour délimité par un trait gravé (champ levé de
faible amplitude obtenu par un grattage périphérique extérieur au trait).
Vu sous un éclairage oblique convenable ce léger relief rend la gravure
plus vivante. La copie graphique des documents, aussi bonne soit-elle, ne
permet pas de reproduire cette caractéristique de l'original. Des procédés
de reproduction stéréoscopiques ou anaglyphiques seraient à envisager
dans ce cas. ^
c) Sculptures en bas-relief.
Des essais inachevés ont été tentés dans ce sens par les magdaléniens.
Les pattes de félin représentées sur la figure 1 illustrent cette méthode.
D'autres essais moins réussis existent à la Marche au nombre d'une
dizaine.
d) Sculptures en bas-relief obtenues par percussion et arrachement.
Nous attirons l'attention sur un certain procédé de sculpture en relief
que nous avons cru pouvoir deviner au hasard de nos recherches.
(*) Note reçue le 1.11.1956, présentée à la séance de septembre 1957.
(1) Fouilles exécutées en collaboration avec son inventeur Léon Péki-
card, minotier à Lussac-les-Châteaux.
(2) Cf. Bull. Soc. préhist. fr., t. XXXVII, 1940. pp. 155-180; t. XXXVIII,
1941, pp. 145-161; t. XXXIX, 1942, pp. 51-64 et pp. 166-180. ■
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de sculpture en chuinp le\'é. (loll, l'érieard. « \
La Um-chr-Miiudaléiiien 111. - /•'/>/. 12 c. Pliotogrjipliic de la plaquette
dont hi líravure est reproduite sur les iig. 12 a et 12 h : Humains
debout enlacés? La Marche-Magdalénien III. — Fig. 2 (en haut à gauche). Esquisse
d'homme assis. Coll. Péricard. — Fig. 3 (en bas à gauche). Tête d'enfant
sur dalle fracturée raccordable. Coll. Lwoff. — Fig. 4 (en haut à droite).
Jeune mammouth. Coll. Lwoff. — Fig. 5 (en bas à droite). Esquisse de
femme nue. Coll. Péricard. 624 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
L'exhaussement du sujet à traiter est obtenu par un enlèvement de
matière dont la technique s'inspire probablement de celle de l'enlèvement
d'esquilles sur des outils de silex. Le modelé du relief est obtenu éga
lement par cette technique. La ronde bosse qui en résulte présente un
aspect facetté irrégulier. Cette remarque conduit à envisager des soins
particuliers pour la conservation du recto d'aspect brut de certaines dalles
gravées au verso sur champ plat.
e) Contours aménagés des bords délimitant la surface des dalles ou
de plaquettes en calcaire en vue de représenter la tête d'un animal.
Bien que niée actuellement par certaines personnalités, nous signalons
la présence de contours aménagés sur un certain nombre de pièces et
notamment sur une série de plaquettes pseudo-rectangulaires plates d'une
dizaine de centimètres de longueur; aux deux extrémités les moins larges
de ces plaquettes, on peut observer d'une part le contour d'une tête
d'animal herbivore et d'autre part, le contour d'une tête d'animal car
nivore (3).
f) Gravures sur quartzites (galets).
Ces gravures exécutées sur des quartzites sont pour la plupart diffic
ilement lisibles, ayant un fond blanc pour support. Nous en avons
quelques-unes (frise de tête de chevaux). Cet ensemble de quartzites a
été conservé mais n'est pas encore entièrement examiné (4).
Présentation de quelques dessins de gravures.
La figure 2 représente une esquisse d'homme vêtu et coiffé semble-t-il
d'un bonnet de fourrure. La narine et la bouche sont figurées (5), l'œil
manque.
La figure 3 une tête d'enfant, d'assez grande dimension,
gravée sur une dalle fracturée en deux parties raccordables. L'œil, la
narine et la bouche sont représentés.
La figure 4 nous montre un jeune mammouth dont la trompe est au
repos, le crâne en dôme est figuré en partie; une jeune défense commence
à sortir de son maxillaire, tandis que les pattes postérieures rapprochées
des pattes antérieures correspond à l'attitude familière de l'animal passant
de la station couchée à la station debout.
La figure 5 nous restitue le buste d'une femme nue, aux bras en position
d'élévation, attitude propre aux arts primitifs. D'énormes seins et l'adi
posité marquée du personnage seraient-ils le symbole d'une fécondité
démandée par l'artiste? Le cheveu est rare, mais il existe une natte rudi-
mentaire qui recouvre la nuque. La face est prognathe, l'orbite de l'œil
comporte la représentation de l'iris et de la pupille.
Sur une petite dalle en calcaire assez épaisse nous trouvons le capridé
représenté par la figure 6; c'est un animal au petit galop. Le tracé en est
nettement lisible et assez profondément gravé. L'œil comporte un pique
tage périphérique. L'artiste a tenté, par quelques traits d'accentuer le
relief de la queue.
La figure 7 qui représente un humain vêtu et coiffé, a été extraite d'un
réseau de traits gravés assez important duquel on pourrait sans doute,
par une analyse plus approfondie, extraire un autre sujet partiellement
masqué par cette figure.
Nous nous trouvons ici en présence d'un personnage qui peut nous
renseigner utilement sur un certain nombre de détails vestimentaires
encore inconnus. Coiffé d'une sorte de suroît de marin, ce personnage est
entièrement vêtu. De l'ampleur des vêtements qu'il porte on pourrait
conclure que ce vêtement est une peau de bête dont la fourrure serait à
l'intérieur, du côté du corps. 11 convient de noter le curieux dédouble
ment des jambes et des pieds. Sur la jambe gauche du pantalon nous
observons une lanière qui enserre la jambe à la hauteur du genou et immé
diatement sous cette lanière un ornement de forme triangulaire repré-
(3, 4) Ces plaquettes ont été remises à l'Institut de préhistoire de
Poitiers.
(5) Le support de la figure 2 est représenté t. XXXVIII, p. 159 du BulL
Soc. préhist. fr. Marche-Magdalénien III. — Fig. 6 (en haut). Capridé sur petite dalle en La
calcaire. Coll. Lwoff. — Fig. 7 (en bas). Femme vêtue. Coll. Péricard. Marche-Magdalénien III. — Fig. 8 (en bas à droite). Tête de personLa
nage casqué. Sur grande dalle de calcaire. Coll. Péricard. — Fig. 9 a (en
haut, à gauche). Femme aux jambes fléchies. Interprétée par Lwoff
(voir aussi figure 9 b). — Fig. 9b (en bas, à gauche). Femme aux
jambes fléchies. Interprétée par Pales (voir aussi figure 9 a). Coll.
Lwoff. — Fig. 10 (en haut, à droite). 1. Percuteur en calcaire. —
2. Galet de calcaire aménagé. — 3. Fragment de lampe dont le bord a
été utilisé pour polir des aiguilles. Coll. Lwoff. Marche-Magdalénien III. ■ — Fig. 11 (en haut). Buste de femme assise. La
Coll. LwofT. - — Fig. 12 a (en bas). Humains debout enlacés? Interpré
tation Lwoff. Coll. Péricard. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 628
sente par trois traits verticaux ondulés et situés sur la partie antérieure
de cette jambe. Sur la jambe droite du pantalon et au niveau de la cuisse,
on peut remarquer la présence probable d'une poche dont une représen
tation a été trouvée sur un autre personnage au cours des recherches. La
surface supérieure de la chaussure droite porte deux traits parallèles et
sous le pied dédoublé on aperçoit nettement une semelle. Le pantalon ne
semble pas se prolonger au-delà de la partie inférieure du mollet ce qui
est attesté par la présence d'une ligne brisée irrégulière visible sur les
deux jambes. Ce personnage porte-t-il un sac sur son dos? Nous ne
pouvons le dire. Il constitue le sujet principal d'une scène de la vie ordi
naire qu'il conviendrait de dégager au cours analyse plus minut
ieuse de la gravure.
Le Prof. Pales, Sous-Directeur du Musée de l'Homme à Paris, aidé de
Mlle de Saint- Péreuse a effectué de fort beaux relevés des gravures de la
Marche. Ayant remarqué que nous avions l'un et l'autre exécuté le relevé
de mêmes gravures, il m'a autorisé à publier deux de ses relevés avec
les miens.
J'emploie de préférence la chambre claire pour des gravures de petites
dimensions, ce qui permet la reproduction intégrale des traits. Le Prof.
Pales utilise des photographies sur plaques souples impressionnées direc
tement en positif, qu'il décalque sur papier. La chambre claire me semble
toutefois préférable pour les pièces de petites dimensions, tandis que le
relevé photographique semble mieux s'appliquer aux pièces de grandes
dimensions.
On comparera la figure (9 a) exécutée par l'auteur et la figure (9 b)
exécutée par le Prof. Pales. Il s'agit d'une femme dont les jambes sont
fléchies. L'importance de son abdomen peut laisser supposer qu'elle est
en position d'accouchement. Coutié, notre ancien Président de la S. P. F.,
m'a en effet montré quelques gravures qui indiquent les différentes
positions prises par une femme pour mettre au monde un enfant dans
certains pays, notamment en Afrique; la parturiente occupe effectiv
ement, dans le cas présent, l'une de ces positions.
On remarquera peut-être sur la poitrine et sur le ventre un dispositif
pectoral et abdominal qui suit les contours du corps. Ce de
contention qui pourrait être assujetti par des liens visibles sur le dessin
permettrait de faciliter l'accouchement par pression. Le même dispositif
à quelques variantes près, est visible sur la figure 11. Ce dessin nous
montre un buste de femme assise qui est vraisemblablement gravide.
Nous avons observé sur une troisième figuration ce soi-disant dispositif
de contention.
La figure 8 est celle d'un homme peut-être casqué de feuilles végétales.
La base du nez semble retenir un élément décoratif comme en portent
nos modernes populations primitives.
La figure (12 a) a été reproduite à la chambre claire par l'auteur,
d'après l'original. La figure (12 b) est un dessin obtenu par décalque à
partir d'une pellicule photographique souple impressionnée directement
en positif et exécuté par le Prof. Pales.
La séparation des sujets qui composent cette gravure est difficilement
possible. L'interprétation du résultat final reste problématique, mais il
faudrait voir dans ce dessin un coït humain pour les uns, et pour l'auteur,
soit la lutte de deux hommes entre eux, soit la lutte d'un homme contre
un ours.
Sur la figure (12 a), l'auteur a reproduit intégralement les traits de la
gravure en forçant intentionnellement certains d'entre eux qui pourraient
aider à la compréhension du dessin. La figure (12 b) qui a été obtenue
par l'intermédiaire d'un procédé photographique, montre que la photo
graphie ne peut reproduire intégralement les traits d'une gravure.
La figure 13 nous donne une « Vénus de la Marche » dans un plan à
deux dimensions, qui correspond, pour l'aurignacien, à ces statuettes de
femmes stéatopyges. Le corps est massif avec un sein de volume consi
dérable; aux bras et aux jambes nous distinguons nettement des bra
celets; la tête relativement volumineuse semble enfoncée dans les épaules,
la face est absente, mais les cheveux sont représentés partiellement et
semblent maintenus par un peigne primitif constitué par un bâtonnet. On
notera, en traits appuyés, la présence de pattes postérieures d'un animal
qui semblent glissées entre les cuisses de cette femme et la présence d'une
patte antérieure qui semble émerger du sein de ce personnage.

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