Inventaire des lettres des rois d'Aragon à Charles VI et à la cour de France, conservées aux Archives de la Couronne d'Aragon à Barcelone - article ; n°1 ; vol.103, pg 99-150

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1942 - Volume 103 - Numéro 1 - Pages 99-150
52 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1942
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Jeanne Vielliard
Léon Mirot
Inventaire des lettres des rois d'Aragon à Charles VI et à la cour
de France, conservées aux Archives de la Couronne d'Aragon à
Barcelone
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1942, tome 103. pp. 99-150.
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Vielliard Jeanne, Mirot Léon. Inventaire des lettres des rois d'Aragon à Charles VI et à la cour de France, conservées aux
Archives de la Couronne d'Aragon à Barcelone. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1942, tome 103. pp. 99-150.
doi : 10.3406/bec.1942.449270
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1942_num_103_1_449270INVENTAIRE
DES LETTRES DES ROIS D'ARAGON A CHARLES VI
ET A LA COUR DE FRANCE
CONSERVÉES AUX ARCHIVES DE LA COURONNE D'ARAGON
A BARCELONE
Les Archives de la Couronne d'Aragon sont particulièr
ement riches et constituent une mine importante pour l'his
toire, non seulement de ce royaume, mais aussi de toute
l'Europe, la série diplomatique y étant très largement r
eprésentée. Aussi ont-elles déjà fourni matière à de nombreux
travaux dus à des érudits espagnols1, allemands2, français3
et italiens 4.
1. Le premier qui les a utilisées est Zurita, dans les Anales de la Corona de
Aragon. Saragosse, 1562-1580, 6 vol. petit in-fol. — Mais leur publication fut
surtout au xixe siècle l'œuvre de Bofarull, conservateur de ces Archives, dans
la Colección de Documenlos ineditos de la Corona de Aragon, qui ne comprend pas
moins de quarante et un volumes ; les descendants de ce savant, ses successeurs
à la direction de ces Archives, publièrent également bon nombre de documents
et de travaux historiques. A côté de l'œuvre de Bofarull, il convient de citer les
travaux de RubiO i Lluch, principalement les Documents per Vhistoria de la cul-
tura catalana migeval. Barcelone, 1908-1911, 2 vol. in-4°, et qui étudia plus spé
cialement la domination catalane en Grèce, dans Calalunya a Grecia. Barce
lone, 1900, in-4°.
Aux noms de Bofarull et de Rubiô i Lluch, s'ajoutent ceux des disciples de ce
dernier, qui publièrent des documents des Archives d'Aragon, principalement
dans V Anuari de V Institut ďEsludis catalans, et dans la revue intitulée : Esludis
universitaris catalans. Parmi ces disciples, il convient de citer Valls-Taberner
{Els origins dels comtois de Pallars et Ribagorça. Barcelone, 1918, in-4°. — Notizie
délia Francia inviolé da Filippo ď Évreux alla corle de Barcellona, dans les Miscel
lanea Ehrle. Rome, 1924, in- 8°, t. III, p. 103-111), et également celles du profes
seur Gimenez Soler [La Corona de Aragon y Granada. Barcelone, 1905, in-16 ;
Itinerario del rey D. Alfonso de y de Napoles. 1909, in-4°),
et des RR. PP. Ivars, Pou i Marti et abbé José Vives, dans les Analecta Tarra-
conensia, où ont été édités de nombreux documents. — Par ailleurs, Miret y
Sans a publié les itinéraires des rois Alfonse II, Alfonse IV. Pierre II et •



J. VIELLIARD ET L. MIROT 100
Depuis la fondation de l'Institut français des Hautes-
Études hispaniques, plusieurs de ses membres ont effectué
Jacques Ier d'Aragon, ainsi que les Négociations de Pierre IV ď Aragon avec la
cour de France (1366-1367), dans la Revue hispanique, XIII (1905), les Lettres
closes de Louis Ie1 d'Anjou, roi de Sicile, dans le Moyen Age, XVIII (1914),
et les Lettres closes des premiers Valois, dans la même revue, XX (1918).
2. [Page précédente.] Ces publications se groupent autour du professeur H.
Finke, dont l'œuvre est considérable, et à qui l'on doit les Ada Aragonensia.
Quellen zur deutschen, italienischen, franzôsischen, spanischen, zur Kirchen und
Kultur geschichte aus diplomatischen Korrespondenz Jay mes II (1291-1327 ). Fri-
bourg-en-Brisgau, 1907-1922, 3 vol. in-8°, complété en 1933 par les Nachlrage
und Ergânzungen, et les Ada Concilii Constanciensis . Munster en Westphalie,
1926-1928, in-8°, dont les tomes III et IV contiennent des documents tirés des
Archives aragonaises. Depuis 1928, dans les Spanische Forschungen de la Cot
res gesellschaf t. publiées sous sa direction, il a édité de nombreux textes arago-
nais, tandis, que ses disciples exploraient les Archives de Barcelone, et particu
lièrement Fritz Baer, Studien zur Geschichte der Juden in Kônigreich Aragonien
wâhrend des 13 und 14 Jahrhunderts. Berlin, 1913, in-8° ; — Die Juden in christ-
lichen Spanien. Erster Teil. Urkunden und Regesten. I. Aragonien und Navarra.
Berlin, 1929 ; — Ulla Deibel, Leonor von Sicilien. Fribourg-en-Brisgau, 1923,
in-8° ; — K. A. Fink, Martin V und Aragon. Berlin, 1938, in-8° ; — L. Klupfel,
Die aussere Politik Alfonsos III von Aragonien (1285-1291). Berlin, 1911-1912,
in-8°, et Verwaltungs geschichte des Kônigreich Aragon zu Ende des 13 Jahrhund
erts. Berlin, 1915,- in-8° ; — - flans Ronde,- Der Kampf um Sicilien in den Jahren-
1291-1302. Berlin, 1913, in-8° ; — Karl Schwarz, Arago'nische Hofordnungen
in 13 und 14 Jahrhundert. Berlin, 1914, in-8° ; — J. Vincke, Der Kônig von
Aragon in den Anfangen des grossen Schismus, 1938, in-8°, et dans ses études
diverses sur l'histoire politico-religieuse de PAragon au Moyen Age, publiées
depuis dix ans. D'autre part, le cardinal, alors Pv. P. Ehrle, a donné des docu
ments aragonais dans son édition de la Chronica Actitatorum temporibus domini
Benedicii XIII, de Martin d'Alpartil. Paderborn, 1906, in-8°.
3. Les publications les plus importantes des érudits et historiens français
sont les suivantes : Baudon de Mony, R.elalions politiques des comtes de Foix
avec la Catalogne jusqu'au commencement du XIVe siècle. Paris, 1896, 2 vol.
in-8° ; — J. Galmette, Louis XI, Jean II et la Révolution catalane (1461-1473).
Toulouse, 1903, in-8° (dans la Bibliothèque méridionale, 2e série, t. VIII) ; —
Contribution à l'histoire des relations de la cour de Bourgogne avec la couronne
d'Aragon au XVe siècle (dans Revue bourguignonne, t. XVIII, 1908) ; — A. Le-
coy de La Marche, Les relations politiques de la France avec le royaume de Maj
orque. Paris, 1892, 2 vol. in-8° ; — Jean de Maupassant, Relations de Pierre IV
d'Aragon avec la France de 1340 à 1380, d'après les Archives de la Couronne
d'Aragon, dans École des chartes. Positions des thèses soutenues par les élèves de
la promotion de 1907 pour obtenir le diplôme ď archiviste paléographe. Paris, 1907,
in-8° ; — Jean Régné, Catalogue des actes de Jaime /er, Pedro III et Alfonso III,
rois d'Aragon, concernant les Juifs (1213-1291). Paris, 1911-1920, 3 vol. in-8° ;
— Ch. de Tourtoulon, Jaime Ie1 le Conquérant, roi ď Aragon, Études sur la
maison de Barcelone. Montpellier, 1863-1867, 3 vol. in-8°. — A ces travaux, il
convient d'ajouter divers articles dus à MM. Henri Courteault et Félix Pasquier.
4. Parmi les publications italiennes, il faut citer de Giuseppe La Mantia,
Documenti su le relazioni del re Alfonso III di Aragona con la Sicilia (1285-
1291). Barcelone, 1908-1909, et Co dice diplomatico dei re Aragonesi di Sicilia
(1282-1355). Palerme, 1917. LETTRES A CHARLES VI CONSERVÉES A BARCELONE 101
des dépouillements méthodiques des Archives aragonaises :
leur moisson a été fructueuse, ainsi qu'en témoigne le rap
port adressé au directeur de cet Institut par M. Robert
Avezou en 1927 r; ces recherches, qui avaient précédé celles
de Mlle Jeanne Vielliard, leur ont permis de rassembler de
nombreux matériaux et de copier d'importants documents,
dont ceux relatifs à la fin du xive et au début du xve siècle
ont été publiés par eux sous le titre de : Lettres originales de
Charles VI conservées aux Archives de la Couronne ď Aragon à
Barcelone 2.
Ces lettres, au nombre de vingt-sept, embrassent la pé
riode du 2 novembre 1395 au 28 janvier 1418. Elles ont été
publiées intégralement. La plupart sont des lettres de recom
mandation, quelques-unes seulement se rapportent à la
reine Iolande de Bar, femme du roi d'Aragon Jean Ier, à la
médiation française entre le roi Ferdinand d'Aragon et le
roi Louis II de Naples, qui avait été candidat à la couronne
d'Aragon après la mort de Martin, et à la question du
Grand Schisme.
Beaucoup plus nombreuses et d'un plus grand intérêt pour
l'histoire politique sont les lettres émanant de la cour d'Ara
gon pour la même époque, et adressées soit à Charles VI et à
Isabeau de Bavière, soit aux princes de la famille royale, aux
grands seigneurs, aux fonctionnaires royaux et aux prélats
du royaume 3. Elles s'étendent du 23 avril 1387 au 18 juillet
1419. On ne pouvait actuellement songer à les publier int
égralement ; mais il a paru utile d'apporter une contre-partie
aux Lettres originales de Charles VI, en en donnant l'analyse.
1. Robert Avezou, Rapport à M. le Directeur de Г École des Hautes- Études
hispaniques, dans Bulletin hispanique, XXIX (1927); p, 174-198. 283-292, 351-
368.
2. Jeanne Vielliard et Robert Avezou, Lettres originales de Charles VI con
servées aux Archives de la Couronne ď Aragon à Barcelone, dans Bibliothèque de
Г École des chartes, XCIII (1936). p. 317-373 (tirage à part, 59 p.).
3. Parmi les correspondants, on retrouve les ducs de Berri, de Bourbon, de
Bourgogne. d'Orléans, le duc et les princes de la maison de Bar, les comtes de
Saint-Pol, de Genève, de Blamont, de Foix, le sire d'Albret. le comte de Hai-
naut, le duc de Brabant, les chanceliers de France, le connétable de Glisson, le
maréchal de Sancerre, le maréchal Boucicaul,, Bureau de La Rivière, Pierre de
Navarre, comte de Mortain, le vicomte de Melun, le sire de Gaucourt. les arche
vêques de Tours, de Sens, de Rouen, de Vienne, les évêques de Paris, de Poitiers,
de Noyon. d'Orléans, rPArras, d'Auxerre, du Puy, de Senlis et de Troyes. etc. 102 J. VIELLIARD ET L. MIROT
Elles sont classées dans le présent inventaire sous deux cent
trois numéros; en réalité, elles sont beaucoup plus nomb
reuses, la même lettre ayant été souvent, suivant son im
portance, adressée à plusieurs personnages ; on en compte
en tout quatre cent cinquante-sept. Elles émanent des rois
Jean 1er (2 février 1387-19 mai 1396), Martin (19 mai 1396-
31 mai 1410), Ferdinand 1er (28 juin 1412-2 avril 1416),
Alphonse V (2 avril 1416-25 juin 1458). Cent onze se rap
portent au règne du premier de ces rois, soixante-six à ce
lui du second, dix-huit à celui de Ferdinand, cinq à celui
d'Alphonse, trois (nos 178 à 180) ont été expédiées entre la
mort de Martin et l'avènement de Ferdinand. Un certain
nombre, durant le règne de Jean Ier, sont de la reine Iolande
de Bar1, qui prit une part importante au gouvernement, et
six, de février 1397 (nos 113 à 118), de la reine Marie de
Luna, femme de Martin. Tous ces documents ne sont pas
exclusivement des lettres ; dix-sept sont les instructions ou
mémoriaux remis aux ambassadeurs, pour ce qu'ils devaient
exposer au souverain ou aux princes auprès desquels ils
étaient accrédités.
Le contenu en est très varié et se rapporte à toute la vie,
tant privée que politique. En effet, les rois d'Aragon s'i
nquiètent auprès de Charles VI de l'état de sa santé et de celle
de ses proches, lui donnent des nouvelles d'eux-mêmes et de
leur famille, lui font part des mariages et des deuils ; ils sol
licitent de recevoir les Ordres royaux, le Cerf volant et la
Geneste, envoyant eux-mêmes la décoration de V- Aigle2; ils
échangent des cadeaux : faucons, lévriers, mules, lions,
lionnes, cornes de licorne3, qui servent à déceler les poisons
dans les breuvages. Très curieux des choses de France,
Jean Ier s'inquiète de savoir ce que sont exactement cer
taines grandes fonctions de cour, telles celles de connétable et
de maréchal4; Martin demande à Charles VI des renseigne
ments sur les reliques de la Sainte-Chapelle, dont lui a parlé
1. Les lettres ď Iolande sont au nombre de quarante-trois, toutes, sauf deux
(nos 179, 180), qui datent de septembre-octobre 1410. pendant l'interrègne qui
suivit la mort de Martin, des années 13S7 à 1392,
2. №s 9, 20.
3. №108.
4. № 38, LETTRES A CHARLES VI CONSERVÉES A BARCELONE 103
un de ses ambassadeurs1. Très bonne mère de famille,
Iolande de Bar cherche à marier les enfants royaux ; ayant
entendu parler d'une rupture des projets d'union de Louis
d'Orléans et de Valentine Visconti, elle s'en inquiète, afin,
si la nouvelle est confirmée, de tenter de substituer une de ses
filles à la fille de Jean Galéas Visconti 2, et, plus tard, Martin
songe à une alliance entre son petit-fils, héritier du trône de
Sicile, avec une fille de Jean sans Peur 3. La cour de Barcelone
s'intéressait vivement à tout ce qui concernait Charles VI,
demandait des renseignements sur son entrée en Gueldre en
1388 4 et sur les bruits divers répandus à ce sujet, sur les
offres qui auraient été faites cette même année au duc de
Bourgogne Philippe le Hardi de la couronne impériale5, sur
le bruit que le roi d'Ecosse Robert III Stuart aurait laissé
son royaume au roi de France, offre refusée par ce dernier
dans l'espoir de faciliter un rapprochement avec l'Angle
terre 6 ; on désirait avoir des détails sur l'assemblée qui se
tint à Orléans en avril 1388 pour l'apaisement du conflit
entre le duc de Bretagne et Olivier de Glisson et pour la
question du mariage de Louis II d'Anjou, roi de Naples, avec
Iolande d'Aragon, fille du roi Jean Ier7, sur les entrevues
projetées entre Charles VI et Richard II et sur les rapports
entre la France et l'Angleterre8. On était très intéressé par le
récit des fêtes qui se déroulèrent à Saint-Denis et à Paris en
mai 1389 pour l'entrée d'Isabeau de Bavière, l'armement
comme chevalier du roi Louis II d'Anjou et la messe de
Requiem de du Guesclin 9. Par contre, on n'y trouve rien de
précis sur la maladie de Charles VI et aucune allusion aux
événements intérieurs du royaume de France.
Les rois d'Aragon eurent le souci de maintenir les relations
amicales et les alliances avec la France et de les resserrer10,
1. №a 123, 135.
2. №821, 40.
3. №8143, 145, 146.
4. №s 24, 33, 34, 35.
5. № 16.
6. №s 24, 25.
1. №16.
8. №S1O, 86, 196.
9. №46.
10. №«51, 52, 73, 81. 104 J. VIELLIARD ET L. MIROT
de chercher les occasions de rencontrer Charles VI1, d'éviter
tout ce qui eût pu lui porter ombrage 2 et de lui témoigner
leur attachement, sentiment très compréhensible, particu
lièrement chez Jean Ier et Iolande de Bar, nièce du duc de
Bourgogne et petite-fille de Jean le Bon. Jean Ier comptait
sur l'appui du roi de France pour arrêter les menaces d'inva
sion de ses États par Jean et Bernard d'Armagnac3 ; il pro
testait de sa fidélité lorsqu'on l'accusait de vouloir favoriser
le comte de Foix contre son souverain 4 ; il montrait le plus
grand empressement pour concilier le différend entre le duc
de Berri et le comte d'Ampurias5; il s'efforçait de venir en
aide aux Français faits prisonniers par les Infidèles à
Madhia 6 et, au moment où il pensait aller réprimer les ré
voltes de la Sardaigne, il recommandait son royaume à
Charles VI 7.
Ces lumières jetées sur les rapports entre la cour d'Aragon
et la maison royale de France seraient suffisantes pour prou
ver tout l'intérêt que présentent ces documents ; l'apport
qu'ils fournissent pour la connaissance de l'histoire euro
péenne durant ces treňte-deux années est encore beaucoup
plus grand. Les lettres des souverains reflètent leurs sent
iments, les instructions données à leurs ambassadeurs font
çqnnaîtreJe nom de leurs agents diplomatiques8 et la ligne
de conduite de la politique aragonaise. On y suit les ques
tions multiples qui formaient l'objet des ambassades fr
équemment échangées entre les deux royaumes.
Qu'il s'agisse de questions relatives aux frontières des deux
États9, des demandes d'aide formulées par Charles VI pour
obtenir le concours de la flotte aragonaise dans ses luttes
1. №s 26, 45, 58, 69.
2. №33.
3. NOS39, 41, 53, 62, 65.
4. № 100.
5. №s 106, 129, 132, 147, 158.
6. № 84.
7. № 98.
8. Les noms qui reviennent sont ceux de Ramon Alamany de Cervello,
Pierre de Berga, Vidal de Blanes, Sperandeu Cardona, Guilhem Ça Carriga,
Azbert Ça Tria, Antonio Cerera, Bernard de Cruylles, Dalmau de Darnius. le
vicomte d'Illa, Bernard de Gualbes, Antonio de Luna, Pons de Perellos. le v
icomte de Rocaberti, le vicomte de Roda, l'abbé de Saint-Cugat.
9. № 133. LETTRES A CHARLES VI CONSERVÉES A BARCELONE 105
navales contre l'Angleterre1 ou pour renforcer l'action de
Boucicaut les Turcs lors de ses expéditions en Médi
terranée orientale2, des difficultés résultant des actes de
piraterie3, de la marque4, de l'hostilité des Génois et de Bou
cicaut contre la domination aragonaise en Sardaigne5, du
voyage de l'empereur Manuel Paléologue en Occident0, sur
tous ces divers points, les Archives de Barcelone apportent
une précieuse contribution. Mais ce qui domine, c'est l'abon
dante documentation sur le Grand Schisme7; on peut y
suivre toute la politique personnelle de Г Aragon, sa conti
nuité et sa persévérance pour se dérober aux efforts de la
France qui cherchait à l'entraîner à sa suite dans le drame
qui déchirait alors la Chrétienté. Les textes sont nombreux
et ouvrent des horizons nouveaux sur cette question à la fois
religieuse et politique.
On ne saurait trop souhaiter que ces textes soient l'objet
d'une complète et prochaine publication.
J. Vielliard et Léon Mirot.
DOCUMENTS ARAGONAIS
1387-1419
1. 1887, 23 avril. Barcelone. — La reine îolande8 accuse récep
tion à Charles VI de ses lettres et de la créance donnée à Roger
d'Espagne9, chambellan du roi, sénéchal de Beaucaire, et à Pierre
1. №8 20: 23, 30: 32, 43, 44, 52, 53.
2. №152.
3. №S49; 110, 138, 144.
4. № 4.
5. №168.
6. №S152, 153.
7. №B 109, 115, 118, 119, 120, 121, 122, 127, 130, 149, 159, 165: 170, 183,
198.
8. Iolande, fille du duc de Bar Robert et de Marie, fille de Jean le Bon, épousa,
le 30 avril 1380. l'infant,, depuis Jean Ier, roi d'Aragon (cf. Jeanne Vielliard,
Yolande de Bar, reine (V Aragon, dans Reçue des Questions historiques, fi3e année
(1935), p. 39-55).
9. Roger d'Espagne était fils d'Arnaud d'Espagne, seigneur de Montespan,
et de Gaillarde de Miraumont. Conseiller et chambellan de Charles VI, il le
servit à Roosebecke : il conduisil des secours au roi de Castille et accompagna
Gautier de Passac en Esnagne. Il fut sénéchal de Carcassonne le 23 août 1383. 106 J. VIELLIARD ET L. M1ROT
Fresnel \ et adressée au roi d'Aragon. L'affaire est arrangée de
manière à donner satisfaction au roi de France (Archives de la
Couronne d'Aragon, reg. 2053, fol. 4 v° ; catalan).
2. 1387, 15 mai. Barcelone. — La reine Iolande écrit à Isabeau
de Bavière que le roi d'Aragon est hors de danger2; elle lui
recommande frère Berenguer des Guanechs, 0. F. M., « en un fet
d'una lectura de laquai nostre senhor la papa lo ha provehit en
l'estudi de Paris, por laquai a delivrar va aqui3 » (reg. 2037,
fol. 24 v° ; catalan).
Id. : au duc de Bar et au chancelier de l'Université de Paris
(fol. 25).
3. 1387, 20 mai. Barcelone. — La reine Iolande demande à
Charles VI un sauf -conduit d'un an pour son cousin le marquis
de Villena, « per la delivrança de son fils don Alfonso4, lo quai
es pres en Angleterra ell sia necessari un vostre salvo conduyt
por al segnor de Roasan6, lo quai es un baro de la senyoria de!
rey d'Angleterra ab xx personas en sa companya » (reg. 2037,
fol. 26 ; catalan).
4. 1387, 20 juin. Barcelone. — Lettre de la reine Iolande à
Charles VI, au sujet du droit de marque (reg. 2037, fol. 34;
catalan).
5. 1387, 28 août. Barcelone. — La reine Iolande écrit au duc de
Bourgogne que son mari va mieux6 et monte à cheval dans la
1. Pierre Fresnel fut évêque de Meaux du 10 novembre 1391 au 2 août 1409.
Il avait été, en avril 1390, étant maître des Requêtes, envoyé avec Pierre de
Craon en Lombardie, lors d'un projet d'expédition de Charles VI, et avait été
auparavant mêlé aux négociations relatives au mariage de Louis d'Orléans ; il
joua un rôle actif dans les affaires du Grand Schisme.
2. Jean Ier avait été atteint d'une grave et longue maladie qui l'empêcha
d'assister aux obsèques de son père, Pierre le Cérémonieux, et dont il ne fut
guéri qu'en août 1387 (voir plus loin, n. 5).
3. Berenguer des Guanechs, lecteur en théologie au monastère des Frères
Mineurs de Barcelone (cf. Rubio y Lluch, Documents per Vhistoria de la cullura
catalana. Barcelone, 1921, t. II, p. 302, et Denifle et Châtelain, Ghartularium
Universilatis Parisiensis, t. III, p. 441).
4. Alfonse de Dénia, fils du marquis de Villena, prisonnier en Angleterre,
avait été laissé comme otage par son père quand ce dernier fut libéré après la
bataille de Najera (cf. Rubiô y Lluch, ouvr. cit., t. II, p. 228, note 2).
5. Peut-être le seigneur de Rauzan, Guillaume Aramon de Madaillan. Sur ce
personnage, voir : Drouyn, La Guyenne militaire, t. II, p. 191 ; R. Delachenal,
Chronique de Jean II et de Charles V (dans Société de VHistoire de France, t. II,
p. 191), et Froissart, éd. Siméon Luce Ibid.), t. IX, p. xxv, n. 1.
6. Le roi Jean Ier, qui, lors de la mort de son père, était malade à Hostalrich ■
A CHARLES VI CONSERVÉES A BARCELONE 107 LETTRES
ville. Elle fait allusion au roi d'Arménie1 (reg. 2037. fol. 54 v° ;
catalan).
Id. : au duc de Berri.
6. 1387, 1er septembre. Barcelone. — Le roi Jean Ier annonce sa
guérison à Charles VI (reg. 1952, fol. 33 v° ; catalan).
Id. : au duc et à la duchesse de Bar, au duc de Berri et à la du
chesse2, au duc et à la de Bourgogne.
7. 1387, ier septembre. Barcelone. — Ordre du roi Jean Ier de
donner asile et protection à Martin Arnor, porteur de lettres et de
présents pour la France (reg. 1952, fol. 34 v° ; catalan).
8. 1387, 28 octobre. Barcelone. — La reine Iolande accrédite
auprès de Charles VI le vicomte de Roda3, chambellan et major
dome du roi d'Aragon (reg. 2053, fol. 36 v° ; catalan).
9. 1387, 7 décembre. Villafranca del Panades. — ■ Le roi Jean
d'Aragon mande au vicomte de Roda, son chambellan, de faire
comprendre à Charles VI que le roi aurait plaisir à recevoir son
ordre du Cerf volant41 et à lui envoyer son ordre de Г Aigle5. Il le
charge de commandes d'orfèvrerie (reg. 1954, fol. 33 ; catalan).
(N. Valois. La France et le Grand Schisme d'Occident, t. II. p. 212), était toujours
dans un état grave au mois de juillet 1387 (Zurita, Anales..., t. II, fol. 397),
1. Léon VI de Lusignan, roi d'Arménie, prisonnier de Témir d'Alep, et en
fermé au Caire, en juillet 1375, avait été libéré sur les instances de Pierre le
Cérémonieux en 1382. Il séjourna à Mayon avant de se fixer à Paris, où il mourut
en 1393. Sur ce roi, voir : N. Valois, La France et le Grand Schisme, t. II, p. 221-
222 ; N. Jorga, Philippe de Mézières et la Croisade au XIVe siècle. Paris, Ém.
Bouillon, 1896, in-8°, p. 462 ; et Froissart, éd. Léon Mirot (dans Société de l'His
toire de France, t. XII. p. LUI et suiv.).
2. La duchesse de Berri, Jeanne d'Armagnac, était morte au mois de mars
1387. Le duc n'épousa Jeanne de Boulogne, fille de Jean, comte de Boulogne et
d'Auvergne, et d Eleonoře de Comminges, qu'en 1389. Cf. Maurice de Bengy-
Puyvallée, Un épisode de la vie du duc Jean de Berry. Son mariage avec Jeanne
de Boulogne (extrait du XXXe volume des Mémoires de la Société des Antiquaires
du Centre (6e de la 2e série). Bourges, veuve Tardy-Pigelet et fils, 1914, in-8°).
3. Ramon de Perellos, fils de Francesco de Perellos et frère de Michel, arche
vêque d'Embrun de 1379 au 1er mai 1427.
4. L'ordre du Cerf volant aurait été fondé par Charles VI, au moment de son
départ pour la Flandre en octobre 1382 : le roi, étant à Senlis, aurait eu un songe
et se serait trouvé transporté dans les airs par un cerf ayant douze ailes (Frois
sart, éd. Reynaud, dans Société de l'Histoire de France, t. X, p. 256-259). Le
Religieux de Saint-Denis (éd. Bellaguet, t. I. p. 70) raconte qu'au cours d'une
chasse à Saint-Denis, au début de 1381, le roi aurait aperçu un cerf ayant un
collier doré, portant cette inscription : Caesar hoc mihi donavil. Capturé, le cerf
fut rendu à la liberté; Charles VI fit dès lors graver sur sa vaisselle et ses
meubles un cerf portant une couronne.
5. L'ordre de Г Aigle venait des Hohenstaufen.

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