Insertion de l'audio-visuel à l'université - article ; n°1 ; vol.25, pg 19-36

De
Communication et langages - Année 1975 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 19-36
Jean Cloutier est un spécialiste de l'audio-visuel. Il a fondé en 1968 le Centre audio-visuel de l'université de Montréal, qu'il dirige toujours et qui est le centre le plus important du monde francophone. Avec l'A.U.P.E.L.F. (Association des universités partiellement ou entièrement de langue française), il a collaboré à des recherches dans ce domaine, et notamment en animant un débat sur « l'Enseignement de l'audio-visuel » à un colloque international qui s'est tenu à Liège en 1974, La même année, il a présidé à Québec un séminaire international sur le Rôle d'un centre audio-visuel dans une université ». L'article que nous publions ici est une réflexion sur le même thème, réflexion nourrie par une expérience de six années passées à la direction d'un centre audio-visuel.
18 pages
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Nombre de pages : 19
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Jean Cloutier
Insertion de l'audio-visuel à l'université
In: Communication et langages. N°25, 1975. pp. 19-36.
Résumé
Jean Cloutier est un spécialiste de l'audio-visuel. Il a fondé en 1968 le Centre audio-visuel de l'université de Montréal, qu'il dirige
toujours et qui est le centre le plus important du monde francophone. Avec l'A.U.P.E.L.F. (Association des universités
partiellement ou entièrement de langue française), il a collaboré à des recherches dans ce domaine, et notamment en animant
un débat sur « l'Enseignement de l'audio-visuel » à un colloque international qui s'est tenu à Liège en 1974, La même année, il a
présidé à Québec un séminaire international sur le Rôle d'un centre audio-visuel dans une université ». L'article que nous
publions ici est une réflexion sur le même thème, réflexion nourrie par une expérience de six années passées à la direction d'un
centre audio-visuel.
Citer ce document / Cite this document :
Cloutier Jean. Insertion de l'audio-visuel à l'université. In: Communication et langages. N°25, 1975. pp. 19-36.
doi : 10.3406/colan.1975.4174
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/colan_0336-1500_1975_num_25_1_4174INSERT ON
DE L'AUDIO-VIS UEL
A L'UNIVERSITÉ
par Jean Cloutier
Jean Cloutier est un spécialiste de l'audio-visuel l. Il a fondé en 1968 le
Centre audio-visuel de l'université de Montréal, qu'il dirige toujours et qui
est le centre le plus important du monde francophone.
Avec l'A.lLP.E.L.F. (Association des universités partiellement ou entière
ment de langue française), il a collaboré à des recherches dans ce domaine,
et notamment en animant un débat sur « l'Enseignement de l'audio-visuel »
à un colloque international qui s'est tenu à Liège en 1974, La même année,
il a présidé à Québec un séminaire international sur le ■ Rôle d'un centre
audio-visuel dans une université ». L'article que nous publions ici est une
réflexion sur le même thème, réflexion nourrie par une expérience de
six années passées à la direction d'un centre audio-visuel.
Cet article constitue un effort de réflexion ; il n'apporte pas
de solution et, s'il est le fruit d'une expérience concrète, il
ne fait pas état d'expériences vécues. C'est en quelque sorte
une méthodologie élaborée au fil de six années passées à la
direction d'un centre audio-visuel. Ce n'est qu'en conclusion
que je me permettrai quelques remarques personnelles sur le
rôle de l'audio-visuel à l'université et sur la nécessité d'un
centre audio-visuel.
A noter que j'aurai, et que vous aurez, de ce fait,
des problèmes de vocabulaire. D'une part, parce que les
réalités québécoises sont différentes des1 réalités françaises :
aussi les mêmes mots ne recouvrent pas* nécessairement les
mêmes choses ; d'autre part, parce que, même si l'audio-visuel
existe depuis toujours dans l'université, son insertion systémat
ique et technologique est toute récente et, par voie de consé
quence, dépourvue d'une terminologie bien arrêtée.
Les difficultés auxquelles se heurtent les personnes chargées
de planifier l'insertion de l'audio-visuel dans une université
et de déterminer une structure opérationnelle appropriée pro
viennent, pour la plupart, de la réticence — pour ne pas dire
de l'incapacité — des administrateurs universitaires et des pro
fesseurs en général à établir les distinctions qui s'imposent.
En effet, ceux-ci sont portés à prendre pour acquis le fonc
tionnement de leur institution, d'une part, et à considérer l'audio
visuel, d'autre part, comme une technique pédagogique parmi
d'autres. Or je prétends1 qu'il faut poursuivre une réflexion pré
liminaire sur la communication, réflexion qui va permettre d'éta-
1. Voir Jean Cloutier : « L'audio-scripto-visuel », in Communication et lan
gages, n° 7 (sept. 1970). Insertion de l'audiovisuel à l'université
blir une problématique de l'audio-visuel à l'université. Si la com
munication est essentiellement la recherche de l'information et
son interéchange entre les êtres, les universités ne sont-elles
pas des lieux privilégiés à cet égard, de véritables institutions
de communication ? L'audio-visuel n'est-il pas*, dans ce cas,
avant tout un système de communication ou, plus exactement,
ne devrait-on pas l'envisager dans le cadre d'un tel système ?
Cette réflexion préliminaire, je propose de la mener en envi
sageant, en * interaction continuelle, l'université considérée
comme institution de communication et l'audio-visuel, comme
système de communication. Il s'agit alors de tenir en ligne de
compte seize éléments, huit pour l'université et huit pour l'a
udio-visuel.
LA PROBLEMATIQUE DE L'UNIVERSITE
S'interroger sur le rôle d'un centre audio-visuel dans une uni
versité nécessite une réflexion sur l'université. L'université est
alors envisagée comme une institution de communication et
l'audio-visuel conçu comme système de facili
tant la circulation de l'information en son sein. Sur le plan de
la communication, l'université est un organisme privilégié, car
l'information en constitue à la fois la matière première et le
produit fini, la raison d'être et la manière d'être. Son rôle n'est
pas la transmission de l'information, mais bien le traitement de
l'information. Ce traitement doit être effectué par chaque per
sonne — fût-elle un étudiant — qui manipule cette information,
car chaque personne est ou devrait être aussi bien générateur
que consommateur d'information. Dans un processus humain
de communication, chacun est alternativement émetteur et
récepteur, chaque être est alors1 un Emerec.
Lus composantes
L'université est une communauté de différentes catégories de
personnes : les étudiants qui viennent apprendre à traiter l'i
nformation et non pas simplement à la recevoir ; les professeurs
qui œuvrent sur cette information et ne se contentent pas de
m la transmettre ; les autres qui assurent la bonne marche ins-
^ titutionnelle (le personnel administratif et technique, du cadre
g, supérieur au concierge en passant par le bibliothécaire et l'au-
§> diovisualiste) ; c'est aussi « autrui » que constitue le milieu
J dans lequel baigne l'université et avec lequel il est en
's action, depuis les familles des1 étudiants jusqu'aux habitués des
c conférences publiques.
.y Ses fonctions
§ l'enseignement est sans doute la plus évidente, du moins du
O o g point de vue de l'étudiant. La recherche est la plus importante Pédagogie 21 CJoLcuvs- l*T=hÇ^ 2^C_ j
selon bien des professeurs. La vie communautaire découle de
l'interaction inévitable des différentes catégories composantes
et préoccupe surtout les « autres », en particulier les administ
rateurs. L'éducation permanente, fonction nouvelle et à définir,
remet en cause la relation de l'institution avec son milieu
« autrui », qui réclame alors des services précis.
LA PROBLEMATIQUE DE L'AUDIO-VISUEL
S'interroger sur le rôle d'un centre audio-visuel dans une uni
versité nécessite une réflexion sur l'audio-visuel. L'audio-visuel
est alors envisagé comme un système de communication et
l'université conçue une institution de
dans laquelle circule l'information.
Sur le plan de la communication, l'audio-visuel est avant tout
un ensemble de langages, audio, visuel et audiovisuel, qui comp
lètent les langages graphique, scripto et scripto-visuel. Ces
langages, dans une démarche globale tentant d'éviter l'oppo
sition entre l'écrit et l'audio-visuel, peuvent être qualifiés d'au-
dio-scripto-visuels. Ils sont mis en uvre dans le cadre de
la communication de groupe au moyen de self-media qui per
mettent aussi bien de produire des messages que de les recev
oir, c'est-à-dire qui permettent aussi bien d'« écrire que de
lire » chacun des langages audio-scripto-visuels.
Les composantes
Ce sont les personnes qui se spécialisent dans ce type de com
munication et qui peuvent aider chacun à utiliser les langages
audio-scripto-visuels ; les documents qui constituent des pro
duits culturels, des uvres ou encore des « messages incar
nés dans un langage donné et matérialisé sur un support » ; les
équipements d'écriture aussi bien que de lecture qui permettent
d'établir diverses communications audio-scripto-visuelles et, le
cas échéant, de produire ou de diffuser tel ou tel document ; les
locaux, allant des bureaux des audiovisualistes et des dépôts
d'équipements jusqu'aux ateliers techniques, des laboratoires et
studios jusqu'aux médiathèques et salles multi-media.
Ses fonctions
Soutien technique, le système permet aux personnes qui consti
tuent l'université et, particulièrement, aux professeurs et aux
étudiants d'utiliser les self-media audio-scripto-visuels. Par la
production, le système réalise des documents qui augmentent
et facilitent la circulation de l'information. La formation est
une fonction intrinsèque à l'audio-visuel qui lui permet d'être
utilisé par des personnes sachant le faire. Le développement
est aussi une fonction propre au système qui doit s'étendre
de par lui-même pour se rendre accessible dans l'institution. de l'audiovisuel à l'université Insertion
L'université
FONCTIONS COMPOSANTES
Enseignement Etudiants
Cette fonction première de l'institution est Ils sont nombreux et ont parfois beaucoup
de difficulté à s'intégrer à l'institution, du trop souvent confondue avec la simple trans
mission d'information entre un « émetteur moins ceux du premier cycle. Ils ne veulent
qui sait » — le professeur — et un « récep pas être considérés comme de simples r
teur qui apprend » — l'étudiant. Il ne suffit écepteurs passifs de la science d'autrui. Ce
pas seulement d'inverser les pôles de la sont des Emerec qui veulent agir et créer.
Formés dans le monde audio-scripto-visuel communication et de considérer l'étudiant
comme le « s'éduquant » et le professeur des mass media, ils veulent communiquer
dans une institution qui fasse place à tous le « facilitateur », il faut considérer
cette fonction dans le cadre de la « cité les langages. Ils s'approprient facilement les
éducative » qui nécessite l'ouverture de l'inself-media technologiques et trouvent frus
trant le fait d'être souvent limités aux mots stitution et la modification des rôles de
parlés et écrits pour appréhender et traiter professeur et d'étudiant non point par inver
sion mais par mutation. l'information.
Recherche Professeurs
De plus en plus œuvre d'équipe, la recher Ce sont les enseignants dont les statuts
che doit regrouper non seulement les pro varient de celui de chargé de cours à celui
fesseurs et les étudiants mais aussi les de titulaire, d'assistant à professeur. La com
« autres », doit s'ouvrir dans la cité auprès munication entre eux est parfois rendue dif
d'« autrui », associant les spécialistes du ficile par leur spécialisation respective. Leur
monde du travail. La pluri-multi-transdiscipli- relation avec les étudiants est souvent han
narité constitue à la fois le défi à relever dicapée par suite de l'absence de préoccu
et l'obstacle à vaincre, les démarches glo pation pédagogique. Leur formation, essen
bales et synthétiques doivent compléter les tiellement basée sur le mot, écrit ou parlé,
approches analytiques souvent considérées rend difficiles le recours à des langages
comme les seules scientifiques. audio-visuels et leur insertion dans le monde
de plus en plus audio-scripto-visuel. Vie communautaire
Cette fonction réelle est très souvent non Autres identifiée. Institution humaine, l'université a On les qualifie souvent par la négative ; une vie plus ou moins active, c'est le personnel non enseignant, depuis plus ou moins conflictuelle, plus ou moins le concierge jusqu'au bibliothécaire et l'audio- acceptée mais qui, néanmoins, existe. L'i visualiste. Les « autres » constituent le pernformation doit circuler entre les diverses sonnel de soutien mais aussi d'encadrement. composantes : professeurs, étudiants, autres, Paradoxalement, on comprend également et entre les différentes personnes de cha dans cette catégorie les cadres supérieurs cune de ces composantes. Elle doit aussi de l'institution qui, la plupart du temps, sont être diffusée à l'extérieur auprès d'« autrui » d'anciens professeurs chargés de responsabqui, en échange, doit pouvoir aussi se faire ilités administratives. Le rôle des « autres » entendre dans l'institution. est appelé à évoluer par l'implantation de
systèmes de communication audio-scripto- Education permanente
visuelle et par le développement de la Cette fonction est relativement nouvelle. Elle « technologie éducationnelle ». peut n'être que l'expression de la fonction
traditionnelle d'enseignement à de nouveaux
Autrui étudiants plus âgés que les autres. Elle peut
« », c'est le milieu dans lequel baigne assurer un rôle tout à fait nouveau à l'un
ou devrait baigner l'institution universitaire. iversité dans son milieu. Dans ce cas, l'édu
C'est le public composé des payeurs de cation permanente est appelée à transformer
taxes, des parents, des étudiants, des habiles autres fonctions, aussi bien celle de la
tués des conférences et des activités unirecherche que de l'enseignement, et peut
versitaires et parmi lequel se recrute de constituer le fer de lance de l'ouverture
plus en plus la clientèle de l'éducation perinstitutionnelle dans une cité éducative audio-
manente. Institution fermée, l'université vit scripto-visuelle2.
hors de son milieu ; institution ouverte, 2. Voir J. Gloutier : la Communication audio-scnpto- l'université vit en interaction avec ce milieu visuelle à l'heure des self-media (Presses de l'univ. et les self-media audio-visuels peuvent lui de Montréal), dont notre revue a publié des bonnes feuilles (n" 19) et un compte rendu (n° 20). en donner les moyens. Pédagogie 23
L'audiovisuel
COMPOSANTES FONCTIONS
Les personnes Formation
Ce sont les « audiovisualistes ». Ils constiII importe de permettre aux utilisateurs de
l'audio-visuel, professeurs et étudiants no tuent des équipes capables d'assurer la for
tamment, d'apprendre à se servir de ces mation des éventuels utilisateurs, de pro
duire les documents originaux requis, de langages. Il faut donc prévoir un enseigne
ment de l'audio-visuel qui va de simples faire circuler les documents existants, d'en
séances d'initiation à de véritables cours, tretenir et de prêter des équipements adé
en passant par des ateliers de manipulation. quats. Ils remplissent des rôles variés, de
technicien à réalisateur, d'animateur à audio- Ces enseignements, qui doivent mettre l'a
ccent sur la communication par l'audio-visuel vidéothécaire. Tout comme leurs collègues
et non pas uniquement sur la technique, bibliothécaires, ils sont en quête d'un sta
permettront l'implantation de l'audio-visuei tut dans l'institution. Ils doivent, à la fois,
dans l'institution et éviteront d'en réserver agir et justifier leur action, obtenir des
moyens et proposer des solutions. le monopole à des spécialistes œuvrant en
circuit fermé.
Les documents
Production Ce sont des ressources mises à la dispo
sition de tous. On y distingue les docuII y a deux types de production, celle qui
est faite par les « audio-visualistes » pour ments de groupe utilisables en classe et les
le compte d'un professeur et celle que les documents individuels analogues aux livres
et disponibles dans les médiathèques ou communicateurs, professeurs ou étudiants,
font eux-mêmes, avec ou sans l'aide des salles de lecture multi-media. Il faut cata
loguer, conserver et diffuser ces documents, spécialistes. Toute communication audio
en fonction de leurs langages respectifs, visuelle n'est pas une production, pas plus
prévoir les équipements de « lecture » en que tout document ronéotypé ne constitue
fonction de leurs supports. Il faut recherune œuvre à conserver en bibliothèque. Il
faut être conscient du fait que l'équipement cher, faire venir et retourner les documents
que l'on ne peut conserver, il faut en créer léger sert à communiquer plus qu'à pro
de nouveaux, en copier et en échanger. duire et que la production proprement dite
requiert des moyens à ne pas minimiser.
Les équipements
II s'agit du « hardware », c'est-à-dire d'apparSoutien technique
eils soit d'« écriture » qui servent à proCe système de communication audio-visuelle
duire un document, soit de « lecture » qui efficace nécessite une infrastructure techni
servent à les consulter. Il y a les équipeque importante. Le professeur ou l'étudiant
ments « lourds » de production nécessitant qui veut utiliser un media, même très
des installations complexes et devant être simple, doit pouvoir compter sur des appuis
manipulés par des spécialistes et les équprofessionnels indispensables. Même s'il est
ipements « légers » relativement peu coûteux . capable de concevoir et d'établir lui-même
et simples de manipulation. Ces derniers une communication audio-visuelle, il a sou
sont adaptés aux self-media et permettent vent besoin de techniciens pour matériali
à l'audio-visuel de devenir un véritable sysser son message, pour le reproduire ou pour
tème de communication : il faut en prévoir le diffuser. Et, dans tous les cas, il doit
l'achat, l'entretien, l'opération et même le avoir accès à des installations adéquates
prêt. et à des équipements appropriés.
o
Les locaux Développement
La communication audio-visuelle suppose II n'existe pas de système de communicat
l'adaptation des locaux existants en fonction ion audio-visuelle ayant automatiquement
de la de groupe, comme les droit de cité, ayant une tradition suffisam
salles de cours, les laboratoires de 'langue ment établie pour aller de soi. Aussi faut-il
ou les médiathèques. Elle suppose des studévelopper ces systèmes, les construire en
dios simples et polyvalents pour les producles implantant dans l'institution. Il ne s'agit
tions audio et audiovisuelles, des salles de pas de planifier dans l'abstrait pour ensuite
montage, des chambres noires et des laboétablir un service commun audiovisuel, il
ratoires de photo. Certains d'entre eux sont est préférable d'en planifier le développe conçus en fonction de la production, d'autres ment dans l'action quotidienne et concrète,
nettement en de l'enseignement de car il est difficile pour l'institution de défi
l'audio-visuel en soi. Certains sont mis à la nir dans l'absolu un besoin qui existe de disposition des usagers eux-mêmes afin de façon latente. faciliter les « auto-productions ». de l'audio-visuel à l'université Insertion
■Kl
Infrastructure opérationnelle
II faut maintenant pousser plus loin notre réflexion, sinon elle
risque de rester à un niveau théorique. En effet, la problématique
peut permettre d'identifier les besoins de telle université par
rapport à l'audio-visuel ou au moins nous mettre sur la piste
de mécanismes d'identification. Elle peut nous permettre aussi,
par voie de conséquence, de définir les rôles de l'audio-visuel
par rapport à cette université ou au moins certains de ces
rôles. Mais comment ces besoins peuvent-ils être satisfaits et
ces rôles remplis ?
Je vais seulement fournir un cadre d'analyse 3, un ensemble
complexe de distinctions qui correspondent à des questions que
l'on doit se poser lors de l'étude des quatre composantes du
système audio-visuel de communication. Ces distinctions essent
ielles sont fort nombreuses et, pourtant, elles ne sont pas
exhaustives. Il est important de les établir avant même de se
lancer dans une implantation. Il faut d'ailleurs continuer à se
poser les questions qui en découlent tout au cours du fonc
tionnement d'une structure audio-visuelle afin de faciliter les
prises de décision et même d'orienter l'action quotidienne.
Involontairement, ces distinctions peuvent entraîner des que
relles d'écoles de pensée : personnellement, je prends pour
acquis que, pour autant qu'elles soient opérationnelles, elles
sont sûrement valables.
LES PERSONNES
II y a dans une institution d'enseignement supérieur — ou il
pourrait y avoir — des personnes dont la fonction consiste à
favoriser le recours à l'audio-visuel. On pourrait les appeler
■ audio-visualistes », tout comme on appelle bibliothécaires
ceux qui ont la charge des livres, documentalistes ceux qui
s'occupent de la documentation, informaticiens ceux qui œuvrent
au sein des centres de calcul. Cela n'a pas d'importance : la
question fondamentale consiste à se demander s'il doit exister
des spécialistes de l'audio-visuel, des gens recrutés et rétri-
£> bues comme tels dans une université, ou si ce n'est pas là le
> rôle des enseignants euxnmêmes ? Cependant, même si les
o> enseignants utilisent l'audio-visuel pour enseigner, sont-ils pour
g» autant spécialistes de ce type de communication ? Et, même si
•2 certains l'étaient, ont-ils pour autant un rôle à jouer auprès de
« leurs collègues qui, eux, ne seraient pas familiers avec les
§ langages audio-visuels ?
| Pourtant, ne faut-il pas, dans une université, des gens chargés
§ 3. Je me garderai bien de faire cette analyse, car, à mon sens, elle ne peut
S et ne doit pas être menée théoriquement mais plutôt en fonction des données
o £ concrètes d'une situation précise.
O 25 Pédagogie
de rendre possible et même facile le recours à la communic
ation audio-visuelle ? Si on arrive à la conclusion qu'il en faut,
on peut alors déterminer deux grandes1 catégories ou deux
types de personnes jouant ce rôle. Il y a des « professionnels »,
c'est-à-dire des personnes ayant une formation universitaire et
des responsabilités de cadre et/ou de conseil, de réalisation,
d'animation ou même de formation. En fait, ce sont des pro
fessionnels qui peuvent être soit des enseignants, soit des
spécialistes ou, mieux, des enseignants-spécialistes, ou encore
des spécialistes-enseignants. Mais, de toute façon, outre ces
« professionnels », il faut des techniciens pour s'occuper des
équipements, des techniciens1 pour produire ou pour aider à
produire des documents. Et ces sont soit électroni
ciens, étant donné que les équipements audio et vidéo sont
électroniques, soit photographes, soit graphistes, soit poly
valents, étant donné la multiplicité des* équipements et des
fonctions liées aux techniques légères que j'appelle les self-
media.
Où recruter ces professionnels et ces techniciens ? Existent-ils
sur le marché du travail ? De plus en plus, du moins en Amér
ique du Nord, où les facultés de « communication arts* » forment
des1 audio-visualistes et où les facultés des sciences de l'édu
cation forment des spécialistes de la pédagogie audio-visuelle.
Il ne faut pas confondre ces « technologues », comme certains
aiment les appeler, avec les* enseignants d'une discipline don
née qui se dotent d'une formation audio-visuelle complémentaire,
souvent -conçue en fonction de leur propre discipline. Il y a
aussi des écoles privées qui forment des1 spécialistes des self-
media. Et les écoles techniques, pour leur part, sentent le besoin
de préparer leurs étudiants à la réparation et à l'opération des
nouveaux équipements légers. Cependant, jusqu'à ce jour, les
équipes chargées de manipuler les infrastructures audio-visuelles1
dans les universités ont été surtout formées sur le tas, du
directeur aux préposés aux prêts d'équipements ou de docu
ments, mais la constitution d'une équipe valable de « profes
sionnels » et de techniciens, qu'ils soient ou non formés à l'au-
dio-visuel au préalable, ne sera possible qu'à condition que
ces personnes puissent jouir d'un statut satisfaisant au sein
de l'institution.
Cette question de statut n'est pas simple. Ainsi, les enseignants
qui se spécialisent en audio-visuel et qui veulent œuvrer dans
une infrastructure de service sont souvent handicapés au niveau
de leur carrière. Ils doivent aider leurs confrères, mais l'aide
qu'ils apportent, de même que les productions qu'ils1 réalisent,
ne leur sont pas créditées en vue de leur promotion. Peu à peu, Insertion de l'audio-visuel à l'université
ils sont déclassés1 par rapport à leurs collègues dans leur
propre département ou U.E.R. Il faudrait que l'on accepte que
certains enseignants puissent se consacrer au développement
de l'enseignement de leur discipline plutôt qu'à celui de la dis
cipline même, il faudrait que les activités1 et les recherches
purement pédagogiques soient reconnues. D'un autre côté, la
situation est encore plus difficile pour les « professionnels1 » qui
ne sont pas des enseignants1. Ils sont ou ils devraient être des
« universitaires », en ce sens qu'ils appartiennent au monde de
l'université, ils1 ont, ou devraient avoir, une formation suffisante
à cette fin. Cependant, ils ne font pas partie du personnel ensei
gnant et le corps professoral tend à les tenir à distance de
leur « chasse gardée » pédagogique. Souvent, les structures
administratives ne leur offrent pas de plan de carrière ou de
possibilités de promotion et leur refusent parfois des privilèges,
par exemple de recherche, réservés aux professeurs. Quant aux
techniciens, la situation est relativement résolue au Québec en
ce sens qu'ils ont des conditions de travail à peu près équi
valentes1 à celles du reste du marché du et qu'ils ont en
outre la sécurité d'emploi. En France, le problème reste crucial,
car la plupart des techniciens sont contractuels et beaucoup
d'entre eux sont tributaires d'échelles de salaires1 irréalistes
par rapport à celles de l'entreprise privée, ce qui rend difficiles
le recrutement et l'engagement à long terme de techniciens,
surtout d'électroniciens qualifiés.
LES DOCUMENTS
La communication audio-visuelle s'exerce souvent grâce à des
documents qui sont en fait des œuvres, des1 « produits cultu
rels » selon l'expression d'Abraham Moles, des « messages i
ncarnés dans un langage donné et matérialisé sur un support »,
selon ma définition. Dans le domaine de l'écrit, les documents
sont généralement conçus en fonction d'une réception indivi
duelle : ainsi un livre est fait pour être lu par une personne à
la fois. En audio-visuel, souvent le document est produit en
fonction d'une réception de groupe ; ainsi le film est générale-
io ment destiné à être projeté dans une salle devant plusieurs
^ personnes. Cependant, ce n'est pas toujours le cas ; aussi
§, doit-on distinguer les documents audio-visuels qui sont destinés
d> à une réception individuelle de ceux produits en fonction de
Jj groupes. Cette distinction, que l'on néglige souvent, doit être
■£ faite avant la production afin d'éviter des erreurs de style ; un
c document individuel n'est pas ou ne devrait pas du tout être
■| élaboré comme un document de groupe. Cette distinction doit
■ï être aussi faite en fonction de l'utilisation : le document de
| groupe a une valeur limitée d'autoformation alors que le docu-
s ment individuel bien fait ne sait pas retenir l'attention de plu-
o 27 Pédagogie
sieurs étudiants groupés dans une salle de cours4. Cette dis
tinction servira aussi à établir des principes de conservation
et des règles de diffusion.
Autre différence importante : les documents audio-visuels nécess
itent le recours à un « équipement de lecture » ou un « graphe
d'émission » pour être consultés1, tandis que le document écrit
est normalement directement accessible par la personne qui
le consulte (sauf évidemment si le support est un microfilm
et qu'il faille alors recourir à un appareil de lecture, un « lec
teur »). Le rôle que l'on veut faire jouer aux documents audio
visuels, en fonction par exemple d'une utilisation de groupe ou
individuelle, et les choix que l'on doit faire entre les media
lors' de la production doivent tenir compte des appareils lec
teurs qui seront requis pour leur diffusion ou leur consultation.
Le coût et la complexité technique de ces lecteurs peuvent
être un obstacle à leur utilisation individuelle : ainsi, un docu
ment vidéo — et particulièrement un document vidéo couleur —
ne peut pas1 encore facilement servir à l'enseignement indi
viduel, par suite non seulement du coût du support du docu
ment (le ruban magnétoscopique) mais de celui de chaque
poste visionneur. Par contre, le document audio conservé et
diffusé sur cassette est à ce point de vue pratiquement aussi
accessible que le livre, car le coût des lecteurs à cassette
est de plus en plus1 faible. Il pourrait être aussi répandu si
on savait utiliser le langage audio aussi bien que le langage
écrit à des fins didactiques. D'autres distinctions sont néces
saires pour nous permettre de déterminer la structure opéra
tionnelle chargée de rendre les documents audio-visuels facil
ement accessibles aussi bien aux professeurs qu'aux étudiants1.
Ainsi peut-on répartir ces documents1 selon l'origine de leur
production : on distingue alors les documents produits à l'exté
rieur de l'université pour lesquels il se pose alors la question
d'achat ou d'emprunt. Certains audio-visuels sont
très coûteux : c'est le cas1 des films, par exemple ; d'autres ne
sont pas destinés à être consultés souvent : c'est le cas1 par
ticulièrement des documents de groupe. Alors- l'institution doit
se donner des critères avant de se décider à les acheter ; aussi
peut-elle avoir intérêt à centraliser ces1 achats. Et si, au contraire,
on a recours à des documents au moyen d'emprunt ou de loca
tion auprès des organismes producteurs, d'entreprises1 de diffu
sion ou d'audiovidéothèques centrales, l'institution doit-elle lais
ser chaque professeur ou chaque utilisateur accomplir lui-même
toutes les démarches que cela suppose ou doit-elle mettre sur
pied un système central d'emprunt et de location lié évidem-
4. Cela, à mon sens, explique l'échec des cours télévisés en classe, la télévision
étant un media de réception individuelle ou de très petits groupes. Mais
c'est un autre problème...

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