Inventaire des sceaux de la Flandre..., par G. Demay. ; n°1 ; vol.34, pg 98-110

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1873 - Volume 34 - Numéro 1 - Pages 98-110
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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Louis Doüet d'Arcq
Inventaire des sceaux de la Flandre..., par G. Demay.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1873, tome 34. pp. 98-110.
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Doüet d'Arcq Louis. Inventaire des sceaux de la Flandre.., par G. Demay. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1873, tome
34. pp. 98-110.
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velle édition des rectifications qui lui seront indiquées. Il ne faut
jamais juger sévèrement ni définitivement une œuvre aussi étendue
et aussi complexe sur sa première rédaction. Les compilations analo
s' améliorant gues que la maison Hachette a publiées ont toujours été
et se complétant à chaque tirage nouveau. Il en sera de même du
livre de M. Lalanne.
Il est temps de suspendre ce compte-rendu, déjà trop long peut -être,
bien que nous soyons loin d'avoir épuisé toutes les observations que
nous a suggérées le Dictionnaire historique de la France. Mais nous ne
pouvions passer légèrement sur un ouvrage appelé à rendre d'im-
menses services à tous ceux qui s'occupent d'études historiques, et il
nous a paru nécessaire d'appuyer par des exemples et par des preuves
les éloges que mérite le long et consciencieux travail de M. Lalanne.
J.-J. GuiFFREY.
Inventaire des sceaux de la Flandre recueillis dans les dépôts
d'archives, musées et collections particulières dju, département
du Nord, ouvrage accompagné de trente planches photoglyptiques,
par G. Demay, archiviste aux Archives nationales. — Paris,
imprimé par autorisation du Gouvernement, à l'imprimerie Na
tionale. 2. vol. in-4°, avec pi.
Si l'on peut, en quelque sorte, considérer la sigillographie comme
une sœur cadette de la numismatique, on a lieu de s'étonner qu'elle ait
mis tant de temps à venir réclamer sa place légitime auprès de son
aînée. Cependant les sceaux sont des monuments assurément capables
de fournir d'utiles renseignements sur beaucoup de petits points d'his
toire, de géographie et d'archéologie. Qu'est-ce en effet qu'un sceau? Une
empreinte en relief, tirée à volonté sur une matière, qui est presque
toujours de la cire, au moyen d'une matrice, généralement en bronze;
ou bien encore, pour ce qui est des bulles,, sur du plomb par une matrice
d'acier, Nous ne parlons pas ici des sceaux métalliques, soit en or,
lesquels ne sont pas communs, soit en argent ou en bronze, qui sont
excessivement rares, parce qu'ils sont travaillés au repoussé, et ne
peuvent par conséquent avoir ce caractère intrinsèque des sceaux de
cire ou de plomb, d'être susceptibles d'une reproduction instantanée et
à volonté. Or cette impression porte constamment un objet quelconque
gravé, qui est le type, et des lettres qui forment la légende. Il y a
bien quelques sceaux qui ne portent pas de type, mais seulement des
lettres ou des monogrammes. Ils sont très-rares. Une heureuse conjonc
ture ayant fait que les sceaux accompagnant toujours les actes auxquels
ils se rapportent, actes dont ils tirent leur explication, et qu'ils ne laissent
pas parfois d'éclairer à leur tour, il en résulte qu'on peut les considérer 99
comme étant à la fois, et de petits monuments plastiques, et de petits
monuments littéraires. Ils offrent encore un autre caractère précieux,
c'est celui de leur personnalité. Et il le fallait bien, puisque servanta
confirmer et à authentiquer tous les actes, tant publics que privés, ils y
apparaissaient nécessairement comme le propre et légal représentant de
la personne qui les possédait. Tant que cette valeur du sceau a été en
vigueur, on n'a guère envisagé ces monuments qu'à ce seul point de
vue, sans se préoccuper beaucoup autrement de leur autre valeur
artistique et iconographique. Aujourd'hui, c'est tout le contraire, et ce
qu'on demande aux sceaux, c'est avant tout un mérite d'art ou une
utilité archéologique. Mabillon les a principalement envisagés au point de
vue de la diplomatique, et Ton sait avec quelle sûreté de critique il a,
dans son traité De re diplomatica, posé et fixé les principes de leur
étude. Après lui, les Bénédictins, auteurs du Nouveau traité de Diplo
matique, tout en suivant scrupuleusement son œuvie, l'ont considérable
ment augmentée. En 1709, Jean Michel Heineccius, docteur en théologie
et pasteur de l'église de Notre-Dame de Magdebourg, fit paraître son livre
De veteribus Germanorum aliorumque regionům sigillis, eorumque
usu et prestantia. C'est un traité ex professe de la matière et le seul
que nous possédions jusqu'à ce jour. Il eut un succès mérité, et dix ans
après, en 1719, il en donnait à Francfort une nouvelle édition. Heineccius
avait un te! amour de son sujet, qu'il moulait tout ce qu'il pouvait trouver
de sceaux, comme il nous l'apprend dans son traité. Unius sane diet inter-
vallo sœpius quinquaginta aut sexaginta sigillorum prcestantissimorum
eclypa domumretuli1 . Mouler cinquante ou soixante sceaux en un seul jour
c'est beaucoup, et il se peut bien que ces moules d'Heineccius ne valussent
pas ceux qu'on fait aujourd'hui à la Direction générale des Archives. A un
autre point de vue que celui d'Heineccius, Olivier de Vrée avait , dans
son livre De sigillis Comitum Flandrien (Bruges, 1636, petit in-fol.),
donné une savante monographie des sceaux des comtes de Flandre. Il y
détachait si peu l'intérêt historique des de leur intérêt iconogra
phique, qu'il a soin de donner pour chaque sceau qu'il a à décrire, non-
seulement l'analyse de l'acte auquel il est attaché, mais encore la
reproduction textuelle des formules, tant initiales que finales. C'est là
une excellente méthode, et qui fait de son livre un ouvrage d'une
véritable utilité historique .
De nos jours, et avec le développement si marqué des études histo
riques, l'étude des sceaux ne pouvait pas être négligée, et ne l'a pas été.
Parmi les travaux les plus remarquables qui ont paru sur la matière, on
peut citer : la Description des sceaux de la ville de S. Orner, par
M. Deschamps de Pas, ouvrage qu'il a fait suivre de celle des comtes
d'Artois; les sceaux des Archives des Bouches-du-Rhône, par M. Blancard;
l. De sigillis, p. 8. 400
l'excellente sigillographie de Toul, due à M. Charles Robert, intendant-
général et membre de l'Institut; celle du diocèse de Gap, par M. Joseph
Roman, président de la Société archéologique des Basses-Alpes, qui
parait, et avec raison, avoir pris pour modèle le livre de M. Charles
Robert. Moins riche en sceaux que les ouvrages précédents, celui de
M. Joseph Roman n'en offre pas moins un intérêt particulier, en ce
qu'embrassant une partie de la Provence, il nous fait connaître un grand
nombre de bujles de plomb, qui, comme on sait, sont des monuments
propres à cette région. Nous ne saurions énumérer ici un grand nombre
de dissertations et de travaux particuliers ayant pour objet l'étude des
sceaux, qui ont paru depuis plusieurs années et qui continuent à paraître
journellement dans les Mémoires des Sociétés savantes des départements.
Seulement nous ne saurions passer sous silence la formation aux Archives,
sous les auspices de MM. Daunou, Letronne, de Chabrier et de Laborde,
successivement placés à la tête de cet établissement, d'une belle et vaste
collection d'empreintes de sceaux en soufre, destinée à comprendre un
jour dans son ensemble tous les sceaux de la France. Cette collection,
qui se forme de deux grandes divisions, celles des sceaux se trouvant
dans les Archives de Paris, et celle des sceaux des Archives département
ales , se compose aujourd'hui : pour la première division de plus de
15,000 types, non compris un supplément qui en compte environ 1,200, et
pour la division départementale d'un nombre encore supérieur. En sorte
que le tout fait actuellement un ensemble de plus de 32,000 types, qui
pourrait, avec les encouragements de l'État, être porté un jour au double.
Maintenant, si des collections analogues venaient à se former dans les
autres contrées de l'Europe, on comprend quels précieux secours aurait
alors l'étude des sceaux ; ce serait comme une immense mosaïque formant
le tableau complet et définitif de tout ce qui peut se rapporter au
sujet.
La direction des Archives vient de terminer la publication des sceaux
de la première division de sa grande collection, celle des sceaux des
Archives de Paris . L'ouvrage forme trois volumes in-quarto, et comme il
en a été distribué libéralement un exemplaire dans chacune des Archives
départementales, il y a lieu d'espérer que les études sigillographiques en
tireront quelque profit.
L'Inventaire des sceaux de la Flandre, que publie aujourd'hui
M. Demay, forme en quelque sorte une suite naturelle au premier;
suite bien riche, puisqu'il ne forme pas moins de deux volumes in-
quarto, où l'auteur a suivi la méthode et jusqu'à la disposition typogra
phique du premier inventaire.
Au début de sa préface, M. Demay commence par exposer au lecteur
comment et dans quelles circonstances il a été amené à composer son
livre . Archiviste aux Archives de l'Empire depuis vingt ans, il fut chargé
par M. le marquis de Laborde, directeur général, d'une mission ayant Ш
pour but de recueillir dans les Archives départementales tous les sceaux
qui ne se trouveraient pas dans la première collection formée à Paris.
Par une circonstance indépendante de sa volonté, cette mission fut
suspendue, et cela au moment où il avait déjà recueilli dans les dépar
tements du Nord visités par lui un nombre de sceaux supérieur, ainsi
qu'il a été dit, à celui de la collection primitive. Il est d'autant plus à
regretter que son zèle et son activité n'aient pas pu continuer à être mis
à profit, qu'une telle opération était, non-seulement utile, mais, on
pourrait ajouter, d'urgence, puisqu'elle tendait à centraliser et à sauve
garder une foule de petits monuments, exposés par leur nature fragile à
des détériorations de chaque jour. En un mot, il y avait là une opération
tout à fait analogue à celle de l'impression d'un manuscrit, dont elle
reproduit et éternise le texte. L'utilité était évidente et sautait, pour
ainsi dire, aux yeux. Il aura sans doute fallu les motifs les plus graves et
les plus pressants pour motiver la suspension d'une mission toute dans
l'intérêt de la science, si bien remplie, et dont le public eût recueilli les
fruits. M. Demay, par sa publication, lui offre du moius toute la compens
ation qui dépendait de lui. Le public lui en saura gré.
L'Inventaire des sceaux de la Flandre, que publie aujourd'hui
M. Demay, ne comprend rien moins que la description, plus ou moins
détaillée, suivant leur importance, de 7,689 sceaux, rangés dans l'ordre
méthodique adopté pour la collection des Archives, sauf les légers chan
gements et les améliorations qu'il y a apportés. Voici cet ordre :
I. Sceaux des Souverains. IL Sceaux des grands Dignitaires. Ш. Sceaux
des grands Feudalaires, Avoués et Vidâmes, Corps politiques. IV.
des Dignitaires des grauds Feudataires. V. Sceaux des Seigneurs. VI.
Sceaux des Hommes de fief (série très-riche ici). VIL Sceaux des Villes,
comprenant les métiers et professions. VIII. Sceaux des Cours et Tribu
naux. IX. Sceaux des Offices.
Voilà pour les sceaux laïques. Viennent ensuite les sceaux ecclésias
tiques. X. Sceaux des Papes et Cardinaux. XL Sceaux des Archevêques
et Évêques. XII. Sceaux des Chapitres. XIII. des Paroisses.
XIV. Sceaux des Universités. XV. Sceaux des Abbayes. XVI. Sceaux des
Prieurés et Prévôtés. XVII. Sceaux des Corporations religieuses. XVIII.
Sceaux des Ordres militaires religieux. XIX. Sceaux des Hôpitaux,
Maladreries, Tables des pauvres, Confréries. XX. Sceaux divers et inconnus .
Ce cadre, on le voit, se prête sans peine à admettre tous les genres de
sceaux possibles, envisagés au point de vue de l'histoire et de la dipl
omatique. Mais il en est un autre, celui de l'iconographie et de
l'archéologie, où les sceaux sont étudiés uniquement dans leurs types.
C'est à ce dernier point de vue que nous nous mettrons dans l'examen
du beau livre que nous annonçons. Nous disons beau livre, à juste titre,
car il est accompagné de 3/t planches reproduisant 105 des sceaux de
l'ouvrage, tous choisis avec un tact et un goût qui montrent chez 02 4
l'auteur une parfaite connaissance de la matière unie à un sentiment arti
stique très-fin. Ces planches ont été gravées à l'aide d'un procédé nouveau
qui porte le nom de photoglyptique. Voici, en quelques mots, en quoi
il consist^ d'après la description que nous en tenons ďun habile homme.
La photographie est produite sur une feuille de gélatine au lieu
d'une feuille de papier. Cette feuille de gélatine, portant limage, est
ensuite traitée par des réactifs, qui l'attaquent, la fouillent, la creusent
selon les diverses proportions de lumière, de diminution et d'ombre
de l'objet représenté, en conservant la relation exacte entre ces diverses
valeurs. De plus, les réactifs employés ont encore la propriété de
rendre la gélatine insoluble, imperméable et très-résistante.
Voilà donc la gélatine arrivée à l'état de planche gravée.
Alors on l'applique sur une plaque de plomb et on la soumet à la
pression d'une machine hydraulique très- puissante > de façon à imprimer
dans le métal toutes les inégalités, toute la gravure que les réactifs avaient
formées à la surface de la gélatine.
C'est sur cette planche de plomb ainsi estampée que sont tirées, en
typographie, toutes les images de ce livre.
Disons que ces planches sont d'un effet artistique des plus heureux,
qu'elles ajoutent au mérite du livre, et ne contribueront pas peu sans
doute à son succès. Car, nous pouvons avancer sans crainte d'être
démenti, que c'est ici ce qu'on a produit, jusqu'à présent, de mieux en
ce genre. Nous allons les examiner au point de vue du type.
Les différentes représentations que la gravure a reproduites sur les
sceaux offrent une telle variété de formes, qu'il convient, pour éviter le
désordre et la confusion, de les ramener au plus petit nombre possible
de types bien définis. Assurément, la chose n'est pas des plus faciles.
Voici pourtant ce qu'on pourrait proposer.
Type de majesté. C'est celui où Ton voit un roi ou un empereur, assis
sur son trône, couronné et revêtu des ornements royaux ou impériaux.
Le nom est consacré en diplomatique: c'est le sigillum majestatis. Il
faut observer que ce type n'est pas tellement propre aux rois et aux
empereurs, que d'autres hauts personnages ne se le soient quelquefois
approprié. C'est ainsi que les comtes de Toulouse se sont fait représenter
à la face de leur sceau, tout à fait à la manière des rois d'Aragon. D'un
autre côté, il conviendrait encore de rattacher à ce type de majesté les
têtes qui se voient sur les sceaux des rois mérovingiens, les bustes des
sceaux carlovingiens, et les représentations à mi-corps des sceaux des
premiers Capétiens, Henri Ier ayant été le premier qui ait eu un vrai
sceau de majesté.
Type équestre. C'est le type propre à la noblesse, et l'on pourrait
l'appeler également type chevaleresque. 11 représente un homme à
cheval, presque toujours armé de toutes pièces. Cependant, il faut y
signaler une variété notable. C'est celle oxi le personnage, au lieu de porte un costume de chasse. Les Montfort et les Lusignan ont l'armure,
affectionné ce dernier type. 11 faudrait encore rattacher à ce type chevale
resque les sceaux où le personnage, revêtu de son armure, est représenté
debout, à pied. Ils sont rares. Remarquons que le type équestre n'est
pas tellement propre à la noblesse qu'il ne puisse se retrouver sur
quelques autres sceaux, ceux de maires de ville, par exemple. M. Demay
a trouvé un sceau équestre de forme carrée. Il est jusqu'aujourd'hui
unique.
Type armoriai. C'est celui où le champ du sceau n'offre que des êcus
armoriés, soit seuls, soit avec accompagnements héraldiques ou autres.
Ce type, on le sent, est des mieux définis. Seulement il peut appartenir
à la fois à la noblesse, au clergé, à la bourgeoisie et au peuple.
Type propre aux femmes . Il les représente soit debout, soit assises,
soit à cheval. C'est là encore un type bien déterminé. On n'y fait pas
entrer les abbesses et les religieuses, qui se rapportent plus naturelle
ment au type ecclésiastique.
Type C'est celui du clergé. 11 comprend encore les
universités, les hôpitaux et les commanderies. On peut le soudiviser en
deux sections : celle où le sceau représente un ecclésiastique, et celle où
il ne représente qu'un objet du culte : croik, calice, chandelier, etc.
Type légendaire. Il dérive du précédent, mais en diffère essentiell
ement quant au sujet de la représentation. Indépendamment des sujets
légendaires, il comprend Dieu, la Vierge et les saints.
Type topographique. C'est celui où le sceau représente un monument
quelconque, civil ou religieux. Par . conséquent il appartient, soit aux
villes, soit aux églises et monastères. On n'y comprend pas les niches
d'architecture gothique, si fréquentes sur les sceaux des femmes et des
ecclésiastiques.
Type arbitraire ou de fantaisie. On peut, et même il est indispensable
d'y faire rentrer tous les genres de représentations autres que celles des
types précédents : têtes, animaux, poissons, oiseaux, arbres, plantes,
fleurs, fruits, armes, outils de métier, meubles autres que ceux consacrés
au culte, etc.
Enfin il convient de faire une dernière catégorie, et tout à fait à part,
des sceaux daas lesquels on a encastré des pierres gravées, soit de
l'antiquité soit du moyen-âge.
Parcourons maintenant dans cet ordre les belles planches de l'inven
taire des sceaux de la Flandre.
Le premier sceau au type de majesté qui s'offre à nous est celui de
l'empereur Maximilien et Charles, son petit-fils (Charles -Quint). Rien
que dans la manière dont les deux personnages sont assis, on y reconn
aîtrait à première vue le grand-père et le petit-fils, même dans l'absence
de tous autres détails. Ce sceau, de l'an 1513, est fort bien gravé . La
représentation principale est encadrée dans un cordon d'écussons armo- ш
riaux, à la manière allemande (n° 34). Sceau de majesté de Philippe IV,
roi d'Espagne, de l'an 1630 : il est assis sur son trône, couronne en tête,
portant l'armure et tenant, de ses mains gantées, à droite l'épée haute,
à gauche le sceptre; le visage est jeune (n° 38).
En passant aux Grands Feudataires, nous trouvons d'abord le sceau de
Charles le Téméraire, de Гап 1468. 11 est à cheval, armé de toutes pièces
et galopant à gauche. C'est là le plus beau sceau équestre que nous
ayons vu, et M. Demay a tout droit de nous dire, comme il le fait dans sa
préface : « C'est ainsi qu'en contemplant la sombre figure de Charles le
Téméraire, on retrouve bien là le guerrier farouche dont les loups dispute
ront le cadavre aux marais glacés de Nancy » (n° 107). Sceau équestre
de Philippe d'Alsace., comte de Flandre, de l'an 1170 : on voit sur le
bouclier le lion armoriai de Flandre (n° 138). Sceau équestre de Robert
de Béthune, aussi comte de Flandre, de l'an 1310 ; il est aux armes.
Nous entendons par cette expression le cas où les armes se voient, non-
seulement sur le bouclier, mais encore à l'épaulière (pièce d'armure,
carrée, formée de deux plans et posée en toit sur l'épaule), enfin à la
selle et à la housse du cheval. Le comte porte la cotte d'armes, qui flotte
sur l'armure (n° 107). Sceau équestre de Jean le Vieux, duc de Saxe, de
l'an 1314. H galope à gauche, et porte le gonfanon (la bannière terminée
en flammes) réservé à la plus haute noblesse. Le bouclier, vu de face,
masque toute la partie supérieure du corps. La tête du cheval ne manque
pas de mouvement (n° 295). Sceau équestre de Guillaume, autre duc de
Saxe, de l'an 1460. Dans le champ, quatre écussons (n° Д6). Sceau équestre
d'Evrard de Beveren, châtelain de Dixmude, de l'an 1293 (n° 5523). Comme
spécimen d'un des plus petits sceaux équestres, car il n'a que 17 mill
imètres de diamètre, nous citerons le sceau d'un sergent du bailliage
d'Amiens, de l'an 1331 (n° 5Ш).
Type armoriai. Sceau de Louis XIV pour le Conseil de Tournay, de
Гап 1670. L'écu de France couronné et soutenu par deux anges debout,
l'un aux formes féminines, et l'autre d'un caractère masculin plus
prononcé. C'est le mieux conservé de tous les sceaux du même genre
que nous connaissions (n* 5). Sceau armoriai de Charles de Croy, prince
de Chimay, de l'an 1495. L'écu est supporté par deux lions tenant des
bannières armoriées (n° 118). Sceau armoriai de Jaque de Bavière,
comtesse de Hainaut, de l'an 1433. L'écu, supporté par deux lions, est
posé devant la Vierge debout tenant l'enfant Jésus. Le tout est compris
dans une palissade circulaire (n° 214). Sceau armoriai de Colard Gosseau,
homme de la Cour de Mons, de l'an 1468. L'écu, penché, est soutenu
par une sirène (n° 3381). Sceau armoriai delà ville de Bruges, de
Гап 1407. Un lion sur un fascé de huit pièces. Le lion est ce qu'on
pourrait appeler d'un dessin héraldique, c'est-à-dire s'éloignaut le plus
possible de la nature (n° 3893). Sceau armoriai de Henri Resteau, clerc
de la ville de Mons, de l'an 1458. Dame debout, la main gauche posée ш
sur un écu où est gravé un râteau. C'est ici un cas, assez fréquent du
reste sur les sceaux armoriaux du xve siècle, où les armoiries cessent
d'obtenir la place la plus importante dans la représentation totale. On
remarquera aussi que ce sont ici des armoiries parlantes (n° 5Ù75). Sceau
armoriai de Philippe, seigneur de Wassenar, de l'an 1Д12. Il en est ici
à peu près comme pour le sceau précédent, c'est-à-dire que l'importance
des armoiries cède le pas. L'écu, qui est droit, est supporté par deux
dames, qui attirent plus l'œil que lui dans la représentation. Elles sont
d'ailleurs très-joliment drapées (n° 55Д8) . Sceau armoriai de Robert de
Croy, évêque de Cambrai, de l'an 1529. Il est ogival : l'écu ogival, qui
en occupe une bonne moitié, est soutenu par un ange debout, qui prend
beaucoup d'importance dans la composition. Sa coiffure ressemble tell
ement à une mitre, qu'au premier abord, si l'on ne remarquait pas les
ailes, assez peu apparentes du reste, on risquerait de le prendre pour un
évêque (n° 5859).
Type personnel aux femmes. Sceau d'Elisabeth, première femme de
Philippe d'Alsace, comte de Flandre, de l'an 1170. Elle est debout, vue
de face, coiffée d'une sorte de toque ronde, ďou s'échappent deux tresses
de cheveux. Elle est habillée d'un vêtement très-juste, à plis serrés à la
jupe et à manches démesurément longues. Elle tient sur la main
gauche un oiseau de vol vu de face. A sa droite, dans le champ, une tige
de lis. C'est un spécimen intéressant du type de femmes (n° lZiO). Sceau
de Mathilde, seconde femme de Philippe d'Alsace, de l'an 1189. Debout
et tenant une fleur de lis. Ce sceau présente cette particularité, fort rare,
que la dame est vue placée sur un écu allongé occupant tout le champ du
sceau, qui est lui-même en forme d'écu allongé, forme peu commune et
propre aux sceaux espagnols. Aussi, voit-on par le contresceau que cette
Mathilde était de la maison de Portugal (n° Щ. On a ici un cas de
l'enchevêtrement des types. Car, à ne considérer que l'écu qui prend le
champ du sceau, c'est un sceau armoriai, tandis qu'en fixant plutôt son
attention sur la dame gravée sur cet écu, c'est un sceau de femme. On
retrouve la même particularité sur un sceau de Maisenda, dame de
Gommignies, de l'an 1235, mais encore plus rare, en си que la dame
gravée sur l'écu y est représentée à cheval, et que même les jambes
de derrière du cheval dépassent sensiblement l'écu, si bien qu'on a voulu
évidemment ici placer une représentation équestre sur une représentation
armoriale (n° 961). On n'avait pas encore publié de sceau aussi curieux.
Le sceau de Jeanne, comtesse de Flandre, de l'an 1221, la représente
également à cheval et un faucon au poing (n° 1Д5). C'était le genre de
représentation affecté aux hautes et grandes dames, principalement
pendant le хше siècle. Au siècle suivant, elles se font plutôt représenter
debout, dans des niches gothiques. Tel est le cas pour la comtesse de
Flandre, Marguerite de France, veuve de Louis de Nevers. Le sceau est
de l'an 1366 (n° 151). Le sceau d'Alix ou Adélaïde, veuve de Henri III, 406
due de Lothier et de Brabant, de. l'an 1266, la représente, ainsi qu'on
vient de le voir pour la comtesse Jeanne, à cheval et un oiseau au poing.
Seulement ici la représentation de chasse est plus complète, car on y voit
un chien sous le ventre du cheval, et un petit oiseau qui prend son vol
dans l'air (n° 238). Le sceau d'Adèle, comtesse de Soissons, de l'an 1186,
est l'un des plus anciens de ce genre de représentation d'une femme à
cheval et chassant au vol. Ses cheveux flottent sur ses épaules agités par
le vent. Un manteau à plis longs et léger l'enveloppe presque entièrement.
En un mot, il y a là plus de mouvement que l'on ne serait tenté d'en
attendre des sceaux de cette époque (nc 303). Le sceau de Marguerite,
châtelaine de Lille, de Fan 1 267, la représente debout avec un oiseau au
poing, et prête pour la chasse. Certes, ce n'était pas une femme de
condition médiocre, mais, en fin de compte, ce n'était pas encore là une
grande dame, et probablement ne se croyait-elle pas le droit de monter
à cheval, du moins sur son sceau; espérons-le (n° 55Д9). 11 est temps de
prendre un ton plus grave. Nous voici arrivés aux sceaux ecclésiastiques.
Type ecclésiastique. Sceau d'Alard, évêque de Cambrai, de l'an 1177.
Il est ogival et en cuvette. L'évêque, vu de face, est assis sur un trône à
têtes et pieds d'animaux. Il est coiffé d'une mitre cornue et porte cette
ample chasuble retombant en rond par devant et qu'on appelait du nom
significatif de planeta. Il bénit avec l'index et le medium de la main
droite, et tient sa crosse à gauche. On a là un spécimen bien choisi du
type ecclésiastique dans sa primitive simplicité (n° 5826). Sceau d'Erardi
évêque d'Auxerre, de l'an 1271. L'évêque, debout, vu de face, mitre,
crosse et bénissant. Le visage est aimable. Dans le champ, six merlettes,
sans doute celles de ses armes, plus une fleur de lis à dextre, et une
étoile à senestre. M. Demay, par un lapsus qui lui échappe bien rare
ment, dit : « deux fleurs de lys » mais il ajoute avec raison : « type utile
à connaître pour l'étude du costume » (n° 5809). Sceau de Jean, abbé de
Saint- Aubert de Cambrai, de l'an 1301. L'abbé, debout cum corona,
tenant sa crosse à droite et un livre à gauche (n° 6899) . Sceau de Jean,
abbé de Saint-Ghislain, de l'an 1Д27. Assis dans une niche gothique, vu
de trois quarts à gauche, tenant sa crosse à la main droite, et de la
gauche prenant un livre sur un pupitre (n° 7166). Sceau de Baudouin,
doyen du chapitre de Cambrai, du хше siècle. Un célébrant, de profil à
droite, qui consacre devant un autel sur lequel est un calice (n° 6173).
Sceau de Godescalc, chantre du chapitre de Cambrai, de l'an 1221.
Debout, vu de face, la tête de trois quarts à gauche. Il tient à la main
droite son bâton cantoral en forme de tau. On distingue le mors de sa
chape (n° 62 lu). Sceau de Hugues de Sanghin, chantre du chapitre de
Saint-Pierre de Lille, de l'an 1283. Debout, de profil à droite et tenant
son bâton cantoral des deux mains. La coiffure et le vêtement bizarres
(n° 6223). Sceau de Godefroi, prévôt du chapitre de Saint-Amé de Douai,
de l'an 1206. Ce sceau est rond et assez grand puisqu'il a 67 millimètres

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